00:00Et ce matin, c'est Raphaël Legendre. Face à vous, Emmanuel Lechypre, bonjour messieurs.
00:03Comment compenser le coût de la guerre ? C'est la question que se pose le gouvernement
00:08qui doit dévoiler cette semaine le détail de mesures d'économie.
00:116 milliards d'euros au total, c'est le chiffre qui circule.
00:144 milliards sur le budget de l'État, 2 sur celui de la Sécu.
00:18Un montant qui pourrait encore grimper.
00:20Et le gouvernement, Emmanuel, qui envisage bel et bien de tailler dans les allègements de cotisations patronales.
00:26C'est ce que confirme une source à BFM Business.
00:28Est-ce que c'est la bonne cible ? Qui doit payer pour ces efforts ?
00:32Alors évidemment, on ne peut comme ça théoriquement que s'insurger.
00:37On se dit, la France, c'est déjà le pays qui ponctionne le plus les entreprises.
00:42Et c'est vrai qu'il faudrait sacraliser finalement tout ce qui concerne les entreprises.
00:48Le problème, c'est que ça, c'est un monde théorique, c'est un monde idéal.
00:52Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, quand vous voyez l'ampleur des efforts budgétaires à faire,
00:59parce que 6 milliards, ça n'est que les premiers pas.
01:01Si on regarde ce que disent les économistes, ils vous disent, globalement, en réduction du déficit,
01:07il faudrait au moins une quarantaine de milliards.
01:09Et sur la partie économie, il faudrait au moins une quinzaine de milliards.
01:13Donc vous voyez bien qu'on n'y est pas encore.
01:15Et la réalité, c'est que malheureusement, quand vous avez un gouvernement qui n'a pas de majorité à l
01:21'Assemblée nationale,
01:23quand vous savez que c'est le dernier budget que vous êtes en train de préparer avant une élection présidentielle
01:28et que ce budget sera sans doute largement amendé par la nouvelle équipe au pouvoir,
01:34vous êtes obligé quand même de ménager un peu tout le monde.
01:37Et donc, vous ne pouvez pas, si vous demandez des efforts importants, exonérer les entreprises d'efforts.
01:43Et donc, je pense que c'est un moindre mal à accepter par les entreprises.
01:48C'est un moindre mal parce qu'il faut rappeler qu'un milliard sur 70,
01:52c'est quand même pas une somme absolument démesurée.
01:56Et puis, il faut bien rappeler que ces allègements de charges,
01:59tous les économistes vous le disent et on peut faire référence au rapport de 2024
02:04qu'avaient sortis Bozio et Vassemer,
02:07ils montrent bien que ces allègements de charges,
02:09autant c'était vraiment une bouffée d'oxygène pour les entreprises
02:12il y a quelques années,
02:14autant aujourd'hui sur le marché du travail tel qu'il est aujourd'hui
02:16et au vu de toutes les révolutions technologiques
02:20qui vont impacter les professions qui n'étaient peut-être pas visées par les allègements de charges,
02:25ça demande peut-être à être revu et ça a perdu de sa pertinence.
02:28Donc, au final, on peut se dire,
02:30si ça permet d'aller chercher des économies ailleurs,
02:32de les rendre plus acceptables,
02:34ben oui, acceptons que les entreprises payent cette petite au bol.
02:37Moi, je pense que ça ne rendra absolument pas plus davantage les économies acceptables par ailleurs.
02:43On est dans un exercice, je pense, totalement politique et absolument pas comptable.
02:49On est dans un bras de fer depuis un petit moment,
02:51entre le patronat d'un côté, Matignon, de l'autre.
02:55Alors, ça a commencé avec ces allègements de charges quand ça a commencé à circuler,
02:58mais Patrick Martin, le président du MEDEF, a écrit à Matignon,
03:02au président des différentes assemblées, à l'Assemblée nationale et au Sénat,
03:06pour proposer des économies et surtout mettre en place une règle d'or,
03:10ce qui, Thierry Breton, fait la tournée des plateaux aussi,
03:13pour le défendre en ce moment.
03:15Ça a, mais alors, vraiment pas plu au Premier ministre Sébastien Lecornu,
03:19qui a renvoyé, lui, une missive la semaine dernière,
03:22incendiaire au président du MEDEF,
03:25pour lui dire, grosso modo, occupez-vous de vos affaires.
03:28Le budget, de toute façon, c'est pas moi qui gère,
03:30c'est les parlementaires envoyer la lettre aux bons destinataires,
03:36et quant aux arbitrages, c'est moi qui décide.
03:39Ce milliard et demi d'allègements de charges patronales,
03:42c'était déjà en discussion durant le PLF 2026,
03:47et Sébastien Lecornu avait finalement reculé
03:50pour ne pas perdre le bloc central.
03:53Les macronistes étaient contre ces allègements de charges.
03:56Là, il revient à la charge, simplement.
03:57Le budget est passé et il revient à la charge contre les entreprises.
04:01On vient à chaque fois faire les poches des entreprises
04:05pour finir les fins de mois de l'État impécunieux.
04:08Les 6 milliards, ils ne sont pas compliqués à trouver.
04:11Vous faites des annulations de crédit qui ont été gelées en début d'année,
04:15et ça passera totalement crème.
04:17Il y a deux ans, on avait fait 10 milliards d'euros
04:19de nettoyage infrabudgétaire comme ça,
04:22sans que personne ne s'en rende compte.
04:24Vous faites juste des petites coupes, ministère, pas ministère,
04:27et puis ça passe.
04:29Là, ce milliard et demi arrive au pire moment.
04:33Économiquement, on est croissance zéro au premier trimestre,
04:38retour de l'inflation, tension sur les coûts,
04:41tension sur les marges des entreprises.
04:43On a des négociations salariales qui vont devoir repartir à la hausse
04:46avec le retour de l'inflation.
04:48C'est le moment qu'on choisit pour augmenter la fiscalité des entreprises,
04:54des entreprises qui sont le premier moteur de la prospérité nationale.
04:59Donc, vraiment, économiquement, c'est un choix idiot,
05:02et politiquement, c'est une attaque contre le monde de l'entreprise
05:06dont on se passerait bien.
05:07C'est un choix qui, malheureusement, est nécessaire,
05:09mais bien loin d'être suffisant.
05:11Si vous ne demandez pas cet effort aux entreprises,
05:13vous ne pourrez obtenir aucun autre effort.
05:15Moi, ce qui m'inquiète beaucoup plus,
05:17c'est ce qu'on a sur les autres pistes.
05:19Et là, effectivement, je ne peux quand même que rejoindre Raphaël,
05:22c'est-à-dire que toutes les autres pistes qu'on a d'économie,
05:26ce ne sont que des pistes comptables.
05:28Et à aucun moment, il est question de modernisation de l'État.
05:33On veut, par exemple, tailler...
05:34Ça, il n'y a aucun cap stratégique, mais c'est clair.
05:36On veut tailler dans le budget de l'éducation nationale.
05:38Là encore, on peut le dire, c'est un investissement d'avenir.
05:41Si on veut supprimer des classes, etc.,
05:44ça veut dire qu'en fait, on ne va en rien améliorer l'éducation nationale qui...
05:50Il y a une histoire de démographie aussi.
05:52Oui, mais la démographie, c'est très bien.
05:53La démographie, effectivement,
05:55mais si vous vous alignez sur la baisse de la démographie pour réduire vos coûts,
05:59au moins, on pourrait attendre qu'on se dise,
06:02allez, à budget relativement constant,
06:05on fait un effort considérable pour, rappelons-le,
06:08ce qui est le principal investissement dans l'avenir de notre pays,
06:11qui est quand même l'éducation nationale.
06:12Donc moi, c'est ça qui m'inquiète,
06:14c'est que finalement, dans les esprits de ceux qui font ce budget,
06:18rien n'a changé.
06:19Ce n'est pas tellement l'effort qu'on demande aux entreprises.
06:21Ce n'est pas ça qui m'inquiète.
06:22C'est que cette, finalement, logique purement comptable perdure
06:26et qu'on voit bien qu'on n'y arrivera jamais comme ça.
06:28Non, puis symboliquement, on est sur les éléments de charges.
06:30Là, on est sur les 2 milliards pour la Sécu.
06:32On aurait peut-être pu mettre à contribution les retraités.
06:37On a refusé tout effort durant le PLFSS 2026.
06:40Vous supprimez la niche pour frais professionnels de 10% sur les retraités,
06:44c'est 4 milliards.
06:44On avait deux fois ce qu'il nous faut ici.
06:48Donc peut-être un peu les retraités, puis un peu moins les entreprises.
06:52Voilà, conseil pour la suite.
06:53Tous les matins, le débat des éditorialistes.
06:55Et Raphaël Legendre, qu'on retrouve à 9h30.
06:57Nouvel horaire pour les experts.
06:58Vous avez déjà le programme de la matinée ?
07:00On a un très beau programme, je vous le racontais à 9h.
07:03Un peu plus tard.
07:03Merci beaucoup, messieurs.
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