00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Raphaël Lejean.
00:02Dans ce chiffre de l'INSEE, publié hier, 56% des Français ont reçu plus qu'ils n'ont contribué
00:07au titre de la redistribution.
00:10Est-ce que c'est trop, notamment au regard de la dette ? Et puis, est-ce que c'est
00:13efficace comme système, Raphaël ?
00:15C'est le chiffre qui résume l'état catastrophique de la France.
00:19On pourrait se dire que c'est formidable, 56% de gagnants, donc notre système fonctionne très bien, c'est
00:24absolument pas le cas.
00:27La redistribution, elle doit aider les plus modestes.
00:28Si on a 56% de pauvres en France, c'est que vraiment, vraiment, on a raté l'ambition de
00:36prospérité qu'on devrait tous avoir pour notre pays.
00:39Ça nourrit en plus un réflexe terrible qui est celui de Netanoulou.
00:44On comprend pourquoi les Français, dès qu'il y a un problème, se retournent vers l'État,
00:48puisque globalement, effectivement, ils sont une majorité, en tout cas, à gagner au niveau de la redistribution.
00:57Et c'est ce qui bloque aussi beaucoup toute velléité de réforme dans ce pays.
01:02Comment vous voulez qu'on réforme notre système social quand vous avez 56% de gens qui gagnent ?
01:09Alors, il y a les retraites dedans, donc c'est un chiffre quand même large.
01:12Oui, on peut rajouter 17, effectivement, 17 millions de retraités.
01:15Mais au-delà de ça, ça montre quand même l'étendue, la superficie du grand bonto public et socialiste.
01:25C'est-à-dire socialisant de la puissance publique.
01:28Vous avez en France, en réalité, un actif sur deux qui, grosso modo, dépend de la sphère publique pour travailler.
01:34Vous avez les fonctionnaires, vous avez toutes les professeurs augmentées, tous les médecins sont payés par la Sécu.
01:38Donc, quand vous avez la moitié des Français qui bénéficient du social et la moitié des Français qui bénéficient de
01:46l'activité publique
01:47ou qui sont directement liés à cette activité publique, cette puissance publique, c'est quand même très compliqué de la
01:54faire reculer.
01:55Or, pourquoi la faire reculer, me direz-vous ?
01:58Parce qu'on sait très bien que ce système social nous coûte une fortune et que le problème avec le
02:03socialisme, comme disait Thatcher, fut une époque,
02:06c'est qu'on arrive toujours à un moment à court d'argent des autres.
02:10Là, c'est le cas.
02:12Là, c'est des chiffres 2023 que communique l'INSEE.
02:15Il y a un écart de 64 milliards entre ce que l'on prélève d'un côté pour les aides
02:20sociales et ce que l'on redistribue de l'autre.
02:23Donc, cette redistribution, elle se fait à crédit.
02:26Et donc, on pénalise en réalité les générations futures.
02:30Il va y avoir un effet boomerang fiscal absolument terrible.
02:35Et puis, un dernier point, c'est que c'est parfaitement inefficace en réalité.
02:39Parce que dans le même temps, on a appris qu'en dépit de cette redistribution massive,
02:43les inégalités augmentaient en France plus vite qu'ailleurs en Europe.
02:47On a un pays plus inégalitaire dorénavant que la moyenne de l'UE après redistribution.
02:55Et on a en parallèle un PIB par tête qui est inférieur à la moyenne européenne aussi depuis 4 ans.
03:02Donc, ça ne marche pas très bien quand même.
03:04Mais c'est non seulement que ça fonctionne mal, mais c'est ce qui nous plombe en réalité.
03:08Emmanuel.
03:08Alors, il y a deux façons d'aborder ce débat.
03:11La façon terrifiante, c'est celle qu'a choisie Raphaël.
03:16Lucide.
03:16Parce qu'en fait, c'est cette vision libérale finalement qui consiste à dire,
03:21allez, la France, c'est le dernier pays socialiste du monde, un pays d'assistés, de feignants, qui vit à
03:26crédit.
03:27Il faut réduire les dépenses sociales, redresser les finances publiques.
03:30Et en fait, ce qui est terrible, c'est que ça, c'est la sortie par le bas.
03:35C'est la spirale du déclin.
03:37C'est, avec ce chiffre, prendre prétexte de ce chiffre, c'est effectivement se jeter avec dans la délectation de
03:46la spirale, de la pauvreté, de la misère.
03:49Parce que c'est refusé toutes les réformes ambitieuses.
03:53Et puis, et puis, il y a...
03:54François qui est dans une piscine à boules.
03:56Si c'était une piscine à boules, ce serait pas si grave.
04:01Mais malheureusement, c'est beaucoup plus dangereux.
04:03Et qu'est-ce que vous voyez de positif ?
04:04Parce que ce n'est pas qu'il y a quelque chose de positif.
04:06C'est que l'autre façon d'aborder, finalement, ce chiffre, c'est de se dire, finalement, c'est de
04:12le voir comme une résultante.
04:13La résultante, effectivement, de quoi ?
04:15D'abord, de besoins de services publics dont on ne peut panier qu'ils sont en forte augmentation.
04:20Quand vous avez décidé d'emmener 80% d'une classe d'âge au bac, contre 15% 50 ans
04:25plus tôt, vous avez plus de dépenses d'éducation.
04:27Quand vous vous déplacez 5 à 6 fois plus aujourd'hui qu'il y a 50 ans, vous avez besoin
04:32de plus d'infrastructures.
04:33Vous pouvez panier que se soigner, ça coûte plus cher aujourd'hui.
04:37Et donc, cette idée qu'il faut réduire cette redistribution est pathétique.
04:42Toutes les études vous montrent le contraire.
04:44Prenez les travaux, par exemple, de l'OCDE qui vous dit quand il y a trop d'inégalités dans une
04:51société.
04:51Parce que c'est ça, en fait.
04:52Moindre redistribution, c'est plus d'inégalités.
04:53Quand vous avez plus d'inégalités, vous avez moins de croissance, vous avez plus de violence, vous avez moins de
05:02cohésion sociale.
05:03Le FMI vous dit que les pays plus égalitaires sont des pays qui ont des croissances plus longues, des cycles
05:09économiques moins heurtés, etc.
05:12Donc, la vraie question, en plus, sachant que le niveau de dépense publique, parce qu'après c'est l'agression,
05:18après trop de redistribution, c'est trop de dépense publique.
05:20Il n'y a rien, nulle part, qui prouve que le niveau de dépense publique a un impact ou pas
05:27sur la compétitivité de le pays.
05:28Mais là, on n'arrive même pas à être le pays le mieux doté dans le classement.
05:32C'est pour ça que le seul sujet qu'élude Raphaël, en voulant nous embarquer dans une espèce de modèle
05:39anglo-saxon qui est finalement appauvrissant,
05:43parce que tout est trompeur dans les stades des États-Unis, c'est de dire que le vrai sujet qu
05:49'il ne faut pas remuter, c'est justement l'efficacité de ce service public.
05:53C'est-à-dire, oui, l'éducation, c'est fondamental, elle doit être financée, tout le monde doit avoir sa
05:57chance, mais ce n'est pas normal que ça nous coûte aussi cher.
05:59On n'a plus un fifrelin pour financer ces services publics, parce qu'on a tout mis dans le social,
06:04la moitié de la dépense publique.
06:06Il faut réorienter vers le régalien, par contre, je suis entièrement d'accord, et vers la qualité de l'éducation.
06:12Et là, là-dessus, c'est peut-être le point sur lequel on est d'accord, mais c'est qu
06:16'il faut effectivement passer par ce nœud gordien qui est l'efficacité de la dépense publique.
06:22On a besoin de plus d'infrastructures, on a une société qui vieillit, on est dans une société dans laquelle,
06:27à cause de la technologie,
06:28le ruissellement, ça s'est passé.
06:30Poussons la logique, poussons la logique, pourquoi pas 80% de bénéficiaires qui seraient financés par 20 seulement pour cent,
06:3720% de la population.
06:37Bon là, les 20% ils partent.
06:38Ou 90% encore plus.
06:40C'est toujours le même problème, quand il y a un ratio avec un numérateur et un dénominateur,
06:45Raphaël est obsédé par le numérateur, c'est-à-dire le niveau de dépense sociale.
06:48Moi, je suis obsédé par l'efficacité.
06:51Je suis obsédé par le dénominateur, qui est le niveau de dépense.
06:54Donc, augmentons nos ressources, travaillons plus.
06:57Alors là, on pourrait relancer le débat sur comment augmenter les ressources.
06:59Oui, alors, travaillons plus, augmentons les impôts.
07:01Mais bien sûr, mais je veux dire, il y a des tas de choses à faire qui nous renvoient à
07:04la réforme de l'État.
07:05Enterriner ce chiffre et dire qu'il faut réduire les dépenses sociales,
07:08c'est renoncer à la seule réforme qui est la sortie par le haut dont a besoin la France.
07:12Est-ce qu'il faut vraiment continuer à emmener 80% d'une classe d'âge au bac ?
07:15On posera la question au ministre de l'Éducation, qui sera notre invité dans une demi-heure.
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