00:00Face à Emmanuel Lechypre, c'est Raphaël Lejandre aujourd'hui.
00:02Le gouvernement qui s'agace de l'agacement des patrons pas assez joyeux sur la croissance du troisième trimestre,
00:07qui ne soutiennent pas la suspension de la réforme des retraites, qui s'inquiètent du niveau des taxes.
00:11Est-ce que le MEDEF a la bonne stratégie vis-à-vis du gouvernement Emmanuel Lechypre ?
00:15Le MEDEF, il n'en fait plutôt pas assez que trop.
00:19Et d'ailleurs, on voit bien les difficultés qu'il a, le MEDEF, aujourd'hui.
00:23Alors, ce qu'on peut lui reprocher et ce que lui reprochent d'ailleurs beaucoup les entreprises,
00:28c'est d'avoir un discours qui est globalement trop généraliste, trop macroéconomique.
00:33C'est d'avoir une difficulté à incarner la colère.
00:37Parce qu'aujourd'hui, on en est là.
00:38C'est-à-dire qu'on est dans un moment qui est peut-être, avec ce que les patrons ont subi en 1981,
00:43ce qu'ils ont subi à la fin des années 90, un moment de colère.
00:47Or, le MEDEF, il veut quand même toujours négocier.
00:49Là, Patrick Martin, il dit hier soir que le budget de 2026 est suicidaire.
00:53Je ne sais pas quel est le mot d'après, mais il s'incarne bien la colère.
00:55Par exemple, quand ils ont voulu faire leur grand mouvement, c'était quoi ?
01:00C'était, allez, on allait louer Bercy, sans doute, pour faire une protestation.
01:05Donc, il y a un moment où il faut passer à un mode d'action qui est quand même beaucoup plus audacieux,
01:10beaucoup plus percutant.
01:12Alors, effectivement, il y a des difficultés, mais qui sont des difficultés congénitales,
01:16à cette émancipation un peu protestatrice.
01:20Un, le MEDEF est quand même, et c'est une exception dans les grands pays,
01:25il n'y a pas un grand pays où il y a une seule organisation qui représente toutes les entreprises.
01:29Et donc, au MEDEF, ce qu'on vous dit en permanence, c'est que,
01:32ah ben non, vous ne pouvez pas hurler contre telle mesure,
01:35parce que vous comprenez, ça ne fait pas plaisir à la grande industrie.
01:39Ah oui, mais que vont dire les banques, et que vont dire les petits, et que vont dire les grands ?
01:43C'est quand même quelque chose qui est très…
01:45Trop gros pour être efficace.
01:46Oui, trop gros pour être efficace.
01:48Prenez l'Allemagne, par exemple, vous n'avez pas un seul grand syndicat comme ça.
01:51Le Royaume-Uni, c'est pareil.
01:52Aux États-Unis, vous n'avez pas non plus un seul grand syndicat
01:54qui est censé représenter toutes les entreprises.
01:56Et puis, il y a une autre difficulté structurelle,
01:59c'est que, dans aucun pays, les relations ne sont aussi incestueuses
02:03entre les entreprises et l'État, et notamment les grandes entreprises.
02:07Parce que le MEDEF représente quand même beaucoup les grandes entreprises.
02:11Et que…
02:13Mais à cause de quoi ?
02:14Parce que c'est historique, en fait.
02:17Le MEDEF, c'est le porte-parole beaucoup des grandes entreprises
02:20dans un pays où vous avez aussi moins de PME et d'entreprises de taille intermédiaire.
02:26Donc, ça, c'est compliqué.
02:27Vous retrouvez les mêmes gens, en plus, dans les grandes entreprises.
02:29Donc, il y a des relations un peu incestueuses entre l'État en France.
02:32Il n'y a pas assez de concurrence partout.
02:33Et ça, bon, ce n'est pas bon pour la liberté de parole du MEDEF.
02:37Raphaël ?
02:37Bon, le MEDEF, c'est une organisation qui doit parler au pouvoir public.
02:41Donc, c'est plutôt intéressant.
02:41Oui, absolument.
02:42Notamment dans le paritarisme.
02:43Évidemment.
02:45Donc, il faut qu'il y ait ce contact avec le politique.
02:48Le sujet, c'est est-ce que c'est efficace ?
02:50Est-ce que leur combat est efficace ?
02:51Moi, je trouve que le MEDEF, c'est le seul adulte dans la pièce
02:55depuis déjà un sacré moment.
02:57Il faut quand même rappeler que Patrick Martin a tendu la main
02:59l'année dernière au pouvoir public pour proposer un effort exceptionnel.
03:04On a déjà les entreprises les plus taxées en Europe et quasiment au monde.
03:08Sur la surtaxe d'IS.
03:09Sur la surtaxe d'IS.
03:10Donc, c'était du one-shot à condition que l'État fasse le boulot de son côté.
03:17Et l'État, la main sur le cœur, a promis à toutes les entreprises,
03:20toutes les grandes entreprises, puisque la surtaxe d'IS
03:22concerne les grandes entreprises uniquement,
03:26que, premier juré, ça serait du one-shot.
03:28Enfin, on est quand même sur une dizaine de milliards d'euros.
03:29On ne parle pas d'une paille.
03:30Mais que ça ne serait qu'une seule fois et qu'on n'en parle plus.
03:34Qu'est-ce que vous avez aujourd'hui ?
03:35Un déluge d'impôts, de taxes en tout genre et de hausse de cotisation
03:40à l'Assemblée nationale.
03:42Une incompréhension totale des membres, des boards, des grands groupes français.
03:47Tous les étrangers qui sont dans le board du CAC 40
03:49et des plus grandes entreprises françaises,
03:51qui voient aujourd'hui le gouvernement leur dire
03:54« Messieurs, dames, vous allez repasser à la caisse
03:56parce qu'en fait, on est incapable de faire le moindre effort sur les dépenses. »
04:00Ils ne comprennent pas que des ministres, que l'État,
04:03que la parole publique soit démonétisée à ce point dans la sphère publique.
04:09Le problème n'est pas ce qui se passe depuis un an.
04:11Ah si, c'est un problème, Emmanuel Lechy, pardon.
04:13C'est le grand problème.
04:14Le problème, c'est qu'historiquement, le MEDEF a accompagné toute cette dérive des finances publiques,
04:22toute cette dérive de la fiscalité, toute cette dérive...
04:24Ça a été une lanceur d'alerte à chaque fois, depuis Pierre Gattas,
04:31il y a souvent des contreparties qui sont soi-disant négociées, etc.
04:35Je suis désolé, on vit dans un pays où la concurrence est insuffisante.
04:38Il n'y a pas assez de concurrence.
04:39C'est vrai.
04:39Parce qu'il y a trop d'entreprises qui défendent leur précaré.
04:42Et on est encore une fois dans ces relations parfois un peu compliquées,
04:46je ne dirais pas incestueuses, mais entre l'État, la haute fonction publique...
04:49Mais là, vous parlez des managers, mais est-ce que vous parlez aussi des aides ?
04:53Est-ce qu'il y a aussi, pour vous, un circuit en haut gamme à cause de ça ?
04:55Le fait qu'il y ait beaucoup d'aides aussi qui soient données,
04:58oui, mais c'est pour ça qu'on est dans cette relation.
04:59Ça, effectivement, il peut...
05:00Un peu, je te tiens, tu me tiens par la barbichette.
05:02Mais ça, c'est l'histoire de la France.
05:04La place du politique dans l'économie française est une place exubérante,
05:08beaucoup plus importante que ce qu'on peut voir en Italie,
05:10où la politique économique est donnée par les grands industriels.
05:13C'est pour ça qu'il y a un mode d'action un peu plus colérique.
05:14Mais ça n'est certainement pas la faute des passports.
05:16C'est quoi, plus colérique ?
05:17Parce que, Gilles, quand on a à dire que le budget est suicidaire...
05:19C'est des plus jadistes à ce moment-là, Emmanuel Lechy.
05:21Vous voulez qu'ils arrêtent de payer leurs impôts ?
05:22Les chefs d'entreprise ne vont pas descendre dans la rue pour mettre le feu aux ministères.
05:28Mais d'ailleurs, c'est ce qu'ils font.
05:29D'ailleurs, ils font, c'est ce qu'ils font.
05:30Ils partent et ils ne défendent pas.
05:33C'est l'exode.
05:33Leur réponse, c'est l'exode, effectivement.
05:35C'est de partir, voilà.
05:36Et le jour où les chefs d'entreprise auront quitté le sol national,
05:39je peux vous dire que c'est toute la nation qui perd le prix.
05:41Sur Finari, on avait Mounir Lagoon qui était avec nous hier.
05:44C'est une plateforme d'investissement.
05:45Ils considèrent qu'il y a un départ par jour de chefs d'entreprise.
05:48Mais bien sûr, il y en a des fortunes moyennes vers Dubaï.
05:50J'ai fait le tour de toutes les officines qui s'occupent de ça.
05:52Il y a des dizaines de gens qui partent.
05:54Merci à tous les deux.
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