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Le 5 novembre 1688, une flotte hollandaise de deux cents navires longe les côtes anglaises. À sa tête : Guillaume d'Orange, prince des Provinces-Unies. Il n'est pas venu en conquérant. Il a été invité - par sept lords protestants anglais - à prendre la couronne d'un roi en exercice. Ce roi, c'est Jacques II d'Angleterre. Stuart. Catholique. Fils d'un roi décapité. En quelques semaines, sans bataille décisive, il perd tout : son armée, ses généraux, ses fils, son trône. Et il fuit - vers la France, vers Louis XIV, vers l'exil.
L'histoire a retenu l'événement sous le nom de Glorieuse Révolution. Un triomphe de la liberté et du parlementarisme, dit-on. Bertrand de Ramondy, lui, y voit autre chose : un coup de force dynastique, orchestré de l'intérieur, contre un roi dont le seul crime était sa foi. Son livre, "Jacques II d'Angleterre, la tragédie d'un Stuart", paru chez Godefroy de Bouillon, est une contre-lecture assumée de l'un des tournants les plus mal connus de l'histoire britannique.

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00:01Générique
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00:14Générique
00:19Bonjour à tous.
00:21Le 5 novembre 1688, une flotte hollandaise de 200 navires longe les côtes anglaises.
00:27A sa tête, Guillaume d'Orange, prince des Provinces Unies.
00:30Il n'est pas venu en conquérant.
00:32Il a été invité par sept lords de protestants anglais à prendre la couronne d'un roi en exercice.
00:38Ce roi, c'est Jacques II d'Angleterre, Stuart, catholique, fils d'un roi décapité.
00:43En quelques semaines, sans bataille décisive, il perd tout.
00:46Son armée, ses généraux, ses fils, son trône.
00:48Et il fuit vers la France, vers Louis XIV, vers l'exil.
00:52L'histoire a retenu l'événement sous le nom de Glorieuse Révolution.
00:55Un triomphe de la liberté et du parlementarisme, dit-on.
00:59Bertrand de Ramondi, lui, y voit autre chose.
01:01Un coup de force dynastique, orchestré de l'intérieur, contre un roi dont le seul crime était sa foi.
01:06Son livre, Jacques II d'Angleterre, la tragédie d'un Stuart,
01:10est une contre-lecture assumée de l'un des tournants les plus mal connus de l'histoire britannique.
01:14Bertrand de Ramondi, bonjour.
01:17Alors, vous êtes gascon par votre père, breton par votre mère.
01:20Vous avez fait carrière dans le conseil en entreprise, loin des amphis d'histoire.
01:25Et pourtant, c'est vous qui signez aujourd'hui l'une des relectures, j'allais dire, les plus audacieuses de
01:31la monarchie britannique.
01:32En l'occurrence, avec le livre Jacques II d'Angleterre, la tragédie d'un Stuart, paru aux éditions Godefroy de
01:39Bouillon.
01:40Alors, bienvenue sur le plateau de Passé Présent.
01:43Et votre livre s'ouvre sur une scène d'exode, d'exil hivernal, 50 000 britanniques qui fuient vers la
01:51France dans le froid de 1688.
01:54C'est une image saisissante pour entrer dans cette histoire.
01:57Alors, pourquoi avoir choisi justement cette image d'ouverture,
02:00plutôt que de commencer banalement par la naissance de Jacques II, comme dans toute bonne biographie ?
02:06– Eh bien, 50 000 britanniques qui débarquent en France, sur la terre de France, en fin du XVIIe siècle,
02:13c'est quand même saisissant, d'autant plus que ce qui est rare, c'est que ces 50 000 britanniques
02:19suivent leur roi en les huiles quasiment immédiatement après son départ de l'Angleterre.
02:25Donc, d'entrée de jeu, c'est vrai, dans ce livre, j'ai voulu rendre hommage, disons, à ce débarquement,
02:31raconter ce débarquement de personnes qui ont tout perdu.
02:36La plupart ne retrouveront jamais l'Angleterre, en fait, ou l'Écosse, même, ou l'Irlande.
02:42Et donc, c'est une preuve d'attachement, une preuve de fidélité.
02:47Et je trouve que, par les temps qui courent, c'est une belle occasion de montrer cette valeur,
02:53cette vertu de fidélité qui a été vraiment manifeste dès le début de l'exil de Jacques II.
03:00– Donc, ce sont des gens de toutes conditions qui sont fidèles à Jacques II, qui le suivent ?
03:04– Oui, effectivement, plutôt des gens jeunes, des familles, pas mal de militaires,
03:10de toutes conditions, même si on peut dire quand même que la majorité appartiennent plutôt
03:15à l'aristocratie et à la classe dirigeante, en fait.
03:18Ce qui montre que, du XVIIe siècle, une bonne partie de l'élite anglaise
03:24n'était pas forcément acquise aux idées anglicanes,
03:28mais était en voie de conversion ou même convertie au catholicisme.
03:33– Alors, ces gens ont été fidèles à Jacques II.
03:36Qu'est-ce qui vous a attiré dans ce personnage ?
03:39Est-ce que c'est un détail, une rencontre, une lecture, un voyage ?
03:42– Alors, il y a déjà deux choses, c'est qu'avec mon épouse,
03:44nous avons voyagé fréquemment en Grande-Bretagne, en Écosse, en Angleterre, en Irlande aussi.
03:51Et à cette occasion, on a eu l'occasion de voir, de comprendre
03:54que les liens très puissants entre la dynastie histoire et la France, en fait.
03:59Et pour ce qui concerne Jacques II, en fait, son règne et son exil,
04:06c'est un point de bascule, en fait, dans l'histoire d'Angleterre,
04:09et même dans l'histoire de la dynastie histoire, en fait.
04:13Et moi, ce qui m'a fasciné, en fait, c'est un roi qui veut recatholiser son pays
04:21dans un pays gagné au protestantisme depuis un siècle, un siècle et demi.
04:28C'est quand même assez extraordinaire, c'est quand même assez fascinant.
04:30Et donc, j'ai trouvé, moi, que Jacques II était un personnage romanesque, en fait.
04:35Mais romanesque, un peu dans le sens sacrificiel, en fait.
04:38Si vous voyez ce que je veux dire, c'est-à-dire qu'en fait,
04:41il s'attaque à quelque chose d'impossible, enfin, qui paraît impossible,
04:46être un roi catholique dans un royaume protestant.
04:50Voilà, donc c'est ça qui m'a fasciné, en fait,
04:54et j'ai voulu creuser et me mettre dans la peau de ce roi.
04:59– D'ailleurs, c'est dans le titre du livre, c'est la tragédie.
05:02C'est une tragédie au sens grec, donc c'est un destin qui est scellé d'avance.
05:08– Oui.
05:10– Vous citez Shakespeare, Richard III, d'ailleurs, en épigraphe du livre.
05:15« Ceux qui habitent les cimes s'exposent à tous les vents.
05:18Lorsqu'il tombe, il se brise en morceaux. »
05:21Donc, est-ce que ça peut vraiment résumer le destin de Jacques II ?
05:26Est-ce que cet homme n'avait finalement aucune chance ?
05:29– Difficile à dire, parce que l'histoire n'est jamais écrite,
05:32vous le savez aussi bien que moi.
05:34mais c'est vrai que le défi était absolument fabuleux
05:40et les circonstances, je pense qu'on va en parler,
05:44ne l'ont pas servi non plus, en fait.
05:46C'est vrai qu'il avait un projet et que dès son plus jeune âge,
05:51en fait, il a baigné dans cette idée d'un jour d'être roi
05:55et d'essayer de refonder un catholicisme dans un pays qui ne l'était plus.
06:02– Alors, on va parfois refaire toute l'histoire de l'Angleterre avant Jacques II.
06:06Donc, pour résumer, je le disais dans mon introduction,
06:08c'est le fils d'un roi décapité.
06:11C'est un homme qui est formé par la guerre.
06:13Alors, dans quel contexte politique familial naît-il ?
06:17Qu'en est-il de la maison Stuart ?
06:21– Donc, il est né en 1633, donc à un moment de l'histoire d'Angleterre
06:26où il va très vite être marqué par l'affrontement entre la monarchie
06:30incarnée par son père, donc Charles Ier, et Cromwell,
06:35donc les forces puritaines dirigées par Cromwell,
06:38qui ont comme projet d'installer dans ce pays une république.
06:43Et donc, ce conflit va durer des années, une quinzaine d'années au total, à peu près.
06:47Et donc, le jeune duc York à l'époque, donc Jacques Soir,
06:53va très vite émigrer en France.
06:57Donc, son père étant fait prisonnier vers 1647-1648,
07:05Jacques va émigrer en France.
07:08– Avec son frère.
07:09– En France, il va être accueilli par Louis XIV, qui est son cousin en fait,
07:13par Alliance, et qui va l'intégrer dans l'armée de Thurènes.
07:19– Attends, on va en parler.
07:21– Voilà, on va en parler, oui.
07:21– Alors, il grandit, donc il part avec son frère, le futur…
07:25– Charles II.
07:26– Futur Charles II.
07:27– Futur Charles II, oui.
07:28– Est-ce qu'il naît dans ce climat de guerre civile ?
07:33Est-ce que ça le marque vraiment à vie ?
07:35– C'est une période où en Europe, il y a beaucoup d'orages, beaucoup de nuées,
07:41et en gros, pour simplifier, il y a une coalition qui se met en place contre Louis XIV,
07:47qu'on appelle la Ligue d'Augsbourg en fait,
07:50qui va réunir l'Espagne, la Suède, les Pays-Bas, mais pas encore l'Angleterre.
07:55Et ce qui va se passer en fait, c'est qu'on va en parler un peu plus tard,
07:58c'est que Guillaume d'Orange va profiter d'une situation
08:01pour réaliser son vieux projet d'humilier la France, le Royaume de France et Louis XIV.
08:06– Mais est-ce qu'on peut dire, donc, son exil,
08:09est-ce qu'il a été déterminant pour sa formation politique ?
08:11Il en a tiré des enseignements ?
08:12– Le premier exil, oui, pour deux raisons.
08:14D'abord, c'est là qu'il a appris le métier des armes,
08:17et Thurène ne tarissait pas d'éloge sur Jacques Stouart,
08:23disant qu'il avait une bravoure au-dessus du commun et un mépris du danger.
08:28Ce qui est assez intéressant à noter,
08:32puisqu'on va voir que plus tard, on va lui reprocher,
08:35justement, d'avoir été un peu faible,
08:39alors qu'en fait, au départ, il n'était pas.
08:41– Oui, donc vous dites, cet exil naît un militaire, finalement ?
08:44– Né un militaire, et puis…
08:45– C'est d'abord un homme de guerre avant d'être un homme d'État, on peut dire ça
08:47?
08:47– Oui, voilà, exactement.
08:49Et puis, il y a un deuxième facteur qui va beaucoup jouer,
08:52c'est qu'entre lui et Thurène, il y a un point commun au départ,
08:55c'est qu'ils sont tous les deux protestants.
08:58Thurène, calviniste,
09:00et Jacques Stouart, anglican, en fait.
09:05Et Thurène se pose beaucoup de questions sur la religion.
09:10Il est calviniste, mais il a du mal à comprendre
09:12comment l'Église du Christ, l'Église chrétienne,
09:16qui a été fondée d'une manière unitaire,
09:21comment est-ce qu'elle a pu essaimer entre anti-tendances ?
09:23Des couacœurs, des calvinistes, des luthériens, des anabaptistes, des pancôtistes, etc.
09:29Et donc, il se pose beaucoup de questions.
09:30Et on sait qu'à ce moment-là, Jacques Stouart va être très influencé par la pensée de Thurène,
09:38qui commence à envisager une éventuelle conversion.
09:43– Qui viendra plus tard.
09:45– Là, je voudrais m'attarder sur sa carrière militaire.
09:50Donc, comme je disais, vous dites, c'est une jeunesse entre deux rives,
09:54deux religions, deux mondes, donc militaire expérimenté.
09:58Donc, quel rôle joue-t-il dans les armées françaises ?
10:02– Il a un commandement, Louis XIV, une homme d'un commandement ?
10:05– Il est directement sous les ordres de Thurène, en fait.
10:07– Il a moins de 20 ans.
10:08– Il a 16 ans quand il débarque en France, oui.
10:11Il est directement sous les ordres de Thurène.
10:12Donc, il ne dirige pas une troupe, mais il est l'adjoint de Thurène, en fait.
10:18Et il va, Thurène est absolument étonné de le voir aller au front, au feu.
10:23– Il a compétit sur quel…
10:24– Alors, la bataille la plus connue, c'est la bataille du Mouzon,
10:27qui était contre les armées espagnoles, qui ont été victorieuses.
10:32Et dans lesquelles, justement, il a montré une vaillance,
10:36une bravoure absolument déterminante, en fait.
10:39Au dire de Thurène, qui en a témoigné.
10:42– Est-ce qu'on peut dire qu'il lui a manqué, finalement,
10:44une formation politique qui n'a eu qu'une carrière militaire ?
10:46C'est peut-être ça aussi ?
10:47– C'est possible.
10:49Il n'a pas eu une formation politique très poussée,
10:51puisque, on va dire, on peut avancer maintenant,
10:58après, je dirais, l'échec de la révolution de Cromwell.
11:01Et donc, son frère va pouvoir restaurer la monarchie.
11:06Lui, il va rentrer, donc, en Angleterre.
11:10Et à ce moment-là, son frère va lui confier une grande mission,
11:14c'est de devenir le grand amiral de la Royal Navy.
11:17Et donc, là, il va montrer un centre de l'organisation.
11:21Il va totalement refonder la Royal Navy
11:23et en faire pratiquement la première force navale d'Europe,
11:28à l'époque, vous voyez.
11:31Et donc, ça, il continue, vous voyez, sur sa lancée,
11:34je dirais, de militaires, alors là, non plus combattants,
11:38mais de militaires d'organisation,
11:40qui sait parfaitement organiser une force de combat, en fait.
11:46Et à tel point qu'en 1666,
11:50lorsqu'éclate le grand incendie de Londres,
11:53au moment où la ville de Londres a quasiment disparu de moitié,
11:57Charles II est complètement affolé par ce qui se passe,
12:00il fait appel à son frère du Thoreau.
12:02Et c'est lui qui va, avec ses troupes,
12:05avec ses gardes du corps, etc.,
12:07c'est lui qui va réussir à éteindre le feu.
12:09Voilà, et donc, d'où une certaine popularité
12:13qu'il a obtenue à cette époque.
12:15– Et de sa période française, enfin, de son premier exil,
12:19il en concerne vraiment un attachement ?
12:21– Oui, ce qu'il a retenu surtout de la monarchie française,
12:25c'est la monarchie absolue, en fait.
12:27Et donc, c'est ce qui va lui être reproché plus tard,
12:30c'est d'avoir eu une conception absolutiste, en fait, de la monarchie,
12:37alors que les Anglais avaient une conception plutôt constitutionnelle,
12:42parlementaire, de la monarchie,
12:44et ça va être un des conflits qui va arriver.
12:46Et donc, il sort de son premier exil avec l'idée que
12:50l'alliance du sabre et de l'autel est la bonne solution pour régner, en fait.
12:56– Alors, je voudrais en venir maintenant à sa conversion.
12:59Vous dites que le chemin de croix commence longtemps avant la chute,
13:02il commence le jour d'une conversion.
13:06– Oui.
13:07– Effectivement, c'est la décision qui va tout changer,
13:09c'est sa conversion au catholicisme.
13:12Donc, vous avez parlé tout à l'heure de l'influence vraiment fondamentale de Turène.
13:16– Oui, oui, oui.
13:17Ah oui, oui, et Turène s'est lui-même converti un peu après
13:23le séjour de Jacques-Tloir en France,
13:26ce que j'ai converti.
13:29Et lorsque Jacques-Tloir est retourné en Angleterre,
13:32donc il y a eu un premier mariage avec...
13:34– Ah, pardonnez-moi, il se convertit en France ou il se convertit ?
13:37– En Angleterre, oui.
13:38– Après son retour en Angleterre, donc c'est son frère qui...
13:40– Oui, en 1668 environ.
13:42– Et il en informe son frère ou ça reste...
13:45– Alors, son frère n'est pas très chaud parce qu'il sait que ça va poser des tas de
13:49problèmes
13:49avec l'église d'Angleterre, l'église anglicane,
13:52mais Jacques est déterminé et avec son épouse,
13:55et donc il se convertit d'une manière discrète, on va dire quasiment clandestine,
14:01et puis, manque de chance, son épouse meurt un peu après,
14:05donc d'un cancer, une maladie, donc il se retrouve seul,
14:09et les Anglais qui sentent...
14:11– Épouse avec laquelle il a eu deux fils, déjà.
14:13– Pardon ? – Avec laquelle il a eu deux...
14:15– Avec laquelle il a deux filles, Marie et Anne, voilà.
14:18Et l'église anglicane commence à sentir que ce Jacques Stouart
14:22n'est pas très sûr sur le plan religieux,
14:25et donc en 1673 va être édicté un acte très important
14:30qui s'appelle le Test Act,
14:32qui stipule que toute fonction publique doit faire allégeance à l'église anglicane,
14:40premièrement, et deuxièmement, doit s'engager,
14:43par écrit, à récuser les dogmes de l'église catholique.
14:46– D'accord.
14:47– Dont le principal étant la consécration du pain et du vin, voilà.
14:52Et donc Jacques Stouart, là, il est sous les feux de la rampe,
14:56et qu'est-ce qui va se passer, c'est que son frère, Charles II,
14:59va lui demander donc de démissionner de son poste de grand amiral de la Royal Navy.
15:04Et donc là, il se retrouve sans commandement pendant un certain temps, vous voyez.
15:08– Alors c'est vraiment une conversion du cœur, c'est-à-dire que ce n'est pas une manipulation
15:12politique ?
15:13– Oui. En fait, l'idée, c'est qu'il voulait renouer avec la filiation, en fait, de sa dynastie,
15:19puisque jusque Marie-Histoire, la dynastie est catholique,
15:25et elle ne devient protestante que par le fils de Marie-Histoire,
15:28qui lui avait été substitué par les lords écossais,
15:31et qui avait été éduqué dans un cadvinisme pur et dur en École.
15:36Et donc Jacques Ier-Stouart, son grand-père, protestant,
15:40son père, Charles Ier, protestant, son frère, Charles II, protestant,
15:44et lui, en fait, a voulu renouer avec la filiation catholique.
15:49Le contexte religieux de l'époque en Angleterre
15:54fait que vraiment cette conversion suscite beaucoup d'inquiétudes,
15:57déjà parmi la classe.
15:57– Imaginez que les catholiques représentent 300 000 personnes environ,
16:02sur un total de 5 millions d'habitants.
16:04Donc c'est 2-3%, c'est rien du tout, en fait.
16:08Et donc c'est un combat asymétrique, en fait, on pourrait dire,
16:12enfin un drame asymétrique.
16:13D'un côté, vous avez une force très puissante
16:17qui régente tout le pays, très bien organisée,
16:19et puis d'autre côté, vous avez des résidus fidèles à la foi catholique qui sont…
16:26– Est-ce qu'ils sont persécutés ?
16:27– Est-ce qu'ils sont très persécutés ?
16:29Et puis il y a un deuxième facteur qui joue,
16:31c'est que l'héritage de Henri VIII, qui a créé le schisme,
16:36et de Cromwell, qui a mis sacré pagaille en Angleterre,
16:41est très dur à assumer pour Jacques II, en fait.
16:44Il s'aperçoit effectivement qu'il a derrière lui…
16:47– Là, il n'est pas encore…
16:47– Un lourd passé, vous voyez, un très lourd passé,
16:50qui pèse énormément sur le royaume, en fait.
16:53Et il va lui falloir assumer ça un jour.
16:55Et donc il se faut…
16:56– Oui, mais au moment où il se convertit, il ne pense pas régner, finalement.
17:01– Vous voyez, non.
17:03Il n'y pense pas en règle dynastique,
17:06puisqu'on espère que son frère aura un fils…
17:10– Ou une fille en Angleterre.
17:11– Oui.
17:11– Ce n'est pas le problème.
17:13– Mais il s'y prépare quand même,
17:15parce que certains lui font comprendre
17:16que son frère n'a pas de successeur, en fait.
17:21Et même si ça peut être une fille,
17:23a priori, c'est plutôt un garçon qu'est-ce que c'est.
17:26Voilà.
17:27– Et donc son frère va mourir en 1685 ?
17:31– Voilà, donc va régner 25 ans, oui.
17:3425 ans.
17:35– Ça a été un bon roi, Charles ?
17:38– Alors, Charles II a été un roi très diplomatique, en fait,
17:43puisqu'il venait après Cromwell,
17:45donc le pays était dévasté,
17:48et secrètement, en fait,
17:50il voulait lui aussi se convertir au catholicisme,
17:52mais il ne l'a fait que sur son lit de mort,
17:54on le sait, sur son lit de mort.
17:56Il avait un accord secret avec Louis XIV, d'ailleurs, dans ce sens.
18:00Et donc Charles II a été quelqu'un
18:03qui a su rétablir une monarchie solide
18:08en négociant, vous voyez, avec l'élite anglicane
18:13qui le scrutait du coin de l'œil
18:16et qui ne lui permettait pas de faire ce qu'il voulait.
18:19Voilà.
18:20Et il va arriver un événement qui va peser beaucoup,
18:24c'est qu'en 1677,
18:28Charles II va imposer à son frère Jacques
18:30le mariage de sa fille Marie,
18:33de son premier mariage,
18:35avec Guillaume d'Orange,
18:36qui a déjà une filiation anglaise, lui, par sa mère.
18:41Et donc là, on voit déjà le loup qui va arriver dans la mergérie.
18:45Fille de Jacques II,
18:46qui sont, pour elle, protestantes.
18:48Oui.
18:49Donc en 1685, il monte sur le trône.
18:54À la mort de son frère.
18:55On parlait de royale bravade
18:56quand un roi catholique ose régner sur un peuple anglican.
18:59Oui.
19:00Donc il a des idées, il a une vision, une foi,
19:02mais finalement, c'est sa foi qui va tout compliquer.
19:04Quelles sont les grandes décisions politiques de son règne ?
19:09Son règne.
19:10Alors il va régner 4 ans, donc, en total.
19:12Et ce qu'il faut savoir, c'est que les 4 années de son règne
19:14vont pratiquement être occupées à 90-95% sur la question religieuse.
19:20Sur le plan politique pur,
19:23il va très très peu s'appuyer sur son parlement.
19:26Parce qu'entre eux, il y a une grande méfiance, en fait.
19:29Il va avoir à régler la question d'un rival qui est le duc de Monmouth,
19:33qui était un fils illégitime de Charles II,
19:38et qui s'estimait être, lui, le roi de droit, en fait.
19:41Et donc, il va y avoir un conflit militaire, là,
19:44et Monmouth va être vaincu et exécuté, en fait.
19:48Donc une répression assez féroce ?
19:49Assez féroce, très féroce.
19:51Et celui qui va l'aider le plus à vaincre Monmouth,
19:56c'est John Churchill, futur duc de Marlborough,
20:01dont nous reparlerons peut-être un peu plus tard.
20:04– Donc les grandes décisions,
20:05il y a la déclaration, ce qu'on a appelé la déclaration d'indulgence.
20:09– Alors, dès 1687, on va dire, il passe à l'attaque, en fait.
20:16Enfin, il avait commencé avant, puisque dès 1686, qu'est-ce qu'il fait ?
20:19Il place, en fait, ses hommes, ses pions,
20:22dans l'administration, dans l'armée, dans la justice,
20:27dans l'université aussi.
20:29Et en 1687, donc, il édicte la déclaration d'indulgence
20:34qui restaure le catholicisme dans ses droits.
20:38– Dans ses droits, mais pas comme…
20:39Parce qu'il reste chef de l'église d'Angleterre,
20:42tout en étant catholique, comment ça se passe ?
20:43– Oui, mais il joue un double jeu, en fait.
20:45Et donc l'église d'Angleterre flaire tout de suite le danger, en fait.
20:50Et donc arrive un premier conflit avec les évêques anglicans
20:54qui n'acceptent pas de lire la déclaration d'indulgence
20:58qui restaure le catholicisme dans les paroisses anglicanes.
21:02Parce que Jacques II leur a demandé que le dimanche,
21:06à la messe dominicale, cet ex-ex-valu.
21:08Et sur environ 9 à 10 000 paroisses anglaises,
21:13il n'y en a que 3 ou 400 qui vont s'exécuter.
21:17– Mais qu'est-ce qu'il espérait par là ?
21:18Donc de rétablir un culte officiel ?
21:21– Enfin, un culte officiel.
21:22– Enfin, on va dire que Jacques II avait un côté mystique, en fait.
21:26Et il pensait qu'il était investi d'une mission divine
21:30de recatholiser son pays avec l'appui du Vatican à l'époque.
21:34Donc il ne faut pas oublier que l'histoire,
21:36c'est un peu l'espoir de la papauté, en fait,
21:41dans cette Europe du Nord qui est devenue en grande partie réformée,
21:46protestante.
21:46Et donc Jacques II s'estime investi d'une grande mission.
21:56Et c'était un lecteur de Boswell, par exemple,
21:58qui lui-même avait une vision providentialiste, en fait,
22:03de l'histoire, issue de la Bible et des évangiles.
22:07Et donc Jacques II est dans cette optique, en fait.
22:11Et donc pour lui, il y a une mission.
22:14La mission est difficile, elle est peut-être impossible,
22:18mais on doit l'accomplir.
22:21Et donc il va l'accomplir dans des conditions,
22:22effectivement, extrêmement difficiles,
22:25puisqu'il est environné d'une hostilité.
22:28– Oui, parce que les hommes qu'il place,
22:31d'où viennent-ils ?
22:32– Ce sont des catholiques.
22:34– Des catholiques.
22:34– Il a quand même tissé son réseau.
22:37– Oui, il a un réseau important,
22:38notamment dans la haute hiérarchie militaire,
22:42dans l'université, à Oxford, par exemple.
22:44Il commence à mettre des recteurs dans les justices,
22:49enfin partout, etc.
22:50Et donc il place des hommes,
22:51parce que ce dont on s'est aperçu assez vite aussi,
22:55c'est qu'il y a un femaine de conversion au catholicisme
22:58mais qui commence à monter dans les élites anglicanes.
23:03Le duc de Perse, le comte de Péterborough,
23:07l'or de Hamilton, etc.
23:08Enfin un certain nombre de…
23:09Et ça, c'était un signe aussi qui a créé une inquiétude
23:14chez les Anglicans en disant,
23:15si une partie de l'élite commence à se rallier,
23:19nous sommes perdus en fait.
23:21– On peut dire qu'ils cherchent d'abord à rétablir
23:25une certaine forme de tolérance religieuse finalement,
23:28mais également à imposer le catholicisme,
23:30mais en douceur, il veut faire ça en…
23:32– Oui, parce que son idée c'était
23:33qu'il n'y arriverait pas par la force,
23:36puisque le rapport de force ne le permettait pas,
23:39et qu'il y arriverait par les conversions en fait.
23:41Et donc pour ça, il fallait qu'il passe par une phase
23:44où il y ait quasiment, comme vous le dites,
23:48une égalité de traitement entre l'Église anglicane
23:51et le catholicisme.
23:53Ce qui est sans doute utopique en fait,
23:54puisque ça ne pouvait pas se produire.
23:56Et c'était son idée en fait,
23:58c'était son idée d'avancer pas à pas, lentement,
24:04jusqu'à créer une situation irréversible.
24:07– Alors pourquoi ces réformes provoquent une réaction
24:11très rapide et radicale au sein des élites anglaises ?
24:14Il a peur de quoi cet établissement ?
24:16De perdre ses privilèges ?
24:17– L'établissement a peur du papisme en fait.
24:21C'est le grand mot qui était à la mode à l'époque.
24:24Et il pense que la papauté veut rétablir le catholicisme
24:29et que Jacques II n'est qu'un instrument en fait du pape.
24:33À l'époque c'est Innocent XI, donc du pape n'est qu'un instrument.
24:37Et donc il dit que cet instrument, il va falloir commencer à lutter contre.
24:40Au début, l'Église anglicane ne bouge pas trop
24:43parce qu'il a deux filles, mais il n'a pas de successeur mâle.
24:48Donc il se dit, et les deux filles de son premier mariage,
24:52elles ont été éduquées en protestantisme,
24:56sur la recommandation de Charles II,
25:00qui dit non, on ne va pas mélanger les gens,
25:03mon frère s'est converti, mais ces filles doivent rester protestantes.
25:06Donc l'Église anglicane se dit,
25:09dès que Jacques II va passer la main,
25:13on va retrouver une prérogative.
25:15C'est une de ses filles qui va réunir.
25:17Et puis arrive le 10 juin 1688,
25:20qui est la naissance donc un peu miraculeuse,
25:23puisque son épouse Marie de Modène avait eu six enfants
25:26qui sont morts en passage.
25:28Et plus ce qu'il y ait, on en parlera après de Marie de Modène.
25:30Oui.
25:31Oui, je vous laisse continuer, donc vous dites de naissance à...
25:351688, son fils Jacques, prénopté Jacques comme son père,
25:38qui lui survit, donc il vit.
25:41Et bêtisé.
25:42Et là c'est un événement.
25:43Et là, l'élite anglicane s'est dit, ça y est,
25:48le danger est plus qu'imminent.
25:49Et dans les règles de succession en Angleterre,
25:53normalement c'est la fille qui devait monter sur le trône en premier.
25:57Oui, mais comme Jacques II avait l'idée d'avoir un successeur catholique...
26:04Et donc, il aurait pu...
26:05Et donc, il aurait pu effectivement choisir,
26:07puisque les règles de succession anglaise ne sont pas aussi précises qu'en France.
26:12Oui, oui, ou là-bas, oui, c'est...
26:14L'Angleterre est un bit très compliqué, vous voyez, on le voit même aujourd'hui d'ailleurs,
26:18où il s'est passé des choses très variables dans la dynastie Windsor.
26:23Voilà.
26:23On peut dire qu'il a sous-estimé quand même cette hostilité de l'établissement protestant ?
26:30Alors, je ne pense pas qu'il ait sous-estimé l'hostilité de l'élite protestante,
26:37mais il a sans doute sous-estimé la fiabilité de certains de ses partisans,
26:45de certains de son entourage.
26:47Et notamment le fameux duc de Marlborough,
26:51qui était son ami d'enfance,
26:54et avec qui il a eu toujours des rapports extrêmement étroits.
26:58et c'est lui qui va faire la différence, en fait.
27:01Voilà.
27:01Alors, je vais m'attarder, on a parlé de la reine Marie-Béatrice de Modène,
27:07c'est un beau portrait dans le livre.
27:10Oui.
27:10Qu'est-ce qui vous a touché chez cette femme ?
27:13Alors, qui est-elle ? D'où vient-elle ?
27:15Elle était italienne, donc d'origine catholique.
27:20Elle passait à l'époque pour la plus belle princesse d'Europe,
27:23donc Jacques II avait fait un choix qui n'était pas anodin.
27:30Elle aurait voulu jouer un rôle très actif,
27:32mais en fait, elle va avoir un rôle assez effacé,
27:34parce que Jacques II va comprendre très vite que,
27:38s'il met trop en avant son épouse,
27:40c'est peut-être elle qui peut être ciblée par les risques locaux, en fait.
27:46Donc, elle va avoir un rôle assez effacé,
27:53et elle conseille son mari, si vous voulez, en privé,
27:56mais en fait, elle ne joue pas un rôle politique important.
28:00Donc, la naissance de ce fils, donc cet héritier mâle catholique,
28:05c'est lui qui va vraiment mettre le...
28:06Le feu aux poudres.
28:07C'est l'étincelle, en fait.
28:09Le feu aux poudres.
28:10Oui.
28:12On peut parler de véritables crises,
28:14où tout se passe dans des cabinets secrets ?
28:19Est-ce qu'on rentre dans un moment,
28:21dans une ère de complot à ce moment-là ?
28:22Oui, très vite, oui,
28:24puisqu'il y a les fameux sept lords anglais, anglicans,
28:30qui dès fin juin,
28:32donc vous voyez, juste après la naissance du fils de Jacques II,
28:38rédige une lettre adressée à Guillaume d'Orange,
28:41en lui disant, le royaume est en danger,
28:44le papisme est de retour, pour simplifier,
28:47et nous vous demandons d'intervenir.
28:50D'intervenir ?
28:51Oui, d'intervenir, c'est-à-dire de...
28:54Nous vous appelons à venir sur le sol d'Angleterre
28:58pour remettre de l'ordre dans le royaume.
29:02Et le message est très clair, en fait.
29:05C'est pour destituer Jacques II, en fait.
29:09Donc, il lui demande de faire un putsch
29:11qui a pour projet d'installer Guillaume d'Orange
29:14sur le trône de l'Angleterre.
29:16Donc, ce Guillaume d'Orange, qui est-il exactement ?
29:20C'est le gendre de Jacques II.
29:23Oui.
29:24Marié avec sa fille.
29:25Marié avec sa fille aînée.
29:29Il est prince d'Orange,
29:31ça correspond pour nos téléspectateurs.
29:32Thérèse, situez-nous le personnage.
29:36Quel droit pourrait-il avoir sur la couronne d'Angleterre ?
29:38Aucun.
29:40Aucun directement, si vous voulez.
29:42Mais comme la couronne d'Angleterre est toujours assez mouvante
29:47et assez compliquée dans ses règles,
29:49après tout, pourquoi, étant le mari de la fille du roi en France,
29:54pourquoi n'aurait-il pas la possibilité de s'installer ?
29:58Mais ce qu'il faut voir, c'est que Guillaume d'Orange a un projet, en fait.
30:03Il n'a pas qu'un projet dynastique, en fait.
30:05Son but n'est pas simplement de régner en tant que roi d'Angleterre.
30:09Son but est avant tout de s'opposer à Louis XIV.
30:12Il a été humilié un certain nombre de fois,
30:16sur le plan militaire, notamment, et diplomatique,
30:18par Louis XIV,
30:20notamment par le traité de Nimègue.
30:24Et Guillaume d'Orange a une obsession.
30:26C'est déjà une table d'obsession,
30:28c'est affaiblir, humilier le royaume de France.
30:32C'est-à-dire Louis XIV, en fait.
30:33Et donc, en voulant accéder sur le trône d'Angleterre,
30:38il voit la possibilité de renforcer la ligue d'Augsbourg,
30:44Espagne, Suède, Pays-Bas,
30:45qui se prépare, depuis plusieurs années,
30:48à affronter le royaume de France, en fait.
30:53Et il espère ainsi prendre la tête de cette coalition
30:59pour en finir avec Pucatoire.
31:01C'est son but, en fait.
31:02C'est son but.
31:02Et donc, il ne faut pas voir le projet de Guillaume d'Orange
31:06uniquement comme un projet dynastique,
31:08mais aussi un projet politique, en fait.
31:09Avec une vision très claire de son but.
31:12Et on sait comment réagit la fille de Jacques II.
31:15Alors, elle, elle approuve totalement son mari.
31:21Et les deux filles de Jacques II
31:25ont des relations assez distantes avec leur père
31:27depuis un certain temps,
31:28puisqu'elles sont restées vraiment anglicanes.
31:34Donc, c'est cette lorde protestant.
31:36Qui sont ces hommes qui vont trahir, finalement, le roi ?
31:41Ce sont des hommes qui sont déjà...
31:42Non, non, non.
31:42Ce sont des anglicans qui, eux, n'ont jamais fait partie
31:47de l'entourage de Jacques II,
31:49qui n'ont jamais eu de compromission, si vous voulez...
31:51Oui, ils vont trahir la personne du roi, pas forcément.
31:53Voilà.
31:53Mais ils vont trahir le principe royal
31:56qui est de faire appel à un étranger, en fait.
31:59Donc, vous dites, le leader, c'est John Churchill,
32:01duc de Marleau ?
32:02Non, Churchill n'est pas dans les sept, non.
32:03Churchill a toujours le haut commandement
32:07de l'armée royale, en fait, 40 000 hommes.
32:10Donc, c'est une armée puissante, très puissante,
32:13qui a été forgée par Jacques Bleu, en fait.
32:16Et donc, non, Churchill n'est pas dans les sept,
32:19mais il est dans l'entourage.
32:21Vous voyez, voilà.
32:22Et là, c'est cette lorde protestant,
32:24c'est le haut du panier, la aristocratie anglaise ?
32:26Oui, oui, oui, là, je n'ai plus les noms en tête,
32:28mais effectivement, là, c'est vraiment des gens
32:29extrêmement influents, qui ont une surface politique,
32:38financière, etc., puisqu'ils vont notamment contribuer
32:43à construire l'immense armada dont va bénéficier...
32:48Et donc, ils s'attendaient vraiment à un conflit armé,
32:50à ce moment-là ?
32:51Ah oui, bien sûr.
32:52Oui, oui.
32:52Oui, ils pensaient...
32:53Ils avaient une image de Jacques II
32:55comme étant quand même un militaire, au départ.
32:59Même s'ils s'étaient un peu adoucis
33:01et s'ils n'avaient pas trop réagi
33:03à un certain nombre de choses,
33:05ils s'attendaient effectivement à une guerre civile,
33:08une seconde guerre civile, après Cromwell.
33:10Oui, c'est ça.
33:11Donc, c'est ce qu'on a appelé la gorgueuse révolution,
33:14que beaucoup de manuels scolaires présentent
33:16comme, finalement, l'acte fondateur
33:18de la démocratie parlementaire...
33:20Anglaise, oui, moderne, un progrès historique.
33:23Vous, vous en faites plutôt un coup d'État ?
33:25Oui, c'est un putsch.
33:27Oui, c'est un putsch.
33:28Il n'y a pas d'autre mot, en fait.
33:32En novembre, donc, 1688,
33:34Guillaume de Ranges débarque
33:35avec cette force immense, en fait.
33:42Et il est plutôt bien accueilli par un certain nombre de populations, en fait.
33:48Et à ce moment-là, Jacques II fait mouvement vers le sud de l'Angleterre
33:55où a débarqué Guillaume de Ranges.
33:58Donc, on s'attend, effectivement, à un conflit.
33:59Un conflit, un novembre, début décembre.
34:04Et là, coup de théâtre, Marlboro passe du côté de Guillaume de Ranges.
34:08Alors qu'il était formellement, historiquement, filialement, enfin tout, avec Jacques II.
34:16Et là, la trahison de Marlboro va déstabiliser, en fait,
34:21que le haut commandement militaire de Jacques II,
34:25ça crée le trouble, en fait.
34:27La troupe ne bouge pas beaucoup,
34:30mais le commandement est un peu perdu
34:33parce qu'ils sentent qu'à ce moment-là,
34:34la chance est en train de tourner, en fait.
34:37Et donc, la trahison de Marlboro va entraîner
34:42la désertion d'un certain nombre de militaires
34:45qui ne veulent plus jouer le jeu.
34:47Et donc, Jacques II va se retrouver seul,
34:49d'autant plus qu'à ce moment-là,
34:51il a aussi des ennuis de santé assez graves
34:53qui vont l'affaiblir dans ses décisions, en fait.
34:56Donc, il se retrouve seul, en fait.
34:58Il est encerclé, là.
34:59Et donc, Guillaume de Ranges avance, avance, avance vers Londres, en fait.
35:03– Il n'y a pas de combat.
35:04– Il n'y a pas de combat, non.
35:06– Cette trahison de John Churchill,
35:09elle est motivée par quoi il a été payé
35:11ou il se rend compte que le vent est en train de tourner ?
35:14– Alors, Churchill a adressé une lettre à Jacques II.
35:19pour lui expliquer sa position.
35:21Et on comprend que, on revient à notre premier raisonnement,
35:25c'est que c'est la religion qui a été le facteur principal.
35:27– Il le lui dit ?
35:28– Churchill était resté protestant, lui.
35:30Et il lui dit très clairement, je n'ai voulu que protéger notre religion.
35:35Donc, la religion oulicane, en fait.
35:37– Bien sûr.
35:37– C'est entendu qu'il était en grand danger par vos décisions diverses et variées.
35:43– Donc, est-ce qu'on sait comment réagit ?
35:46Il s'effondre ?
35:47Est-ce qu'il y a un effondrement intérieur de Jacques II, à ce moment-là ?
35:50On peut dire que…
35:51– Oui, il n'y en voit plus.
35:52Il ne veut pas employer la force.
35:56– Il ne veut pas faire couler.
35:56– Parce qu'il a été traumatisé par la guerre civile qui a marqué son père.
36:00– Donc, il ne veut pas retrouver…
36:03C'est quand même 200 000 morts, la guerre civile du temps de Cromwell.
36:07Ce n'est pas rien.
36:08– Les soldats qui sont dans les bateaux de Guillaume d'Orange ne sont pas des Anglais ?
36:13– Non, il y a de tout.
36:14C'est l'Europe protestante.
36:15Il y a des Suédois, des Bavarois, des Suisses,
36:21enfin, des gens qui viennent un peu partout.
36:23Effectivement, c'est l'Europe protestante.
36:25Ils ont d'ailleurs le drapeau précédent.
36:30– Et donc, il perd le pouvoir sans véritable bataille ?
36:33Comment on s'organise ?
36:34– Il a un de ses soutiens qui est le général Dundee,
36:39Vicombe Dundee, dont je fais le portrait un peu héroïque,
36:43qui, lui, était prêt à se battre.
36:45Et qui, à court avec ses troupes d'Écosse,
36:48donc c'est un Écossais,
36:50et il rencontre Jacques II, il lui dit
36:52« Mais moi, j'ai une armée, vous avez une armée,
36:56je suis prêt à me battre, etc. »
36:58Donc, je restitue un dialogue que j'ai un peu arrangé
37:01pour les besoins du livre.
37:03Un dialogue entre Dundee et Jacques II.
37:07Et Jacques II est inflexible, il lui dit
37:08« Non, ça n'est pas possible. »
37:11Et Dundee est obligé de s'incliner, en fait.
37:13Et il était prêt, avec ses troupes,
37:16à affronter le truc.
37:19Alors, il va connaître un autre conflit un peu plus tard,
37:21mais sur le moment, Jacques II est abandonné, en fait.
37:25Il a son triste sort, en fait.
37:27Et donc, à Londres, les troupes de Guillaume d'Orange
37:31investissent progressivement en Londres,
37:33jusqu'à entourer même le Whitehall,
37:36donc le château royal au siège Jacques II.
37:41Et donc là, bon, ça y est, maintenant,
37:43les choses sont déterminées.
37:45Et donc, il ne reste qu'une seule solution,
37:47c'est la fuite.
37:48Alors, il hésite.
37:49– Mais on négocie, on ne négocie pas,
37:50il s'en fait comment ?
37:52Racontez-nous, c'est le genre qui est terrible.
37:54– C'est assez controversé.
37:55Il y a des gens qui disent, en fait,
37:57que Guillaume d'Orange s'est arrangé
38:00pour faciliter la fuite de Jacques II,
38:05pour qu'il n'y ait pas trop de bains de sang,
38:07qu'il n'y ait pas de…
38:08– Il n'y a pas d'un martyr non plus.
38:09– Voilà, ne peut pas en faire un martyr.
38:11D'autres théories disent qu'en fait,
38:13Guillaume d'Orange s'était procuré
38:17l'ordre d'exécution de Charles Ier,
38:20donc le père de Jacques II,
38:21par Cromwell,
38:24et que sans doute que cette tape
38:26n'avait un certain sens.
38:28Donc, si Guillaume d'Orange
38:30avait en main l'acte d'exécution
38:32du père de Jacques II,
38:33bon, donc, il y a les deux théories, en fait.
38:36Soit il a voulu le préserver,
38:38soit, au contraire, il se préparait
38:39à l'exécuter, en fait,
38:43tout simplement, en fait,
38:44parce que c'était le prix à payer
38:45pour sauver l'Angleterre
38:49du papisme et du catholicisme.
38:51Voilà.
38:52Et donc, Jacques II n'a qu'une seule solution,
38:55c'est la suite.
38:56– Donc, il s'enfuit avec qui ?
38:58Sa famille ?
38:58– Avec une vingtaine de familiers.
39:03Il s'enfuit par Rochester,
39:04donc, qui est à l'aile, là,
39:07et il arrive, donc, à Ambleuteuse,
39:10donc, dans le Pas-de-Calais, là, voilà.
39:12Et à ce moment-là, Louis XIV va l'accueillir,
39:15va l'accueillir en cousin généreux
39:20et attentionné,
39:21qui va l'accueillir généreusement, enfin.
39:23Voilà.
39:24Louis XIV, lui-même,
39:25est un peu déçu,
39:26parce qu'il avait proposé aussi,
39:28en septembre,
39:29juste avant, donc,
39:30l'arrivée de Guillaume d'Orange,
39:33Louis XIV avait proposé
39:34une aide militaire à Jacques II.
39:37Et Jacques II l'a refusé,
39:38parce qu'il ne voulait pas apparaître
39:41auprès de son peuple
39:43comme le vassal du roi de France.
39:45Pardon.
39:46Voilà.
39:46– D'ailleurs, à propos de cette fuite,
39:48dans l'ouverture du livre,
39:51vous parlez de cet exil des 50 000 catholiques
39:56vers la France.
39:57Les 50 000 catholiques ne sont pas partis tout de suite,
39:59ils ont été chassés d'Angleterre ?
40:02– La plupart sont partis tout de suite,
40:04c'est-à-dire, il y a là,
40:05sur les 50 000,
40:06il y a bien 20 à 30 000
40:07qui sont partis dès décembre, janvier.
40:09– Dans la foulée, oui.
40:10– Fin d'année, début d'année.
40:11Ceux qui sont arrivés un petit peu plus tard,
40:12ce sont les Irlandais,
40:14puisque l'Irlande a résisté à un bon moment
40:21avec, je dirais,
40:22au coup de force de Guillaume d'Orange.
40:26Mais les premiers exilés
40:28sont en grande majorité catholiques,
40:30mais il y a aussi des Anglicans,
40:33car il y a des Anglicans
40:34qui étaient légitimistes, on va dire,
40:35qui étaient légitimistes
40:36et qui soutenaient, en fait,
40:38la monarchie de droit, en fait.
40:43Donc, ils arrivent petit à petit,
40:45par vagues, voilà,
40:46par vagues en France.
40:48Et ils commencent à être très nombreux,
40:50en fait, parce que 20 000,
40:5230 000, 40 000, 50 000.
40:54Donc, au départ,
40:56on les dirige surtout vers Saint-Germain,
40:58mais très vite,
40:59la ville de Saint-Germain va tripler.
41:01Voilà, et donc,
41:02ils vont aller un peu en Bretagne,
41:04dans le Nord,
41:05en région parisienne.
41:06Enfin, vous voyez,
41:07ils vont essaimer dans beaucoup d'endroits.
41:09– Ils ont fait souche.
41:09– Et ils vont connaître,
41:11la plupart,
41:11un exil définitif, en fait.
41:14– Oui, et les familles ont fait souche.
41:15– Avec des familles,
41:16voilà, avec un exil définitif.
41:19Et la plupart vont faire souche,
41:20en France, en fait.
41:22Et il va y avoir,
41:23et encore aujourd'hui,
41:23il y a beaucoup de descendants
41:24de Jacobites,
41:26en France,
41:27qui ont fondé des industries,
41:28des affaires.
41:29Ils vont avoir une carrière militaire,
41:32pour beaucoup,
41:33ecclésiastique aussi,
41:34il va y avoir beaucoup d'ecclésiastique.
41:35Et le plus célèbre d'entre eux,
41:37ce sera le maréchal de Mac Maron,
41:40qui, au XIXe siècle,
41:42deviendra le chef d'État,
41:43après la guerre des 70.
41:44– Oui, dans la République.
41:45– Voilà.
41:46C'était un descendant de Jacobites.
41:49– D'ailleurs,
41:50à ce propos,
41:51vous révélez finalement
41:51une sémétrie assez amusante,
41:54si je puis dire,
41:54saisissante.
41:55C'est que,
41:56trois ans plus tôt,
41:57la France,
41:57elle,
41:57avait chassé 50 000 huguenots
42:00vers l'Alain-Léterre.
42:00– Un chassé croisé, oui.
42:01– Un chassé croisé,
42:03un prêté pour…
42:03Vous avez trouvé ça comment
42:05dans les sources ?
42:06– Oui,
42:07il y a beaucoup de livres
42:08qui sont très, très bien faits.
42:11Il y a les livres de Michel Duchamp,
42:14un grand historien,
42:15qui est un spécialiste, lui,
42:16de la dynastie histoire.
42:18Donc, il a écrit un livre
42:18sur pratiquement
42:20toute l'histoire vivante,
42:21de ma histoire
42:22au dernier histoire, en fait.
42:25Il y a un livre aussi
42:25très intéressant
42:26de Nathalie Jeunet-Rouffia,
42:28qui est une biographie.
42:29Disons que, moi,
42:30mon livre n'est pas une biographie,
42:31c'est plutôt un livre
42:33qui s'intéresse
42:33à la fin de règne,
42:35en fait,
42:36de Jacques de Indon.
42:37– On va y venir, d'ailleurs.
42:37– Même si j'évoque
42:39des éléments biographiques,
42:40mais ce n'est pas
42:41une biographie complète.
42:42– Non, on a bien compris.
42:44Donc, il choisit la France.
42:46Donc, Saint-Germain-en-Laye,
42:47où il va s'installer,
42:47à la cour de Louis XIV.
42:50Donc, il choisit la France.
42:51On a bien compris pourquoi.
42:52Parce que, finalement,
42:53ce sont ses racines historiques,
42:54personnelles d'exil.
42:56– Et puis,
42:56les racines d'histoire,
42:57son enfant.
42:57– Les racines d'histoire.
42:58Il parle la langue,
42:59j'imagine.
42:59– Il est accueilli comment
43:01par Louis XIV ?
43:03Louis XIV va l'utiliser
43:04comme une pièce sur…
43:06– Il est accueilli
43:06de manière très suivie
43:09par Louis XIV,
43:09qui se rend pratiquement
43:10toutes les semaines
43:11à Saint-Germain
43:12pour rencontrer
43:13le roi d'Angleterre.
43:15Et qui va l'aider,
43:17alors non seulement financièrement,
43:19donc en lui accordant
43:20une pension généreuse,
43:22et puis qui va aussi l'aider
43:23à essayer de reconquérir
43:24son royaume.
43:25– Oui, parce qu'il a toujours
43:26des réseaux, j'imagine,
43:27en Angleterre ?
43:28– Oui, c'est sûr.
43:28Il y a des jacobites,
43:30en fait,
43:30mais qui sont,
43:33comment dire,
43:36très affaiblis,
43:36en fait.
43:38Guillaume d'Orange,
43:40quand il prend le pouvoir,
43:42il a une politique
43:44extrêmement stricte.
43:45Donc les jacobites sont…
43:48Voilà,
43:48et donc il ne va pas
43:49se passer grand-chose
43:50sur le plan immédiat,
43:52en fait.
43:52– Alors c'est que deux ans
43:54plus tard qu'il va tenter
43:55de reconquérir le trône.
43:57– Racontez-nous cette expédition
43:58en Irlande.
43:59– En Irlande,
44:01donc Louis XIV va l'aider
44:04à reconquérir le trône
44:06via l'Irlande.
44:07L'idée, c'était de débarquer
44:08en Irlande,
44:09puis en Écosse,
44:11et ensuite de foncer
44:11sur l'Angleterre.
44:13Ce qui va se passer,
44:15c'est qu'entre les troupes
44:18de Jacques II,
44:19les troupes françaises
44:20envoyées par Louis XIV,
44:237000 hommes quand même,
44:24ce n'est pas rien,
44:25et les Irlandais locaux,
44:27il va y avoir
44:27une grosse difficulté
44:28de coordination.
44:31Les Français ont une image
44:32assez négative des Irlandais,
44:34pour eux,
44:34ce sont des paresseux,
44:37voilà, etc.
44:38Et donc il va y avoir
44:39une désunion, en fait,
44:41dans le commandement militaire,
44:45ce dont va profiter
44:46Guillaume de Range,
44:47qui lui débarque
44:48avec près de 50 000 hommes aussi,
44:50un peu moins,
44:5145,
44:52il débarque dans le nord,
44:54vers Belfast,
44:55dans le nord,
44:57et donc Jacques II
44:58a une armée
44:59d'environ 20 000 hommes,
45:00à peu près,
45:01et Guillaume de Range
45:02le plus du double,
45:03en fait.
45:06Et donc...
45:07Donc il y a la fameuse bataille...
45:09La fameuse bataille de la Boigne,
45:11qui est asymétrique,
45:13en fait,
45:13au point de vue des forces,
45:15d'autant plus que
45:17Guillaume de Range
45:17vient aussi avec une logistique
45:19une logistique extrêmement importante.
45:21Et donc c'est une bataille
45:22qui a été assez rapide,
45:23qui a duré une journée,
45:24en gros, en fait.
45:26Il y a eu des rebondissements,
45:30ce sont les...
45:31C'est Jacques II
45:32qui a attaqué en premier,
45:33et donc dans un premier temps,
45:35l'armée de Guillaume de Range
45:37a été oubliée de reculer.
45:39Et puis Guillaume de Range,
45:41qui était un fin stratège,
45:43a trouvé les failles,
45:44en fait,
45:44dans le dispositif de Jacques II,
45:47et a attaqué plein centre
45:50au moment où Jacques II
45:51se déployait.
45:54Donc est-ce qu'on peut dire
45:54que là, il rembarque ?
45:56Il revient en France.
45:57Il rembarque.
45:57Retour en France.
45:58Est-ce qu'on peut dire
45:59que là, ça marque vraiment
46:00la fin définitive,
46:02si je puis dire,
46:02de ces espoirs ?
46:03Alors, il y aura une deuxième
46:05tentative importante
46:06dans le Cotentin,
46:07vous savez,
46:07à la fameuse bataille de la Hougue,
46:10qui sera également perdue,
46:12là, pour des raisons incroyables,
46:13qui sont purement météorologiques,
46:14c'est-à-dire que les vents
46:16ont empêché la flotte de Tourville,
46:18de l'amiral de Tourville,
46:18qui était un grand de l'époque,
46:22d'accomplir leur mission, en fait.
46:25Et les Anglais vont profiter,
46:28je dirais,
46:29des vents contraires
46:31à l'armée de Louis XIV,
46:33en fait,
46:33qui n'arrivera pas,
46:34parce que le but,
46:35c'était de faire débarquer
46:3630 000 hommes
46:36dans le sud de l'Angleterre,
46:38avec Jacques II.
46:39Et ça n'a pas pu avoir lieu.
46:42Donc, mais Fimos,
46:43est-ce qu'il va croire jusqu'à sa mort,
46:44un possible retour ?
46:46Comment se passe la fin de sa vie ?
46:49Non, il en fait son deuil,
46:50et il pense que c'est son fils
46:51qui reprendra le flambeau,
46:54d'autant plus que Louis XIV
46:55a reconnu son fils Jacques
46:58comme étant le Jacques III,
47:00en fait, d'Angleterre,
47:01le futur Jacques III d'Angleterre.
47:03Et donc,
47:03ces dernières années
47:04vont être essentiellement
47:07religieuses, spirituelles.
47:08Il va faire beaucoup de retraites,
47:10il va aller à la trappe,
47:12il va se confier à l'abbé de Rancé,
47:14il va mener une vie
47:16plutôt monacale, en fait.
47:18Il a l'impression d'avoir
47:21accompli sa mission,
47:23d'obéir à la providence,
47:26d'obéir à la volonté divine,
47:28et que si ça n'a pas marché,
47:30c'est que Dieu n'a pas voulu
47:32lui accorder ce qu'il lui avait demandé.
47:35Donc, il devient très fataliste,
47:37fataliste et ces dernières années
47:39sont des années difficiles
47:40parce que sur le plan de sa santé
47:42est très dégradée.
47:44Et il va mourir donc en 1701,
47:46d'une hémorragie cérébrale.
47:49Voilà, donc...
47:50– Vous dites qu'il meurt en roi déchu,
47:51mais fidèle à ses convictions
47:53jusqu'au bout.
47:55– C'est cette fidélité
47:55qui confère une grandeur tragique.
47:59une grandeur tragique
48:00et qui fait qu'aussi
48:03il n'a pas été abandonné,
48:05trahi par ses partisans.
48:06Les Jacobites sont restés
48:07toujours à son service,
48:10même quand ils étaient
48:11dans des situations
48:12les plus dramatiques, en fait.
48:15– Quelle est la mémoire aujourd'hui ?
48:17Parce que votre livre s'achève
48:19sur la bataille de Culloden en 1646.
48:22– Oui, de son petit-fils.
48:23– Donc c'est son fils,
48:25donc c'est 60 ans après.
48:27Pourquoi est-ce que vous allez aussi loin
48:28dans le temps sous cette flamme
48:29Jacobite, elle n'est pas éteinte ?
48:31– C'est parce que j'ai voulu...
48:33Mon livre est surtout
48:34en fait un récit littéraire, en fait.
48:37– Oui, c'est surtout un récit littéraire,
48:39ce n'est pas un essai historique,
48:41ce n'est pas une biographie.
48:41– Voilà, je m'appuie
48:43sur des faits historiques,
48:44mais j'ai voulu faire un livre
48:46un peu mousquetaire, si vous voulez,
48:48pour montrer que derrière
48:51le drame de Jacques II,
48:52il y a aussi tout un peuple,
48:54des forces combattantes,
48:56des chevaliers,
48:56qui ont relevé le gant
48:59et qui ont voulu se battre, en fait.
49:01Et donc,
49:03j'ai voulu montrer que
49:05à travers cette tragédie,
49:07on y retrouve aussi
49:08les ingrédients,
49:09de la fidélité,
49:12de la bravoure,
49:13de la hiérarchie des ordres,
49:15du respect,
49:16vous voyez,
49:18et j'ai voulu terminer
49:20par l'épopée
49:23du petit-fils
49:24de Jacques II,
49:27qui est Charles de Rastoir,
49:28qui en 1745,
49:30donc 41 ans
49:31après son grand-père,
49:33va tenter, lui,
49:34de reprendre le flambeau,
49:36dans des conditions
49:38extraordinaires,
49:39puisque,
49:40je ne sais pas,
49:41en deux minutes,
49:41je peux peut-être le expliquer,
49:42il quitte,
49:44et donc il est en exil à Rome,
49:45à ce moment-là,
49:46il a 23 ans,
49:47il quitte un 31 décembre
49:50par un froid Sibérie,
49:52tout seul,
49:53à cheval,
49:54Rome,
49:55il gagne la France,
49:56par monts et par veaux,
49:58etc.,
49:59où il espère trouver
50:00un soutien qu'il ne trouve pas,
50:01donc Louis XV
50:02ne va pas le soutenir,
50:04et donc,
50:05avec quelques comparses,
50:06ils prennent le bateau à Nantes,
50:08et ils débarquent en Écosse,
50:10et là,
50:11les clans se réveillent
50:13et se rallient
50:14à la présence
50:16de ce prince
50:20héroïque,
50:21on va dire,
50:22et dans un premier temps,
50:23les Anglais sont complètement
50:26bousculés
50:26par cette force
50:29intrépide
50:29et imprévue,
50:30et donc Charles des Asperts
50:32vole de victoire en victoire,
50:34en fait,
50:34pendant des mois et des mois,
50:37et il pêchait de jeunesse,
50:39il ne s'est pas s'arrêter,
50:41il aurait dû,
50:42en fait,
50:42conforter sa position
50:43en Écosse
50:45pour recréer
50:45un royaume d'Écosse
50:46et voir après
50:47ce qu'il pouvait faire
50:48vis-à-vis de l'Angleterre,
50:49mais il veut aller
50:50tout de suite en Angleterre,
50:51trop vite,
50:52et donc il arrive
50:53à 200 km de Londres,
50:55d'Herbie,
50:56et là,
50:57il y a un conseil de guerre
50:58qui se produit
50:59qui est dramatique,
50:59où les chefs de camp
51:00lui font comprendre
51:01qu'ils sont trop loin
51:04de leur base,
51:04là,
51:05et c'est trop risqué,
51:07en fait.
51:07– C'est compliqué.
51:08– Voilà.
51:08Et donc,
51:11retour en Écosse,
51:13en fait,
51:14et là,
51:14l'armée anglaise
51:15va se renforcer
51:16et va le vaincre,
51:17donc,
51:18sur la langue
51:19de Kulodène.
51:20– Oui.
51:20– Voilà,
51:21il terminera sa vie
51:22après d'une manière
51:23très triste,
51:26en fait,
51:26voilà,
51:27en sombrant dans l'alcool,
51:28dans le…
51:30– Alors,
51:30vous qui connaissez bien,
51:31on va conclure là-dessus,
51:32vous connaissez bien
51:34l'Angleterre,
51:35l'Écosse,
51:35l'Irlande.
51:36Quel héritage
51:37Jacques II
51:37laisse-t-il aujourd'hui
51:38dans l'histoire britannique ?
51:40Il est complètement ignoré
51:42ou il est caricaturé ?
51:44Qu'est-ce qu'il…
51:44– Figurez-vous
51:45que c'est là
51:46où on l'a aperçu,
51:47d'ailleurs,
51:47c'est qu'il y a encore
51:48une présence
51:49d'histoire en général,
51:50notamment de Jacques II,
51:51mais aussi d'histoire en général
51:52qui est très, très puissante
51:53en Angleterre.
51:54Il y a une mémoire,
51:55il y a des manifestations,
51:57des musées,
51:59des livres,
51:59enfin,
52:00etc.
52:00Et donc,
52:01le peuple anglais,
52:03qu'il soit catholique,
52:05enfin anglais,
52:06quoi c'est irlandais,
52:07qu'il soit catholique
52:08ou même anglican,
52:11a gardé encore
52:12une image plutôt positive
52:14de la dynastie histoire,
52:15ce qui n'est pas le cas
52:17dans une certaine élite
52:19ni dans les classes intellectuelles.
52:22Par exemple,
52:22les historiens anglais aujourd'hui,
52:24quand ils traitent
52:25de la dynastie histoire,
52:27bon,
52:28ils ne cachent pas
52:30leur hostilité,
52:31en fait.
52:31Pas plus tard
52:32que samedi dernier,
52:34il y a eu un film
52:34sur Arte,
52:36sur Charles Ier,
52:39qui,
52:41je voudrais dire
52:42qui est d'une mauvaise foi
52:44absolument incroyable,
52:45oui,
52:46alors que Charles Ier
52:47était un roi
52:48qui avait des qualités
52:50qui ont même été reconnues
52:51par des protestants,
52:52en fait.
52:52Et ils l'ont accablé
52:53en le traitant
52:54de un peu tous les...
52:55Donc,
52:58l'héritage
52:59de Jacques II
53:00et d'histoire
53:00est encore présent,
53:01en fait.
53:02Il est encore présent
53:03et c'est ce qui est
53:06effectivement
53:07assez remarquable
53:09à dire qu'aujourd'hui,
53:11la dynastie n'existe plus,
53:12donc les dernières histoires
53:13ont disparu.
53:15Ils ont été quand même
53:17reconnus fortement
53:18par la papauté
53:18puisque dans l'immense
53:20nécropole
53:21qui est sous la basilique
53:22Saint-Pierre,
53:23à Rome,
53:23les dynastoires
53:25ont leur tombe.
53:27Les dynastoires,
53:28c'est Charles Édouard,
53:29son frère
53:30et le fils
53:31de Jacques II,
53:33Jacques III.
53:33D'accord.
53:34Et en 1809,
53:37le pape Piscis
53:38va ordonner
53:40qu'à l'entrée
53:40de la basilique Saint-Pierre,
53:42sur le pilier gauche,
53:44on conçoive
53:45un monument
53:45à la gloire d'histoire.
53:46Un monument
53:47qui existe toujours
53:48et qui est bien visible
53:49en marbre.
53:50– Bien, Bertrand de Ramondi,
53:52merci infiniment
53:52pour cet éclairage
53:53sur Jacques II d'Angleterre.
53:55Donc, je rappelle
53:55votre ouvrage,
53:56La tragédie d'un stuart
53:57de Jacques II d'Angleterre.
53:58Alors, c'est un récit littéraire,
54:00c'est une écriture
54:01assez enlevée,
54:03une belle écriture
54:04qui permet de tout connaître
54:05sur ce moment clé,
54:07ce moment charnière
54:08de l'histoire d'Angleterre.
54:10Je vous renvoie également
54:11à la revue
54:12d'histoire européenne
54:13qui est consacrée,
54:15justement,
54:15ce dernier numéro
54:16est consacré
54:17alors, un titre
54:17un peu provocateur,
54:19père Fidelbion,
54:20mille ans d'intrigue britannique,
54:22donc plutôt consacré
54:23aux relations
54:23entre la France
54:25et l'Angleterre
54:26que l'on peut voir
54:28comme une vieille histoire
54:30de famille
54:31et savoir qui est vraiment
54:32notre ennemi héréditaire.
54:35Donc, voilà,
54:35je vous renvoie
54:36à la revue
54:36d'histoire européenne.
54:38C'était,
54:39passé présent,
54:40l'émission historique
54:41de TVL.
54:43Avant de nous quitter,
54:44vous n'oubliez pas,
54:45bien sûr,
54:45de cliquer sur le pouce levé
54:46sous la vidéo
54:47et de vous abonner
54:48à notre chaîne YouTube.
54:49Merci et à bientôt.
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