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  • il y a 1 jour
Derrière la guerre en Iran, une onde de choc se propage déjà jusqu’en Europe… et en France : énergie, inflation, dette, croissance.
Sommes-nous face à un simple choc temporaire — ou à une bascule comparable aux grands chocs énergétiques du passé ?
Dans cet épisode de "Politique & Eco", nous recevons Laurent Izard, agrégé d’économie-gestion et diplômé en droit, pour analyser les conséquences concrètes de cette nouvelle phase de tensions internationales sur l’économie française.

👉 Au programme :
- Choc pétrolier ou véritable choc d’offre global : de quoi parle-t-on vraiment ?
- Risques de tensions sur le pétrole, le gaz et les carburants en Europe
- Les secteurs français les plus exposés : industrie, agriculture, chimie
- Inflation : simple rebond ou changement de régime durable ?
- Dette publique et taux d’intérêt : la France plus fragile que ses voisins ?
- Croissance, faillites, chômage : à quoi s’attendre dans les prochains mois ?
- Pouvoir d’achat : jusqu’où peut aller la pression sur les Français ?

📉 Alors que les prix de l’énergie restent élevés et que les équilibres économiques mondiaux évoluent rapidement, une question s’impose :
👉 la France entre-t-elle dans une zone de turbulence durable… avec un risque de tensions sociales à court terme ?

A la suite de "Politique & Eco", retrouvez la chronique financière de Philippe Béchade intitulée :"Pas de pénurie d’énergie… mais des rationnements à venir".

Philippe Béchade est rédacteur en chef de La Chronique Agora et La Lettre des Affranchis aux @Publications Agora (https://www.youtube.com/channel/UCGEU07FoKKAqLSg4PpMj0kQ)

Pour téléchargez gratuitement le rapport spécial de Philippe Béchade : "Votre épargne face au spectre d’une nouvelle guerre mondiale" :
https://signups.lachroniqueagora.com/2512576

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Transcription
00:11Générique
00:19Bonjour à tous, bienvenue dans Politique & Eco, ravi de vous retrouver.
00:23Alors au sommaire, aujourd'hui derrière les images géopolitiques du conflit au Moyen-Orient,
00:30une onde de choc économique se propage jusqu'à la France, énergie, inflation, dette.
00:36Sommes-nous au début d'une crise comparable au grand choc pétrolier ou pire encore ?
00:42Et surtout, combien de temps la France peut-elle tenir ?
00:45Pour en parler, nous recevons aujourd'hui Laurent Isard.
00:49Bonjour monsieur.
00:49Bonjour.
00:50Bonjour Laurent Isard, vous êtes agrégé d'économie, gestion et diplômé en droit.
00:55Avant de commencer cet entretien, je rappelle à nos téléspectateurs qu'il est essentiel
00:59de cliquer sur ce pouce en l'air en bas de l'écran, de partager nos émissions,
01:05de s'abonner à notre chaîne pour un meilleur référencement de TV Liberté sur Internet.
01:10Commençons dès à présent avec vous Laurent Isard.
01:13On nous parle dans les médias, un petit peu partout, de chocs systémiques, de chocs pétroliers,
01:20de chocs de l'offre, de chocs inflationnistes.
01:23À quoi avons-nous affaire exactement avec cette nouvelle guerre du Golfe ?
01:29Bon, c'est peut-être un petit peu exagéré de parler de chocs pétroliers aujourd'hui.
01:33Ce n'est pas encore comparable avec ce que nous avons vécu dans les années 70.
01:38Maintenant, c'est vrai qu'il y a un certain nombre d'inquiétudes.
01:41Et puis surtout, cette onde de choc dont vous parliez arrive sur un terrain qui est déjà extrêmement fragile.
01:48Avant même la crise de la guerre en Iran, nous avions une économie qui était extrêmement sensible,
01:55avec des marges de manœuvre limitées, avec des mauvais chiffres économiques.
02:00Donc voilà, c'est un élément qui s'ajoute au reste, si vous voulez,
02:04et qui s'ajoute négativement évidemment.
02:05– Et c'est déjà un choc inflationniste, puisqu'on voit le prix des carburants
02:10qui a déjà doublé en deux mois de conflit.
02:13Est-ce que cela va se transformer en choc de l'offre ?
02:15– Alors oui, certainement.
02:18Il faut savoir une chose, et c'est très important,
02:21il n'y a pas un pétrole, il y a des pétroles.
02:25Et les spécialistes recensent 80 sortes de pétroles différentes, vous voyez.
02:30Or, le pétrole, c'est à la fois une énergie,
02:32alors ça, on en parle beaucoup, mais c'est aussi une matière première, vous voyez.
02:37Alors, effectivement, les prix ont augmenté, ça c'est très clair,
02:41et ça va certainement encore durer quelques temps,
02:44même si le conflit s'arrête tout de suite.
02:46Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que ce choc va toucher absolument toute l'économie,
02:52si vous voulez.
02:52Et ce n'est pas seulement la question de l'énergie, de la pompe à essence,
02:56c'est aussi tout ce qui concerne la pétrochimie, la métallurgie, l'agriculture,
03:02les transports évidemment, voilà.
03:04Donc, il va y avoir un choc, c'est absolument certain,
03:08et ce que l'on ne connaît pas, c'est l'ampleur de ce choc,
03:11parce que ça dépend d'éléments qu'on ne maîtrise pas,
03:14et notamment la durée du conflit,
03:16et puis aussi le degré de destruction des industries pétrolières dans les pays concernés.
03:22Là, on a très peu d'informations faibles.
03:25Et il est déjà question, on voit que certaines infrastructures du Moyen-Orient
03:32ont été détruites, en Arabie Saoudite, au Qatar, etc.,
03:35de faire construire de nouveaux pipelines pour tourner le G3 d'Hormuz.
03:40Alors, il faut savoir que ça existe déjà,
03:43notamment une partie quand même de la production des Émirats Arabes Unis
03:47transite via des pipelines vers Oman, au sud-ouest,
03:51et donc échappe au détroit d'Hormuz.
03:53Ça, c'est une chose.
03:54Mais c'est vrai qu'il y a une réflexion aujourd'hui sur une substitution,
03:58si vous voulez, du transport terrestre au transport maritime,
04:01qui est quand même beaucoup plus sensible.
04:03Alors après, vous parliez de destruction,
04:06Bon, j'ai appris récemment que l'Arabie Saoudite allait remettre en circulation
04:13une des raffineries qui avait été touchée, une raffinerie gérée par Total.
04:19Et puis on voit qu'il y a quand même des bateaux qui commencent à franchir les droits d'Hormuz.
04:23Donc, voilà, la situation n'est pas complètement bloquée aujourd'hui,
04:26contrairement à ce que certains disent.
04:28Donc, il faut malheureusement attendre un petit peu pour voir comment ça va évoluer.
04:32Mais, bon, je pense qu'il faut rester quand même raisonnable et ne pas paniquer.
04:37On va évoquer le cas de l'Europe, celui de la France surtout.
04:41Mais avant, cette guerre est-elle une riposte américaine
04:45à ce phénomène que l'on observe de dédollarisation
04:49pour tenter de renforcer les pétrodollars ?
04:52Alors, vous savez, de plus en plus, les pays de l'OPEP ont tendance,
04:56même si c'est encore minoritaire, à vendre leur pétrole en yuan.
05:00Et certains même commencent à parler de pétro-yuan, vous voyez, plus de pétro-dollar.
05:04Alors, c'est sûr que pour les États-Unis, c'est ennuyeux
05:07parce que le dollar reste la monnaie mondiale
05:10et c'est une grande force des États-Unis.
05:13Et puis, on voit aussi que les États-Unis sont très endettés.
05:15Donc, il faut qu'ils vendent leur bon du trésor, si vous voulez.
05:19Et on voit que certains pays commencent à renoncer à les acheter.
05:21Donc, oui, il y a un vrai risque.
05:23Maintenant, de là à dire que la guerre a été provoquée, souhaitée pour cette raison,
05:28ça me semble quand même un peu excessif.
05:30– C'est quoi, selon vous, justement, les raisons du déclenchement de ce conflit ?
05:34Est-ce que c'est vraiment seulement le nucléaire iranien
05:38qui posait problème aux dirigeants israéliens ?
05:41– C'est difficile à dire.
05:42Il y a, à mon avis, une conjonction de plusieurs facteurs
05:45qui ont été un déclencheur du conflit aujourd'hui.
05:49Alors, effectivement, il y a la crainte du nucléaire.
05:52Il y a les pressions d'Israël sur les États-Unis pour déclencher le conflit.
05:57Et puis, il y a un certain nombre de considérations économiques aussi.
06:00Parce qu'il faut voir une chose quand même,
06:02c'est que ce blocage du pétrole…
06:06Le tatoie d'Hormuz, c'est 20% à peu près du négoce mondial.
06:09Voilà. Mais tous les pays ne sont pas autant exposés.
06:13Les pays les plus exposés, finalement, c'est la Chine et l'Asie du Sud-Est.
06:18Donc, des adversaires idéologiques et économiques des États-Unis.
06:22Donc, d'une certaine façon, le conflit n'a pas que des inconvénients pour les États-Unis.
06:26C'est clair.
06:27– Alors, vous dites que c'est l'Asie qui risque le plus de souffrir, mais l'Europe…
06:33– Elle est déjà touchée.
06:34– Oui, mais l'Europe dans ce conflit, et la France surtout,
06:38est-elle en Europe le pays le plus exposé ?
06:41– Alors, l'Europe va être concernée, évidemment.
06:44On a déjà souffert de la guerre en Ukraine,
06:46avec l'approvisionnement en gaz qui est rompu avec la Russie.
06:53La France, je pense, est beaucoup moins exposée que d'autres pays européens.
06:57Pour une raison simple, c'est que nous, nous avons deux atouts forts.
07:02D'abord, on a diversifié nos approvisionnements.
07:06Aujourd'hui, le pétrole qui vient du Moyen-Orient, ça représente à peu près 20%, pas plus,
07:13des importations de pétrole françaises.
07:17Le reste, ça provient principalement d'Afrique, du Nigeria, de la Libye,
07:22et puis de la mer du Nord aussi un petit peu.
07:25Donc, voilà, cette diversification des approvisionnements,
07:29c'est une raison majeure qui fait que nous sommes beaucoup moins exposés que d'autres pays.
07:34Et puis, il y a une deuxième raison, c'est notre parc nucléaire,
07:37parce que l'énergie, ce n'est pas seulement le pétrole, c'est aussi l'électricité.
07:40Et là, on a un parc nucléaire quand même unique au monde, qui fait que…
07:45– Mais que l'on ferme, on ferme Fessenheim,
07:47et puis Fessenheim a parlé de fermer d'autres réacteurs avant de faire volte-face,
07:52en disant finalement, on va en ouvrir,
07:54et puis peut-être même revenir sur le réacteur sur générateur, mais bon.
07:58– Écoutez, pour te dire, les choses sont relativement simples.
08:02On a fait le choix, c'était déjà sous De Gaulle,
08:04d'avoir une énergie nucléaire très importante en France.
08:07D'autres pays ont fait le même choix, l'Allemagne, les États-Unis.
08:09Mais nous, on a continué.
08:11Et puis, il y a un moment quand même, il faut renouveler les centrales.
08:15Alors, c'est là où on a, à mon avis, perdu 20 ans.
08:19Sarkozy a dit qu'il allait relancer le processus de création des centrales,
08:22mais il ne l'a pas fait.
08:23Après, on a eu Hollande qui a dit qu'on allait arrêter,
08:26parce qu'il fallait sortir du nucléaire.
08:28Bon, je simplifie un peu, mais enfin, c'était un peu ça l'idée.
08:31Et puis après, on a eu Macron,
08:32et là, on voit qu'il y avait au départ l'idée un peu de faire plaisir aux écologistes.
08:38C'est quand même pour ça qu'on a fermé Fessenheim.
08:40Et puis là, on revient…
08:41– Aux Allemands surtout, d'ailleurs.
08:42– Pardon ?
08:42– Aux Allemands surtout.
08:44– Oui, aussi, aussi, aussi, aussi.
08:46Sous la pression des Allemands, pas mal.
08:49Mais pour l'instant, rien n'est fait.
08:50Je veux dire, il y a des projets, on parle des micro-centrales.
08:53On attend toujours, là, on est à un an de l'élection présidentielle.
08:57Ça va faire neuf ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir.
09:00Et bon, pour l'instant, on n'a rien vu venir.
09:02Alors, je sais bien qu'un projet de parc nucléaire,
09:04c'est un projet sur 30, 40 ans, ça ne se décide pas en trois secondes.
09:08Mais je pense qu'on a perdu beaucoup, beaucoup de temps.
09:10– Oui.
09:11Alors, on a entendu le patron de Total Energy, Patrick Pouyanné,
09:15redouter une pénurie de pétrole et de gaz.
09:18Si le conflit continue encore deux ou trois mois,
09:22le président Macron, de son côté,
09:24dit qu'il n'y a pas de problème de pénurie en vue.
09:27Qu'il faut-il croire entre le politique et l'entrepreneur ?
09:30– Alors, tout dépend de ce qu'on appelle pénurie.
09:33S'il s'agit de dire, voilà, il y a un risque d'avoir
09:35une majorité des pompes fermées,
09:39comme on a pu le voir un petit peu à un moment,
09:41mais ça a été court, mais ça a été réel à l'heure du Covid,
09:44moi, je n'y crois pas.
09:45Très clairement, je n'y crois pas.
09:46Pour les raisons que j'ai évoquées,
09:48et puis parce qu'on n'est pas certain que le conflit dure éternellement.
09:52Il faut savoir qu'on a des réserves
09:54qui sont relativement importantes.
09:56Alors, même si on n'a pas une maîtrise totale
09:58des réserves stratégiques, elles sont là quand même.
10:00– On évoque un peu moins de huit semaines de stock, n'est-ce pas ?
10:03– Oui, alors, certains parlent de huit semaines.
10:05J'ai entendu des membres du gouvernement
10:07dire qu'on avait près de six mois de réserve.
10:11Alors, tout dépend de ce qu'on appelle réserve, en réalité.
10:13Si on ne fonctionne que avec les réserves,
10:15oui, c'est plutôt huit semaines.
10:16– Il y a les réserves pour les civils,
10:18et puis les réserves après pour la police, l'armée, les pompiers.
10:22– Mais quand on parle d'utiliser les réserves stratégiques,
10:25ça ne veut pas dire qu'on ne va utiliser que ça.
10:27L'approvisionnement, il n'est pas, une fois encore,
10:29stoppé du jour au lendemain.
10:31Par contre, ce qui risque de se passer, effectivement,
10:33c'est que sur certains segments,
10:35il peut y avoir des difficultés d'approvisionnement.
10:37Alors, pour deux raisons.
10:39D'abord, parce que pour l'industrie pétrochimique,
10:41il faut impérativement du pétrole lourd,
10:43du pétrole souffré et pas du pétrole léger.
10:46Et c'est justement le pétrole lourd
10:48qui est un petit peu coincé au niveau du froid dormuse.
10:51Et puis, il y a aussi une question du raffinage.
10:55On a pas mal d'unités de raffinage en France,
10:58mais surtout pour l'essence, le super 95, 98.
11:03Par contre, on est assez dépendant de l'étranger
11:06pour le kérosène et pour le diesel au niveau du raffinage.
11:08Donc là, il y aura peut-être un petit peu plus de difficultés.
11:10Puis après, je pense qu'il y a un autre élément aussi
11:13à prendre en compte, mais qui n'est pas négligeable,
11:16même si on n'en parle pas beaucoup.
11:17Vous savez, les approvisionnements en pétrole
11:22sont basés sur des contrats qui sont extrêmement fluides.
11:25On peut avoir, par exemple, passé un contrat avec le Nigeria
11:29et on peut avoir un bateau, un pétrolier rempli de pétrole
11:33qui part du Nigeria pour arriver en Europe,
11:35à Rotterdam, par exemple.
11:37Et en cours de route, il va être détourné vers la Chine
11:39parce que les Chinois ont proposé plus d'argent
11:41pour avoir ce bateau.
11:44Voilà.
11:45Donc, le risque, si vous voulez, provient principalement,
11:49à mon sens, de la surenchère que pourraient faire
11:52les pays asiatiques qui seraient en mâle de pétrole.
11:54– Mais est-ce que la Chine n'a pas, justement,
11:57son allié russe qui pourrait la servir en pétrole davantage ?
12:02– C'est en cours, c'est déjà en cours.
12:04On est en train de construire des gazoducs, des désoléoducs.
12:07Mais bon, ça prend du temps, c'est pas simple.
12:10Et puis, la Russie a aussi besoin de son approvisionnement
12:14pour elle-même.
12:15Donc, ça, ce sont des projets, je dirais, à moyen terme.
12:18Dans l'immédiat, le manque à gagner, je dirais,
12:22pétrolier, en termes d'approvisionnement,
12:25de la Chine n'est pas encore compensé par la Russie.
12:27– On sait que ce qu'il y a au cœur des négociations
12:31entre l'Iran et les États-Unis,
12:32c'est le maintien de ce projet de nucléaire civil
12:36pour les Iraniens, auquel ils ne veulent pas renoncer.
12:39Donc, ce conflit peut encore durer.
12:43Combien de temps reste-t-il à la France
12:45avant que les vraies difficultés n'apparaissent ?
12:47– Pour certains, ça va être très bientôt.
12:49On va voir les premières difficultés fin mai.
12:53Pour d'autres, non.
12:55Il faudrait vraiment que le conflit dure assez longtemps
12:58pour qu'on soit très, très embêté.
13:00Par contre, ce qui est certain,
13:01c'est qu'il y a peu de chances
13:04que les prix à la pompe baissent rapidement.
13:09Et il y a peu de chances qu'on revienne
13:10à une situation d'avant la guerre, dans les mois,
13:13voire peut-être dans les années à venir.
13:15Et tout ça impacte négativement, évidemment,
13:18sur notre économie.
13:19– J'entendais l'analyste économique bien-aimé
13:23de TV Liberté, Charles Sanna a évoqué ces termes
13:26de famine énergétique, de disette énergétique.
13:29Il opte plutôt pour le second.
13:32Qu'est-ce que vous en pensez ?
13:34– Oui, moi, je pense qu'on n'en est pas encore tout à fait là.
13:37Évidemment, tout analyste et tout gouvernement
13:40doit prévoir toutes les hypothèses possibles.
13:43Et notamment, une hypothèse d'extension du conflit,
13:47qui n'est pas non plus à rejeter totalement.
13:50Mais dans l'immédiat, je dirais qu'on est encore en France
13:55relativement solide d'un point de vue énergétique.
13:58Donc, moi, je vous dirais, je pense que sur ce point,
14:02le gouvernement n'a peut-être pas complètement tort
14:04de dire il ne faut pas s'affoler dans l'immédiat.
14:06Il faut être vigilant.
14:09Et on l'est, d'une certaine façon.
14:11Mais je pense que le risque vraiment de pénurie forte,
14:15de disette énergétique, pour reprendre votre expression,
14:19– On a quand même un kérosène qui est passé de 700 euros la tonne
14:22à 2 000 euros.
14:23– Oui, c'est ça.
14:25– La Lufthansa, l'agence de la compagnie aérienne allemande
14:30qui a supprimé 20 000 vols.
14:31– Oui, oui.
14:32Alors, effectivement, oui.
14:33Parce que, comme je vous le disais, sur le kérosène,
14:35on a quand même plus de craintes que sur l'essence.
14:39Mais, voilà, moi, je ne valide pas ce terme de disette.
14:43Je pense qu'on va payer, effectivement, plus cher.
14:45Je pense que ça va avoir des répercussions sur toute l'économie.
14:48On va pouvoir en parler de façon indirecte.
14:51Mais c'est difficile de dire que nous sommes dans une situation,
14:54même qui est proche de celle des chocs pétroliers,
14:57des années 70.
14:58Parce que, là, on avait vu les prix du pétrole
15:01multipliés par 2, par 3, par 4 en quelques semaines,
15:04pour tous les types de pétrole.
15:06Voilà.
15:06Et puis, on avait des approvisionnements
15:07qui étaient beaucoup plus centrés sur un certain nombre de pays.
15:10– Il y a déjà des gens qui disent que si le conflit devait durer,
15:14on pourrait avoir un baril à 150, à 200, 180, voire 200 dollars.
15:19Il était, au début du conflit, entre 60 et 70.
15:23Donc, là, on passe à un doublement.
15:25– Oui, pour le Brent.
15:25Oui, on n'est pas loin du doublement pour l'instant.
15:27Est-ce que ça va durer ?
15:29C'est une question.
15:29Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant le conflit,
15:32on était en surproduction de pétrole.
15:35Et il faut savoir qu'on a encore, Total, par exemple,
15:39qui est en train de mettre en place de nouveaux gisements,
15:43enfin, de nouveaux centres d'exploitation,
15:45à la fois en Libye, au Brésil ou ailleurs.
15:48Moi, je vais vous dire, quand j'étais étudiant,
15:50ça remonte quand même pas mal d'années,
15:52on disait, voilà, dans 20 ans, il n'y aura plus de pétrole.
15:56Bon.
15:56Et puis après, 20 ans après, on a reculé la date.
15:59Et puis là, on recule encore la date.
16:01Bon, la réalité, c'est que, globalement,
16:05le coût de production des énergies fossiles
16:08augmente structurellement et continuera d'augmenter.
16:10Pourquoi ? Parce que la demande elle-même augmente,
16:14sauf en ce moment, mais c'est très spécial.
16:15Et puis parce que, aussi, les coûts d'extraction
16:19sont de plus en plus élevés.
16:20On va chercher du pétrole plus profond, plus loin, etc.
16:24En France, on a interdit la recherche pétrolière.
16:27Oui, c'est un peu plus compliqué que ça.
16:28Mais effectivement, on est un peu moins…
16:31Mais bon, je pense que ça, c'est du court terme.
16:35On sera bien obligés d'y revenir à un moment ou à l'autre
16:37parce qu'on ne pourra pas, même avec un certain volontarisme,
16:41totalement substituer, si vous voulez,
16:43les énergies renouvelables aux énergies fossiles.
16:45En tout cas, pas à court ou moyen terme.
16:48Comment ce conflit va se traduire sur l'économie française ?
16:53Quels sont les secteurs nationaux qui vont souffrir de cela ?
16:56Tous. Alors, il y a ceux qui vont souffrir directement, si vous voulez.
17:01Alors, évidemment, tout le secteur du transport,
17:05les professions libérales qui se servent tous les jours de leur voiture,
17:08le tourisme, voilà.
17:10Mais après, de façon indirecte, tous les secteurs vont être concernés.
17:16Pourquoi ? Parce qu'on va avoir une augmentation du coût des matières premières,
17:20on va avoir une augmentation du coût des produits de grande consommation.
17:23Et puis, comme je le disais tout à l'heure, le pétrole entre dans la composition
17:27d'un certain nombre de produits, les produits plastiques, la métallurgie, sidérurgie.
17:34Il y a, par exemple, un point qu'on évoque peu.
17:39Le pétrole entre dans la composition des engrais,
17:43et en particulier des engrais azotés.
17:46Et les pays du Sud-Est asiatique sont très dépendants de l'utilisation d'engrais, si vous voulez.
17:52Alors, les coûts, avec l'augmentation du prix du pétrole,
17:56le coût des engrais augmente en flèche.
17:59Les pays du Sud-Est asiatique n'ont plus les moyens de les acheter.
18:01C'est en ce moment qu'il faut les utiliser.
18:02Les plantations de riz, c'est en ce moment.
18:04Donc, certains commencent à anticiper des difficultés d'approvisionnement en riz,
18:07en France, pour l'automne prochain.
18:10– Oui, et en pâte aussi.
18:12– Et en pâte aussi.
18:12Vous voyez, tous les secteurs sont touchés, en réalité.
18:15Et puis, il faut savoir, une chose, c'est que, par définition,
18:20lorsque la consommation se restreint,
18:23parce que les Français vont continuer à rouler en voiture,
18:25même si le litre vaut 3 euros, ils rouleront moins.
18:29Mais ils vont continuer à rouler.
18:30Seulement, la consommation d'autres produits va baisser.
18:33Donc, si vous voulez, ce choc va se répercuter sur l'ensemble de l'économie.
18:37Ça, c'est absolument certain.
18:38– Mais lors du conflit en Ukraine, qui dure encore,
18:42on nous avait prévenu que l'Ukraine était productrice d'engrais azotés,
18:46qu'on allait voir ce qu'on allait voir.
18:47Est-ce qu'on a vu ce qu'on devait voir ?
18:49– Pas vraiment, parce qu'on a fait des anticipations
18:52qui étaient peut-être un petit peu négatives.
18:55Tout ne vient pas d'Ukraine.
18:56Mais vous voyez, par exemple, le gouvernement vient d'annoncer
19:00qu'il allait surveiller de près la réouverture d'usines en France,
19:03qui étaient à l'arrêt ou alors qui étaient en passe d'être vendus
19:07et qui produisent ou qui pourraient reproduire des engrais azotés.
19:12Donc, il y a quand même une préoccupation là-dessus qui est réelle.
19:15Voilà.
19:15Maintenant, c'est toujours la même chose.
19:17Il faut faire la distinction, si vous voulez,
19:19entre une distorsion entre offres et demandes
19:22qui va se traduire forcément par une hausse des prix
19:25et puis une pénurie avec des rayons vides.
19:27Ce n'est pas du tout la même chose.
19:29– Sur l'ampleur du phénomène, on entendait le directeur de l'AIE,
19:34l'Agence internationale de l'énergie, dire que ce choc, finalement,
19:37allait ressembler aux deux chocs pétroliers réunis plus le 11 septembre.
19:41Vous me disiez que vous n'étiez pas du tout sur la même longueur d'onde.
19:44– Non, mais c'est un peu le rôle de l'AIE aussi de prévenir,
19:48de dire qu'il faut faire attention.
19:50C'est inventer un organisme qui fait des prévisions,
19:53qui publie un rapport mensuel et c'est son travail.
19:56Voilà.
19:57Et puis, c'est lui aussi qui a un rôle très important
20:00sur le déblocage des stocks stratégiques de pétrole.
20:05En théorie, on est souverain là-dessus.
20:08En pratique, on a passé des accords, des contrats avec l'AIE
20:11pour suivre leurs recommandations sur le déblocage des stocks stratégiques.
20:15Voilà.
20:15Donc, l'AIE est dans son rôle de dire ça.
20:18Maintenant, si le conflit s'arrête aujourd'hui ou demain,
20:23honnêtement, je pense qu'on est bien loin du choc qui s'est passé
20:26dans les années 70.
20:28Voilà.
20:28Bon, ajoutez le 11 septembre.
20:32Si, par contre, et c'est une hypothèse qu'il ne faut pas négliger,
20:36il y a une espèce de gel, si vous voulez, sur le détroit d'Hormuz,
20:39c'est-à-dire qu'on n'est plus dans le conflit,
20:42mais on reste sur le long terme, sur un filtrage des bateaux,
20:45voire sur des taxes imposées par les Iraniens, ils en ont parlé.
20:49Oui, là, ça peut avoir quand même un rôle plus structurel sur le moyen et long terme.
20:53Un filtrage des bateaux qui passent par le détroit d'Hormuz.
20:56Oui, c'est possible.
20:57J'entendais qu'il allait y avoir un navire allemand, chasseur de mines,
21:01dans le cadre de l'OTAN, qui allait être envoyé pour, justement,
21:05empêcher ces mines d'exploser sur les bateaux.
21:07Et puis, il y a aussi le cas des assurances qui empêchent les armateurs de passer.
21:12Ils leur disent, si vous y allez, c'est un risque de péril.
21:15C'est la raison pour laquelle on peut penser que la situation
21:18ne va pas redevenir à la normale rapidement.
21:21Mais je dirais que…
21:22Rapidement, c'est quoi ? C'est d'ici six mois ? C'est d'ici un an ?
21:25Écoutez, moi, j'ai une idée sur cette question.
21:30Mais là, on est vraiment dans la prospective.
21:32Personne n'est madame Irma.
21:33Dites-le à nous.
21:34Écoutez, actuellement, les Iraniens ont un gros, gros problème à court terme.
21:38À très court terme.
21:39Lequel ?
21:40C'est qu'ils sont en surproduction majeure de pétrole.
21:45Ils ne savent plus où stocker.
21:47Alors, ils utilisent des moyens détournés.
21:49Ils utilisent, par exemple, des vieux tankers désaffectés
21:51pour stocker les surstocks.
21:53Ils utilisent absolument tous les entrepôts de stockage.
21:56Mais là, ils arrivent au bout.
21:57Les autres qui ont baissé la production ?
21:58Non, ce n'est pas si simple.
22:00Parce que baisser la production, ça veut dire arrêter un certain nombre de puits.
22:04Et quand on arrête, déjà, ce n'est pas si simple.
22:08Et à refaire des marées, c'est extrêmement long et complexe, en réalité.
22:12Donc, ça peut prendre un puits qui ferme.
22:14Ça peut prendre des mois pour le réouvrir.
22:16C'est-à-dire, certains disent même que si on avait effectivement
22:21de très nombreux puits qui étaient arrêtés,
22:24la technologie pour remettre en service ces puits
22:27supposerait d'importer des équipements qui viennent des États-Unis.
22:32Et les États-Unis pourraient freiner, je dirais, ce genre d'exportation.
22:36Donc, voilà.
22:37Le problème, avant tout, des Iraniens, c'est ça.
22:39Donc, les Iraniens, eux, ont envie que ça redémarre, en réalité.
22:43Et puis, je pense qu'ils ont aussi une petite pression des Chinois,
22:45qui, eux aussi, voient d'un mauvais œil ces ruptures d'approvisionnement.
22:50Donc, voilà.
22:51Je pense que du côté Chine-Iran, ils ont envie que ça s'arrête.
22:54Donc, l'Iran sous pression.
22:56Ah oui.
22:56Oui, oui, je pense, oui.
22:58Alors, ce choc inflationniste va toucher des produits de base.
23:02Vous évoquiez tout à l'heure le riz, les pâtes.
23:06Christine Lagarde, la présidente de la BCE,
23:09parle déjà de disruption alimentaire.
23:12Alors, est-ce qu'il faut se parler, comme on entend à droite, à gauche,
23:16à une crise alimentaire pour l'an prochain ?
23:18Alors, tout dépend, là encore, de ce que l'on appelle crise alimentaire.
23:22Oui, moi, je pense qu'effectivement, il y a certains secteurs qui vont être touchés.
23:28Un peu de la même façon qu'on a une crise actuellement sur les œufs.
23:31Vous avez vu, on en parle beaucoup dans certains supermarchés.
23:35Il n'y a plus d'œufs ou beaucoup moins, etc.
23:37Alors, oui, il y aura certainement quelques petites ruptures d'approvisionnement.
23:42C'est possible.
23:43Mais surtout, il y aura une hausse des coûts, à mon avis,
23:46et des prix de vente à la distribution qui vont augmenter.
23:50Je voudrais juste prendre un exemple qui me paraît assez parlant,
23:54qui concerne les États-Unis.
23:56Aux États-Unis, il y a une production de maïs qui est extrêmement importante.
24:02Mais le problème du maïs, c'est qu'il faut beaucoup d'engrais.
24:04Et les Américains, là encore, sont déjà touchés par l'absence,
24:08je reviens là-dessus, mais c'est important,
24:10par l'absence de contrôle sur les importations d'engrais.
24:14Donc, ils substituent actuellement aux productions de maïs, déjà, du soja.
24:20Seulement, les deux ne sont pas totalement substituables.
24:23Le maïs sert à faire de nombreux produits, glucose et autres, et pas le soja.
24:30Donc, on voit qu'on a une certaine transformation, si vous voulez, des productions.
24:36On risque d'avoir certains produits qui vont, effectivement,
24:38donc le prix va beaucoup augmenter, d'autres pas, je pense, ou très peu.
24:43Mais honnêtement, je ne vois pas des supermarchés fermés
24:46ou des rayons totalement vides, comme on a pu le voir dans d'autres pays à d'autres époques.
24:49Est-ce qu'on sait déjà, Laurent Iser,
24:51combien cette guerre a coûté à l'État français ?
24:55– Le gouvernement a donné un chiffre, mais qui ne veut pas dire grand-chose.
24:59Je crois qu'il a parlé de 6 milliards, si je ne me trompe pas.
25:01– C'est ça, j'ai entendu ça aussi.
25:02– Oui, bon, alors, tout dépend de ce qu'on appelle ce que ça coûte.
25:06Bon, dans un premier temps, il faut voir quand même
25:10que l'État engrange aussi un petit peu de TVA en plus,
25:14grâce à l'augmentation des prix du pétrole.
25:16Bon, parce que le prix à la pompe que les Français payent,
25:21c'est quand même en majorité à 60-65% des taxes.
25:25Alors, il y a une partie des taxes qui est fixe.
25:27La TCPP, c'est fixe.
25:29Mais la TVA, elle est variable.
25:31Et donc, plus le prix augmente, plus l'État engrange de la TVA.
25:34Bon, après, c'est compensé par une baisse de la consommation,
25:38donc c'est à peu près neutre.
25:39Bon, mais, bien sûr, tout conflit a des coûts.
25:43Coup d'approvisionnement d'énergie, marasme économique,
25:47voilà, qui va être entraîné.
25:50Bon, la récession, c'est un coût.
25:52La récession, c'est un coût.
25:53Alors, si on admet qu'on est en récession,
25:55ce que commencent à dire certains économistes,
25:58forcément, il y a un coût pour l'État.
25:59Et si le conflit dure, c'est pas 6 milliards.
26:02On pourrait être sur une trade à 20, 30, 40 milliards.
26:05Et puis après, il y a l'argent qu'on dépense, nous,
26:07directement pour la guerre.
26:08Le fait d'envoyer des bateaux proches du 2-3 d'Ormuse
26:11ou en Méditerranée orientale, ça coûte beaucoup, beaucoup d'argent.
26:15Et évidemment, ça s'ajoute au reste,
26:18et ça s'ajoute à un certain nombre de coûts indirects
26:21qui sont engendrés par la crise pétrolière.
26:24Alors, on sait que Bercy évoque un plan d'économie
26:27et des mesures d'urgence.
26:28Comment le gouvernement se prépare-t-il exactement à faire face ?
26:32– C'est très difficile à dire parce qu'il n'a pas encore dévoilé
26:36vraiment ce qu'il allait faire.
26:38Pendant un premier temps, le gouvernement a dit,
26:41il faut ne rien faire.
26:44Il faut ne rien faire, on n'a pas de marge de manœuvre,
26:46de toute façon.
26:48Donc, voilà.
26:48– Des marges de manœuvre, sauf peut-être pour faire les économies.
26:51Le gouvernement semble enfin se décider à économiser,
26:56disent-ils, 6 milliards, 4 sur l'État, 2 sur le social.
27:00Et puis, il y a ces mesures de soutien d'urgence,
27:03150 millions d'euros par mois.
27:05– Ça me rappelle certains…
27:06– Ce n'est pas très fort, 150 millions, mais bon.
27:08– Mais ça me rappelle certains anciens premiers ministres récents
27:11qui nous disaient qu'ils allaient faire des économies
27:13en augmentant les impôts.
27:15C'est une conception, si vous voulez, des économies
27:18qui est assez originale, on va dire.
27:20Voilà, non, ce qui est certain, c'est que, bon,
27:23le gouvernement a commencé à prendre quelques petites mesures timides
27:26pour amortir le choc pour un certain nombre de professionnels
27:30qui utilisent beaucoup d'énergie.
27:33Là, ça semble un petit peu plus sérieux,
27:36on commence à prendre la mesure.
27:38Je pense qu'il y a quand même un risque d'effondrement économique
27:43qui n'est pas totalement négligeable.
27:46Et puis, il y a aussi, à mon sens, un risque de crise sociale.
27:51– Et puis, il ne faut pas oublier quand même qu'on est déjà
27:54en période préélectorale.
27:56– Et on sait, Laurent Isard, que les dépenses de fonctionnement
28:00de l'administration française ont augmenté de 24% depuis 2021.
28:05– Oui, oui, oui.
28:06– Mais où passe le fric, quoi, comme dirait l'autre ?
28:10– Oui, ça, c'est l'éternelle question.
28:12On voit que les services publics fonctionnent mal.
28:14On voit qu'effectivement, les dépenses de l'État…
28:17Alors, il faut faire une distinction quand même.
28:19Il faut distinguer les dépenses de l'État stricto sensu
28:22et puis les dépenses des collectivités locales, par exemple.
28:25L'État était quand même relativement sobre dans l'augmentation,
28:30même si ça a quand même pas mal augmenté.
28:31C'est incomparable avec l'augmentation des dépenses
28:35des collectivités territoriales.
28:37Voilà.
28:38Maintenant, où passe l'argent ?
28:40Eh bien, écoutez, si quelqu'un le savait,
28:42ça serait extrêmement intéressant et je serais intéressé de le savoir.
28:44Voilà, parce que quand on voit l'état de nos services publics,
28:47que ce soit l'hôpital, que ce soit l'armée, la police,
28:50l'éducation nationale, la justice,
28:52on voit qu'on est vraiment dans une situation
28:55qui frise la catastrophe, si vous voulez.
28:57– Il y a cette dépense des organismes divers d'administration centrale,
29:01les fameux ZODAC, qui nous coûtent 150 milliards d'euros par an.
29:05On avait un économiste qui disait, on pourrait tous les supprimer,
29:08on ferait 150 milliards d'économies d'un coup.
29:10– Écoutez, si on supprimait du jour au lendemain le Conseil…
29:14– Ce n'est pas des trucs pour recaser les copains, les ZODAC ?
29:16– Oh, il y a de ça, mais ça a toujours existé.
29:18– Oui, oui, mais ce n'est pas parce que ça a toujours existé,
29:20c'est bien et que ça doit continuer.
29:22– Non, je pense honnêtement que si on supprimait
29:25le Conseil économique, social et environnemental,
29:27– Ça ne ferait pas de mal.
29:29Même d'ailleurs, la Cour des comptes, je veux dire,
29:31les rapports sont envoyés à la poubelle directement.
29:33– Ah non, mais alors là, je ne suis pas d'accord.
29:34– Non, mais les rapports sont foutus, hop !
29:37– Oui, mais c'est extrêmement dommage,
29:39parce que la Cour des comptes fait un travail extraordinaire.
29:42Alors effectivement, les rapports…
29:44– Mais quand les gens de gauche arrivent à la Cour des comptes,
29:47ils se mettent à devenir vertueux.
29:48– Un petit peu.
29:49– Et puis ils sont plus décesseurs.
29:51– Oui, c'est ça.
29:51– Arrêtez les gars, il ne faut plus dépenser.
29:53– C'est un peu le miracle de la Cour des comptes,
29:55un peu comme celui du Conseil constitutionnel,
29:57toutes choses égales par ailleurs.
29:59Non, je pense qu'effectivement, les rapports sont très intéressants.
30:02Vous avez raison de dire qu'ils ne sont malheureusement
30:05pas suffisamment suivis.
30:06Mais vous voyez, c'est quand même très important
30:08qu'ils existent et qu'ils soient diffusés,
30:10qu'ils soient diffusés grand public.
30:13Parce que ça participe, si vous voulez,
30:15aux choix politiques des Français.
30:17Et ça, c'est extrêmement important.
30:19Quand la Cour des comptes pointe un certain nombre
30:21de dysfonctionnements, après, on a ou on n'a pas
30:24une réponse politique.
30:25Et après, c'est les citoyens qui mettent le bulletin dans l'urne.
30:27– Ça, c'est pour le choc actuel de cette guerre
30:32en Iran sur la France.
30:35Un petit peu de prospective avec vous maintenant,
30:38Laurent Isard.
30:39Donc, l'État français charge encore plus la dette,
30:43alors que Eurostat a publié, c'était le 22 avril dernier,
30:46les résultats de la France pour 2025.
30:49Donc, le déficit, la dette publique, les dépenses publiques,
30:53où en sommes-nous ?
30:54– Bon, on va être très simple, tout est dans le rouge.
30:58Alors, effectivement, vous avez cité un certain nombre de chiffres,
31:01la dette qui augmente et qui atteint des sommets.
31:03– 115,6% du PIB en 2025.
31:07– C'est totalement inédit.
31:09Alors, évidemment, on peut toujours trouver un pays comme l'Italie
31:11ou les États-Unis qui sont plus en dédié que nous,
31:13mais voilà, pour la France…
31:15– La zone euro, on est à 87,4%, nous, 115,6%.
31:18– Oui, mais ce qu'il faut bien comprendre,
31:19c'est qu'il y a beaucoup de pays de la zone euro aussi
31:21qui ont réduit leur dette.
31:23– Oui, c'est le cas d'Italie, de l'Espagne.
31:24– Oui, par exemple, par exemple.
31:26Et nous, on n'y arrive pas.
31:27Et le déficit…
31:28– On ne veut pas.
31:29– Non, parce que quand on veut, on peut.
31:32– Oui, je suis assez d'accord avec vous.
31:34Oui, quand on veut, on peut.
31:35Après, il faut accepter le coût électoral.
31:37Voilà, parce que ça passe par une réduction des dépenses,
31:40ça passe par un certain nombre de choses
31:41qui sont électoralement pas très positives, je dirais.
31:44Alors, il faut avoir le courage de le faire, voilà.
31:46Et si on veut, comme certains le disent,
31:51renforcer notre parc nucléaire…
31:54– Il faut peut-être arrêter de faire des cadeaux aux copains,
31:56c'est ça le truc.
31:57– Il faut flécher…
31:58– On sait un peu plus aux Français, quoi.
31:59– Il faut flécher l'argent public
32:00vers les dépenses les plus importantes au détriment du reste.
32:04Alors, malheureusement, il n'y a pas que la dette et le déficit.
32:08On a aussi notre balance commerciale,
32:10qui est vraiment sinistrée, 90 milliards.
32:13Bon, ça commence à faire beaucoup.
32:15– La dette, d'ailleurs, cette balance commerciale
32:17qui était positive avant l'euro,
32:20est subitement et bizarrement devenue négative
32:22avec le passage à l'euro.
32:24– Oui, oui.
32:24Alors, je pense que le passage à l'euro a été un des facteurs.
32:27Oui, oui.
32:28Alors, il n'y a pas que ça.
32:29Mais c'est vrai que c'est un révélateur, si vous voulez,
32:33des dysfonctionnements qui, pour certains, sont propres à la France.
32:36Parce que vous avez des pays dans l'Union européenne
32:39qui subissent les mêmes contraintes énergétiques ou autres,
32:42et normes européennes que nous,
32:43mais qui, eux, sont bénéficiaires.
32:45Donc, il y a quand même des questions à se poser.
32:47Je crois que c'est quand même intéressant.
32:49Et je pense qu'une des raisons majeures,
32:52c'est l'abandon de notre industrie, tout simplement.
32:54Le fait qu'on ait abandonné notre industrie,
32:57et en particulier notre industrie exportatrice,
32:59nous met dans le rouge cruellement aujourd'hui.
33:01Et vous savez, une balance commerciale négative,
33:03ce n'est pas seulement un chiffre.
33:04C'est de l'argent qui sort et qui ne rentre pas.
33:06Donc, c'est quand même quelque chose d'extrêmement important.
33:08– On était à une trentaine de pourcents par rapport au PIB
33:13sur l'industrie dans les années 70.
33:15On en est autour de 10 aujourd'hui.
33:17– Oui, c'est ça.
33:17– Et heureusement, on a tous France qui arrivent.
33:19– Bon, ça ne va pas changer grand-chose.
33:21– Non, oui, effectivement, on était un peu moins de 30% du PIB.
33:27Là, on en tourne autour de 10%.
33:29Mais ce qu'il faut savoir, c'est que dans les pays qui nous entourent,
33:31comme l'Italie, comme l'Allemagne, les pays nordiques,
33:34on est plutôt à 20%, voire au-delà de 20%.
33:36Donc, il y a vraiment une spécificité française sur l'industrie.
33:39– Oui, c'est la spécificité française.
33:41Mais quand les dépenses publiques sont à 57,2% en 2025,
33:47elles ont encore augmenté par rapport à 2024.
33:49De 0,2, on était à 57, on est à 57,2% maintenant.
33:52Je veux dire, même la Chine se fout de nous.
33:55L'État communiste chinois fait moins de dépenses publiques que la France.
34:00– Oui, alors certains disent…
34:02– Le FMI qui n'est pas un organisme d'extrême droite ou communiste,
34:07il évalue la dépense publique chinoise à une trentaine de pourcents.
34:09– Oui, et c'était l'URSS sous Staline, c'est à peu près ça aussi.
34:14Donc, effectivement, les dépenses publiques sont hypertrophiées en France,
34:17c'est une évidence.
34:18Mais je dirais, le vrai problème, ce n'est pas tant le chiffre de dépenses publiques,
34:23c'est la façon dont on utilise les dépenses publiques, si vous voulez.
34:26La France a un modèle social que tout le monde admire, respecte,
34:31mais qui en réalité est extrêmement coûteux.
34:33Or, il faut bien penser une chose,
34:34je crois qu'on oublie un peu les fondamentaux de l'économie dans cette histoire.
34:38L'économie, vous savez, on apprend ça au premier cours d'économie,
34:41c'est d'abord créer des richesses.
34:44Après, en fonction de ce qu'on a créé, on les distribue, on les répartit.
34:47Nous, on raisonne plutôt en répartition des richesses,
34:49si vous voulez, on se moque un petit peu de la création du gâteau qu'on va répartir.
34:54C'est assez dramatique.
34:55– Oui, les banques nous suivent, donc c'est open bar.
34:57– C'est un petit peu open bar, et puis on n'ose pas revenir en arrière,
35:01sur certaines dépenses sociales qui ne sont pas forcément indispensables.
35:04Et puis, on vit sur un certain nombre d'acquis qu'on a du mal à remettre en cause.
35:09Mais la réalité est la suivante.
35:11Il faut, le problème de la France, on a cité un certain nombre de chiffres,
35:15mais quand vous interrogez les Français,
35:18la première préoccupation des Français, c'est quoi ?
35:20C'est le pouvoir d'achat.
35:21– Avant, c'était le chômage, avant c'était le terrorisme.
35:23– Oui, la sécurité, le terrorisme.
35:25Aujourd'hui, c'est le pouvoir d'achat.
35:26Et on pouvait comprendre.
35:28Vous voyez, quand vous avez un SMIC à 1 700 euros net
35:32et que vous avez 1 000 euros qui partent dans le loyer,
35:34bon, c'est difficile.
35:36Alors, pouvoir d'achat, problème central.
35:39Mais le pouvoir d'achat, il dépend de quoi ?
35:41– C'est 1 700 euros net, le SMIC ?
35:44– On n'est pas loin de ça.
35:45On n'est pas loin de ça.
35:46Alors, après, ça dépend comment on compte, ça dépend…
35:49Et puis, en réalité, il faut tenir compte aussi d'autres facteurs,
35:53le fait qu'il y a de plus en plus de SMIC à aujourd'hui
35:55qu'il y a 20 ou 30 ans, vous voyez, donc on est à peu près…
35:58Mais bon, globalement, ce problème de pouvoir d'achat
36:03est vraiment dramatique.
36:06Et je pense que c'est le problème central aujourd'hui.
36:09Il faut relancer l'industrie, il faut relancer la mécanique économique.
36:14Or, moi, je pense que, malheureusement, comment vous dire ?
36:19On ne voit pas le problème.
36:20Il n'est pas pris dans son exacte mesure.
36:23Je vous prends juste un exemple.
36:24La France, quand même, a beaucoup compté
36:26pendant très longtemps sur l'industrie automobile.
36:28Or, je vais vous dire une chose très claire,
36:30l'industrie automobile française est en train de disparaître.
36:34– Peugeot et Stellantis, là, ont évacué
36:37leur usine de montage d'Île-de-France, déjà.
36:41– Oui, et pas seulement d'Île-de-France.
36:43Les seuls investissements qu'ils réalisent aujourd'hui
36:45sont à l'étranger, aux États-Unis, notamment.
36:47– Et on a Emmanuel Macron qui nous dit
36:48que la France est le pays le plus attractif d'Europe
36:50en matière d'investissement.
36:52– Eh bien, ce n'est pas complètement faux.
36:54Mais vous voyez, c'est là où il faut faire attention
36:56à ce qu'on dit.
36:57Effectivement, on est un pays attractif
36:58pour les investissements étrangers.
37:00Mais quels investissements étrangers ?
37:03Est-ce que c'est des investissements de création ?
37:05– Le Qatar.
37:07– Voilà, ou est-ce que c'est le Qatar qui investit
37:09ou alors une entreprise américaine
37:11qui reprend une entreprise française ?
37:14– Et qui fait une OPA dessus.
37:15– Et qui fait une OPA dessus.
37:17Il y a encore eu cette semaine, dans l'actualité,
37:20plusieurs cas d'entreprises françaises
37:21qui ont été rachetées par des fonds américains.
37:24Bon, oui, alors c'est effectivement un investissement.
37:28Mais quel investissement ?
37:30– Alors, vous voyez, l'industrie automobile,
37:32c'est révélateur.
37:33Moi, je pense que dans les années à venir,
37:36les voitures chinoises vont inonder le marché français.
37:39Ça a commencé, mais doucement.
37:41Je pense que d'ici, c'est à très court terme,
37:45d'ici, je pense, deux, trois, quatre ans,
37:49les voitures européennes vont quasiment disparaître.
37:53Pourquoi ? Parce que les voitures chinoises
37:55sont en avance technologique, aujourd'hui.
37:57Parce qu'elles vont être beaucoup moins chères.
38:00Et puis parce que les Chinois savent contourner
38:02les barrières protectionnistes
38:03qu'on a commencé à mettre en place.
38:05Vous avez vu que BYD, par exemple,
38:06vient d'installer une usine géante en Hongrie.
38:09Bon, et voilà, jusqu'à preuve du contraire,
38:11la Hongrie fait partie de l'Union européenne.
38:12Donc, on ne peut pas mettre de barrière tarifaire
38:14aux portes de l'Europe.
38:15Et puis, alors, il y a un autre phénomène aussi.
38:17Il y a d'autres entreprises chinoises,
38:20comme Lipmotor, et puis une autre,
38:22dont je ne m'en rappelle plus le nom,
38:23qui ont passé des accords avec Stellantis.
38:26pour produire leurs voitures dans les usines Stellantis.
38:29Vous voyez ?
38:30Donc, en réalité, ça va être très, très difficile
38:34d'endiguer l'arrivée des voitures chinoises.
38:37Et je ne vois pas comment on pourrait réduire,
38:42endiguer ce phénomène.
38:43À moins de faire ce qu'ont fait les Chinois dans leur temps.
38:47C'est-à-dire obliger les importateurs
38:51à créer des co-entreprises avec transfert de technologie,
38:54vu qu'on est en retard maintenant.
38:55Alors, on voit que l'inflation est quand même
38:57la première conséquence pour la France
39:00de cette guerre au Moyen-Orient.
39:02Certains parlent déjà d'une hausse de l'inflation
39:05à 4% dès l'automne.
39:07Viendra ensuite une hausse des taux d'intérêt.
39:10Ça me semble assez cohérent.
39:12Le remboursement des indérêts de la dette,
39:14je le rappelle, ça sera 74 milliards d'euros cette année.
39:18Pour ceux qui pensent que s'endetter ne coûte rien,
39:21c'était 65 milliards l'an dernier.
39:23Dans quelles conditions exactes, une crise de la dette peut-elle arriver ?
39:28Comme c'était déjà le cas dans les années 2012,
39:33sur la crise de la dette euro.
39:35Oui.
39:36Alors effectivement, il y a certains analystes
39:38qui commencent à envisager ce genre de scénario dramatique.
39:42Bon, on n'en est pas encore là.
39:45Donc voilà, il y a encore, je pense qu'il ne faut pas faire
39:48de catastrophisme, en tout cas à court terme.
39:51On a aujourd'hui des outils qui permettent, je dirais,
39:55de réduire les chocs.
39:58Bon, je pense que même si on ne respecte pas,
40:02mais ça fait longtemps qu'on ne respecte pas
40:03les critères imposés par l'Union européenne,
40:08bon, aujourd'hui on peut encore, si vous voulez,
40:11compter sur notre monnaie, voilà,
40:14qui nous crée bien des problèmes parfois
40:17et qui élimine nos marges de manœuvre.
40:19Mais voilà, avant qu'on arrive à un défaut,
40:22pour dire les choses clairement,
40:24il y a plusieurs étapes qui devraient être franchies
40:27et on en est encore loin.
40:29Ces résultats calamiteux des 40 dernières années
40:33de gouvernement français,
40:36qu'est-ce qui maintient encore la France à flot ?
40:40Vous dites que c'est notre monnaie, mais vous dites aussi que…
40:42Non, non, je n'ai pas dit ça.
40:43Non, non, non, je n'ai pas dit ça.
40:47L'euro a des avantages et beaucoup d'inconvénients.
40:51On pourrait en parler très longtemps,
40:52mais effectivement, je vous ai coupé.
40:55Qu'est-ce qui maintient encore, alors, justement,
40:57la France à flot aujourd'hui ?
40:58Alors, qu'est-ce qui maintient la France à flot ?
41:00Il y a quand même, on a un certain nombre d'atouts,
41:02il ne faut pas les oublier.
41:03D'abord, on a quelques entreprises qui fonctionnent toujours très,
41:06très bien, et notamment des très, très grandes entreprises.
41:09Veolia, ça marche bien, Dassault, ça marche bien,
41:13Airbus, ce n'est pas totalement français,
41:16mais ça marche bien, voilà.
41:18– Oui, mais Technic, Placarge, Alstom, tout ça,
41:20ce qui a été vendu, vous n'imaginez pas que ces entreprises,
41:24ces réussites françaises puissent être cédées à l'avenir,
41:26comme d'autres l'ont été ?
41:28Arnaud Montebourg en parle à chaque fois
41:30qu'il passe en commission parlementaire.
41:31– Oui, Arnaud Montebourg s'est beaucoup inspiré de mon bouquin,
41:34donc je suis très content, mais bon…
41:37– La France vend bien à la déco.
41:38– Oui, c'est ça, mais déjà, une bonne partie des entreprises
41:43du CAC 40 français incorpore une part importante de capitaux étrangers.
41:49Le CAC 40, c'est 50% d'investisseurs étrangers,
41:53donc on ne peut plus dire que nos entreprises sont souvent totalement françaises,
41:57si vous voulez.
41:57quand on voit, tiens, on parlait de Stéglantis,
42:00quand on voit que Stéglantis, c'est quand même à plus de 50% des capitaux étrangers,
42:05c'est quand même une domination aujourd'hui de Fiat,
42:09de la famille Fiat, Nelly, etc.
42:15Bon, il y a, si vous voulez, un siège social qui est aux Pays-Bas,
42:19il y a des investissements qui sont à l'étranger,
42:21bon, voilà, mais bon, pour revenir à votre question,
42:24on a quand même des atouts forts en France,
42:25on a effectivement cette relative indépendance énergétique
42:29avec notre parc nucléaire,
42:30on a des grandes entreprises qui fonctionnent très bien,
42:32on a tout un réseau de PME qui est extraordinaire en France,
42:36et on a une créativité absolument incroyable,
42:38beaucoup plus qu'en Allemagne ou dans d'autres pays.
42:41– Oui, mais on a, Laurent Isard, des faillites d'entreprises qui explosent.
42:44– Oui, aussi, 70 000.
42:45– 70 000 l'année dernière, les faillites d'entreprises en février dernier,
42:49on était déjà 15% au-dessus du niveau de septembre 2019,
42:55où on était en pleine panade avec les Man Brothers.
42:57Le chômage, c'est 7-9, 21% chez les jeunes.
43:01La pression que ça va exercer sur notre emploi,
43:03quelle est-ce que ça va être exactement cette guerre ?
43:06– Écoutez, les perspectives que l'on peut tirer aujourd'hui
43:14sont quand même extrêmement négatives.
43:17Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui même, il y a eu un chiffre positif sur l'emploi.
43:22Bon, à mon avis, c'est très conjoncturel.
43:26Je pense qu'à terme, le chômage va…
43:29À moyen de terme, court terme, le chômage va augmenter.
43:32Aujourd'hui, le marché du travail pour les jeunes est presque complètement bouclé.
43:37Même les diplômés, Bac plus 5, n'arrivent plus à trouver du travail.
43:41Donc, on a vraiment un gros, gros souci sur le marché de l'emploi.
43:45– Certains pensent que le chômage peut augmenter à 9.
43:48On est 7-9, on peut augmenter à 9 dès cette année, là.
43:51– Oui, c'est possible.
43:52Alors, moi, vous savez, je conteste ce chiffre de 7 ou de 8.
43:57– Oui, ça, c'est la catégorie A, ça.
43:59– Oui, mais la réalité, c'est quoi ?
44:01– On est à 15, en réalité.
44:02– Oui, en réalité, on a une famille sur 4 en France
44:05qui est directement touchée par le chômage.
44:08C'est ça qu'il faut dire.
44:10Après, le reste…
44:11Bon, effectivement, je suis désolé,
44:15mais une personne qui est en stage,
44:18qui ne se recherche pas immédiatement du travail,
44:20mais qui est quand même inscrit,
44:22il ne va pas être compté dans les chômeurs,
44:24alors qu'il cherche vraiment du travail et qu'il n'en a pas.
44:27Vous voyez, pour moi, c'est une conception du chômage
44:30qui est excessivement restrictive, si vous voulez.
44:34Alors, oui, les perspectives ne sont pas bonnes,
44:36et je pense que, malheureusement, ça va durer.
44:38Or, la réalité aujourd'hui, c'est qu'un des handicaps majeurs de la France,
44:43c'est le nombre de personnes qui travaillent.
44:45On a moins de personnes au travail qu'en Allemagne,
44:47qu'en Italie ou en Grande-Bretagne.
44:50Et ça, c'est quand même un réel souci.
44:52Alors, on nous dit, bon, il faut augmenter l'âge de la retraite.
44:55Franchement, ça, compte tenu du marché du travail aujourd'hui,
45:00je pense que c'est quasiment inutile,
45:03parce qu'on va transformer, si vous voulez,
45:06des retraités en futurs chômeurs.
45:08Mais je pense que quand vous prenez la tranche d'âge des 25-60 ans,
45:13on voit qu'on a moins de personnes au travail
45:15par rapport à la population que dans d'autres pays qui nous entourent.
45:18– Moi, quand j'entends un édouard Philippe, Laurent Isard,
45:21nous dire qu'en France, on ne travaille pas assez,
45:23j'ai envie de lui dire, mais en France, on dépense trop d'argent.
45:25L'État dépense trop d'argent, 57,2%.
45:30Arrêtez de demander aux Français de bosser.
45:31Faites d'abord des réformes et puis faites migrer cet État mammouth,
45:34comme le disait Claude Allègre dans les années 90.
45:36– L'un n'empêche pas l'autre.
45:38Moi, je pense qu'effectivement, comme je vous disais,
45:42quand on dit que les Français ne travaillent pas assez,
45:43il faut bien se comprendre,
45:45ça ne veut pas dire que les Français qui travaillent,
45:47ne travaillent pas assez.
45:49Alors d'accord, on parle beaucoup des 35 heures, etc.
45:52Mais vous savez, le passage aux 35 heures,
45:54c'est traduit par une augmentation de productivité.
45:57Beaucoup de salariés font en 35 heures ce qu'ils faisaient en 40 heures avant.
46:00Pour moi, ce n'est pas vraiment le problème.
46:02Le vrai problème, c'est qu'il y a un pourcentage trop important
46:05de Français qui ne travaillent pas.
46:07– Parce qu'on ne valorise pas assez le travail ?
46:09– Ah oui.
46:09– Parce que le travail coûte trop cher ?
46:10– Ah oui, oui, oui.
46:11Mais ça n'empêche pas que les dépenses publiques sont trop élevées aussi.
46:14– Alors on a en parallèle de ces résultats calamiteux
46:21des marchés qui se portent comme un charme.
46:24Comment vous expliquez ça ?
46:25C'est le cas en France, c'est le cas aux États-Unis,
46:27le CAC 40 qui éclate, le Nasdaq qui éclate.
46:30– Oui.
46:30– Des records.
46:31– Oui, alors le CAC 40, effectivement, bas des records.
46:34Bon, je ne suis pas certain que ça dure.
46:37– Oui.
46:38– Voilà.
46:38Bon, mais c'est vrai que le CAC 40 a bien surmonté
46:41les différentes crises récentes qu'on a eues,
46:43que ce soit le Covid, que ce soit la guerre en Ukraine, voilà.
46:49Moi, il y a un élément quand même qui me paraît assez intéressant,
46:53comme ça.
46:55Il ne vous a pas échappé que Total, mais c'est aussi vrai pour BP,
47:00a fait un premier trimestre extraordinaire.
47:04Ils ont augmenté de 16% leurs bénéfices par rapport à l'an dernier,
47:095 milliards et quelques bénéfices.
47:12Un des premiers réflexes, ça a été d'accroître le dividende des actionnaires.
47:18Je ne suis pas sûr que ça soit le plus urgent aujourd'hui, voilà.
47:21Alors, je sais bien que les cours de bourse, c'est important,
47:23mais il y a peut-être d'autres priorités.
47:25– On est aujourd'hui dans une situation bien pire
47:30qu'à l'époque des Gilets jaunes.
47:32Est-ce qu'on peut s'attendre à une révolte sociale en 2026 en France ?
47:37– Ce n'est pas impossible.
47:38Moi, je ne l'exclus pas totalement.
47:40parce que le prix de l'essence, parce que globalement l'inflation
47:45qui risque de repartir à la hausse, on en parlait tout à l'heure,
47:49le chômage, bon, ça fait quand même beaucoup, beaucoup d'éléments.
47:53Et puis, il y a un peu aussi, d'une façon plus large,
47:56un sentiment, si vous voulez, de déclassement chez beaucoup de Français,
48:01et puis un sentiment aussi de déconnexion, si vous voulez,
48:04entre la classe politique et la réalité du quotidien des Français.
48:08Et ça, c'est de la dynamite, en réalité.
48:12Moi, je n'exclus pas la possibilité d'un mouvement type Gilets jaunes
48:14dans les mois qui viennent.
48:16– Merci à vous, Laurent Isard, d'avoir accepté notre invitation.
48:21Je rappelle que vous êtes l'auteur de plusieurs livres,
48:23365 raisons d'aimer la France.
48:26On l'évoquait tout à l'heure, cet ouvrage pour lequel vous étiez venu nous voir,
48:32La France à la découpe, que Arnaud Montebourg, visiblement,
48:36à lui, avec attention, en tout cas, merci.
48:38– Je pense.
48:38– Merci à vous, monsieur.
48:39Merci à vous tous pour votre fidélité.
48:42Tout de suite après cet entretien,
48:44la chronique économique et financière de Philippe Béchade.
48:47Et quand on se retrouve la semaine prochaine, à bientôt.
48:50Salut, merci.
49:11Bonjour et bienvenue.
49:13Voici notre rendez-vous hebdomadaire de décryptage
49:17de l'actualité économique et géopolitique en mode affranchie.
49:21Et je salue tous les abonnés de TV Liberté pour cet épisode que je vais intituler
49:26« Aucun problème d'énergie, à part une ou deux pénuries ».
49:32Le gouvernement tente de nous rassurer.
49:36Il n'y aura pas de pénurie d'énergie, en tout cas pas d'énergie de carburant.
49:42Ben non, il y aura des rationnements.
49:46Trump a en effet décidé d'orchestrer un blocage long du détroit d'Hormuz.
49:54Alors, outre le fait que 15 millions de barils ne franchissent pas le détroit chaque jour
50:01et qu'au bout de 65 jours de guerre ou de blocage,
50:07puisque nous en sommes effectivement au 65e jour,
50:10cela veut dire qu'un milliard de barils n'ont pas abouti dans les réservoirs
50:19des différents pays qui se ravitaillent dans le Golfe Persique.
50:23Alors, nous en faisons partie.
50:26Nous n'importons que 10% de notre pétrole des pays du Golfe.
50:32Néanmoins, nous sommes tributaires des prix internationaux.
50:38Et avec l'annonce d'un blocage long par Donald Trump,
50:42cela veut dire que les prix vont demeurer durablement supérieurs à 90 dollars le baril.
50:49Alors, attention, 90, c'est le prix estimé pour les six prochains mois.
50:55Nous sommes actuellement à plus de 102, 105 sur le Brent.
51:00Le WTI a refranchi la barre des 100 dollars en milieu de semaine dernière.
51:08Et ce n'est pas toute l'histoire.
51:10Parce que le prix du Brent sur le papier, donc 102, 105,
51:17ce n'est pas le prix que va payer le consommateur.
51:20En effet, le vrai prix du Brent consommé ou consommable
51:27est actuellement à plus de 110 dollars.
51:31Et livré, il revient maintenant à 115 dollars,
51:35avec la hausse, bien sûr, du coût du transport.
51:39Autrement dit, ne vous fiez pas au prix que vous lisez dans votre journal.
51:45Ce n'est pas celui que vous allez payer.
51:48Et vous allez évidemment acheter votre carburant au vrai prix marché,
51:55c'est-à-dire le pétrole livrable.
51:58Bon, maintenant, le gouvernement dit qu'il n'y aura pas de pénurie.
52:02Vous savez ce que ça signifie.
52:04Généralement, quand le gouvernement vous dit une chose,
52:06vous avez tout intérêt à prévoir l'inverse.
52:09Et pour qu'il n'y ait pas de pénurie,
52:11évidemment, il faudra à un moment mettre en place du rationnement.
52:15Alors, ce ne sera pas sur tous les carburants.
52:17Ce sera probablement d'abord sur le diesel,
52:20en ce qui concerne, en fait, tous les Français qui vont bosser.
52:24Pour ceux qui vont éventuellement à l'étranger,
52:27les déplacements vont certainement être plus compliqués,
52:30faute de kérosène.
52:32Effectivement, plus d'un quart de l'approvisionnement mondial
52:35passe par le détroit d'Ormuz.
52:38Et là, c'est un vrai blocage pour le kérosène.
52:42Pourquoi ?
52:43Parce que si vous prenez, par exemple, le pétrole des Émirats,
52:46il passe par un oléoduc qui débite près de 4 millions de barils par jour.
52:53Et qui, cet oléoduc, aboutit côté océan indien.
52:59Vous voyez, entre le petit bout d'Omane qui fait la pointe d'Ormuz et le sultanat.
53:05Donc là, il y a du pétrole qui sort.
53:08L'Arabie fait sortir une bonne partie de son pétrole par la mer Rouge.
53:13L'Irak le fait sortir par le Nord et la Turquie.
53:16Mais le kérosène, lui, il n'y a pas de oléoduc à kérosène.
53:21Autrement dit, quand le détroit d'Ormuz est bloqué,
53:24c'est l'aviation du monde entier qui est touchée.
53:28Essentiellement les pays asiatiques,
53:30mais l'Europe en est également très dépendante.
53:32Et puis, souvenez-vous qu'avant, nos avions faisaient escale à Dubaï, à Abu Dhabi, à Doha
53:38et rechargeaient en kérosène moins cher.
53:42Mais surtout, il y avait une disponibilité totale.
53:46Eh bien, aujourd'hui, les avions ne font plus escale à Abu Dhabi.
53:50Autre gros souci, c'est que plus de 30% de l'urée qui sert à fabriquer les engrais
53:58passent également par Ormuz.
54:01Donc quand Trump dit que je bloque Ormuz pour asphyxier l'Iran,
54:06en fait, ce que fait Trump, c'est qu'il asphyxie ses propres céréaliers américains
54:11qui vont manquer d'engrais phosphatés.
54:15Alors pas forcément pour le soja, mais en tout cas pour le reste, pour le maïs, pour le blé
54:22et toutes les graminées, les rendements vont évidemment être beaucoup moins élevés cette année.
54:29Et ça sera encore pire en Asie où il n'avait quasiment pas de réserve.
54:33Et les récoltes printemps-été 2026 seront des récoltes misérables ou d'années d'intempéries totales.
54:42Autrement dit, les prix alimentaires vont grimper.
54:45Donc Trump n'asphyxie pas l'Iran.
54:48Non, Trump, en fait, va asphyxier financièrement les ménages aux revenus les plus faibles en Asie
54:57et également en Europe.
54:59Et oui, parce que quand vous prenez un pays comme la France,
55:03si vous augmentez par exemple le coût des carburants de 50 euros par mois,
55:09pour ceux qui travaillent tous les jours et qui font plus de 15 kilomètres allers-retours,
55:14eh bien on arrive à des arbitrages.
55:18Il y a un moment, eh bien il faut se priver d'autre chose.
55:21Et si en plus de ça, vous avez les prix de l'alimentaire qui prennent 10-15 % d'ici
55:25la fin de l'année,
55:26on se demande bien comment les gens vont s'en sortir.
55:29Mais voilà, vous avez Agnès Pannier-Runacher qui pense qu'en France, tout va bien.
55:35Et oui, parce que grâce à l'éolien, grâce au photovoltaïque,
55:40nous nous sommes affranchis de la dépendance à la Russie.
55:45Magnifique ! La Russie représentait 15 % de nos approvisionnements.
55:49Pour l'éolien et le photovoltaïque, nous dépendons à 80 % de la Chine.
55:55Donc 15 % vis-à-vis de la Russie, pas bien.
55:5980 % des composants, des panneaux solaires et des moteurs, des éoliennes,
56:05et notamment le cuivre et tous les métaux rares qui vont dans les rotors,
56:10tout ça vient de Chine, eh bien dépendent à 80 % de la Chine.
56:13Là, on est vraiment devenus indépendants.
56:16Bravo le gouvernement !
56:17Bon, la Chine, aujourd'hui, réfléchit à rationner les exportations de métaux rares
56:26dont on a absolument besoin, justement pour les éoliennes et pour l'électronique.
56:31Pourquoi ? Eh bien parce que les États-Unis, en fermant, en bloquant Hormuz,
56:35veulent aussi asphyxier énergétiquement la Chine,
56:39qui est très dépendante du pétrole iranien.
56:42Enfin très dépendante, n'exagérons rien.
56:44C'est peut-être 7 ou 8 %, mais vous rajoutez à ça les 7 ou 8 % qui venaient
56:49du Venezuela,
56:49et vous voyez quand même que la Chine va devoir s'employer pour faire venir plus de pétrole.
56:56La Chine sait très très bien que ce sont les États-Unis qui visent, c'est Washington, contre Pékin.
57:02Et avant la visite de Donald Trump, on comprend que les États-Unis mettent la pression maximale sur la Chine.
57:11La Chine, elle, elle peut tout simplement décider de suspendre les exportations de métaux rares
57:17ou renchérir le coût, par exemple, des batteries.
57:21Nous n'en fabriquons pas, nous sommes totalement dépendants.
57:24Si la Chine augmente les prix, nous le paierons parce que nous n'avons pas le choix.
57:29Alors que la Russie, elle, elle dépend du marché mondial pour fixer les prix du gaz et du pétrole.
57:35Elle ne peut pas faire ce qu'elle veut.
57:36La Chine, elle, elle peut vraiment nous coller des augmentations.
57:39Mais voilà, pour Agnès Pannier-Runacher, nous sommes de plus en plus indépendants.
57:44Avec une énergie éolienne qui nous coûte trois fois le coût du kilowatt en nucléaire,
57:51eh bien on va contraindre nos ménages à payer le prix du kilowatt pratiquement deux fois plus cher qu'il
58:00y a cinq ans.
58:01Mais voilà, nous sommes indépendants. Bon, la gabegie ne s'arrête pas, évidemment.
58:09Et pendant que le gouvernement se plaint que les Français ne dépensent plus assez d'argent à la pompe,
58:16parce qu'évidemment que ça fait rentrer des recettes fiscales,
58:19eh bien le gouvernement se dit qu'il faut taxer les profiteurs,
58:22c'est-à-dire les compagnies pétrolières qui profitent d'un baril à 100, 105, 110 dollars.
58:28Et les profiteurs, ce n'est pas l'État, évidemment, qui colle 60% de taxes,
58:33c'est le pétrolier qui prend ces 6%.
58:35Voilà, tout est comme ça. J'arrête là, je pense que je vais m'énerver.
58:39Pour vous remercier de votre fidélité, nous vous invitons à télécharger gratuitement
58:44notre rapport spécial qui contient notre solution pour préserver votre épargne
58:50face à la montée des tensions géopolitiques
58:53et qui pourrait même déboucher sur une nouvelle guerre mondiale.
58:56Il vous suffit de cliquer sur le lien en description pour l'obtenir gratuitement.
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