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  • il y a 3 mois
Le 6 avril 1994, dans le ciel de Kigali, un avion présidentiel est abattu. À son bord, le président rwandais Juvénal Habyarimana. En quelques heures, le Rwanda sombre dans l’horreur. Cet attentat marque le point de départ d’un engrenage meurtrier qui conduira à l’un des plus grands drames de la fin du XXème siècle : entre 800 000 et un million de morts en une centaine de jours.
Trente ans plus tard, une question demeure : que s’est-il réellement passé ce soir-là ? Qui a tiré ? Et pourquoi, malgré les enquêtes, les zones d’ombre persistent-elles ? Autour de cet événement fondateur, les récits s’opposent, les responsabilités se discutent, et la vérité semble toujours disputée.
Pour éclairer cette page sombre de l’histoire contemporaine, le livre de Charles Onana, "Cinq ans d’enquête sur un attentat", s’impose comme une contribution majeure. Fruit de plusieurs années d’investigation, son travail explore non seulement les faits, mais aussi les pressions, les silences et les batailles d’influence qui entourent encore aujourd’hui cet attentat. L’ouvrage met en cause également certaines positions politiques et diplomatiques, en France comme aux Etats-Unis. L’auteur évoque notamment l’évolution de l’attitude française avec le régime de Kagame sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ainsi que le rôle plus large et plus criminel des Etats-Unis. À ce titre, Charles Onana souligne un principe fondamental : "On ne peut pas, au nom du droit international, violer un principe sacré : le respect de la souveraineté des Etats et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes".
Le travail de Charles Onana, mené dans un climat de graves menaces, vise à éclairer les responsabilités et à identifier les acteurs qui ont pesé sur le cours des événements et qui ont contribué à une tragédie qui a conduit au génocide et à la guerre ?

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Transcription
00:05Il y a plus de 20 ans, le 6 avril 1994, l'avion transportant le chef d'État rwandais,
00:11Gévenal Abiyarimana et son homologue burundais Cyprien Entari Yamira,
00:16est abattu au-dessus de l'aéroport de Kigali.
00:19Un attentat au Rwanda qui précipite vers l'une des stratégies les plus épouvantables de cette fin du XXe siècle.
00:26Un des meilleurs spécialistes de ce dossier, Charles Onana, publie une édition revue et augmentée,
00:315 enquêtes sur un attentat, un attentat-événement déclencheur du génocide rwandais.
00:38Cet ouvrage est publié chez l'Artilleur et est en vente sur le site tvl.fr.
00:42Charles Onana, bonjour.
00:44Oui, bonjour.
00:44Merci de revenir évoquer ce sujet incroyable.
00:48Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler quand même précisément ce qui se passe le 6 avril à Kigali ?
00:53Il s'agit incontestablement, je l'ai dit, d'un attentat contre l'avion du président Yabiyarimana.
01:00Exactement.
01:00C'est-à-dire qu'il y avait un processus de paix, dont des accords de paix qui avaient été
01:04signés à Arusha, en Tanzanie, en 1993,
01:08qui permettait, n'est-ce pas, que le pays soit gouverné conjointement par des Tutsis et des Hutus.
01:15Ce qui n'était pas le cas auparavant.
01:17Alors, évidemment, une réunion curieuse est organisée donc le 6 avril.
01:24Donc le président Yabiyarimana s'y rende beaucoup plus tôt dans la matinée.
01:28Il passe toute la journée alors que l'équipage français est très inquiet parce qu'ils ont des soupçons
01:34qu'il y a des missiles SAM-16 dans la capitale qui peuvent abattre l'avion du président.
01:41Et donc, leur inquiétude principale était que le président ne rentre pas à la tombée de la nuit.
01:48Parce qu'à la tombée de la nuit, les manœuvres des pilotes sont extrêmement compliquées
01:53et les risques sont multipliés par deux.
01:57Donc, évidemment, cette rencontre a été démesurément prolongée, sans explication.
02:05Et à 20h30, lorsque le président arrive avec son homologue burundais,
02:10comme vous l'avez signalé tout à l'heure, Cyprien Tariamira, vers 20h30,
02:15et donc l'avion du président est abattu par un missile SAM-16 russe au-dessus de l'aéroport.
02:21– Charles-Anna, comprenons-nous bien.
02:22Est-ce que ce retard de cette réunion est volontaire ou pas ?
02:27– Alors, vous mettez le doigt d'entrée de jeu sur l'un des points noirs
02:32de l'enquête de Jusse Trevidic, qui, je ne sais pas si c'est par manque de courage
02:37ou par négligence ou par ignorance, ce que je doute fort,
02:44n'a pas mené d'investigation en Tanzanie, pour chercher à savoir si cette réunion
02:49était un alibi ou si c'était tout simplement un incident qui a permis à cette réunion
02:57de durer de façon démesurée.
02:59– Et vous l'expliquez, c'est une réunion qui dure et qui n'a pas de raison de durer
03:02d'ailleurs.
03:02– Absolument.
03:04– C'est un communiqué qu'on fait refaire.
03:04– Oui, on fait refaire des communiqués, on modifie, l'avion n'est même pas sur le tarmac
03:11au moment où le président doit partir, c'est-à-dire qu'on vient alerter les pilotes
03:17beaucoup plus tard que le président est dans le salon en train d'attendre le départ.
03:22Mais pendant l'après-midi, les pilotes français ont manifesté à de nombreuses occasions
03:29leur inquiétude auprès du service de protocole qu'il était strictement interdit
03:35et le président le savait qu'il n'était impossible de rentrer le soir
03:39parce que tous les risques étaient permis que l'avion du président soit abattu.
03:43– Et par l'OFPR, par l'OFPR.
03:47– Parce que la question qui vient tout de suite après, c'est que,
03:49et pourquoi si on savait qu'on avait l'équipage qui est français, c'est important,
03:53qui est français et qui va bien évidemment disparaître avec l'attentat,
03:56cet équipage sait qu'il y a la possibilité d'une attaque contre l'avion au Rwanda.
04:03– Absolument, il y a eu un ancien coopérant français
04:08qui travaille sur les questions des sécurités aéroportières
04:12qui avait eu des contacts avec des pilotes.
04:15Et j'ai lu son témoignage, il disait effectivement que plusieurs pilotes français à l'époque,
04:23lorsque le pilote principal, M. Minabiri, avait fait une note
04:30en disant que nous soupçonnons que les troupes de Paul Kagame ont installé…
04:37– Les opposants au président rwandais.
04:38– Au président à Biraymana, ont installé au CND l'enceinte du Parlement rwandais,
04:43des missiles SAM-16 qui peuvent abattre l'avion.
04:46Et il y a certains pilotes français qui ont souri en disant
04:49« Mina est vieux, il ferait mieux de prendre la retraite
04:53parce qu'on n'a jamais vu des gens installer des missiles en pleine capitale
04:59pour abattre un avion. »
05:00Et il dit dans son témoignage que le problème, c'est que le 6 avril,
05:04lorsque ils ont tous appris par radio que l'avion, le Falcon 50 a été abattu,
05:10eh bien ils faisaient tous des drôles de tête.
05:11Parce qu'ils se sont dit finalement, on n'a pas pris au sérieux ce qu'ils disaient.
05:15et là, il n'est plus là pour nous le rappeler.
05:19– Bien sûr, l'équipage, les deux présidents, l'équipage français disparaissent
05:22dans bien évidemment cet attentat.
05:24Mais dès les premières heures, il y a beaucoup de versions qui circulent.
05:27Dès les premières heures ?
05:27– Oui, il y a beaucoup de versions qui circulent parce qu'il y a la panique.
05:31On ne comprend pas qu'est-ce qui s'est réellement passé
05:34parce que l'aéroport de Kigali, à ce moment-là,
05:37et la sécurité est entre les mains des casques bleus des Nations Unies.
05:41Donc on ne peut pas imaginer que les casques bleus de l'ONU,
05:45laissent des missiles s'installer au CND.
05:49Et donc lorsque j'enquête sur cette affaire-là,
05:52je découvre que le président Abiyarimana était totalement opposé
05:55à ce que les troupes du FPR soient installées au CND.
05:59Et c'est lui qui a installé, qui a permis l'installation
06:02des troupes de Kagame au CND, c'est le général…
06:06– Les FPR, ce sont les troupes de l'opposition.
06:09Et c'est lui qui a permis cette installation,
06:11n'est autre que le général Roméo Dallaire.
06:15Donc il est assez troublant que lorsque le juge Trévidic enquête sur cette affaire-là,
06:24le général Dallaire qui est toujours vivant,
06:27il n'est pas convoqué à Paris pour être auditionné sur tous ces détails
06:30pour qu'il donne au moins des éclairages.
06:33Parce que s'il y avait eu des éclairages sur tous ces points,
06:36eh bien on aurait compris que pour aboutir à un non-lieu,
06:39c'est parce qu'on a fermé un certain nombre de portes ouvertes.
06:42Et là, ces portes sont toujours ouvertes.
06:45On n'a toujours pas d'éléments précis, on n'a pas de témoignage.
06:47Et les juges d'instruction, notamment Trévidic, n'aient pas allé au fond du…
06:52– Au moment où nous parlons, on se dit, il y a deux forces politiques qui s'affrontent,
06:56le président Abiyarimana en exercice et son opposant Kagame.
07:01Mais en fait, on va largement au-delà parce que cet attentat va être considéré
07:06comme l'événement déclencheur d'un génocide,
07:09dont je dis qu'il est une des grandes tragédies du XXe siècle,
07:13parce que derrière ces deux personnages se cache bien évidemment
07:16une guerre entre les Tutsis et les Hutus.
07:19– Oui, et ça c'est un point qu'on n'aime pas souvent évoquer.
07:23C'est-à-dire que cette affaire arrive dans une conquête effrénée du pouvoir
07:29entre les Hutus qui veulent se maintenir au pouvoir et les Tutsis qui veulent s'en emparer
07:34et qui ne s'en cachent pas depuis 1990.
07:37Le problème, c'est que les accords de paix ont été signés pour qu'il y ait un partage du
07:42pouvoir.
07:43Le président Abiyarimana l'a accepté.
07:45– Mais le FPR a un problème sérieux, c'est la question d'un homme une voix.
07:53C'est-à-dire qu'à un moment donné, on va devoir passer aux élections libres et pluralistes.
07:57Et si, évidemment, le FPR et le régime Hutu vont aux élections,
08:03le principe d'un homme une voix risque d'être mathématiquement,
08:08numériquement favorable aux Hutus qui sont majoritaires.
08:11Donc, le FPR de Kagame, et Kagame en particulier, ne voulait pas de ces scénarios.
08:16Et c'est pour cette raison qu'il va plusieurs fois saboter les accords de paix d'Arusha
08:20jusqu'à ce que cet attentat ait lieu.
08:23Et lorsque l'attentat a lieu, c'est le FPR, donc la minorité Tutsi, qui prend le pouvoir au Rwanda.
08:28Voilà comment les choses vont se nouer.
08:30Et donc, quand vous dites l'événement déclencheur du génocide,
08:33oui, les Nations Unies reconnaissent que l'attentat du 6 avril est l'événement déclencheur du génocide.
08:39Et c'est important qu'on investigue sur cet attentat.
08:43Parce que, de cet attentat, on va comprendre qui a eu, n'est-ce pas,
08:49cette mauvaise idée de mettre le feu aux poudres en abattant l'avion du président.
08:54Il se trouve que, lorsqu'on évoque la version des Hutus,
09:00les Nations Unies, notamment les casques bleus de l'ONU, disent,
09:04ben non, les Hutus ne pouvaient pas abattre l'avion de leur président.
09:07C'était leur champion.
09:09Donc, qui d'autre avait intérêt à abattre l'avion,
09:12et qui a bénéficié de cet attentat, ce n'est autre que Kagame.
09:17Et donc là, le problème, c'est que quand on voit les enquêtes qui ont été menées là-dessus,
09:22on se rend compte que, que ce soit l'enquête espagnole,
09:25l'enquête du juge Bruguère, qui a été décriée pourtant,
09:28tous les Français reconnaissent quand même que c'était l'un des meilleurs,
09:30le pape de l'investigation antiterroriste en France,
09:33il arrive à la même conclusion que les Espagnols et que les enquêteurs des Nations Unies.
09:39Donc, la seule personne, le seul magistrat, le seul enquêteur qui n'est pas d'accord
09:44avec les trois autres enquêtes, ou en tout cas les quatre autres enquêtes,
09:49c'est le juge Trevidi, Pouks et Herbo, qui ont pris le relais du juge Bruguère en France.
09:54Donc, vous avez en France la même juridiction qui arrive à deux conclusions totalement différentes.
10:02Le juge Bruguère a des suspects désignés par neuf mandats d'arrêt internationaux,
10:07le juge Trevidi, Pouks et Herbo disent on ne sait pas.
10:11Donc, vous voyez très bien que là, il y a quelque chose qui ne colle pas.
10:14Mais par contre, tout le monde est unanime pour reconnaître que l'avion a été abattu par un missile SAM
10:19-16.
10:19Donc, il n'y a nécessairement quelque chose qui est à dire.
10:21Il y a la personnalité de Kagame, qui est l'actuel président du Rwanda, toujours en exercice.
10:25Mais avant, il y a bien évidemment ce qu'on appelle ce génocide.
10:28Il faut rappeler, en fait, un génocide qui est un double génocide, à la réalité.
10:32Moi, je considère qu'il y a eu un génocide au Rwanda qui a été contre les Tutsis
10:37et tout le monde est unanime là-dessus.
10:39Bon, le problème, c'est de savoir qui sont ceux qui ont déclenché l'attentat qui a permis le génocide.
10:47D'ailleurs, le procureur Carla Del Ponte avait dit, procureur du tribunal pénal international,
10:52a dit que s'il était révélé que c'est Paul Kagame qui avait abattu de l'avion,
11:00alors l'histoire du génocide doit être réécrite.
11:02Et donc, on est devant une situation où on poursuit en France des auteurs du génocide,
11:08on poursuit des complices du génocide, mais personne ne veut toucher à l'élément déclencheur.
11:14– Non, non, non, on est bien d'accord que les Tutsis ne sont pas les seuls à avoir possédé
11:18à des massacres.
11:19Les Hutus auront aussi, bien évidemment, agi en amont.
11:22– Mais évidemment, vous savez, vous avez d'ailleurs planté très bien le décor
11:27en disant qu'il y a eu un affrontement militaire entre deux groupes,
11:32dont les Hutus qui étaient au pouvoir et la rébellion Tutsi.
11:34Donc, qui peut nous dire que dans un affrontement militaire, par exemple en Ukraine,
11:40les Russes tuent et les Ukrainiens tuent également ?
11:43On ne peut pas nous dire qu'il n'y a que des Russes qui tuent et que les Ukrainiens
11:47ne tuent personne.
11:48Donc, on est dans une configuration aujourd'hui, dans cette affaire-là,
11:52où on ne veut pas, où certains lobbies et certaines forces,
11:56et le président Kagame en particulier,
11:58ne veut pas qu'on mette la lumière sur son camp et sur ce qu'a pu faire son camp
12:04avant le génocide et pendant le génocide.
12:07– Son camp, celui des Tutsis, c'est un génocide de 100 jours ?
12:10– Oui, c'est ce qui est dit, effectivement.
12:13– Un million de morts, 100 jours, un million de morts.
12:15Est-ce que ce sont des chiffres que vous corroborez
12:17ou ils vous paraissent trop importants ou pas suffisamment importants ?
12:22– Je vais vous prendre un exemple très concret
12:24qui permet de savoir pourquoi ça aussi est un problème.
12:28Il y a eu des Américains, un groupe de chercheurs américains,
12:31les professeurs Stam et Davenport,
12:33qui sont des professeurs de l'université du Michigan aux États-Unis,
12:37une des universités spécialisées dans la lutte,
12:40dans l'analyse des conflits armés.
12:42Et ces professeurs-là sont des éminents professeurs.
12:44Ils sont allés au Rwanda pour enquêter sur ces fameux 100 jours de massacre.
12:50Et donc, ils partent avec des hypothèses,
12:53ils demandent au gouvernement rwandais combien de toutis sont des rescapés.
12:59On leur dit 300 000.
13:00Bon, et ces chiffres sont confirmés par Ibuka,
13:04donc qui est l'association en France qui s'intéresse beaucoup aux victimes toutis.
13:09Bon, ils disent, s'il y a 300 000 toutis rescapés
13:18et qu'il y avait 600 000 toutis selon le recensement des Nations Unies en 1991,
13:25si on nous dit qu'il y a un million de morts,
13:27ça signifie qu'il n'y a pas que les toutis qui ont été tués.
13:29C'est-à-dire qu'il y a des Hutus et des toutis.
13:31Vous savez ce qui s'est passé ?
13:32On leur a donné 24 heures pour quitter le territoire.
13:34Le gouvernement de Kagame leur a donné 24 heures pour quitter le territoire.
13:37Et depuis ce jour-là, ils sont considérés comme des négationnistes du génocide au Rwanda.
13:41Voilà ce qui arrive.
13:43Alors qu'en fait, s'il n'y avait même pas eu le soutien de l'ambassadeur des États-Unis,
13:48je crois que ces gens auraient pu être purement et simplement assassinés au Rwanda.
13:53Vous n'accusez pas dans l'ouvrage directement Paul Kagame,
13:56je le rappelle, l'actuel président du Rwanda,
13:59élu pour la première fois en 2020, il a donc 26 ans.
14:01Pourquoi cette prudence alors que vous avez été, vous, directement, vous,
14:05la victime du dictateur ou de ses soutiens ?
14:07Alors, parce que je me suis décentré du sujet.
14:11J'ai voulu simplement analyser les enquêtes qui ont été faites par d'autres.
14:16Et donc, des gens dont on ne peut pas contester l'autorité.
14:20Le ditorat militaire belge a fait une enquête qui était purement technique en 1994.
14:26Il y a eu l'auditeur militaire Van Vinson qui a mené ses investigations au Rwanda sur l'attentat.
14:32Il n'a pas pu aller très loin parce que c'est Paul Kagame qui s'est opposé à ses
14:36investigations.
14:36Il y a eu les enquêteurs des Nations Unies.
14:41Michael Reagan, qui était Australien, qui était l'enquêteur en chef sur l'attentat,
14:45qui a identifié trois sources précises au Rwanda lorsqu'il y était,
14:50qui m'a dit, écoutez, j'ai demandé à ce que ces trois sources soient protégées
14:55parce qu'ils m'ont raconté dans le détail comment l'opération a été menée.
14:59Et donc, eh bien, évidemment, il s'est retrouvé aussi menacé pour sa sécurité.
15:03Il y a eu un certain nombre, il y a eu l'enquête qui a été menée par les autorités
15:09espagnoles,
15:10donc les juges espagnols, qui arrivent à la même conclusion.
15:12Donc, moi, j'ai voulu, je suis sorti, si vous voulez, de l'axe de l'enquête
15:17pour montrer tous ceux qui ont travaillé, qui ont infiniment plus de moyens de contrainte
15:22parce que les magistrats ont des moyens de contrainte qu'un enquêteur comme moi ne peut pas avoir.
15:26Et donc, comment est-ce possible que tous ces gens qui ne se sont pas concertés,
15:30qui ne se connaissent même pas, arrivent à la même conclusion
15:33et pourquoi Kagame, qui lui prétend ne pas être mêlé à cette affaire,
15:37pourquoi n'encourage-t-il pas la justice à faire la lumière sur le dossier de l'attentat ?
15:41Ça paraît être une question tellement élémentaire que je ne comprends pas que ça fasse débat.
15:45– Quand Pierre Péan disait, il est responsable, Kagame,
15:47du climat, de pression et d'intimidation autour de tous ceux qui enquêtent,
15:50est-ce que vous considérez que Pierre Péan avait raison ?
15:53– Mais totalement, Pierre Péan avait totalement raison,
15:55puisque Pierre Péan lui-même a été menacé, moi aussi menacé de mort pour cette affaire-là.
15:59Et d'ailleurs, je rappelle que l'ancien ministre de l'Intérieur,
16:05Setsena Chonga, qui était un membre du FPR du parti de Paul Kagame,
16:08a été assassiné en Nairobi en 1998.
16:13Il y a eu un autre haut militaire du FPR qui a été assassiné, toujours en Nairobi,
16:19et puis il y a eu le chef de la sécurité extérieure de Paul Kagame,
16:23qui a été assassiné en Afrique du Sud,
16:25parce qu'il voulait témoigner auprès de la justice française sur les auteurs de l'attentat.
16:29Donc vous voyez qu'il y a déjà beaucoup de cadavres
16:31qui concernent uniquement les témoins, les gens qui veulent parler de l'attentat,
16:35alors qu'en fait, ils ne sont pas là pour venir d'emblée perturber la question du génocide,
16:44mais ils veulent que les gens comprennent exactement
16:47qui a mis le feu aux poudres pour que ce qui s'est passé au Rwanda arrive en 1994.
16:54– On parle de campagne de menaces, on parle de campagne d'élimination,
16:57on parle de campagne de dénigrement aussi,
16:58on est effaré par les personnes ou les organismes
17:01qui sont les relais de ces campagnes ?
17:04– Absolument, absolument, en France évidemment,
17:07parce que vous savez, dans cette affaire-là,
17:10si vous mettez de côté le président rwandais,
17:13il y a le président du Burundi qui n'a jamais gouverné le Rwanda,
17:18qu'il n'avait rien à voir avec le Rwanda,
17:21qui a été tué dans cet attentat.
17:22Donc le minimum, c'est que les Burundais,
17:25la veuve burundaise du président burundais,
17:28demandent des comptes sur la mort de son mari.
17:30Que des citoyens burundais, que l'État burundais demandent des comptes
17:33à ceux qui ont commis cet attentat
17:35contre un chef de l'État étranger sur le territoire rwandais.
17:39Deuxième élément, les Français.
17:40Les Français qui sont tués dans cet attentat,
17:43trois Français, trois pilotes Français,
17:45ils n'avaient rien à voir avec le génocide,
17:47ils n'ont ni préparé le génocide,
17:49ni commis le génocide,
17:50ni étaient en complicité avec les gens qui ont fait le génocide.
17:53Pourquoi est-ce difficile en France
17:56qu'on fasse la lumière sur la mort des Français ?
18:00Et on découvre que la LICRA, la FIDH,
18:03la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme,
18:06la Ligue des Droits de l'Homme,
18:07l'Association survie, IBUCA,
18:09toutes ces associations qui prétendent défendre les droits de l'homme
18:12ne se soucient pas de défendre les droits
18:16des veuves françaises de l'attentat,
18:18ni des pilotes français qui sont morts dans cet attentat.
18:21Donc on est devant une situation qui est totalement absurde,
18:25où des Français et des associations françaises
18:27vont défendre des Africains dans un attentat terroriste
18:30et pas les familles françaises qui sont victimes de cet attentat terroriste.
18:33– Et vous dites que la victime la plus emblématique
18:35de cette campagne de dénigrement s'appelle Agathe Abiyarimana,
18:39c'est-à-dire la veuve du président assassiné,
18:41qui est exfiltrée dans les heures suivantes.
18:44– Absolument.
18:45– Par les forces militaires françaises.
18:47– Absolument.
18:47Madame Abiyarimana, une fois que son mari a été tué dans l'attentat,
18:52mais pire, c'est-à-dire que l'avion…
18:55– Elle a vu l'avion.
18:55– L'avion s'est écrasé dans le jardin du président,
18:58de la résidence du président Abiyarimana.
19:00Et lorsque sa fille lui dit,
19:01maman, c'est l'avion de papa qui vient d'être abattu,
19:05elle lui dit non, ce n'est pas possible.
19:08Eh bien, elle rentre dans une pièce de la chambre pour prier
19:12parce qu'elle ne veut pas imaginer que c'est exactement ce qui s'est passé.
19:15Mais qu'est-ce qui se passe le lendemain ?
19:18Quelques jours après, une campagne est déclenchée en France
19:20en disant que Madame Abiyarimana a planifié le génocide contre les Tutsis.
19:25Mais ce que moi je découvre dans cette histoire,
19:27c'est que l'avion Abiyarimana n'a jamais été aussi proche des Tutsis
19:31avant cet attentat.
19:33Donc, je pense qu'on aura l'occasion de voir dans les mois qui viennent
19:39une série d'informations qui sortiront sur les liens
19:42que le régime Abiyarimana avait avec les Tutsis.
19:46Donc, ses plus proches, je dirais, amis côtoyaient la famille présidentielle
19:52du président Abiyarimana et d'Agathe.
19:54Donc, comment est-ce qu'Agathe pouvait à la fois planifier le génocide ?
19:58Je rappelle qu'elle n'a jamais été mise en cause
20:01par le tribunal pénal international.
20:03Dès 1995, ça a été créé jusqu'à la fermeture.
20:06Jamais Madame Abiyarimana n'a été mise en cause
20:10pour avoir planifié un génocide au Rwanda.
20:12C'est seulement en France que des associations françaises
20:14la considèrent comme une instigatrice du génocide.
20:19D'ailleurs, le juge d'instruction qui a été…
20:21Il y a eu, je dirais, une dizaine de magistrats français,
20:25au moins, qui ont travaillé sur cette affaire pendant 18 ans.
20:28Ils sont arrivés à la conclusion que lors de…
20:31– Récemment, vous dire ?
20:32– Oui, tout à fait récemment, que Madame Abiyarimana
20:35est plutôt une victime de l'attentat contre son mari
20:39et pas une instigatrice du génocide.
20:41Tous les éléments qui ont été présentés
20:43ont été détruits par les juges d'instruction.
20:45Donc, on arrive devant cette affaire
20:48que toute personne qui veut se mêler de l'affaire de l'attentat
20:52doit être ou stigmatisée ou injuriée
20:55ou mise en cause devant les tribunaux français.
20:58Et ça, c'est quand même problématique
20:59parce que pour l'instant, on n'arrive toujours pas à répondre
21:02à la question de savoir qui sont les personnes
21:04qui ont tué les Français dans cette affaire.
21:06– Mais il y a une personnalité qui va épouser
21:07le point de vue du dirigeant Paul Kagame,
21:10du dirigeant autoritaire, c'est Nicolas Sarkozy.
21:13Comment vous interprétez…
21:14– Ah oui, vous interprétez le rôle du responsable politique français ?
21:19– Alors, le président français n'a pas défendu les Français,
21:24les victimes françaises dans cette affaire.
21:26D'autant plus qu'il n'a jamais reçu les veuves françaises de l'attentat.
21:32Son successeur, je crois M. Macron,
21:35a reçu les victimes du génocide Tutsi au Rwanda.
21:38C'est une bonne chose.
21:39Mais qu'est-ce qu'on fait des victimes françaises ?
21:41Est-ce que les victimes françaises n'ont pas de douleur ?
21:44Est-ce que les veuves françaises n'ont pas perdu
21:48leur être les plus chers ?
21:50Le 6 avril 1994,
21:52Nicolas Sarkozy a décidé de renouer les accords,
21:55les relations diplomatiques avec le Rwanda
21:58qui ont été perturbées sous Chirac, sous Hollande, etc.
22:01Mais en le faisant, on ne sait pas quelle est la contrepartie.
22:04Parce que le président français n'a jamais donné
22:06de contrepartie du fait de renouer ces accords diplomatiques
22:11parce que le dossier de l'attentat est toujours intact.
22:14Mais par contre, ce qui a été dit par Kagame,
22:17et c'est M. Kouchner qui le dit,
22:19il dit, Paul Kagame nous a demandé
22:21d'arranger le dossier de l'attentat
22:23et ils se sont débrouillés à arranger le dossier de l'attentat,
22:26comme on l'a dit tout à l'heure,
22:28parce que ça s'est terminé par un non-lieu.
22:29Donc voilà la prise de position du président Sarkozy
22:35dans ce dossier, criminel, un dossier de terrorisme.
22:38Et d'ailleurs, je pense que les victimes de l'attentat
22:41du DC-10 du TA ont reproché également à M. Sarkozy
22:45lors de sa mise en cause dans les affaires libyennes
22:50de ne s'être pas suffisamment battus
22:53pour défendre les victimes françaises.
22:55On retrouve le même scénario dans le dossier du Rwanda
22:58où les victimes françaises sont passées pour pertes et profits
23:02au profit d'une amitié avec Paul Kagame.
23:04– Il y avait un mot très dur pour Nicolas Sarkozy
23:06et puis aussi sur les enquêteurs en France,
23:08vous l'avez dit sur certains des enquêteurs en France,
23:12vous laissez même penser que la justice
23:14a été instrumentalisée dans cette affaire.
23:16– Mais écoutez, écoutez, le juge Bruguère
23:21a fait un travail que personne d'objectif ne peut remettre en question.
23:27Bon, par exemple, le juge Bruguère découvre
23:30que les missiles qui ont abattu l'avion ont été achetés en Russie
23:35et ont été donnés à l'Ouganda.
23:38Mais qu'est-ce qui peut justifier ?
23:40Que si on considère que l'enquête du juge Bruguère n'est pas suffisante,
23:45qu'est-ce qui explique que tous ceux qui ont succédé au juge Bruguère
23:48n'aillent pas en Ouganda, vérifier effectivement
23:52si ces missiles ont été donnés au FPR
23:56ou si ces missiles ont été volés pour abattre l'avion du président ?
24:00C'est un élément d'enquête extrêmement simple.
24:03Qu'est-ce qui peut justifier ?
24:04Que les mêmes enquêteurs n'interrogent pas
24:10le commandant des casques bleus des Nations Unies
24:13qui est le général Dallaire pour qu'il l'explique
24:15où est-ce qu'il était le soir de l'attentat
24:18et qu'est-ce qu'il faisait ?
24:19Et est-ce qu'il a mené lui-même une enquête de circonstances
24:23pour pouvoir déterminer quels sont les auteurs de l'attentat ?
24:27Donc, quand vous voyez tous ces manquements,
24:29et il y en a beaucoup comme ça que j'ai identifiés,
24:31quand vous voyez tout ça, vous vous dites
24:33qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au pays de Voltaire.
24:37– Dans la préface de votre livre, ce sont mes dernières questions,
24:40mais elles sont importantes, une grande voix internationale,
24:43qui est le prix Nobel de la paix, Adolfo Pérez et Squivel,
24:46évoquent au-delà de Kagame et en filigrane des responsabilités plus larges,
24:50au-delà bien évidemment du Rwanda.
24:52Est-ce que vous le suivez dans cette dimension-là ?
24:55– Bien sûr.
24:56– Les acteurs internationaux que l'on retrouve…
24:58– Absolument, absolument, parce que la question fondamentale
25:03que pose le prix Nobel de la paix, qui a préfacé,
25:05il m'a fait l'honneur de préfacer mon livre, Adolfo Pérez et Squivel,
25:09c'est qu'on ne peut pas, au nom du droit international,
25:13violer un principe qui est sacré dans les relations internationales,
25:18c'est le respect de la souveraineté des États
25:21et du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
25:23Donc, lorsque un chef de l'État américain décide d'aller déporter un chef d'État
25:32dans un autre pays ou d'aller renverser ou d'exiger qu'on renverse un chef de l'État,
25:39mais est-ce qu'il se pose la question de savoir si n'importe quel autre dirigeant
25:45dans le monde disait qu'il faut renverser un chef d'État américain,
25:50est-ce qu'on considérait que c'est une façon de respecter le droit international ?
25:53– Je le cite, il est bon de savoir que des guerres sont menées et dirigées
25:58avec tous ceux qui représentent un danger pour le projet anglo-saxon-américain de domination.
26:04Alors, bien évidemment, il faut être clair, est-ce qu'elle parle bien évidemment plus précisément
26:08dans le cas précis, dans le cas que j'évoque de l'Amérique latine ?
26:13– Oui, tout à fait.
26:14– Mais après, il se projette au Rwanda.
26:15Et on est obligé aujourd'hui de se projeter au Venezuela, à Cuba, en Iran.
26:20Est-ce que cette démonstration qu'il fait dans l'ouvrage, vous la faites vôtre dans l'actualité que l
26:23'on vit aujourd'hui ?
26:24– Oui, mais vous savez, quand on regarde ce qui se passe actuellement,
26:29on est quand même obligé de se dire que, enfin, on peut être en désaccord avec l'Iran sur le
26:35plan politique,
26:36mais est-ce que ça justifie d'aller déclencher une guerre pour détruire les terres ?
26:41– C'est la Perse quand même, c'est une vieille civilisation, il y a plus de 5000 ans.
26:46Et donc, enfin, c'est le choix des Iraniens.
26:50Bon, tout comme on peut être en désaccord avec la politique étrangère des États-Unis,
26:54on peut être même en désaccord avec le président des États-Unis,
26:57est-ce que ça autorise quiconque à aller détruire les États-Unis
27:01ou à aller renverser le président américain ?
27:04Non, je pense qu'il faut dire aux gens,
27:06soit le droit international est une règle qui doit être respectée et appliquée partout et pour tous,
27:14soit alors le droit international n'existe pas,
27:17il n'existe que la volonté politique des États,
27:19alors on cesse d'enseigner le droit international dans les universités
27:22parce que les étudiants qui travaillent sur ces questions-là
27:26sont en droit de considérer que lorsque l'on attaque militairement un État,
27:31on viole le droit international.
27:32et si on considère qu'on peut attaquer les ennemis, nos ennemis,
27:37on peut les attaquer militairement,
27:39ce n'est pas considéré comme une violation du droit international,
27:42on ne fait plus de la science, on ne fait plus du droit,
27:45on fait de la politique et là, dans ce cas, il faut bannir le droit international.
27:48– Derrière un terrible génocide, il y a Kagame,
27:50derrière Kagame, est-ce qu'il y a un donneur d'ordre ?
27:51– Bien entendu, c'est M. Clinton, il y a suffisamment d'éléments aujourd'hui
27:57qui montrent, et d'ailleurs ce qui est surprenant,
28:01c'est que les juges français qui ont décrié l'enquête du juge Bruguère
28:07n'ont pas eu le courage de convoquer le président Clinton
28:10pour cette affaire sur l'attentat,
28:11parce que son pays était impliqué dans les accords d'Aocha,
28:14ils ont beaucoup attaqué les Français,
28:15mais ils n'ont pas eu le courage de mettre en cause les États-Unis,
28:19ça aurait été une preuve de plus grand courage
28:22que les attaques contre le juge Bruguère.
28:24– Finalement, 32 ans après les faits,
28:25qui est encore en peur de la vérité sur cet attentat ?
28:27– Ah ben, c'est qu'ils ont quelque chose à se reprocher dans cette affaire.
28:31– Merci Charles-Anna, toutes les atteintes à la vérité,
28:33à la justice et à la dignité sont le sujet de ce précieux ouvrage de Charles-Anna,
28:38pour ne pas oublier les génocides rwandais
28:39qui fit des centaines de milliers de victimes en l'espace de 100 jours.
28:45Je vous invite à redécouvrir ou à découvrir cet ouvrage
28:48vos éditions L'Artilleur et en vente sur le site tvl.fr.
28:50Merci Charles-Anna.
28:51– Merci.
28:52– Sous-titrage Société Radio-Canada
28:54– Sous-titrage Société Radio-Canada
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