- il y a 2 jours
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00:32Visitez Paris, petites étrangères, le circuit complet, avec l'île de la cité, l'île Saint-Louis.
01:01Vous ne comprenez pas le français ? Laissez-moi deviner. Vous êtes... Français !
01:09Non, oui, je ne veux pas aller sur la Seine. Je cherche le champ de Mars.
01:12Oh, vous lui tournez le dos.
01:14Je ne vois que la tour Eiffel.
01:16Ah oui, mais le champ de Mars est à ses pieds. Tenez, venez avec moi. Je vais vous parler du
01:20champ de Mars. Vous n'avez pas peur de venir avec moi, non ?
01:57Tenez, en face, c'est le quartier du gros caillou.
01:59J'y suis né. Jadis, quand les notonniers abordaient au port du gros caillou, venant de Mantes, de Rouen, il
02:06y avait là un champ qui dévalait jusqu'à la Seine. Il ne s'appelait pas le champ de Mars,
02:10mais la plaine de Grenelle.
02:12Et pourquoi l'appelait-on le gros caillou ?
02:14Ah, mais le gros caillou a réellement existé. C'était un très gros rocher situé dans la plaine de Grenelle.
02:19On le fit sauter à la dynamite au 18e siècle.
02:23Ça y est, tenez, la route est libre. Les invalides au champ de Mars. Et le quartier s'appelle toujours
02:28le gros caillou. Tenez, le port était ici. Enfin, presque. Parce que la Seine était bien plus large.
02:33Deux fois plus large, au moins. Oh oui. Vous voyez la plaine de Grenelle ? En période de crue, elle
02:39était souvent inondée. Aujourd'hui aussi, d'ailleurs.
02:43Et quel trafic sur le fleuve. Oh, c'était Venise. Des bateaux dans tous les sens, pleins de bois, de
02:49pierre, de vin, de fourrage, de blé. Pour aller de Paris à Mantes, à Rouen, à Corbeil, à Auxerre.
02:55Ah, à cette époque, vous ne preniez pas la route. Vous preniez le coche d'eau. Mon rêve.
03:03Et juste en face du champ de Mars, vous aviez une île. On l'appelait l'île aux cygnes. Pourquoi
03:07l'île aux cygnes ?
03:08Ah, cette île avait une mauvaise réputation. On y avait enterré au 16e siècle les corps des victimes de la
03:13Saint-Barthénie que la Seine avait charrié depuis le Louvre.
03:16Plus de douze cents corps. Quelle horreur.
03:18On y avait aussi enterré les corps des victimes de la Grande Peste de 1544. C'était un lieu sinistre.
03:29Les gentils hommes, sous Louis XIII, s'y battaient à l'épée après l'interdiction des duels.
03:35Alors Louis XIV a voulu faire oublier le passé. Il avait commandé en Suède et au Danemark.
03:39En Suède ?
03:40Oui, en Suède. Et à grands frais, des cygnes magnifiques qui vécurent longtemps dans l'île.
03:55Où est cette île ?
03:56Oh, elle est partie avec les coches d'eau, les nefs, les voiliers.
04:00Peut-être en Amérique.
04:01On a relié l'île au continent quand on a fait de la plaine de Grenelle le champ de Mars.
04:24Mais enfin, pourquoi dit-on le champ de Mars ? Y a-t-il ici des batailles, des combats ?
04:29Non, des légumes et des fruits.
04:33Les maraîchers vivaient en paix à Grenelle, à peine dérangés par les chasseurs,
04:37quand le roi Louis XIV, grand constructeur, résolut d'y faire de l'urbanisme.
04:41Ses successeurs firent d'eux-mêmes et c'était à qui construiraient les plus beaux monuments.
04:45Les nobles, les bourgeois construisirent de vastes hôtels.
04:49Le centre de Paris était bruyant, alors on cherchait ici, vers l'ouest,
04:52à l'abri de l'enceinte des fermiers généraux, le calme et la paix des chambres.
04:59Les grandes avenues qui entourent le champ de Mars ont été ouvertes au XVIIe, au XVIIIe siècle.
05:05Tenez, regardez, la Bourdonnée, Suffrenne, la Maud Piquet, l'Ovendal.
05:09Elles reliaient le champ de Mars à l'hôtel des Invalides et conduisaient aux portes de l'enceinte.
05:16Mais dites-moi, ce grand monument, est-il l'œuvre de Louis XIV ?
05:19Ah non, non, Louis XIV a construit les Invalides.
05:23Ce monument, c'est l'école militaire.
05:25Il est l'œuvre de Louis XV.
05:27Ah ben tenez, descendez, prenez-la les Cavalières.
05:31Et vous verrez que ce quartier est toujours celui du dieu Mars.
05:52Il est l'œuvre de Louis XIV.
06:18Il est l'œuvre de Louis XIV.
06:47Il est l'œuvre de Louis XIV.
07:20Vous voudriez visiter?
07:23Pourquoi pas?
07:25Le col de guerre est un lieu bien austère, mais après tout, c'est un des plus beaux monuments de
07:30Paris.
07:31Qui l'a construit?
07:32Le divin Gabriel, en l'an de grâce 1752, il y a plus de 200 ans.
07:38Voyez-vous, Jacques-Ange Gabriel était le descendant d'une illustre lignée d'architectes royaux.
07:45Jacques Ier Gabriel avait construit sous la renaissance l'hôtel de ville de Rouen.
07:50Jacques II était l'auteur à Paris du Pont-Royal.
07:56Jacques III, élève de Mansart, avait dessiné sous Louis XIV Nantes, Bordeaux, Rennes et Dijon.
08:03Son fils Jacques IV, notre Jacques-Ange Gabriel, devint très jeune architecte du roi.
08:08On lui doit entre autres Trianon et la place de la Concorde.
08:12Mais voici son chef-d'oeuvre.
08:14On dirait un temple grec ou un palais florentin.
08:17C'est vrai.
08:18On ne dirait pas une école militaire.
08:21Cette façade n'a pas l'austérité splendide de l'hôtel des Invalides, mais elle en a gardé avec plus
08:28de grâce les nobles proportions.
08:31Mais vous avez raison.
08:33Cela n'évoque en rien une caserne.
08:36Sous Louis XV, voyez-vous, on concevait la guerre comme un des beaux-arts.
08:42Une école de guerre était une sorte d'académie.
08:47Eh oui, d'académie.
08:49Regardez les portiques, les colonnes corinthiennes, les frontons.
08:54Et Louis XV ?
08:55Ah, le bien-aimé.
08:57Oui.
08:58Il est là dans sa gloire.
09:00Il est ici chez lui.
09:06Il y avait du reste ici même, au milieu de la cour, sa statue en marbre.
09:10Mais la révolution a brisé tout cela.
09:13On est Louis XIV pour un roi aimable qui n'aimait pas la guerre.
09:16C'est la guerre qu'il n'aimait pas.
09:18Mais son siècle fut terriblement guerrier.
09:21Autant que celui de Louis XIV.
09:23Vous me faites entrer ?
09:43Eh oui, la guerre nourrissait la guerre.
09:47On allait de défaite en victoire interminablement.
09:50Et tout cela coûtait cher.
09:52On prenait des pays pour se payer des soldats.
09:54Mais, si la guerre rapportait, l'école de guerre était en somme un bon placement.
10:00La guerre rapportait peut-être à la Prusse, mais rarement à la France.
10:05Vous voyez ?
10:07Guerre en Amérique, le Canada est perdu.
10:11Guerre aux Indes, les Indes aussi sont perdues.
10:15Enfin, il est vrai qu'en Europe, on a eu quand même quelques victoires.
10:17Ne serait-ce que Fontenois et Lofeld.
10:21Et tant de batailles en pure perte.
10:24Petit ingrate, nous y avons quand même gagné la Lorraine.
10:27Il est vrai, c'est en guerre.
10:30Venez, l'on va voir la bibliothèque maintenant.
10:36Je comprends tout maintenant.
10:38Louis XV, vous voulez une armée, t'avance.
10:39Eh oui.
10:40Fini la guerre en dentelle.
10:42Les beaux colonels à perruques.
10:44Les feux de fil de Frédéric ne pardonnent pas.
10:47Ici, dans cette école, on pense tactique et stratégie.
10:50On réforme l'ordonnance des régiments.
10:53La guerre n'est plus un art.
10:55C'est une science.
10:56On enseigne maintenant comme les mathématiques ou la physique.
10:59Nous sommes, ma chère Corinne, au siècle des Lumières.
11:02Mais pourtant, les ors, les moulures, les dorures.
11:06On n'y voit pas seulement ici les professeurs et les élèves.
11:08On y voit les marquises.
11:09Vous ne voyez pas si bien, Diane.
11:14Regardez.
11:15Approchez, mon petit Gabriel.
11:18Approchez.
11:21Le pauvre Gabriel présentablement s'est respect à Madame la Marquise.
11:27Eh bien, Jacques le Quatrième.
11:29Il est temps de se mettre à l'ouvrage.
11:31Que dois-je comprendre, Madame?
11:34Que votre projet a plu.
11:37Il est du dernier bon goût.
11:38Pour me combler, Madame.
11:41Mais il est trop modeste.
11:43Il faut voir plus grand.
11:45Agrandir ses ailes.
11:46Donner à la cour d'entrée de plus vastes proportions.
11:49Je veux que le bien-aimé puisse passer des revues
11:52qui éclipsent celles de Frédéric.
11:54Votre projet est élégant, harmonieux, mais voyez plus grand.
11:57Je veux que Paris oublie l'hôtel de Mansart.
11:59Qu'il n'est Dieu que pour l'académie de Gabriel.
12:01Il est aisé, Madame, de donner plus d'importance à la cour.
12:04Aux ailes.
12:07Mais l'espace.
12:10Paris n'est pas Berlin et le terrain y est cher et rare.
12:14Allons donc.
12:15Vous aurez toute la plaine de Grenelle.
12:17Mais il y a des fermes, des hameaux.
12:20Les terres sont cultivées.
12:21La belle affaire vous raserez tout cela.
12:24Nous allons construire, permettez-moi de leur douter, Madame,
12:28un palais dans un désert.
12:30N'est-ce pas l'idéal pour une école de guerre ?
12:33Oh, j'ai hâte, mon petit Gabriel,
12:35de voir caracoler les cavaliers du roi dans cette belle plaine
12:37qui descend en pente douce jusqu'à la Seine.
12:40Car vous allez tout aménager.
12:43Il faut tracer un vaste champ de manœuvre.
12:45Nous l'appellerons le champ de Mars.
12:47Quelle heureuse idée.
12:50Et tout cet ensemble a quelques pas des Invalides,
12:53à l'intérieur de l'enceinte.
12:55Quelle gloire pour Louis XV.
12:57Je vois l'inauguration.
12:59Le roi à cheval, les régiments alignés.
13:01Mais ne craignez-vous pas, Madame,
13:03que ce projet ainsi remanié ne soit fort coûteux ?
13:10Ne craignez rien, Gabriel.
13:12Voici Paris du Vernet qui vient à point pour nous rassurer.
13:15Madame la marquise.
13:16Très bien, monsieur, tout est-il prêt ?
13:18Les actes sont en règle.
13:19Les bons abbés de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain
13:21ont bien voulu consentir à l'abandon de leur terre.
13:23C'est pratiquement chose faite.
13:25Elles sont à nous.
13:26La ferme de Grenelle rentre dans le domaine royal.
13:29Mais si Madame la marquise veut bien me permettre une remarque,
13:32la construction représente un trop lourd budget.
13:35Madame la marquise me disait justement
13:38qu'il conviendrait d'accroître nos moyens
13:40pour faire encore plus grand.
13:42Mon Dieu, Madame, vous savez combien j'approuve
13:44et j'aide de toutes mes forces à ce projet.
13:46Il est un peu le vôtre.
13:47Je m'honore, Madame, de la confiance que vous deignez m'accorder.
13:50Et je suis heureux d'avoir pu contribuer
13:52à convaincre Sa Majesté de l'opportunité de cette construction.
13:56Mais de grâce, Madame,
13:58nos cadets gentils hommes sont pauvres.
14:00Ne leur donnons pas des idées de luxe.
14:03500 jeunes gens venus de leur province
14:04n'ont eu le besoin de dorures et de colonnades.
14:06Ils doivent s'accoutumer à la rude vie des camps.
14:09Il n'est pas question de former des officiers en dentelle.
14:11Mais la gloire du roi exige autre chose qu'un casernement.
14:16Je vous en prie, Gabrielle, revoyez votre projet.
14:20Et puisque M. Paris du Vernet craint de ne pouvoir y faire face,
14:24je financerai moi-même le début des travaux.
14:27Allez, monsieur, faites venir la pierre, les bois, les fines ardoides.
14:32J'emploierai en entier mon budget de cette année
14:34pour payer les quinzaines des journaliers.
14:39Nous vous rendons grâce, Madame, de l'intérêt que vous prenez à cette affaire.
14:43Mais il est de mon devoir de vous signaler
14:45que le marquis d'Argenson s'emploie à fléchir le roi,
14:48à le faire renoncer à ce projet.
14:50Le marquis n'est-il pas ministre de la guerre ?
14:52Certes.
14:53Un ministre de la guerre refuse de construire une école de guerre ?
14:56C'est trop drôle.
14:58M. d'Argenson a fait observer à sa majesté
15:00qu'il serait plus économique de construire dans la plaine des Sablons,
15:03qui est en friche,
15:05plutôt qu'à Grenelle, où les maraîchers sont florissants.
15:08Je serais touchée, monsieur,
15:10de la sollicitude du marquis pour les jardins potagers
15:13si je ne connaissais les raisons secrètes de son attitude.
15:17Soyez sûr que nous construirons à Grenelle,
15:19et non en Sablons.
15:23Sa majesté le roi !
15:26Approuvez le projet !
15:28Approuvez, petite bien-aimée,
15:30puisque vous le voulez absolument,
15:32il en sera fait selon votre désir.
15:34Sire.
15:52Et tout fut fait selon les désirs de la Pompadour.
15:55La Maintenon avait créé Saint-Cyr,
15:57et la Pompadour construisait avec passion l'école militaire,
16:00et faisait tracer le champ de Mars.
16:06Le roi dut y mettre largement du sien.
16:10La cassette de la favorite ne suffisait pas aux quinzaines des journaliers.
16:19Il fallut créer des ressources spéciales.
16:21Les bénéfices de l'abbaye de Saint-Jean-de-Land.
16:24Mais c'était encore trop peu, Gabriel avait vu grand.
16:27En 1756, quatre ans après,
16:29les grands bâtiments ne sont pas encore sortis de terre.
16:32Il faut faire venir tous les matériaux de fort loin.
16:34Un port spécial, avec des entrepôts,
16:37est installé en aval de l'île aux signes.
16:39Les péniches apportent tout.
16:41La pierre, les bois, les ferrailles,
16:45l'ardoise et la thue.
16:51Le roi s'emporte.
16:53Le projet Tardetraud.
16:54Il veut à toute force loger 200 élèves,
16:57fiers et pauvres,
16:58tous gentils hommes à quatre quartiers de noblesse,
17:00dont il a besoin pour faire la guerre.
17:02On aménage à la hâte les communs.
17:04Les jeunes gens essuient les plates
17:05et dorment sur un gigantesque chantier.
17:0780 pionniers perdus dans des montagnes de terre,
17:10de pierre,
17:11dans une armée de travailleurs.
17:16Toujours pas d'argent.
17:18Paris du Vernet se prête à une aventure.
17:20Il lance une loterie à l'italienne
17:21et c'est Casanova,
17:22le grand Casanova,
17:23qui place les billets
17:24et ouvre les bureaux de vente.
17:26On se les arrache.
17:28Les murs sortent de terre.
17:30On en est aux fenêtres.
17:32Rô des fenêtres.
17:33Quand Louis XV, en 1769,
17:35soit plus de 18 ans après,
17:36vient poser la première pierre de la chapelle.
17:39Il faut se hâter.
17:41Tous ceux qui ont participé à la création
17:42sont vieux ou ne sont plus.
17:44La Pompadour est morte.
17:45Le financier Paris du Vernet a 85 ans,
17:48vit en chaise à porteur.
17:50Gabriel et ses tailleurs de pierre sont présents.
17:57Les gardes suisses et les gardes françaises
17:59rendent les honneurs.
18:01Le roi passe en revue
18:02les troupes commandées par le duc de Choiseul
18:04et le maréchal de Biron.
18:081772.
18:09On enlève enfin les échafaudages.
18:12Gabriel décide de faire l'entrée de l'école
18:14côté place Fontenoy.
18:15Il faut encore deux ans de travaux.
18:17Les finances sont taboues.
18:18Que fait ?
18:20Le roi frappe un grand coup.
18:23Il crée un impôt sur les cartes à jouer.
18:26Gabriel ne peut certes réaliser l'immense projet
18:29qu'il avait présenté à la Pompadour.
18:31Mais en 1774,
18:33l'ensemble est achevé.
18:3423 ans de travaux.
18:37De nouveau, le roi inaugure.
18:39Paris du Vernet est mort.
18:41Choiseul est en disgrâce.
18:42Il était temps.
18:43Louis XV devait mourir cette année-là.
18:46Décidément, l'école militaire
18:48avait été la plus longue affaire
18:49de construction de son règne.
18:51Elle avait également occupé
18:52l'essentiel de la vie de Gabriel.
18:55Mais à quoi servit finalement cette école ?
18:58Disons qu'elle eut une certaine utilité.
19:01Louis XV y avait fait entrer des enfants
19:02de 10-11 ans
19:03dont on assurait entièrement l'éducation.
19:08À 18 et 20 ans,
19:09il partait dans l'armée comme officier
19:11avec une pension de 200 livres.
19:13Mais Louis XVI,
19:14deux ans après la création,
19:15ferma l'école.
19:16Son ministre de la guerre,
19:18le comte de Saint-Germain,
19:19la trouvait trop coûteuse.
19:21Il en fit une caserne
19:22pour les gardes du corps.
19:24Les élèves furent envoyés
19:26dans des collèges de province.
19:28Le même Saint-Germain,
19:30en 1777,
19:31rétablissait l'école militaire
19:32sous le nom d'école
19:33des cadets gentils hommes.
19:35Elle devait accueillir
19:35comme stagiaire
19:36les meilleurs élèves
19:37des collèges de province.
19:41C'est ainsi qu'elle reçut
19:42le 22 octobre 1784
19:44cinq jeunes gens
19:45du collège de Brienne
19:47accompagnés par leur principal,
19:49l'abbé Berton.
19:52L'un d'eux avait 15 ans.
19:56Les études,
19:57alors prodiguées à l'école,
19:59étaient des plus sérieuses,
20:00surtout pour les artilleurs.
20:01La place
20:03et monge enseignait
20:05les mathématiques.
20:07On apprenait l'usage
20:08du tout nouveau matériel
20:09gribeauval
20:10qui devait révolutionner
20:11l'art de la guerre.
20:14Bonaparte reçut ici
20:15une formation irremplaçable.
20:16Au reste,
20:17tous les grands noms
20:18des hommes de guerre sont là.
20:26Alors ?
20:27et les autres
21:06Vous êtes au champ de Mars ?
21:07Merci, je ne l'ignore pas.
21:10Je suis sûr que vous ignorez beaucoup de choses sur le champ de Mars.
21:12En fait, je ne l'en doute pas.
21:14Savez-vous comment s'appelait l'homme qui l'a tracé ?
21:16Gabriel.
21:16Ah non, pas du tout, non.
21:18Non, Gabriel en avait eu l'idée, oui.
21:20Le véritable créateur s'appelait le chevalier des fossés.
21:23Le bien-nommé ?
21:24Oui, il avait entouré le champ de Mars de grilles, de fossés, de buissons d'épines sèches.
21:29Ah, ce n'était pas comme aujourd'hui, un terrain de promenable.
21:31Un square pour enfants, non ?
21:34Un véritable terrain de manœuvre interdit au badaud.
21:38Les travaux commençaient en 1765.
21:41Il fallait remuer 14 000 toises cubes de terre.
21:44Une gigantesque esplanade allait ainsi de l'école à la Seine, car on avait comblé l'île aux signes.
21:4910 000 hommes pouvaient y manœuvrer à l'aide.
21:51Grâce au champ de Mars, l'armée du roi était constamment présente dans Paris.
21:54Oui, mais la Révolution ?
21:56La Révolution détruisit ses grilles comme celle des Tuileries, comme celle de Versailles.
22:01C'est en 1789 que le sanctuaire militaire fut violé.
22:04Le peuple parisien envahit les pelouses.
22:07L'école militaire fut fermée, transformée en entrepôt à grains.
22:15Prenez une glace ?
22:16Ah oui.
22:22Savez-vous que le champ de Mars dans l'histoire de la Révolution est aussi important que la Bastille ou
22:26les Tuileries ?
22:26Ah oui, je sais, c'est à la fête de la Fédération.
22:28Bonjour Monsieur, je voudrais chocolat, café, s'il vous plaît.
22:33Ou citron, citron, tiens plutôt.
22:36Non, non, non, permettez-moi.
22:39Merci, Jacques.
22:44Tenez, ce marchand de glace, c'est un petit métier de Paris.
22:48C'est à l'occasion de la fête de la Fédération que les petits métiers envahirent la plaine de Grenelle.
22:51Oui.
22:52Il y avait partout des buvets de volants, des cabarets de fortune, des marchands de cocardes et de souvenirs divers.
22:58Une véritable kermesse sur les lieux du travail.
23:00Le travail ? Quel travail ?
23:02Tenez, regardez.
23:05Vous reconnaissez les lieux ?
23:07Non, bien sûr.
23:09En quelques jours, le peuple de Paris avait transformé le champ de manœuvre en stade géant.
23:14Ceci se réconforte au cabaret.
23:20Tiens, Germain, t'es plus aux ateliers de la charité ?
23:23Ah, tu t'es assez moqué de moi, citoyenne, quand je gagnais mes 40 sous par jour.
23:27Non, maintenant je suis à mon compte.
23:29Ah, faut bien donner à boire aux citoyens fausses soyeurs, non ?
23:32Comment te pardonner à boire aux citoyennes, Fénéant ?
23:34On verra, on verra.
23:37On n'avait pas assez vite.
23:39Ils nous ont renvoyé, mis à pied quasiment.
23:42Élevé les talus pour 300 000 spectateurs comme ça en 8 jours ?
23:45Bon, on n'est pas au galère, non ?
23:46Fini ce temps-là !
23:47Tu n'as jamais été patriote.
23:49Ah, que si !
23:50Tiens, regarde mon rapo.
23:54Seulement, je dois te dire une chose, Fernande.
23:56On est le 5 juillet, pas vrai ?
23:57Et alors ?
23:58Ils veulent que touche après le 14.
24:00Non, mais des fois, un arc de triomphe sur la scène.
24:02Une demi-lieue de talus.
24:03Et puis, ce n'est pas tout.
24:05Il y a leur fameux hôtel de la patrie.
24:07Germain.
24:07Oh, il n'y a pas de Germain.
24:09Tu sais combien ils le veulent, leur hôtel ?
24:11À 7 mètres.
24:12Oh là, un verre !
24:14Où tu es, Monseigneur ?
24:15Oh, pas de Monseigneur.
24:16Tu as devant toi un homme fondu, brisé.
24:19Oh, c'est pas arrivé.
24:22Allez, on calera chez Zoyer.
24:24Et on entre pour le Parisien, ça le remettra.
24:26C'est celui que le Parisien pour faire la révolution.
24:29Qu'insinuez-vous, Monseigneur ?
24:30Est-ce que nous n'avons pas pris la veste ?
24:34C'est plus facile que de creuser dans le champ de Mars, hein ?
24:37Pas vrai, citoyenne ?
24:39Poursire !
24:39Que voulez-vous ? Ce n'est pas mon métier.
24:41Qu'est-ce que tu fais dans le civil ?
24:43Des perruques.
24:45Et dis-donc, Germain.
24:46T'as pas besoin d'un coup de main ?
24:47Moi, à la brioche, j'ai tenu un cabaret.
24:49Ah, si tu veux, mon gars.
24:51À 40 sous par jour.
24:54Bandit.
24:55Alors, tu vois, l'Auvergne, Toulouse, la Suisse.
24:57Voilà ceux qui creusent et ceux qui travaillent.
24:59Pas tes perruquiers, là, et tes notaires.
25:01On vous connaît, vous.
25:02Vous êtes au banco pour faire des discours.
25:04Ah oui ?
25:04Mais alors sans nous, c'est Capet qui vous ferait la loi.
25:06Si, arrête-le !
25:08Il est sulte en fédérée.
25:09Moi, citoyen, je n'arrête plus personne.
25:11Je suis là pour creuser, pas pour arrêter.
25:14Ah, si c'est pas malheureux.
25:16Sur mon chantier, il y a tout Paris.
25:18Tout Paris, que je vous dis.
25:19Les perruquiers, comme lui.
25:21Les bourgeois.
25:21Les compagnons de Saint-Antoine.
25:23Les imprimeurs du Marais.
25:24Les forts des Halles.
25:24Ça, c'est vrai.
25:25Tout le monde, que je vous dis.
25:26Les porteurs d'eau.
25:27Joanne-Martin.
25:28J'ai même vu des curés et des aristos.
25:31La lanterne !
25:32Tiens, tu t'es mis au courant ?
25:33Ah, ben, c'est fini, la lanterne.
25:35Saco d'eau, ça suffit.
25:37J'ai même vu des jardiniers.
25:39Pourtant, avec la Révolution,
25:40ils n'aiment plus guère travailler la terre.
25:42La fleur à la pelle.
25:44Croyez-moi, si vous voulez.
25:46J'ai même vu des invalides atteler à un tombeau.
25:50T'as fini de nous bourrer le crâne.
25:51J'ai dit croyez-moi, si vous voulez.
25:53Les gardes nationaux, les vainqueurs de la Bastille.
25:55En portant les hommes, pas beaucoup de canons.
25:57Profanateurs.
25:58Et les Suisses, musique en tête.
26:01Tu te vois, lui ?
26:02Ouais, ouais, ouais.
26:04Tiens, tu connais Lafayette ?
26:06Ça me dit quelque chose ?
26:07Le général Lafayette, oui.
26:08Et le général ?
26:09Alors ça, on en reparlera, citoyens.
26:11Parce que moi, Lafayette, je l'ai vue comme je te vois.
26:14Avec ses aides de camp.
26:15Et ben, il a mis balabi et pris la pelle.
26:17Pendant combien de temps ?
26:18Au moins deux heures.
26:19Et les députés qui viennent ?
26:21Faire des discours.
26:22Et les maires, écharpent son toit avec toute leur municipalité.
26:25C'est pas bon pour la brouette.
26:27Tête de pioche.
26:28Tu sais qui j'ai vu, moi, derrière une brouette ?
26:30Un évêque.
26:32Une femme du monde.
26:34En robe de nankin.
26:35Ah, ah, ah, le nankin.
26:37Parfaitement.
26:38Et ces deux-là qui osent me dire que c'est pas des parisiens ?
26:42Ou tu devrais...
26:43Allons, citoyens, un peu de cœur à l'ouvrage.
26:46Vive la nation, que diable !
26:47Le 14, on sera tous des frères.
26:50Allez, chantez avec moi.
26:51Celle-là, l'Auvernien, tu la connais pas encore.
27:05Madame Déal avait raison.
27:07Tout était prêt le 14 juillet 1790.
27:11Tout était fini pour la fête.
27:16Le peuple parisien avait fait un miracle.
27:19La France entière était convoquée pour l'anniversaire de la prise de la Bastille.
27:22Il s'agissait de rendre vivante, par une manifestation géante, la nouvelle unité nationale.
27:28Des délégués de toutes les communes, les fédérés, étaient arrivés à Paris.
27:33Ils logeaient chez l'habitant, chez des parents ou amis, chez des inconnus.
27:37Les parisiens avaient eu à cœur de bien les recevoir.
27:41Le 13 juillet, la commune de Paris leur avait offert 83 bannières de toutes les couleurs représentant leur département.
27:49Le 14 point du jour, les fédérés sessionnaient, dit Héron de Villefosse, de la porte Saint-Martin à la Bastille.
27:57À 7 heures du matin, ils s'ébranlèrent par la rue Saint-Denis, la rue de la Ferronnerie et la
28:04rue Saint-Honoré, derrière la garde nationale à cheval.
28:08Ils étaient précédés de musique militaire, de porteurs d'oriflames et suivis d'enfants et de vétérans.
28:17160 000 spectateurs les attendaient au Champ de Mars.
28:19C'était une gigantesque manifestation.
28:22Paris n'en avait jamais connu de pareil.
28:25Un témoin tessière raconte la cérémonie.
28:28Tout le cortège étant entré au Champ de Mars, chaque fédéré va rejoindre sa bannière.
28:33L'évêque d'Autin, Talleyrand, se prépare à célébrer la messe sur l'hôtel dressé au milieu du Champ de
28:37Mars.
28:47300 prêtres vêtus d'aube, coupés de larges ceintures tricolores, se rangent aux quatre coins de l'hôtel.
28:53L'évêque bénit les 83 bannières.
28:55Il entonne le Tédéum.
28:581200 musiciens exécutent ce cantique.
29:18La fayette, à la tête de son état-major, monte à l'hôtel et jure, au nom des troupes et
29:24des fédérés, d'être fidèles à la nation, à la loi, au roi.
29:27Une salve de 40 pièces de canon annonce à la France ce serment solennel.
29:31Les 1200 musiciens font redentir l'air de chant militaire, les drapeaux, les bannières s'agitent, les sabres tirés, étincelles.
29:38Le président de l'Assemblée nationale prête le même serment.
29:42Le peuple et les députés y répondent par le cri, je le jure.
29:48Alors le roi se lève et prononce.
29:50Moi, roi des Français, je jure d'employer le pouvoir qui m'est délégué à maintenir la constitution décrétée par
29:57l'Assemblée nationale et acceptée par moi.
30:02Ce mouvement inattendu est accueilli par mille cris de « Vive le roi, vive la reine, vive Monsieur le Dauphin
30:06! »
30:07Et tous les fédérés se précipitèrent devant l'hôtel de la patrie pour embrasser la Fayette.
30:12Cette belle manifestation n'est pas de lendemain ?
30:15Hélas, non.
30:17Un an plus tard, le 17 juillet 1791 exactement, tout avait changé.
30:24Le roi et la reine que vous avez vu prêter serment avaient tenté de s'enfuir à l'étranger.
30:30On les avait arrêtés à Varennes et ramenés de force à Paris.
30:33La foule parisienne déchaînée s'était portée au champ de Mars avec une pétition demandant la déchéance du roi.
30:37Ici même, sur l'hôtel de la patrie, sur le lieu du serment.
30:43Bailly était maire de Paris.
30:45La Fayette commandait toujours la garde nationale.
30:47Il posta ses troupes autour de l'hôtel et fit tirer sur la foule.
30:5250 morts.
30:54Et que devint la Fayette ébaillie ?
30:56La Fayette, lui, s'est très bien tiré d'affaires.
30:59Il a pris le commandement d'une armée du Nord pendant la guerre de 1792.
31:02Puis, se sentant menacé à Paris, il est passé à l'ennemi.
31:06Il vécut à l'étranger jusqu'en 1815 et fut de nouveau à la tête d'une autre révolution, celle
31:10de 1830, qui mit au pouvoir Louis-Philippe.
31:14Quant au pauvre Bailly, c'est une autre affaire.
31:17Il fut massacré ici, au champ de Mars.
31:19La foule était assemblée, la guillotine était prête.
31:22On l'accusait d'avoir lutté contre la révolution.
31:25L'instrument du supplice était dressé sur l'emplacement de l'hôtel.
31:28Mais un sans-culottes protesta.
31:30Le sang d'un traître ne devait pas soulier le champ de Mars.
31:33On démonta la guillotine pour la transporter dans un fossé, ici même, au coin de l'avenue Labourdonna et du
31:38Quai.
31:39Ici mourut le maire de Paris, en novembre 1793.
31:42Novembre 1793, la révolution devenait terroriste.
31:45Elle était robespierriste.
31:49C'est encore au champ de Mars que Robespierre, le 8 juin 1794, donna la fête de l'être suprême
31:55et de la déesse raison.
31:58Juin 94, avez-vous dit. Robespierre n'en avait plus pour très longtemps.
32:09Que se passe-t-il ?
32:11Rien de très grave.
32:13Nous sommes déjà en août 1794.
32:16La poudrière de Grenelle vient de sauter.
32:19Robespierre est mort deux jours avant.
32:20Guillotine.
32:21Une poudrière au champ de Mars ?
32:23Oui. Elle était installée là, dans l'ancien château de Grenelle, à côté de l'école.
32:29Toutes les vitres du quartier furent brisées, jusqu'au Luxembourg.
32:33On a même ramassé des débris dans la chaussée d'Antin.
32:37Le quartier du Gros Cailloux était très touché.
32:39Les maisons de Grenelle effondraient.
32:40Et son attentat ?
32:41Vous savez, on n'en sait trop rien.
32:43On n'a bien sûr aucune trace, aucune preuve.
32:46Tous les partis s'en rendent irresponsables les uns les autres.
32:50Vous alliez manquer la distribution des aigles par Napoléon.
32:53Eh oui, cela se fit au champ de Mars le 10 novembre 1804.
32:59Napoléon aimait le champ de Mars et ses officiers aussi,
33:01qui cherchaient volontiers à se loger dans le quartier quand il n'était pas en guerre.
33:05Avec l'Empereur, tout le quartier de Grenelle avait retrouvé sa vocation.
33:08Mars.
33:10Regardez la belle fontaine de la rue Saint-Dominique.
33:13On l'appelle justement Fontaine de Mars.
33:15Elle fut construite par Beauvalet, aux belles heures de l'Empire, en 1809.
33:21Elle était jadis entourée de peupliers.
33:24Qui est-ce ?
33:25Igi, la déesse de la santé.
33:28Elle soigne Mars blessée.
33:31Il est touchant et significatif que Napoléon, au retour de l'île d'Elbe,
33:34ait ordonné une dernière cérémonie dans ces lieux qui sont à la fois
33:37la gloire de l'armée et le souvenir des grandes journées populaires.
33:41Le 2 avril 1815, à quelques semaines de Waterloo,
33:44il présidait un banquet donné par la garde impériale, sa vieille cohorte,
33:48à la garde nationale de Paris, formée de soldats volontaires.
33:56Il est là, pas si vite, pas si vite, nous ne sommes pas à Longchamp.
33:59Excusez-moi.
34:12Tiens, voilà.
34:13Oui, je suis grand-père, mais voilà mon petit-fils.
34:16Dis donc, à propos de course à Longchamp,
34:19savez-vous que le champ de Mars a été longtemps, le champ de course de Paris ?
34:23Ah oui ? Oh, bien longtemps avant Longchamp.
34:30Oui, et cela fut organisé sous la Révolution.
34:33Est-ce possible ?
34:34Vous n'imagineriez pas qu'il cautionnait après Termidor, longtemps après,
34:38ses courses de chevaux.
34:39La baie d'Autun.
34:40Oui, celui que vous avez vu tout à l'heure dire la messe au champ de Mars.
34:43Il a fait du chemin depuis.
34:45Il est devenu ministre des Affaires extérieures, comme on dit.
34:48M. de Talran-Périgord, serviteur successivement de la République,
34:53du consulat, de l'Empire et de la monarchie restaurée grâce à ses soins.
34:58Je suis surpris, messieurs, de tant d'intransigeance.
35:02Persécuter ses cavaliers citoyens.
35:04J'aime les courses.
35:06Le cheval, je ne vois pas la moindre raison de les interdire.
35:10Monseigneur, ne me surprend pas, les courses sont un parfum d'ancien régime.
35:13Et quand cela serait ?
35:16Il est vrai, messieurs, la reine Marie-Antoinette faisait courir.
35:19Mais il y avait dans la monarchie, je vous prie de le croire,
35:22des jeux d'excellents goûts qui plaisaient fort aux Français.
35:24Vous m'étonnez, les courses ne sont pas populaires ?
35:26Pas populaires ?
35:28Parbleu, monsieur de la police, j'aime à vous l'entendre dire.
35:30Mais j'ai grand peur que vous ne soyez mauvais prophète.
35:33Tout cela est immoral.
35:34Immoral, vraiment.
35:38Alors, les peintres qui peignent les courses depuis l'Antiquité
35:43peignent la débauche.
35:45David est immoral.
35:47Géricault est immoral.
35:50Le cheval, c'est l'effort dominé.
35:54C'est l'effort à l'antique.
35:57Rome, Olympie.
35:58Disons le mot, monsieur le ministre de l'instruction publique,
36:01c'est tout ce que votre révolution devrait être.
36:04Il me plaît, monseigneur,
36:05de pouvoir nous parler de la révolution.
36:08S'il fait, monsieur, s'il fait.
36:09Et point de monseigneur, s'il vous plaît.
36:11Ce n'est plus de mise.
36:14Connaissez-vous, heureux homme,
36:17l'ouvrage Immortel, publié en 1791, j'insiste,
36:21de ce merveilleux cavalier citoyen
36:24qu'est monsieur Esprit Paul de Lafon-Poulotti ?
36:28Non.
36:30Vous n'ignorez point qu'il est sans doute
36:32l'un des meilleurs cavaliers du siècle.
36:34Et honnête homme de surcroît.
36:36Savez-vous ce qu'il écrit ?
36:38Un mémoire sur les courses de chevaux et de chars en France
36:44envisagé du point de vue de l'utilité publique.
36:49Entendez-vous bien, messieurs du gouvernement ?
36:52Il est d'utilité publique que les chevaux couvrent.
36:55Et notre cavalier ne saurait vous être suspect.
36:59Il donne Rousseau en référence,
37:00qui n'est point, à ma connaissance, un royaliste.
37:04J'admire, mon cher collègue, votre passion pour le cheval.
37:07Je soutiens cependant qu'il y a dans l'émulation de la course
37:09un désir de gagner à tout prix
37:11qui n'a rien à voir avec la démocratie.
37:14Fils et grands mots.
37:16Vous rappellerai, cher citoyen ministre,
37:18que vous êtes l'autorité de tutelle de ces courses de chevaux
37:21que vous appelez si joliment « jeux révolutionnaires ».
37:24Justement, il convient que ça change.
37:26Envisagez-vous de vous désaisir ?
37:27J'envisage de les supprimer.
37:29Ah, quelle autorité !
37:31Faites un édit, comme le feu roi.
37:33Battez tambours.
37:34La République n'aime pas les courses.
37:36Mais il est vrai que ces jeux sont un scandale.
37:38Les cavaliers ne sont attirés que par l'argent du prix.
37:40Ils usent tous les moyens.
37:41L'argent.
37:42Et la gloire n'est-ce rien ?
37:44Ils se battaient avec autant l'acharnement,
37:46de rage à Olympie,
37:47ou pour quelques branches de lauriers
37:48qui, entre nous, valaient plus cher que nos assignats.
37:51J'ai mes informations.
37:52Le mois dernier, le citoyen Villade-Carbonelle,
37:55montant le cheval normand Levener,
37:57a battu au poteau le citoyen Franconi,
38:00qui montait le cheval Limousin Azor.
38:02C'est un crime ?
38:02Le même Villade-Carbonelle, dimanche dernier,
38:04toujours au Champ de Mars.
38:05Et toujours monté sur Levener.
38:07A abattu son adversaire Jackson.
38:08Un Anglais.
38:09Toujours au poteau ?
38:10Mieux vaut tard que jamais.
38:11Jackson porte plainte.
38:12Il prétend que le cheval de son adversaire
38:13a subi des soins spéciaux,
38:15un traitement pharmaceutique
38:16qui lui donne une fougue inhabituelle.
38:17Le trucage.
38:18Des preuves ?
38:19Point.
38:19Mais un jugement.
38:20Il y a pire.
38:21On a vu des citoyens
38:22misser de grosses sommes sur les chevaux.
38:23Des paris sans contrôle.
38:25Des paris à front perdu.
38:26Il vous plaît de le dire.
38:29Ignorez-vous que l'on parie
38:30dans tous les pays du monde
38:31sur les chiens, les coques, les taureaux,
38:34et même dans nos foires sur les lapins.
38:37Pourquoi pas sur les chevaux ?
38:41C'est dégrader l'esprit national
38:42que de ravaler un intérêt mercantile
38:44les prix réservés aux vainqueurs.
38:46C'est la prestance, l'agilité des citoyens
38:48que le gouvernement a voulu honorer
38:50et récompenser.
38:51Tout dans ces jeux doit être sentiment,
38:53passion de la gloire.
38:54Vous faites un discours, monsieur le ministre.
38:56Ménagez votre élocance.
38:57Je vous lis les attendus du jugement de la cour
38:59qui a condamné Villade-Carbonel.
39:00L'arrêt du 2 Germinal.
39:02Nos magistrats n'entendent rien
39:03aux passions du champ de masse.
39:05Voyons, cher ami.
39:07Qu'avons-nous à redouter
39:08de cette folie populaire pour le cheval ?
39:10Regardez nos citoyens cavaliers.
39:12Ne sont-ils pas superbes
39:13et furieusement patriotes
39:14avec leurs ceintures tricolores,
39:16leurs toques ornées de cocardes
39:18aux couleurs nationales ?
39:21Ne soyez pas trop sévères, mes amis.
39:24Empêchez les pratiques scandaleuses,
39:26mais gardez les courses.
39:28Croyez-moi, dans notre République,
39:30le cheval est la plus belle conquête
39:31des citoyens ministres.
39:35Demandez pariteur, port complet,
39:38vingtaine dernière.
39:54Je ne voudrais pas vous imporfiner,
39:55ma petite Corinne,
39:56mais une question me brûle les lèvres
39:58depuis un long moment.
40:00Que venez-vous donc chercher
40:01au champ de masse ?
40:31Merci d'avoir regardé cette vidéo !
40:59Merci d'avoir regardé cette vidéo !
41:29Merci d'avoir regardé cette vidéo !
41:55Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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