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DB - 21-04-2026

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00:00:32...
00:01:22A son retour d'Egypte, bien que maître absolu, Octave se montra très prudent.
00:01:28L'exemple de César avait montré combien il était dangereux de se proclamer ouvertement roi ou dictateur.
00:01:34Cependant, pour le remercier, le Sénat lui accorda le titre divin d'Auguste.
00:01:41Auguste maintint les magistratures traditionnelles, mais il les cumula toutes.
00:01:46Il était consul, il devint grand professeur de la religion.
00:01:51Il avait l'impérium proconsulaire, il avait la puissance tribunicienne qu'il rendait inviolable
00:01:56et lui donnait le droit de convoquer le Sénat et les assemblées, de proposer les lois, d'opposer son veto
00:02:02à celles qui lui déplaisaient.
00:02:10En province commença le culte impérial.
00:02:13Les sacrifices à Rome et à Auguste
00:02:16ont de la même son nom à un mois qui est encore aujourd'hui, le mois d'Auguste, c'est
00:02:20-à-dire le mois d'août.
00:02:22La façade républicaine ne fut plus qu'un décor.
00:02:26Ce fut le grand apaisement, la volonté économique, les travaux d'urbanisme, les routes, les monuments qui s'élevèrent partout
00:02:35pour célébrer la puissance impériale.
00:02:40La porte du temple de Janus Quirinus, qui, comme l'ont voulu nos pères, ne se ferme que lorsque la
00:02:46paix règne sur toutes les terres et sur toutes les mers soumises à Rome,
00:02:51n'avait jamais été, au cours des siècles qui se sont écoulés depuis la fondation de Rome, fermée que deux
00:02:58fois.
00:02:59Sous mon principat, trois fois le Sénat a proclamé qu'il convenait de la chlore.
00:03:07Toutes les provinces qui touchaient à des nations non soumises encore à notre empire ont vu reculer par moi leurs
00:03:15limites.
00:03:16Les provinces de Gaule et d'Espagne, du côté où les baignent l'océan, ont été pacifiées de Gades jusqu
00:03:24'à l'embouchure de l'Elbe.
00:03:27J'ai ajouté à l'Empire les Alpes, de l'Adriatique jusqu'à la mer Tyrénienne.
00:03:36Sur mon ordre, une flotte, partant de l'embouchure du Rhin, a navigué vers l'Orient jusqu'au pays des
00:03:44Cimbres,
00:03:44où aucun Romain n'était encore parvenu, ni par terre, ni par mer.
00:03:49Sur mon ordre, et sous mes auspices, deux armées ont été conduites en Éthiopie et en Arabie, qu'on appelle
00:03:58heureux.
00:03:58J'ai ajouté l'Egypte à l'Empire du peuple romain.
00:04:04J'ai libéré la cité tout entière de la crainte et du danger.
00:04:09De cette ville de briques, j'ai fait une ville de marbre.
00:04:14J'ai occupé le rang de prince du Sénat.
00:04:19J'ai été augure et grand pontife.
00:04:23Après mon sixième et mon septième consulat, maître souverain et universel,
00:04:30j'ai exercé le pouvoir au nom du Sénat et du peuple romain.
00:04:36Pour ses services, le Sénat a le titre d'Auguste.
00:04:42Une couronne civique fut accrochée à ma porte.
00:04:47On plaça dans la caisse un bouclier d'or.
00:04:52Une inscription proclame qu'il me fut offert pour le peuple romain,
00:05:00pour ma vertu, pour ma clémence, pour ma justice et pour ma piété.
00:05:12Est-ce qu'à votre avis, Auguste était ce personnage,
00:05:15maître de lui comme de l'univers, en équilibre miraculeux,
00:05:18en fonction et en raison d'état que dépeint Corneille ?
00:05:22Mais je crois qu'on ferait une erreur de se figurer Auguste sous les couleurs,
00:05:30où Corneille nous le montre.
00:05:33Il est roi comme César.
00:05:34On ne le dit pas, mais il l'est.
00:05:37Car si vous allez à Dénénie,
00:05:40vous verrez des inscriptions.
00:05:42Elles sont en hiéroglyphe, c'est entendu.
00:05:44Vous ne les comprendrez pas, ni moi non plus.
00:05:46Mais il y a des traducteurs.
00:05:47Eh bien, il est représenté, avec le pchette des pharaons sur la tête,
00:05:53et il y a au-dessous de cette représentation qu'il pharaonise,
00:05:57une inscription qui achète,
00:05:59qui disait,
00:06:00roi de la haute et basse Égypte,
00:06:03porteur des diadèmes.
00:06:05Et j'ai expliqué,
00:06:08beaucoup plus que par le fait d'un coup d'État,
00:06:11le refus de passeport pour l'Égypte au sénateur,
00:06:17par le désir qu'il avait d'empêcher les sénateurs
00:06:20d'assister à ce scandale,
00:06:23leur empereur de Rome,
00:06:25roi en Égypte.
00:06:29D'autre part,
00:06:31il n'y a pas un empereur qui ait marqué,
00:06:34une sévérité plus grande,
00:06:37aux hommes de lettre qu'il ne partageait pas.
00:06:39Est-ce que ce goût de la dictature
00:06:42qu'avait profondément Auguste
00:06:44n'explique pas l'amitié
00:06:46que lui ont porté les régimes fascistes ?
00:06:49Je me suis persuadé,
00:06:50car,
00:06:51pour me rappeler
00:06:57un petit événement de ma vie personnelle,
00:07:01lorsque je suis arrivé à Rome
00:07:03comme directeur titulaire
00:07:05de l'école de Rome,
00:07:06que j'avais déjà dirigé,
00:07:10en 22-23,
00:07:11quand je suis arrivé à Rome en 37,
00:07:13le chargé d'affaires,
00:07:15M. Blondel,
00:07:16très gentiment m'a dit,
00:07:17« Mais vous savez,
00:07:17M. le directeur de Rome,
00:07:19il n'y a pas de règle
00:07:22que le directeur d'école de Rome
00:07:24aille se présenter
00:07:26au ministre des Affaires étrangères. »
00:07:28J'ai donc sollicité une audience
00:07:30du comte Chiano,
00:07:30je l'ai obtenue,
00:07:32et au bout de peu de temps,
00:07:33le comte Chiano m'a dit,
00:07:34« Mais vous savez,
00:07:35j'espère que vous allez voir mon beau-père,
00:07:37il n'est pas du tout de votre avis sur César. »
00:07:43Comme on m'a accusé d'être fasciste
00:07:45à cause de la production de ce César,
00:07:49toutes les qualités d'homme d'État de César,
00:07:54j'ai été un peu surpris,
00:07:55et à la réflexion,
00:07:56j'ai compris.
00:07:57« Le véritable totalitaire des deux,
00:08:01ce n'est pas César,
00:08:02c'est Auguste. »
00:08:04Et c'est en tant que totalitaire,
00:08:06qu'en réalité Mussolini l'admirait,
00:08:09que,
00:08:11si le destin l'avait permis,
00:08:13il se serait fait enterrer
00:08:14dans le mausolée d'Auguste,
00:08:19à dessein,
00:08:22fouillé et restauré,
00:08:24pendant que j'étais directeur,
00:08:25entre 37 et 40.
00:08:54Sous-titrage MFP.
00:08:57...
00:08:58...
00:09:42Vous voyez donc qu'on peut ne pas admirer Auguste autant qu'Corneille et...
00:09:49...
00:09:50Pour nous autres français, la connaissance que nous avons, que nous croyons avoir d'Auguste, passe obligatoirement par Corneille.
00:09:57Par Sina, par Sina, par Sina, par Sina, qui nous a appris à décliner sur les bancs de l'école.
00:10:03Pierre-Émetouchard, pouvez-vous nous dire quelle était la perspective de Corneille et si elle est fondée ?
00:10:08Corneille nous a laissé un portrait d'Auguste qui fait de lui le type de l'empereur généreux, puissant et
00:10:15bon.
00:10:15Comme est dit aux suprêmes habiletés, en retrouvant lui, en tout cas, cette même domination de soi qui lui avait
00:10:23permis tout jeune de triompher de Marc-Antoine.
00:10:26Au cours d'un règne particulièrement long, Auguste eut à réduire de nombreux complots.
00:10:32L'un de ceux-ci parut d'autant plus odieux et pénible que l'animateur en était un jeune homme,
00:10:37Lucius Sina, auquel Auguste s'était particulièrement attaché et qu'il avait favorisé de ses bienfaits.
00:10:43Aussi, amer et courroussé, Auguste, dès qu'il apprend l'existence d'une conjuration, veut frapper fort et faire un
00:10:51exemple.
00:10:52Prends un siège, Lucius Sina. Prends. Et sur toute chose, observe la loi que je t'impose.
00:11:01Mais sa femme, Lévi-Diton, lui suggéra que ses adversaires seraient autrement déconcertés et désarmés si, au contraire, Auguste osait
00:11:11pardonner.
00:11:13Auguste eut la force de maîtriser sa colère et décida, sans dissimuler pour cela un certain mépris et à Sina,
00:11:22de lui jouer le jeu de l'affection et de la clémence.
00:11:26Tu veux m'assassiner demain au Capitole, mon fils.
00:11:31Et ta main pour signal me doit, au lieu d'encens, donner le coup fatal.
00:11:37La moitié de tes gens doit t'occuper la porte, l'autre moitié te suivre et te prêter main forte.
00:11:46Ai-je de bons avis ?
00:11:51De tous ces meurtriers te dirais-je les noms ?
00:11:54Procule, Glabrion, Virginian, Rutile, Marcel, Plaute, Lénas, Pomponne, Albin, Isile, Maxime.
00:12:03Qu'après toi, j'avais le plus aimé.
00:12:06Le reste ne vaut pas l'honneur d'être l'hommé.
00:12:09Pardonne perdu de dettes et de crimes.
00:12:12Que presse de mes lois les ordres légitimes.
00:12:15Et qui, désespérant de les plus éviter, si tu ne saurais subsister.
00:12:24Tu te taises à présent.
00:12:28Et gardes le silence.
00:12:31Plus par confusion que par obéissance.
00:12:37Quel était ton dessein ?
00:12:41Et que prétendais-tu après m'avoir au temple à tes pieds abattus ?
00:12:45À franchir ton pays d'un pouvoir monarchique ?
00:12:49Si j'ai bien entendu tantôt ta politique,
00:12:51son salut désormais dépend d'un souverain
00:12:53qui, pour tout conserver, tienne tout en sa main.
00:12:56Et si sa liberté te faisait entreprendre,
00:12:58tu ne m'eusses jamais empêchée de la rendre.
00:13:01Tu l'aurais acceptée au nom de tout l'État,
00:13:03sans vouloir l'acquérir par un assassinat.
00:13:07Quel était donc ton but ?
00:13:09D'y régner en ma place ?
00:13:13D'un étrange malheur, son destin le menace.
00:13:17Si pour monter au trône et lui donner la loi,
00:13:19tu ne trouves dans Rome autre obstacle que moi,
00:13:22si jusque à ce point son sort est déplorable,
00:13:24que tu sois après moi le plus considérable,
00:13:27et que ce grand fardeau de l'homme,
00:13:29l'après ma mort tombait mieux qu'en ta main.
00:13:34Apprends à te connaître,
00:13:36et descends en toi-même.
00:13:39On t'honore dans Rome, on te courtise, on t'aime.
00:13:44Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux.
00:13:47Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux.
00:13:51Mais tu ferais pitié, même à ceux qu'elle hérite,
00:13:56si je t'abandonnais à ton peu de mérite.
00:14:00Ose me démentir, dis-moi ce que tu vaux.
00:14:04Compte-moi tes vertus, tes glorieux travaux,
00:14:06les rares qualités par où tu m'as dû plaire,
00:14:08et les vulgaires.
00:14:13Ma faveur fait ta gloire,
00:14:16et ton pouvoir en vient.
00:14:19Ta mère t'élève et seule te soutient,
00:14:21c'est elle qu'on adore et non pas ta personne.
00:14:24Tu n'as crédit ni rang qu'autant qu'elle t'en donne.
00:14:29Pour te faire le choix,
00:14:31je n'aurai aujourd'hui qu'à retirer la main qui seule est ton appui.
00:14:39J'aimais mieux toutefois céder à ton âme.
00:14:47Règne, si tu le peux, au cours de ma vie.
00:14:52Mais oses-tu penser que les servillants,
00:14:55les Cosses, les Mételles, les Paul, les Fabians,
00:14:58et tant d'autres,
00:14:59de qui les grands courages,
00:15:01des héros de leur sang,
00:15:03sont les vives images,
00:15:05quitte le noble orgueil d'un sang si généreux,
00:15:08jusqu'à pouvoir souffrir, que tu règnes sur eux.
00:15:14Parle.
00:15:17Parle.
00:15:19Il est temps.
00:15:21Je demeure stupide.
00:15:24Non que votre colère,
00:15:26ou la mort m'intimide.
00:15:30Je vois qu'on m'a trahi.
00:15:33Vous m'y voyez rêver.
00:15:36Et j'en cherche l'auteur,
00:15:39sans le pouvoir trouver.
00:15:43Mais c'est trop y tenir toute l'âme occupée.
00:15:46Seigneur, je suis Romain,
00:15:48et du son de Pompée,
00:15:49le père et les deux fils, lâchement égorgés,
00:15:52par la mort de César,
00:15:53étaient trop vengés.
00:15:56T'es là d'un beau dessin,
00:15:58l'illusion.
00:16:01Et puisqu'à vos rigueurs,
00:16:03la trahison m'expose,
00:16:05n'attendez pas de moi d'un fin me repentir,
00:16:08d'inutile,
00:16:10ni de honteux soupirs.
00:16:13Le sort vous est propice
00:16:15autant qu'il m'est contraire.
00:16:17Je sais ce que j'ai fait,
00:16:19et ce qu'il vous faut faire.
00:16:23Vous devez un exemple à la postérité,
00:16:26et montrez pas
00:16:30à votre sûreté.
00:16:33Tu me braves, Sina.
00:16:37Tu fais le magnanime.
00:16:40Et loin de t'excuser,
00:16:42tu couronnes ton crime.
00:16:47Voyons si ta constance
00:16:49est au bout.
00:16:52Tu sais ce qui t'est dû.
00:16:55Tu vois que je sais tout.
00:17:02Fais ton arrêt toi-même
00:17:06et choisis tes supplices.
00:17:09Pour rallier hésitants ou opposants,
00:17:12Auguste se servit des écrivains qu'il protégeait.
00:17:15Tel Louis XIV plus tard,
00:17:17il inspira une véritable littérature de propagande.
00:17:21Titlive écrivait une histoire romaine des origines à Auguste,
00:17:25une histoire que nous dirions aujourd'hui orientée
00:17:28et qui exaltait les antiques vertus de la République.
00:17:32Horace célébra la paix établie,
00:17:35les mœurs d'autrefois,
00:17:36les bienfaits d'Auguste.
00:17:39Virgile,
00:17:40dans les bucoliques et les géorgiques,
00:17:43vanta les charmes de la nature
00:17:44et de la vie champêtre.
00:17:46Le retour à la terre
00:17:47était en effet un des thèmes favoris de l'Empereur.
00:17:51Enfin, dans sa grande épopée,
00:17:53l'Enéide,
00:17:54après avoir reconté les aventures d'Ainé,
00:17:57ancêtre de Rome et de la Jeunce,
00:17:59Julien,
00:18:00la Jeunce de l'Empereur,
00:18:01il montrait en Auguste le héros prédestiné.
00:18:07Une ombre à ce tableau,
00:18:09les transfigures d'Ovide,
00:18:10tout d'abord poètes mondains,
00:18:12pleins de succès,
00:18:13puis victimes d'une sentence d'exil.
00:18:15qui donne à son personnage
00:18:17de curieux prolongements.
00:18:19...d'Ovide,
00:18:21un grand empereur
00:18:22qui persécute aussi durement un grand poète.
00:18:25Je suis convaincu que Ovide
00:18:28a eu l'année pour l'art d'Aimé.
00:18:32Car l'art d'Aimé est de 1
00:18:35et la condamnation d'Ovide est de 8.
00:18:39Pour avoir attendu 8 ans
00:18:40pour frapper un livre, c'est beaucoup.
00:18:43D'autre part,
00:18:44nous savons que l'art d'Aimé
00:18:46n'a même pas été exclu
00:18:47des bibliothèques publiques.
00:18:49Ce n'est pas pour l'art d'Aimé,
00:18:51Covid a été condamné.
00:18:53Et j'ai mis en relief
00:18:55un certain nombre de vers
00:18:56des métamorphoses
00:18:57qui prouvent que Ovide
00:18:59ne voulait rien accepter
00:19:01de la mythologie officielle.
00:19:04Qu'il avait,
00:19:05à l'avance,
00:19:08écrit des vers
00:19:10qui sonne déjà le même son
00:19:12que les vers célèbres de Juvénal
00:19:15disant qu'il n'y a plus que
00:19:17les analphabètes,
00:19:20les servantes,
00:19:21pour croire à toutes ces histoires
00:19:23des enfers.
00:19:24Il a écrit dans les métamorphoses
00:19:26des vers tout à fait semblables.
00:19:28Et d'autre part,
00:19:30tout le livre 15 des métamorphoses
00:19:32est consacré à un exposé
00:19:34de la théorie pythagoricienne.
00:19:37Je crois qu'Ovide était à la fois
00:19:39un opposant politique
00:19:41et, chose plus grave,
00:19:43un opposant d'idéal religieux.
00:19:46Et je crois que c'est pour cela
00:19:47qu'il a été mis sur la mer Noire,
00:19:52aujourd'hui Constantin.
00:19:56Le bout du monde,
00:19:57pour les hommes d'aujourd'hui,
00:19:58on serait bien embarrassé
00:19:59de dire où ils se trouvent.
00:20:01Pour les Romains,
00:20:02ce fleuve majestueux,
00:20:03fabuleux,
00:20:04large comme un bras de mer,
00:20:06le Danube,
00:20:07c'est à coup sûr
00:20:07le bout du monde
00:20:09au-delà,
00:20:10commence d'étranges contrées
00:20:12pleines d'obscures rumeurs,
00:20:13de convulsions,
00:20:14de peuples violents
00:20:15et insaisissables,
00:20:16les Dass,
00:20:17les Sites,
00:20:18d'autres encore
00:20:18qui n'ont pas de nom,
00:20:19et d'où sortiront
00:20:20quelques siècles plus tard
00:20:21les grandes invasions
00:20:23qui balayeront
00:20:23l'Empire romain.
00:20:30Ce jour-là,
00:20:31en franchissant le Danube,
00:20:33le poète Ovid
00:20:34n'a probablement pas
00:20:35l'esprit tourné
00:20:35vers les méditations historiques
00:20:37ou les limbes du futur.
00:20:39Esprit libre,
00:20:40esprit fort,
00:20:41dira-t-on plus tard,
00:20:42on peut voir en lui
00:20:43le premier des libertins.
00:20:44Il doit méditer sombrement
00:20:46sur la catastrophe
00:20:47qui le jette soudain
00:20:48à des années-lumières
00:20:49de ses habitudes,
00:20:50de ses amis,
00:20:51de ses complices
00:20:52et de ses plaisirs,
00:20:53bref, de Rome.
00:20:57Il arriva à Tomis
00:20:59sur la mer Noire.
00:21:00Tomis, aujourd'hui,
00:21:02s'appelle Constanza,
00:21:03un grand port,
00:21:04une grande ville industrielle
00:21:05où des tronçons de colonnes
00:21:07émergent du sol
00:21:08entre les altres à l'électrique.
00:21:31Mais sur la place
00:21:32de cette ville active,
00:21:33moderne,
00:21:34se dresse une statue paradoxale.
00:21:36Ni maréchal,
00:21:37ni héros,
00:21:38ni allégorie,
00:21:39ni de bronze
00:21:40médite ici éternellement
00:21:42sur l'ironie de son destin.
00:21:44Pour être léger,
00:21:45parfois traité de pornographe,
00:21:47Ovid regarde l'activité
00:21:49de la deuxième ville
00:21:50d'un grand pays socialiste.
00:21:51Si son âme,
00:21:52quelquefois,
00:21:53passe par là,
00:21:54regardant les conserveries
00:21:55de poissons
00:21:55qui s'appellent Ovid,
00:21:57la marque de tracteurs Ovid,
00:21:58le village Ovid
00:21:59et de l'île d'Ovid,
00:22:00elle doit prendre
00:22:01une singulière revanche
00:22:03sur le sort funeste
00:22:04qui lui fait terminer ici
00:22:05sa carrière terrestre.
00:22:16au temps de son bel âge,
00:22:18dans la grande métropole
00:22:19qui lui donnait
00:22:20toutes ses faveurs,
00:22:21Ovid avait tout eu,
00:22:22tout connu,
00:22:23tout mérité peut-être.
00:22:25En un instant,
00:22:26il perdit tout.
00:22:28Auguste lui commande
00:22:29de partir sur l'heure,
00:22:31d'abandonner
00:22:31toutes les délices
00:22:32de sa vie.
00:22:33Il ne revint jamais.
00:22:35Il ne put jamais
00:22:36quitter les bords
00:22:36de la mer Noire,
00:22:37pour lui,
00:22:38plus noir encore
00:22:39que le Styx.
00:22:41Tout dans ce pays
00:22:42lui était douleur
00:22:44et misère.
00:22:57Les caprices de l'histoire
00:22:58Les caprices de l'histoire.
00:22:59Les anciens rejetaient
00:23:00la raison
00:23:00sur les inexplicables
00:23:02caprices des dieux.
00:23:03C'est alors sûrement
00:23:04Mercure,
00:23:05le dieu du commerce,
00:23:06plaisantant avec Diane,
00:23:07déesse de la chasse,
00:23:08et les caprices de l'histoire
00:23:09qui se sont amusées
00:23:11à faire de ce lieu d'exil
00:23:12un paradis
00:23:13pour les modernes vacanciers.
00:23:15Le soleil d'Apollon
00:23:16ne sert plus qu'à brunir
00:23:17les épidermes
00:23:18de toute l'Europe centrale.
00:23:20Ici,
00:23:20méditait sombrement
00:23:21le poète,
00:23:22Mamaya aujourd'hui,
00:23:24y étale ses gratte-ciel,
00:23:25ses palaces
00:23:26et ses joueurs de ballon.
00:23:28Des foules
00:23:29sur les plages
00:23:30que foulait
00:23:31le pas solitaire
00:23:32de l'exilé.
00:23:36Que s'était-il passé ?
00:23:38L'explication
00:23:39la plus commune,
00:23:40la plus avide aussi
00:23:41des ragots
00:23:41qui traînent
00:23:42dans les poubelles
00:23:42de l'histoire,
00:23:43veut qu'Ovid
00:23:44ait été impliqué
00:23:45dans un scandale familial
00:23:46dont Julie,
00:23:47la fille de l'empereur,
00:23:48aurait été la vedette.
00:23:50Sur le nom
00:23:51du ou des partenaires,
00:23:53on ne sait rien,
00:23:53mais on brode.
00:23:55On dit aussi
00:23:55que le puritanisme,
00:23:57voire la pudibonderie
00:23:58de l'empereur vieillissant,
00:23:59aurait été offusqué
00:24:00de quelques recueils
00:24:01d'ovides,
00:24:02certes un peu légers,
00:24:03mais nos palais,
00:24:04depuis,
00:24:04ont dégusté
00:24:05de plus violentes saveurs.
00:24:08Interprétation classique.
00:24:11Le scandale à la cour,
00:24:12le photographe indiscret
00:24:13qui assiste
00:24:15à une idylle,
00:24:17à un inceste
00:24:18de ses pommes.
00:24:21Oui, peut-être,
00:24:23aussi.
00:24:25J'ai dit
00:24:26mes yeux ont vu
00:24:28ce qu'ils ne devaient
00:24:29pas voir.
00:24:33Enfin.
00:24:40Vingt ans d'exil
00:24:41à la vérité
00:24:41s'auraient été payées
00:24:43bien cher,
00:24:44une modeste indiscrétion,
00:24:45la connaissance involontaire
00:24:47d'un petit secret
00:24:47d'un petit secret
00:24:48d'un petit secret
00:24:49de croire.
00:24:52Envoûtant
00:24:52et mélancolique paysage,
00:24:54l'âme de vie
00:24:55d'y fut sensible.
00:24:56Sa poésie,
00:24:57soudain,
00:24:58y prit une allure austère,
00:25:00y trouva la source
00:25:01d'une plainte nostalgique
00:25:02qui nous parvient
00:25:03encore aujourd'hui
00:25:04comme nous arrive
00:25:05du fond des espaces galactiques
00:25:07la tremblante lumière
00:25:08d'une espèce
00:25:09morte
00:25:10et que pourtant
00:25:11nous regardons.
00:25:17Tu n'as pas de source
00:25:19seulement une eau presque salée
00:25:21dont on ne sait
00:25:22si elle soulage
00:25:23ou irrite la soie.
00:25:25Ça et là,
00:25:26dans la campagne nue,
00:25:28s'élève un arco
00:25:30et la terre ne semble
00:25:31qu'un autre aspect
00:25:32de la mer.
00:25:34Point de champs
00:25:35d'oiseau,
00:25:36sauf les cris rouges
00:25:37de ceux
00:25:38qui,
00:25:38qui,
00:25:39qui,
00:25:39de la forêt,
00:25:40se désaltère
00:25:41à des lagunes
00:25:42somatre.
00:25:43L'absinthe lugubre
00:25:45hérisse les plaines
00:25:45vides,
00:25:46amers moissons
00:25:48dignes de cette terre.
00:25:54Jérôme Carcopino, dans un texte éblouissant, avance une hypothèse qui emporte la conviction.
00:26:00Le poète des métamorphoses était sur le plan religieux un esprit audacieux,
00:26:04ce qui est corroboré par l'audace, la liberté et le désintéressement de son comportement civique,
00:26:09car il refusa systématiquement tous les postes et tous les honneurs que briguaient si avidement les hommes de son rang
00:26:15et de sa condition.
00:26:17Esprit libre,
00:26:18d'esprit libre, athée presque, en tout cas sous l'influence exaltante d'une sorte de spiritualisme néo-pythagoricien.
00:26:26Ils se réunissaient chez lui. Ils furent dénoncés.
00:26:29La mort, l'exil, les punirent. Ovid fut épargné six mois.
00:26:33Quand le scandale mondain se produisit, il était guetté par l'empereur, qui ne devait attendre qu'une occasion.
00:26:39Ovid ne fut pas raté.
00:26:42On imagine sans difficulté qu'au milieu des colonnes de marbre, face à la mer noire, solitaire,
00:26:48le poète pouvait sentir monter à ses lèvres les vers de ce beau poème d'inspiration sombrement et farouchement anti
00:26:54-religieuse,
00:26:55sombrement et farouchement négateur des...
00:27:01Oh genre humain paralysé par la terreur d'être un jour glacé par la mort.
00:27:11Pourquoi trembler devant le styx et ses ténèbres ?
00:27:14Ce ne sont que vaines paroles, prétextes aux mensonges des légendes,
00:27:20périls supposés d'un monde imaginaire.
00:27:24Refus de la religion d'État, refus de la gloire vaine de la politique et de la carrière des honneurs,
00:27:30voilà un curieux comportement pour un poète de cours.
00:27:33La mesure du courage, c'est le risque lucidement pris,
00:27:37le risque de l'esprit qui proteste ou qui conteste, qui agit aussi parfois.
00:27:42Ovid a pris ses risques.
00:27:43Il a perdu tout ce qui pour lui était le sel de la vie, ses amours, les plaisirs de Rome.
00:27:49C'est le ciel et terre pour revenir.
00:27:51Mais tant de supplications n'empêchent pas la destinée du mystérieux Ovid
00:27:55d'être comme une sourde et révélatrice dissonance
00:27:59d'un tendu harmonie sans défaut du siècle d'Auguste.
00:28:03Le dirait-il lui-même ? Je ne sais pas. Peut-être.
00:28:07Celui qui refuse la puissante et de puissance n'est pas forcément un impuissant.
00:28:14Celui qui rejette les pâles satisfactions de la peine-colère
00:28:19n'est pas obligatoirement un être faible ou débile.
00:28:27Tant d'années d'exil sont la manière d'Ovid de payer comptant son écho aux banquets de l'histoire.
00:28:34Il y a une grande force dans sa faiblesse, une grande noblesse dans sa plainte.
00:28:39Il n'a pas été un chien de garde,
00:28:41couché dans une niche impériale fournie par un impérial patron.
00:28:45Il mourut là, dans ce paysage où le regard se perd.
00:28:49Son corps ne fut même pas rapporté en Italie.
00:28:58Les dernières années de la vie d'Auguste
00:29:01furent assombris par les problèmes de sa succession,
00:29:04car la famille de l'empereur était d'une complexité inextricable.
00:29:09Pour le plus clair, nous vous présentons un tableau généalogique de la dynastie julio-clodienne,
00:29:15ainsi appelée, parce qu'elle réunit deux gins, c'est-à-dire deux familles illustres de Rome,
00:29:21la gins Julia et la gins Claudia.
00:29:26Jules César, de la gins Julia, sans descendance légitime, avait une sœur, Julie.
00:29:33La fille de Julie fut la mère d'Octave Auguste,
00:29:38qui était par conséquent le petit-neveu de César.
00:29:42L'empereur adorait sa fille unique, Julie,
00:29:46qui, de son deuxième mariage avec Agrippa, le ministre d'Auguste,
00:29:52avait des enfants destinés à l'Empire,
00:29:54mais qui moururent trop jeunes pour régner.
00:29:57Et la mort de ses petits-fils fut un des grands chagrins de l'empereur.
00:30:02On put alors penser que les descendants de sa sœur Octavie
00:30:07étaient la succession.
00:30:11Mais aucun d'entre eux ne règnera,
00:30:13sauf Messaline, impératrice par alliance,
00:30:16et d'ailleurs pour peu de temps.
00:30:20Auguste, amoureux de Lévie,
00:30:23avait divorcé de sa première femme, Scriboni.
00:30:26Il n'aura pas d'enfant avec Lévie,
00:30:29mais celle-ci, d'un premier mariage avec un patricien de la gins Claudia,
00:30:34avait eu deux fils,
00:30:35Tibère et Drujus.
00:30:38A la mort d'Auguste,
00:30:40Tibère, son beau-fils,
00:30:42qu'il avait d'ailleurs reconnu comme héritier,
00:30:45lui succéda.
00:30:46Puis Tibère laissa l'Empire à son petit-neveu, Caligula,
00:30:51auquel succéda le propre oncle de Caligula,
00:30:55le fils de Drujus, Claude.
00:30:59Après la mort de Claude,
00:31:01sa veuve Agrippine,
00:31:03sœur de Caligula,
00:31:04fit monter sur le trône son fils,
00:31:07Néron.
00:31:09Ainsi, Lévie fut femme,
00:31:11mère, grand-mère
00:31:13et arrière-grand-mère d'empereur.
00:31:15Auguste menait une vie familiale très calme.
00:31:17Après avoir répudié sa femme, Scriboni,
00:31:20il épousa Lévie,
00:31:22à qui il devait demeurer fidèle jusqu'à sa mort,
00:31:25car il l'aima profondément.
00:31:27Lévie, grande dame de la Vierge,
00:31:29avait dû divorcer pour épouser l'empereur,
00:31:33ambitieuse, dominatrice,
00:31:34et l'aurait pu être au centre d'une nuée d'intrigue
00:31:37pour la succession.
00:31:39Mais elle n'avait rien d'une Agrippine,
00:31:41et la cour respecta toujours les décisions d'Auguste.
00:31:45Moi, Lévie, Lévie Radrucilla,
00:31:48la première impératrice de Rome,
00:31:50j'ai tenu cette maison.
00:31:51Nous y vivions simplement.
00:31:53On n'y voyait ni marbre,
00:31:55ni mosaïque précieuse.
00:31:57Nos repas semblaient frugaux,
00:31:59qui étaient aux invités.
00:32:02Auguste n'aimait ni le luxe,
00:32:03ni les grands festins.
00:32:04Il préférait le pain de ménage,
00:32:07les laitages,
00:32:08les figues fraîches.
00:32:10Et ses vêtements aussi étaient simples.
00:32:13Il ne voulait porter que les toches que je lui filais.
00:32:17En hiver,
00:32:20il lui fallait quatre tuniques
00:32:22et un gilet de laine sous sa toche.
00:32:29Il était toujours trop chaud.
00:32:32Il ne pouvait dormir que près d'une vasque,
00:32:35tandis qu'un esclave les vantait toute la nuit.
00:32:39Moi, j'appartiens à l'agence Claudia,
00:32:42une des plus illustres de Rome.
00:32:46C'est un Claude qui a construit la vie à Pienne.
00:32:48C'est un Claude qui a vaincu Astrubal au Métor.
00:32:51Nous avons donné à la République
00:32:53cinq dictateurs,
00:32:55trente-trois consuls.
00:32:56Nous avons obtenu six triomphes
00:32:58et cinq ovations.
00:32:59La famille de mon mari était
00:33:02beaucoup plus modeste.
00:33:05En somme,
00:33:07elle était d'origine plébéienne.
00:33:09Nous vivions très nombreux ici.
00:33:12Il y avait la famille d'Auguste,
00:33:13mes propres enfants,
00:33:14ma belle-sœur Octavie et les siens,
00:33:16la famille d'Agrippa.
00:33:19On s'est élevés ensemble.
00:33:20Quand ils sont devenus grands,
00:33:22il a bien fallu les marier.
00:33:24La fille d'Auguste,
00:33:25jolie,
00:33:26était charmante,
00:33:27mais pas très sérieuse.
00:33:29J'aurais bien voulu la marier à Montibert
00:33:31qui lui plaisait
00:33:31parce qu'il était beau
00:33:33et parce qu'il était un grand général.
00:33:36Mais Octavie veillait.
00:33:38C'est son fils Marcus
00:33:39qui l'a épousé.
00:33:41Cela ne lui suffisait pas encore.
00:33:43Elle avait donné une de ses filles
00:33:45à Agrippa,
00:33:46le meilleur ami de mon mari
00:33:47et son premier ministre.
00:33:49Octavie tenait tout.
00:33:53Marcellus mourut,
00:33:54donc Julie était libre.
00:33:56Mais ce n'était pas encore
00:33:57l'heure de Montibert.
00:33:58Auguste fut divorcé à Agrippa
00:34:00qui épousa Julie.
00:34:01Ils eurent beaucoup d'enfants.
00:34:03Auguste adorait
00:34:04ses deux premiers petits-fils.
00:34:05Il les avait adoptés.
00:34:07C'est à eux
00:34:07qu'ils destinaient l'Empire.
00:34:13Mais les détours de la destinée
00:34:15sont imprévisibles.
00:34:16Ils moururent.
00:34:18Agrippa
00:34:19put enfin épouser Julie.
00:34:21Et je devins la mère
00:34:22d'un futur empereur.
00:34:24J'ai eu aussi un empereur
00:34:26parmi mes petits-fils,
00:34:27Claude.
00:34:32Finalement, Octavie
00:34:33a eu moins de chance que moi.
00:34:34Elle a bien été la grand-mère
00:34:36d'une impératrice,
00:34:37mais c'était Missaline.
00:34:39S'il y a de quoi
00:34:40en être très fière.
00:34:55Auguste avait décidé
00:34:56de porter du Rhin
00:34:57à l'Empire.
00:34:59Toute la Germanie occidentale
00:35:01était conquise.
00:35:02Mais les Germans
00:35:03n'acceptaient pas la soumission
00:35:05et un jeune chef, Arminius,
00:35:07trahit le légat Varus.
00:35:09Il égara trois de ses légions
00:35:11dans la forêt de Teutobourg
00:35:12où ses partisans les massacrèrent.
00:35:15Ainsi fut anéanti
00:35:16le fer de lance
00:35:17de l'armée romaine en Germanie
00:35:18et se désarroi.
00:35:19C'est tout en cause.
00:35:21Auguste en fut profondément affecté.
00:35:24À ces nouvelles,
00:35:26Auguste fit placer
00:35:27des sentinelles
00:35:28dans toutes les villes
00:35:29afin de prévenir
00:35:30des désordres.
00:35:32Il promit aussi à Jupiter,
00:35:34très grand et très bon,
00:35:36de lui consacrer
00:35:37des jeux solennels.
00:35:39Les affaires de l'État
00:35:40prenaient une meilleure tournure.
00:35:43Enfin,
00:35:45il se montra
00:35:46si consterné
00:35:47qu'il laissa pousser
00:35:48sa barbe et ses couches
00:35:49pendant plusieurs mois.
00:35:52Il errait comme une ombre
00:35:53et de temps en temps,
00:35:56il se frappait la tête
00:35:57en disant
00:35:58« Ilius Barrus,
00:36:01rends-moi mes légions ! »
00:36:05L'anniversaire de ce désastre
00:36:08fut à jamais
00:36:09un jour de tristesse
00:36:11et de deuil.
00:36:12Homme de pouvoir,
00:36:14réservé,
00:36:15hypocrite peut-être,
00:36:17soucieux de sa gloire,
00:36:19ce fut un personnage étrange,
00:36:21complexe et contradictoire,
00:36:23à coup sûr le plus grand comédien
00:36:24de son temps.
00:36:26D'ailleurs,
00:36:27à l'instant de sa mort,
00:36:28il en fit lui-même
00:36:29une sorte d'aveu.
00:36:31Il demanda un miroir
00:36:33et prit grand soin
00:36:35de dissimuler
00:36:35l'état de son visage.
00:36:38« Mes amis arrivèrent,
00:36:42jugez-vous que j'ai bien joué
00:36:44la pièce de ma vie, »
00:36:46leur dit-il.
00:36:48« Si vous vous battez des mains
00:36:51et applaudissez. »
00:36:53Cependant, il ajouta,
00:36:55se tournant vers Lévis,
00:36:58« Tant que vous le savez,
00:37:00souvenez-vous de notre union. »
00:37:03Adieu.
00:37:06« J'aimerais que vous nous parliez
00:37:07maintenant de Thibault,
00:37:09et les Tacites lui ont fait
00:37:10une réputation absolument
00:37:11épouvantable. »
00:37:12« Tacites et Suétone
00:37:15étaient inféodés
00:37:16à la dynastie Antonine.
00:37:19Ils avaient intérêt,
00:37:20l'un et l'autre,
00:37:22à prouver que le bonheur du monde
00:37:23datait de l'institution,
00:37:25de l'instauration
00:37:26de cette dynastie nouvelle.
00:37:27D'où les drames noirs
00:37:30qui se succèdent
00:37:31dans les annales
00:37:33et dans les histoires,
00:37:37avec une intensité
00:37:38que magnifie
00:37:40le style incroyablement beau
00:37:42de Tacites.
00:37:43De là,
00:37:44les ragots
00:37:45multipliés par Suétone. »
00:37:47« Voilà un homme
00:37:48qui est en quelque sorte
00:37:49le bras droit,
00:37:50le premier ministre d'Auguste,
00:37:51et qui brusquement
00:37:52abandonne le pouvoir
00:37:54pour aller s'enterrer
00:37:56à l'île de Rhodes.
00:37:58Pourquoi ? »
00:37:59Il ne voulait même
00:38:00d'adopter l'exil
00:38:02comme solution
00:38:03aux problèmes
00:38:03que lui posait
00:38:04la succession dynastique.
00:38:07Il ne voulait plus rien savoir.
00:38:09Mais de l'autre côté,
00:38:11il ne voulait plus
00:38:12être un embarras
00:38:13pour Auguste.
00:38:14Alors,
00:38:15il s'est retiré
00:38:15dans la vie privée
00:38:16à Rhodes.
00:38:17Il s'est exilé volontairement.
00:38:19Et là,
00:38:21il s'est livré
00:38:21à ses études préférées,
00:38:23dont une
00:38:24ferait sourire aujourd'hui.
00:38:26Il aimait beaucoup
00:38:26l'astrologie.
00:38:28Et dont l'autre,
00:38:29c'est la bienfaisance.
00:38:31Il a, par exemple,
00:38:32réuni tous les malades
00:38:34de la ville
00:38:35pour les voir,
00:38:37leur parler
00:38:39et leur donner
00:38:40quelques subsides.
00:38:41Tout cela n'est pas
00:38:42d'un mauvais homme.
00:38:43Dans le golfe de Naples,
00:38:45à 200 km de Rome,
00:38:47cinq jours de marche
00:38:48pour les courriers
00:38:48autant d'un autre,
00:38:49une petite île
00:38:51par un caprice
00:38:51de l'histoire
00:38:52et de l'empereur
00:38:53devient la capitale du monde.
00:38:55Capri,
00:38:56l'île des chèvres.
00:38:57Deux montagnes escarpées
00:38:58posées sur
00:39:00quelques pêcheurs,
00:39:01quelques sentiers.
00:39:02Tibère,
00:39:03l'une des plus énigmatiques
00:39:04figures de l'histoire,
00:39:05le meilleur général d'Auguste,
00:39:07le meilleur administrateur,
00:39:08le plus intègre,
00:39:09le plus sérieux,
00:39:10premier ministre,
00:39:11en somme,
00:39:11pendant les dernières années
00:39:12du règne,
00:39:13devient empereur.
00:39:15Soudain,
00:39:15il se lasse de Rome.
00:39:17Misanthropie,
00:39:18timidité,
00:39:19inquiet et sauvage,
00:39:21sûrement.
00:39:22Ses contemporains
00:39:22n'y ont rien compris.
00:39:24Un jour,
00:39:24il en a assez,
00:39:25il s'en va,
00:39:25il ne reviendra jamais.
00:39:27Mais en haut d'une montagne,
00:39:29c'est incroyablement difficile,
00:39:31il se fait construire
00:39:32un palais immense
00:39:33et somptueux.
00:39:35Indifférent à ce qu'on en dit,
00:39:36loin du monde,
00:39:37mais le gouvernant
00:39:38d'une montagne,
00:39:39il vivra là
00:39:40onze années,
00:39:41les dernières de sa vie
00:39:42et de son gouvernement.
00:39:45Cet alceste au pouvoir
00:39:46a été malmené
00:39:47par les historiens.
00:39:49Il n'a pas malmené
00:39:50l'Empire,
00:39:50plus fort
00:39:51et plus prospère
00:39:52à sa mort
00:39:53que lorsqu'il le reçoit
00:39:54en héritage.
00:39:55Tout le monde
00:39:56ne peut pas le faire.
00:40:00Voici les rochers immuables
00:40:01et les gouffres
00:40:02où d'après Suétone,
00:40:04Tibère faisait précipiter
00:40:05ses victimes
00:40:06après les avoir
00:40:06longuement torturées.
00:40:08Au fond de la salle,
00:40:09on s'est récits hauts
00:40:10en couleurs,
00:40:11des matelots
00:40:12les attendaient
00:40:12pour les achever
00:40:13à coup de rame.
00:40:16Un parfait décor
00:40:17de romans noirs,
00:40:17donc,
00:40:18ou de films d'épouvante,
00:40:19un cadre rêvé
00:40:20pour de sombres drames.
00:40:22Mais la vérité
00:40:23est dans tout ça.
00:40:24Un homme a vécu ici,
00:40:26son nom est couvert
00:40:26d'opprobre.
00:40:27Mais cet homme,
00:40:28le fantôme
00:40:30de cet empereur,
00:40:32s'il revient ici,
00:40:33se souvient-il encore
00:40:34des raisons
00:40:35qui lui firent choisir
00:40:36comme lieu d'exil
00:40:36cette terre
00:40:38qui est à nos yeux
00:40:39et à nos yeux
00:40:40pourquoi pas au sien ?
00:40:42Aujourd'hui,
00:40:44si Tibère parle,
00:40:45que dit-il ?
00:40:47Que dirait-il ?
00:40:49Ces ruines,
00:40:50ces dallages,
00:40:51ces colonnes,
00:40:53voilà tout ce qui reste
00:40:55aujourd'hui du palais
00:40:56où j'ai passé
00:40:57les dernières
00:40:58onze années
00:40:59de ma vie.
00:41:09Les noms dans l'histoire
00:41:10ont été chargés
00:41:11de vices et de crimes
00:41:13autant que celui
00:41:14de Tibère.
00:41:15un esprit agile
00:41:24et impartial
00:41:25quand il lit
00:41:26une nouvelle
00:41:26doit se demander
00:41:27d'abord
00:41:27d'où elle vit
00:41:28et pourquoi.
00:41:31Cette dépêche
00:41:32a une origine.
00:41:34Elle est signée.
00:41:35Celui qui veut lire
00:41:36peut en découvrir
00:41:37la source.
00:41:39AFP,
00:41:40Youpi,
00:41:41Api,
00:41:42Tass,
00:41:43etc.
00:41:44Tout ce qui me conserve
00:41:45et tout ce que les gens
00:41:47savent et disent de moi
00:41:49vient de l'agence
00:41:50Suétone
00:41:51ou de l'agence
00:41:52Tacite.
00:41:54Ils avaient leur raison.
00:41:55Donc,
00:41:56je ne veux rien savoir
00:41:57pour dire de moi
00:41:58ce qu'ils ont dit.
00:42:00Aujourd'hui,
00:42:02pour quelques misérables
00:42:03lire
00:42:03les guides
00:42:05chuchotent aux touristes
00:42:07du Suétone.
00:42:09Loin des regards
00:42:10de la cité,
00:42:11il laissa déborder
00:42:13tous les vices
00:42:13qu'il avait longtemps
00:42:14dissimulés.
00:42:15Déjà dans l'armée,
00:42:17sa passion excessive
00:42:17pour la boisson
00:42:18l'avait fait surnom
00:42:19Tiberius
00:42:20au lieu de Tiberius.
00:42:22Dans sa retraite
00:42:23de Capri,
00:42:24il imagina même
00:42:25d'installer un local
00:42:26garni de divans
00:42:27pour de secrètes
00:42:28débordes.
00:42:30Là,
00:42:30des groupes
00:42:31de jeunes filles
00:42:31et de jeunes gens
00:42:32rassemblés
00:42:32de toutes parts
00:42:34s'abandonnaient
00:42:35entre eux
00:42:35à des excès
00:42:36contraires
00:42:36à toute morale.
00:42:38Il fit son palais
00:42:40d'images
00:42:41et de statuettes
00:42:41lacives.
00:42:42Il fit disposer
00:42:43ça et là
00:42:44dans les bois
00:42:44et dans les bosquets
00:42:45des retraites
00:42:46consacrées à Vénus.
00:42:47Dans des cavernes
00:42:49et dans des grottes,
00:42:50des jeunes gens
00:42:51des deux sexes
00:42:51déguisés en sylvain
00:42:53et en nymphes
00:42:54s'offraient
00:42:54à toutes les fantaisies
00:42:55du plaisir.
00:42:57On lui prête
00:42:58des turpitudes
00:42:58encore plus infâmes
00:42:59et telles
00:43:00qu'on ose à peine
00:43:01les décrire.
00:43:17L'impostéisme
00:43:19est indigné
00:43:20à mon compte.
00:43:26Pourtant,
00:43:27j'ai été
00:43:27le bras d'Auguste,
00:43:29sa meilleure épée.
00:43:30J'ai presque
00:43:30gouverné pour lui.
00:43:32J'ai eu le sens
00:43:33le plus vif
00:43:34de ma responsabilité
00:43:35publique.
00:43:36J'ai été
00:43:37un des plus grands
00:43:38généraux
00:43:38de l'Homme
00:43:39à l'Espagne,
00:43:41dans les profondes
00:43:41forêts de Germanie,
00:43:42sur le Danube.
00:43:44Dans les déserts
00:43:45brûlants,
00:43:45j'ai affronté
00:43:46et mis en déroute
00:43:47les ennemis de l'Empire.
00:43:48J'ai été
00:43:49l'une des plus belles
00:43:50machines de guerre
00:43:51de l'Histoire,
00:43:52l'instrument parfait
00:43:53de la grandeur romaine.
00:43:55J'ai connu et administré
00:43:57toutes les parties
00:43:58de l'Empire
00:43:58mieux que l'Empereur
00:44:00lui-même.
00:44:02Partout,
00:44:03les vétérans
00:44:04me reconnaissaient,
00:44:05ceux de Réti
00:44:06comme ceux de Pannonie.
00:44:09Les combats
00:44:10et à la victoire
00:44:11la 11e Auguste,
00:44:13la 20e Rappax,
00:44:15la 6e Gallica,
00:44:17la 20e Valérie.
00:44:20J'ai eu
00:44:21une vie privée
00:44:22exemplaire.
00:44:23J'ai aimé
00:44:24ma première femme
00:44:25Vipsagne
00:44:25et c'est avec tristesse
00:44:28que j'ai dû
00:44:28l'abandonner
00:44:29sur le lit de l'Empereur.
00:44:31J'ai été
00:44:32un homme de vertu
00:44:33et de dignité
00:44:33et j'ai entièrement
00:44:35consacré ma vie
00:44:36au service de l'Etat.
00:44:39Lors d'Auguste,
00:44:40il était encore possible
00:44:42qu'il n'y eût pas
00:44:42un second d'Empereur.
00:44:44À ma mort,
00:44:45l'Empire romain
00:44:46esquissait
00:44:47un redivin César
00:44:48et était devenu
00:44:49l'institution
00:44:50autour de laquelle
00:44:52gravitait
00:44:53toute la vie civilisée.
00:44:56Des exécutions ?
00:44:58Oui,
00:44:58j'en ai ordonné.
00:45:00Qui règne sans crime ?
00:45:02Auguste alliait
00:45:03son nom
00:45:03à la clémence.
00:45:05Il est vrai
00:45:06qu'à la fin
00:45:06de son règne
00:45:07aimé,
00:45:08respecté,
00:45:09tout-puissant,
00:45:10triomphant,
00:45:11il n'avait plus besoin
00:45:12de bourreau.
00:45:13Mais quand il marchait
00:45:14difficilement vers le pouvoir,
00:45:16n'est-il pas responsable
00:45:17avec l'épidémie
00:45:18de 300 sénateurs
00:45:20et de 3000 chevaliers ?
00:45:23N'a-t-il pas laissé égorger
00:45:25Cicéron
00:45:26qu'il appelait pourtant
00:45:28son père ?
00:45:31Il n'a peut-être
00:45:32tiré ni plaisir
00:45:33ni profit personnel
00:45:35de ces meurtres,
00:45:36mais il n'a pas reculé
00:45:37quand il le jugeait nécessaire.
00:45:40N'ai-je pas su faire preuve
00:45:41de clémence ?
00:45:43Souvent,
00:45:43j'ai annulé des accusations
00:45:45de lèse-majesté
00:45:46parce qu'elles étaient
00:45:47fausses
00:45:47ou futiles.
00:45:49Ce sont les sénateurs
00:45:50par civilité
00:45:51qui exigeaient
00:45:51les peines les plus sévères.
00:45:55À la fin de sa vie,
00:45:56il eut une vague envie
00:45:57de revoir Rome.
00:45:59Il s'en approcha,
00:46:00la regarda de loin,
00:46:02longuement,
00:46:02puis repartit
00:46:03sans entrer dans la ville.
00:46:04Les jeux misérables
00:46:06de ces petits hommes
00:46:06ne l'amusaient plus.
00:46:08Il les conduisait
00:46:09avec eux
00:46:09sur la route de l'ordre,
00:46:11du progrès peut-être.
00:46:15On a vu dans l'histoire
00:46:17d'autres vieillards hautains
00:46:19qui ont un immense empire
00:46:20et envoyé en secret
00:46:22des ordres de mort
00:46:23qui rétablissaient
00:46:24la discipline
00:46:25et maintenaient la terreur.
00:46:27Un tyran ne se juge pas,
00:46:28il s'abat.
00:46:29Si de ses esclaves
00:46:30en a la force.
00:46:31Mais si les gens
00:46:32qui subissent sa tyrannie
00:46:33pleurent au lieu d'agir,
00:46:35la postérité n'a que faire
00:46:36de fournir des excuses
00:46:37à leurs larmes.
00:46:40Ce vieillard solitaire,
00:46:43homme de culture
00:46:43et de gouvernement,
00:46:45même aujourd'hui encore
00:46:46aux enfers,
00:46:47peut lui importer
00:46:48qu'il s'en moque.
00:46:50Il est dans une zone glacée
00:46:52où la responsabilité
00:46:53de l'homme de pouvoir
00:46:54n'a de compte à rendre
00:46:55qu'à la logique des faits.
00:46:58Il n'est pas nécessaire
00:46:58d'espérer
00:46:59de se prendre,
00:47:00disait le taciturne.
00:47:01Tibère,
00:47:02cet autre taciturne,
00:47:03aurait pu dire
00:47:04il n'est pas nécessaire
00:47:05d'être aimé
00:47:06pour gouverner
00:47:07avec raison.
00:47:11Pour être aimé,
00:47:12il faut être démagogue.
00:47:13Je n'ai jamais offert
00:47:14à la plebe de Rome
00:47:15des banquets,
00:47:16des fêtes
00:47:16ou des spectacles.
00:47:18J'ai interdit
00:47:18les fers
00:47:19pour la résonance
00:47:20des acteurs
00:47:20dépasser les bornes.
00:47:21J'ai banni
00:47:22les histriens d'Italie.
00:47:24Rome ne me le pardonna pas.
00:47:28Les Romains
00:47:29ont adoré.
00:47:31Mais je ne voulais pas
00:47:32être une idole
00:47:33avant l'arc oriental
00:47:34devant lequel
00:47:34on se prosterne.
00:47:36J'ai refusé
00:47:37que l'on me consacra
00:47:39un temple
00:47:39et des prêtres.
00:47:41Et si j'ai admis
00:47:42mes statuts,
00:47:43c'est à condition
00:47:44qu'elles ne prennent pas
00:47:45place à côté
00:47:46de celles des dieux.
00:47:47Je n'ai pas voulu.
00:47:52C'est sous mon règne,
00:47:53en Palestine,
00:47:55qu'on a crucifié
00:47:56un homme
00:47:57qui se disait
00:47:58Dieu.
00:48:01Je n'ai jamais entendu
00:48:02parler de cette affaire.
00:48:09Peut-être
00:48:10le rapport
00:48:10de mes procurateurs,
00:48:12en fait,
00:48:13me parvenait-il
00:48:14moins bien
00:48:14que je ne le croyais.
00:48:19Illusion du pouvoir.
00:48:29Tibère a gouverné
00:48:30de Capri
00:48:31tout l'Empire de Rome
00:48:32comme une araignée
00:48:33contrôle cet empire
00:48:34particulier
00:48:35qu'à sa toile.
00:48:36Un réseau de routes
00:48:37parcouru par des courriers
00:48:38réguliers
00:48:39sur toute l'Italie
00:48:40et sur tout le monde
00:48:41civilisé.
00:48:42Ces ordres couraient
00:48:43selon les mêmes
00:48:43lignes de force
00:48:44où courent aujourd'hui
00:48:45les sublimes autostrates
00:48:47de l'Italie.
00:48:50Ta succession
00:48:51s'ouvre sur la folie
00:48:52et le caprice.
00:48:53Le jeune et beau
00:48:54Caligula
00:48:54va jouer avec l'empire
00:48:56du vieux militaire
00:48:57comme un enfant
00:48:58trop riche
00:48:58avec des jouets
00:48:59trop coûteux.
00:49:00Il pouvait tout se permettre
00:49:01mais c'est tout permis.
00:49:03Dans un désordre frénétique
00:49:05qui faisait rouler
00:49:06à toute allure
00:49:06une fantaisie
00:49:07sans bride.
00:49:09Notre siècle
00:49:09est lié à ces créatures
00:49:10de caprice.
00:49:11Un changement des temps
00:49:12seuls
00:49:12les retient
00:49:13de faire nommer
00:49:14sénateurs
00:49:15leur moderne coursier
00:49:16comme Caligula
00:49:17avait fait entrer
00:49:17son cheval au Sénat.
00:49:18Au moins,
00:49:19était-ce drôle.
00:49:20Sauf pour les sénateurs,
00:49:21sans doute,
00:49:21vieux chevaux de retour
00:49:26pourtant.
00:49:32Il a eu des fantaisies
00:49:33plus sanglantes,
00:49:34beaucoup,
00:49:35trop.
00:49:36Dans l'ombre de l'empereur,
00:49:37une force avec
00:49:38la franc-maçonnerie,
00:49:40les prétoriens,
00:49:42accordé l'îte
00:49:43à la dévotion
00:49:43de l'empereur,
00:49:44théoriquement.
00:49:45La tentation
00:49:46de se servir
00:49:46de cette force
00:49:47toute neuve
00:49:48devait venir.
00:49:49Sans plan précis,
00:49:50sans théorie,
00:49:51sans projet,
00:49:52à court terme,
00:49:53dans le plus pur style
00:49:54des casernes.
00:49:55Ils tuèrent Caligula
00:49:56et comme des écoliers,
00:49:58ils n'ont pas
00:49:59de l'empereur de l'empire.
00:50:00Ne pouvant pas faire
00:50:01un nouvel état,
00:50:03ils se contentèrent donc
00:50:04de faire un nouvel empereur.
00:50:06Un descendant resté vivant,
00:50:07bègue,
00:50:08disgracié,
00:50:08gourmand,
00:50:09luxueux,
00:50:09avide,
00:50:10Claude,
00:50:11objet de dérision
00:50:12pour toute sa famille.
00:50:13Le meilleur des candidats,
00:50:14en somme.
00:50:17Voici,
00:50:17tiré d'un film italien
00:50:18du temps du Sinué,
00:50:20une image de la mort
00:50:21de Caligula,
00:50:22tuée par ses propres gardes
00:50:24dans les couloirs
00:50:25de son palais.
00:50:35Claude,
00:50:36dernier et obscur
00:50:37descendant
00:50:38de la famille impériale,
00:50:39fut épouvanté
00:50:40par le sort
00:50:41de son illustre
00:50:42neveu et prédécesseur.
00:50:44Tremblant,
00:50:44il va se dissimuler
00:50:45derrière une tapisserie,
00:50:46incapable d'imaginer
00:50:47de quelle singulière manière
00:50:49il va hériter
00:50:50du pouvoir
00:50:50le plus puissant
00:50:51qu'un homme ait jamais connu,
00:50:53pouvoir dont l'absolu
00:50:54sera égalé quelquefois,
00:50:55mais surpassé
00:50:56jamais.
00:50:57de la famille.
00:50:59...
00:51:00...
00:51:13...
00:51:31En somme, les prétoriens étaient les maîtres du pouvoir, mais ils ne savaient pas exactement à qui le remettre.
00:51:39Et sur Claude, il faut dire que le hasard a bien fait les choses, puisque Claude était membre de la
00:51:45dynastie julio-claudienne, et par conséquent, il avait droit à la succession.
00:51:51Qui était ce personnage ? Qui était l'empereur Claude ?
00:51:55Je crois qu'avec Claude, l'Empire romain atteint ce qu'on pourrait appeler son allié.
00:52:00Et l'histoire fait une pause, car l'énorme domaine que Claude reçoit en héritage, il ne va pas l
00:52:07'agrandir.
00:52:08Il va se contenter d'en jouir.
00:52:11Si bien que je crois que le règne de Claude est un moment caractéristique de l'Empire romain, dans la
00:52:16mesure où plus rien ne bouge,
00:52:17et où par conséquent, c'est devenu pour l'historien, pour nous, d'observer, puisque tout est arrêté, comment s
00:52:25'organise, comment vit, comment travaille le peuple romain.
00:52:32Par une chance extraordinaire, deux grandes villes de l'époque ont été en quelque sorte embaumées,
00:52:38à l'intention des historiens, par l'éruption du Vésuve en 79 après Jésus-Christ.
00:52:43Cet Herculanum, recouverte d'une couche de lave, et ses Pompéi, enfouis sous un bombardement de sang en dehors.
00:52:50Ici, le passé sert de sous-sol au présent.
00:52:53Une promenade à l'étage des morts, à travers ces rues pétrifiées, fournit la vie romaine sous l'Empire.
00:53:01A cette nuance près, toutefois, que Pompéi et Herculanum étaient des stations de luxe, un passy et un auteuil,
00:53:07et que c'est par opposition à la vie qu'on peut, en les voyant, imaginer la Rome des Césars.
00:53:14Ainsi pour les maisons et les rues.
00:53:17Ici, à Herculanum, un luxe s'aligné au long des voies tracées aux cordeaux et superbement pavées.
00:53:24A Rome, surtout des immeubles de 5, 6, 7, 8 étages, plantés à la diaposie de ruelles, souvent boueuses,
00:53:31pour pouvoir contenir sur un territoire restreint les 1,2 millions d'habitants.
00:53:35Vous avez bien entendu 1,2 millions d'habitants de l'Antiquité.
00:53:47Mais Rome ou Herculanum, ce qui frappe, c'est l'aspect très moderne de tout cela.
00:53:52Par-dessus 20 siècles d'histoire, deux civilisations se rejoignent,
00:53:55et il n'est pas sûr que la comparaison soit toujours à l'avantage de la Rome d'aujourd'hui.
00:53:59Du moins pour l'architecture.
00:54:01En ce qui concerne le confort, il faut démolir un certain nombre de légendes.
00:54:08Les Romains n'ont ni le chauffage central, ni l'eau courante,
00:54:12mais seulement d'innombrables fontaines, ni le tout à l'égout,
00:54:15mais un réseau souterrain de canalisations évacuatrices.
00:54:20A Rome, on ne dénombre pas moins de 150 corporations.
00:54:24C'est le paradis des petits métiers,
00:54:26et les ruines d'Herculanum en fournissent un caractère.
00:54:29Du marchand de légumes au poissonnier,
00:54:32en passant par le bottier, l'orfèvre et l'aubergiste.
00:54:43Non, la main-d'oeuvre n'est pas constituée uniquement d'esclaves.
00:54:47Mis à part les légumes et les secteurs spirituels
00:54:50à qui l'ont fait chaque mois une distribution gratuite de vivres,
00:54:53la grande majorité des Romains travaillent
00:54:55pour maintenir l'énorme mouvement des affaires
00:54:57qui fait la prospérité de la ville,
00:54:59capitale économique aussi bien que politique,
00:55:01du monde civilisé.
00:55:05Il reste que cette civilisation impériale
00:55:08deviendra de plus en plus une civilisation des loisirs.
00:55:11Il y a au minimum 182 jours fériés obligatoires par an.
00:55:16C'est à la lettre la semaine des 4 jeudis.
00:55:20Dans cet univers d'essence méditerranéenne,
00:55:23la représentation et la forme naturelle du loisir.
00:55:26Il y a à Rome trois théâtres,
00:55:27totalisant soit trois séances,
00:55:30à comparer avec les 2156 de l'Opéra de Paris.
00:55:34Tué par son succès même,
00:55:36l'art dramatique proprement dit,
00:55:37y cède la place aux machineries à grand-mère.
00:55:40Somptueux, à la fois le Châtelet et Hollywood,
00:55:42au temps du muet.
00:55:43Et puis, bien sûr, il y a les jeux du cirque.
00:55:46Ils ont lieu dans des édifices spécialement...
00:55:49Le cirque vaste et le Circus Maximus,
00:55:51qui à l'époque de Trajan contiendra plus de 300 000 places assises.
00:56:06On y dispute des courses à pieds.
00:56:16On y pratique l'athlétisme et la boxe.
00:56:20Mais on y dispute aussi et surtout des courses de chars
00:56:23qui connaissent une vogue prodigieuse.
00:56:25On discutera sous les Flaviens jusqu'à 100 courses par jour.
00:56:29Les longs champs et ses vincennes,
00:56:31à l'échelle d'un peuple entier,
00:56:33tout Rome se passionne religieusement
00:56:35pour les écuries rivales qui sont au nombre de quatre,
00:56:37associées deux par deux,
00:56:39les verts, les bleus et les rouges.
00:56:41L'histoire a même conservé,
00:56:43gravé dans la pierre par quelques citronnes,
00:56:45le nom du cheval Tuscus qui gagna 300 000 places
00:56:49et celui du cheval Victor qui triompha 429 fois.
00:56:53Et les grands jockeys, on dit des origes,
00:56:56les Scorpus, les Epaphroditus,
00:56:58les Pompéius, Musculosus,
00:56:59et les Péplesses qui avaient à Bisseul remporté
00:57:024462 victoires,
00:57:04sont restés, après 20 siècles,
00:57:06des héros nationaux.
00:57:08Reste à parler des gladiateurs
00:57:10pour lesquels on construit à partir du règne d'Auguste
00:57:13des édifices spéciaux, les amphithéâtres.
00:57:16Combats d'hommes contre des hommes
00:57:17ou d'hommes contre les faux,
00:57:19faux entre eux.
00:57:21Ave et César, ceux qui vont mourir te saluent
00:57:23et le vainqueur tourné vers la loge impériale
00:57:25pour demander s'il doit achever le vaincu
00:57:26et le pouce baissé qui signifie la mort
00:57:29peut être reconnu.
00:57:31Ce qui l'est le moins,
00:57:32c'est l'importance des tueries
00:57:33qui ont lieu dans les amphithéâtres.
00:57:35Sous le règne de Titus, en 80,
00:57:37pendant le spectacle inoculant,
00:57:40on tua en un seul jour
00:57:415 000 bêtes.
00:57:43Et sous Trajan,
00:57:45on fit combattre en trois jours
00:57:462 404 gladiateurs
00:57:48non près de la mort
00:57:49et probablement restèrent sur le terrain.
00:57:52Bains de sang dont les Romains eux-mêmes
00:57:54à la fin étaient écoeurés.
00:57:56Mais au prix de ces spectacles barbares
00:57:58où le peuple vient en quelque sorte
00:57:59s'éclat,
00:58:00les empereurs font l'économie
00:58:02de bien des remous politiques.
00:58:03Ce pouvoir fondé sur la plèbe
00:58:05a pour souci numéro un
00:58:07d'épuiser les patients de la plèbe.
00:58:09Rien d'étonnant après cela
00:58:11si la société romaine se dégrade.
00:58:13En apparence,
00:58:14elle est toujours aussi puissamment structurée
00:58:16avec sa division fondamentale
00:58:18entre ces sous-hommes
00:58:19que sont les esclaves
00:58:20et les citoyens romains.
00:58:22L'esclave est une bête de somme,
00:58:24voire une bête de plaisir.
00:58:26C'est aussi l'apport de sang nouveau
00:58:27dont Rome a besoin
00:58:28pour les hommes.
00:58:30Quand le recrutement des esclaves
00:58:31baissera parce que les prisonniers
00:58:32de guerre se font rares,
00:58:34ce sera le commencement de la fin.
00:58:36Par ailleurs,
00:58:37le code moral s'alte.
00:58:39Les vieilles vertus romaines
00:58:41tombent en quenouilles.
00:58:42Il est vrai que d'autres les remplacent.
00:58:44Les plaisirs de tous ordres
00:58:45prennent dans l'existence quotidienne
00:58:46des Romains
00:58:47une place sans cesse croissante.
00:58:50Surtout, les Romains mangent.
00:58:52Beaucoup.
00:58:53Souvent.
00:58:54Quatre repas par jour.
00:58:55Un petit déjeuner,
00:58:56un déjeuner,
00:58:57un dîner,
00:58:58un souper au milieu de la nuit.
00:59:00Cette exubérance gastronomique
00:59:01a donné naissance
00:59:02au mythe de l'orgie romaine.
00:59:04En fait, il s'agit plutôt
00:59:06d'une légende
00:59:06qui a rendu
00:59:07de signaler service
00:59:08à bien et à bien
00:59:10des metteurs en scène.
00:59:29En vérité, la grande transformation
00:59:31des mœurs,
00:59:32c'est l'émancipation
00:59:33de la femme.
00:59:34L'Empire romain est féministe.
00:59:36Autant et davantage
00:59:37qu'elles ont du sport.
00:59:40Elles briquent des emplois.
00:59:42Elles mangent et boivent
00:59:43comme des hommes.
00:59:44Elles ont des amants.
00:59:45On voit surgir
00:59:46d'admirables figures
00:59:47d'épouses romaines
00:59:48qui pratiquent tous les courages
00:59:49et toutes les tendresses.
00:59:50On voit aussi
00:59:51des femmes demeurent légères
00:59:52et qui négligent
00:59:53tous leurs devoirs.
00:59:54Et les statues elles-mêmes
00:59:55font du strictise.
01:00:09La bonne société
01:00:10vivent dans le luxe
01:00:11et la certitude.
01:00:12Leur goût du confort
01:00:13s'étend à la morale.
01:00:15La vertu un peu agressive
01:00:17des matrones
01:00:17a une odeur déconnueuse.
01:00:20La bonne société,
01:00:21même si un scandale
01:00:22l'éclabousse de temps à autre,
01:00:24même si une mince frange
01:00:25de l'aristocratie
01:00:26pratique la débauche
01:00:27comme sport national
01:00:28semblable à l'âge
01:00:29de l'Angleterre,
01:00:30est en réalité rigoriste
01:00:32et conformiste.
01:00:33L'aventure de l'impératrice
01:00:35Messaline dans ce cadre
01:00:36surprend un peu
01:00:37par son étrangeté.
01:00:38Ce n'est pas que
01:00:39la famille impériale
01:00:40a été toujours,
01:00:41par définition,
01:00:41à l'abri du scandale.
01:00:43Le vrai scandale
01:00:44de Messaline
01:00:44n'est pas seulement
01:00:45dans ses aventures
01:00:46qui lui ont donné
01:00:47une réputation
01:00:50spéciale,
01:00:50il est dans la manière.
01:01:04Aujourd'hui encore,
01:01:05les jardins et les villas
01:01:07de Pompéi et d'Herculanum
01:01:08ne se trouvent pas
01:01:09de ce qu'est une vie
01:01:11pleine d'agréments.
01:01:12Une exquise élégance
01:01:13s'y combine
01:01:14avec une très rationnelle
01:01:15organisation matérielle.
01:01:17Les plombiers romains
01:01:18n'ont pas à rougir
01:01:19devant l'opé.
01:01:20Mais Messaline,
01:01:22authentique aristocrate,
01:01:23a dû toujours connaître
01:01:24toutes les douceurs
01:01:25de la vie.
01:01:26Tous ses contemporains
01:01:27s'accordent
01:01:28avec la femme de son temps.
01:01:31Épouse de l'empereur Claude,
01:01:32elle lui donnera
01:01:33un fils, Britannicus.
01:01:34On peut voir
01:01:35que la malchance
01:01:35la poursuit.
01:01:36Différente, certes,
01:01:37la carrière de son fils
01:01:38est plus favorisée
01:01:40par le sort
01:01:40que la sienne.
01:01:42Claude,
01:01:43longtemps tenu
01:01:43pour un imbécile
01:01:44par sa famille,
01:01:45ce qui lui permet
01:01:45de survivre,
01:01:46aime principalement
01:01:47les femmes
01:01:48et les plaisirs
01:01:49de la vie.
01:01:49L'impératrice,
01:01:51longtemps,
01:01:51est irréprochable.
01:01:53Ses quelques aventures
01:01:54n'ont pas un caractère
01:01:54de provocation
01:01:55et l'empereur l'adore.
01:01:57Elle peut tout se permettre
01:01:59dans les limites
01:02:00d'un certain respect
01:02:01si elle sauve
01:02:02un certain nombre
01:02:03d'apparences.
01:02:18Il semble bizarrement
01:02:19que son monde familier,
01:02:21son olympe privé
01:02:22est soudain basculé.
01:02:24Un trouble particulier,
01:02:26une inquiétude spéciale
01:02:27ont dû s'emparer d'elle
01:02:28comme si elle cherchait
01:02:30autre chose,
01:02:30comme si elle avait voulu
01:02:31autre chose.
01:02:32Femme légitime
01:02:33de l'empereur,
01:02:34elle décide d'épouser
01:02:35cependant,
01:02:36sans se cacher,
01:02:37l'homme qui fut
01:02:38son dernier amant.
01:02:39Cette somptueuse,
01:02:40elle dira à l'empereur
01:02:42que c'est pour tromper
01:02:43un oracle
01:02:43qui prédisait
01:02:44la mort de son époux.
01:02:45Claude a failli le croire.
01:02:47Pourquoi
01:02:48cet étrange comportement,
01:02:50cette étrange
01:02:50et énorme provocation,
01:02:52quel motif secret,
01:02:54quelle voie mystérieuse
01:02:55la poussère donc
01:02:56à cet acte insensé,
01:02:58imprudence,
01:02:59passion,
01:03:00probablement,
01:03:01mais pas seulement.
01:03:02Dans son univers secret,
01:03:04existe sûrement
01:03:05une raison secrète,
01:03:06inconnaissable.
01:03:07inconnaissable.
01:03:11Oui,
01:03:12une femme de décision
01:03:14qui a dû savoir
01:03:15quels énormes risques
01:03:16elle prenait
01:03:17et qui les a assumés.
01:03:19Ça m'empêchait
01:03:20de voir en elle
01:03:21comme une lointaine cousine
01:03:22des ânes d'acier
01:03:23de Stendhal,
01:03:24Lamiel,
01:03:25Mathilde,
01:03:25Métil,
01:03:26Gina,
01:03:27Julia Ranieri,
01:03:28fantôme.
01:03:30Rêverie peut-être,
01:03:31mais quel goût
01:03:32à la liberté,
01:03:33même si on fait
01:03:34que l'entrevoir
01:03:35au travers
01:03:36de brumes opaques.
01:03:37Celle du futur,
01:03:38celle du futur.
01:03:40Mais Saline a affirmé
01:03:41sa liberté
01:03:42dans la conquête
01:03:43des hommes.
01:03:44D'abord,
01:03:45ceux qui servaient
01:03:46à son plaisir,
01:03:47puis l'empereur,
01:03:48puis elle a tout perdu
01:03:51sur un coup d'audace,
01:03:52sur un coup d'éclat.
01:04:15La légende,
01:04:16sa légende,
01:04:17la montre courant
01:04:18les rues,
01:04:19les tavernes
01:04:19et les bougent
01:04:20à la recherche
01:04:20des plaisirs
01:04:21les plus bas.
01:04:22Je crois surtout
01:04:22qu'on peut l'imaginer
01:04:23inquiète,
01:04:24frémissante,
01:04:25quittant un univers
01:04:26clos, secret
01:04:27et confortable
01:04:27où l'on peut tous
01:04:28permettre
01:04:29que rien ne se sache.
01:04:31je crois qu'on peut
01:04:32peut-être encore
01:04:33la voir se glisser
01:04:33comme une ombre blanche
01:04:34à la poursuite
01:04:36de ses chimères
01:04:36par les rues
01:04:37ou par les portiques,
01:04:38à la poursuite
01:04:39de sa liberté,
01:04:40à la poursuite
01:04:41del même.
01:05:13Sûr de son pouvoir,
01:05:15ayant éprouvé
01:05:16jusqu'à la satiété
01:05:17que la liberté
01:05:18des frères,
01:05:19mais sa ligne
01:05:20a voulu franchir
01:05:21les limites,
01:05:22dépasser
01:05:23une sorte de seuil.
01:05:24En deçà,
01:05:25on pouvait tolérer
01:05:26ses écarts.
01:05:27D'ailleurs,
01:05:28Claude les négligeait.
01:05:29Là,
01:05:30sa vie devenait
01:05:31un véritable défi,
01:05:33intolérable.
01:05:34En épousant publiquement,
01:05:36à la vue de tout Rome
01:05:37et de l'Empereur,
01:05:38l'homme qu'elle avait choisi,
01:05:40il est difficile
01:05:40de croire
01:05:41qu'elle cédait
01:05:41à une passion aveugle.
01:05:43Elle a su
01:05:43ce qu'elle faisait.
01:05:44Claude ne s'y est pas trompé.
01:05:46La mort dans l'âme
01:05:47et après mille hésitations,
01:05:49elle a accédé
01:05:50aux clameurs
01:05:50de son entourage.
01:05:51Il la fit exécuter.
01:05:53Disons
01:05:53qu'il la laissa exécuter.
01:05:56Aujourd'hui,
01:05:57son ombre revient
01:05:58dans ces lieux
01:06:01qu'elle a dû hanter,
01:06:02dans ces rues
01:06:02où palpitait la vie
01:06:03ou s'agitait frénétiquement
01:06:05un peuple affairé,
01:06:06dans ces bars,
01:06:07dans ces bistros populaires
01:06:09où elle cherchait
01:06:10ses victimes
01:06:10qui, sans le comprendre,
01:06:11étaient ses instruments.
01:06:13Un salut
01:06:14à son âme tourmentée.
01:06:16Fraternelle,
01:06:17mais sa ligne
01:06:17de l'eau du...
01:06:20Et puisqu'il faut mourir,
01:06:22quelle belle mort,
01:06:23quelle belle morte.
01:06:37Je ne crois pas
01:06:38à l'histoire.
01:06:40Mais,
01:06:41pour en avoir été victime,
01:06:43je crois aux histoires.
01:06:46Mon nom est devenu
01:06:47le symbole du dérèglement
01:06:48de l'esprit.
01:06:50Les hypocrites
01:06:51se voilent la face,
01:06:52et dans le même instant
01:06:53avec une sourde envie,
01:06:55ils rêvent
01:06:55de mes exploits supposés.
01:06:58Ils regardent
01:06:59sans nul doute
01:07:00de s'en tenir
01:07:01au chimère
01:07:02et au fumé
01:07:03des songes.
01:07:08Dans un moment
01:07:09criminel,
01:07:10littéralement rendu malade
01:07:12par la soif du pouvoir,
01:07:14dégradé,
01:07:15perverti
01:07:16par l'usage
01:07:17du pouvoir absolu,
01:07:18je n'ai que mis
01:07:19le guin
01:07:19que contre
01:07:20les abstractions.
01:07:22Une morale
01:07:23périmée,
01:07:25des habitudes
01:07:25et des rites sociaux
01:07:26ont décomposé.
01:07:30J'ai assumé
01:07:32jusqu'au bout
01:07:32tous les risques
01:07:33de mes patients.
01:07:35J'ai été aussi loin
01:07:35que j'ai pu
01:07:36sur le chemin
01:07:36de mes curiosités.
01:07:39J'ai tenté
01:07:40d'être libre
01:07:42dans un monde
01:07:42d'esclaves
01:07:43et de maîtres.
01:07:57Je ne suis pas
01:07:58en train
01:07:58de me donner
01:08:00pas un exemple.
01:08:01Dans la sombre
01:08:02mélancolie
01:08:03des enfers,
01:08:03mon âme,
01:08:04ce qui reste
01:08:05de mon âme,
01:08:06ne se lamente pas.
01:08:08Aux satisfactions
01:08:09hypocrites
01:08:10des dames romaines,
01:08:11j'ai préféré
01:08:12la dure recherche
01:08:13d'une liberté illusoire
01:08:14je suis morte.
01:08:17Je n'ai pas été
01:08:17tuée par un mari jaloux
01:08:18mais par un empereur
01:08:20touché dans sa vanité.
01:08:22J'ai rudement
01:08:23sous-estimé
01:08:23la vanité des hommes.
01:08:25Ce sont les femmes
01:08:26qui les choisissent
01:08:27mais il ne faut pas
01:08:28qu'ils deviennent
01:08:31dangereux.
01:08:34Ombre parmi les ombres.
01:08:37Je me demande
01:08:38de me donner
01:08:39l'ombre aussi
01:08:40parmi les ombres.
01:08:41la vie.
01:08:44Oui,
01:08:46c'était quelque chose.
01:08:50J'ai pas été
01:08:51de la vie.
01:08:51J'ai pas été
01:08:56de la vie.
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