- il y a 2 jours
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00:00C'est parti !
00:34C'est ça l'opéra ?
00:36On dirait un gros papa au rhum avec de la confiture !
00:41C'est incroyable !
00:43Ils regardent toutes ces statues dans tous les coins !
00:46Mais qu'est-ce qu'elles peuvent bien représenter ?
00:49Allons voir !
00:51Mais on n'arrivera jamais à traverser !
00:53Regarde un peu les voitures !
00:55Attends, c'est ce qu'il faut !
01:03Regarde les danseuses !
01:08Les victoires !
01:15Les archanges !
01:19Tiens les musiciens !
01:23Pergolèze
01:25Haydn
01:27Bach
01:31C'est Merosa, un vrai musée !
01:49Tu sais, je crois que nous n'arriverons jamais à l'Ompéra !
01:53Autant renoncer !
01:54Je ne peux pas rester dans ce quartier !
01:56Tu nous invites à partir !
01:59Il n'y a que des agences de voyage !
02:01Regarde !
02:19Viens, partons !
02:20Prenons le bateau ou l'avion !
02:22Ce serait dommage, mes petites !
02:23Vous êtes sur une des places les plus célèbres de Paris !
02:26Vous êtes parisien, monsieur !
02:27Les parisiens ne connaissent rien à leur ville !
02:29Non, je suis un touriste !
02:30Étranger !
02:32En quoi cet endroit est-il historique ?
02:34Venez !
02:49Regardez cette foule massée devant l'Opéra !
02:52Nous sommes en 1918, une cantatrice célèbre,
02:57Marc Genal Chantelin, Marseillaise !
03:00Comme vous le dites, oui !
03:01Et c'est la victoire, Clio !
03:03C'est la tête !
03:05Regardez encore !
03:07C'est une autre foule !
03:08Elle attend un général célèbre, le général Boulanger !
03:11Elle veut renverser la République !
03:14Nous sommes en 1889 !
03:16Au pied du bec de gaz, juste sous l'horloge,
03:19un monsieur sérieux consulte sa montre !
03:22Le général ne vient pas !
03:23Il ne viendra pas !
03:24Il n'ose se décider !
03:26Depuis cinq minutes, dit-il,
03:28le boulangisme est en baisse !
03:30Et la foule va se séparer !
03:32Je ne voudrais pas abuser de votre patience, mes petites,
03:34mais je vous assure, ce quartier mérite d'être visité !
03:38Vous vouliez connaître l'Opéra !
03:42L'Opéra, comme beaucoup de choses de l'art,
03:44est né dans la France du XVIe siècle !
03:46Un tout petit groupe de poètes et d'artistes
03:48décident de reconstituer le beau récitatif chanté des Grecs !
03:53Il n'était pas nombreux !
03:54Il y avait là Vincenzo Galilei,
03:56et oui, le père du Grand Galilée,
03:57Pietro Sforzi,
03:59le musicien Emilio del Cavalieri,
04:01et quelques-uns !
04:02Il mettait en musique beaucoup de choses,
04:04des sonnets, des canzones à Baglio,
04:06et peu à peu, un spectacle dramatique se constitue !
04:10Plus tard, Monteverdi découvre la modulation !
04:13Le chant se dégage enfin du chant d'église,
04:15il prend son vol !
04:17L'Opéra quitte Florence,
04:18il gagne mille ans vers le nord,
04:20Naples vers le sud,
04:21il se pose sur Rome, la ville éternelle,
04:24il flambe dans toute la péninsule !
04:26Maintenant, si vous voulez aller en Italie,
04:28je peux vous organiser un voyage !
04:31Florence, Rome, Naples...
04:34L'Italie !
04:35Le soleil !
04:37On vient Cléopien, on parle !
04:40Restez donc en France !
04:42L'Opéra a franchi les Alpes !
04:45En hélicoptère ?
04:47Monica, tu es insupportable !
04:50L'Opéra enfin arrive en France !
04:52Mais au XVIIe siècle seulement,
04:55et dans les bagages d'un aventurier !
04:57Laissez-moi deviner !
05:00Conchini !
05:01Non, pas Conchini !
05:03Il Mazzarino !
05:04Le cardinal de Mazarin !
05:06C'est lui qui introduit à la cour,
05:07entre autres modes italiennes,
05:09une troupe florentine d'Opéra !
05:10Mais il n'y avait pas d'Opéra français !
05:15Monsieur Cronos !
05:16On s'était dans vous !
05:21Vous ne connaissez donc pas le célèbre tenor Hector Cronos ?
05:25Clio, l'Opéra est italien, mais il y a aussi un Opéra français !
05:29Et dès le XVIIe siècle !
05:31Et vous pouvez en découvrir l'histoire en vous promenant dans le quartier !
05:34Pas sans vous !
05:35Allez, je vous rejoins !
06:07Mais où vont-elles ?
06:08J'aurais pas dû les laisser partir seules !
06:10Elles vont se perdre dans le dédale de ces passages !
06:14Il est vrai que dans le quartier de l'Opéra,
06:16on peut parcourir des kilomètres à l'abri des intempéries,
06:19sans risquer de se faire bousculer par les voitures !
06:49Pour toi, Paris a toujours été de la marche à pied !
06:53Oh, ne te plains pas toujours, Monica !
06:55Moi, ici, il n'y a pas de voiture !
06:58J'adore ces petits passages couverts !
07:01On dirait les coulisses des théâtres !
07:03Ils ont un charme !
07:05C'est affreux !
07:06D'abord, où est-ce qu'on est ?
07:07À Paris ?
07:08À Constantinople ?
07:10À Constantinople, bien sûr !
07:12Au Grand Bazar !
07:14Tu sais, les turqueries ont été toujours très à la mode à Paris !
07:17Et puis, n'oublie pas !
07:19M. Cronos nous a dit que Mazarin était l'introducteur de l'Opéra à Paris !
07:24Et je veux trouver Mazarin !
07:26Où ça ? Chez les turcs ?
07:29Bah, pourquoi pas ! Viens !
07:32Comme ces magasins sont amusants !
07:35Mais regarde !
07:37Qu'est-ce qu'il y a dans cette vitrine ?
07:39Mais c'est M. Cronos !
07:40Qu'est-ce qu'il fait là ?
07:50M. Cronos, on a l'impression d'être dans les coulisses des vieux théâtres !
07:54Mais on ne trouve pas vos opéras !
07:56Mais qu'est-ce que c'est ça ?
07:57Regarde !
07:59Un joli piano ?
08:00Non, du clap-sain !
08:02Nous allons la laisser jouer et aller visiter les beaux hôtels de la rue de Richelieu !
08:07Oui, la rue de Richelieu est probablement l'une des rues les plus encombrées !
08:11Elle a été de tout temps l'étroite voie qui relie Paris du Nord au Sud !
08:21C'est là, au bout de ce passage !
08:24C'est une des rues où la densité des beaux hôtels du XVIIe et du XVIIIe siècle est la plus
08:29forte !
08:30Il suffit de lever les yeux au-dessus des vitrines pour les découvrir !
08:35Tenez ! Voici l'hôtel où mourut Diderot !
08:52Vous voyez la petite rue de la fontaine Colbert ?
08:55Jadis, elle s'appelait Mazarin !
08:57Enfin ! Mazarin !
08:59Je vous raconterai !
09:02Tenez ! Au fond de la cour, c'est tout ce qui reste de l'hôtel de Nevers !
09:06Construit pour Mazarin en 1649 !
09:13Mazarin habitait ici ?
09:15Mais c'est la Bibliothèque Nationale !
09:18Entrons !
09:42Mazarin habitait cet hôtel, le célèbre hôtel Tubeuf construit en 1634 !
09:47Qui étais-tu bœuf ?
09:49Un haut fonctionnaire du roi, un grand officier, comme on disait !
09:52Il était président de la cour des comptes et grand ami du cardinal de Mazarin !
09:56Les gens de la cour des comptes étaient donc si riches ?
09:59Je pense bien qu'ils étaient riches parce qu'ils devaient acheter au roi leur office !
10:04En 1643, il loue son hôtel à Mazarin ! En 1649, il le lui vend !
10:10Mais pourquoi Mazarin tient-il tellement à s'installer ici ?
10:14L'amour, Monica, l'amour !
10:17Il était plus près du palais royal !
10:21Où habitaient alors la reine Anne d'Autriche et le petit roi Louis XIV !
10:29En somme, tout Paris s'est déplacé ici pour suivre la cour !
10:32Exactement !
10:34L'hôtel Tubeuf devint le palais Mazarin !
10:37Le cardinal était plus riche encore que le président !
10:40Il agrandit considérablement l'hôtel !
10:43Ah, les gazettes et les épigrammes à les bons trains !
10:46La maison est assez jolie et la cage vaut bien l'oiseau !
10:50Que le voisinage est beau, il me semble être en Italie !
11:11Mazarin fit d'abord construire sur ses jardins une de ses longues galeries pour y abriter ses trésors !
11:16C'est rapide !
11:17Oh, ne soyez pas méchants, Clio.
11:19Mazarin était un amateur d'art.
11:21Alors il mit dans ses galeries des sculptures, des meubles rares, des peintures, des tapisseries.
11:27Mais ça ne suffisait pas.
11:29Le cardinal était aussi amateur de livres.
11:32Il fallut plusieurs bâtiments nouveaux pour loger sa bibliothèque qui comptait 40 000 volumes.
11:37Mais c'est la bibliothèque d'Alexandrie.
11:39Ma foi, presque, oui.
11:41Les Florentins avaient aussi le goût des manuscrits rares, des riches reliures.
11:45Il est donc le créateur de la bibliothèque nationale ?
11:48Presque, oui.
11:50Une partie de ses biens revint au 18e siècle au financier Lohr.
11:54Celui qui fit de mauvaises affaires.
11:56Exactement.
11:57Louis XV, après la faillite de Lohr, créa la bibliothèque du roi.
12:02En somme, ce cardinal Florentin que les Parisiens détestaient était une mécène.
12:08Un mécène, exactement.
12:09Et un mécène fastueux.
12:11C'est lui et lui seul qui a permis de créer un opéra français.
12:14Nous y voilà !
12:15L'opéra !
12:16Et il a fait venir des Italiens.
12:18Mais il a fait beaucoup mieux que ça.
12:19Il a aidé dans ses débuts le premier auteur français d'opéra, Pierre Perrin.
12:23Mais qui était ce Perrin ?
12:25Un Lyonnais.
12:27Tenez, regardez.
12:34Anne d'Autriche et Mazarin sont en présence.
12:37Ils ne savent pas encore que de leur entrevue naîtra l'opéra en France.
12:46Vous n'y pensez pas !
12:47Mais si, ma chère ! Et vous serez la première ravie !
12:50Non, non et non, vous dis-je.
12:53Essayons, voulez-vous.
12:54Mais faites venir une nouvelle troupe d'Italiens, si vous tenez tant à votre opéra !
12:58Je crois connaître mes Italiens.
13:00Ils sont merveilleux !
13:01À Milan, à Florence, à la rigueur à Naples.
13:04Mais à Paris, ils deviennent tristes, moroses.
13:07Ils ne songent plus qu'à gagner de l'argent pour repartir.
13:09J'ai essayé quelque chose avec eux.
13:11Non, ils n'ont rien fait de moi.
13:14Il est vrai que vous êtes leur fèvre.
13:16Et puis, basta !
13:18On m'accuse assez de coloniser la France et la cour avec mes Florentins.
13:22Non, il faut trouver quelque chose d'autre.
13:25Vous savez bien que les Français n'ont pas la tête lyrique.
13:27Ils n'entendent rien à la musique.
13:29Il ne s'agit pas seulement de musique.
13:31L'opéra est une forme nouvelle de spectacle.
13:33Tout est permis.
13:34Le chant, la poésie, la danse.
13:36Ce sera une petite révolution.
13:37Ne me parlez pas de révolution.
13:39Oh, une révolution pour rire.
13:42Laissez-moi faire avec ce Perrin.
13:44Qui est Perrin ?
13:46Un abbé.
13:47Un abbé ?
13:48C'est tout ce que vous avez trouvé.
13:50Oh, un abbé pour rire.
13:52Un faux abbé.
13:53Mais enfin, est-il abbé ou ne l'est-il pas ?
13:55Il l'est si peu.
13:56Il est parfait, ce Perrin.
13:58Et puis, c'est un Lyonnais.
13:59Et Lyon, c'est un peu l'Italie.
14:01Et puis, il est ami de voiture, ce qui est une recommandation.
14:05Ah, belle recommandation, en effet.
14:09Précieux, impertinent, intriguant.
14:11Ne dites pas de mal de lui.
14:13Il a tant d'esprit.
14:15Qui c'est vous qui le dites ?
14:16Peu importe ses malices.
14:17Il a du talent.
14:18C'est un petit niais qui sent son bourgeois d'une lieu.
14:20Il a fait merveille à Florence.
14:22Il aime nos Italiens.
14:24Et le cardinal de Richelieu en disait le plus grand bien.
14:26Donc, ce Perrin est son ami.
14:28Il n'est pas plus abbé que...
14:29Que vous n'êtes cardinal ?
14:30Mais là n'est pas la question.
14:32Mais que fait-il, votre Perrin ?
14:34Il est chez monsieur, frère du roi.
14:36Il introduit les ambassadeurs.
14:38La noble charge, cela le dispose en effet à faire du spectacle.
14:41Ils ne s'en tirent pas si mal.
14:43Lui et son ami Cambert ont quelques bonnes idées.
14:45Ah, parce qu'ils sont deux !
14:48Cambert, c'est mon surintendant de la musique.
14:51Exactement.
14:51Ah ! Le noble mariage, Cambert.
14:54Avec un faux ambassadeur.
14:56Faux abbé.
14:58Intrigant de salon.
14:59Tout ça pour faire un opéra.
15:01C'est bouffon.
15:02Il ne faut rien exagérer.
15:04Cambert a beaucoup à apprendre avec Perrin.
15:06Beaucoup plus que vous ne supposez.
15:08Vous l'avez nommé surintendant, ce qui est bien.
15:10Mais après tout, ma chère, que vous a-t-il composé ?
15:12Des airs à boire, des airs de cours, rien de bien rare, croyez-moi.
15:16Le petit Perrin a de l'idée du mouvement.
15:18Le mariage sera bon, croyez-moi.
15:20Au moins que cela n'ait pas lieu à la cour.
15:22Ils ont en tête un opéra.
15:24Quelque chose de frais, de léger et de précieux à la fois.
15:27Cela s'appelle la pastorale.
15:30La pastorale ?
15:31Mais donnez-donc cela à la campagne.
15:33Le scandale sera moins grand qu'à Paris.
15:35À la campagne.
15:37C'est une idée.
15:39Faites entrer, messieurs Perrin et Cambert.
15:41Majesté.
15:43Monseigneur.
15:44Messieurs, je vous salue.
15:45Sa Majesté la Reine a décidé que vous composeriez le premier opéra français.
15:50Nous avons pensé qu'il serait bon que le spectacle eût lieu...
15:54Aux Tuileries.
15:55À ici.
15:56À ici ?
15:57Mais c'est à deux lieux de Paris.
15:59Mais, Monseigneur...
16:01Mais c'est la campagne.
16:02Justement.
16:03M. Delahaye y a construit une fort belle maison de campagne.
16:06Vous êtes, je crois, mon cher Perrin, un peu fort en cours auprès de Mme Delahaye.
16:11J'arrangerai cela.
16:12Je suis sûr que vous serez fort à l'aise pour monter votre petit spectacle.
16:17Je vous souhaite beaucoup de succès.
16:29Et oui, le cardinal avait raison.
16:32Non seulement la pastorale fut un succès,
16:34elle était chantée et dansée par si ravissantes jeunes personnes,
16:37mais encore tout Paris s'y précipita.
16:40On appela la pastorale l'opéra d'ici.
16:44Ah, que de carrosses et d'équipages allèrent au champ.
16:49Cambert et Perrin étaient lancés.
16:51Ils se mirent au travail.
16:52Ils écrivirent et firent jouer Ariane, Pomone...
16:55C'était ensemble une série mythologique.
16:57Toujours à ici ?
16:59Non, ils avaient droit désormais au traiteau de la capitale.
17:02Le roi, séduit par le nouveau spectacle,
17:05donna licence à Perrin de créer des opéras partout en province.
17:08Des académies d'opéras, comme on disait.
17:11À Paris, Perrin installe à son académie rue Mazarine.
17:15Et c'est là qu'il présente à Pomone,
17:17bien après la mort du cardinal, en 1671.
17:20Et se fout un gros succès.
17:22Un succès énorme.
17:2412 000 livres de recettes.
17:27Perrin remplit la salle pendant 8 mois.
17:29Et il fait ses concurrences à la comédie.
17:39Mais, dites-moi, M. Cronos,
17:42l'opéra, c'était quand même pas le spectacle le plus couru du grand siècle.
17:47Ah, ce qu'il dit, c'est vrai, Monica.
17:49Il y a bien Rameau et Lully,
17:52mais les opéras qu'on peut voir et entendre, c'est rare.
17:56C'est pas comme les pièces de théâtre.
17:58Détrompez-vous, Clio.
17:59La cour était très friande d'opéra.
18:01Et quand Lully créait un ballet,
18:04tout Paris a couré.
18:05Il est vrai qu'on a couré encore beaucoup plus à Molière.
18:09Tiens, d'ailleurs, Molière a souvent travaillé avec Lully.
18:11Et le voilà, Molière.
18:13Mais c'est une fontaine !
18:14Oui, la fontaine de Molière.
18:16Il est mort d'ailleurs tout près d'ici,
18:18aux 40, rue Richelieu.
18:22Molière était, comme la plupart des hommes de lettres du grand siècle,
18:25un grand vagabond.
18:27Il a habité tout Paris.
18:28Mais à partir de 1660,
18:30il a toujours cherché son gîte,
18:32comme tous les gens du spectacle,
18:33à proximité du Palais Royal.
18:36Il épouse Armand de Béjar en 1662
18:38et vient s'installer ici en octobre 1672.
18:43Il demeura moins de six mois dans cette maison où il mourut.
18:46Il fallait que la maison soit vaste
18:48pour abriter les meubles et les toilettes d'Armande,
18:51les habits de scène de Molière
18:52et sa riche bibliothèque.
18:55Et vous dites que Molière est mort dans une maison de cette rue ?
18:58Oui, le 17 février 1673.
19:01On l'a ramené chez lui.
19:02C'était son dernier rôle.
19:04Et la statue ?
19:05Elle est de l'époque ?
19:06Ah non, elle date de 1844.
19:08Mais voyez que Molière était plein de malice et d'humour.
19:11À quelques jours de sa mort, il avait encore le courage
19:13de faire une farce au conseiller Joseph Foucault,
19:17qui était presque son voisin.
19:19Vous voyez cet hôtel ?
19:21C'est l'hôtel d'Odin.
19:22Il est resté intact.
19:26Le conseiller Foucault l'habitait
19:27au moment où Molière écrivait son malade imaginé.
19:35Or, ce conseiller était la fable de la cour.
19:38On parlait de lui dans tout Paris,
19:39car il ne quittait jamais sa robe de chambre et son bonnet de nuit.
19:42Il se croyait toujours malade.
19:44L'occasion était trop belle.
19:48Un jour,
19:50Molière et quelques amis de la troupe
19:52gagnèrent un domestique du conseiller,
19:55s'introduisirent nuitamment dans l'hôtel,
19:58attendirent que le noble juriste
19:59fût tout à fait endormi
20:00et dérobèrent les deux objets
20:02qui étaient la fable de la ville.
20:04Molière avait une partie de son habit de scène.
20:06C'est ainsi que le jour de la première,
20:08au Palais-Royal,
20:09le 10 février 1673,
20:11on prétendait que Molière
20:12portait le bonnet de nuit du président Foucault.
20:15Cette gravure le représente dans le rôle.
20:31Ils entendent point
20:32et ma sonnette ne fait pas assez de bruit.
20:34Drolin, Drolin, Drolin, point d'affaire.
20:38Drolin, Drolin, Drolin,
20:40ils sont sûrs, toi, nettes.
20:42Drolin, Drolin, Drolin,
20:43tout comme si je ne sonnais toi.
20:48Chienne, coquine, Drolin, Drolin, Drolin,
20:50j'enrage.
20:54Drolin, Drolin, Drolin,
20:55carangue à tous les diables.
20:57Est-il possible qu'on laisse comme cela
20:58un pauvre malade tout seul ?
20:59Drolin, Drolin, Drolin,
21:01voilà qui est pitoyable.
21:06Drolin, Drolin, Drolin,
21:07mon Dieu, ils me laisseront ici mourir.
21:09Drolin, Drolin, Drolin.
21:14Ainsi, Molière est mort sur scène.
21:17Eh oui.
21:18Et grâce à lui, aujourd'hui encore,
21:19sur le théâtre,
21:20les hommes de son temps
21:21vivent, crient, pleurent,
21:23disputent, raisonnent, palabres.
21:26Tiens, mais où est donc passé Monica ?
21:28Oh, mon Dieu !
21:29Mais où est-elle ?
21:30Venez, je sais où la trouver.
21:53Mais enfin !
21:54M. Cronon !
21:56Il aurait été plus simple
21:57de lui mettre une perruque.
21:59Une perruque ?
22:00Voilà.
22:01Mais je n'en veux pas !
22:02Essayez !
22:09On peut dire que vous avez
22:10une drôle de binette.
22:11Oh, qu'est-ce que c'est binette !
22:19Rendons-nous chez Maître Binet,
22:20le perruquier de Louis XIV.
22:22Cet artiste capillaire
22:23habitait notre quartier des opéras,
22:25exactement rue des Petits Champs.
22:28De grâce, Madame, patientez un instant,
22:30je vais chercher votre binette cendrée.
22:33Maître, un courrier de Normandie.
22:35Peux-tu bien baisser le ton ?
22:36Ne vois-tu pas que je suis avec une personne de qualité ?
22:38Il attend, monsieur, il s'impatiente.
22:40Quoi ?
22:40Il dit qu'il a deux sacs de roues.
22:42Deux roues ?
22:43Je vais entrer.
22:44Oui, discrètement.
22:46Et voilà.
22:47C'était pas beau, Stadio Binet ?
22:49Deux sacs de roues.
22:50Et du beau.
22:51Et tu t'imagines que tout Paris
22:53va se mettre à porter du roues comme ça
22:54pour faire plaisir aux Normands ?
22:56Les Normands sont blancs, monsieur Binet,
22:58pas roues.
22:58Ben alors, c'est deux sacs.
23:00C'est des Saxons.
23:01Bon ben, Saxons ou Normands,
23:02peu m'importe.
23:03Combien veux-tu ?
23:0410 francs, la livre.
23:0610 francs ?
23:06Mais tu fous !
23:07Ben, c'est du roues d'Angleterre.
23:09Écoute, actuellement,
23:10l'anglais n'est pas tellement à la mode à Paris.
23:12Alors, je t'en offre 4 francs, pas plus.
23:146.
23:15C'est mon dernier prix.
23:16Non.
23:16Bon.
23:17Eh ben, j'embarque le tout.
23:19Ah, vous regretteriez votre geste, monsieur Binet.
23:21Eh ben, au diable.
23:21Non, à présent, je m'en vais au Paris-Royal.
23:23Oui, voir l'Italien qui se monte.
23:25Ah, lui, il aime le roue.
23:26C'est un homme de goût, quoi.
23:27Attends, attends, Butor.
23:29Attends.
23:30Je t'en offre 4 francs 50.
23:32Ah, mais c'est mon dernier prix.
23:33Montre un peu.
23:35Du beau ?
23:37Ignorant.
23:37Mais ne sais-tu pas qu'un cheveu n'est utilisable
23:39que s'il mesure au moins 40 pouces de long ?
23:43Oh, tu peux remarquer tes misérables ballots de crin.
23:46Ben, qu'est-ce que je m'en vais faire de tout ça ?
23:47Mais ben, vachez l'Italien.
23:49Tu lui dira de lancer la mode.
23:50La mode des perruques en brosse.
23:53On ne dira plus les Binet, on dira les Saxonnes.
23:57Oh, mais regarde, misérable.
23:58Regarde une perruque de chez Binet.
24:01Vois ce cheveu.
24:03Soyeux, doux, cendré, parfumé, délicatement bouclé,
24:09ouaté de poudre.
24:10La voilà, l'immortelle Binet.
24:16Dites-moi, monsieur Cronos,
24:18comment appelle-t-on en français un homme qui promet,
24:21qui promet et qui ne tient pas ses promesses ?
24:24Un farceur.
24:26Eh bien, monsieur Cronos, j'en prends Molière à témoin.
24:29Vous êtes un farceur.
24:31Monika !
24:32Mais parfaitement !
24:33Depuis le début de notre promenade,
24:35il nous promet de nous montrer des opéras.
24:37Et de quoi nous parle-t-il constamment ?
24:39De Molière.
24:40Molière, à ce que je sache,
24:42n'a jamais été un auteur d'opéra.
24:43Bah, c'est vrai, monsieur Cronos.
24:45Et les opéras ?
24:47Vos fameux opéras de Paris.
24:49L'opéra ?
24:50Mais vous y êtes ?
24:51Comment ?
24:52Vous y êtes ?
24:54Je commence.
24:55Premier opéra, à la campagne.
24:57Deuxième opéra, rue Mazarine.
24:59Troisième opéra, la salle du Bel Air, rue de Vosgirard.
25:02La nouvelle gloire vient d'Italie,
25:03elle s'appelle Lully.
25:06Quatrième opéra, la salle du Palais Royal.
25:09Enfin, son emplacement.
25:10Molière y jouait ses comédistes depuis 1660
25:13et nul n'avait pu l'en chasser.
25:15Il était ici comme chez lui.
25:17Molière mort en février 1673,
25:20Lully se mit aussitôt à l'ouvrage.
25:22Intrigua si vite et si bien
25:24que les comédiens de Molière
25:25durent faire leur bagage
25:27et quand leur lieu est place,
25:28s'installa la troupe d'opéra de Lully.
25:31Pendant 14 ans,
25:32on allait y jouer toutes ses œuvres,
25:34soit 19 opéras.
25:38Mais 100 ans plus tard,
25:40le 6 avril 1763,
25:42le feu se déclara à l'opéra
25:43et le signe se prenait rapidement
25:45une telle proportion
25:46qu'il entraînait l'écroulement de l'édifice.
25:49Mais revenons à Lully,
25:51ici au milieu de ses musiciens.
26:02Regardez sa maison,
26:03restée intacte.
26:04Oui, celle qui fait le coin,
26:05toute dorée, pensue,
26:06replète, mais aussi solide,
26:08bien défendue.
26:09Regardez l'allure majestueuse des fenêtres.
26:15Il a fait représenter des masques de théâtre,
26:19des instruments de musique,
26:20des visages mythologiques.
26:34Ces nombreux opéras
26:35obtinrent de tels succès
26:36que les recettes ne césaient de croître
26:38et que Lully amassa
26:39des sommes énormes.
27:01Les parisiens plaçaient alors
27:03leur argent en maison
27:04et Lully les imita.
27:06S'il avait vécu plusieurs vies,
27:08Lully aurait acheté tout Paris.
27:11Savez-vous combien il louait
27:12une de ses maisons ?
27:131600 livres par an.
27:15C'est-à-dire que, grosso modo,
27:17le seigneur Lully récupérait
27:18en 10 ans de location
27:20le prix de sa construction.
27:21C'était un bon placement.
27:25Il l'a même loué
27:26à un marchand de vin
27:26et à un marchand de bois.
27:28Peu lui importait
27:29que sa belle demeure
27:29fût transformée en entrepôt.
27:31Il fallait bien l'amortir.
27:32Et puis Lully, le florentin,
27:34n'avait pas le moindre préjugé
27:35contre les marchands.
27:37La maison était grande
27:38et l'argent rentrait.
27:40Attendez la suite.
27:41Oui, Lully a été obligé
27:42de louer sa maison tout de suite.
27:44Il avait emprunté
27:4411 000 francs à Molière
27:46pour la construire.
27:47La moitié du fruit total !
27:49Molière devait être son ami.
27:52Disons plutôt son associé.
27:54Ils préparaient ensemble
27:55le bourgeois gentilhomme.
27:57Ils avaient déjà travaillé
27:58à une nouvelle forme de spectacle.
28:00Ce n'était pas l'opéra,
28:01non, c'était la comédie-ballet.
28:03Monsieur de Boursoignac
28:04avait été un très, très gros succès.
28:06C'est à lui,
28:06il jouait dedans.
28:07Et on attendait beaucoup
28:09de ce fameux bourgeois gentilhomme.
28:11Tenez, regardez la répétition.
28:25Vaut-il commencer bientôt
28:26leur turquerie ?
28:27Ta fiante, tu seras comblée.
28:29Ce Molière est fou.
28:30Il se moque du monde.
28:31Que voulez-vous, il est en cours.
28:32Il se peut que cela change.
28:34Rappelez-vous Tartus.
28:35Et le misentrant.
28:37Quel ennui.
28:38Ces auteurs,
28:39soi-disant comiques,
28:40sont des fins au jugement sévère.
28:42Ils le jugent de tout
28:44comme s'ils avaient tout créé.
28:46Regardez le maître
28:47au milieu de ces comédiens.
28:48Ne dirait-on pas Jupiter en personne ?
28:52Un petit Jupiter de foire.
28:57Arrête, Baptiste, arrête.
28:59Je t'assure que le menuet
29:00est au point maintenant.
29:01Passons à la turquerie, veux-tu ?
29:03Messieurs.
29:08Mon Dieu, mais c'est Lully !
29:09Baptiste, mon Baptiste.
29:11Mais ravissante, mais beauté
29:13que je suis aise.
29:14Mon petit Baptiste,
29:15voulez-vous nous dire
29:16ce que vous faites dans cette galère ?
29:18Et pourquoi il vous déguise ainsi ?
29:19Vous êtes tout à fait bouffant.
29:22Il va vous compromettre.
29:24Vous ridiculisez.
29:25Je suis incognito.
29:28On vous reconnaît tout de suite.
29:29Venez, je vais vous faire une confidence.
29:31Le roi aime les Turcs,
29:32le roi aime les bouffonneries,
29:34le roi aime Lully,
29:35vous comprenez ?
29:36Pas du tout.
29:36Viens-tu, Baptiste ?
29:37J'arrive.
29:38C'est tout simple.
29:39Lully, pour plaire au roi,
29:41se déguise en Turc
29:42et fait le bouffon.
29:45Il est adorable.
29:47Et comment terminons-nous ce divertissement ?
29:49J'ai une fin à ma manière
29:50par un saut considérable.
29:52Un saut ?
29:52Mais nous sommes au théâtre.
29:53Laisse-moi faire.
29:55À propos, ces gens-là ne t'aiment pas.
29:56Que m'importe.
29:58Viens,
29:58j'ai quelque chose
29:59à te demander.
30:02Regardez,
30:03il va lui dire son fait.
30:04Dieu merci,
30:05Lully a du bon sens.
30:07Et du goût.
30:08Et du talent.
30:09Tout ce que l'autre n'a pas.
30:10Tu sais que j'ai acheté
30:11un terrain rue Saint-Anne ?
30:13Je sais.
30:14Je fais construire.
30:15Alors ?
30:16J'ai besoin de toi.
30:18Regardez l'air génie du Molière.
30:20Il lui rive son clon.
30:23Je t'en prie,
30:24fais-moi une avance.
30:25Combien ?
30:2611 000 livres.
30:27Non.
30:29C'est la rupture.
30:31Molière ne l'aura pas volée.
30:32C'est le marquis
30:33qui va rire ce soir.
30:34Tu me mets dans l'embarras.
30:35Je te rendrai sans tarder.
30:37Si le spectacle marche ?
30:39Et si je n'y suis pas,
30:40marchera-t-il ?
30:42Baptiste,
30:42je n'aime pas ces procédés.
30:44Bon,
30:45va pour l'avance.
30:46Tu es insatiable.
30:48J'ai ma famille à loger.
30:51Merci, Molière.
30:52Et tu verras,
30:53ne t'inquiète pas pour la fin.
30:55Dans les étoiles, Molière.
30:57Dans les étoiles.
30:59Je n'y comprends plus rien.
31:01Il a tenu parole.
31:02À la première représentation,
31:04Lully a sauté si haut
31:05qu'il est retombé
31:06sur le clavecin de l'orchestre.
31:08Louis XIV était malade de rire.
31:24Lully a sauté si haut qu'il est retombé sur le clavecin de l'orchestre.
31:38Madame Butterfly ?
31:40C'est l'opéra, Monica.
31:42Regarde toutes ces farces et attrapes.
31:45C'est encore de l'illusion.
31:46Du théâtre.
31:48On n'a pas de temps à perdre.
31:51On est à la recherche des opéras.
31:53Tu oublies.
31:54Monsieur Kronos a disparu.
31:57Peut-être se cache-t-il derrière ses masques.
32:18Eh bien, vous y êtes dans le quartier des opéras.
32:21Quoi ?
32:22Vous êtes portier d'hôtel, maintenant ?
32:24Oh, pas n'importe quel hôtel.
32:25Un hôtel célèbre.
32:26L'hôtel Louvois.
32:27Chandale l'a habité.
32:29Avec sa maîtresse, la célèbre cantatrice Pasta.
32:32Elle n'avait que la rue à traverser
32:33pour se rendre à l'opéra.
32:36Mais c'est pas possible.
32:37Quel opéra ?
32:38L'opéra de Paris.
32:39Il était construit à l'emplacement de ce square
32:41et de cette fontaine.
32:43L'opéra fut construit par Mademoiselle de Montancier
32:45en 1792.
32:47On l'accusa d'avoir construit un théâtre
32:49à côté de la Bibliothèque Nationale
32:51pour pouvoir incendier celle-ci.
32:53On l'a mis en prison.
32:55Il faut dire qu'à l'époque,
32:56les salles de théâtre brûlaient facilement.
33:00Le 12 février 1820,
33:02le duc de Berry,
33:03neveu du roi Louis XVIII
33:04et fils du roi Charles X,
33:06y fut assassiné
33:07alors qu'il se rendait au spectacle.
33:09Après l'événement,
33:10on ferma l'opéra qui fut démoli.
33:13Louis XVIII voulait y construire
33:14un monument expiatoire.
33:16On se contenta de cette fontaine
33:18dessinée par Visconti en 1844.
33:22Regardez ces gens qui se reposent,
33:24n'ont-ils pas l'air d'écouter encore
33:26les échos d'un opéra ?
33:48Après la démolition de la salle Richelieu,
33:50qui se trouvait à la place de ce square,
33:53l'opéra, une fois encore,
33:54n'avait plus de salle.
33:55Il reprit provisoirement ses représentations,
33:58salle Favard,
33:59où se trouve aujourd'hui
34:00l'opéra comique.
34:03Ce théâtre avait été construit
34:05en 1783,
34:06sur le terrain de l'hôtel de Choiseul,
34:09à l'intention des comédiens italiens.
34:11Mais les Italiens ne s'étaient pas
34:13seulement installés ici.
34:15Allez-donc les retrouver
34:16à la Banque de France.
34:20La Banque de France est installée
34:22dans l'ancien théâtre Vantadour
34:24en 1826.
34:26Mais regarde,
34:27ça a l'air tout neuf.
34:28On pourrait se jouer dans Giovanni.
34:31Peut-être vont-ils y refaire une salle de spectacle.
34:33Mettez pas le, Monica,
34:34puisque c'est une banque.
34:36Tiens, lis la suite.
34:38C'est là que fut donnée
34:40la première représentation
34:41de Don Juan.
34:42Les Italiens venaient
34:44à Vantadour
34:44parce que leur théâtre
34:45de la rue Le Pelletier
34:46avait brûlé.
34:48Mais ce ne sont pas
34:50les Italiens que nous cherchons.
34:51Les nôtres sont du 18e siècle.
35:34Mais oui, M. Cronos ?
35:35Mais je crois qu'il est passé par là.
35:39Regarde !
35:39On dirait un décor
35:40de l'Opéra du 19e siècle.
35:43Oui, mais toujours pas de Cronos.
35:45S'il y a une moise,
35:46elle désire quelque chose ?
35:48M. Cronos !
35:49Enfin !
35:51Dis-moi,
35:51où sont les Italiens ?
35:53Les Italiens ?
35:54Mais ils sont partis
35:55depuis longtemps.
35:56Tenez.
35:57Regardez le beau
35:58Jean-Baptiste Pergolaise,
36:01auteur de La Servante Maîtresse,
36:03représenté à Paris en 1746.
36:07Il a révolutionné l'Opéra.
36:09Pour lui,
36:09ce devait être un divertissement.
36:11Il mêlait la tragédie
36:13et la bouffonnée.
36:14La guerre des bouffons
36:15était déclarée.
36:17La reine,
36:17les philosophes,
36:18les encyclopédistes
36:19font partie du clan des bouffons,
36:21c'est-à-dire des Italiens.
36:22Quant au roi,
36:23à la marquise de Pompadour
36:24et à leurs amis,
36:25ils défendent Rameau
36:26et la musique française.
36:29Gluck,
36:30c'est le réformateur
36:31de l'opéra.
36:32Aussitôt,
36:33Rousseau et quelques autres
36:34abandonnent les Italiens
36:35et le rejoignent.
36:36Écoutez la magnifique profession
36:38de voix
36:38de l'auteur d'Orphée.
36:41J'ai cru
36:42que la plus grande partie
36:44de mon travail
36:44devait se réduire
36:46à chercher
36:46une belle simplicité.
36:48Il n'y a pas de règle
36:50que je n'ai cru
36:51devoir sacrifier
36:53de bonne grâce
36:54en faveur de l'effet.
36:57La fin de l'effet,
36:58c'était la fin des bouffons.
37:00Et les Italiens,
37:02ils n'ont pas réagi.
37:03On a réagi pour eux.
37:06Regardez.
37:12La Dubarry
37:13fait une scène
37:14à Marmontel
37:15et à la Harpe.
37:24Gluck, Gluck, Gluck
37:25et re-Gluck.
37:27Mais calmez-vous, madame.
37:29Ce sont des choses
37:29auxquelles il faut s'accoutumer.
37:31Il est vrai
37:31qu'on ne peut plus guère
37:32éviter de rencontrer Gluck
37:33dans Paris.
37:34Et c'est vous
37:34qui me dites ça.
37:35Ah, non, non, non.
37:37C'est trop dur.
37:38Trop insupportable.
37:39Madame,
37:39voyons, ne perdez pas la tête.
37:41Qu'est-ce qu'un musicien ?
37:43Vous êtes au-dessus
37:43de tout cela, vous.
37:45Moi, pas.
37:46Qu'est-ce qu'un musicien ?
37:48Monsieur Gluck
37:48n'est pas un musicien
37:49comme les autres.
37:49C'est vous qui le dites.
37:50Mais vous n'imaginez pas
37:51la cour qu'il a faite
37:52à l'Autrichienne.
37:53C'est l'ancien professeur
37:54de musique de la Reine.
37:55Marie-Antoinette,
37:56il est vrai,
37:56ne jure que par lui.
37:58Et ça vous laisse indifférent.
38:00Même dans l'opéra,
38:01elle prétend tout diriger,
38:02tout commander.
38:04Ah,
38:06si feu le roi
38:07était encore là.
38:10Vous ne pouvez guère
38:10vous opposer
38:11au succès de Gluck.
38:12Regardez Rousseau.
38:13Il est son plus chaud partisan.
38:15Ah, parlons-en
38:16de votre Rousseau.
38:17C'est un fat,
38:19un insolent.
38:20Rappelez-vous
38:21le devin de village,
38:22ce monument d'ennui.
38:24Il obtient de le faire
38:25présenter à la cour.
38:26Le roi,
38:27dans sa bonté,
38:28daigne y assister.
38:30Que fait votre Rousseau ?
38:31Il ne vient pas.
38:33Sous quel motif ?
38:35Aucun motif.
38:36C'est un fou,
38:37un orgueilleux,
38:38un mythomane.
38:39Mais tellement sensible
38:40à la flatterie.
38:41Gluck n'a pas hésité,
38:42il connaît bien son monde.
38:44Il lui balance
38:45quelques grosses flatteries
38:46allemandes
38:46et le jeune voix est conquis.
38:48Il ne rêve que d'opéra,
38:49c'est son lyrisme personnel.
38:51Il prétend que seul,
38:52Gluck a prouvé
38:53que l'on pouvait faire
38:53de la bonne musique
38:54sur des paroles françaises.
38:56Sans doute souhaite-t-il
38:57de travailler avec lui.
38:58C'est un comble !
38:59Madame,
38:59vous avez déchiré
39:00cette gravure.
39:01Que me chantes-tu là ?
39:02Parfaitement regardé.
39:03Mais c'est notre
39:04merveilleux Piccini.
39:06Piccini,
39:06Dieu soit loué !
39:07Approchez, messieurs,
39:08approchez !
39:10Je vous présente
39:10le merveilleux
39:11don Juan Napolitain,
39:13le merveilleux
39:14Alexandre Piccini,
39:16le plus grand
39:16des compositeurs
39:17d'opéra du monde.
39:18Nous ne demandons
39:19qu'à vous croire.
39:20Mais il n'est pas
39:21que je sache à Paris.
39:22Mais il ne tient qu'à nous
39:23de l'y faire venir.
39:25Pour qu'il soit hué
39:26italien ?
39:26Mais nous arrangerons cela.
39:28Mais il ne comprends pas
39:28un mot de français.
39:30Mais que cela me tienne,
39:31messieurs,
39:31vous serez pour lui
39:32les meilleurs des professeurs.
39:34Et s'il refuse ?
39:35Il m'étonnerait beaucoup
39:36que ce Napolitain
39:37ait quelque chose
39:37à me refuser.
39:39Dans ce cas, madame,
39:40je suis votre serviteur.
39:41J'en prends note.
39:43Allez, écrivez,
39:44mettez-vous en train.
39:45Il s'agit de faire
39:46de Piccini
39:46le roi de Paris
39:47et de détrôner ce Gluc.
39:49Gluc, Gluc.
39:51Peut-on s'appeler Gluc ?
39:53Ha ha ha ha !
39:55Et voici
39:55la salle du Palais-Royal
39:57inaugurée le 26 janvier 1770.
39:59Gluc en était directeur.
40:01On se battait
40:01pour obtenir des places
40:02malgré la Dubary
40:03qui avait réussi
40:04à faire jouer son Piccini.
40:05Mais en 1781,
40:08le décor prit feu
40:09et le théâtre avec.
40:10Il fallut chercher
40:11un autre théâtre.
40:11A la demande de la reine
40:13Marie-Antoinette,
40:14un nouvel opéra
40:14fut bâti
40:15près de la Porte Saint-Martin.
40:17L'opéra y restait
40:18dix ans.
40:19La Révolution
40:19le baptisa
40:20Académie Nationale
40:21de Musique.
40:22Et il brûla aussi
40:23naturellement.
40:25Tous les opéras
40:26de Paris
40:27se sont éteints
40:27dans les flammes.
40:29Chaque fois,
40:29l'incendie ne pouvait
40:30être maîtrisé.
40:32Les énormes machineries,
40:33les somptueux décors,
40:34les tentures
40:34éclairées par des bougies
40:36réunissaient tous
40:37les éléments nécessaires
40:38à l'éclosion
40:39d'un gigantesque brasier.
41:01Quittons les coulisses
41:02de ces vieux théâtres
41:03et allons nous cacher
41:04pour assister
41:05à l'inauguration solennelle
41:06du Palais Garnier,
41:07l'opéra actuel
41:08que vous connaissez bien.
41:23Les premiers travaux
41:24de terrassement
41:25avaient commencé
41:25en 1861.
41:27La première pierre
41:28posée
41:28en janvier 1862.
41:59En 1861,
42:00la façade
42:02était terminée.
42:03Haussmann a rasé
42:04tout le quartier.
42:11Si les architectes
42:13avaient travaillé
42:13sous l'Empire,
42:14les sculpteurs
42:15mirent leurs œuvres
42:16en place
42:16sous la République.
42:22Le plus célèbre
42:24était Carpeau
42:25avec son fameux groupe
42:27de la danse
42:28qui fit scandale.
42:41Il faut dire
42:42que le nu
42:42n'était pas
42:43au goût du jour.
42:57Et c'est l'inauguration
42:59le 5 janvier 1875.
43:13Devant le Palais Garnier,
43:14une foule compacte
43:16est massée.
43:18Venez,
43:19venez,
43:19j'ai pris
43:19les dernières places.
43:20C'est très cher,
43:20vous savez,
43:21100 francs
43:21pour un fauteuil
43:22d'orchestre.
43:22Savez-vous
43:23qu'on a loué
43:23des loges
43:23pour 2500 francs ?
43:25Allez,
43:26allez,
43:26montez,
43:26ne soyez pas timides.
43:28Tenez,
43:29regardez.
43:31Voici
43:32Mac Mahon,
43:33le président
43:34de la République.
43:36Il y a aussi
43:37Alphonse XII,
43:39roi d'Espagne
43:39et la reine-mère,
43:41l'ex-roi
43:42du Hanor.
43:43Et puis,
43:44350 députés
43:46et sénateurs,
43:47tous les corps
43:47constitués.
43:49Les fastes
43:50de la Troisième République
43:51commencent.
43:52...
43:54...
43:54de la table sainte
43:56qu'il ne puisse
43:58plus approcher.
44:05Le toujours redoutant,
44:07ton souffle
44:08et ton toucher,
44:10le chrétien se détourne
44:12et s'éloigne
44:13avec grâce
44:14et maudit
44:15sur la terre
44:16et maudit
44:17dans les cieux.
44:18Que leur corps
44:19soit enfin
44:20à leur heure
44:22dernière.
44:22laissé sans sépulture
44:25ainsi que sans prière
44:27aux enjeux
44:29radiciens
44:31qui s'est permis
44:32à leur retour.
44:36le chrétien s'éloigne
44:38et sa
45:32Sous-titrage MFP.
45:50Sous-titrage MFP.
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