- il y a 2 jours
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00:00Musique
00:30Musique
01:16S'il vous plaît
01:17Laissez passer
01:18S'il vous plaît
01:19Par là
01:32S'il vous plaît
01:32Monsieur
01:34Ah non
01:34Si c'est pour les portes week-end
01:35C'est pas le moment
01:36On vous repasserez dans l'après-midi
01:37Non, non, non
01:38C'est pas pour les portes week-end
01:39C'est pour la rue de Lourmel
01:41Ah, je vois
01:43Mademoiselle cherche des plaques de cheminée
01:44Non
01:45Laissez-moi vous dire
01:46Que la rue de Lourmel
01:46C'est du toc
01:47Regardez les miennes
01:51Ça, Henri IV
01:57Celle-là
01:57Pure dix-septième
02:02Et celle-là
02:03Je l'ai pas trouvée loin
02:05Dans les vieilles baraques d'ici
02:06Les moulineaux
02:06Tiens, pourquoi les moulineaux ?
02:08Les moulineaux, les moulineaux
02:09A cause des moulins
02:10Il y en avait tout à côté autrefois
02:12Le moulin de Grenelle
02:13De vrais moulins ?
02:14De vrais moulins
02:15Avec des ailes
02:16Comme celui de Montmartre
02:17Tenez, regardez-moi cette gravure
02:21Elle vient ?
02:22Ah oui
02:23Elle vous plaît ?
02:24Ah oui, beaucoup
02:24Prenez-la, je vous la donne
02:25Ah bon ?
02:26Merci
02:26Je l'ai trouvée dans un chantier
02:28À la Prédéquée
02:28Ce sont des clients
02:29Qui l'avaient laissée dans leur grenier
02:30Venez voir mes bergères
02:33Tenez, prenez celle-là
02:35Elle est un peu déchirée
02:36Mais une fois retapée
02:37Ça ira très bien
02:38Oui, très bien
02:40Bon, je peux avoir aussi cette gravure-là ?
02:42Ah non, celle-là, ça je sais pas
02:43Parce qu'il faut que je demande au patron
02:45C'est le Vieux Grenelle
02:46Ça peut valoir quelque chose
02:47Comment le Vieux Grenelle ?
02:48Mais il n'y a que des champs
02:49Ben justement, votre frère
02:50C'était la plaine ici
02:51Il n'y avait que des potagers
02:53Des vergers
02:53Des champs
02:54Mais vous savez au fond
02:55Tout a commencé en 1820
02:58Justement, je dois aller au chantier Félixfort
03:00Venez avec moi
03:01Vous serez tous sur le Vieux Grenelle
03:02Mais je vais rue de Lourmel
03:03Ben c'est à côté
03:04Et la bergeure ?
03:05Mais vous reviendrez
03:06Allez
03:21Vous voyez ?
03:22C'est ça Grenelle
03:24Des pénifs, des grues
03:26Eh oui
03:27Tout aboutit à la Seine
03:30Ben tenez
03:32On va aller de l'autre côté
03:33Dans l'île aux cygnes
03:34On verra mieux
03:35Tu es moi
03:58Alors le moulin avant
04:00Que vous avez vu sur la gravure
04:01Il était juste là
04:03Au bord du fleuve
04:06Tout au long
04:07Il y avait une sorte de chemin continu
04:09Et au bord du chemin
04:10Quelques maisons
04:11Et la Maison Blanche
04:13Juste au débouché
04:14De l'actuelle rue de Javel
04:15S'appelait la Maison du Bac de Javel
04:17Pourquoi le Bac ?
04:18Mais parce qu'il n'y avait pas de fond
04:20Et c'est là justement
04:21Et c'est là justement dans l'écart de Javel
04:22Que les notonniers de la Seine
04:25Construirent au 15ème siècle
04:27Leur premier port
04:27Et bientôt
04:28Les bateaux furent si nombreux
04:30Il fallait construire un garage
04:32Un garage ?
04:33Mais oui, une sorte de parking payant
04:34Juste en dessous d'une moulin
04:35Et le lieu était dit Javets
04:38Je vois
04:39Javets, Javel
04:40Javel, voilà
04:42Alors au 18ème siècle
04:43Le port et le moulin devaient être un lieu de promenade dominicale pour les parisiens
04:47Qui cherchaient le calme
04:48Il se baignait
04:49Il canotait
04:50Et même il pêchait à la ligne comme aujourd'hui
04:52Ça tient
04:54Ça mord ?
04:56Ça mord le mazout, oui
05:06Oui, c'est ici que tout a vraiment commencé
05:11Oh, et la statue ?
05:13Ça c'est la réplique exacte en réduction de celle du port de New York
05:16D'ailleurs, comme à New York, à l'époque où les premiers hollandais débarquèrent
05:19Les quais de la Seine alors étaient déserts
05:22Vides de commerce et d'industrie
05:23Il y avait juste dans la plaine de Grenelle un château
05:26Entouré de chasse et de culture
05:28Il appartenait à la famille de Perret
05:30Qui le vendit en 1751 au roi
05:33Alors restaient les fermes et les communs
05:35Exploités en 1771 par un laboureur nommé Charles Gourest
05:40Ce château devenu foudrière sous la révolution
05:43Qui explosa, je crois, le 30 août 1794
05:56Maintenant je vais vous montrer la digue sur laquelle nous sommes
05:58Au début du 19e siècle
06:00Elle était destinée à abriter le premier port industriel de Grenelle
06:04Aujourd'hui c'est un lieu de promenade trop peu connu des parisiens
06:07Il faut bien vous la montrer, nous allons prendre une voiture
06:21C'est un lieu de promenade trop
06:53C'est parti !
07:09Comment vous vous appelez ?
07:09Corine.
07:10Ah c'est charmant ça !
07:11Mais pourquoi vous voulez aller à la rue de Lourmel ?
07:14Eh bien voilà, parce que je vais rejoindre mon frère qui est étudiant comme moi.
07:18Saufant lui, il travaille à l'école Violet comme ingénieur électricien.
07:21Ah bah très bien ça, parce que voyez-vous, bien 1800, tout ce qui était en dehors de l'enceinte
07:26de la ville semblait manquer d'intérêt.
07:28Ah bon ?
07:28Ah les industriels ne voulaient pas s'installer, ils avaient peur de ne pas avoir d'ouvriers.
07:32Mais pourtant, au début du 19ème siècle, un homme remarquable, Violet justement, décida d'installer ici la grande industrie.
07:41C'est lui, c'est lui qui vit construire la digue.
07:43Et puis le port.
07:45Ah d'accord.
07:46Mais qui était ce Violet ?
07:48C'est un entrepreneur.
07:50Mais plus, c'était un pionnier comme on dit en Amérique.
07:53Mais oui, créer une ville dans le désert, là où il n'y a rien, des usines, des maisons, des
07:58rues, des églises, des écoles.
07:59C'est déjà pas facile aujourd'hui.
08:01Et vous vous rendez compte ce que c'était en 1820 ?
08:03En effet.
08:05Attendez, on va rejoindre le centre de Grenelle en traversant l'eau comme l'ont fait nos ancêtres.
08:10Avec joie.
08:14Vous dites qu'il n'y avait rien à Grenelle, c'est faux.
08:17N'y avait-il pas la manufacture d'eau de Chavelle ?
08:20C'est exact, mais c'était la seule. Et d'ailleurs, elle était plus loin sur le quai de Chavelle.
08:24L'actuelle quai Citroën ?
08:26C'est vrai. D'ailleurs, au 18e siècle, protégée par le comte d'Artois,
08:31les industriels avaient obtenu la permission de créer là de l'industrie chimique.
08:35Tiens, pourquoi là ?
08:36Parce qu'on en voulait nulle part ailleurs.
08:40La chimie, elle était dangereuse.
08:41Les produits chimiques sentaient mauvais.
08:43Pas question d'installer de fabriques de chimie dans la ville.
08:46On les supportait hors des murs.
08:48Mais la France avait des chimiques ?
08:50Je n'en sais rien, mais ce que je sais, c'est que déjà sous la Révolution,
08:53on fabriquait de l'acide sulfurique, de l'acide nitrique et de l'esprit de sel.
08:58Et le fameux sel de potasse, plus connu sous le nom d'eau de Chavelle.
09:02Oh, mais j'y pense !
09:03Bien sûr, la France avait des chimiques.
09:06La voisine, il est innée sur la Révolution.
09:09Bertolet, décorée par Napoléon.
09:10Oui, et les blanchisseuses de 1789 n'avaient déjà les draps à l'eau de Chavelle.
09:15D'ailleurs, bientôt, le quartier foisonnait de blanchisserie,
09:18à tel point que tous les ouvriers chronènes épousaient des blanchisseuses.
09:22Il faut dire que c'était les filles les mieux payées de Paris.
10:16Mais pourquoi il y a du plastique dans ce chantier ?
10:19En cas de pluie, pour éviter les éboulements de terre.
10:23Alors, pour en venir à Violem, il y avait déjà des usines quand il décida de construire sa ville.
10:28Sans doute, mais peu.
10:29Le problème était de rendre tout le coin habitable.
10:32Et faites venir ici toutes les branches d'industrie.
10:36Au fond, en face, à Passière-Auteuil, ça s'était bien construit.
10:40Oui, mais l'air était plus pur et le sol plus solide.
10:43Sans doute.
10:44Mais voyez-vous, quand on veut faire une ville, le gros problème, c'est l'espace et le faible coût
10:49du terrain.
10:49Or, ici, il y avait des centaines d'hectares.
10:52Et l'acheteur, Jean-Baptiste Léonard Viollet, ça va s'y prendre.
10:59Léonard, t'es fou.
11:01Nous allons finir en prison.
11:04Te rends-tu compte que tu démarres un chantier sans autorisation sur un terrain qui ne t'appartient pas
11:08alors que tu es conseiller municipal de la commune de Vau-Girard ?
11:11Et fort honorablement connu dans la place.
11:13Je m'en rends compte.
11:15Sais-tu que la loi peut t'obliger à détruire ce que tu as construit sans autorisation et à rendre
11:19le terrain en l'état ?
11:20Ce terrain, je ne l'ai pas loué pour cultiver des choux.
11:23Oh, j'entends bien.
11:25Tu veux construire.
11:27Mais tu n'es que locataire.
11:30Et d'un mouchoir de poche encore.
11:31Pour l'instant, j'en suis au sondage.
11:34Argile, calcaire, sable vert.
11:37Ça n'est pas fameux, mais c'est possible.
11:38Le reste viendra tout seul.
11:40Mais le propriétaire...
11:42Oh, le propriétaire...
11:44Monsieur... Monsieur Gignot veut vous parler.
11:47Qu'est-ce que c'est, ce monsieur Gignot ?
11:48Parbleu.
11:49Tu le demandes ?
11:50Le propriétaire.
11:53Monsieur Violet !
11:56Ah ! Monsieur, c'est un scandale.
11:59Ah oui, monsieur.
12:00Un scandale, dis-je !
12:01Non, mais vous vous rendez compte ?
12:03Je vous cède, devant vos instances répétées, un petit morceau de terrain.
12:07Et qu'est-ce que vous en faites ?
12:08Une carrière !
12:09Et quand je dis une carrière, un gouffre, oui !
12:13Ah ça, monsieur, suis-je ou non le propriétaire ?
12:16Ah, mais vous l'êtes, monsieur, vous l'êtes.
12:18Oui, mais vous abusez.
12:19Je n'ai pas loué le sous-sol.
12:21Il ne m'appartient pas, d'ailleurs, qu'il appartient à l'État.
12:23J'ai loué le sol.
12:25Ah ça, monsieur, mais qu'est-ce que vous croyez découvrir ?
12:28De la houille ?
12:29En ce cas, je vous préviens, la loi de 1810, c'est formelle.
12:32Il ne s'agit pas de ça, monsieur Gignot.
12:34Je cherche une ville.
12:36Une ville ?
12:37Il est fou.
12:39Ignorez-vous, monsieur Gignot, que nous avons découvert sur votre terrain
12:43des restes de mammouths ?
12:44Quoi ?
12:45Des squelettes d'éléphants et des eaux d'hippopotames ?
12:48Le voilà qui se moque de moi.
12:50Ah, vous ne me croyez pas ?
12:51Et les restes de l'homme de pierre ?
12:53De l'homme de pierre ?
12:54Eh eh, oui, monsieur Gignot.
12:55Vous avez acheté un terrain préhistorique.
12:58Voyez-vous, tout cela nous dépasse maintenant.
13:00Mais ce terrain n'est pas à nous, il n'est pas à vous.
13:02Il appartient à la science.
13:04La science ?
13:05Vous m'en baillez de bonne.
13:06Mais je l'ai payé de mes écus.
13:09À la science, dites-vous.
13:11Et comment me paiera-t-elle la science ?
13:13En défense des mammouths ?
13:15Et puis d'abord, où sont-ils ces débris ?
13:17Pourquoi en avoir disposé sans analyser ?
13:19Ils sont au muséum, comme il se doit.
13:22Et vous creusez des cratères pour trouver des mammouths ?
13:26Alors qui vous le ferait croire, hein ?
13:27Prenez-vous pour une bête ?
13:29Non, monsieur Vionnet.
13:30Je n'ai pas placé mon argent dans ce terrain pour être la dupe d'aventurier.
13:34Aussi, je vous somme de l'évacuer sans tarder.
13:36S'il le faut, je vous l'enverrai, l'huissier.
13:39T'en es trop, maître Gignot.
13:40Vous passez les bornes.
13:42J'ai là un contrat de location en bonne et due forme.
13:44Je puis donc disposer du terrain à ma convenance, dans les termes même du bail.
13:48Ce n'est plus un terrain ? C'est un champ de fouille.
13:51Vous voyez.
13:52Soyez, patron.
13:52Merci.
13:54Brisons-la, monsieur Gignot.
13:55Je vous l'achète.
13:56Faites votre prix.
13:57Ce n'est pas à vendre.
13:58Vous croyez-vous en Amérique ?
14:00Il n'est pas à vendre, monsieur Gignot.
14:02Il l'était ce pendant il y a de cela 30 ans.
14:04Et à des conditions, vous en conviendrez, particulièrement avantageuses.
14:07Ça ne m'en garde pas.
14:08Bien national de première origine.
14:10Une bonne affaire sur le dos du domaine royal.
14:13Monsieur, je ne vous permets pas.
14:14Je suis un patriote, moi.
14:15Mais bien sûr.
14:17Citoyen Gignot.
14:18Un patriote aux idées larges et à la conscience tranquille.
14:22Vous souvient-il, monsieur, de ce que nous disait hier encore, monseigneur le comte d'Artois ?
14:28Tous ces accapareurs de biens nationaux vont devoir rendre gorge de gré ou de force.
14:34Dites à ce bonhomme que s'il ne veut pas vendre, nous lui ferons une belle expropriation.
14:38Pour cause d'utilité publique.
14:45Et à un prix, naturellement, fixé par l'administration.
14:49Il est indécent de voir cette racaille s'enrichir.
14:53En somme, monsieur Gignot, vous avez, disons, racheté un bien d'État.
14:58Ah, je vois, je vois, c'est un coût monté.
15:01Eh bien, faites-moi votre prix, puisque je n'ai pas l'autre choix que de vendre ou d'être
15:07volé.
15:08Alors, signez là.
15:14Et là.
15:18Et encore là.
15:23Eh bien, monsieur Gignot, vous voilà débarrassé d'un grand problème.
15:26Ah, vous pouvez nous remercier.
15:28Nous vous dirons d'un mauvais cas.
15:29Ah, je vous en prie, hein, n'abusez pas.
15:32Bravo, monsieur Gignot, vous êtes un honnête homme.
15:35Monsieur, vous dites, nous avons traversé de l'argile vert.
15:39Là-bas, il en sort, il y aura une trombe, un jet d'eau.
15:41On ne peut pas l'arrêter.
15:42La plaine va être noyée.
15:44Appelez les pompiers.
15:45Oui, ou l'armée.
15:46Mais de l'eau, de l'eau.
15:47Nous avons même de l'eau.
15:49Vive le roi.
15:50Vive le comte d'Artois.
15:51Vive monsieur Gignot.
15:53Et vive vos grenelles.
15:57Vos grenelles.
16:03La ville construite par Viollet devait effectivement s'appeler Beaugrenelle.
16:08Et nous sommes ici au centre de sa création.
16:12Et l'église que vous voyez là s'appelait l'église, et s'appelle encore l'église Saint-Jean-Baptiste.
16:17Parce que Viollet s'appelait Jean-Baptiste Léonard.
16:21Or, le 2 septembre 1828, la duchesse d'Angoulême, accompagnée de mademoiselle, fille du duc de Berry.
16:30Les ducs assassinés en 1830, je crois.
16:34Oui, c'est bien ça.
16:35Et le roi de France, en 1828, était Charles X, ex-comte d'Artois, qui avait protégé les lotisseurs.
16:42Donc ce jour-là, la duchesse d'Angoulême posait symboliquement la première pierre de l'église de Beaugrenelle.
16:51Ah, mais Viollet avait-il trouvé des appuis très importants ?
16:54Oui, des royalistes.
16:56Oh, ce fut une belle cérémonie.
16:58Les petites duchesses avaient de la bouche jusqu'aux chevilles.
17:01On fut obligés de poser des planches pour qu'elles puissent atteindre l'endroit où on posait la première pierre.
17:06Mais vous savez que Viollet était aux anges.
17:08Pour lui, c'était une sorte de triomphe.
17:12Pardon, mademoiselle.
17:13Vous cherchez quelque chose ?
17:15Excusez-moi, je cherche la rue Blomé.
17:17La rue Blomé ? Oh, rien de plus facile.
17:19La première rue, là, la rue de la Baigrou, et troisième à droite et à gauche.
17:27Viollet habitait Beaugrenelle ?
17:29Bien sûr. Il avait un château sur cet emplacement.
17:32La caserne des pompiers !
17:34Mais Viollet devait sacrifier son château, qui devint un pensionnat pour jeunes filles.
17:41Et en 1860, les pompiers de Paris achètèrent l'ensemble pour y établir leur caserne.
17:46Le parc fut rasé et devint la place Viollet.
17:49Mais où était la mairie de Beaugrenelle ?
17:52Sur l'actuelle place du commerce.
17:53Mais il n'en reste plus rien !
17:55Et oui, tout a disparu.
17:56Et pourtant, c'est ici même que le 27 juin 1824, Viollet a inauguré le village.
18:01Très belle cérémonie, dotation d'une rosière, banquets, illumination, balles, et naturellement, feu d'artifice.
18:08En somme, un 14 juillet.
18:10Voulez-vous vous taire ? Nous étions en monarchie.
18:16Et la ville ?
18:17La ville s'étendait sans cesse.
18:19Les équipements sortaient de terre.
18:22Viollet lui finançait les travaux grâce à la plus-value des terrains.
18:25Il y avait des halles, des hospices.
18:27Il y avait même un abattoir, place de Breteuil.
18:30Et tenez, à la place de ce cinéma, il y avait un théâtre de 800 places.
18:36Et que jouait-on dans ce théâtre ?
18:39On y jouait des mélodrames de Charles Naudier à l'époque.
18:44Et puis ensuite, on allait jouer l'affaire du courrier de Lyon, les deux orphelins, etc.
18:48D'ailleurs, dans chaque quartier.
18:49Mais il y avait un théâtre.
18:50Il y avait le théâtre des Gobelins, le théâtre des Ternes.
18:53Le théâtre de l'Atelier, par exemple, à Montmartre ?
18:55Voilà, le théâtre des Batignoles, qui est le théâtre à Berthaud.
18:57Ah, je vois.
18:59Regardez le nom de la rue.
19:01Rue des Entrepreneurs.
19:03Il lui fut donné par la Duchesse d'Angoulême,
19:05en souvenir de ces hommes jeunes et dynamiques,
19:08qui en peu d'années construisirent une ville entière.
19:11Au coin de l'air, une mademoiselle, là, tout à côté, là,
19:14il y avait une ferme, là.
19:15Il y avait huit vaches, là.
19:16J'allais chercher le lait, là.
19:17C'était bien, là.
19:18Juste à côté, il y a un garage, là.
19:20Tout c'est après le tabac.
19:22Et sur la place Viollin, un peu plus loin, là,
19:25il y avait une écurie pour les omnibus, la chevaux, alors, à cette époque-là.
19:28Il y avait un harley, là.
19:29Et puis il y avait une quarantaine de chevaux.
19:31Alors, moi, j'allais dans le coin avec les camarades du gardien des études et des écuries, quoi.
19:35On allait jouer là-dedans, on allait faire le pitre un petit peu.
19:38Je vous parle de ça en 1905 ou 1906.
19:40J'avais 6-7 ans, quoi, à cette époque-là.
19:43Est-ce que vous trouvez que le quartier change beaucoup en ce moment ?
19:46Est-ce qu'il se transforme ?
19:47En ce moment, oui, actuellement, oui.
19:48Quand on se loue partout, alors.
19:52Les petites usines, les serreries, les charpentes en fer,
19:54rue de Prenniver, rue d'Entrepreneurs, rue de l'Église,
19:58les rues d'œufs, les...
20:01Comment dirais-je ?
20:02Les pillots flexibles, tout ça, ça disparaît.
20:07Nous sommes ici à impasse de l'Église.
20:10Et ces maisons sont encore intactes,
20:13telles que Viollet les fit construire pour les premiers ouvriers des usines.
20:19Venez avec moi.
20:21Je vais vous montrer un coin typique du vieux Grenade.
20:26Oh !
20:27Voilà.
20:31Je viens pour essayer.
20:34C'est rare.
20:35C'est rare.
20:36Regardez.
20:37C'est pas charmant ?
20:39On va en faire.
20:47Bonjour, monsieur.
20:48On ne vous dérange pas ?
20:49Bonjour, c'est Dan.
20:50Bonjour, monsieur.
20:51Non, pas du tout.
20:52Vous êtes menuisier ?
20:53Oui.
20:53Non, je suis éméliste.
20:55Ah.
20:55Éméliste.
20:56Mais depuis combien de temps êtes-vous ici ?
20:58Depuis 1923, monsieur.
21:001923 ?
21:01Oui.
21:01Et les artisans étaient nombreux à Grenelle, quand vous êtes installés ?
21:04Vous savez, il y en avait pas mal, mais...
21:08Vous habitez au-dessus ?
21:09Oui, j'habite au-dessus, madame, oui.
21:10Vous êtes tranquille ici ?
21:11Oh, ben, très bien.
21:12On est un peu à la campagne.
21:13Ah, oui.
21:14On entend les oiseaux siffler.
21:15J'ai un jardin, moi, encore là.
21:17Ah, vous avez encore un jardin ?
21:18Oui, j'ai encore.
21:18Et qu'est-ce que vous faites, là ?
21:19Oh, ben, je fais des fleurs dedans.
21:22Des fleurs ?
21:23Et puis même, j'ai un prunier, vous voyez ?
21:25J'ai des prunes cette année.
21:27Et le puits, là ?
21:28Qu'est-ce que ce puits dont vous m'avez parlé ?
21:29Ah, ben, il n'y avait pas la concession d'eau, là.
21:32On allait chercher l'eau dans le puits.
21:35C'est profond ?
21:36Oui, il fait 18 mètres dans la cour.
21:39Il y en a encore un, là.
21:40Il existe encore ?
21:41Oui, il existe encore.
21:42Il y a les water dessus.
21:44Et l'eau de nôtre dans la cour, il existe encore.
21:47Parce que quand ils ont mis l'électricité, je leur ai dit,
21:49faites attention, messieurs, il y a un puits.
21:52Là, mon mari au nez, ils ont passé une pioche dedans,
21:56la pioche est foncée dans le puits, elle y est encore.
22:08Voilà, je suis arrivée.
22:09Mais nous sommes parus de l'ournée, puisque...
22:11Non, non, non, mais je vois si mon frère est déjà sorti.
22:13Ah bon ?
22:14Mais qu'est-ce que c'est ?
22:15Monsieur, il y a un moment où je vous cherche.
22:17Ah, c'est vrai !
22:18Mais oui, on l'avait oublié.
22:19Il est à vous, prenez-le.
22:20Oui, c'est bon vieux fauteuil.
22:22Au revoir, mademoiselle Corinne.
22:24Au revoir.
22:24Et bonne chance.
22:25Merci.
22:26Allez, gamins, au boulot.
22:28Merci encore.
22:29Il n'y a pas de quoi.
22:29Au revoir.
22:30Au revoir.
22:34Jacques !
22:35Bonjour, Corinne.
22:40Et alors, là ?
22:41C'est ma soeur.
22:43Ah.
22:44C'est pour moi ?
22:45Je t'expliquerai, j'ai ta souvenir.
22:47Allez, aide-moi.
22:48Mais de quoi je vais avoir l'air ?
22:49Oh, je t'en prie, allez, viens.
22:51Aide-moi.
22:56Bonjour, messieurs.
22:57Bonjour.
22:58Oh, dis donc !
22:59Vise le trône !
23:00Vous ne repriez l'établissement, hein ?
23:02C'est chez le tapissier que vous devriez porter votre antiquité.
23:04Oui, oui, oui.
23:05Nous le savons, merci.
23:06Assieds-toi, Corrie.
23:08Oh, je suis fatiguée.
23:11Alors, tu ne connaissais pas le beau Grenelle ?
23:14Inutile, Jacques, je sais tout.
23:16Violet, l'hôtelier, les entrepreneurs, la Duchesse d'Angoulay, le sympathique contre-maître
23:21qui m'a donné ce fauteuil m'a tout raconté.
23:24Oh, je suis sûr qu'il a oublié l'essentiel.
23:26Que désirez-vous ?
23:27Demande à l'eau.
23:28Oui, les duchesses, les entrepreneurs, d'accord, mais tu sais, Grenelle, c'est surtout les ouvriers.
23:34Absolument rien n'a changé.
23:36Toujours les chantiers et toujours les usines.
23:38Bon, les chantiers, tu sais, j'en ai vu quelques-uns.
23:40Tiens, Corrie, tu veux savoir qui était le vrai grand homme de Grenelle ?
23:44Encore un grand homme ?
23:45Mais parfaitement.
23:46Il s'appelait Anselme Payen.
23:47Et pendant que ton violet se promenait aux côtés des duchesses de la restauration,
23:52Payen, lui, qui était chimiste de son état,
23:54se préparait à faire la révolution.
23:56Merci.
23:59Quelle révolution ?
24:01Ah, tu t'intéresses, maintenant.
24:03Patron ?
24:04Oui ?
24:04Patron, pourriez-vous nous dire qui était Anselme Payen ?
24:08Anselme Payen ?
24:09Venez voir.
24:13Tenez, vous voyez la rue Violet ?
24:16Oui.
24:16Eh bien, au 77, à l'asile, c'est là qu'il habitait, Anselme Payen.
24:20À l'asile ?
24:21Oui, aujourd'hui, c'est l'asile de Vieillard.
24:23Tenez, allez voir si vous voulez, et puis après on en reparlera.
24:26Mais à 7h, j'ai pas trop le temps.
24:27Bon, mais je vous confie mon fauteuil.
24:28Soyez tranquille.
24:29Je compte sur vous.
24:30Sûr ?
24:31Merci.
24:32À tout à l'heure.
24:32Viens, Corinne, viens.
24:35Tu vois, Corinne, les vraies étoiles du 15e,
24:38ce sont les industriels et les savants.
24:40Payen était l'un et l'autre.
24:42Il était membre de l'Académie des sciences,
24:44professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers,
24:47mais il était avant tout un savant,
24:49comme Berthollet, comme Monge.
24:50Mais il était plus jeune.
24:51Oui, évidemment, il était plus jeune.
24:52Il était né sous la Révolution en 1795.
24:55Son père avait été procureur du roi.
24:57Mais déjà séduit par l'industrie,
24:59il avait créé une petite fabrique de produits chimiques à Grenelle.
25:02Juste à côté de la fabrique d'Odjavel.
25:05C'est ça.
25:05Voilà.
25:05C'est ça même.
25:06Allez, entrons.
25:11Bonjour, mesdames.
25:13Bonjour, mesdames.
25:15Tu vois, Corinne, le petit Anselme païen fut élevé dans un esprit de recherche industrielle et de respect des savants.
25:20Il eut pour professeur le grand Vauclin.
25:22Et pourquoi lui fit obtenir des bourses ?
25:26Et comme il est arrivé à éviter les guerres de Napoléon,
25:29il a pu se consacrer entièrement à toutes ses études.
25:32Dis donc, j'ai l'impression que ça ne t'intéresse pas du tout ce que tu as.
25:34Oh, mais si, Jacques, mais regarde comme cette petite maison est adorable.
25:37Oui, oui, mais écoute, nous allons aller de l'autre côté.
25:39Tu vas voir, c'est encore plus joli.
25:41Pareil.
25:41Oui, oui.
25:42C'est là que le païen avait ses écuries.
25:49Effectivement, c'est très joli.
25:51Tu veux que je te raconte tout de même la suite de la vie de païen ?
25:54Ah, si tu veux.
25:55Bon, alors d'accord.
25:57En 1815, le père de païen mourut.
26:01Alors, à 20 ans, il se retrouve à la tête des trois fabriques qu'il avait créées.
26:05Mais, ça ne lui faisait pas peur.
26:06Tu sais, païen a été doué d'une force herculéenne et d'un esprit d'entreprise extraordinaire.
26:10Tiens, tiens, c'est lui qui, le premier, trouva le procédé d'extraction du sucre de betterave.
26:15Ah, je ne savais pas.
26:16Ah, tu vois.
26:18Tous ces ouvriers l'aimaient, l'admiraient.
26:21En 1830, il les conduisit aux barricades.
26:24Un chimiste sur les barricades, c'est drôle, non ?
26:27N'oublie pas qu'à l'époque, les polytechniciens faisaient le coup de feu.
26:48Oh, et le fauteuil !
26:49Ah oui !
26:50Mais là, le trône !
26:52Alors, vous avez vu la maison de païen ?
26:54Oui, oui, oui.
26:55Oui, mais je voudrais que vous lisiez à ma sœur le certificat de civisme que païen avait fait transmettre au
26:59gouvernement de Louis-Philippe.
27:01Vous savez, juste après la révolution, pour que ces ouvriers puissent avoir la récompense de leur courage.
27:06Ah oui, oui, oui. Tiens-ti, va te chercher, il est derrière le comptoir.
27:10Tu sais, Corinne, il s'agit du document des ouvriers des usines païens et qu'ils avaient tous signé de
27:15leur main.
27:16Alors, ce document date du 15 août 1830, à Grenelle, signé par Wagner, Huvet...
27:22Huvet et Bonchard.
27:24Bonchard, oui, voilà.
27:25Alors, les sous-signés, ouvriers de la fabrique de M. Païen, chimistes et manufacturiers, demeurant à Grenelle, banlieue.
27:33Certifions que le sœur François Dufresne, marinier, nous a le 30 juillet dernier réunis sous ses ordres et conduits à
27:38l'île Seguin
27:39pour prendre un poste d'environ 100 hommes de l'ex-garde royale, placé en face sur la rive droite
27:45de la Seine.
27:46Que ce poste a été forcé de se replier avec perte et qu'après cette action, il nous a menés
27:51de nouveau à l'ennemi dans les jardins du Bas-Mudon.
27:54D'où, par un feu soutenu, il a favorisé les mouvements d'une colonne de patriotes qui s'est emparée
27:59du pont de Sèvres.
28:00Ça, c'est vrai.
28:01Alors, alors, alors, alors, tu ne robes pas les oreilles avec ton païen.
28:05Il a fait 1830, d'accord, mais c'était une révolution bourgeoise dirigée par Thiers et par les beaux messieurs
28:12de Paris.
28:13Il n'avait rien à perdre, le païen, il avait tout à gagner.
28:16Dis-nous voir un petit peu ce qu'il a fait en 1848.
28:19D'abord, en 1830, il est devenu commandant du bataillon de la garde nationale de Grenelle.
28:24Pardon.
28:25Il était partout très populaire.
28:27Des mots, des mots, tout ça.
28:28Dis-nous voir un petit peu ce qu'il a fait en 1848.
28:32La révolution.
28:33Mais de quel côté, de quel côté, de quel côté, de quel côté, lui, les siens ont écrasé la démocratie.
28:39La quoi ?
28:39La démocratie sociale.
28:42Et pourtant, il chantait, les gars.
28:45Il chantait...
28:47Chapeau bas, devant la casquette.
28:49À genoux, devant l'ouvrier.
28:52Cela n'a pas empêché de mourir et de crever de faim avec la bénédiction de tes païens.
28:57Par exemple, tu prétendrais qu'Anselm Payen faisait crever de faim tous ses ouvriers ?
29:01Oui.
29:01Ah, je ne veux pas qu'on dise ça chez moi.
29:03Tu sais ce qu'il a fait, Anselm ?
29:05Il avait compris qu'il fallait qu'ils aient du travail et qu'il n'y ait plus de chômage.
29:09Alors, il est allé trouver le conseil municipal de Grenelle.
29:12Et il les a tous engueulés.
29:13Oui, tous ces beaux messieurs à la violette.
29:15Il leur a dit que c'était une honte de voir les gens traîner dans les rues sans travail.
29:19Et quand il est ressorti, le conseil avait voté un gros crédit pour développer à Grenelle un programme de construction
29:26de rues et de chemin réalisé par les ouvriers sans travail.
29:30Voilà ce qu'il a fait, Anselm.
29:31Et tout le monde à Grenelle savait que c'était un brebord.
29:33Non, ça va, ça va, ça va.
29:34Fais-nous une tournée à Anselm et n'en parlons plus.
29:37Non, Marie, prépare une tournée.
29:39À quoi on voit ?
29:40À la démocratie sociale.
29:42Non.
29:43À Grenelle.
29:46À Grenelle !
29:49À Grenelle.
29:50À Grenelle.
29:54Oh, Jacques, des ânes.
29:56Il y a aussi des ânes à Grenelle ?
29:57Bien sûr.
29:58Ce sont les ânes du bois de Goulogne et des jardins de Paris.
30:00Ah bon, ils sont mignons.
30:02Tiens, attends, je vais aller te faire visiter leurs écuries.
30:05Oh là là, c'est des histoires.
30:08Là, c'était des écuries.
30:10Elles sont anciennes, elles ont été rénovées, évidemment.
30:13Mais il y a eu des chevaux de déménageurs, il y a eu des chevaux de fiacres.
30:17Il y a même eu, c'est une chose qui est moins drôle, il y a eu des chevaux de
30:21pompe funèbre aussi.
30:22Ici même ?
30:23Ici même, oui.
30:24Alors maintenant, c'est plus gai, on promène que des enfants.
30:28C'est beaucoup plus...
30:30Plus optimiste.
30:31Oui, ah oui, d'être mort.
30:33On peut dire que le quartier était vraiment un quartier paysan.
30:37Parce que tout autour, aucun bruit, on pouvait jouer dans la rue, on ramassait même du cotin de cheval pour
30:43mettre dans les jardins et dans les pots de fleurs.
30:46Et il y avait de ce temps-là, les marchands de lait qui créaient, oh, à la crème, à la
30:52crème !
30:53Il y avait le vitrier qui passait, qui remplaçait les coraux.
30:56Et on peut dire que vraiment, le quartier était simple et humain.
31:02Quels étaient les autres cris de Paris qu'on entendait dans le quartier de Jodin et de l'Université ?
31:05Eh bien, ce que je disais tout à l'heure, il y a le marchand de crème qui créait la
31:08crème, il y a le marchand de poissons qui créait sa marée.
31:11Comment ?
31:11Il y avait, eh bien, Romacro, Macro, Mastardine et Ben, la crevette est bonne.
31:16La crevette est bonne.
31:19Et...
31:20Il y avait également, ce que je disais, le vitrier.
31:22Il y avait le marchand de plaisir, par exemple, le marchand de gâteau qui tournait le tourniquet de...
31:28On avait un ou deux plaisirs, c'est-à-dire des gaufrettes que l'on a maintenant en paquet,
31:32qui s'appelleraient un peu le genre de guerrier de Bretonne.
31:35Il y en avait surtout au champ de masse.
31:37Il criait quel cri ?
31:39Euh... Là, il criait pas beaucoup.
31:41Et le vitrier criait quoi ?
31:42Au carreau cassé, quoi, au carreau cassé, quoi.
31:45Au vitrier, c'est surtout son cri.
31:47Au vitrier, c'est surtout son cri.
31:50Alors, en dehors de ça, vous aviez encore le marchand de rembarueur de chaises.
31:55Avec cette pompette, il faisait « Quic, quic, quic ! »
31:58Alors, où est-ce que je vous emmène, comme ça ?
32:00À l'emplacement de l'ancien Veldiv, si ça vous dérange pas.
32:02Oh, ben, c'est proprement, va y aller.
32:03Moi, je veux bien que ce soit loin, que ce soit très amusant.
32:05Tu ne trouves pas, ça ?
32:06Ah, oui, oui, c'est très agréable.
32:08Charlot !
32:09Gentil, cette petite vête.
32:11Allez, Capucho, allez !
32:14Qu'est-ce que ça veut dire, le Veldiv ?
32:15Le Vélodrome d'hiver.
32:16Oui, qui se trouvait juste à l'angle du boulevard de Grenelle
32:20et de la rue Nélatonne, nous sommes.
32:23Très bien.
32:23Allez, viens.
32:24Et le fauteuil ?
32:25Oh, écoute, précieux.
32:26Tu es sûre ?
32:26Mais oui, de toute façon, on reprouvra.
32:28Alors, le Veldiv a été un des hauts lieux du quartier de Grenelle.
32:32Tu sais que le quartier de Grenelle
32:34était un quartier très populaire, très ouvrier.
32:36L'ouvrier a toujours été très amateur, très friand
32:38de tout ce qui concerne les sports.
32:42Et c'est dans le Veldiv qui contenait, tiens-toi bien,
32:4412 000 personnes
32:46qu'ont débuté et que se sont illustrés
32:49même les copies, les Van Stenbergen,
32:51enfin, toutes les vedettes du cyclisme.
32:53Ah, oui, en effet, Papa Titulien nous en parlait souvent.
32:55Très souvent, oui.
32:56Malheureusement, la fin du Veldiv a été...
32:59plus guère.
33:16Je n'ai pas besoin de te dire qu'en 1945,
33:18à la fin de la guerre,
33:20plus personne n'avait envie de revenir dans le Veldiv.
33:22En 1959,
33:25on a décidé de le démolir.
33:27Ce qui fait que le Veldiv, en 1959,
33:29a disparu définitivement.
33:32Ah, il est bien mort, oui, le Veldiv.
33:35On l'appelait le Veldiv,
33:36mais ce n'était pas seulement un vélodrome.
33:38Moi, je peux vous le dire.
33:39Pour moi, le Veldiv, ici, c'était la boxe.
33:41Ah, vous ne pouvez pas vous imaginer l'ambiance.
33:44C'est le palais d'espoir à côté, c'est la table.
33:47D'accord ?
33:47Ah, il en a défilé ici, hein.
33:49Des seigneurs.
33:51Tenez, venez voir.
33:54Les carpentiers.
33:56Et à gauche, André Routis,
33:58qui était champion du monde.
34:02Tenez.
34:03Voilà les gants
34:05avec lesquels il a obtenu son titre.
34:06Ah, je peux les mettre ?
34:07Oui, mais il faut qu'on me les a emportés.
34:08Non, non, non.
34:09Ah, puis, il y a eu celui, Marcel Serdant.
34:11Qui Serdant ?
34:12Eh, c'est là qu'il a pris ses galons.
34:14Et puis, l'autre, la Perle Noire,
34:17Red Sugar Robinson.
34:18Mais on n'a eu que des volettes, ici.
34:20Des vrais.
34:21Et quand ça se terminait,
34:23la plupart du temps,
34:24c'était par un chaos qui ne pardonnait pas.
34:30Ça, c'était le sport.
34:32Tenez.
34:33Il y a ici un monsieur, là,
34:34qui pourra vous en parler beaucoup mieux que moi, des trucs.
34:37C'est Maurice Solser.
34:39Il a tenu le part du Veldiv pendant près de 10 ans.
34:43Et auparavant, il est monté sur un ring,
34:45il était champion.
34:45Attendez voir.
34:47Oh, Maurice.
34:48Oh, oui.
34:48Peux-tu nous dire tes titres ?
34:49Ah, oui.
34:50Merci, monsieur l'homme.
34:51Oui.
34:51Oui, madame, j'ai été champion de France,
34:53j'ai été champion d'Europe,
34:55champion du monde du poids plume,
34:56IBU,
34:58et champion d'Angleterre,
34:59poids plume ou poids léger.
35:00Bravo.
35:02Catégorie poids plume.
35:03Catégorie poids plume,
35:04oui, comme une petite plume, vous savez.
35:05Monsieur Holzer,
35:06est-ce que vous pourriez nous recréer l'ambiance du Veldiv à l'époque ?
35:09Ah, le Veldiv.
35:11Si vous pouviez avoir été à cette époque-là,
35:13voir les réunions qui se passaient dans ce stade-là,
35:16c'est formidable.
35:17Une ambiance terrible,
35:18au point de vue populaire.
35:19Vous comprenez qui d'année,
35:20vraiment de l'animosité dans le coup.
35:22Mais alors, il fallait voir le parterre.
35:24Alors, au parterre,
35:25vous aviez des femmes qui venaient en robe de soirée,
35:28des gars venaient en smoking,
35:30c'était formidable.
35:42Est-ce qu'il y a un match qui vous a plus frappé ?
35:45Oui, oui, c'est assez drôle, voyez-vous.
35:47Puis, regardez-vous qu'ici,
35:48il y avait un championnat du monde,
35:49c'était un dimanche après-midi,
35:51un championnat du monde des poids-coques,
35:53entre,
35:54comment dirais-je,
35:55comment il s'appelait ce boxeur ?
35:57Alémi,
35:59contre un boxeur italien.
36:01D'Agata.
36:01D'Agata.
36:02Et puis, j'avoue que vers le milieu du combat,
36:06d'un seul coup, il y a des lombes qui éclatent.
36:07Mais sur l'ardeur du combat,
36:08les boxeurs ne se sont pas rendus compte.
36:10Mais alors, il y a Alémi,
36:11ils étaient toujours...
36:13Ah, il avait chaud, forcément.
36:14C'était les étincelles qui puxaient du plafond
36:16qui lui descendaient sur les reins.
36:18Heureusement que ça a duré trop longtemps.
36:19Si je comprends bien,
36:20c'était un combat un peu fumant.
36:22Oui, très fumant.
36:24Il y avait autre chose ici,
36:26mais quelque chose d'encore plus spectaculaire.
36:28Ah, et quoi donc ?
36:29Une usine fabriquant des locomotives,
36:31des canons et des torpilleurs.
36:32En plein Paris.
36:34Mais enfin, tu sais,
36:34à cette époque-là,
36:35c'était encore la manlieue.
36:37En dehors de païens et de violets,
36:39le troisième grand homme de Grenelle
36:40s'appelait Jean-François Caille.
36:43Ah, et qui était ce Jean-François ?
36:45Une grosse culotte.
36:47Quoi ?
36:47Oui, oui.
36:48On appelait grosse culotte au 19e siècle
36:49un ouvrier particulièrement en vedette
36:51auprès de ses camarades
36:52pour sa force physique,
36:53son habileté manuelle
36:54et aussi sa grande gueule.
36:58La grosse culotte arbitrait souverainement
37:00tous les conflits d'atelier.
37:01Il buvait beaucoup plus que les autres,
37:02mais sans jamais être rive.
37:04Il dirigeait les équipes,
37:05distribuait les tâches
37:06et engageait même les ouvriers.
37:08Mais en quelle année vous avez commencé à travailler ?
37:10Moi, 1912.
37:12Vous aviez 13 ans ?
37:13Vous aviez 13 ans.
37:1313 ans, à ce moment-là,
37:15c'était comme ça,
37:17à 13 ans, certificé,
37:18allez hop, boum,
37:18au business.
37:20Et vous étiez payé ?
37:22Ah, j'avais 10 sous par semaine.
37:2310 sous par semaine ?
37:24Comme apprenti, oui.
37:2550 centimes.
37:26C'était le patron qui nous connaissait
37:27d'une façon bénévole.
37:29C'est une condition
37:29quand on remercie les boulons,
37:30les croûts qui traînaient partout,
37:32puis quand on remplit bien
37:32une boîte à camembert.
37:34Mais est-ce qu'il vous apprenait
37:34un peu le métier à ce moment-là ?
37:36Ah, on l'apprenait,
37:36on l'apprenait dans l'atelier.
37:38C'est ça, oui.
37:39J'allais au cours de dessin le soir,
37:40à l'école rue Lacordaire,
37:42c'était autre chose.
37:42Mais dans l'atelier,
37:43c'était les compagnons, quoi.
37:45Caille donnait à l'affaire
37:46une extension considérable,
37:47profitant de la révolution industrielle
37:49qui bouleversait la France.
37:50On construisait partout
37:51des chemins de fer,
37:52des ponts, des ports.
37:54Napoléon III construisait
37:55une marine en fer.
37:56Oui, oui.
37:57Il sortait des usines de Caille
37:59une locomotive presque tous les jours.
38:01En 1865, écoute bien ça,
38:04les locomotives vedettes de Caille
38:06atteignaient déjà
38:07le 120 km à l'heure.
38:08Oh là là, 120 km en 1865 ?
38:11Oui, oui, oui.
38:12Il avait un stock de houille
38:13de 11 000 tonnes
38:14qui était constamment renouvelé
38:15grâce au péniche
38:16qui accostait au port de Grenelle.
38:17Caille était devenu
38:18un homme considérable,
38:19un des plus grands industriels
38:20de l'Empire.
38:21Il était conseiller municipal
38:22de Grenelle
38:23et menait très grand train.
38:24Et il ne reste rien
38:25de ces usines aujourd'hui ?
38:27Si, si.
38:28On les a transférées
38:29en 1891
38:31à Denain et à Douai,
38:32dans le nord,
38:33pour être plus près du charbon.
38:35Et les usines Caille
38:36attira sans doute à Grenelle
38:37toute une population ouvrière.
38:39Oh, plusieurs milliers.
38:40Mais on ne les appelait plus
38:41des grosses quilottes.
38:42On les appelait
38:43des sublimes ouvriers.
38:45Métallos.
38:45Sublimes métallos.
38:46Sublimes métallos, patron.
38:47Oui, oui.
38:48Ils étaient vifs, violents,
38:49souvent acquis
38:49aux idées les plus révolutionnaires.
38:51Je n'ai pas besoin de te dire
38:52qu'ils étaient en bagarre
38:53avec leurs aînés
38:54à qui ils reprochaient
38:54leur vie trop personnelle
38:55et leur défiance
38:56envers l'action syndicale.
38:58Oui.
38:58Tous les conflits d'ateliers
39:00avaient lieu au Café du Croix.
39:02À la santé de Marie la Blanchisseuse.
39:04À la santé de Marie la Blanchisseuse.
39:05À la santé de Marie.
39:07Marie.
39:08Toi, mais qu'est-ce que tu fais là ?
39:16Alors, Julie,
39:17qu'est-ce que tu prends ?
39:18Un cidre bien frais.
39:23Et voilà un cidre bien frais.
39:26Il est en retard, hein ?
39:27Oh, vous savez,
39:28chez Caille,
39:28il faut toujours des suppléments.
39:29Avec l'exposition,
39:31c'est pas demain qui chôme, hein ?
39:34Tiens, voilà, Pierrot.
39:36Oui, Pierrot.
39:37Il est toujours
39:38à la disposition des jolies d'âmes.
39:40Allez, Pierrot de Grenelle,
39:41viens voir un verre.
39:42C'est ma tournée.
39:44Vous voulez dire,
39:44c'est la mienne.
39:45Et à la santé
39:46de votre admirable gérille, là.
39:48Si t'emploies
39:49les mots savants, là.
39:50Elle attend Léon.
39:51Qui est-ce ?
39:52Léon, il est métallo
39:53chez Caille.
39:54Pas de Léon, imbécile.
39:56Elle est danseuse
39:57au Val Mabille.
39:58Ah, je vois.
40:00Accepteriez-vous,
40:00mademoiselle,
40:01de prendre un verre,
40:01enfin, pour l'amour de l'art ?
40:03Elle attend Léon, je te dis.
40:04Et moi, j'attends bien,
40:05Louise, vas-tu te taire ?
40:07Allez, au Grand Boulevard,
40:09Mabille,
40:09le Tortenis,
40:10c'est ma vie, ça, hein ?
40:11Hélas, c'est aussi la mienne.
40:12Ben pourquoi hélas ?
40:13Enrougeriez-vous du spectacle, hein ?
40:15Moi qui vous parle...
40:16Attention, Léon.
40:17Tu vois,
40:18mais c'est trottile avec Léon.
40:19D'abord,
40:20tu es ce que c'est Léon, hein ?
40:21Un ventreux creux
40:22qui bat le grave à six mois-là ?
40:23Quoi ?
40:24Mais laisse-moi parler,
40:25Sacre Bleu.
40:26Eh ben, parle, parle,
40:27après tout, c'est ton affaire, hein ?
40:29Alors, moi qui vous parle,
40:31j'étais intime avec Chicard.
40:33Hein ?
40:34Chicard, vous connaissez ?
40:35Bien sûr qu'il ne connaît pas
40:36Chicard chez ma vie.
40:37Tu connais, Marie ?
40:38Tu penses ?
40:39Caffe, là, mon Léon.
40:40La plus triste figure de Paris,
40:42un masque lugubre
40:43et fatigué.
40:45Chicard ?
40:46Un masque lugubre ?
40:48Le mime le plus sublime de Paris.
40:50Il m'a dit tout de suite que Rigole-Bosch est un navet.
40:51Eh, parfaitement, Rigole-Bosch.
40:53Chicard est ma vie tout entier.
40:54On va oser dire ça devant une artiste de chez ma vie, écoute.
40:57Non, mais tu rigoles.
40:59Julie, elle est danseuse, c'est pour une artiste.
41:01Bon, plus toi, gros sac.
41:02Non, non, mais il m'insulte.
41:04Eh, patron, dis-lui un peu qui suit.
41:06Moi, je pense que je ne peux pas me retenir, là.
41:07Alors, qui t'es ?
41:08Je vais te le dire.
41:09Ah !
41:10T'es une grosse culotte.
41:12Une outre vide.
41:14Une caricature d'ouvrier.
41:15Toi, et t'es semblable.
41:16Il y en a trois, Grenel.
41:18Vous avez fait la loi longtemps, mais maintenant, on vous connaît.
41:21Toujours du côté du Manche.
41:22Toujours prêt à épouser la fille du patron.
41:25Comme Caille.
41:26Histoire de faire suer le burnou des cabaranes.
41:28Oui, allez, arrête de faire le matamor.
41:30Le sublime, comme vous voulez.
41:31Oh !
41:32Non, mais t'as entendu ?
41:33Il insulte les sublimes.
41:34Ah, sublime, allez-ce-moi rire.
41:36Tout ce que vous aimez, c'est la corotte.
41:38Mais nous, les métallos, on en a marre.
41:40Alors, vous ne ferez plus la loi, Grenel.
41:41Ni à la fabrique, ni dans les bistrots.
41:43Et si t'es pas content, c'est pareil.
41:45Il n'en fera jamais rien de sérieux avec vous.
41:47Non, mais regarde-toi, on dirait rigole-boche.
41:50T'es grand et costaud, mais tu peux pas comprendre.
41:53T'as une trop petite tête.
41:54Non, mais retenez-moi !
41:56Allez, remets-toi, nigo.
41:57Tu veux me tuer, mais à quoi ça sert ?
41:58On n'est pas dix, on n'est pas cent.
42:00On se compte par milliers aujourd'hui à Grenel.
42:02Et on se laissera pas impressionner par les gros malins comme toi.
42:06Tu vois ce qui fait la force à la fabrique ?
42:08C'est plus la grosse culotte, c'est le marteau pilon.
42:12Allez, du calme, Pierrot, du calme.
42:14T'as plus une chance de devenir patron.
42:16Car tu vois les gars comme Caille, c'est fini.
42:18S'agit plus de faire du gringo, mignonne pour être directeur.
42:20Faut en avoir là-dedans et toi, t'en auras jamais.
42:23Tu seras toujours un donjon de comptoir.
42:25Alors ce que t'as de mieux à faire,
42:27c'est de te trouver une blanchisseuse qui te ramène sa paille et qui t'empêche de boire.
42:31Salut et fraternité, sublime !
42:33Et mets plus tes grosses pattes dans les miennes.
42:35Elles peseraient pas lourd.
42:38Voilà comment ils sont tous, les jeunes.
42:41Tous des blancs becs, des syndicats et tout, hein ?
42:44Des fraveurs qu'il y a vers sa boire, patron.
42:47Et chante avec moi.
42:48Tiens, on a ta Louise.
42:50Et chante aussi avec moi, Pierrot.
42:52Mais je t'en prie, chante sans boire.
42:54Mais oui, ma belle.
42:55Allez, viens la Marie.
42:57Alors, oui, oui, oui, attention, hein.
42:59À trois, enfants de Dieu.
43:01Vas-y, patron.
43:02Un, deux, trois.
43:03Enfant de Dieu, créateur de la terre,
43:08Accomplissons chacun notre métier.
43:11Le dé-travail et la sainte prière
43:15Qui plaît à Dieu, se sublime ouvrier.
43:22Allez, viens, Julie.
43:23T'en entends de chanter les sublimes, ça me fond le cœur.
43:26Et j'aime pas les musées.
43:29Allez, elle t'a senti quand même.
43:33Voilà comment ils étaient à Grenelle,
43:34Quelques mois avant la commune de Paris.
43:36Mais le jeune métallot avait raison.
43:38L'avenir était à l'organisation ouvrière.
43:41Et la grosse culotte allait entrer au musée Grévin.
43:43Mais les vieux ouvriers, n'ont-ils pas fait la commune, eux aussi ?
43:46Mais bien sûr, et aussi bravement que les autres.
43:48Seulement, ils avaient les yeux fixés sur le passé.
43:52Ils voulaient s'installer confortablement dans l'usine,
43:54Comme ils avaient fait la loi dans l'atelier.
43:56Et ça, c'était plus possible.
43:58Les jeunes métallot étaient très nombreux.
44:00Ils étaient plus sobres, plus entreprenants.
44:03Ils apprenaient à lire.
44:04Ils suivaient les réunions politiques, syndicales.
44:07Ils essayaient de réfléchir.
44:09C'est eux, et pas les grosses culottes,
44:11Qui devaient reconstruire le mouvement ouvrier français après 1879.
44:16Ah, les choses ont changé vite, en disant...
44:19Tenez, regardez les rues du quartier.
44:20Elles portent toutes des noms de savants.
44:23Ballard, chimiste, Leblanc, chimiste,
44:25Cauchy, mathématicien.
44:27C'est la matière grise qui a fait Grenelle,
44:29Autant que les bras des métallos.
44:31Mais il y a une autre gloire de Grenelle.
44:32Encore un savant ?
44:34Non, un industriel, un homme d'entreprise,
44:36Comme Violet, comme Caille.
44:37Qui ?
44:38André Citroën.
44:39Ah, André Citroën.
44:42Mais ça n'était pas un pionnier,
44:43Comme les Michelin, les Renault, les Pars et le Rassort.
44:46Lui, il a démarré après la guerre, en 1919.
44:50Alors là, quel démarrage, les amis.
44:51Une véritable conquête du marché,
44:53Avec des moyens industriels.
44:54La voiture économique à la portée de tous.
44:57Le véhicule industriel.
44:59Tenez, on va voir.
45:08Voilà la 5 chevaux.
45:10La 5 chevaux, la voiture la plus populaire d'après-guerre,
45:13Avec son arrière pointu.
45:15Voilà la même en coupée,
45:16Qui était destinée aux médecins.
45:18Aux médecins surtout, oui.
45:20Ah, voilà la K17 chevaux.
45:22Déjà plus sport.
45:23C'est joli.
45:25Et la mode.
45:27Ah oui, vous n'avez pas connu ça,
45:28Vous n'étiez pas connu.
45:29C'est la B12.
45:30La première voiture fabriquée en grande série.
45:32Voilà d'ailleurs une chaîne des usines citoyennes.
45:34Vous voyez ?
45:36Le Landolet.
45:37Le Landolet ?
45:38Oui, très luxueux d'ailleurs.
45:39Tenez, regardez.
45:40Oh, en effet, c'est presque plus luxueux que de nos jours.
45:42Ah oui, mais...
45:44Ah, voilà l'auto-chenille.
45:45L'auto-chenille destinée au Sahara.
45:48Voilà, voilà.
45:49La croisière noire.
45:51Vous voyez ?
45:52Et voilà dans un village d'Afrique.
45:55Voilà le passage d'une rivière.
45:58Ah, voilà la croisière jaune sur l'Himalaya.
46:01La C6, voiture déjà plus puissante.
46:06Ah, la Rosalie.
46:07La Rosalie, la première voiture en moteur flottant.
46:10Ah bon ?
46:10Qui a précédé la célèbre traction avant, oui.
46:13Ah, ça.
46:14Qu'André Citroën a fait sortir de ses usines en pleine crise économique.
46:18Oui, mais depuis 1925, il avait déjà inscrit son nom sur la Tour Eiffel.
46:22Oui.
46:22Avec l'aide de l'ingénieur Jacopo Dzi, il a dépensé une fortune pour éliminer la Tour et l'a
46:27marqué à son nom.
46:28Euh, 2 millions et demi de l'époque.
46:30Oh là là, une ruine, quoi.
46:32Oui, mais André Citroën voulait prouver qu'il pouvait installer en France une industrie automobile à l'américaine.
46:38Et je crois que la première est faite.
46:40Car voyez-vous, pour moi, c'est pas un hasard si André Citroën a fait sortir une série de mécaniques
46:46qui ont étonné le monde.
46:47Car regardez derrière vous.
46:49Tout Grenelle a les yeux fixés sur celui qui fut le plus grand.
46:52Le premier ingénieur français, Gustave Eiffel.
47:17On a eu une très belle vue, hein.
47:18Ah oui?
47:19J'ai vu pousser la Tour Eiffel.
47:23Quoi, vous, monsieur?
47:25Ce n'est pas moi qui parle.
47:26C'est le poète Léon Paul Fargue, le plus parisien des poètes.
47:33J'ai vu pousser la Tour Eiffel.
47:35Nous allions la voir à la sortie du lycée.
47:37Le veston en cœur remonté par la serviette.
47:40Nous distinguions au-dessus de la première plateforme un halo rouge de travail.
47:44Une sorte de buée sonore où l'on voyait de temps en temps sauter le bâton d'un marteau.
47:49Pareil à l'envol d'un corbeau qui retombait dans la poussière.
47:52Un bourgeois qui passait s'arrêtait près de nous.
47:55Rouge et soufflant, pâtu comme un poil de blanchisseuse, avec un petit col officier, des lunettes posées sur la moustache,
48:02un bourdalou rehaussé d'encre sur la tête.
48:04Nous ne serons jamais prêts, dit-il.
48:05C'était Gustave Eiffel qui était au frère ce que Brunelleschi avait été à la pierre.
48:13L'idée d'Eiffel était de démontrer la maîtrise absolue de l'ingénieur qui pouvait construire un monument gigantesque, entièrement
48:23en force, par le seul secours de la géométrie et des calculs sur la résistance des matériaux.
48:29Tous ses concurrents n'avaient pas sa hardiesse.
48:33Tous voulaient marier la pierre et la fonte dans un dosage rassurant.
48:38Ils combinaient la timidité de l'avancée technique avec les extravagances de l'imagination artistique.
48:45Tel voulait une pagode chinoise, un autre, une tour en forme de guillotine pour honorer les victimes de la terre.
48:54On va malgré l'hostilité du tout Paris, comme Brunelleschi avait eu contre lui tout Florence, Eiffel l'emporta, construisant
49:03ce monument aux lignes simples, industrielles.
49:07J'ai connu un vieux, qui s'appelait ça des voltigeurs, qui avait participé au montage de la tour Eiffel.
49:13Alors moi étant gamin, il me racontait des histoires de monter sur la charpente sans pisselle, sans être attaché, ni
49:19rien.
49:20Alors je regardais ça avec l'administration, étant gamin, il est 300 mètres de haut, il ne faut pas voir
49:24le trac.
49:25On l'appelait le voltigeur.
49:28Ça s'appelait, son nom m'échappe.
49:30Enfin le 31 mars 1889, tout était prêt pour l'inauguration.
49:35Le président du conseil, Tirard, se tenait décoré Eiffel au sommet.
49:41Mais il n'y avait pas encore d'ascenseur.
49:43Les officiels devaient monter les trois étages à pied.
49:47Oh là là, c'était beaucoup leur demander.
49:51Alors Tirard s'arrêta au premier, et Eiffel fut décoré au troisième par le ministre du commerce, Locroix, qui était
49:57plus sportif.
49:59Alors mon idée de gosse, j'envoie à la tour Eiffel que ça faisait une plateforme, et sur les quatre
50:03pieds.
50:03C'est ça. Vous ne la voyiez pas plus haut ?
50:06Ah ben si, on savait bien qu'elle allait aller plus haut.
50:08Ça vous a marqué, ça ?
50:09Oh oui, ça, ça nous a... Forcément.
50:12Puis je vous dis, on allait jouer là.
50:14Vous êtes monté plus tard, alors.
50:17Beaucoup plus tard, voilà.
50:18Oh oui, parce qu'on n'y pensait même pas, vous savez.
50:20Puis qu'est-ce que vous voulez, à cette époque-là, d'ici où c'était beaucoup, hein.
50:23Bah oui.
50:25Alors, quand on allait là, j'avais mes deux frères avec moi.
50:28Alors, et puis mon père, bah, il regardait à un mètre de franc pour monter à la tour Eiffel.
50:32D'abord, je vous dis, ça nous met même pas l'idée.
50:35Ah bon ?
50:35Non.
50:46C'est parti.
51:21C'est parti.
51:35C'est parti.
52:14C'est parti.
52:43C'est parti.
53:08C'est parti.
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