- il y a 2 jours
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00:03Oh tiens, si on allait au cinéma un jour, tu aimerais ?
00:06Oh les collections ! Attends, deux minutes, j'achète moi le journaux !
00:09Oh non, encore ces journaux yé yé !
00:11Attendez, tenez !
00:13J'en ai assez d'attendre !
00:14Oui, oui, oui, ça arrive, ça arrive !
00:24Encore ton métro, mais franchement ça t'amuse ce jeu !
00:28Oh là là !
00:32Tiens, Emile, tu ne vas pas encore nous savoir !
00:34Tiens, Emile, et ton bon appart !
00:35Non, non, c'est juste pour me souvenir de quelque chose !
00:41Regarde !
00:42Saint Paul ! Pourquoi Saint Paul ? Qu'est-ce que c'est ?
00:45Je te spiquerai dans le métro !
00:46Viens, on va acheter un carnet !
00:52Tu viens, on y va !
00:54Oh, Claire, tu vas me faire une promesse !
00:56Quoi qu'une promesse ?
00:57Tu vas me laisser acheter une mini-jupe en cuir !
01:00En cuir ?
01:00Mais parfaitement en cuir !
01:02Mais tu vas le démauder complètement !
01:03Mais tu n'as pas vu, on revient en robe longue !
01:06Mais toi tu reviens en robe longue !
01:07Mais tout le monde a des mini-jupes en cuir !
01:09Bon, bon, d'accord, va pour la mini-jupe !
01:11Mais où vas-tu la trouver ?
01:13A Saint-Faule, Mitro Saint-Faule !
01:18A Saint-Faule, Mitro Saint-Faule !
01:24A Saint-Faule, Mitro Saint-Faule, Mitro Saint-Faule !
01:28A Saint-Faule, Mitro Saint-Faule !
01:29A Saint-Faule, Mitro Saint-Faule !
02:03Sous-titrage MFP.
02:05Le marais? Mais qu'est-ce que c'est que ça, le marais?
02:24Il n'y a pas l'air d'avoir beaucoup de boutiques de mode par ici.
02:35Lycée Charlemagne. Un drôle de nom pour un lycée.
02:38Lycée, attends, lycée, donc lycéenne, donc mini-jupes, donc boutique de mode pas loin d'ici.
02:43Pour les mini-jupes, vous repasserez, mademoiselle. C'est un lycée de garçons.
02:46Oh!
02:46Vous n'avez pas de chance, vraiment.
02:48Oh, viens!
02:50Attends, nous sommes ici, rue Saint-Antoine.
02:53Bon, c'est trompé, on l'avait dit Saint-Paul. Allez, viens, on va reprendre le métro.
02:56Attends, tout de même, pas de rue Saint-Paul.
03:06Tiens, voilà, monsieur Cronos. Mais tu as vu comme il est bien habillé? Bonjour, monsieur Cronos.
03:12Enfin, êtes-vous seul, non?
03:13Oh, je vous ai retenu toujours, votre bonne vieille barbe.
03:16Enfin, allez-vous arrêter, quoi, jeune femme, pertinente.
03:19Mais que vous racontez-vous-là avec votre Cronos? Je suis monsieur Tagore,
03:22professeur de mathématiques au lycée Charlemagne.
03:24Allez, allez, passez-vous dans sa main.
03:25Ce n'est pas Cronos. Bien, on va se débrouiller toutes sortes.
03:29Mais c'est incroyable. Dis-moi, comment est-ce qu'on dit homonyme en français?
03:33Mais non, pas un homonyme, c'est un sosie.
03:35Espèce de sosie!
03:38Oh, viens te dis-je. Je crois que j'ai trouvé l'église Saint-Paul.
03:43Comme elle est belle.
03:45Tiens, regarde. Elle date probablement du 17e siècle.
03:49Elle est du style baroque.
03:51Qu'est-ce que ça veut dire, baroque?
03:52Ah oui, euh, bizarre, étrange.
03:55Mais non. Le baroque, c'est un style qui s'est affirmé en Europe après la Renaissance.
04:01Toutes les églises baroques se ressemblent.
04:03Oh oui, c'est vrai. Elles ont un fronton comme, oh oui, comme les temples grecs ou romains.
04:08Il y en a d'autres de ce style à Paris. Saint-Gervais, par exemple.
04:12Je crois que c'est pas loin d'ici.
04:14La Sorbonne aussi, il me semble.
04:17Tu sais, Monica, toutes ces églises ont été construites dans la grande période de Jésuites.
04:23C'est quoi, les Jésuites? Une famille royale?
04:26Bonjour!
04:27Attention, Monica, t'es-toi bien.
04:28T'es-toi-ci, pas d'erreur, c'est pas M. Cronos.
04:30Bonjour, petits étrangers!
04:32Nous ne vous connaissons pas, monsieur.
04:34On ne reconnaît plus le Micronos.
04:35C'est sans doute un Jésuit.
04:37Ou un professeur de l'école Charlemagne.
04:39Et vous enseignez quoi, monsieur?
04:41Je n'enseigne rien, je suis le temps.
04:43Regardez.
04:45M. Cronos!
04:46Oh, enfin!
04:48Vous allez tout nous expliquer sur cette église.
04:50Ah, un moment, hein?
04:52Vous ne pourrez rien comprendre à cette architecture baroque
04:54si vous ne la situez pas dans son cadre, ce quartier admirable.
04:57Et si vous ne situez pas ce quartier dans son âge d'or, le XVIIe siècle.
05:02Venez, je vais vous raconter le marais.
05:35Qu'est-ce que c'est, ce vieux mur?
05:37C'est le mur de Philippe Auguste, l'enceinte de Paris du Moyen-Âge.
05:42Et on en trouve des traces un peu partout.
05:44On y pénétrait par la porte Saint-Antoine,
05:47juste à côté du lycée Charlemagne, là où nous nous sommes rencontrés.
05:50Et le marais, il était à l'intérieur ou à l'extérieur de l'enceinte?
05:55Les deux à la fois, ma petite cliente.
05:57Oh, attendez!
05:58Oui, je me rappelle.
06:00Je crois que la Seine avait autrefois deux bras,
06:03dont l'un s'avançait jusqu'au pied des collines de la rive droite.
06:07Et quand la Seine s'est retirée, elle a laissé un vaste marécage.
06:12Parfaitement.
06:13Le marais.
06:14Il fut défriché dès le Moyen-Âge par des moines qui construisirent des couvents.
06:20Au XVIe siècle.
06:37L'endroit devint vite à la mode.
06:39Les rois eux-mêmes y furent construire.
06:41L'hôtel Saint-Paul était un hôtel royal.
06:44Ainsi d'ailleurs que la maison des Tournelles, rue du Birag.
06:47Ce fut la résidence de plusieurs rois de France.
06:50De Charles VI à François Ier jusqu'à Henri II.
06:53Oui!
06:54Alors?
06:56Attention, Monica, vous allez tomber!
06:58Et puis, il ne faut pas maltraiter les monuments historiques.
07:01Oh, quel bébé, cette Monica!
07:05Mais ne disiez-vous pas, M. Cronos,
07:07que la véritable époque de gloire du marais
07:10était au XVIIe siècle?
07:13Ben, absolument, Clio.
07:18C'est la création, par Henri IV, de la place royale,
07:22tout à fait en dehors de la vieille enceinte.
07:24Tenez, c'est l'actuelle place des Vosges.
07:26Et c'est la construction de cette place, dis-je,
07:29qui donna sa structure d'ensemble au nouveau marais.
07:32Autour de la place royale gravitaient d'innombrables rues
07:35qui ont vu foisonner les hôtels.
07:37Et beaucoup sont restés intacts.
07:39Tout ce qui comptait dans la politique,
07:41les arts, la littérature, la noblesse,
07:43vivait alors au marais.
07:44C'était, si vous voulez, le quartier chic,
07:47le beau quartier de Paris.
08:05Et la porte Saint-Antoine?
08:07Je lis que c'est par là que se faisait l'entrée
08:09des rois et des princes dans la capitale.
08:11C'est exact, Clio.
08:13Toute la rue Saint-Antoine, qui était très large pour l'époque,
08:16devenait alors un véritable lieu de fête.
08:19On y représentait des mystères,
08:21on y organisait des tournois.
08:23Tenez, en 1549,
08:26le roi marie sa fille et sa soeur.
08:29Excellente occasion pour rompre quelques lances.
08:38Les tournois étaient encore furieusement courus
08:41dans le Paris du XVIe siècle.
08:42Les belles dames se dérangeaient,
08:44les rois eux-mêmes ne dédaignaient pas d'y paraître
08:46et même d'y combattre.
08:48On s'y tuait fort proprement.
08:49Par accident, bien sûr.
08:52Tenez, le cavalier qui fonce,
08:54c'est Henri II.
08:58Le roi est tombé!
09:02Le roi est mort.
09:06Vive le roi!
09:09Et oui, sous Louis XIV,
09:11l'entrée des princes dans Paris
09:12avait encore un aspect solennel.
09:14Une fête, une grande fête populaire.
09:16Pour l'entrée du roi,
09:17qui accompagnait sa femme Marie-Thérèse,
09:20un fante d'Espagne,
09:20toute la cour était à cheval ou en carrosse.
09:23Et pas seulement les gentils hommes
09:24et les gens de la maison royale,
09:25mais encore les corps constitués,
09:27le clergé, le parlement,
09:28les cours de justice.
09:31Tenez, là, c'est l'enfant.
09:36Aux fenêtres de l'hôtel de Beauvais,
09:39les belles marquises du Marais
09:40étaient au spectacle.
09:42Chaque fenêtre était louée fort chère.
09:48Tiens, nous voilà encore devant l'église.
09:50Ah oui, c'est important.
09:52Oh, les jésuites, dites-nous tout,
09:53M. Cronos.
09:54Mais, il a disparu.
09:57Oh, tant pis.
09:58Viens, nous allons nous débrouiller,
09:59toutes sortes.
10:01Mais d'abord, tu dois bien te mettre dans la tête
10:04que les jésuites sont des religieux.
10:06Tu comprends?
10:07Ils ont été créés par le pape au 16e siècle
10:10pour lutter contre la réforme.
10:13Ils devaient être riches et puissants
10:15au siècle de Louis XIV.
10:18Vous l'avez dit,
10:21les jésuites étaient riches et puissants.
10:23Ils étaient installés ici.
10:24Ils étaient chez eux, à Saint-Antoine.
10:26Mais, qui êtes-vous?
10:27Cette fois-ci, c'est pas Cronos.
10:29Que vous importe.
10:30Je suis là pour vous parler des jésuites.
10:36C'est à Paris, plus exactement à Montmartre,
10:38que l'espagnol Ignace de Loyola,
10:41François-Xavier,
10:43le père Lefèvre
10:44et quelques autres prêtres espagnols
10:46avaient fondé l'Ordre de la Compagnie de Jésus
10:49qui se mettait entièrement au service du pape et de Jésus,
10:52d'où le nom de Jésuite.
11:03L'Ordre avait ouvert au quartier latin
11:05le collège de Clermont, dans la rue Saint-Jacques.
11:08Toute l'élite de la France
11:09allait pendant des siècles
11:11sortir de ce collège de Clermont.
11:14En 1580, l'Ordre reçut en don
11:16du cardinal Charles de Bourbon,
11:18oncle d'Henri IV,
11:19l'hôtel de la Roche-Pau.
11:21L'Ordre devait respecter la volonté du donateur
11:25et construire une chapelle
11:26à la mémoire de Saint-Louis.
11:29C'est ainsi que les jésuites
11:31installèrent à Saint-Antoine
11:33leur maison-professe,
11:34où logeaient les membres de l'Ordre
11:36qui avaient prononcé leur vue.
11:38Formateurs éminents de la jeunesse,
11:41ouverts à toutes les idées,
11:43les jésuites étaient souvent accusés
11:45d'influencer les jeunes.
11:46Quand Henri IV faillit être assassiné
11:49en 1594 par Jean Châtel,
11:52on dénonça l'influence du collège de Clermont,
11:54dont Jean Châtel avait été l'élève.
11:57Les jésuites furent expulsés.
12:01Ils revinrent en 1603.
12:04Triomphalement.
12:16Mais qui aurait enseigné à leur classe ?
12:19Comme vous dites.
12:20Bref, quand Louis XIII démolit l'enceinte
12:22de Philippe Auguste,
12:23il leur donne un terrain.
12:25Ils agrandissent leur maison,
12:27qui devient le couvent des grands jésuites.
12:29Ils élèvent en même temps
12:29cette belle église dédiée à Saint-Louis.
12:40Voyez cette rampe,
12:42ce plafond peint par Gherardini
12:44qui représente l'apothéose de Saint-Louis.
12:51Et puis la porte en bois sculptée.
12:53Elle était à l'entrée de la bibliothèque des pères.
13:03Ah, le lycée Charlemagne a gardé pieusement
13:05l'héritage des jésuites.
13:15Dites-moi, pourquoi étaient-ils si influents du VIIe siècle ?
13:19C'était seulement leur collège ?
13:21C'est-ce que donc pas ?
13:22Les jésuites étaient-ils, faut bien le reconnaître,
13:25des hommes de talent, de caractère.
13:28Ils savaient s'imposer à la société,
13:30à la cour.
13:31Les rois prenaient toujours leurs confesseurs
13:33dans la maison de prophès de Saint-Louis.
13:36Pourquoi cet étrange pouvoir ?
13:38On a souvent dit des jésuites
13:40qu'ils étaient les éminences grises
13:42des rois ou des ministres.
13:44Non, vous savez que Lyot,
13:45les jésuites savaient conseiller
13:46les princes catholiques
13:47au mieux de leurs intérêts réciproques.
13:55Mais ne croyez pas que les rois
13:56écoutaient docilement
13:58les avis des pères jésuites.
14:00La grande supériorité des jésuites
14:03est qu'ils étaient instruits.
14:05Ils avaient une culture profonde
14:07qui les rendait aptes à tout.
14:09Leur organisation leur permettait
14:11d'être en contact avec les pères
14:13des autres pays,
14:14donc d'apporter de précieuses nouvelles
14:16de l'étranger.
14:17Et puis, souvent,
14:19ils connaissaient les hommes
14:21avec leur mérite
14:23et leur faiblesse.
14:27Qu'est-ce que c'est que ces inscriptions ?
14:29Ce sont les initiales
14:31de la compagnie de Jésus.
14:33Regardez le pur style jésuite
14:36de la façade.
14:37Comme à Saint-Gervais
14:38qui fut inauguré presque en même temps,
14:40non loin d'ici.
14:41Le fronton cache presque la coupole.
14:45Tout donne l'impression du théâtre.
14:48Tout se passe en façade.
14:50La religion se met en scène dans la rue.
14:52Il s'agit d'inviter les gens à entrer.
14:56En franchissant ce seuil,
14:57ils connaîtront une autre vie.
15:00Alors les architectes
15:01ont accumulé les éléments décoratifs
15:03pour impressionner,
15:05pour donner de la majesté,
15:07de la grandeur à la maison de Dieu.
15:09Et partout,
15:10les sculptures,
15:11les ornements.
15:13Leur église est installée dans la ville
15:14comme ils le sont eux-mêmes dans la société.
15:17Ils l'ont voulu belle et frappante.
15:20Elle regarde les hommes
15:22et non le ciel.
15:24Dites-moi,
15:25vous n'avez pas l'air d'aimer beaucoup
15:26les jésuites.
15:27Qui êtes-vous, monsieur ?
15:31Un janséniste,
15:33mademoiselle.
15:34Ah ben ça alors ?
15:36Ben dis donc,
15:37qu'est-ce que vous faites là dans cette tenue ?
15:39Vous n'avez pas honte ?
15:40Des jeunes filles étrangères ?
15:41C'est pas la première fois, hein ?
15:43Allez, circulez !
15:43Dès que je vous vois plus.
15:45Vous êtes complètement inconsciente
15:46de vous compromettre
15:47avec un janséniste.
15:49Et puis d'abord,
15:49vous allez manquer
15:50le presse de Bourdalou.
15:51Allez, dépêchez-vous !
15:52Allez !
15:52Mais qui est Bourdalou ?
15:55Je fais un peu un jésuite,
15:56que diable !
15:57Allez, allez, allez !
16:03Mettez d'abord ces mentires
16:05et tâchez de passer inaperçue.
16:08Allez vous cacher derrière ce pilier.
16:09C'est d'apprendre vous à laisser.
16:12Imaginez l'affolement
16:13si on arrivait à vous découvrir.
16:15Je risque ma place.
16:17Tenez,
16:18le prêche de trois heures
16:19va commencer.
16:22Tout ce que le marais compte
16:23de noble, d'intelligent,
16:25de cultivé, de littéraire
16:27se presse ici
16:28pour entendre parler
16:29le père Bourdalou.
16:30C'est une église à la mode.
16:33La réputation de Bourdalou
16:35a éclipsé celle de Boswell.
16:37Et madame de Sévigné,
16:38elle ne dit plus
16:39qu'elle va au prêche
16:40mais qu'elle vient
16:41en Bourdalou.
16:49La réputation de Bourdalou
16:52La réputation de Bourdalou
17:11Comment comprendre cette résurrection
17:14des morts ?
17:17Il ne s'agit pas, mon cher auditeur,
17:18de la comprendre pour la croire,
17:21mais de la croire.
17:22Quand même,
17:23elle vous serait complètement incompréhensible.
17:26Car que vous la compreniez
17:28ou que vous ne la compreniez pas,
17:30ce n'est pas ce qui la rend
17:31plus ou moins vraie,
17:32plus ou moins certaine,
17:34ni par conséquent
17:35plus ou moins croyable.
17:38Cependant,
17:39j'ai bien lieu d'être surpris,
17:40mon cher frère,
17:41que vous,
17:41qui vous piquez
17:42d'une prétendue force d'esprit,
17:44vous formiez là-dessus
17:45tant de difficultés.
17:49Dis-moi,
17:50le prêche de Bourdalou
17:51avait l'air plutôt sévère.
17:53Pas si sévère que ça,
17:54puisque les grandes dames
17:55s'y pommaient.
17:56Regarde la Sévignée.
17:58Ne vous y fiez pas.
18:00La Sévignée suivait surtout la mode.
18:03Alors, une fois rentrée chez elle,
18:04elle se mettait à écrire.
18:05Et quand elle écrivait,
18:07c'est comme si elle continuait à parler.
18:11Ah, le Bourdalou,
18:13il fit à ce qu'on m'a dit
18:14une passion plus parfaite
18:16que tout ce qu'on peut imaginer.
18:17C'était celle de l'année passée
18:19qu'il a réajustée
18:20selon ce que ses amis lui ont conseillé
18:22afin qu'elle fût inimitable.
18:24Comment peut-on aimer Dieu
18:26quand on n'en entend jamais bien parler ?
18:28Il vous faut des grâces
18:29plus particulières qu'aux autres.
18:33Et voilà,
18:34vous la reconnaissez bien là.
18:36C'est une mondaine.
18:38Elle vient voir son Bourdalou
18:40pour pouvoir aimer Dieu
18:41plus tranquillement,
18:42plus facilement,
18:43plus agréablement.
18:44Il savait y faire, les Jésuites.
18:50J'arrive tout de suite.
18:56Parlez-nous encore de Madame de Sévignée.
18:59Elle a tant de classe.
19:00Bon, une minute.
19:01Il faut d'abord que je surveille
19:02parce que le stationnement est interdit
19:04dans le passage Saint-Paul.
19:06Non, mais soyez sans crainte.
19:07Vous la retrouverez, Madame de Sévignée.
19:09Elle est partout dans le quartier.
19:11Allez, venez avec moi.
19:12Prenons l'avenue des Jésuites.
19:14Encore les Jésuites ?
19:16Eh oui.
19:17Oui, c'est ainsi qu'on appelait
19:18cette ruelle au XVIIe siècle.
19:21Vous voyez ces bornes là-bas ?
19:23Eh bien, elles empêchaient
19:24les cavaliers d'écraser les piétons.
19:25Ou plutôt, elles servaient
19:26d'un refuge aux piétons
19:27quand débouchaient des cavaliers
19:29ou des carrosses.
19:30Parce que les carrosses
19:31écrasaient les gens ?
19:32Mais quelle horreur !
19:33Parce que tu crois que les automobiles
19:35sont plus regardantes ?
19:37Être écrasée par un carrosses.
19:39Eh oui !
19:40C'était fréquent dans Paris.
19:42Et les grands seigneurs
19:43s'en souciaient fort peu.
19:45Écoutez.
19:47Écoutez.
19:48Un très joli récit d'accident
19:49par une des meilleures chroniqueuses
19:52de l'époque.
19:52Madame de Sévignée.
19:53Tout juste.
19:58L'archevêque de Reims
20:01revenait hier
20:02fort vite de Saint-Germain
20:04comme un tourbillon.
20:07S'il se prend pour un grand seigneur,
20:09ces gens le croient encore plus que lui.
20:12Il passait au travers de Nanterre,
20:14tra-tra-tra,
20:15il rencontre un homme à cheval,
20:17gare-gare,
20:17le pauvre homme se veut ranger,
20:19son cheval ne le veut pas.
20:20Le carrosses et les six chevaux
20:22renversent plus par-dessus tête
20:23le pauvre homme et le cheval
20:25et passent par-dessus.
20:26Et si bien par-dessus
20:27que le carrosses en fut versé
20:29et renversé.
20:30En même temps,
20:31le pauvre homme et le cheval,
20:32au lieu de s'amuser
20:33à être roué ou estropié,
20:35se relèvent miraculeusement,
20:37remontent l'un sur l'autre
20:38et s'enfuient et courtent encore.
20:41Pendant que les laquais,
20:42le cocher,
20:43l'archevêque même,
20:44se mettent à crier
20:44« Oh là !
20:45Qu'on arrête ce coquin !
20:46Qu'on lui donne 100 coups ! »
20:48L'archevêque,
20:49en racontant ceci,
20:51disait « Si j'avais tenu
20:52ce marot-là,
20:54je lui aurais rompu les bras
20:56et couper les oreilles ! »
20:59Quel amour du temps !
21:03Oh !
21:04Oh !
21:05Oh !
21:06Tu vois ce que je te disais ?
21:08Rien n'a changé !
21:09Oh, toi !
21:11Dites-moi,
21:11Monsieur Cronos,
21:12est-ce que le carrosses
21:14de l'archevêque de Reims
21:16passait souvent par ici ?
21:17Non, je ne crois pas,
21:18mais celui du grand Condé
21:20passait tous les matins.
21:21Le vainqueur de Reims-Cronos ?
21:22Oui,
21:23et de quelques autres lieux.
21:25Condé et son carrosses
21:26étaient la terreur
21:27de l'avenue des Jésuites.
21:29Tenez,
21:29il avait ici,
21:30de la derrière,
21:31au numéro 7,
21:32un petit pied-à-terre
21:33où il emmenait ses conquêtes.
21:35Ah !
21:35Le général avait du cœur !
21:37À revendre,
21:38oui !
21:38Il avait beaucoup d'affection
21:40pour une grande dame,
21:41moins douée
21:42et moins distinguée
21:43que la Sévignée,
21:45mais qui fut une femme de l'être.
21:46Vous ne devinez pas ?
21:47Non.
21:48Ninon de l'enclos !
21:50Oui,
21:50elle habitait le Marais.
21:52Qu'est-ce que c'est
21:52que cette voiture-là
21:53qui gêne tout le monde ?
21:54Attends,
21:54une seconde.
22:03mais c'est ma voiture !
22:14Mais c'est ma voiture !
22:22Chez Ninon de l'enclos
22:24avec mon uniforme !
22:25Bon.
22:26Ninon,
22:26de son vrai nom,
22:27Anne de l'enclos,
22:28habitait donc
22:29cette rue des Tournelles,
22:30ici,
22:30au numéro 36,
22:31un peu plus loin.
22:32Toute la noblesse de cour
22:33a défilé chez elle.
22:35Elle a même tenu
22:35un salon littéraire.
22:37Elle était reçue
22:37chez madame de Sévignée
22:39et chez la reine Christine
22:40de Suède.
22:41Notre Christine !
22:42Celle qui était
22:43amoureuse de Descartes !
22:45Tout juste, Monica.
22:47Et les grands écrivains
22:48fréquentaient le salon
22:49de Ninon de l'enclos.
22:50C'est là que Molière
22:51lue pour la première fois
22:52son tartu.
22:53Et Ninon vécu longtemps,
22:55longtemps.
22:56Elle eut le temps
22:56de connaître
22:56presque tout le siècle.
22:58Là, c'est sa chambre
22:59à coucher.
23:00Bon, elle est bien vieille,
23:01maintenant,
23:01elle n'est pas loin de mourir
23:02et pourtant,
23:03elle a tenu à voir
23:04un adolescent déjà connu
23:05dans Paris,
23:06le jeune Arouet.
23:22Oh, n'ouvre pas
23:23les rideaux, Mariette.
23:24Tu sais bien
23:25que la lumière
23:25me fait mal.
23:26Je vous demande pardon,
23:27madame,
23:28mais les midis
23:28sonnent à Saint-Louis.
23:30Je n'ai que faire
23:31de l'heure.
23:32Il n'y a que l'heure
23:33de ma mort
23:33qui tarde à sonner.
23:36Allez, allez,
23:37va, Mariette, va.
23:38Allez, va retrouver
23:38tes galants.
23:40Oh, madame,
23:40je vous assure que...
23:42Eh bien, quoi ?
23:43C'est ton âge ?
23:46Ah, si j'avais
23:47ta taille et tes jambes,
23:48coquines.
23:50Dis-moi,
23:51ce jeune homme
23:52que j'ai convoqué,
23:53attend-il ?
23:54Il attend.
23:56Il est très impatient.
23:58Que ne le disais-tu
23:59tout de suite,
23:59petite dévergondée ?
24:01Ah, voilà pourquoi
24:02tu tardais tant
24:02à ouvrir les rideaux.
24:04Tu mériterais.
24:05Dis-moi.
24:06Madame.
24:07Ce jeune Arouet,
24:09comment est-il ?
24:10Gentil garçon ?
24:11Oh, non,
24:12madame,
24:12vraiment pas.
24:13Ce n'est pas un joli garçon.
24:14Il a un drôle de regard.
24:16Comme s'il se moquait
24:17de tout le monde.
24:18Arrête !
24:19Ne blasphème point
24:20les poètes !
24:21Allez,
24:22va me chercher ce petit arouet.
24:23Oui, madame.
24:43Madame.
24:49Approchez, approchez.
24:51Que je suis haise
24:52de vous voir.
24:53J'ai tant entendu
24:54parler de vous.
24:56Oh, madame.
24:57Mais si, mais si,
24:58ne protestez pas.
24:59Tout Paris vous connaît
25:00et vous aime.
25:01Vous êtes le nouveau racine.
25:04Allons,
25:05venez à la lumière.
25:06Alors,
25:07dites-moi,
25:08comment se porte
25:09monsieur votre père ?
25:10Au mieux, madame.
25:11Mais il se fait vieux.
25:12Moi aussi,
25:13je suis vieille,
25:14mon petit arouet.
25:14Je vais avoir besoin
25:15de mon notaire.
25:17Votre père,
25:17bien demain,
25:18pour le testament.
25:19Oh, madame.
25:19Mais si.
25:20Votre père est un bon
25:22et loyal notaire.
25:23Je l'aime beaucoup.
25:26Mais je veux que vous
25:27me parliez de vous.
25:29Assieds-moi.
25:31Alors,
25:32dites-moi,
25:33les pères du collège
25:35Louis de Grand
25:35sont très contents
25:36de vous,
25:37paraît-il.
25:37Oh, c'est selon, madame.
25:38Mais si.
25:40Particulièrement
25:40le père Leger,
25:41le père Toulier.
25:42Savez-vous
25:43ce qu'ils m'ont confié ?
25:44Comment pourrais-je ?
25:45Et puis un petit insolent.
25:47Tu rimes
25:48et ces bons jésuites
25:49t'encouragent ?
25:50Et pourquoi non ?
25:50Mais tu as raison,
25:52petit monstre,
25:52mille fois raison.
25:53rime, rêve, rime sans fin.
25:55Un fils de l'intérêt.
25:57Il y a une justice.
25:57Tu ne peux savoir
25:58combien je suis heureuse
25:59de te connaître.
26:02Ne rougis pas.
26:03J'ai lu tes vers.
26:04Ils sont sublimes.
26:05Le père Leger
26:06me les a montrés.
26:08Tu seras un grand,
26:09très grand poète.
26:11Mais,
26:11mais tu n'as rien à cacher
26:13à une dame de mon âge.
26:15Où es-tu, petit haro ?
26:16Je vais te faire une confidence.
26:18Tu figures dans mon testament.
26:20Madame.
26:21Mais si.
26:21Je veux
26:22que tu sois poète,
26:24je te lègue
26:252000 livres.
26:27Une fortune.
26:28Attends, attends.
26:29Il y a une condition.
26:30C'est que tu emploies
26:31cette somme
26:33exclusivement
26:33à acheter des livres.
26:35Oh, madame,
26:35comment vous exprimez
26:36ma reconnaissance ?
26:38Eh bien,
26:38ne t'exprime pas
26:39et relève-toi.
26:41Mais dis-moi,
26:42ah ouais,
26:43c'est un nom de notaire,
26:44pas de poète.
26:45Il te faut un pseudonyme.
26:47J'y ai pensé, madame.
26:48Oh, voyons.
26:50Voltaire.
26:51Oh non,
26:51oh non,
26:52pas Voltaire,
26:52c'est d'un commun.
26:54Je crois que je suis bien décidée,
26:55madame.
26:56Un jour,
26:57je m'appellerai Voltaire.
26:58Eh bien,
26:59soit.
26:59Madame.
27:01Adieu,
27:02Arouet,
27:03dit Voltaire.
27:06Alors cet enfant,
27:08c'était le grand notaire.
27:10Parfaitement.
27:10Il était le fils
27:12du notaire
27:12de Ninon de l'Enclos.
27:13Et elle lui léga
27:14effectivement
27:152000 livres.
27:16Oh !
27:17Et ce petit enfant
27:18était béni des dieux.
27:20Enfant chéri
27:21des Pères Jésus,
27:22coqueluche
27:23des vieilles dames
27:24de la Société de l'Est.
27:25Tout doux, Clio,
27:26tout doux, non.
27:27Le jeune Arouet
27:28eut vite des difficultés
27:30avec la Société parisienne.
27:32Mais si nous allions
27:33du nu à l'hôtel
27:33de Sully,
27:35permettez
27:35de ma vie.
27:37Nous y voilà.
27:39Nous allons y retrouver
27:40Arouet.
27:41Ce n'est plus
27:42le jeune élève
27:43des Jésuites, non.
27:44C'est un homme
27:45de lettres
27:45fort impertinent
27:46qui porte le nom
27:47de Voltaire
27:48depuis qu'il a quitté
27:49la Bastille.
27:50Oui, on l'avait enfermé
27:51à cause de ses écrits
27:52injurieux pour le régent.
27:54Mais maintenant,
27:55il est célèbre
27:55à cause de sa tragédie,
27:57Oedipe.
27:57Il est reçu
27:58dans la belle société.
27:59Tenez,
28:00regardez par la fenêtre,
28:01il est en train
28:02de dîner
28:02chez le duc de Sully.
28:04Il a 31 ans,
28:06tout le monde le fête
28:07et pourtant...
28:20A le mérité,
28:21ma chère présidente,
28:21cette Adrienne Lecouvreur
28:23est une admirable comédienne.
28:25Elle a fait le succès
28:26d'Oedipe
28:26et je ne sais pas...
28:27Monsieur Voltaire...
28:28Voyons, mon ami,
28:29voyons !
28:29Je vous prie de m'excuser,
28:30madame,
28:30mais cela ne peut attendre.
28:32Donne.
28:41Voilà qui est
28:42du dernier bouffant.
28:45Écoutez, ma chère,
28:47monsieur,
28:48on vous attend
28:49en bas de l'escalier
28:50pour vous entretenir
28:51d'un complot
28:53contre votre personne.
28:56venez sur le champ
28:58et c'est signé...
28:59Un ami
29:00qui vous veut du bien.
29:01Tout juste !
29:04Eh bien,
29:05je vous prie
29:06de m'excuser,
29:07j'y vais.
29:08J'ai fort envie
29:09de voir la tête
29:10de ces comploteurs.
29:12Allez, mon ami,
29:13allez !
29:14Mais revenez-nous vite !
29:18Mon vieux,
29:19il est drôle,
29:20ce Voltaire !
29:34Monsieur Voltaire...
29:35Et mon ami,
29:35qui a-t-il ?
29:36Allez-y,
29:36vous j'entrez !
29:37Mais vous êtes fous !
29:39Mais arrêtez !
29:41Arrêtez !
29:42Je finis !
29:44Arrêtez !
29:46Arrêtez !
29:48Est-il drôle,
29:49ce Voltaire ?
29:50Est-il drôle ?
29:54Mais qu'est-ce que ça passe ?
29:56Vous êtes fous !
29:57Arrêtez !
29:58Vous allez arrêter !
30:00Allez,
30:02Voltaire !
30:04Allez,
30:06bouffant !
30:07Arrêtez !
30:08Arrêtez !
30:09Arrêtez !
30:10Arrêtez !
30:10Arrêtez !
30:11Arrêtez !
30:11Venez tous !
30:13On rase Voltaire !
30:16Où est le lâche ?
30:18Je le tuerai.
30:20Et voilà.
30:22Le chevalier de roi en chabot venait de se venger d'une déconvenue
30:26que lui avait fait subir Voltaire dans la loge d'Adrienne le Couvreur à la comédie française.
30:31On rossait couramment les poètes à l'époque.
30:34Molière en savait quelque chose.
30:36Voltaire prend mal la chose, il provoque en duel le chevalier de roi qui refuse.
30:42Voltaire insiste, on l'enferme de nouveau à la Bastille.
30:45Et tout est dit.
30:49Et dites-moi, est-ce que Voltaire a connu Madame de Sévigné ?
30:53Mais non, Monica. Voltaire avait deux ans quand Madame de Sévigné est morte.
30:57Mais il avait beaucoup entendu parler d'elle et il raffolait de ses lettres.
31:01Allez, un peu de patience, nous allons la retrouver.
31:22Madame de Sévigné est née ici, dans un de ses hôtels.
31:26Attendez, je...
31:30Ouf, ils se ressemblent tous, hein ?
31:32Ah, celui-là !
31:41Elle s'appelait Marie de Rabutin-Chantal.
31:45À deux ans, elle perdit son père, dans un duel.
31:48À sept ans, elle perdit sa mère.
31:51Elle a eu l'orpheline toute seule dans cette grande maison,
31:54où elle vécu jusqu'à l'âge de dix ans.
31:57Ah, elle a été élevée au couvent de la Visitation, là-derrière,
32:02qui avait été fondée par sa grand-mère, Sainte-Jeanne de Chantal.
32:06Et à dix-sept ans, elle se marie.
32:11À dix-sept ans ?
32:13Mais vous voulez oui, M. Cronos ?
32:15Pas du tout, Monica.
32:16À l'époque, on se mariait extrêmement jeune.
32:19Elle épousa donc le marquis de Sévigné.
32:22Ah, et elle s'est installée ici ?
32:24Ah non, après son mariage, elle s'est installée rue des Lyons,
32:28puis rue de Torigny, puis rue du Parc Royal.
32:31Alors c'est là qu'elle a fini son existence ?
32:33Pensez-vous, elle adorait déménager,
32:35mais elle ne quittait jamais le marais.
32:37Au cours de son existence, elle a changé plus de dix fois de résidence.
32:42Enfin, elle s'est fixée à l'hôtel Carnavalet.
32:45Nous y sommes.
32:46C'est un drôle de nom, Carnavalet.
32:48Ça vient de Carnaval ?
32:50Pas du tout.
32:51Carnavalet vient de Cairnevenois.
32:54Le nom du noble bretonne qui fut propriétaire de cet hôtel.
32:58Il fut construit sous François Ier par Pierre Lescaux et Jean Goujon,
33:02les meilleurs artistes de l'époque.
33:03Bon, ben, je vous laisse.
33:08Vous le reconnaissez ?
33:09C'est Louis XIV.
33:13Oui, regardez les sculptures de Jean Goujon.
33:16Jean Goujon est un des plus merveilleux décorateurs de Paris.
33:20Ce sculpteur de la Renaissance a laissé des chefs-d'oeuvre dans le goût de l'époque.
33:24De belles nymphes à la Botticelli, des Hercule, des Silènes.
33:30Vous avez d'autres bas-reliefs de ce genre dans un palais assez célèbre, ma foi, le Palais du Louvre.
33:49Et oui, la Sévignée habitait une demeure princière, une des plus belles de la capitale.
33:54Elle y recevait d'ailleurs le tout pari des arts, des lettres et de la politique.
33:58Elle demeura 19 ans dans cet hôtel, dont elle vantait le bel air, la belle cour, le beau jardin et
34:07le beau quartier.
34:37En somme, Madame de Sévignée, elle était au centre du Marais, donc au centre de tout.
34:42Elle devait connaître toute la petite histoire du Paris de Louis XIV.
34:46La petite et la grande, elle était très friande d'histoire.
34:50Elle écrivait tous les jours à sa fille qui habitait la Provence, le château de Grignan, vous connaissez ?
34:54Elle était curieuse comme une concierge.
34:59Elle ne manquait jamais une exécution capitale.
35:03Il n'irait pas loin de son hôtel à la place de Grèce.
35:06Du balcon de l'hôtel de Silly, elle vit le supplice de la voisin, cette empoisonneuse tragique.
35:28Elle s'est intéressée aussi à la Bravillier qui habitait le même hôtel.
35:33Et elle a laissé un récit fort piquant de l'exécution qui a fait courir tout Paris.
35:40En face, en effet, la Bravillier est en l'air.
35:44Son pauvre petit corps a été jeté après l'exécution dans un fort grand bûcher et les cendres au vent.
35:50De sorte que nous la respirerons.
35:53Et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante dont nous serons tout étonnés.
36:00Elle empoisonnait dix fois de suite son père, elle ne pouvait en venir à bout, ses frères et quelques autres.
36:08Ceux qui ont vu l'exécution disent qu'elle est montée sur l'échafaud avec bien du courage.
36:12Pour moi, j'étais sur le pont Notre-Dame avec la bonne d'Escar.
36:16Jamais il ne s'est vu tant de monde, ni Paris si ému et attentif.
36:20Et demandez-moi ce qu'on a vu, car pour moi, je n'ai vu qu'une cornette.
36:24Mais enfin, ce jour était consacré à cette tragédie.
36:33Le quartier ne manquait pas d'attractions en tout genre.
36:37Ses boutiques, ses rues, ses hôtels.
36:42On dirait la province aujourd'hui.
36:45Oui, le quartier a changé.
36:49Plus de marquises, plus de fêtes, plus d'empoisonneuses, plus de messes noires.
36:56En somme, c'était le sage à main des prêts du grand siècle.
37:00Les intellectuels, les snobes, les rois de Paris.
37:05Et les idoles, les grands ténors.
37:07Ici, les libertins.
37:09Ailleurs, les bourg d'alou.
37:11Et partout, le spectacle.
37:19Aujourd'hui, plus rien de tout ça.
37:23Des petits artisans, des boutiquiers, des horloges, des luminaires.
37:31Des ferronuiers en tout genre.
37:33Et des réparateurs de piano et de guitare.
37:36Sans oublier les petites boutiques de gadgets à la mode.
38:09Sous-titrage Société Radio-Canada
39:54Oh, tu vois, on a bien fait venir Cléo, regarde.
39:56Il y aura bientôt plus rien dans ce quartier.
39:59Mais qu'est-ce que c'est que ce chantier ? C'est incroyable.
40:02J'ai pas vu, va voir.
40:16Monsieur Cronos !
40:17Eh oui, il faut bien s'occuper de l'hôtel de Marles.
40:21L'hôtel de Marles ? Et vous le détruisez ?
40:24Mais non, on ne le détruit pas, on le restaure.
40:27D'ailleurs, bientôt tout le marais sera restauré.
40:28Mais un quartier en entier ?
40:30Eh oui, ça vous étonne ? Ça n'en vaut pas la peine, non ?
40:34Regardez-moi ces façades.
40:39Eh oui, voilà les hôtels d'aujourd'hui et ceux de demain, c'est-à-dire ceux d'hier.
40:47Il y a tout un programme de rénovation.
40:50Voyez ces dessins.
40:52Dans quelque temps, Louis XIV pourra visiter.
40:54Il sera de nouveau chez lui.
42:01Clio, j'en ai assez.
42:03Mais j'en peux plus, je suis fatiguée, j'ai faim, j'ai foie.
42:07Et puis, je n'ai toujours pas de mini-jupe.
42:09Oh, écoute, encore cette mini-jupe ?
42:11Eh bien, moi, si tu le permets, j'aurais demandé, aimé, demandé encore quelque chose à M. Cronos.
42:17Mais où est-il ?
42:18Oh, mais il a encore disparu.
42:20Oh, il nous a probablement précédés, c'est tout.
42:22Mais, au fait, qu'est-ce que je voulais lui demander ?
42:26Bravo ! Plus de Cronos, plus de mémoire.
42:29Oh, attache-toi ! Tout chaud !
42:33Oh, déconnez, monsieur, s'il vous plaît.
42:35Tout de suite, la petite demoiselle. Voilà.
42:37Oh, merci, c'est bon.
42:39Et deux, bien chaud.
42:42Là.
42:44Oh, c'est formidable. Il s'achauve, hein.
42:46Allez-y, allez-y, ils sont bons, hein.
42:47Ah, vous êtes du quartier, vous, on voit ça.
42:49Ah, ça, le marais, je le connais comme ma poche, hein.
42:52Puis, c'est pas d'hier.
42:53Mais vous avez vu, on restaure les hôtels et les maisons, maintenant.
42:56Ah oui, ça y gratte.
42:58Ils éclairent les façades.
43:00Mais le marais, c'est toujours le marais, quoi.
43:02Hum, ce n'est plus ce que c'était.
43:04Qu'est-ce que vous en savez ?
43:06Bah, dans le temps, la vie était plus brillante.
43:08Il y avait les gens du monde.
43:10Parce que vous croyez que c'est des gens du monde qui meublaient tout le quartier.
43:13Mais dites-vous bien que du temps de la Sévigné, par là,
43:16bah, il y avait autant de pauvres boucles que maintenant.
43:19Ah, ah, ah.
43:23Il y a tous les jours, hein. Ils sont bons, les marrons.
43:25Tiens, à bien te servir.
43:28Tiens, pour les bons clients, on recule pas.
43:32Mais pourtant, il y avait de grandes dames de la cour dans ces auteurs.
43:35Allons donc. Faut pas croire ça.
43:38Tenez, la voisin, par exemple,
43:40eh bien, elle était de ce quartier.
43:41Et puis, il n'y a pas qu'elle.
43:43Prenez-la maintenant, pour parler d'elle.
43:46La maintenant, elle a été la maîtresse du roi, pas ?
43:48Elle était d'ici ?
43:49Et comment qu'elle était d'ici ?
43:51Seulement, avant que le roi la connaisse.
43:52Oh, dans ce temps-là, elle faisait pas la fière, là, maintenant,
43:55quand elle était mariée à son cul-de-jette.
43:57Cul-de-jette ?
43:58Mais c'est la cour des miracles.
44:01Tout juste, tout presque.
44:02Tenez, si vous allez faire un tour du côté du 56,
44:05ben, vous y verrez la maison du cul-de-jette.
44:0756 rue de Turin, n'est-ce pas ?
44:08Ah, bon, nous y allons.
44:10Merci pour les marrons.
44:11De rien.
44:12Au revoir.
44:12Et souvenez-vous, hein, le marais,
44:14ça n'a jamais été le quartier des marquises.
44:17Elle faut de tout pour faire un monde.
44:21Chaud les marrons, chaud.
44:25Et dis-moi,
44:27qui était cette maître-nom-dans
44:29dont parlait le bonhomme, là ?
44:30Eh bien, en réalité,
44:31elle s'appelait Françoise de Bigné.
44:33Et elle avait épousé à 17 ans le poète Caron
44:36qui, lui, en avait 42.
44:38Caron, mais quel drôle de nom pour un poète.
44:40Alors, il n'y a pas une petite pièce pour l'artiste ?
44:42Oh, Mr. Cronos !
44:45Oui, c'était un drôle de nom, ce Caron.
44:48Ben, il faut dire que ce Caron était un drôle de poète.
44:50Un pauvret, très maigret, au col tort,
44:54dont le corps, tout tortue, tout bossu,
44:57suranné, décharné,
44:59fut réduit jour et nuit à souffrir,
45:02sans guérir des tourments véhémants.
45:06Tel était ce Caron,
45:08un poète burlesque, tortueux,
45:11excessif, prodigieusement doué.
45:13Et sa femme, protestante,
45:16petite fille du grand Agrippa d'Aubigné,
45:18ne goûtez pas trop ces extravagances.
45:21Tous les gens de l'aide du quartier
45:23venaient faire ripaille dans sa maison, là.
45:26Après avoir été en Bourg d'Alou,
45:28on allait maintenant en Scaron.
45:30Mais sa maison était scandaleuse ?
45:32Bon, scandaleuse, non, pas scandaleuse,
45:34mais c'était un salon littéraire
45:36d'un genre un peu particulier.
45:42Vous êtes conviés, jeudi,
45:44dans ma chambre après-midi,
45:46de venir célébrer l'orgie d'Artige,
45:48le père conscrit,
45:49dont les chansons ont tant d'esprit
45:51qu'on les croit faites par magie.
45:53Et le bon débord de païens
45:54qui jure et qui dégaine bien
45:56honoreront la compagnie.
45:59Dame Picard y brillera,
46:01et le grand flot y chantera
46:02des chansons avec énergie.
46:04Moi-même aussi j'y chanterai,
46:08et les autres réjouiraient,
46:11ne l'obsent ma triste effigie.
46:15Vous ne devriez pas, mon ami,
46:16multiplier ces réunions
46:18qui vous fatiguent et qui vous coûtent.
46:19Oh, diable, la raison !
46:21Ce serait bientôt fini, tout à fait fini.
46:23Alors pourquoi ne pas mourir en beauté
46:24en chantant, en faisant des vers encore des vers ?
46:27Ouais ?
46:29Ah, entre vite.
46:34Tu m'apportes sans doute
46:35les beaux écus de mes troquinais, mon éditeur.
46:38Comment va mon martisat de kiné ?
46:40A-t-il beaucoup vendu ?
46:42Eh bien, répondras-tu, misérable ?
46:45Oui.
46:47Moi, je vois ta triste figure
46:48que tu n'es pas porteur de bel argent.
46:50Ce sont les corrections
46:51du premier volume que tu désires.
46:53Eh bien, je vais te les donner.
46:54Ils sont prêtes.
47:00Et ne reviens plus sans argent, hein ?
47:02Tu diras demain par la kiné
47:04qu'il est un fat et un avare
47:06et que je ne le convierai plus.
47:08Allez, va-t'en.
47:11Ah, toi encore ?
47:13Tu reviens du théâtre ?
47:14Bon, alors attends, rédigez une affiche.
47:19C'est tout de même efforant.
47:21J'ai les idées les plus géniales du siècle
47:23et les personnes ne les appliquent.
47:25Enfin, je ne peux pas tout faire tout seul.
47:27Mais je veux une affiche butante
47:29avec l'énoncé du spectacle, là.
47:32Comme ça.
47:33Le titre, là.
47:36La description de la pièce
47:38et de ses beautés.
47:40Et puis mon éloge, naturellement !
47:42Ça, ça, pourquoi les gens se dérangeraient-ils, hein ?
47:44Alors, il faut être simple, mon petit.
47:45Allez, tiens, rentre.
47:52Maître, rien ne va plus pour le troisième acte.
47:55Quoi encore ?
47:56Il manque un personnage.
47:58Hein, quel genre ?
47:59Tu ne vas pas recommencer la pièce
48:01parce que ce gros tel...
48:02Oh, madame !
48:03Non, mais quel genre te dis-je ?
48:05Vous savez qu'à la fin,
48:06j'hérite d'une somme fabuleuse
48:08et la situation en est retournée.
48:09Mais de qui cet argent ?
48:11Comment, d'où ?
48:12Attends, attends, attends, attends, je vois, oui.
48:14Il faut quelque chose de nouveau, presque.
48:16Il faut un personnage
48:17qui rende la situation vraisemblable.
48:20Quelqu'un de mystérieux, d'insolite,
48:22mais en même temps de vrai, hein ?
48:26Mais voilà, j'y suis.
48:29L'oncle d'Amérique.
48:31Comment ?
48:32Elle vive parfaitement.
48:33Encore une extravagance.
48:34Mais pas du tout, pas du tout, non.
48:35L'oncle est parti jadis en Amérique
48:37pour faire fortune.
48:38Et tout le monde l'a oublié.
48:39Et puis brusquement,
48:40au moment où on s'y attend le moins,
48:42on hérite.
48:43Il est mort en laissant un formidable magot.
48:47Enthousiasmant, merci, maître.
48:49Je cours au théâtre.
48:52Mais crois-moi,
48:53l'oncle d'Amérique fera fortune au théâtre.
49:04Maintenant, j'exige que tu te reposes.
49:06J'enrage de te voir livrer la littérature alimentaire.
49:09Tiens, bois ça.
49:11C'est vrai.
49:12Maintenant, tu es devenu un auteur à la douzaine.
49:15Tu travailles des deux mains.
49:16Que veux-tu, ma bonne ?
49:17J'aime boire et manger.
49:19J'aime rire et inviter le monde entier.
49:22Non, laisse-moi encore quelques minutes.
49:23Je dois écrire quelques verres pour la reine.
49:25Il faut bien justifier ma pension.
49:29Je vais lui glisser quelques malices sur son mazard.
49:38Oui, c'était un grand poète.
49:41Tenez, aujourd'hui, il aurait peut-être écrit des chansons.
49:43Des tubes, c'est sûr.
49:45Alors, à sa mort,
49:47Françoise Dobigné fut engagée comme dame de compagnie
49:49à l'hôtel d'Albret.
49:51Tenez, ici même.
49:52C'est elle qui fut la maîtresse du roi.
49:54Oui.
49:54Elle devint la marquise de maintenant,
49:56quasiment reine de France.
49:58C'est ici qu'elle prit son vol,
50:00la belle colombe de Versailles.
50:03Ah, Versailles !
50:04Et mes petites allemandes qui m'attendent au Grand Trianon.
50:06Monsieur Cronos, vous n'allez pas nous lâcher.
50:09Ben, une autre fois, peut-être.
50:10Au marais, on n'a jamais tout vu.
50:12Mais, mais, Wessie...
50:14Vous n'avez pas eu ?
50:16Sacré Cronos !
50:18Elle est bien rentrée aussi.
50:20Oh, il dit que je n'ai même pas encore trouvé ma mini-jube en suite.
50:24Oh, mais ne parle pas de mini-jube.
50:25Faisons-la maintenant.
50:26Elle serait capable de se faire brûler comme sorcière.
50:29C'est quoi ?
50:30Cachons-nous vite !
50:31Mais où ça ?
50:32Dans le métro !
50:49Sous-titrage Société Radio-Canada
50:59Sous-titrage Société Radio-Canada
51:16Sous-titrage Société Radio-Canada
51:44Sous-titrage Société Radio-Canada
52:01Sous-titrage Société Radio-Canada
52:42Sous-titrage Société Radio-Canada
52:50Sous-titrage Société Radio-Canada
52:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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