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00:24La rue d'Amsterdam
00:30La rue de Milan
00:31Mais qu'est-ce qu'elle cherche ?
00:33La rue de Niège
00:36Mais qu'est-ce qu'elle veut prendre ? Elle va faire écraser !
00:40La rue de Londres
00:42Ah enfin, la rue d'Athènes
00:57C'est ici la Nouvelle-Athènes
00:59Pardon ?
01:00Mais oui, la Nouvelle-Athènes
01:02Vous êtes très mignonne, vous savez
01:04Oh, vous vous intéressez au Vieux-Paris
01:06Vous tombez bien, je suis l'homme qu'il vous faut
01:08Ah vraiment ?
01:10C'est très amusant chez vous
01:12Alors, la Nouvelle-Athènes
01:13Eh bien, vous y êtes
01:15C'est ici la Nouvelle-Athènes
01:16Mais les gloires locales ne s'appellent pas Périclès ou Philias
01:19Elles ont des noms bien de chez nous
01:56C'est ici la Nouvelle-Athènes
02:12C'est ici la Nouvelle-Athènes
02:39C'est ici la Nouvelle-Athènes
02:52Dans ces petites rues, habitait Bizet
02:57Manet qui peignait de sa fenêtre les paysages de la rue
03:04Berlioz
03:06Deux gars qui trouvaient ses modèles dans les cafés du quartier.
03:11Tout le monde se connaissait, on se recevait, on se retrouvait dans les jardins, les cafés, les ateliers.
03:17On croisait et on recroisait des visages familiers.
03:27Cela se situait au 19e siècle, à l'époque romantique.
03:31Tout a commencé sous la restauration.
03:33Et la vogue du quartier s'est poursuivie jusqu'en 1870.
03:36La jeunesse fréquentait le quartier.
03:38Mais comme aujourd'hui à Saint-Germain-des-Prés.
03:41La jeunesse, elle met spectacles, les peintres, les jardins publics.
03:45Il y avait foule dans les fameux Tivoli.
03:47Les Tivoli ? Mais il n'y a pas aujourd'hui le moindre jardin dans le quartier.
03:51Oh, en cherchant bien, on trouve encore des îlots de verdure privilégiés.
03:57Les jardins étaient, à l'époque, les plus beaux de Paris.
04:01Ils montaient jusqu'à Clichy.
04:03On leur est dit, les jardins suspendus de Babylone.
04:08Et là, défilaient les lorêtes, les danseuses de l'opéra, les jeunes comédiennes,
04:13les modèles des Isabets, des Géricaudes et de La Croix.
04:17On se disait bonjour dans l'escalier.
04:20On prenait le frais le soir.
04:22L'été, on mangeait dehors.
04:24On s'interpellait d'une fenêtre à l'autre.
04:26Des chansons s'envolaient sous les toits.
04:37Dans les gardes françaises, j'avais un amoureux,
04:42fringant chaud comme braise,
04:44jeune beau vigoureux,
04:46mais de la colonnelle.
04:48C'est le plus scélérat.
04:50Pour une perronnelle,
04:52Le de ma plante est là.
04:58Il avait la semaine,
05:01deux fois du linge blanc,
05:02et comme un capitaine,
05:05la toquante d'argent,
05:07le fin bas des carrelates,
05:09à côte de melon,
05:11et toujours de ma pâte,
05:13frisée comme un bichon.
05:19Pour sa dévergondée,
05:22la madolon friquet,
05:24de pleurs toutes inondées,
05:26j'ai rempli mon baquet,
05:28je suis abandonnée.
05:30Mais ce n'est pas le pire,
05:32ma fille de journée,
05:34et sa femme de nuit.
05:40Une petite rente,
05:43qu'un monsieur m'avait fait,
05:45mon coulant,
05:46ma branlante,
05:47tout est au berniquet.
05:49Il retournait mes poches,
05:51sans me laisser un sou.
05:53Ce n'est pas par reproche,
05:56mais il m'a mangé tout.
06:01La nuit, quand je sommeille,
06:04je pense à mon coquin,
06:06et le plaisir m'éveille,
06:08tenant mon traversin.
06:10La chance est bien tournée,
06:12en présent, c'est catin.
06:15Qui suce la dragée,
06:17et moi le chicotin.
06:23De ton épée tranchante,
06:25perce mon tendre cœur,
06:27fais périr ton amante,
06:30rends-lui son bonheur.
06:31Le passé n'est qu'un songe,
06:34une fichesse, un rien,
06:36j'y passerai l'éponge.
06:38Viens,
06:40rentre dans ton bien.
06:49En somme, c'était la campagne.
06:51Un vrai village.
06:52Vous êtes très mignonne.
06:54Et vous, très savant.
06:55Jamais, je n'aurais cru.
06:56Vraiment ?
06:57Vous connaissez Turgot ?
06:58Turgot.
06:59Turgot.
07:00Oui, Turgot, le ministre de Louis XVI.
07:02On lui doit ce plan de rénovation de Paris.
07:04Le plan de Turgot.
07:05À l'époque,
07:06la Nouvelle Athènes.
07:08Je ne vois rien.
07:08Évidemment,
07:09la construction n'a pas encore été entreprise.
07:11Il y a bien quelques folies.
07:13Des folies ?
07:14Oui, des folies.
07:15Une de ces bagatelles
07:16qu'on aimerait vous offrir.
07:19Enfin,
07:19des maisons de campagne
07:20pour grands seigneurs,
07:21si vous préférez.
07:22Je préfère.
07:30Dans les arrières-cours,
07:32on découvre encore
07:33quelques somptueuses demeures
07:34du XVIIIe.
07:36Ainsi,
07:36rue Saint-Lazare,
07:37au numéro 8,
07:38se trouvait une petite maison
07:39offerte par M. de Montboissier
07:40à Mlle Coupé,
07:42danseuse à l'opéra.
07:43Au numéro 10,
07:44petite maison du duc de Chartres.
07:46De l'autre côté de la rue,
07:47au 9,
07:47petite maison du marquis de Persona.
07:49Toujours rue Saint-Lazare,
07:51la fameuse folie boutique.
07:53est-elle construite
07:54par le célèbre financier
07:55qui lui a donné son nom.
07:58Les jardins sont magnifiques.
08:00Vous avez de l'imagination ?
08:02Oh, d'accord.
08:03Le quartier a bien changé.
08:04Mais,
08:05en 1766,
08:07des jardins à l'anglaise,
08:09un savant désordre.
08:10Vous savez,
08:10comme le petit trianon.
08:12Eh bien,
08:12il s'élevait
08:13au-dessus de la rue Saint-Lazare.
08:15Regardez,
08:16il y a des rochers,
08:17des bosquets,
08:18comme dans les romans de Diderot
08:19ou les tableaux d'Hubert Robert.
08:25En vain par vos appâts,
08:28belle,
08:29vous savez plaire,
08:31si vous ne voulez pas
08:33vous en servir pour faire.
08:38zon, zon, zon, zon,
08:40Ninette,
08:40ma Ninette,
08:41et zon, zon, zon,
08:43Ninette,
08:43ma Ninon.
08:48Vous avez l'œil flippon,
08:51ma charmante voisine,
08:53si vous ne faites zon,
08:55vous en avez la mine.
08:59Zon, zon, zon, zon,
09:01Ninette,
09:02ma Ninette,
09:02et zon, zon, zon,
09:04Ninette,
09:05ma Ninon.
09:09La vertu dans Paris
09:12n'est que pure chimère
09:15que prêchent les maris
09:17pour être seul à faire.
09:21zon, zon, zon,
09:23Ninette, ma Ninette,
09:24et zon, zon, zon,
09:26Ninette, ma Ninon.
09:35On croirait y être.
09:37Mais vous y êtes.
09:39Le pavillon principal était ici même.
09:41Mais la folie boutin était l'ensemble du parc et des petites maisons.
09:45L'un des autres pavillons était rue de clichy.
09:50Naturellement, ce parc était fermé au public.
09:52Ah, nullement.
09:53Tout le monde y avait accès les jeudis, les dimanches et les jours de fête.
09:57Ah.
09:57Après la révolution.
09:58Oh là là, time is money.
10:00Pardon ?
10:00Mais vous allez un peu vite.
10:02Que sont devenus les boutins ?
10:03Ah, ils eurent un destin tragique.
10:06Ah.
10:09La reine Marie-Antoinette adorait la folie boutin.
10:13Elle venait s'y promener,
10:14s'y afficher publiquement, disaient les sans-culottes,
10:16pendant la fameuse journée révolutionnaire de 1792.
10:29Madame Vétho avait promis,
10:32Madame Vétho avait promis
10:34de faire égorger tout Paris,
10:37de faire égorger tout Paris.
10:40Mais le coup a manqué,
10:42grâce à nos canonniers,
10:45dansons la Carmagnol,
10:47vive le son, vive le son,
10:49dansons la Carmagnol,
10:51vive le son du canon.
10:54Monsieur Vétho avait promis,
10:56Monsieur Vétho avait promis
10:59d'être fidèle à son pays,
11:01d'être fidèle à son pays.
11:04Mais il y a manqué,
11:06ne faisons plus quartier,
11:09dansons la Carmagnol,
11:11vive le son, vive le son,
11:13dansons la Carmagnol,
11:15vive le son du canon.
11:18Le fils boutin fut guillotiné
11:20et sa folie transformée en parc national.
11:23Il est vrai qu'il fut exploité par des rivières.
11:25Qu'est-ce que c'est que celui-là ?
11:27Un député de la convention.
11:28Le créateur du plus populaire des Kivalis.
11:31C'était l'endroit à la mode.
11:33Tout Paris s'y précipitait chaque dimanche matin.
11:36On y voyait évoluer les incroyables et les merveilleuses.
11:39C'était des païsiens.
11:40Tais, tais.
11:40Quand le directeur en dit la folie,
11:42aux héritiers de la famille bouquin,
11:44le succès du jardin était tel
11:46qu'il le laissait au public.
11:47Vous ne pouvez pas parler comme tout le monde, non ?
11:50Oh, pardon.
11:51Je disais...
11:52Mais qu'est-ce que je disais à propos ?
11:53Vous disiez que le succès de ce jardin était tel
11:56qu'ils le laissèrent au public.
11:57Ils le laissèrent au public, en effet,
11:59y installant des attractions.
12:01Napoléon, il donna un gigantesque banquet
12:03à sa garde impériale.
12:04Dans la tradition de l'époque, bien entendu.
12:10Quand on conspite,
12:13quand on s'en fait,
12:14on se dit,
12:20Et vous disiez qu'on ne savait pas s'amuser
12:22dans ce temps-là ?
12:24Sous la Révolution,
12:25l'un des pavillons était occupé
12:26par un club royaliste,
12:27les Clichiens.
12:28Les Clichiens, complices de Pichgrue,
12:30furent arrêtés et déportés en 1797.
12:41Il y avait une autre folie
12:42aux 16 de la rue de Pichy,
12:44celle du duc de Richelieu.
12:45Ah, oui, le cardinal !
12:47Mais non, le maréchal, voyons.
12:49Oh, excusez-moi.
12:50Le maréchal de Richelieu,
12:51don, donna ici des soupers fastueux.
12:53Louis XV s'y rendit avec la pompe à d'eau.
12:55Oh, c'était du dernier galant !
12:58Oui, bon, passons.
12:59Ensuite ?
13:00Mais ensuite...
13:02Ensuite, le parc était toujours magnifique.
13:04Et ensuite...
13:05Ah, tenez !
13:06En 1811,
13:08il était exploité par un curieux entrepreneur de spectacle,
13:11l'italien Ruggieri.
13:13Tu as entendu quelque chose, ça ?
13:15Oui, tous les feux d'artifice du 14 juillet.
13:17Eh bien, c'est toujours la même maison.
13:18Ah !
13:19Les cinq frères Ruggieri qui sont arrivés à Paris en 1739
13:23étaient les descendants de Cosimo Ruggieri,
13:26l'astrologue de Catherine de Médicis.
13:28Les cinq frères étaient Pierre,
13:31François,
13:32Antoine,
13:33Petronio
13:33et Gaëtan.
13:34Le plus jeune, Gaëtan,
13:35est d'ailleurs parti très rapidement dans l'Angleterre
13:37pour devenir artificier de Georges II.
13:39Et les quatre autres frères sont restés à Paris,
13:42travaillant naturellement pour les grandes festivités de l'époque en France
13:46et également pour les différentes cours d'Europe.
13:49L'Ainé restait d'ailleurs comme chef de l'entreprise.
13:52Les ruggieri s'intéressaient beaucoup à tout ce qui était spectacle.
13:56Indépendamment des feux d'artifice qu'ils organisaient,
13:59ils se sont penchés sur le problème des distractions d'Irne.
14:02Et vous savez qu'à l'époque, il y avait les jardins de Pivoli.
14:06Il y a eu trois Pivolis
14:07entre la rue Saint-Lazare et la place Flichy.
14:12Le principal était d'ailleurs sur l'emplacement
14:14du siège social de la SNCF actuelle.
14:20Ces jardins étaient des jardins de divertissement
14:22ou jardins publics où il y avait des guinguettes
14:24où on pouvait consommer.
14:29Dans la journée, il y avait toutes sortes de spectacles
14:32de battleurs, de montagnes russes,
14:34car les frères Ruggieri ont été les premiers
14:37à innover en France.
14:39Ils ont innové en France les montagnes russes
14:41que l'on rencontre encore dans les fêtes foraines actuelles.
14:45Ils avaient naturellement monté également des opéras,
14:48des ballets.
14:50Et le soir, à la nuit tombait,
14:52naturellement, ils vendaient leurs artifices
14:54en faisant des spectacles d'assez courte durée.
14:56En somme, ces Tivolis, c'était des Lunaparc.
14:58C'était des Lunaparc de l'époque, exactement.
15:01Les Ruggieri avaient acheté
15:02rue Saint-Lazare, un peu plus haut que la Feuille-Boutin,
15:05un assez vaste jardin où il donnait des représentations publiques.
15:07Ah, le théâtre italien.
15:09Non, plutôt des pantomimes.
15:10Oh, écoutez, j'ai passé l'âge.
15:13Pas du tout.
15:14En 1780, la chanson était très nouvelle.
15:17Le grand thug de l'époque.
15:19Ah, comme c'est drôle.
15:20Il faut dire que la guerre contre les Anglais fait rage.
15:23Aussi, la mort de Malbrooke.
15:26Malbrooke s'en bat en guerre,
15:28Piron, pour nos Pirontelles.
15:30Malbrooke s'en bat en guerre,
15:32Ne sait qu'en reviendra.
15:34Ne sait qu'en reviendra.
15:36Ne sait qu'en reviendra.
15:39Il reviendra à la Pâque.
15:42Il reviendra à la Pâque.
15:46Ou à la Trinité.
15:48Ou à la Trinité.
15:50Ou à la Trinité.
15:53La Trinité se passe.
15:56Pour nos Pirontelles.
15:58La Trinité se passe.
16:00Malbrooke ne revient pas.
16:02Malbrooke ne revient pas.
16:04Malbrooke ne revient pas.
16:08Madame Massa tourmente.
16:11Piron, pour nos Pirontelles.
16:13Madame Massa tourmente.
16:15Si haut qu'elle peut monter.
16:17Si haut qu'elle peut monter.
16:19Si haut qu'elle peut monter.
16:21Elle doit venir son mage, tout de noir habillé
16:34Tout de noir habillé
16:38Au page, mon beau page
16:46Au page, mon beau page
16:51Quelle nouvelle apporter
16:55Quelle nouvelle apporter
17:01Quelle nouvelle apporter
17:06Au nouvel que j'apporte
17:11M'iront-on, tonton, m'iront-elle
17:16Au nouvel que j'apporte
17:19Vos beaux yeux vont pleurer
17:22Vos beaux yeux vont pleurer
17:28Vos beaux yeux vont pleurer
17:34Monsieur Malbroke est mort
17:38M'iront-on, m'iront-on, m'iront-elle
17:45Monsieur Malbroke est mort
17:48M'iront-on, m'iront-elle
17:54M'iront-elle
17:59M'iront-elle
18:13M'iront-elle
18:35Mais les rougières y avaient d'autres cordes à leur âge
18:38D'autres attractions amusaient les badauds du dimanche
18:41Les ascensions en ballon
18:43Madame Blanchard était une aéronaute très connue
18:47Qui avait décidé de monter, de faire une ascension
18:49Avec des feux d'artifice autour de sa nacelle
18:54Une foule énorme dans le jardin de Tivoli
18:57Le ballon s'élève dans les airs
19:00Et arrivé à une certaine altitude au-dessus de la foule
19:02Madame Blanchard allume ses artifices
19:06Applaudissement très nourri de la part du public
19:09Lorsque le feu s'est éteint
19:10Madame Blanchard a voulu allumer un petit feu de bengale
19:14Qu'elle a allumé effectivement
19:15Qu'elle a lancé ce feu étant soutenu par un parachute
19:19Mais par suite d'une saute de vent
19:22Le feu de bengale a été plaqué
19:24Et contre le ballon de Madame Blanchard
19:26Le ballon a explosé
19:28Et la nacelle est tombée en chute libre
19:30Enflammée
19:31Madame Blanchard a poussé par mal de cris naturellement
19:34La nacelle s'est accrochée à un piquet de fer
19:38Qui dépassait d'un immeuble
19:39Et Madame Blanchard a sauté, si vous voulez, de la nacelle
19:42Mais elle s'est écrasée sur le sol
19:44Devant le numéro 16 de la rue de Provence
19:47On savait prendre des risques à la grande époque des Ruggieri
19:50Oui, ils cherchaient le sensationnel, l'inédit
19:52Ils firent pourtant faillite en 1826
19:55Et les Tivalis furent fermés
19:56Oh, comme c'est triste
19:57Alors le quartier ?
19:59Fini, terminé, oui
20:00Quoi, plus rien ?
20:01Oh, ma foi
20:01Un dernier jardin survécu bien quelques temps là-haut
20:04Du côté du square Vintimi
20:05Mais il n'était pas à la hauteur des précédents
20:08Il y avait quand même un cirque
20:09Des jeux pour les enfants
20:11C'était tout de même très drôle, n'est-ce pas les craintes ?
20:14Non !
20:14Comment dirais-je, papa, ce qui cause bon tourment ?
20:20Papa veut que j'apprenne à lire, à compter, à écrire
20:24Moi, je dis que les chansons valent mieux que les leçons
20:30Tombe, tombe, tombe la pluie
20:32Tout le monde est à l'abri
20:34Il n'y a que mon petit frère
20:37Qui est sous la gouttière
20:39En train de pêcher des poissons pour toute la maison
20:43C'était tout de même charmant
20:45Peut-être
20:46Mais la belle époque des Tivoli était bel et bien révolue
20:49Et du reste aussi la belle époque du village des Porcherons
20:52Les sociétés immobilières n'étaient pas loin
20:54Le village des Porcherons ?
20:55Oui, oui
20:56À l'époque gallo-romaine
20:58Remontons au déluge
20:59Ça ne vous intéresse pas ?
21:01Si, si, si
21:01Ah bon ?
21:02À l'époque gallo-romaine, il y avait déjà une agglomération par ici
21:05Puisqu'on a trouvé, rue Ballu, des tombes de l'époque en grand nombre
21:09Y a-t-il des catacombes ?
21:10Pas exactement
21:11On a retrouvé une cinquantaine de corps, des poteries, des médailles
21:14Enfin, toutes sortes d'objets datant du règne de l'empereur Constantin
21:17Le quartier a d'ailleurs d'autres vestiges du début de l'époque chrétienne
21:21La rue des Martyrs, par exemple
21:22Y a-t-il des catacombes ?
21:25Non
21:26Mais à coup sûr des carrières de plâtre
21:28Tout Paris était construit sur le plâtre
21:30Non, il n'y avait pas de catacombes, rue des Martyrs
21:33Enfin, pas à ma connaissance
21:34Vous savez, la rue des Martyrs était jadis un chemin qui allait de Paris à la butte
21:39On l'appelait alors rue des Porcherons
21:40Elle reçut ensuite le nom de rue des Martyrs
21:43Parce qu'elle conduisait au sanctum martyrium
21:46Nous y voilà au catacombe
21:48Bon, si vous voulez, il y a bien quelque chose de tel, rue Antoinette
21:51Ah, vous voyez bien
21:52Oh, n'exagérons rien
21:53Les Martyrs étaient Saint-Életerre et Saint-Rustique
21:56Ils accompagnaient Saint-Denis et ils devaient évangéliser Lutèce
21:59Ils furent pris par les Romains et devaient être suppliciés en haut de la butte
22:04Mais il faisait chaud, les soldats étaient fatigués
22:07Ils décidèrent de tuer les Martyrs à mi-pente
22:10Et c'est ici, au 9 de la rue Antoinette, que Saint-Denis, Életerre et Rustique furent martyrisés
22:16Ici même ?
22:17Oh, un peu de chose près
22:18La chapelle, le sanctum martyrium, devint un lieu de culte et de pèlerinage au Vème siècle
22:25Détruite sur la Révolution, elle fut reconstruite 85 ans plus tard
22:30Voilà l'histoire
22:32Passionnant ! Mais vous m'avez parlé du village des Porcherons
22:36Attendez !
22:38Toutes les terres de ce côté-ci, de la butte, appartenaient à l'abbaye des Dames de Montmartre, fondée en
22:431153
22:43Qu'est-ce que c'est que ça encore ?
22:45Tout simplement le dialogue des Carmelites
22:46Ah, Bernanos !
22:48On ne peut rien vous cacher
22:49Quarante-six abbesses succédèrent du XIIe siècle à 1790
22:53La dernière, Louise de Montmorency-Laval, mourut sur l'échafaud
22:59Le quartier n'a pas oublié les abbesses, puisque quatre rues portent leur nom
23:04Marie de Bellefond, Louise de la Tour d'Auvergne, Marguerite de Rochechoir, Catherine de la Rochefoucauld
23:22Alors, et les Porcherons ?
23:24Vous êtes mignonne et ravissante, mais vous avez des idées fixes
23:26Idées fixes ou pas, c'est vous qui m'avez parlé du village des Porcherons ! Alors j'attends !
23:31Eh bien, nous y sommes !
23:33Oh, quand même !
23:36Sur les terres de l'Abbaye, un village de Manan se construisit peu à peu
23:40Des paysans cultivaient le blé ou les légumes pour Paris
23:44Au XVIIIe siècle, ce village comprenait quelques maisons et une barrière d'octroi dans le mur des fermiers généraux
23:51La barrière des Porcherons
23:55Alors, vous êtes satisfait ?
23:56Mais non, je cherchais la Nouvelle Athènes
23:58Et vous, vous me parlez de jardin de folie du village des Porcherons
24:02Je me demande quand ce quartier a pu naître
24:04Dis-nous ensemble, je m'informerai, j'essayerai de vous renseigner
24:07En somme, votre science s'arrête aux portes de la Nouvelle Athènes
24:11Décidément, vous ne m'intéressez pas
24:12Mais si, il me semble que du côté de Notre-Dame de Lorette...
24:15Notre-Dame de Lorette ? Merci, j'ai cours !
24:17Attendez, je viens avec vous !
24:21Mais attendez donc !
24:25Il n'y a plus d'eau depuis longtemps !
24:34Oh, merci, je vois, mais je ne vous demande rien
24:37Dommage, j'aurais pu vous dire que dans le temps, les chevaux de Monsieur Thiers, venez y boire
24:39Eh bien, vous l'avez dit, merci !
24:41Vous êtes mignonne, vous savez !
24:42Ah oui, je sais ! C'est curieux, mais on m'a déjà dit quelque chose comme ça il y
24:45a très peu de temps
24:46Déjà blasé, à votre âge, c'est dommage, on aurait pu se promener dans le quartier, c'est très beau,
24:49vous savez !
24:49Vous avez dit se promener dans le quartier, la Nouvelle-Athènes peut-être ?
24:53Vous vous intéressez au Vieux-Paris ?
24:54Ah, la Nouvelle-Athènes exclusivement !
24:56Ça tombe bien, la Nouvelle-Athènes, c'est ma spécialité, venez, je suis dans l'immobilier, je vais vous faire
24:59visiter du grand, du solide, 14 pièces restauration !
25:02Oh, mais pas si vite ! Où m'emmenez-vous ?
25:03Chez un homme très, très bien, Monsieur Dunn !
25:06C'est pas mal, hein ?
25:12Comment avez-vous dit que ça s'appelle le propriétaire ?
25:14Monsieur Dunn !
25:15Il est riche ?
25:15Ouais, il a fait fortune en construisant le quartier !
25:17Ah, vous, vous commencez à m'intéresser !
25:20Vous voyez...
25:20Faudrait pas vous méprendre !
25:23Parlez-moi un peu de ce Monsieur Dunn !
25:24Eh bien, il était agent de change, mais en 1820, la bourse était calme, trop calme pour un ambitieux !
25:29Ah, parce qu'il était ambitieux !
25:30Ouais !
25:32Il constituait une société financière avec trois compères, et en 1824, il obtenait la concession des terrains nécessaires pour construire
25:38une rue entière !
25:39Venez, on la voit d'ici !
25:41Oh, mais c'est la rue Notre-Dame de Lorette ! Je connais ! Elle relie la rue Saint-Lazare
25:46à la rue La Bruyère !
25:47Mais dites-moi, il devait être immensément riche, votre Dunn, pour construire toute une rue !
25:51Il avait le sens des affaires, mais il mit quand même 10 ans, avec des soutiens efficaces,
25:55comme celui du comte de Chabrol, grand préfet de Paris, qui distribuait des lotissements aux entrepreneurs courageux !
26:00C'est ainsi que le banquier Lafitte reçut en même temps que donne le quartier Poissonnière,
26:04et un autre promoteur construisit le quartier Europe avec toutes les rues portant des noms de villes, Amsterdam, Liège, Moscou...
26:11Athènes !
26:12Je ne vous le fais pas dire !
26:13Et votre Thiers, il habitait par ici ?
26:15Mais ici même !
26:16Il était méridional, comme moi !
26:18Je vois pas le rapport !
26:20Oh, c'est une curieuse histoire ! Figurez-vous que ce Louis-Philippe...
26:22Dunn, et surtout Madame Dunn, découvrit Monsieur Thiers, qui était alors ministre de Louis-Philippe.
26:31Thiers et Madame Dunn furent très vite de grands amis.
26:36Peu de temps après, Thiers épousa la plus jolie des filles Dunn.
26:42Madame Dunn avait tout arrangé, le mariage et la vente de l'hôtel, que Thiers acquit pour 100 000 francs
26:47en 1833.
26:49Si je comprends, elle était plutôt bien, Madame Dunn !
26:51Encore mieux que vous ne pensez ! Sa fille Élise venait d'avoir 15 ans !
26:54Et... notre amitié ?
26:5536 ! Mais c'était un homme déjà fort célèbre !
26:59Compliment !
27:00Regardez donc sa bibliothèque !
27:02200 mètres carrés !
27:0480 000 livres !
27:0580 000 livres ? Mais pour quoi faire ?
27:08Figurez-vous qu'il était historien !
27:10Et qu'il avait entrepris une grande histoire de la Révolution et de l'Empire !
27:13Il avait accumulé les livres, les documents, les mémoires, les témoignages...
27:17Il avait certainement l'une des plus belles bibliothèques privées de Paris !
27:20Et il travaillait ici ?
27:22Bien sûr !
27:22Figurez-vous qu'il aimait sa tranquillité et qu'il était fort gêné par un petit bal, un peu bruyant,
27:27presque sous ses fenêtres.
27:28Le bal Saint-Georges.
27:29Comme il avait le bras long, il le fit fermer.
27:35Pourquoi m'avez-vous traîné dans ce jardin ? Il fait frais !
27:37Vous ferez-vous contre moi !
27:38Oh ! Je dois venir ! Je veux rentrer !
27:40Non, non ! Nous attendons quelqu'un qui doit sortir !
27:42Chut ! Quelqu'un ?
27:43Oui ! Monsieur Thiers !
27:45Figurez-vous que l'un de ses principaux collaborateurs, ils étaient très amis, était un certain Mignet.
27:49Et comme il aimait simplifier les problèmes, il l'avait installé dans la maison voisine.
27:53Tenez !
27:54Regardez-en !
28:00Le soir, pour oublier l'agitation de la politique et retrouver la sérénité de l'histoire,
28:06il gagnait en cachette la maison de son ami Mignet par un petit passage qu'il avait fait dissimuler sous
28:11le lierre.
28:16La politique ne venait pas le chercher jusqu'ici !
28:18Hélas, tous ses amis étaient logés dans les parages, et sans doute par ses soins tenés.
28:25Après la mort d'Armand Carrel, Marast avait installé aux 15 bis de la rue Saint-Georges le journal libéral
28:32Le National,
28:33où Thiers travaillait avant la révolution des 1830.
28:37Quant à la place Saint-Georges, elle était devenue le rendez-vous des hommes politiques de la monarchie de Juillet.
28:49Au numéro 11, Emile de Girardin recevait Guizot, Thiers lui-même, Odilon Barreau.
28:53Et aussi Hugo, Balzac, Musset, Lamartine, car sa femme, Delphine Guet, tenait un salon littéraire et politique.
29:02Cet hôtel date donc de 1830.
29:04Écoutez, je ne veux pas vous tromper, il est beaucoup plus récent.
29:06Mais voyez-vous, il a une histoire très compliquée, l'histoire de Monsieur Thiers.
29:10Quand il l'a dit...
29:11Sous Louis-Philippe !
29:12Sous Louis-Philippe, il est bientôt plus au pouvoir, il est dans l'opposition.
29:15Il va rester 30 ans dans l'opposition.
29:17Jusqu'en ?
29:17Jusqu'en 1871.
29:20Il faut vous dire que Thiers était systématiquement opposant à tout ce qui n'était pas Thiers.
29:23Ses vols de face et déclarations contradictoires sont célèbres.
29:25Vous avez vu qu'il s'est installé place Saint-Georges après avoir épousé la fille Donne en 1833, se
29:30logeant lui-même et logeant ses amis dans un lotissement.
29:32Et bien c'est lui qui écrivait en 1826...
29:36Un genre de spéculation a été poussé à Paris jusqu'à la folie et peut amener des retours dangereux.
29:41C'est la spéculation sur les terrains et les bâtisses.
29:45Les terrains à bâtir ont rapidement augmenté et on a vu des fortunes énormes faites par la rapide élévation des
29:50prix.
29:52Certainement, les premiers terrains vendus en 1821 sont montés aujourd'hui au centuple de leurs valeurs.
29:58Il est vrai qu'en 1833, le gendre de Monsieur Donne n'a pas de raison de s'en plaindre.
30:02En 1844, Thiers combat Guizot. Quelques mois plus tard, il favorise l'accès au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte, qu
30:08'il combat pendant 20 ans.
30:09Enfin sorti de l'opposition en 1871, c'est pour gagner Versailles et lutter contre la commune de Paris.
30:14Les communards, en représailles, brûlent la maison.
30:16Quoi ? Cette maison-ci ?
30:18Cette maison-ci, exactement. Le peintre Courbet réussit à sauver les biens et les collections qui restent.
30:23La maison est rasée.
30:25Et Thiers a ruiné.
30:26Pas du tout. Il est chef du gouvernement provisoire et il reçoit pour cette maison une indemnité de plus d
30:30'un million.
30:30La maison est aussitôt reconstruite, au moment même où l'on construisait le Sacré-Cœur de Montmartre, monument expiatoire pour
30:36les crimes de la commune.
30:37Il mourut dans cette maison ?
30:38Il est mort assez abandonné à Saint-Germain-en-Laye.
30:41Les royalistes estimaient qu'il les avait trahis en ne rétablissant pas la monarchie.
30:45En 1877, la Troisième République s'installait contre Mac Mahon.
30:50Son convoi fut suivi par les 363 députés républicains de l'Assemblée et par une foule considérable.
30:55Écoutez Gambetta.
30:56Bonaparte n'eut pas appris au stériliste de telle pompe civique.
30:59Cette foule passionnée du peuple de Paris, mitraillée, saignée à blanc par son vainqueur il y a six ans,
31:03et trouvant dans sa raison et son patriotisme le courage d'amnistier le vainqueur.
31:08En somme, les républicains suivaient le convoi d'un vieux royaliste connu surtout pour son opposition à l'Empire.
31:14Mais admiré dans la bourgeoisie pour son énergie en 1871, voyez son oraison funèbre par Flaubert,
31:20je n'aimais pas ce roi des prud'hommes, n'importe, comparé aux autres, c'était un géant.
31:25Ah, enfin, la visite est terminée ?
31:27Pour ainsi dire, oui, la visite est en effet terminée.
31:29Je ne vous propose pas de prix, l'hôtel appartient à l'Institut de France.
31:31Oh, je ne voudrais pas abuser.
31:33Mais vous n'abusez pas, on peut se promener, il y a d'autres rues, d'autres places.
31:36On est au centre du quartier des affaires, au 19ème siècle s'entend.
31:39Lisez Balzac !
32:06La rue Tébou et la rue Saint-Lazare, et surtout rue Dommal, ont habité bien des banquiers célèbres.
32:12Péricault, Récamier, un peu plus bas, Lafitte et James de Rothschild.
32:18Ouvra, le financier de Napoléon, avait son hôtel rue Tébou, près de celui de Talleyrand.
32:26Enfin, le banquier filibère habitait Rubicale.
32:33Eh bien, merci, je crois que je peux continuer mon chemin. La voie est libre.
32:38Les jeunes gens sont aussi entreprenants.
32:41Eh bien, merci, merci.
32:42Mais prenez garde de ne pas vous égarer dans la rue de Clichy.
32:45Vous pourriez vous retrouver à la prison pour dette.
32:49La prison pour dette, comme son nom l'indique, c'est une prison qui est réservée aux débiteurs qui ne
32:55veulent pas payer leurs créanciers.
32:57Autrement dit, la prison pour dette, c'est une garantie qui est donnée aux créanciers de pouvoir être réglés.
33:02C'est un moyen de coercition.
33:05C'est une prison, d'ailleurs, qui avait une population très composite.
33:12Mais ce qui est intéressant, c'est de savoir que la prison pour dette était composée pour une grande partie
33:18de fils de famille
33:19qui avaient signé des billets à ordre ou des lettres de change à leur usurier
33:25et que l'usurier essayait ainsi de récupérer sa créance par un moyen de pression sur la famille de ce
33:31fils de famille.
33:32Et la prison pour dette de Clichy était une prison qui permettait à ces gens riches de vivre richement.
33:39Est-ce qu'en France, on emprisonnait beaucoup pour dette ?
33:42Assez peu.
33:43Assez peu.
33:44En 1826, à l'époque où la prison de Clichy a été créée, il y avait en France un prisonnier
33:50pour environ 40 000 habitants.
33:54Alors, les gens qui sont emprisonnés ici, rue de Clichy, sont par définition des gens insolvables.
33:59Qui paye les frais de prison ?
34:00Mais comme je vous l'ai dit tout à l'heure, ce sont les créanciers.
34:03Les créanciers doivent consigner 6 mois d'aliments au début du siècle, 20 francs par mois,
34:09et à la fin du siècle, jusqu'en 1867, 40 francs par mois.
34:11Ce qui quand même correspond à une créance élevée.
34:16Alors, en somme, on était en prison au frais de son créancier.
34:19Oui.
34:20C'est une position confortable. Est-ce qu'on vivait bien dans cette prison ?
34:23On y vivait très bien.
34:24Par exemple, dans la prison de Clichy, il y avait des boutiques, il y avait une buvette, il y avait
34:31des épiceries, des marchands de vin, il y avait même un salon de lecture.
34:34On pouvait recevoir. Et également, on pouvait payer un loyer plus ou moins élevé selon le confort qu'on désirait.
34:44Est-ce qu'on pouvait jouer ?
34:45On y jouait. On y jouait même beaucoup. On pouvait s'endetter en jouant. Malheureusement, la créance étant illicite et
34:52immorale ne pouvait pas être récupérée.
34:54C'est-à-dire qu'on ne pouvait pas mettre une nouvelle fois en prison celui qui avait perdu au
34:58jeu.
34:59Est-ce qu'il y a eu des prisonniers célèbres ?
35:00Des prisonniers célèbres, sans doute. Et en tout cas, je peux vous citer le cas de l'un d'entre
35:05eux, mais de l'un qui a évité d'y aller.
35:08C'est le bourreau Sanson, qui avait mis sa guillotine au clou et qui était poursuivi par le prêteur sur
35:13gage.
35:15Mais il s'arrangeait tous les matins pour disparaître, alors que l'huissier, accompagné de deux records, venait pour l
35:22'emprisonner.
35:22Est-ce que la prison a été supprimée il y a longtemps ?
35:26Elle a été supprimée le 23 ou le 22 juillet 1867.
35:31Pourquoi ?
35:32Parce qu'on considérait, je pense, que la prison pour dette était absolument immorale.
35:36Et, en particulier, la prison pour dette était une garantie pour l'usurier.
35:41En supprimant la prison pour dette, on supprime la garantie principale de l'usurier et on lutte ainsi, d'une
35:47manière indirecte, contre l'usure.
35:52Pardon, monsieur.
35:53Mademoiselle Mars, c'est au premier à gauche sur le palier.
35:56Quoi ? Mais qui est Mademoiselle Mars ?
35:58Mademoiselle Georges, c'est au 3. Demandez à la concierge.
36:01Non, d'ailleurs, c'est pas au 3.
36:03Le 3, c'était la Duchesnois, sa rivale.
36:06Pour Thalma, c'est au 9.
36:08Thalma ?
36:08Thalma, nous partîmes 500, mais par un prompt renfort.
36:14Thalma, je vous ferai jouer devant des parterres de rois, disait Napoléon.
36:19Ha ha !
36:20Tout ça, c'était des acteurs.
36:22Vous êtes ici dans la nouvelle Athènes, mademoiselle.
36:25La littérature, la musique, la poésie, le spectacle.
36:28Qui était Mademoiselle Georges ?
36:30Qui était Mademoiselle Mars ?
36:33Mais c'était les Sarah Bernard de l'Empire.
36:36Aussi célèbre que Mademoiselle Brigitte Tardot.
36:39Tenez, prenez Mademoiselle Mars qui habitait ici.
36:42Eh bien, Mademoiselle Mars, dont j'ai l'honneur d'habiter l'Étage
36:45et de jouer les rôles à la comédie française,
36:48avait 14 ans lorsqu'elle débuta sur la scène du Théâtre Montancier.
36:52Puis à 21 ans, elle entra à la comédie française
36:54où elle joua pendant très longtemps les rôles de très jeune fille.
36:58Si longtemps qu'au point qu'un jour, un auteur dramatique lui présenta une pièce
37:05qui relatait l'histoire d'une mère et d'une fille
37:07et qu'avec beaucoup d'ingénuité, elle, après avoir lu la pièce,
37:10elle lui dit, mais qui va jouer le rôle de la mère ?
37:13Mademoiselle Mars habitait bien sûr rue de la Tour des Dames,
37:16son somptueux hôtel particulier,
37:19jusqu'au jour où elle fut volée de presque la totalité de ses bijoux
37:23par sa femme de chambre.
37:24Écoeurée, effrayée, elle changea alors de domicile.
37:28En 1827, elle alla habiter rue Lavoisier.
37:31Or, dans cette rue Lavoisier, malchance, encore une fois,
37:34on lui revola ses bijoux.
37:36L'histoire fit à l'époque énormément de bruit,
37:38on écrivit même des vers,
37:41et un poète qui la comparait elle-même à un diamant
37:44écrivit un poème qui se terminait par ses mots,
37:46il faut, charmante Mars, ainsi que votre écrin, vous allez loger à la banque.
37:52Tout cela prouve que Mademoiselle Mars n'était pas en peine de trouver
37:54et les hôtels et les bijoux.
37:57Oh là là, je comprends !
37:59Mademoiselle Mars avait toute l'Europe à ses pieds,
38:02Mademoiselle Georges aussi,
38:04et Mademoiselle Duchesnois aussi, qui jouait Fèdre à ravir,
38:07et qui avait racheté l'hôtel de la princesse Murat.
38:11Eh bien, Mademoiselle Duchesnois débuta à la comédie française à l'âge de 25 ans,
38:15elle fait le même sociétaire le 17 mars 1804,
38:18en même temps que sa célèbre rivale Mademoiselle Georges.
38:21Bien que plus défavorisée sur le plan physique que sa rivale,
38:25elle inspira pourtant à M. Momel de l'Académie française
38:28un poème assez élogieux lors de son triomphe de Fèdre.
38:33Clairon et Duménil illustrèrent la scène,
38:36l'une frappait l'esprit, l'autre parlait au cœur,
38:39de leur perte aujourd'hui consolons Melpomène,
38:42Duchesnois tour à tour, la rente aux spectateurs.
38:46Bah c'est marquise, vous êtes chez Talma, un autre prince,
38:49enfin du moins quand il habitait ici,
38:51car il avait commencé tout petit petit de l'autre côté de la scène.
38:55Eh oui, le Rochus français tenait le haut du pavé.
38:59Oui, ben Talma était né à Paris en 1763.
39:04Et dès l'âge de 9 ans, il commençait ses premiers contacts avec le théâtre,
39:10en jouant dans sa pension, où il était élève,
39:12une tragédie écrite et composée par un de ses professeurs.
39:16Mais enfin c'était pas encore très sérieux,
39:17parce que son père le destinait à la dentisterie,
39:20son père était dentiste lui-même, ainsi que son oncle je crois.
39:24et son père l'envoie à Londres.
39:26Son père l'envoie à Londres pour faire ses études de dentiste,
39:28et là il découvre bien entendu le théâtre,
39:31et il découvre surtout Shakespeare.
39:32Il aura l'occasion d'apprendre ainsi l'anglais parfaitement,
39:35et il joue en anglais dans des troubles amateurs.
39:38Puis il revient à Paris, où il s'installe comme dentiste,
39:42mais sa vocation de dentiste n'est pas très affirmée.
39:46Il s'installe en 85, je crois, comme dentiste,
39:49et cette installation va durer à peu près un an et demi.
39:52Puis en 86, il se présente au conservatoire,
39:56en 87 il est reçu ici à la comédie française,
39:59il y joue beaucoup, puisque deux ans plus tard,
40:02ce qui est très exceptionnel, il est nommé sociétaire de la comédie française.
40:05C'est très exceptionnel car même de nos jours,
40:07on attend quelquefois cinq ou six ans.
40:10Et il joue de nombreuses pièces, près d'une centaine de pièces,
40:15mais son nom est surtout attaché, en dehors du fait qu'il est son étage ici au théâtre français,
40:19comme beaucoup de grands acteurs.
40:21Nous ne donnons pas des noms au premier, deuxième, troisième étage,
40:23mais nous donnons le nom de l'étage Talma, étage Sanson, étage Mars,
40:26il a son étage donc, mais son nom reste surtout attaché à une réforme du costume.
40:31On jouait la tragédie comme au XVIIe siècle à son époque,
40:35et les costumes étaient des costumes de tragédie du XVIIe siècle,
40:40avec plumes, avec falbala, et lui, sous l'inspiration peut-on dire de David,
40:46qui était un de ses amis, à qui il demande d'ailleurs des croquis,
40:49sous l'inspiration de David donc il réforme le costume de tragédie,
40:53et il se présente un jour, sans avoir prévenu qui que ce soit,
40:56sur la scène du théâtre français, en costume, romain, les cheveux courts,
41:00la toge romaine, les bras nus, les cuisses nues, etc.
41:03C'était encore très digne, mais enfin c'était un costume de romain,
41:05et ses camarades se sont moqués de lui, on les a l'air d'une vieille statue.
41:09Le public a réagi aussi ironiquement d'ailleurs au début, et même presque scandalisé,
41:14puis ensuite a admis cette manière de présenter les personnages,
41:18et depuis évidemment cette manière s'est imposée,
41:20puisque nous jouons maintenant la tragédie dans les costumes romains.
41:22Et que jouait-il ?
41:23Tous les grands rôles tragiques, tenez par exemple.
41:26N'en doutez point, Urus, malgré ces injustices,
41:31c'est ma mère, et je veux ignorer ses caprices.
41:36Mais, je ne prétends plus ignorer ni souffrir
41:41le ministre insolent qui les ose le nourrir.
41:45Pallas, de ses conseils, empoisonne ma mère.
41:50Il séduit chaque jour Britannicus, mon frère.
41:54Il l'écoute tous deux, et qui suivrait leurs pas,
42:00les trouverait peut-être assemblés chez Pallas.
42:04J'en ai trop !
42:09Oui, je crois qu'aujourd'hui il ferait beaucoup rire.
42:11Il donnait dans le genre noble, héroïque, vous savez,
42:13tout dans la nuque, le geste, la voix, vous voyez ça d'ici.
42:16Et quand il mourut, tout Paris suivit son convoi.
42:19La comédie française s'y relâche ce jour-là, ce fut un deuil national.
42:24C'était en 1826.
42:25Vous m'avez bien fait rire.
42:27Mais que reste-t-il de toute cette gloire ?
42:29Oh, qu'est-ce que vous voulez qu'il reste sinon sa gloire ?
42:32On vendit ses costumes.
42:33Un amateur emportait le costume d'Hamlet pour 300 francs de l'époque,
42:37avec le poignard bien entendu.
42:39Je crois que dans les ventes aux enchères,
42:40on trouverait encore aujourd'hui des souvenirs, des accessoires
42:43et peut-être des portraits du grand Allemain.
42:49Ainsi, la Nouvelle-Athènes était peuplée de Saltimbanque.
42:52Oh, Saltimbanque, oui.
42:53La coalition que vous appeliez Saltimbanque, Chopin et Georges Sand,
42:57qui habitait l'Escoire d'Orléans,
42:58à côté d'Alexandre Dumas-Père, le Grand Vague-Vert,
43:02qui habitait rue d'Aumal, Perliose, rue de Calais, Géricault,
43:06ou Gustave Moreau, qui habitait ici.
43:09Vous pouvez entrer, on vous y attend.
43:11Merci.
43:20Alors, nous nous trouvons actuellement sur l'escalier
43:23qui relie les deux ateliers de Gustave Moreau.
43:25Effectivement.
43:26C'est Gustave Moreau qui fit construire ces deux ateliers
43:29vers la fin de sa vie
43:30et qui dessina cet escalier qui est extraordinaire du reste.
43:33Ah, c'est lui qui l'a dessiné ?
43:35Ah, c'est lui même qui l'a dessiné.
43:35Je veux dire qu'il était étonnant.
43:36Ah oui, il était étonnant.
43:37Il est photographié du reste par le monde entier.
43:40On vient d'Amérique pour photographier cet escalier.
43:41Alors, il était extraordinaire.
43:42Et ça permet justement d'avoir un plan d'ensemble sur l'ensemble de ses œuvres.
43:48Oui, exactement.
43:48Enfin, d'une partie de ses œuvres.
43:50Une partie de ses œuvres.
44:12Pardon.
44:13Avec des œuvres extraordinaires.
44:14Et il avait quel âge quand il a visité l'hôtel ?
44:17Euh, 39 ans.
44:1839 ans.
44:19Et il est mort à quel âge ?
44:21Euh, 72 ans.
44:22Il a vécu 33 ans dans ce magnifique hôtel du reste.
44:25Entouré d'œuvres extraordinaires.
44:26Je suis stupéfaite, étonnée par l'ampleur, la variété de son œuvre.
44:31C'est fabuleux.
44:32C'est fantastique.
44:33Une œuvre complète de 11 000 œuvres.
44:36Gustave Moreau, les gars, 11 000 œuvres à l'État.
44:38Mais d'une variété extraordinaire.
44:40Euh, partant du classique à l'abstrait.
44:43Surréalisme.
44:44Impressionnisme.
44:45Fauxisme.
44:46Et mythologique.
44:47Allégorique.
44:48Symbolique.
44:57On peut dire qu'il n'existe qu'un seul peintre au monde.
44:59C'est Gustave Moreau.
45:01Le peintre de tous les temps.
45:03Peintre fantastique.
45:05Et nous voici, maintenant, Square d'Orléans.
45:08Où vivait, comme je vous l'ai dit, Georges Sand et Chopin.
45:11Cette square serait plutôt une cité.
45:12Ah, une cité des arts.
45:14C'est des lettres ouvrant en rue Têtebou.
45:16C'était un endroit où il était de bon ton de vivre vers 1830.
45:20Et cette enfilade de cours était un îlot de calme et de tranquillité.
45:25Au cœur de la Nouvelle Athènes.
45:27Un îlot plutôt envahi par les chanteurs des rues.
45:30Et cette complète fait aussi partie de l'histoire du quartier ?
45:33Oui.
45:34Elle a été recueillie et transcrite par Georges Sand.
45:37Qui t'y ferait passer les voies.
45:52Un garçon de confiance.
45:56Qui t'y ferait passer les voies.
46:03Un garçon de confiance.
46:08Qui la suivait pas à pas.
46:14Dans son chemin à rencontrer.
46:18Un couteau tout en sangueillé.
46:23Et qu'est-ce qu'elle raconte votre complainte ?
46:25Un fait divers ?
46:26Un fait divers, oui.
46:27Un crime abominable.
46:29Voyez-vous, vers 1830,
46:31les moyens de diffusion de l'actualité n'étaient pas ceux d'aujourd'hui.
46:35Aussi, on mettait les événements en musique.
46:37Et des colporteurs les faisaient connaître de villes en villages.
46:41Et ces complaintes, tragiques en général,
46:43avaient un succès considérable.
46:45Tout en passant par la cuisine,
46:50Il m'y faudrait bien un couteau.
46:56Tenez, madame, voici le mien.
47:00Il vous servira très bien.
47:07Vous parlez beaucoup de Georges Sand et de Chopin,
47:09mais on ne voit pas souvent leur maison.
47:10Mais nous y sommes, ou presque.
47:12Ils étaient voisins,
47:13ce qui était très pratique,
47:14vous conviendrez, pour des amants.
47:16Leur liaison dura 10 ans,
47:18de 1837 à 1847.
47:20Et voici la maison de Georges Sand.
47:37Et voilà la maison de Chopin.
47:39Il n'avait qu'une cour à traverser pour se rencontrer.
47:44Malheureusement, la mésentente s'insinua
47:46entre l'aristocrate Chopin et Georges Sand,
47:49la révolutionnaire, à la veille de 48.
47:51Et Chopin ne survécut pas à cette rupture,
47:54puisqu'il mourut l'année suivante.
47:56Comme votre histoire est triste.
47:58Elle est dans le goût de l'époque.
47:59Chopin fut emporté par la phthysie,
48:01la plus romantique des maladies,
48:03tandis que Georges Sand,
48:05convaincu par le Drurelin,
48:06se lançait dans l'action directe sur les barricades.
48:09Enfin, pour vous faire plaisir,
48:11remontons 10 ans en arrière,
48:12ou l'endemain de ce fameux voyage
48:15que les amants terribles firent à Majorque.
48:18Chopin était à l'apothéose de son talent.
48:54Nous étions à la vie de l'aristocrate.
48:56Nous étions à la vie de la puissance.
48:58Nous étions à l'aristocrate.
48:59Nous étions à l'avis de la vie de la vie de la vie.
49:02Tenez, nous nous arrêterons au passage.
49:05Cochez, huit rues Chaptales.
49:08Ces maisons tranquilles, blotties au fond d'un jardin de la rue Chaptale,
49:12ont été construites par le peintre Harry Schaeffer qui les habitait en 1830.
49:17Chopin était un ami d'Harry Schaeffer.
49:20Il venait en voisin, accompagné parfois par Georges Sand,
49:23et en 1847, le célèbre peintre brossa ici un très beau portrait du grand musicien.
49:29Delacroix était aussi un familier de la maison.
49:32Il côtoyait dans les ateliers cinq ou six jeunes peintres que Schaeffer avait installés et qu'il faisait vivre.
49:38La sœur de Ferdinand Ledhoff, l'un d'eux, s'était éprise de Manet.
49:43Ils se marièrent et Manet continua à fréquenter la maison,
49:46s'y essayant à la céramique à laquelle sa femme vouait une véritable passion.
49:51Il cuisit lui-même ici toute une collection d'assiettes d'une grande liberté de facture.
49:56Goethe vouait une admiration sans borne à Harry Schaeffer
49:59qui lui avait fait une dizaine de tableaux tirés de son Faust.
50:03Le grand poète lui fit cadeau, en 1847, d'un petit dessin de sa main.
50:09Renan fut aussi un familier de la maison.
50:11Il y venait souvent faire sa cour à la jeune et jolie nièce d'Harry Schaeffer,
50:15Cornélie, dont il devait faire sa femme.
50:18Depuis près d'un siècle et demi, la maison n'a pas quitté la famille d'Harry Schaeffer.
50:22Et Mme Sion, qui l'habite aujourd'hui, nous parle de la grande époque de cet endroit privilégié,
50:28celle de l'affaire Dreyfus.
50:30Il y avait autre chose que l'affaire Dreyfus.
50:32Bien sûr, il y avait l'affaire Dreyfus.
50:34Mes parents étaient épris de justice.
50:38Ils étaient très amis de Mathieu Dreyfus, de Georges Piccard.
50:42Alors, j'y ai vu, quand j'étais, mon Dieu, très petite quand même, n'est-ce pas ?
50:47Pour ne pas être jeune, je n'avais pas beaucoup d'années.
50:50J'y ai vu Émile Zola, n'est-ce pas, dont la mort avait tellement troublé mes parents.
50:55J'y ai vu Georges Clemenceau.
50:58J'y ai vu beaucoup de gens célèbres, mais toujours axés sur l'affaire Dreyfus.
51:04À ce moment-là, Ernest Psycarie, en 1900, avait 17 ans, et il était socialiste, si je puis dire, à
51:13tout cas,
51:14ce qui était une excellente chose, et très lié avec Charles Péguy, avec Jacques Maritain et sa mère Geneviève Favre.
51:23Parce que Jaurès est venu ici.
51:24Jaurès est venu ici très souvent.
51:26Jaurès était un ami de mes parents, absolument passionné aussi, lui, pour l'affaire Dreyfus, bien sûr.
51:34J'accuse, en 1998, on ne parlait que de ça.
51:38Mais mes parents n'étaient pas là, alors ils ne sont plus qu'en 1900, évidemment.
51:42Mais pourquoi tant de célébrités dans ce quartier ?
51:45Mais la gloire, mon petit, la gloire !
51:48Pourquoi de nos jours, l'avenue Fauche, facile, il s'allouit ?
51:52La mode et la gloire, et puis l'agrément.
51:54On vous raconte qu'à Paris, on ne s'ennuie jamais.
51:56C'est le faux, c'est le faux, c'est le faux, c'est le faux.
51:58Dans 9 sur 10 des quartiers de Paris, on s'ennuie, c'est pire qu'en province.
52:02Alors qu'au 19e siècle, dans la Nouvelle-Athènes, on ne s'ennuyait jamais.
52:07Tous ces gens-là étaient très amusants et ils attiraient ceux qui voulaient s'amuser.
52:12Alors les acteurs, les gens du spectacle sont rarement des gens ennuyeux.
52:16Ils attirent les autres.
52:17Dans ce temps-là, on savait s'amuser.
52:20En 1873, le divan japonais, qui était cher à Toulouse-Lautrec,
52:24prenait la succession de la Brasserie des Martyrs,
52:27un cabaret qui était un peu, si vous voulez, l'ancêtre du strip-tease.
52:31Alors le fantaisiste Maxime de Lisbonne,
52:34qui était un ancien directeur du Casino des Concierges,
52:37il faisait jouer en 1892 le coucher de la mariée.
52:39Une femme y apparaissait en collant rose chair et sa fille scandale.
52:44Il n'y avait pas de quoi ?
52:45Ah vous savez, l'Olympia de Manet aussi a fait scandale
52:47et c'était au salon de 1865.
52:52Maxime de Lisbonne...
52:54Encore lui ?
52:54C'était l'un des entrepreneurs de spectacles les plus drôles de Paris.
52:58Il avait monté la taverne du Bagne.
53:00Les clients étaient en cage et les garçons portaient costume rayé et boulet aux pieds.
53:04C'était pratique pour servir.
53:06Ça amusait. C'est le même Maxime de Lisbonne qui en 1880 avait fondé la compagnie des frites révolutionnaires.
53:13Ah les saletins banques !
53:14A la fin du 19e siècle, le quartier regorgeait de théâtre, de chansonniers, de cabarets, de balles publiques, de salles
53:24de jeux.
53:24Le quartier est encore fort animé ?
53:26Oui mais pas même, sans doute, bien sûr, mais il a beaucoup changé depuis Léon Paul Fargue.
53:30Vous savez ce qu'il disait Léon Paul Fargue ?
53:32Le noctambule, la profusion, ce qu'on appelait jadis le nord-sud.
53:37Le bruit de la gare Saint-Lazare, les girls, le music hall dans la plupart des hôtels.
53:42Une basilique, du French Cancan.
53:46Des épices dans l'air, beaucoup de théâtre.
53:49Des passants comme on en voit nulle part ailleurs, même à Paris.
53:53Et des chansons, des chansons qui pendent aux fenêtres.
54:02Un fiacre à l'être rotinant, caracin, hudia, hop là.
54:07Un fiacre à l'être rotinant, jaune avec un cocher blanc.
54:15Derrière les stores baissés, caracin, hudia, hop là.
54:21Derrière les stores baissés, on entendait des baisers.
54:28Puis une voix disant, Léon, caracin, hudia, oh là.
54:34Puis une voix disant, Léon, mais tu me fais mal ton lorgnon.
54:42Un vieux monsieur qui passait, cacin, cacin, hudia, hop là.
54:47Un vieux monsieur qui passait, c'est Gréa.
54:51Mais on dirait que c'est ma femme dont j'entends la voix.
54:55Cacin, cacin, hudia, hop là.
54:58Ma femme dont j'entends la voix.
55:00Ils se lancent sur le pavé en bois.
55:06Mais ils glissent sur le sol mouillé.
55:09Cacin, cacin, hudia, hop là.
55:11Mais ils glissent sur le sol mouillé.
55:15Traquilette escrabouillée.
55:19Du fiacre une dame s'aurait dit.
55:22Cacin, cacin, hudia, hop là.
55:25Du fiacre une dame s'aurait dit.
55:27Oh chouette Léon, c'est mon mari.
55:32Et il n'y a plus besoin de nous cacher.
55:36Cacin, cacin, hudia, hop là.
55:38Il n'y a plus besoin de nous cacher.
55:41On donne donc 100 sous à se cocher.
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