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  • il y a 2 jours

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00:28Où allons-nous, Clio ?
00:30Au hasard, j'adore le métro, c'est quoi ?
00:33Tu sais, moi j'aime sur toi en sortie.
00:35Tu as tort, tu sais qu'il y a des choses merveilleuses dans le métro.
00:39Tu vois tes petites boules de couleurs ?
00:42Eh bien, ils s'allument comme des étoiles la nuit.
00:44Et tu as tout pari, là sous ton doigt.
00:46N'aie pas peur, allez, essaye.
00:49Etienne Marcel.
00:52Excellement.
00:52Attends, laisse-moi, laisse-moi filer.
00:55Auvergne.
00:57Pellepore.
00:58Que des noms magiques.
01:00Mais qu'est-ce que tout cela veut dire ?
01:02Je ne sais pas.
01:03Peut-être rien, peut-être quelque chose de rare et de merveilleux.
01:06Ça ne fait rien prendre.
01:07Qu'est-ce que tu as encore derrière la tête ?
01:09Tu vois ces petites boules ?
01:11Quand tu appuies, c'est tout un coin de Paris qui s'éclaire.
01:14Et tu sais, je crois qu'on pourrait choisir n'importe quelle station.
01:17Elles ont toute une histoire à raconter.
01:18Une histoire ?
01:19Quelle histoire ?
01:20Je ne sais pas, on peut essayer.
01:23Cardinal Lemoyne, qui c'est ce petit bien-être ?
01:25Comment le serions-nous, ma planquilleux ?
01:28Tiens, volet royal.
01:30C'est le prix, il m'a dit qu'il y a de merveilleuses petites boutiques dans ce coin-là.
01:33Tu ne vois pas ça joli, toi, comme nom, Cardinal Lemoyne ?
01:39Mais Saint-Forgeau !
01:40Mademoiselle, qui est Saint-Forgeau ?
01:43C'est peut-être personne.
01:45C'est un bien joli nom pour n'appartenir à personne.
01:50Oh, Monique !
01:52Monique, j'ai une idée merveilleuse.
01:54Nous allons jouer toutes les deux.
01:55Jouer ?
01:56À quoi, téléphone ?
01:58Non, tu vas prendre ton doigt, tu vas appuyer sur un bouton en fermant les yeux.
02:03Eh bien, alors, vas-y.
02:05Et alors ?
02:05Et alors ?
02:06Nous irons à la découverte du nom que le hasard va nous désigner.
02:10Par la première, Clio.
02:18Mange !
02:18Qu'est-ce que c'est, mange ?
02:21Je ne sais pas.
02:23Viens, nous allons à Mange.
02:37Tu as près de Guides ?
02:38Oui, oui, je l'ai.
02:41Mais qui est Mange ?
02:43Je ne sais pas.
02:45Oh, le marché.
02:46Allez, viens, on va visiter le marché.
02:47Viens.
02:53Tu sais, à Paris, il y a beaucoup de statues, mais il y a aussi beaucoup de socles sans statues.
02:59Celui-là, il n'était pas Mange.
03:01Celui-là n'était pas Mange.
03:01Louis Blanc.
03:02Je me demande si tu veux bien faire place Mange.
03:06Il y a beau temps qu'il est parti, ma petite dame.
03:08Les Allemands l'ont emmené pour en faire des canons.
03:11Il était en bronze.
03:13Et depuis, on ne l'a pas remplacé.
03:15Monsieur, pouvez-vous vous dire, qui était Mange ?
03:19Mange ?
03:20Mange, oui.
03:21Je ne connais pas.
03:22Mange, ce n'était pas un savant comme pasteur ?
03:24Attends, attends, Clio, tu es inscrit dans le guide.
03:28Mange, mathématicien français, a fondé l'école polytechnique.
03:33Ah oui, ah oui, ah oui.
03:35C'est un de la polytechnique.
03:36Mais dis-donc, c'est ce qu'on va faire.
03:38On va chercher Mange dans son école.
03:41Monsieur, s'il vous plaît, vous ne pourriez pas nous dire
03:43où se trouve cette école polytechnique ?
03:45À l'école.
03:47Eh bien, ma petite dame, vous avez de l'autre côté du marché, là, hein ?
03:51Et puis là, il y a un planton.
03:53Ben, vous demanderez.
03:54Merci, monsieur.
03:55Merci, vous êtes gentil. Au revoir.
03:59Tes vaches, bébères, tu les envoies à la garde républicaine.
04:02Oh, mignonnes comme elles sont, elles se débrouilleront.
04:05Et puis tu verras, là, ce qu'ils vont faire, les gardes.
04:10Nous voici, donc, dans la cour de l'école polytechnique.
04:15École militaire scientifique d'un trait au niveau
04:18qui forme les officiers des armes savantes,
04:22artillerie et génie.
04:23Nous allons voir.
04:32Où allez-vous comme ça ?
04:34Nous voulons visiter ?
04:35Non, ne visite pas sans autorisation, vous êtes sur un terrain militaire.
04:37C'est vrai, Clio, école militaire.
04:41Je vous en prie, juste un petit coup d'œil.
04:44Clio, regarde les chevaux !
04:47Bon, allez-y.
04:48Mais n'essayez pas d'entrer dans les bâtiments, c'est interdit.
04:50C'est promis, monsieur l'officier !
04:54Dites-en, Mathieu, accompagnez un peu ces demoiselles.
04:58Tu sais, Clio, d'après le guide, il s'agit seulement de construction récente.
05:02Il n'y a que la partie du fond qui soit ancienne.
05:05Nous allons voir.
05:08Oh, que ces chevaux sont beaux !
05:12On dirait des chevaux de parade.
05:17Petunia, quinine, qu'est-ce que ça veut dire ?
05:19Ce sont les noms des chevaux.
05:21Voici la fontaine ingriquée dans le guide.
05:25À l'entrée de l'école se trouve une fontaine du 18e siècle.
05:30Et nous y sommes.
05:32Mais c'est pas une fontaine, ça.
05:34C'est plutôt un cuir.
05:36Tout juste, mademoiselle.
05:37Vous savez, c'est un de nos camarades qui l'a découvert il y a à peine 20 ans.
05:41Nous sommes sur une colline, ici.
05:43Et nous n'avions pas de puits pour les chevaux.
05:45Alors notre camarade a pris une baguette de sourciers,
05:47a repéré l'endroit,
05:49on a creusé,
05:50et on est tombé sur ce vieux puits.
05:53Vous savez, il date peut-être du Moyen-Âge.
05:56Comme il est profond.
05:58L'eau est toute noire dans le fond.
06:00Il a plus de 12 mètres.
06:02Naturellement, rien dans ce guide.
06:04C'est exaspérant.
06:05Oh, mais laisse donc ce guide, mon école.
06:07Je vois bien que monsieur est le meilleur des guides.
06:10Et dites-moi, cette cour ici, elle date de quand?
06:16Exactement, je ne saurais pas vous dire.
06:18Mais je crois qu'ici, avant, il y avait un couvent.
06:20C'est un militaire dans un couvent?
06:22Comment cela est-il possible?
06:24Ça doit être la révolution qui a tout changé.
06:26Ah, vous parlez de la grande révolution française,
06:28celle de 89.
06:29Sans doute.
06:30Mais vous savez, l'histoire, c'est pour mon corps.
06:32Il aurait fallu demander à l'adjudant.
06:34Forcément, c'est scientifique.
06:36L'histoire, ça nous énerve toujours.
06:38Et puis, dites-moi, toutes ces petites portes, là, dans la cour,
06:42c'était des salles de classe?
06:44Pas du tout, ce sont des écuries.
06:53On a été obligés de faire des écuries partout,
06:56même dans l'ancienne chapelle,
06:57qui pourtant devait être bien belle.
06:59Des écuries dans la château?
07:00Oui.
07:01Vous aviez donc tant de chevaux?
07:02Hé, une bonne centaine.
07:04Et puis, il a fallu penser à loger les forgerons,
07:06les entrepôts pour le fourrache,
07:07tout ça, ça demande de la place.
07:11Il n'y a plus de chevaux que des lèvres.
07:15Mais où donc ont lieu les cours?
07:18Les cours?
07:20Il n'y en a pas.
07:21Tout ça, ce sont des logements.
07:23Célestin, peut-être?
07:26Il doit y avoir une annexe.
07:29Vous faites surtout du sport, ici.
07:31Ça, pour le sport, on est gâté, hein?
07:33Tous les matins, à cheval.
07:35Et moi qui croyais que les étudiants français
07:37détestaient le sport.
07:43Du cheval?
07:44Tous les jours, en plein Paris?
07:46Quelle organisation!
07:48Et avec ça, vous arrivez quand même
07:49à faire des mathématiques.
07:51Oh, moi, vous avez des mathématiques,
07:53ça n'a jamais été mon fort.
07:54Quel mot de suite,
07:55dans la plus grande école scientifique.
07:57Mais que faites-vous donc?
07:59Moi?
08:00Du cheval?
08:03C'est une idée fixe.
08:05N'allons pas le contrarier.
08:06On m'a dit que les polytechniciens
08:08sont très sur cette coupe-là.
08:10C'est vrai, il paraît que les intellectuels français
08:12sont un petit peu bizarres.
08:18Tenez, ça me revient.
08:19Sous Louis XIV.
08:21Madame de Maintenon, l'amie du roi,
08:23elle a fait retraite dans le couvent.
08:24Et pendant la Révolution?
08:26Ça, je ne sais pas.
08:27Mais peut-être bien qu'il y avait des soldats, déjà.
08:29Et Mange, est-ce qu'il n'a pas enseigné ici?
08:31Mange?
08:33Je ne crois pas.
08:34Mais les élèves, où sont-ils aujourd'hui?
08:36À l'entraînement, comme tous les jours.
08:38Tenez, voilà le platon de retour.
08:40Ah, tous à cheval!
08:42Mais comment se fait-il
08:43qu'ils n'ont pas leur coquin
08:43de petits chapeaux à corne, là?
08:47Mais...
08:48Mais vous n'êtes pas des polytechniciens?
08:50Du tout.
08:51Nous sommes des gardes républicains.
08:53Et voilà!
08:54Nous sommes dans une caserne.
08:55Oh, mais vous êtes gentils
08:57de nous avoir laissés entrer.
08:59Et le monsieur qui est là,
09:01avec sa selle,
09:02il est aussi de la caserne?
09:03Je ne le connais pas.
09:05Monsieur, s'il vous plaît,
09:07vous êtes aussi de la garde?
09:09Non, moi, je suis de l'école polytechnique.
09:11Ils se moquent tous de nous, ici.
09:18Venez avec moi, mes petites étrangères.
09:21Je vous suis depuis longtemps.
09:22Je peux répondre à toutes vos questions.
09:24Alors, vous, vous êtes quoi?
09:27Garde?
09:27Pour les techniciens?
09:29Je suis tout et je suis rien.
09:31Je suis là pour vous être agréable.
09:34Mais il faut m'interroger.
09:36Je crois que nous sommes chez les fous.
09:40Monsieur, vous êtes qui?
09:43Hector Kronos.
09:45Un vieux Parisien.
09:46D'origine grecque.
09:48Mais alors, pourquoi êtes-vous habillé en garde?
09:50Pour vous faire vivre.
09:52Puis ça m'amuse de changer de costume et de personnage.
09:55Je sais qui vous cherchez.
09:57Comment cela?
09:59Eh oui, vous cherchez monge.
10:02Eh bien, je vais vous le montrer.
10:04Mais d'abord, écoutez-moi.
10:06Mais c'est un fou!
10:07Non, mais on regarde ses yeux comme il voit loin dans le passé.
10:12On dirait le temps en personne.
10:17J'ai bien arrêté tout à l'heure.
10:19Quand je vous ai vu prendre la caserne monge pour l'école polytechnique.
10:23D'ailleurs, vous n'étiez pas mal tombé.
10:24Ce garçon que vous avez vu passer avec une selle sous le bras.
10:27C'était un vrai polytechnicien.
10:30Ah oui, les polytechniciens adorent monter à cheval.
10:32Alors, ils viennent ici emprunter des chevaux et des harnachements aux gardes.
10:35Mais que dommage qu'il soit parti.
10:37J'aurais voulu lui parler.
10:38Un peu de patience, ma petite Monica.
10:40Nous le retrouverons.
10:41Comment?
10:42Vous savez mon nom?
10:43Je sais tout.
10:45Oui, Clio, vous n'êtes pas mal tombé.
10:49Ici, au 15e siècle, résidait le duc d'Orléans, frère de Charles VI.
10:54Oui, les Orléans habitèrent longtemps la rue de Mata.
10:57Puis, en 1652, un sieur prévôt d'Herblay y fonda un couvent où s'installèrent bientôt les sœurs religieuses hospitalières
11:06de la miséricorde de Jésus.
11:08Ainsi, le couvent était un hôpital.
11:11Plus tard, en 1704, quand on construisit ce bâtiment-ci, c'est le lieutenant de police, le marquis d'Argenson,
11:19qui décida d'en faire un hôpital.
11:21Le lieutenant de police?
11:22Vous savez, sous l'ancien régime, les hôpitaux n'abritaient pas, comme de nos jours, que des malades.
11:27On y enfermait toutes sortes de gens, les inadaptés sociaux, les clochards, les anormaux, les pickpockets, les bébés fous.
11:38Mais ici, c'est devenu une caserne quand?
11:41Sous Louis XVIII, après la Révolution.
11:44Alors, Monge n'a jamais mis les pieds ici.
11:46Je ne crois pas.
11:48Si vous cherchez Monge, il vous faut remonter la rue Mouffetard, aller vers l'école polytechnique, la vraie.
11:55Je vais...
11:56Oh, l'adjudant approche, je dois disparaître.
11:59Mais plus que vous n'êtes pas un garde.
12:01Mais justement, cette porte donne sur la rue Mouffetard.
12:05C'est la plus ancienne de la caserne.
12:06Allez, filez, filez.
12:10Je vous retrouverai.
12:15As-tu jamais vu un bonhomme aussi extraordinaire?
12:17Oh, il est drôle.
12:19Et puis les gars, c'est qu'ils étaient gentils.
12:20Mais nous n'avons pas trouvé l'école polytechnique.
12:23Regarde cette fille enseigne.
12:24Qu'est-ce que tu lis dessus?
12:26À la bonne source.
12:29C'était l'enseigne des porteurs d'eau.
12:33Attends, il n'y avait pas quelque chose comme ça chez nous?
12:36Les gens, les gens qui montaient l'eau dans les étages quand il n'y avait pas d'eau courante.
12:39Ah oui!
12:42Oh, le vieux Porsche, tu as vu?
12:47Le vieux chêne.
12:49Tu sais, il y avait peut-être des forêts ici dans le temps.
12:53Oh, mais c'est un cabaret.
12:55Viens, Clio, entrons.
12:56Un très ancien cabaret.
12:58Entrez, je vous invite.
13:00Mais c'est notre cavalier de la caserne.
13:01C'est notre polytechnicien.
13:03Mais vous n'êtes plus un ami militaire.
13:05C'est pour passer inaperçu.
13:07Oh, les jolies poutres.
13:10Que cherchez-vous depuis ce matin?
13:12Ah, on cherche monge.
13:14En ces mauvais lieux.
13:16Comment?
13:16En ces mauvais lieux?
13:18Parfaitement, Monica.
13:19Un mauvais lieu.
13:20Il y a seulement 50 ans.
13:22Le cabaret du Gros Chêne était fréquenté par la Crapule de Paris.
13:26C'était un endroit louche, en fumée.
13:28Et dans la rue, les gens se battaient au couteau.
13:31Au couteau?
13:32Viens, Clio, partons.
13:34De quand date, ce cabaret?
13:42Vous êtes ici au cœur d'un ancien quartier d'étudiants.
13:46Déjà, au Moyen Âge, les étrangers fréquentaient les cabarets du quartier.
13:49Il y avait des Polonais, des Irlandais, des Écossais, des Suédois.
13:53Et tous avaient leur collège dans les environs.
13:55Vous pouvez les voir en sortant.
13:56Et pourquoi le Gros Chêne?
13:59Ah, ben ici, il y a 300 ou 400 ans, c'était la pleine campagne.
14:02C'était la paroisse de Saint-Médard.
14:04Par ici.
14:05Un tout petit village à quelques 800 mètres de la barrière de Paris.
14:09Et tout autour, il y avait des terres labourées, des vignes, des grands arbres.
14:13Des vignes en plein Paris?
14:14Oui, pour le vin de Metz.
14:15D'ailleurs, il y en a encore.
14:17Où ça?
14:17À Montmartre.
14:18Mais alors, si ce cabaret était fréquenté par les crapules, il n'y avait pas d'étudiants?
14:23Non, non, au 19e siècle, il n'y avait pas d'étudiants.
14:25Alors, pas d'étudiants, pas de polytechniciens.
14:27Les polytechniciens, eux, se réunissaient dans des cabarets sur la rive droite.
14:31Mais dis-donc, ma petite Clio, vous êtes toujours à la recherche de Gaspard Monge?
14:35Vous avez de la suite dans les idées.
14:36Un petit peu de patience.
14:38Je vais vous le montrer, M. Monge.
14:39Comment dites-vous?
14:42Eh oui, jeune homme, il faut croire au père Cronos.
14:45Et vous aussi, vous verrez Gaspard Monge.
14:47N'est-il pas le père de votre école?
14:50Tenez, ici même, en 1793, se tenait un club révolutionnaire.
14:55Paris était plein de clubs révolutionnaires.
14:58Et le père Monge, qui était un savant plein d'idéal, aimait beaucoup la Révolution.
15:02Mais la Révolution, elle ne l'aimait guère.
15:04Elle fut jouée de ses tours.
15:07Voyez plutôt.
15:13Eh bien, petite fille, je vous l'avais promis.
15:15Voici Gaspard Monge.
15:17Il n'est pas très satisfait de son état.
15:20Ce petit-fils de marchand forain est ministre.
15:24Il a déjà enseigné la physique dans les écoles les plus célèbres.
15:28Il est membre depuis dix ans de l'Académie des sciences.
15:31C'est un mathématicien réputé.
15:33Et la Révolution a fait de ce digne mathématicien un ministre de la Marine.
15:39Et quel ministre?
15:42Monsieur le ministre.
15:43Ne m'appelez plus, monsieur.
15:45Je vous ai dit sans fin de m'appeler citoyen.
15:47Citoyen ministre.
15:48Une émeute vient d'éclater à Toulon.
15:49La flotte s'est mutinée et demande la prendaison des officiers rouges.
15:53Citoyen monge.
15:54Les matelots ont forcé les bâtiments de la Mirauté.
15:55Ils ont tout volé, tout pillé.
15:56Citoyen ministre.
15:57Le site Vancombe de Chalet a échappé de justesse à l'émeute.
16:00Le tribunal révolutionnaire le recherche.
16:02Il commandait le brutus et demande asile et protection.
16:05Citoyen ministre.
16:06La situation à Brest s'aggrave.
16:07Le royal, oui, le diadème et le sept.
16:09Enfin, je veux dire le brutus.
16:12La convention et la révolution sont à quai.
16:14Personne ne veut commander la manœuvre contre les Anglais qui bloquent le port.
16:18Les officiers nobles ont déserté.
16:20Citoyen ministre.
16:21Monsieur de Bougainville refuse sa nomination de vice-amiral.
16:24Il écrit que la discipline militaire est anéante.
16:26Et voilà.
16:27Vous avez vu quelques-uns des problèmes auxquels le malheureux monge,
16:31ministre de la Marine, avait affaire.
16:34Il n'avait plus une minute pour faire des mathématiques.
16:37Si encore on lui en avait su gré.
16:39Mais Marat le traitait de charlatan moderne
16:42et Mme Roland de brave géomètre ahurie.
16:46Ahurie.
16:47Le pauvre monge n'avait pas fini de l'être.
16:50Regardez.
16:508 avril 1793.
16:53Tout de suite après la création du comité de salut public
16:56présidée par Robespierre,
16:59Monge est attaqué.
17:00Le citoyen Monge est certes un grand mathématicien.
17:03Mais c'est un fichu ministre.
17:07Et si seulement il était républicain.
17:10Comment vous oubliez qu'il a voté la mort du roi ?
17:13Danton aussi.
17:14Et ça ne l'empêche pas de trahir.
17:16Ah, tout de même.
17:19Monge figure dans le procès de l'exécution de Louis Capet.
17:22C'est une caution, il me semble.
17:24Les défausseurs de la République doivent mépriser les cautions,
17:27les garanties,
17:27le bric à braque des réputations surfaites.
17:30Seule la victoire compte.
17:32Et votre monge n'a eu que des échecs.
17:34Aucun navire n'a pu prendre la mer en Bretagne.
17:37Les officiers ont entraîné jusqu'au matelot dans la chouannerie.
17:41Et l'on dit que Monge a toutes les faiblesses pour les talons rouges.
17:46C'est un champ de pite et de cobours.
17:49La cause est entendue.
17:51Gaspard Monge ne sera plus ministre de la Marie.
17:54Gaspard Monge n'avait pas attendu la décision du comité.
17:57Ce jour-là, il avait rédigé sa lettre de démission.
18:01Le soir même, il avait couvert quatre pages serrées
18:04de mathématiques transcendantes.
18:07Le comité allait bientôt le regretter et le rappeler.
18:11La République n'avait pas besoin de savants.
18:13Mais elle avait besoin de fabricants d'armes.
18:16Et le père Monge savait tout faire.
18:18Alors, toujours Monge, il a rendu de grands services à la patrie.
18:22Oui, nous savons.
18:23Les ballons captifs.
18:24Les fabriques de fusils.
18:25Les techniques de l'acier anglais pour les canons.
18:28Il n'empêche que le citoyen Monge est insuspect.
18:31Une brigade entière a été malade à en mourir
18:34après avoir incurgité une autre vie de sa composition.
18:37C'est un attentat.
18:43Qu'on fasse entrer le citoyen Monge.
18:58Citoyens, la révolution n'a que fait des expériences malheureuses des savants.
19:03Vous et Bertholet avez empoisonné 2000 bras.
19:07Qu'avez-vous à dire ?
19:08Citoyens, ma réponse sera brève.
19:10Qu'on m'apporte mon autre vie.
19:18A la santé de la révolution.
19:20Tu as tort de railler, citoyen.
19:22Nous savons fort bien à quoi nous en tenir sur tes prétendus sentiments révolutionnaires.
19:26Je suis fort étonné de vos insinuations.
19:28Sans moi, l'armée n'aurait pas de poudre depuis longtemps.
19:31J'ai rigolté tout le sale pêtre de Paris.
19:48Je ne comprends rien à votre politique.
19:51Ce que je sais, c'est que mes poudreries marchent à merveille.
19:56Citoyens, une explosion vient de se produire à la poudrerie de Grenelle.
19:59Plus de mille ouvriers ont été déchiquetés.
20:01Eh oui, Monge n'avait pas de chance.
20:04Il fut bientôt persécuté.
20:07En novembre, il apprit qu'on l'avait mis sur la liste des émigrés.
20:11On confisqua ses biens, on vendit ceux de sa femme.
20:15Mais, après Termidor, on eut de nouveau besoin de lui car la guerre continuait.
20:20La République n'ayant plus de savants ni d'ingénieurs, il fallait en former.
20:24Et Monge avait son idée là-dessus.
20:27Combien estimez-vous les années nécessaires à la formation des élèves ?
20:30Trois ans.
20:31C'est beaucoup trop long.
20:32Les besoins de la République ne nous permettent pas de suivre les marches aussi lentes.
20:35Il nous faut un enseignement révolutionnaire.
20:40Vous l'aurez.
20:42Nous allons installer prévisoirement nos élèves au Palais Bourbon.
20:45Mais ensuite, ils sont là, sur la montagne Sainte-Geneviève.
20:49On leur construira une belle école.
20:51C'est ainsi que les premiers polytechniciens furent formés en trois mois et envoyés aussitôt à la guerre.
20:57Voici d'ailleurs le discours que tint l'instructeur Gaspard Monge à la première promotion.
21:02Pour tirer la nation française de la dépendance où elle a été jusqu'à présent de l'industrie étrangère,
21:13il faut diriger l'éducation nationale vers la connaissance des objets qui exigent de l'exactitude,
21:22ce qui a été totalement négligé jusqu'à ce jour.
21:28Il faut rendre populaire la connaissance d'un grand nombre de phénomènes naturels
21:36indispensables au progrès de l'industrie.
21:39Il faut répandre la connaissance du monde des machines
21:42qui ont pour objet de diminuer la main-d'œuvre
21:45et de donner aux résultats des travaux plus d'uniformité et de précision.
21:54À cet égard, il faut l'avouer,
21:58nous avons beaucoup appuisé chez les nations étrangères.
22:19Et voilà, Clion, vous l'avez vu, votre école polytechnique.
22:22Dans l'esprit de monge, elle devait éduquer la nation,
22:25l'industrialiser, lui donner la victoire.
22:27C'était beaucoup, oui.
22:29Maintenant, si le cœur vous en dit, remontez la rue Mouffetard,
22:31vous tomberez forcément sur l'école.
22:40Ces grands chaînes étaient curieux.
22:43Oh, monsieur, vous allez nous conduire.
22:45Mais bien sûr, où voulez-vous aller ?
22:47À l'école polytechnique.
22:48Vous ne pensez pas.
22:49Mais pourquoi ?
22:51Que vous entriez toutes les deux à l'école à cette heure-ci.
22:53C'est impossible.
22:55Je croyais les Français plus accueillants.
22:57Écoutez, Clion, c'est une école militaire.
23:00La discipline reste sévère.
23:01Je ne peux pas vous y introduire.
23:03Oh, les gardes étaient plus aimables.
23:05Mais montre-nous le chemin.
23:06Nous irons pas.
23:08Vous y êtes.
23:11C'est ici que fut construite l'école, dans un très vieux quartier.
23:15Il fallut démolir plusieurs collèges pour faire du neuf.
23:18Il ne reste pas grand-chose aujourd'hui des bâtiments d'origine
23:20et vous ne trouveriez guère de curiosité.
23:23Les bâtiments sont pour la plupart récents, fonctionnels.
23:26C'est le quartier qui est ancien.
23:28Les maisons qui bordent l'école ont toutes au moins deux siècles.
23:32La montagne Sainte-Geneviève, c'était le coupe-gorge du quartier latin.
23:35Dites tout de suite que vous n'avez pas envie de nous introduire dans votre école.
23:38J'ai une meilleure idée.
23:39Je ne peux pas vous emmener à l'école,
23:40mais nous allons prendre un verre dans un café
23:42fréquenté par six ou sept générations d'élèves.
23:46Oh, la jolie fontaine.
23:48C'était celle que tu croyais voir ce matin dans la caserne des gardes.
23:51Tout juste.
23:52Le lion du 19e, la fontaine du 17e seulement.
23:56L'entrée de l'école, est-elle ancienne ?
23:58Je crois.
23:59Voilà l'entrée des élèves.
24:00On l'appelle la boîte à claques.
24:02Qu'est-ce ? Pourquoi cela ?
24:04Le claque, c'est le chapeau, le bicorne de cérémonie.
24:08On le conserve dans une boîte en forme de trapèze, comme ce bâtiment.
24:12Tiens.
24:13Une horloge seule.
24:15C'est le berzé.
24:16Comment dites-vous ?
24:17Le berzé.
24:19L'horloge de Berzelius.
24:21Notre Berzelius ?
24:23Le chimiste de Suédois ?
24:24Oui, oui.
24:26Il était venu à l'école en 1817, dans l'amphi.
24:29Il voulait faire une expérience sur la raréfaction de l'air.
24:33Il avait mis un moineau sous la cloche de la machine pneumatique.
24:36Les élèves crièrent grâce, grâce, et Berzelius ouvrit la soupape, et le moineau s'échappa.
24:42On dit depuis que, par reconnaissance, le moineau de Berzelius se pose les jours de sortie sur la grande horloge.
24:48Et quand il voit un élève en retard qui se dépêche, il appuie de tout son poids sur la pointe
24:53de l'aiguille pour la retarder.
24:55Allez, venez avec nous.
24:57Le moineau se chargera de votre retard.
24:59Il ne faut pas trop s'y fier.
25:01Mais enfin, j'ai tout de même le temps de vous faire voir le manzang de la mer Prospère.
25:05Comme cette rue en pente est curieusement pavée.
25:08Les pavés ont été souvent arrachés par nos anciens.
25:10Ils avaient la manie de faire des barricades, du moins jusqu'en 1848.
25:14Et pour quoi faire ?
25:16C'était la tradition de l'école.
25:17Ils défendaient le peuple, leurs convictions, le rôle que leur avait attribué monge.
25:21Ils donnaient l'exemple, en somme.
25:23En 1830, ils mirent en échec l'armée royale.
25:26Venez.
25:32Entrez, nous voilà dans l'ancien manzang.
25:34Ce café, il y a depuis longtemps ?
25:35Ah oui, je crois.
25:37Trois grogues, s'il vous plaît.
25:38Vous savez, sous l'Empire, on avait donné aux élèves un uniforme et on leur défendait d'entrer dans les
25:43cafés.
25:44Pourquoi cela ?
25:45Les anciens s'étaient trop souvent signalés en chahutant dans les théâtres.
25:49On voulait les empêcher de manifester, les brimer.
25:51Alors ils ne pouvaient plus aller dans les cafés ?
25:53Ils se débrouillaient autrement.
25:55Chez la mer Prospère, ici même, ils montaient à l'étage avec leur uniforme et mettaient des habits civils.
26:02Dans toutes les maisons du voisinage, ils avaient loué des chambres et ils se déguisaient en fumistes.
26:06En fumistes ?
26:07Oui, c'était une sorte de tradition.
26:09Et ils s'entassaient dans la salle de la mer Prospère pour prendre des prunes à l'eau de vie.
26:14Tout cela n'était pas bien méchant.
26:15Ne croyez pas cela, ils étaient fort surveillés par la police de Napoléon.
26:19Par la police ?
26:20Mais est-ce qu'ils volaient ?
26:22Non, mais ils complotaient.
26:24Ah, de nouveau l'horloge. Cette fois, il faut que je vous quitte.
26:31Dépêchez-vous, jeune homme.
26:35Le moineau vous aidera.
26:41Venez avec moi, je vais vous montrer l'antre des conspirateurs.
26:59Tenez, dans ces maisons, se tenaient d'étranges conseils de guerre, le samedi soir sous l'Empire.
27:11Les élèves ne m'aient pas Napoléon ?
27:13Ah, pas du tout, ils étaient républicains.
27:16Et ça faisait beaucoup de peine à M. Monge, le directeur de l'école,
27:19parce que lui était un fervent admirateur de Napoléon.
27:22Mais qui habite ici aujourd'hui ?
27:25Ah, c'est moi. Je viens justement de louer cette chambre.
27:28Asseyez-vous.
27:30Le temps de prendre ma lanterne magique.
27:36Et vous allez pouvoir assister au complot.
27:40Attention.
27:41Ah, c'est parti.
27:43Le voilà caporalisé.
27:48C'est intolérable.
27:50Évidemment, le père Monge ne dit rien.
27:53Il est bien trop occupé à adorer l'Empereur.
27:55Vous savez ce que le Bonaparte a déclaré publiquement en tuileries ?
27:58Monge ?
27:59Ah, celui-là, il m'aime, comme une maîtresse.
28:02Mais voilà, nous sommes le jouet des passions du vieillard.
28:05Écoutez.
28:06Voilà les deux vers que l'école lira demain sur le tableau de l'amphi.
28:10Le monde est un atome où rampe avec fierté l'insecte usurpateur qu'on nomme Majesté.
28:18Parfait.
28:19Monsieur de la littérature, il faut organiser demain une vraie révolution.
28:24Il ne faut pas aller jusque-là.
28:26Un peu d'agitation suffira.
28:27Il faut seulement attirer l'attention de Monge sur nos problèmes.
28:30Pas d'accord.
28:31Nous avons une mission.
28:33Éclairer le peuple.
28:34À nous de prendre la tête de la résistance à la tyrannie.
28:37On nous a déjà caporalisés.
28:38J'ai bien peur que cette fois-ci, on ne nous incorpore pas dans la grande armée.
28:41Personne n'est obligé de nous suivre.
28:42Si tu n'es pas d'accord, tu t'en vas.
28:43Je discutais seulement de l'opportunité.
28:45Ah non, on ne discute plus.
28:45Écoute.
28:47Demain, nous mettrons dans toute l'école des affiches sédicieux.
28:49Les officiers réagiront.
28:50Ceux-là, des briscards que le pouvoir a nommés pour nous tenir en bride.
28:52Pour nous humilier.
28:53Oui, s'ils appellent la police, nous briserons immédiatement tous les quinquets.
28:56Et l'école sera dans l'obscurité complète.
28:58À ce moment, nous prenons le pouvoir.
29:00Nous exigeons la réintégration immédiate de notre camarade Brissot.
29:03Entre autres, ce n'est pas parce qu'il est l'office d'inconventionnel
29:05qu'il a refusé de prêter serment à l'usurpateur corse.
29:08Je vous ferai remarquer que Monge s'est occupé de lui.
29:10Sans doute.
29:12Grand-papa Monge aime beaucoup ses petits-enfants.
29:14Et qu'il l'a aidé à continuer ses études.
29:16Ce n'est pas cela qui nous intéresse.
29:17Nous voulons une réintégration officielle, spectaculaire.
29:20C'est à nous de défendre la liberté dans son principe.
29:23Et non d'arracher aux tyrans des concessions de détails.
29:25Parfaitement.
29:26Et le peuple nous suivra.
29:27Vous croyez vraiment ?
29:29Le peuple ne nous a jamais suivis jusqu'ici.
29:31Qui sera au courant de notre affaire ?
29:33Tout le monde.
29:34Nous allons convoquer des gastiers.
29:35Ils sont tous à la solde.
29:37Regardez-les.
29:38Ils vont en venir aux mains.
29:39Ils veulent à tout prix faire taire celui qui tient le langage de la modération.
29:44Les élèves d'alors avaient la tête chaude.
29:47Ce qui devait arriver arriva.
29:48Il y eut émeute.
29:50Mais avec Napoléon, les choses n'allaient jamais loin.
29:53Il se rendit en personne à un polytechnique.
29:56Le calme était déjà rétabli.
29:58Eh bien, Mange, vos élèves complotent ?
30:00C'est-à-dire, sire ?
30:01C'est-à-dire que les polytechniciens ne m'aiment pas.
30:03Avouez-le donc, monsieur Mange.
30:04Sire, nous avons déjà eu bien du mal à en faire des républicains.
30:08Laissez-leur le temps de devenir impérialistes.
30:11D'ailleurs, sire, permettez-moi de vous le dire,
30:13mais vous avez tourné un peu court.
30:15Il suffit.
30:16Ce n'est pas le rôle des élèves artilleurs que de faire de la politique.
30:19S'ils ne marchent pas au pli, croyez-moi, je les materai.
30:22Comment voulez-vous qu'ils vous aiment, sire,
30:23s'ils voulaient traiter comme des recrues et calcitrants ?
30:25Je ne leur demande pas de m'aimer, mais de m'obéir.
30:28Je vais commencer par incorporer vos têtes brûlées dans les canonniers.
30:31Ahmetz, vos fils d'archevêques verront un peu le feu.
30:35Ils auront plus de respect pour mes officiers.
30:37Sire, certains d'entre eux sont fort pauvres et d'un très grand mérite.
30:40Oui, je sais.
30:41Vous avez pour eux toutes les faiblesses.
30:42Vous leur donnez votre traitement de sénateur.
30:44Sire...
30:44Ne protestez pas, Mange.
30:46C'est bien ainsi.
30:47Mais ils se croient tout permis.
30:48Ils se prennent pour une élite, pour le sale de la terre.
30:52Alors il faut leur faire comprendre qu'ils sont comme les autres Français
30:54et que s'ils n'ont plus de science, ils n'ont plus de devoirs.
30:57C'est bien ainsi qu'ils l'entendent, sire.
30:58Il suffit.
31:00Vous pouvez leur annoncer un renforcement de la discipline
31:02et le départ des meneurs pour Metz.
31:05Je compte sur vous, Mange, pour qu'il n'y ait plus d'incident.
31:07Sire.
31:10Monsieur l'Empereur est très mécontent de vous.
31:12Permettez-moi de vous dire, monsieur le directeur, que nous nous en doutions
31:14et que cela nous est égal.
31:16Veuillez-je vous prie, cessez vos insolences.
31:19Vous et vos camarades êtes désignés pour un départ immédiat aux armées.
31:22Bien, partons, puisque nous sommes dangereux à Paris.
31:26Le pouvoir a peur de nous ?
31:27Monsieur Auguste Comte, vous avez déjà été cassé du grade de caporal pour inconduite,
31:33découchage, tapage nocturne et mauvaise tenue.
31:36Tais-toi, Auguste, le vieux n'aime pas l'insolence.
31:38Cela ne vous suffit apparemment pas ?
31:40Je croyais, monsieur le directeur, que nous avions pour mission d'éduquer la nation,
31:44que nous étions responsables devant le peuple.
31:47Monsieur Sadi Carnot, je vous serai reconnaissant de ne pas soulever de problèmes politiques
31:51au moment où l'Empereur ou la France se trouvent menacés d'invasion.
31:56L'Empereur et la France ?
31:58Eh oui, monsieur Prospère Enfantin.
32:01Il se trouve que parfois le destin de la France et celui de l'Empire ont coïncidé.
32:07Rentrez chez vous, messieurs, et attendez les ordres.
32:10Quand la patrie est en danger, on remet à plus tard la discussion sur la liberté.
32:15Je compte que les élèves de l'école auront tout leur devoir.
32:20Quelques mois plus tard, c'était le désastre.
32:23L'ennemi était aux portes.
32:25Les polytechniciens furent tous volontaires et d'abord les plus républicains.
32:29Le 29 mars, une batterie de 20 canons défendit jusqu'au bout la barrière du trône.
32:3430 élèves furent blessés, 3 reçurent la légion d'honneur.
32:37L'enragé batterie des polytechniciens, comme disait le général autricien Schwarzenberg,
32:43avait fait aux Russes un mal considérable.
32:45Et Monge, que devint-il à la fin de l'Empere ?
32:49Il mourut presque de chagrin.
32:51Le nouveau régime avait fermé l'école.
32:54Et quand Monge s'éteignait en 1818,
32:57on interdit aux élèves de suivre au père Lachaise le convoi du vieux républicain régicide.
33:03Alors les polytechniciens étaient restés républicains ?
33:06Furieusement, oui.
33:08On les retrouva tous sur les barricades en 1830.
33:11Ils se bâtirent comme des lions.
33:13Ah, le père Monge était bien vengé.
33:16Il pouvait dormir en paix.
33:18Le roi leur avait interdit de suivre son enterrement.
33:21Ils avaient renversé la monarchie.
33:23Et en 1848 ?
33:25En 1848, ils participèrent aussi à l'action.
33:28On les vit encore faire des barricades.
33:30Et chaque année, au jour anniversaire de la mort de Monge,
33:33il se rendait sur sa tombe, avec des fleurs.
33:37Puis, sous Napoléon, l'autre,
33:40on perça à travers la montagne Sainte-Geneviève
33:43une voie qui longeait l'école polytechnique.
33:46Monge avait sa rue
33:48et bientôt, son métro.
33:54Au revoir.
33:55Au revoir, ma petite Clio.
33:57Et ne vous égarez plus à la recherche du passé.
34:00À la moindre difficulté,
34:01appelez Hector Cronos.
34:03Comment vous dire assez notre connaissance,
34:04M. Cronos ?
34:05Mais vous ne me devez rien.
34:07Assis, un billet.
34:09Sans vous,
34:10sans votre curiosité,
34:13que deviendrait le bonhomme Cronos ?
34:24Sous-titrage Société Radio-Canada
34:55Sous-titrage Société Radio-Canada
35:17C'est parti !
35:45C'est parti !
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