- il y a 2 jours
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TVTranscription
00:00:00Musique
00:00:58Musique
00:01:04Oh, qu'est-ce que c'est ?
00:01:09Fawkes
00:01:09Quoi ?
00:01:10Je crois que ça
00:01:11Vous présentez, c'est une vieille chanson de chez nous
00:01:14Chez vous ?
00:01:15Oui, de Brest, vous connaissez ?
00:01:16Brest ? Où c'est Brest ?
00:01:18Brest, Bretagne, moins fait, d'où sortez-vous ?
00:01:21Chicago
00:01:22Vous êtes américain ?
00:01:23Ah, tant mieux, moi qui croyais m'être trompé
00:01:25Vous m'êtes trompé ?
00:01:26Ah oui, j'allais à l'American Student Club, boulevard Aspagne
00:01:29Alors, une chanson bretonne ?
00:01:30Vous êtes à l'American Student Club
00:01:32Vous savez, nous aimons aussi les vieilles chansons françaises
00:01:36Musique
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00:01:38Musique
00:01:48Musique
00:01:49Musique
00:01:49Musique
00:02:02Musique
00:02:02Vous savez que c'était la propriété de Châteaubriand ici ?
00:02:10Il en avait de la chance
00:02:13Moi je cherche un étudiant américain nommé Bill
00:02:15Bill ? C'est moi Bill ?
00:02:17Mais non, voyons Bill, c'est mon correspondant, un ami
00:02:20Il poursuit ses études à Paris
00:02:21Comme je devais faire un petit séjour, il m'a proposé de me piloter
00:02:25Comment est-il votre Bill ?
00:02:27Je ne le connais pas, voyons
00:02:28C'est mon correspondant
00:02:30On ne se connaît que par écrit
00:02:31Ça arrange tout
00:02:33Enfin, on va essayer de trouver votre Bill, hein ?
00:02:36Bill ?
00:02:37Hey Bill !
00:02:38Yes, I'm here !
00:02:39What do you want ?
00:02:40Just a minute !
00:02:42I'm coming !
00:02:43Who's calling me ?
00:02:44Drop it, it's for me
00:02:45Vous voyez, il n'y a que l'un aurait de choix
00:02:47Comment voulez-vous que je reconnaisse le mien ?
00:02:49Vous savez, tous les étudiants américains s'appellent un peu Bill
00:02:52Peut-être qu'une enquête graphologique
00:02:55Oh, c'est pas drôle
00:02:56Le mien est étudiant en architecture
00:02:58Étudiant en architecture ?
00:03:00Moi aussi
00:03:03Hier, Rome
00:03:04Vienne
00:03:05Tokyo
00:03:06Aujourd'hui, Paris
00:03:08Demain
00:03:09Londres
00:03:10Ou Amsterdam
00:03:11Le monde nous appartient
00:03:13Attention, princesse
00:03:15Vous appuyez contre un chapiteau de l'ancien palais des Tuileries
00:03:18Celui qui a brûlé pendant la commune
00:03:21Inutile de défrayer ce chapiteau n'est pas piégé
00:03:24Nous sommes simplement un ancien école d'architecture
00:03:27Celle qui fut fondée sous le second empire
00:03:30Elles sont tous comme vous après
00:03:31Pourquoi vous moquez-vous de moi ?
00:03:33Je ne me moque pas de vous
00:03:34C'est une façon de vous dire que vous êtes très mignonne
00:03:38Alors, on va visiter Paris
00:03:39Et Bill !
00:03:40D'abord, je vous faire remarquer que la visite est déjà commencée
00:03:44Ensuite, si on la poursuit ensemble, je pourrais peut-être vous aider à la retrouver
00:03:49Vous savez, Montparnasse est l'un des quartiers généraux des étudiants américains
00:03:54En se promenant ensemble
00:03:56Tenez, connaissez-vous le marché au forage ?
00:03:59Les marchés au forage ?
00:04:00Oui, c'est ici
00:04:03Où, ici ?
00:04:04Ici, rue Lugans
00:04:05Ou plutôt, c'était ici, jadis
00:04:09Que voulez-vous acheter ?
00:04:11Un âne ? Un mulet ? Un cheval ?
00:04:15Ah ! Peut-être un petit pony ? Non ?
00:04:19Alors, un couple de chocs bretonnes ?
00:04:22Ou bien... ou bien un boucle ?
00:04:25Vous avez de l'imagination
00:04:26Vous aussi ?
00:04:27Fermez les yeux
00:04:28Hein ?
00:04:30Fermez les yeux
00:04:31Vous voulez-vous aller à la chasse ?
00:04:34Il y a des chiens splendis, des épaignols bretons, bien sûr
00:04:38Et puis après, c'est devenu beaucoup plus triste
00:04:40Puisqu'en 1870, on a installé un marché à la viande à la place du marché au forage
00:04:47Un axe de la ville à de quoi ?
00:04:51Oh, votre histoire débute mal, elle est très triste
00:04:54Si vous n'avez que ça à m'offrir...
00:04:55Ah, je peux peut-être vous offrir un verre ?
00:04:58Pour m'en monter sans doute
00:04:59C'est peut-être moins banal que vous pensez
00:05:01Je vous offre un verre sous le mur
00:05:03Sur le mur ?
00:05:04Quel mur ?
00:05:17Brest, Bretagne
00:05:18Oui, et que vous appelez...
00:05:19Mais en fait, comment vous appelez-vous ?
00:05:21Barbara
00:05:22Eh bien, Barbara de Brest, la capitale de la Bretagne, c'est Paris
00:05:27Ou plutôt Brunas
00:05:28Regardez là-bas, tout au fond
00:05:29Dans le temps, c'était la Porte de Maine
00:05:31Le Maine, c'est la Bretagne, non ?
00:05:33Hum, ça c'est vite dit
00:05:35Enfin, de toute façon, de la Porte de Maine jusqu'à là-bas, tout au fond du boulevard Nespay
00:05:40Passait la grande muraille des fermiers généraux
00:05:43Construits, Louis XVI
00:05:44Je sais que c'est l'histoire de France
00:05:46Est-ce que vous savez aussi qu'elle a été démolie il y a à peine 100 ans ?
00:05:50Et que le boulevard où nous sommes aujourd'hui était coupé en deux par la muraille ?
00:05:54Il n'y avait pas de boulevard Nespay comme aujourd'hui, mais deux boulevards parallèles, séparés par le mur
00:06:00Le boulevard d'Enfer et le boulevard de Nespay
00:06:03Tragique
00:06:04Pire qu'à Berlin
00:06:04Ce n'est pas un présent
00:06:06De Saint-Germain à D'Enfer-Rochereau, il a fallu plus de 50 ans de percer le boulevard Nespay
00:06:12Il a été inauguré en 1913 par le président Pointe
00:06:15Et le boulevard du Montparnasse
00:06:18Souviens-toi
00:06:19Barbara
00:06:20Vous dites ?
00:06:22Que le boulevard Montparnasse faisait partie des fameux boulevards du midi
00:06:26Que Louis XIV avait ordonné de percer au sud de Paris
00:06:30Mais vous avez dû apprendre ça ?
00:06:32Non ?
00:06:33Non ?
00:06:33Non ?
00:06:34Bon, il commençait aux Invalides, boulevard des Invalides
00:06:38Poursuivait le boulevard Montparnasse, accrochait vers l'Enfer
00:06:41Aujourd'hui le boulevard Aspay, en somme ce sont les grands boulevards de la rive gauche
00:06:45Si vous voulez, mais le boulevard Montparnasse est le plus célèbre
00:06:48On le connaît même chez moi, à Chicago
00:06:50Ha ha, quelle référence ?
00:06:52Pourquoi pas ?
00:06:53Ah oui, pensez aux gangsters
00:06:56Ah non, ma chère Barbara, il n'y a plus de gangsters à Chicago
00:07:00Quant à Montparnasse ?
00:07:02Montparnasse, c'est la colline des Muses
00:07:06En fait, colline...
00:07:07Ah, elle était artificielle
00:07:09Formée par des gravois laissés par les maçons qui avaient construit Paris
00:07:14Belle référence pour les Muses
00:07:16Ah, tout cela a changé quand le quartier s'est aménagé
00:07:18Il reste que les Muses
00:07:22Ça vous intéresse cette statue ?
00:07:24Ben, pourquoi dites-vous ça ?
00:07:25Ben, à cause de Balzac et d'Auguste Rodin
00:07:28Ah, vous avez lu sur le socle ?
00:07:30Bien sûr, c'est le Balzac de Rodin
00:07:32Le prince des quartiers de Paris avait bien sa place au coeur de Montparnasse
00:07:36Regardez cette statue d'hirsute
00:07:40Altière, massive
00:07:41N'est-ce pas l'image même de la puissance créatrice ?
00:07:44Oui, c'est une oeuvre suggestive
00:07:46On pourrait même dire impressionniste
00:07:48Vous parlez comme un dictionnaire
00:07:50Vous me direz le Larousse en 10 volumes
00:07:52Pourquoi vous moquez-vous de moi ?
00:07:54Vous êtes architecte, alors ?
00:07:56Les arts, les sculptures, l'humanisme, c'est le patient
00:07:59Et à Paris, vous comprenez ?
00:08:02Moi, je comprends
00:08:04Au fait, nous en étions restés à la création des faubourgs
00:08:08Des faubourgs, vous avez raison
00:08:10Et qui pendant longtemps restaient un désert
00:08:13Un nez qui peu à peu attirait les élégants
00:08:16Tenez, ici même, il y avait un corps de garde
00:08:19Qui empêchait les charretiers de poursuivre vers les invalides
00:08:23Pourquoi ça ?
00:08:24Oh, parce que cette charmante et élégante promenade
00:08:27Était réservée aux nobles dames et aux beaux attalages
00:08:32Et on y réussit ?
00:08:33Le jour, à peu près
00:08:34Le jour, les belles dames, les chevaliers, servants
00:08:39Mais la nuit, la nuit, nul n'osait s'y aventurer
00:08:42Oui, vous pensez bien
00:08:45Pas de pavé avant 1839
00:08:47Pas de lumière avant 1843
00:08:51Alors, vous pensez bien qu'elle n'est pas en train
00:08:54Mais jour et nuit, les guinguettes
00:08:56Les balles, les cafés
00:08:59Ah, et déjà des plaisirs
00:09:01Ça me fait penser que vous m'aviez proposé un verre
00:09:04Ah oui, c'est vrai
00:09:05Dans un café et sur le mur avec la mienne
00:09:07Oui
00:09:10Il est entré
00:09:11Il s'est assis
00:09:13Il ne regarde pas le pyrogène à cheveux rouges
00:09:16L'allumé de Flandre
00:09:18Et il est parti
00:09:19C'est un peu de Chicago ?
00:09:21Non
00:09:21Non, c'est un merveilleux personnel de Paris
00:09:24Guillaume de Kostrovitsky
00:09:25Dites à Montparnasse, Guillaume Apollinaire
00:09:28Et sans son genre
00:09:30La barrière d'enfer toute proche
00:09:33Tu as vu soudain
00:09:34Flamboyer
00:09:35L'extraordinaire barrière d'Orkenis
00:09:39Par les portes d'Orkenis
00:09:40Veut entrer un charretier
00:09:44Par les portes d'Orkenis
00:09:45Veut sortir un vanupié
00:09:48Et les gardes de la ville
00:09:50Courant sus au vanupié
00:09:52Qu'emportes-tu de la ville ?
00:09:54J'y laisse mon coeur entier
00:09:56Et les gardes de la ville
00:09:59Courant sus au charretier
00:10:00Qu'apportes-tu dans la ville ?
00:10:04Mon coeur pour me marier
00:10:07Que de coeur dans Orkenis
00:10:10Les gardes riaient, riaient
00:10:14Vanupié, la route est grise
00:10:17L'amour grise au charretier
00:10:20Les beaux gardes de la ville
00:10:23Tricotaient superbement
00:10:25Puis les portes de la ville
00:10:27Se fermèrent lentement
00:10:31C'est donc ici que soufflait l'esprit ?
00:10:33Oui, oui, ici, dans l'ancien restaurant bâti
00:10:35Apollinaire y rencontrait ses amis
00:10:37Marc Jacob, Picasso
00:10:39Tout ce qui comptait dans l'avant-garde des années 1900
00:10:42Exactement
00:10:43Il n'avait qu'à remonter le boulevard à soirée
00:10:45Pour trouver le siège des soirées de Paris
00:10:48Les soirées de Paris ?
00:10:50Oui
00:10:51C'était la revue de la jeune poésie
00:10:53Et Apollinaire en était directeur en 1912
00:10:56Il a publié ses plus beaux poèmes
00:10:58Tenez
00:10:59Le pont Mirabeau
00:11:01Sous le pont Mirabeau
00:11:03Nous, la Seine et nos amours
00:11:05Ça, merci, je connais
00:11:06Il est créé aussi dans la fameuse
00:11:09Blanche
00:11:09Et aussi dans la revue Zoom
00:11:12Il avait des idées révolutionnaires sur l'art
00:11:15Nous en avons assez de vies dans l'antiquité grecque et romaine
00:11:19Il faut détruire tous les musées du monde
00:11:21Le passé paralyse l'imagination
00:11:26Vous êtes fou, c'est la Joconde
00:11:28Ah, le sourire le plus cher du monde
00:11:32Oh, comment le monde peut-il encore se porter ce sourire ?
00:11:36Vous êtes tous comme ça à Chicago
00:11:37Il ne s'agit pas de moi, mais d'Apollinaire
00:11:40Toutes les polices d'Europe vont soupçonner d'avoir volé la Joconde
00:11:44Pour débarrasser le monde, au moins un chef-d'oeuvre
00:11:47Il avait volé la Joconde ?
00:11:48On a cru
00:11:49Il faut dire qu'il avait chez lui une statuette antique
00:11:52Qui avait été volée précisément en Louvre
00:11:55Deux masques péniciens provenant de la même source
00:11:59Trouvés chez Picasso dans l'accord
00:12:01Le voleur, un certain Géry Pierret
00:12:04Était le propre secrétaire d'Apollinaire
00:12:07Le musée était si mal gardé ?
00:12:09Il faut dire que la surveillance avait des lacunes
00:12:12Géry Pierret disait à ses amis
00:12:15J'ai tout chipé au Louvre
00:12:17Ce n'est pas précieux, puisque c'est mal gardé
00:12:22Mais pour la Joconde
00:12:24Ah, ça, ça c'était une toute haute affaire
00:12:27Avec Picasso, ils avaient arrêt toute une nuit
00:12:31Songeant à les jeter dans la scène pour s'en débarrasser
00:12:35Et finalement, ils s'arrangèrent avec un grand journal
00:12:38Pour les rendre à la police
00:12:41Ça a dû faire un beau scandale !
00:12:43Ah, tous les journaux du monde éclataient de rire
00:12:46En racontant les embarras de la police dans l'affaire La Joconde
00:12:50Apollinaire fut convoqué, arrêté
00:12:53Et il passait dix jours en prison
00:12:56Il racontait le séjour à sa manière
00:13:00Avant de rentrer dans la cellule
00:13:02Il a fallu me mettre nu
00:13:05Et quelle voix sinistre me ulule
00:13:08Guillaume, qui t'es devenu ?
00:13:11Non, je ne me sens plus là moi-même
00:13:15Je suis le quinze de la onzième
00:13:17Mais où était-elle, La Joconde ?
00:13:19A Florence, on devait la retrouver deux ans plus tard
00:13:22Le voleur était un peintre en bâtiment italien
00:13:25Qui, en passion nationale, voulait rendre le tableau à son pays
00:13:28Bon, alors on a retrouvé La Joconde parfait
00:13:30Et vous m'aviez promis de m'aider à retrouver Bill
00:13:32Bill ? Mais voyons, Barbara
00:13:34Il n'y a pas de Barbara qui tienne
00:13:35Je vous parle de Bill, mon correspondant
00:13:37Ah, on va le chercher en se promenant dans le quartier
00:13:39C'est bien le diable, ça
00:13:40Vous êtes mignon, vous savez
00:13:42Vous, je vous vois venir
00:13:43Oh, allons, qu'est-ce qui vous retient ?
00:13:47Il fait un peu lourd
00:13:48Et vos cheveux sont longs
00:13:50Oh bon petit poète, un peu bête et trop blond
00:13:53Vos yeux ressemblent tant à ces deux grands ballons
00:13:56Qui s'envolent dans l'air pur, à l'aventure
00:14:00Je ne comprends pas
00:14:01C'était simplement pour vous montrer qu'on connaît aussi Apollinaire à Brest
00:14:04Allez quand même vous promener vers l'ancienne gare Montparnasse
00:14:06Ça vaut la peine
00:14:14L'ancienne gare Montparnasse
00:14:17Qu'est-ce qu'il a bien voulu dire ?
00:14:20Il n'y a rien à voir
00:14:23Rien qu'une palissade
00:14:25Une palissade
00:14:26Et un grand trou derrière
00:14:38Rien à voir disiez-vous ?
00:14:41Voyons, un peu d'imagination mademoiselle
00:14:44Mais qui êtes-vous ?
00:14:45Peu importe
00:14:46Fermez les yeux
00:14:48Quoi ?
00:14:49Fermez les yeux
00:14:52Vous êtes charmante mademoiselle
00:14:55Fermez les yeux voyons
00:14:57Voilà
00:14:59Et bien, à la place de ce grand trou
00:15:02Il y a quelques mois
00:15:03La télévision française
00:15:05Tournait le médium de Ménotis
00:15:07Dans l'ancienne gare Montparnasse
00:15:10En cours de démolition
00:15:11Rien, le reine
00:15:15Donne-moi la grande affronte
00:15:19Si ton filet confusant
00:15:22Le dos de roi mien d'en haut
00:15:27Disait le méchant de roi
00:15:32Ouh, t'envi que tu es beau comme ça
00:15:36Voyez le roi de Babilone
00:15:41Sur son temps de d'or
00:15:46Je suis ta serpente
00:15:49Je suis ta princesse
00:15:52Et ta fille aussi
00:15:54Avec un clou du nord
00:15:57Sur les mers lointaines
00:16:01Je crois que je serais un excellent médium
00:16:03Vous n'êtes pas un trop mauvais sujet
00:16:06Mais c'était relativement simple
00:16:09Un tout petit voyage dans le temps
00:16:11La gare n'a été désaffectée qu'en 1965
00:16:15Que diriez-vous
00:16:16De quelque chose de plus sérieux
00:16:19Un bon au moins 25 ans auparavant
00:16:23C'est que...
00:16:24Fermez les yeux
00:16:27Fermez les yeux
00:16:30Voilà
00:16:31Nous sommes en 1944
00:16:34Le 20 août 1944
00:16:37Très exactement
00:16:38Le 25 août 1944
00:16:41Souvenez-vous
00:16:42Depuis le 19, les combattants de la résistance se sont soulevés
00:16:45L'insurrection a gagné de quartier en quartier
00:16:47Enfin, le 24, acclamé par le peuple en armes
00:16:50Les chars de la deuxième DB pénètrent dans la capitale
00:16:53Et le lendemain, c'est à la gare Montparnasse
00:16:55Que Leclerc reçoit la rédition du général Von Scholtitz
00:16:59Vous sentez-vous bien Barbara ?
00:17:04C'est-à-dire ?
00:17:05Parfait !
00:17:07Alors, nous allons remonter un peu plus loin dans le temps
00:17:11Nous sommes avant-guerre
00:17:13C'est impossible, je n'étais pas né !
00:17:15Aucune importance
00:17:17Vous égales
00:17:26Oui, ces vieux escaliers de la gare débouchaient aussi sur le monde merveilleux d'un gentil vieillard barbichu
00:17:33C'était oublié de tous Georges Méliès, le premier des grands cinéastes
00:17:37Celui auquel le spectacle moderne doit tout, gagnant sa vie au milieu des jouets à 4 sous
00:17:51Décidément, vous vous prenez pour Méliès ?
00:17:53Vous savez, il était beaucoup plus habile que moi !
00:17:58Mais, où sommes-nous ?
00:18:01Et quand ?
00:18:03Gare Montparnasse parbleu
00:18:04Le 22 octobre 1895
00:18:08Sept mois avant que Méliès tourne son premier film
00:18:11Il est 4 heures
00:18:13Le train de Grandville va entrer en gare
00:18:18Il passe à la hauteur de la rue du château
00:18:22Les freins ne fonctionnent plus
00:18:24Le mécanicien renverse la vapeur en vain
00:18:29Le convoi traverse la gare
00:18:32Arrache le butoir
00:18:34Défonce la façade
00:18:36Le voit la rue de Rennes
00:18:38Valédiction
00:18:39Le tramway
00:18:40Montparnasse étoile
00:18:41Oh !
00:18:44Les chevaux ont des réflexes
00:18:48Ils ont bondi en avant
00:18:50Eh bien, nous l'avons échappé belle
00:18:52Je ne vous le fais pas dire
00:18:53Alors, nous n'irons pas à Grandville ?
00:18:55Si !
00:18:56Nous prendrons le train de plaisir
00:18:58Le train de plaisir ?
00:18:59Evidemment !
00:19:00Les bonnes mers sont devenues très à la mode
00:19:03Grâce au chemin de fer, les plages de la Bretagne sont à la porte de Paris
00:19:07Songez que depuis le second empire, les express dépassent les 100 km heure
00:19:13Oh ! Quelle folie !
00:19:15Mais, le train de plaisir !
00:19:17Imaginez un voyage surprise, à prix réduit, organisé par les chemins de fer à l'occasion des fêtes
00:19:30Dans la campagne verdoyante
00:19:35Le train longeant sa voie de fer
00:19:39Emporte une boule abruyante
00:19:43Se fume tout là-bas vers la grande mer
00:19:46Le mécanicien chant sur sa locomotive
00:19:51Regarde l'air mauvais
00:19:54Plaise le bon chauffeur
00:19:57La colère aux ses yeux
00:19:59Lui d'une flamme vive
00:20:02De sa femme chérie
00:20:05De sa femme chérie
00:20:06Plaise à brûler le coeur
00:20:15Roule, roule, train du plaisir
00:20:19Dans la plaine soligne
00:20:22Vers un bel avenir
00:20:27D'amour et de folie
00:20:31L'homme rude et noir qui conduit
00:20:35Cette joyeuse foule
00:20:39Sonne ses yeux rougis
00:20:43Une larme qui coule
00:20:47Roule
00:20:52Tes heureux voyageurs
00:20:58On entend les refrains
00:21:03Suivant les raillus son dessein
00:21:09C'est le train du plaisir qui roule
00:21:22Le pauvre Jean perdant la tête
00:21:26Rendu par la trahison
00:21:30Sur son régal ça s'achète
00:21:34Crillons, godis, renvoilisons
00:21:38Le chauffeur est perdu
00:21:39Faites croyer sa pelle
00:21:43J'en lui saute en cause
00:21:46L'étendre comme un chien
00:21:48Et tout de râillé
00:21:51Par l'étrante mortelle
00:21:54Et...
00:21:55Et j'en!
00:21:57Sondre de la machine
00:22:00Hop!
00:22:02En tenant
00:22:04Le train
00:22:11Roule-vous le train du malheur
00:22:15Dans la plaine assombrie
00:22:18Roule à toute vapeur
00:22:23D'un élan de folie
00:22:26Les paysans saisissent le voyant
00:22:31Tout seul vent dans l'espace
00:22:34Ce signe en brillant
00:22:40Et la terreur l'éclasse
00:22:47Des heureux voyageurs
00:22:52On entend les refrains
00:23:00Suivant les vailles et son destin
00:23:05C'est le train du malheur
00:23:15Décidément, le chemin de fer est bien dangereux
00:23:17Ce n'est qu'une chanson
00:23:19En réalité, les français ont tout de suite adopté les chemins de fer
00:23:24Notre bonne vieille gormon Parnasse depuis sa construction en 1856
00:23:29A vu défiler toute la Bretagne venant chercher fortune à Paris
00:23:33Par cette antenne ferroviaire, en cent ans, la Bretagne a peuplé Paris
00:23:39Vous exagérez ?
00:23:40Vraiment
00:23:40Voyez le quartier
00:24:12Un jour sur le pont de Tréguier
00:24:13Un jour sur le pont de Tréguier
00:24:14Je pleurerai ma bague
00:24:15Un, deux, trois, deux, six, pas que j'ai laissé tomber
00:24:19Un, deux, trois, délira
00:24:21Et que voudras-tu me donner l'Andera Lidere ?
00:24:26Et que voudras-tu me donner l'Andera Lidere ?
00:24:30Si je te la rapporte, un, deux, trois, délira
00:24:34Je te donne un baiser l'Andera Lidere
00:24:39Au premier coup qu'il a plongé l'Andera Lidere
00:24:43Au premier coup qu'il a plongé l'Andera Lidere
00:24:48Il voit l'anneau qui brille, un, deux, trois, délira
00:24:51Autour de la vieille gare Montparnasse, rue de la Rivée, rue du Départ, Avenue d'Humaine
00:24:55On est surpris par le nombre des bijouteries qui se concurrencent d'un trottoir à Londres
00:25:00Pourquoi, madame la bijoutière ?
00:25:02Pourquoi tant de bijouteries dans ce quartier ?
00:25:05Eh bien, il y a très longtemps que le quartier Montparnasse est connu pour ses bijoutiers
00:25:13Toute la Bretagne qui descendait pour passer quelques jours
00:25:15Et même pour faire uniquement des achats, venez nous voir
00:25:19Je pense que c'est pour ça qu'il y a beaucoup de bijoutiers réunis dans ce quartier
00:25:22Nous travaillons très bien avec tous les Bretons et les Bretonnes, bien entendu
00:25:27Mais autour de la gare de Lyon, il n'y a pas tellement de bijouteries
00:25:31Les Provençaux ou les Savoyards ne viennent donc pas à Paris acheter leurs bijoux
00:25:35C'est une tradition chez les Bretons ?
00:25:37Oui, je pense que c'est une tradition parce que la plupart des jeunes fiancés viennent acheter leurs promesses
00:25:43Puisque pour eux, la bague de fiançailles est une promesse
00:25:45Et ils viennent à Paris, vraiment pour faire cet achat
00:25:50C'est-à-dire qu'on les voit arriver un jour et puis ils achètent leurs bijoux et ils repartent
00:25:53le soir au lendemain
00:25:54C'est ça, il reste peut-être de passer quand même quelques jours
00:25:57Parce que quelquefois, ils ont de la famille bretonne elle-même, mais transplantée à Paris
00:26:05Ici, le Paris d'Osmann voisine avec le Paris de l'an 2000
00:26:08Toutes ces vieilles rues convergent vers le plus gigantesque building de la capitale
00:26:13L'ensemble mène Montparnasse qui dissimule la plus moderne des gares derrière ses façades de fer et d'acier
00:26:19Merci
00:26:20De quoi ?
00:26:21On va ramener ici, je croyais ne jamais revenir de ce voyage dans le temps
00:26:24Et bien maintenant, vous êtes à...
00:26:26Je suis à la nouvelle gare Montparnasse en 1970
00:26:28C'est là que j'ai débarqué hier
00:26:30Vous en êtes certaine ?
00:26:32Il me semble
00:26:33Bon, bon, bon, bon, bon, bon, bon, bon
00:26:37Monsieur, mais enfin où êtes-vous ?
00:26:39Non, enfin, on ne joue pas de tour pareil
00:26:40Je suis ici, ne craignez rien
00:26:44Venez donc me rejoindre
00:26:46Décidément, vous en avez de bonnes
00:26:48J'ai l'impression de jouer ma sorcière bien-aimée
00:26:51Soyez sérieuse, vous n'allez tout de même pas en dire que vous croyez à ces balivernes
00:26:56Regardez plutôt la nouvelle gare Montparnasse
00:26:59Elle a été édifiée à la place de la toute première gare du Montparnasse
00:27:04Celle de 1846
00:27:07C'était une toute petite gare qui servait aux Parisiens à aller à Versailles le dimanche
00:27:15Le 8 mai 1848
00:27:20Après avoir admiré les grandes eaux, ils étaient nombreux à rejoindre Paris
00:27:26Selon la coutume, les employés du chemin de fer avaient cadenassé les portes des wagons
00:27:31La locomotive, une petite Mathieu-Murset, avait dû être renforcée
00:27:36Elle ne pouvait à elle seule tirer les 18 wagons du convoi
00:27:41On avait ajouté une deuxième locomotive à six roues
00:27:46Soudain, ce fut le drame
00:27:49Un essieu de la Mathieu-Murset se rompit
00:27:53Elle sortit des rails, bousculée par la grosse locomotive de renfort
00:27:58Le feu brille au wagon
00:28:01C'était la première catastrophe de chemin de fer
00:28:04Elle fit 42 morts
00:28:07Dont Dumont-Durville, l'explorateur
00:28:10Vous écoutez, on ne prendrait jamais le chemin de fer
00:28:13C'est bon
00:28:14Parlons d'autre chose
00:28:16Tenez, là-bas
00:28:18Regardez
00:28:19Les fondations du futur building de l'ensemble mènent Montparnasse
00:28:24Il aura 185 mètres
00:28:27La plus haute tour de la capitale
00:28:29Ce sera splendide
00:28:31Mais là-bas, le décor me paraît bien sordide
00:28:34Vous êtes vraiment contrariante
00:28:37Eh bien, tenez, là-bas
00:28:39Vers la rue de l'ombre
00:28:41Il y a cent ans
00:28:42Il n'y avait que des champs de pleuvet et de coquelicots
00:28:45Aujourd'hui, ça t'aiderait plutôt du bidot aux villes
00:28:47Eh bien, puisque le cœur vous en dit
00:28:49Allez donc y faire un tour
00:28:55Vers 1870
00:28:56Alors que les fameuses baraques en planche de la ceinture de Paris
00:29:00Couvraient cette partie du quartier
00:29:03C'est là qu'échouaient les Bretons et les Auvergnats
00:29:07Trop misérables pour s'installer ailleurs
00:29:13Monsieur
00:29:15Vous pouvez me dire où je suis ?
00:29:17A la Nouvelle Californie, princesse
00:29:21D'où que tu débarques ?
00:29:22De Brest, en Bretagne
00:29:24Ah, ben alors on est pays, je suis de Quimper
00:29:27Tu veux t'installer ici ?
00:29:29Ah ben, c'est-à-dire que j'ai moins de mieux ailleurs
00:29:32Ah, mademoiselle est délicate sans doute
00:29:36Évidemment, c'est pas la vie de château
00:29:37Mais quand on n'a pas le sou
00:29:38Parce que t'as pas le sou, bien sûr
00:29:40Allons la mer, laisse-la tranquille voyons
00:29:43Qu'est-ce que tu sais faire ?
00:29:45Pas grand chose
00:29:47On peut pas te faire faire les ordures, c'est délicat, faut connaître
00:29:50Et puis y'a la concurrence
00:29:52Faut pas que tu t'amuses à les fouiner du côté où ils ont leurs habitudes
00:29:55Et puis tu trouves qu'on n'est pas déjà assez nombreux sur la place ?
00:29:58Tu peux pas me foutre la paix quand je cause avec mademoiselle, non ?
00:30:01Ah, toi, dès que tu vois un jupon
00:30:03Pour l'embauche, y'a peut-être affaire du côté du ravageur
00:30:07Le ravageur ?
00:30:08Ouais, tu te balades dans les rues
00:30:10Les vieilles rues, celles qui ont encore un ruisseau au milieu
00:30:13Et là, avec ton crochet, tu fouilles
00:30:16C'est plein de ferraille, de clous, de bouts de cuivre
00:30:21Et des fois, avec un peu de chance, tu peux tomber sur une pièce de monnaie
00:30:24Mais ici, dans le quartier, c'est plutôt rare
00:30:29Et vous croyez que je pourrais faire ça ?
00:30:32Sûrement pas, Duchesse
00:30:34Ce qu'il te faut, c'est gaveuse de pigeons
00:30:38Caveuse de pigeons ?
00:30:38Tu leur flanques des petits pois dans le bec
00:30:40Et quand ils sont assez dodus, couic !
00:30:45Ah, le seul problème, c'est le rendement
00:30:47Faut en gaver 120 ou 150 à l'heure pour 40 sous par jour
00:30:52Quelle horreur !
00:30:53Bah alors, on gaffe bien les oies
00:30:55Non, moi, je sais ce qui te conviendrait
00:30:57C'est un travail propre, délicat et tout
00:31:00C'est peintre en pied de dindon
00:31:02S'il vous plaît ?
00:31:04Je vais t'expliquer
00:31:06À quoi que c'est-il qu'on reconnaît qu'un dindon est frais ?
00:31:09Je sais pas
00:31:11Bon, la pâte, mon petit
00:31:14Quand tu tues la bête, elle a la pâte noire et brillante
00:31:17Après, c'est fini, le lendemain
00:31:20Elle a perdu les trois quarts de sa valeur
00:31:21Alors, tu m'as compris ?
00:31:23Non
00:31:23Oh, bah avec un pinceau et du vernis, tu lui refais des pâtes neuves à ta dinde
00:31:29Je vais parler de toi au père le Chapelier
00:31:32Il achète les dindons de l'harveille et il les revend le lendemain
00:31:35Seulement, tu repasseras avec ta protégée
00:31:37Parce que le père le Chapelier, il vient de revendre son fonds 50 000 francs
00:31:4350 000 francs
00:31:44Ça se trouve pas dans la culotte d'un zouave
00:31:47Ouais, bah fais pas attention, ce qui lui manque, c'est l'éducation
00:31:51Et celui-là avec sa carriole ?
00:31:53Ah, bah, ça c'est le boulanger en vieux
00:31:55Il achète au boulanger, au garçon de restaurant, les vieux croutons de pain
00:31:58Et qu'est-ce qu'il en fait ?
00:31:59Bah, il les revend en gros aux éleveurs des lapins des barrières
00:32:03C'est bientôt fini de roucouler
00:32:06Pendant que tu fais le joli cœur, moi je me coltine le boulot
00:32:08T'as intérêt si tu veux bouffer ce soir
00:32:11Conci, mon bonhomme
00:32:12Si ça continue, je te plaque
00:32:14Je me refais trieuse
00:32:16J'ai peur de vous déranger
00:32:17Penses-tu, elle n'osera pas
00:32:19Garde-les, elle est trieuse
00:32:21Douze heures de travail par jour et pour pas gagner, gros
00:32:23Et ça consiste en quoi ?
00:32:25Bah, à trier les marchandises que les chiffonniers vendent aux marchands gros
00:32:29Mais, c'est pas tout ça
00:32:31Tout à l'heure, je vais t'amener casser la graine chez la mère Cadet
00:32:34La mère Cadet ?
00:32:35Oui, elle tient un commerce là-bas dans le hangar que son mari a construit
00:32:39T'inquiète pas si tu vois les gobelets et les assiettes fixées à la table par une chaînette
00:32:45Mais la giblotte de la mère Cadet, y'a pas mieux
00:32:48Mais pourquoi une chaînette ?
00:32:50Oh, bah, à cause de la fauche, cette idée
00:32:52Ha, ha, ha, ha
00:32:53Et ce soir, je t'amène Gambier à la grande saumière
00:32:57Tu connais ?
00:32:59Non
00:32:59Ha, ha, ha, dit, ça vaut le coup d'œil
00:33:01Y'a rien de pareil à Quimper ou à Brest
00:33:07Toi qui connais les russards de la garde
00:33:11Connais-tu pas la tour bonne du régiment ?
00:33:15Quel air aimable quand il vous regarde
00:33:18Eh bien, ma chère, il était mon amant
00:33:22Au Luxembourg, je suis sa connaissance
00:33:26Qu'il était bien de sous son fourniment
00:33:29Quel air vainqueur, quel air vainqueur qu'elle noble présente
00:33:33En embouchant son aimable instrument
00:33:37Toi qui connais les russards de la garde
00:33:41Connais-tu pas la tour bonne du régiment ?
00:33:45Quel air aimable quand il vous regarde
00:33:49Eh bien, ma chère, il était mon amant
00:33:53Quand je te le disais, y'a vraiment que chez les gueux
00:33:56Qu'on sache encore s'amuser
00:33:57Il allait tomber en pavoison
00:34:00Il soupirait plus fort que sa drombonne
00:34:04Moi, de pitié, j'en avais le frisson
00:34:07Toi qui connais les russards de la garde
00:34:11Connais-tu pas la tour bonne du régiment ?
00:34:15Quel air aimable quand il vous regarde
00:34:19Eh bien, ma chère, il était mon amant
00:34:23Tu peux m'en croire, oh, ma chère Julie
00:34:26C'était vraiment une amour de garçon
00:34:30Pour l'obliger, j'aurais donné ma vie
00:34:34J'aurais vendu jusqu'au dernier jupon
00:34:38Toi qui connais les russards de la garde
00:34:42Connais-tu pas la tour bonne du régiment ?
00:34:46Quel air aimable quand il vous regarde
00:34:49Eh bien, ma chère, il était mon amant
00:34:53Il est parti, j'attends de ses nouvelles
00:34:57De l'île en Flandre, fou qui tient garnison
00:35:00Pas que du moins, il me reste fidèle
00:35:05Ou je suis dans le cas de me détruire au charbon
00:35:08Toi qui connais les russards de la garde
00:35:12Connais-tu pas la tour bonne du régiment ?
00:35:17Quel air aimable quand il vous regarde
00:35:20Eh bien, ma chère, il était mon amant
00:35:43Qui c'est celui-là ?
00:35:44Le patron, le père Lahir
00:35:47C'est un ancien grenadier de la garde impériale
00:35:50Un géant, deux mètres de haut
00:35:52Et fort comme un bœuf
00:35:55Il a un condé
00:35:56Aussi, les ambourgeois, ils mettent pas les pieds ici
00:35:58Il fait sa police tout seul
00:36:05Allez-y, vous autres
00:36:06En place pour le cancan
00:36:07Réduquer au bord
00:36:09Messieurs les étudiants
00:36:10Montez-les à la chaumière
00:36:12Pour y danser le cancan et la Robert Macaire
00:36:15J'ai été en place pour le cancan
00:36:17Et ceux à qui ça fait pas qu'il vienne me le dire
00:36:25Le cancan
00:36:26Mais c'est pas ici le cancan, c'est à mon marbre
00:36:28Le cancan à mon marbre ?
00:36:30Non, non, le cancan, c'est à mon farnot
00:36:33Le cancan, c'est chez le père Lahir
00:36:36Le cancan, la polka, le quadril
00:36:38Et tout ce que tu voudras
00:36:40Ah, voilà, c'est un po'
00:36:40C'est un po'
00:36:44C'est un po'
00:37:10C'est un po'
00:37:12C'est un po'
00:37:13C'est un po'
00:37:20C'est un po'
00:37:54Hey !
00:37:55Qu'est-ce que vous faites là ?
00:37:57Il me semble...
00:37:58Vous êtes ayant dormi. Je vous ai vu un passant.
00:38:01J'ai dû rêver.
00:38:02Vous avez même parlé.
00:38:04Vous voyez danser le Robert Maccaire.
00:38:07Qu'est-ce que c'est ça ?
00:38:08Une danse à la mode il y a un peu plus d'un siècle.
00:38:11Vous connaissez la Closerie des Lilas ?
00:38:13Qu'est-ce qui vous prend ?
00:38:14Je vous demande si vous connaissez la Closerie des Lilas.
00:38:17Évidemment, puisque nous y sommes.
00:38:22C'est aussi calme aujourd'hui que c'était mouvementé dans le temps.
00:38:24Ah oui, oui, je sais.
00:38:26Paul Faure, Moréas, André Salmon, Jarry, Carcot.
00:38:31A Paulineur dont nous parlions tout à l'heure.
00:38:32Non, ça c'était la grande époque littéraire de la revue Vert et Prose.
00:38:36Avant...
00:38:38Avant, on y voyait Béranger.
00:38:40Oui, c'est ça, Béranger.
00:38:41Puis aussi Théodore de Banville.
00:38:43Je vous parle des années 47, 1800 bien entendu.
00:38:47La Closerie a été créée cette année-là par Bullier, un ancien garçon de la Grande Chaumière.
00:38:52Elle était installée en face, de l'autre côté du boulevard.
00:38:56Bullier y avait planté mille pieds d'Ila.
00:38:58Il avait créé un décor oriental invraisemblable.
00:39:01Il y avait tout autour des billards en plein air, des bosquets, des charmilles, des tirons-pigeons et surtout des
00:39:07balançoires.
00:39:08Qu'est-ce que vous êtes devenue savante ?
00:39:09C'est vrai, j'ai appris beaucoup de choses depuis que je vous écoutais.
00:39:13En tout cas, vous avez fait vite.
00:39:14Vous savez, on est tous comme ça, bref.
00:39:17À propos, je meurs de faim.
00:39:19Bon, allons chez Richeveux.
00:39:20Richeveux, c'est le temps de la gastronomie.
00:39:22Pas de bonne soirée à Montparnasse sans dîner chez Richeveux.
00:39:26Au rez-de-chaussée, repas de gala, ou presque.
00:39:29On a droit à une serviette.
00:39:30C'est luxueux.
00:39:31Au premier étage, bœuf miroton et truite aux amandes.
00:39:35Mais on paie d'avance.
00:39:36Je n'aime pas le miroton.
00:39:37Alors, montons en seconde.
00:39:39Ici, plat unique, des harlequins.
00:39:41Qu'est-ce que c'est ?
00:39:42C'est la spécialité de la mère Maillard.
00:39:45Elle est sous contrat avec des grands restaurants qui lui donnent leur reste.
00:39:49Elle travaille ses rogatons.
00:39:50Elle revend le Maillard en des gargottes comme celui-ci.
00:39:54Vous n'avez pas honte de me traîner dans l'hôtel Gargotte ?
00:39:56Vous pensez que la moitié des vôtres harlequins venaient peut-être de chez Maxime,
00:40:00de la tour d'argent.
00:40:01Non, vous êtes très drôle.
00:40:03Ne vous fâchez pas.
00:40:05Recorder plutôt un peu d'attention à la vôtre de la gaieté.
00:40:08Elle en vaut la paix.
00:40:12Mais qu'est-ce que vous direz d'une soirée à Bobineau ?
00:40:16Faut voir, vous m'avez rendu méfiante.
00:40:18Vous savez, Bobineau, c'est le plus ancien musical de Paris.
00:40:22Il a juste 101 ans.
00:40:23Mais dépêchons-nous, il va bientôt démolir.
00:40:28Elle m'emmerde, elle m'emmerde à la fornication.
00:40:32Elle s'emmerde, elle s'emmerde avec ostentation.
00:40:36Elle s'emmerde, vous dis-je.
00:40:39Au lieu de s'écrier encore hardi, hardi.
00:40:44Elle déclame du Claudel, du Claudel, j'ai bien dit.
00:40:47Alors ça, ça me fie, dis-je.
00:40:58Elle m'emmerde, elle m'emmerde, j'admets que ce Claudel
00:41:02Soit un homme de génie, un poète immortel
00:41:06Je reconnais son prestige, je m'éconnais chercher
00:41:11De danser son œuvre repis
00:41:13Un aphrodisiaque, non ça c'est de l'utopie
00:41:17Elle m'emmerde, vous dis-je.
00:41:33Si nous poursuivions la soirée au théâtre
00:41:35Ah mais je n'ai pas dîné !
00:41:37Eh bien, vous mangez dans la salle !
00:41:39Dans la salle ?
00:41:40Oui, dans la salle !
00:41:41Il y a des poids dans un coin et les spectateurs peuvent faire chauffer le boudin
00:41:45Charmant, comme les Arlequin !
00:41:47Je vous présente. Mais c'était vraiment ainsi le temps de Frédéric Le Mans.
00:41:51Ce théâtre existe depuis 1819. Antoine, il a installé son théâtre libre. Et plus tard, Paul Fort, il monta son
00:42:00théâtre des arts.
00:42:01Et puis, il y a eu surtout, il y avait surtout Garçon Batty, Margritte, Jamois. Tout Paris a défilé ici.
00:42:10En somme, le théâtre en 1819 préfigurait un petit peu les salles d'aujourd'hui qui ont en annexe un
00:42:17restaurant quand ça n'est pas un self-service.
00:42:19Oui, en effet, parce que c'était typiquement ici un théâtre de quartier qui faisait partie d'une chaîne, pour
00:42:28l'époque périphérique, qui allait de Vosgirard à Grenelle, passer par Montparnasse et continuer sur les Gobelins et faisait le
00:42:35tour sur l'autre rive.
00:42:38Spectacles de quartier, public de quartier, trouples de quartier. Certains acteurs étaient carrément pris dans les environs.
00:42:48Frédéric le maître a joué ici certainement plusieurs fois. D'abord, parce que comme tous les comédiens de son époque,
00:42:54il a fait son apprentissage de comédien sur le tas, en commençant par des petits rôles et en en jouant
00:43:01plusieurs dans une même soirée.
00:43:03Par la suite, il est devenu le grand Frédéric le maître, mais par fidélité, par affection pour ce genre de
00:43:11théâtre, il a continué à y venir, évidemment, en vedette.
00:43:14Et lorsque les moyens de la troupe le permettaient, ce qui n'était pas tellement fréquent, je crois.
00:43:18Bien sûr. Alors, sautons très vite à une autre époque. Je crois que le théâtre a été marqué par Antoine,
00:43:25avec son théâtre libre, et Paul Faure.
00:43:26Oui, c'est-à-dire, Antoine a donné une saison ici. Il a eu des difficultés financières. On lui a
00:43:31fermé du soir au lendemain sa salle qui se situait, je crois, à côté du Théâtre des variétés actuelle.
00:43:36Et il est venu, en effet, pendant une saison avec Paul Faure et quelques amis animer le théâtre libre. Ça
00:43:41n'a pas réellement marqué. En fait, c'était un passage dans la vie d'Antoine.
00:43:45Non, ce qui a réellement marqué le théâtre, par contre, c'est Gaston Batti.
00:43:48Oui, voilà.
00:43:49Puis, Marguerite Jamois, qui lui a succédé.
00:43:51Bien sûr.
00:43:51Je crois que Gaston Batti est venu ici, autour des années 30 ou 32.
00:43:54En 30, oui. Batti s'est installé ici en 30. Et il a, évidemment, ayant marqué le théâtre en France
00:44:01et dans le monde, comme il l'a marqué, au départ, vous pensez bien, il a d'abord marqué cette
00:44:04salle d'une empreinte vraiment, je crois, indélébile, à tout point de vue.
00:44:08Mais alors, il y a une question qui se pose tout de suite. Est-ce que c'est Batti qui
00:44:11a choisi le café Montparnasse, ou est-ce que c'est Montparnasse qui a choisi Gaston Batti ?
00:44:15Non, parce que dans les 7 ou 8 années qui ont précédé cette époque de 1930, où il s'est
00:44:20installé ici, Batti a vraiment attendu très patiemment de réaliser un vieux rêve qui était de s'installer au Montparnasse.
00:44:28Il l'a vraiment choisi avec amour. Il y a longtemps qu'il y pensait. C'est un théâtre qui
00:44:33lui offrait des possibilités techniques tout à fait anciennes pour cet homme qui a tout rénové et qui a continué
00:44:41à travailler avec des méthodes artisanales,
00:44:43de la vieille machinerie très perfectionnée qu'il a trouvée ici, naturellement qu'il a rénovée et améliorée, mais qui
00:44:50est la vieille machinerie du théâtre à l'italienne.
00:44:52Oui, bien sûr. Il a trouvé ici tout ce qui permettait le grand spectacle de l'époque du mélodrame ou
00:44:56de la féerie, avec toutes les possibilités des cintres, des trappes.
00:45:00Oui, qui lui a permis ces extraordinaires mises en scène ou dans un silence, le fameux silence Batti et les
00:45:07éclairages si perfectionnés qu'il a inventés,
00:45:10de donner des spectacles avec changement à vue, descente dans les dessous, montée dans les cintres, entrée des personnages en
00:45:19même temps qu'avec le décor.
00:45:21Ce vieux rêve était en réalité un très beau jouet qui lui a permis de marquer le théâtre contemporain comme
00:45:26il l'a marqué.
00:45:28Un théâtre, deux théâtres, trois théâtres, des salles d'avant-garde, un music-hall, des restaurants de nuit, des cabarets,
00:45:35des boîtes à la mode.
00:45:37De la rue de la Guêté à la rue Vavin en passant par le boulevard du Montparnasse, le quartier vit
00:45:42à l'heure des noctambules.
00:45:44Les néons zèbrent la nuit et la musique se déverse encore dans les rues quand sonnent les réveils des travailleurs
00:45:49matineaux.
00:45:50Pourtant, Montparnasse est aussi un quartier tranquille.
00:46:01On ne peut pas être plus tranquille qu'au pied du moulin Moliniste.
00:46:05Au petit matin, c'est bien agréable.
00:46:07Le moulin Moliniste ? Quel drôle de nom !
00:46:10Molinin était maître des jésuites, desquels étaient de bons maîtres, des élèves du collège Louis-le-Grand.
00:46:17Il venait prendre d'air ici.
00:46:19En face, il y avait un autre moulin que l'on appelait Jean Sinis parce qu'il était fréquenté par
00:46:23les élèves des oratoriens.
00:46:24Mais nous sommes dans un cimetière, non ?
00:46:27Mais un des plus solades de Paris.
00:46:30Jetez un coup d'œil sur ces tombes.
00:46:35Du Mont-Durville, Marie-Dorval, Prudence, Baudelaire, Larousse, Sainte-Beuve.
00:46:47Vous n'avez rien de plus gai ?
00:47:06Dis que je vois ce village, caca, ça sert à rien du tout, rien du tout.
00:47:13Ça sert à donner du courage à ceux qui n'entendent pas du tout, pas du tout.
00:47:20Le Loin, ça prend des airs portasques.
00:47:24Et chacun se dit en les voyant, en les voyant,
00:47:28à ce qu'ils sont beaux avec leurs casques,
00:47:31ça leur donne des petits airs épatants, pan, pan, pan.
00:47:35Un casque qui est un point pur, qui est un peu pureux.
00:47:39Un casque qui est un peu presque guérié,
00:47:43ça leur donne des airs vainqueurs.
00:47:47Qui est un peu mal à leur valeur,
00:47:50sous ce casque de misant,
00:47:52ils ont l'air et battant vraiment.
00:48:12Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de pompier ?
00:48:13Non, c'est une histoire de barbouille.
00:48:15Ah bon, c'est pour s'amuser ?
00:48:16Ouais.
00:48:17Hors d'ici, Philistins !
00:48:20Hors d'ici sur le sang béotien de la barbouille pour s'amuser.
00:48:25Peut-on s'amuser avec l'air ?
00:48:27Vous êtes ici misérables, dans la maigre du pompierisme.
00:48:32Inclinez-vous devant le grand William Bougereau,
00:48:35l'auteur de la Vierge Consolatrice,
00:48:38de la naissance de Vénus, du triomphe du martyr,
00:48:40de la jeunesse et de l'amour.
00:48:44Voix par là, misérable !
00:48:47Vous trouverez le repos du Grand Baudry,
00:48:50le décorateur de l'opéra,
00:48:52le prince des pompiers de Paris !
00:48:56C'était à quelle époque ?
00:48:58Quoi à quelle époque ?
00:48:58Comment à quelle époque ?
00:48:59À quelle époque, petite écervelée ?
00:49:01Mais à la nôtre, en 1900, si vous voulez !
00:49:05Au moment où tant d'esprits faux
00:49:08faisaient des aplats, des cubes, des ronds dans l'eau,
00:49:11des tâches, des cercles et autres fariboles,
00:49:15Baudry et Bougeron somptueusement peignaient.
00:49:19Quel effort douloureux !
00:49:21Quel génie !
00:49:22Un contre-courant !
00:49:24Grâce à ces pionniers absolument insensibles à la mode,
00:49:28Montparnasse, le vrai,
00:49:30celui de Notre-Dame-des-Champs,
00:49:32le vieux Montparnasse héritier de Raphaël,
00:49:34a pu transmettre le message de l'art
00:49:37aux défricheurs des temps modernes !
00:49:40Dans ce tableau, on peut voir la démonstration inéluctable
00:49:50de que rien au monde est plus loin d'une photographie instantanée
00:49:58que la technique ultra-photographique de Ernest Maisonnier.
00:50:05Mais la plus grande vertu des peintures et des peintres pompiers,
00:50:12c'est qu'ils ont eu la gloire d'avoir retrouvé avant les scientifiques
00:50:20les structures moléculaires de l'acide des oxyribonucléiques.
00:50:30Ceci veut dire que, quand nous voyons un tableau pompier,
00:50:36par exemple, les dernières cartouches, que je vais montrer tout de suite,
00:50:40et à toute vitesse,
00:50:42c'est des tableaux qu'on s'en souvient pour le reste de la vie.
00:50:47Tandis que, voilà, ici, ici, ça, nous l'avons tous vu quand on était des gosses,
00:50:54quand on était tout petits,
00:50:55on s'en souviendra pour le reste de notre vie.
00:51:35On n'appelle pas Vido de l'art, votre Salvador d'Ali ?
00:51:38C'est l'anégome de son nom.
00:51:39C'est amusant, non ?
00:51:40Amusant.
00:51:42Mais je croyais des peintres très pauvres.
00:51:44Il n'était pas grave.
00:51:46Il était du temps du Gauguin,
00:51:48qui habitait ici,
00:51:49rue Vessin-Jeterix.
00:51:52Ils étaient très pauvres du temps du douanier Rousseau.
00:51:55C'est lui qui créait à Montparnasse
00:51:57le mythe de la peinture moderne
00:51:59avec ses somptueux personnages.
00:52:02Il était une sorte d'initiateur.
00:52:04Tous les grands de Montparnasse le reconnaissaient.
00:52:07C'était la misère maudite créatrice.
00:52:10La misère des années 1900.
00:52:13Au confin du quartier,
00:52:15là-bas du côté des abattoirs de Vosgirard,
00:52:18Modigliani,
00:52:18Zadkins,
00:52:19Soutine,
00:52:20Chagall,
00:52:20Chapirot et bien d'autres,
00:52:22du temps de leur misère noire,
00:52:23avaient élu domicile à la Ruche,
00:52:25la bien-nommée,
00:52:27bourdonnant alors de l'activité créatrice
00:52:28de ceux qui allaient devenir
00:52:29les maîtres de l'art du XXe siècle
00:52:31et donner son essor au quartier.
00:52:34Aujourd'hui encore,
00:52:35on y vient du monde entier.
00:52:38Et à côté des académies,
00:52:39le commerce le plus florissant
00:52:42est celui de la peinture,
00:52:43je veux dire celui des marchands de couleurs.
00:52:45Car pour le reste,
00:52:46rien n'a changé
00:52:47et la plupart des peintres du quartier
00:52:49attendent encore leur premier client.
00:52:51Nous en étions restés
00:52:52à la misère noire des années 1900.
00:52:54Mais un jour,
00:52:55tout a changé
00:52:55puisque les peintres maudits
00:52:56sont devenus célèbres.
00:52:57Ah, tout a changé, oui.
00:52:58Et la fête allait se déchaîner.
00:53:00Surtout après la Première Guerre mondiale.
00:53:02Ah, la fête
00:53:03que Haïss et Mac Jacob
00:53:05sont mon panneau triste,
00:53:06mais dans Rafflé Cocteau,
00:53:08c'est émigré de la rive droite.
00:53:09La fête, vous m'emmenez ?
00:53:11Oui.
00:53:36Surtout après la paix.
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