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  • il y a 15 heures

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00:02Ah, coquine, vous nous avez mis dans de beaux draps blancs à ce que je vois,
00:05et je viens d'apprendre de belles affaires, vraiment, de ces messieurs qui sortent.
00:10Ah, mon père, c'est une pièce sanglante qu'ils nous ont faite.
00:13Oui, une pièce sanglante, mais qui n'est que l'effet de votre impudence, infâme.
00:20Ils se sont ressentis du traitement que vous leur avez fait,
00:23et moi, malheureux que je suis, j'ai dû boire l'affront.
00:27Ah, je jure que nous en serons vengés, que je mourrai en la peine.
00:31Et vous, marrons, vous osez venir ici, après votre insolence ?
00:35Traité comme cela, marquis, voilà ce que c'est que du monde.
00:38La moindre adversité vous fait mépriser de tous ceux qui vous chérissaient.
00:42Allons, camarades, allons chercher fortune entre parts.
00:45Je vois bien qu'on aime ici que la vaine apparence, et qu'on ne considère point la vertu toute
00:49nue.
00:51Monsieur, nous entendons que vous nous contentiez à leur défaut pour ce que nous avons joué ici.
00:55Je vais vous contenter, et voici la monnaie dont je vais vous payer.
01:03Et vous, pendarde, je ne sais ce qui me tient, qui me retient, de vous faire de même.
01:15Allez, à vous, le reproche, chanson, roman, sonnée, sonnette, que puissiez-vous aller à tous les diens.
01:29Bravo ! Bravo, monsieur Malière !
01:33Bravo !
01:36Voilà de la bonne comédie.
01:38Sire, nous avons cherché à divertir votre majesté, c'est là tout notre désir.
01:43J'ose espérer que ces précieuses ridicules ne choqueront personne,
01:46et que les beaux esprits ne se sentiront pas visés.
01:48Non, mon cher, n'ayez pas de scrupules.
01:51La précieuxité fait des ravages aujourd'hui à Paris.
01:54Les salons abondent.
01:56Il n'est pas d'alcool, de ruelles,
01:58où l'on ne fasse assaut de galanterie, de petits verres, d'affectations, de discours extraordinaires.
02:02On petite, on chante, on versifie, à qui mieux mieux.
02:05Ventre s'ingrit, comme disait le feu roi à mon grand-père, le bon sens proteste.
02:09Je vous approuve entièrement.
02:11Tiens, monsieur le cardinal, je suis bien aise de vous voir de retour.
02:16Vous avez fait diligence, et je ne vous attendais pas si tôt.
02:19Les Pyrénées ne sont pourtant pas à la barrière du Louvre.
02:22Vous voyez que nous ne nous ennuyons pas en votre absence.
02:25Je vois, sire.
02:27Vous faites bien, et votre majesté a bien raison d'en profiter.
02:31Quand vous aurez mon âge, et que la politique vous accablera de soucis...
02:35Allons, monsieur le cardinal, mon ambition, vous le savez,
02:38sera toujours de mêler travail et plaisir.
02:40Je veux que dans tous les domaines, et particulièrement dans celui des arts et des lettres,
02:44la France rayonne sur le monde.
02:47N'ai-je pas raison ?
02:48Certainement, sire, certainement.
02:50Mais il est bien difficile parfois de tout mener de francs.
02:54Et la vie, bien souvent, nous oblige à choisir.
02:57Je n'ai pas choisi d'être roi, mais je veux l'être pleinement.
03:01N'est-ce pas le plus grand, le plus noble, le plus délicieux des métiers,
03:04dès qu'on se sent capable de bien s'acquitter de toutes choses auxquelles il engage ?
03:08Mais laissons ce propos.
03:09Parlez-moi un peu de ce traité avec l'Espagne.
03:11Eh bien sûr, l'affaire s'est bien terminée.
03:14Quoiqu'il y ait eu parfois des passes difficiles.
03:17Mais qui va bien au va-sane ?
03:20J'ai fini par obtenir ce que je voulais.
03:24Mon cousin, que racontez-vous donc à ces deux charmantes personnes
03:27que je voudrais moi aussi féliciter chaleureusement ?
03:30Mesdames, vous avez été sublimes.
03:33Savez-vous que vous allez faire rire tout Paris ?
03:35Ce Molière a des trouvailles de génie, et dans des bouches comme les vôtres...
03:38Oh, pire !
03:39Si votre majesté veut savoir sur quel point, on portait des discussions.
03:43Les discussions ? Ah oui, les discussions.
03:46L'accord a-t-il été difficile à conclure ?
03:49Avez-vous obtenu toutes les terres qui nous reviennent de droit ?
03:52Pas toutes, sûres, non. Il faut bien composer, accommodaires, si.
03:56Mais vous obtenez le Roussillon, la Cerdagne.
04:00Ces belles provinces sont désormais à vous.
04:03Au nord, on nous concède de l'Artois et quelques places fortes de Flandre et de Luxembourg,
04:07parmi lesquelles Thionville...
04:09Mon fils !
04:09...fort utile pour protéger Paris.
04:11Oh, que disgrange !
04:13Vous m'appelez, ma mère ?
04:15N'est-ce pas du traité avec l'Espagne que le cardinal vous entretient ?
04:18Et si, ma mère, et j'espère qu'il n'en a pas pour trop longtemps.
04:21J'aimerais ne pas tarder à commencer le bal.
04:23Veuillez m'excuser.
04:25Alors, monsieur l'ambassadeur, comment trouvez-vous notre spectacle ?
04:28C'est fort, fort divertissant, votre majesté.
04:31On aimerait souvent en voir des semblables. C'est magnifique.
04:34Vous en verrez, mon ami, vous en verrez.
04:36Monsieur Molière, ne vous éloignez pas, je voudrais vous dire encore quelques mots.
04:39Sire, si nous pouvions nous isoler un instant.
04:42J'arrive, monsieur le cardinal.
04:45Sire, vous avez déjà votre cours autour de vous ?
04:48À votre majesté, que ce titre sonne doux à mes oreilles, je n'ose encore y croire.
04:53Croyez-vous vraiment que le général Monck va me rendre le trône de mon père ?
04:56Que Cromwell a si indignement...
04:58Cromwell est mort, mon cousin, son fils vient d'abdiquer.
05:00Le général Monck est loyal.
05:02Dès que le parlement sera élu, on vous appellera à Londres.
05:04Vous y recevrez un accueil triomphal.
05:07Longue vie, long règne à Charles II.
05:08Je vous entends, sire. L'exil est lourd.
05:10Puissais-je, une fois l'Angleterre retrouvée, ne plus jamais recommencer les voyages ?
05:15Allons donc.
05:16Sire, je vous en prie.
05:19Venez ça, monsieur le cardinal, et racontez-moi tout.
05:23Je vous écoute attentivement.
05:24Eh bien, sire, je crois pouvoir désormais le dire entre nous.
05:29Ce traité des Pyrénées consacre vraiment le triomphe de la Maison de France sur les Habsbourgs d'Espagne.
05:35Vous le pensez vraiment, monsieur le cardinal ?
05:37D'honneur, sire, je le crois, la vérité pourra.
05:39Et si vous le permettez, je vais reprendre mon exposé interrompue.
05:43Sur les parcelles rattachées à la couronne, ça me paraît bien négligeable encore, hélas.
05:48Peste, votre majesté.
05:50Paris ne s'est pas fait en un jour.
05:52Cela vous paraît peu.
05:53Vous voulez donc conquérir l'Europe, parole.
05:56Qui sait ?
05:57Modérer cette impatience à juvénile, sire.
06:00C'est de la paix que je vais vous parler maintenant.
06:03La pâche.
06:05Y a-t-il rien de plus beau ?
06:07L'équilibre européen est rétabli par l'abaissement des Habsbourgs.
06:12Nous sommes alliés à l'Angleterre.
06:14L'Italie est morcelée en décadence.
06:16L'Empire d'Allemagne n'est plus qu'un nom depuis le congrès de Westphalie.
06:20Et les bourgeois des Provinces-Unis, ils sont bien trop occupés à se libérer de leur presse.
06:25Il faut absolument que je fasse servir les rafraîchissements.
06:28Je manquerai tous mes devoirs.
06:29Un tout petit instant, je vous prie.
06:41Vous disiez donc, monsieur le cardinal,
06:43que j'ai maintenant à vous dire le plus important, sire.
06:47Il più importante.
06:50Je prie vous donner l'assurance que votre union avec l'infante Marie-Thérèse, votre cousine, sera célébrée dans l
06:56'année qui vient.
06:58Monsieur le cardinal, que ne disiez-vous plus tôt, mais cela m'intéresse au plus haut point, voyons.
07:02Comment diable avez-vous pu obtenir cela de mon oncle, le roi Philippe ?
07:05Chut, sire.
07:08Cela doit encore rester secret.
07:09Quelque temps, il ne faut pas jeter l'effroi.
07:12Vous savez que l'Angleterre, notre allié dans cette guerre, risque de se méfier de cette nouvelle alliance.
07:17Quant à l'empereur d'Allemagne, Léopold, lui, il voudrait bien la main de Marie-Thérèse.
07:22Non, non, nous devons donc procéder doucement et habilement, en souplesse.
07:27Personne, pour l'instant, ne doit être mis au courant.
07:32D'autant plus que j'ai obtenu une dot d'importance, sire.
07:37500 000 écudors.
07:39500 000 écudors, paie, c'est une fortune.
07:43Et qu'avez-vous donné en échange ?
07:46L'assurance que l'enfante, par son mariage, renoncerait à ses droits à la succession d'Espagne.
07:53Si c'est cela, mon cher, il faudra qu'on ouverte jusqu'au dernier récu.
07:56C'est bien ainsi que je l'entends.
07:58Je puis voir ce contrat.
08:03Merci.
08:07Oh, parfait.
08:09Parfait, parfait.
08:12Tout cela me paraît fort bienvenu.
08:14Vous avez habilement manœuvré.
08:15Tellement habilement, sire, que je crains que les Espagnols n'aient des remords.
08:19Et je ne voudrais pas qu'ils puissent revenir sur leur décision.
08:22Comment le pourraient-ils ?
08:23Ce qui est signé est signé.
08:25Oui, mais rien n'est officiel encore.
08:27Et si le contrat venait à disparaître, ils pourraient fort bien renier leur engagement.
08:31Je préfère me méfier d'autant plus que...
08:33Allons, monsieur le cardinal.
08:35Je crois que vous vous faites des idées fausses.
08:37Laissez-moi se traiter.
08:38Je l'emporterai tout à l'heure dans ma chambre pour l'étudier plus à l'oisi.
08:40Ce n'est pas raisonnable, votre majesté.
08:43Perfavore.
08:44Vous feriez mieux de me le laisser.
08:46Je vous ai dit l'essentiel.
08:48Demain, si vous voulez, nous l'étudierons ensemble.
08:51Monsieur le cardinal, j'aimerais bien que vous l'aissiez m'occuper un peu, moi aussi, de mes affaires.
08:57Je vous sais gré d'être venu si vite au Louvre.
08:59Mais je pense que vous devez avoir besoin d'un repos bien mérité.
09:02Allons, laissez-moi se traiter.
09:03Je ne vous retiens pas.
09:05D'ailleurs, mes invités m'attendent pour commencer le bal.
09:08N'ayez aucun souci, rentrez en paix dans votre palais.
09:12Ce traité me tient à cœur autant, sinon plus qu'à vous, et je suis assez grand pour ne pas
09:15le perdre.
09:17Je l'enferme dans ce tiroir-là.
09:20Et dès que la réception sera terminée, je l'emporterai dans mes appartements.
09:23Je vous le rendrai plus tard.
09:24Mamma mia, dans ce tiroir.
09:27Eh oui, dans ce tiroir.
09:28Il ne va pas se sauver.
09:33Mes amis, amusons-nous.
09:36Le roi est de la meilleure humeur du monde ce soir.
09:39Mademoiselle de Beauvilliers, voulez-vous me faire l'honneur d'ouvrir le bal avec moi?
09:55Et pendant que le bal se poursuit dans le faste et dans la joie,
09:59le contrat secret caché dans le tiroir et dont son souci tant mazarin
10:04ne va pas manquer de susciter bien des convoitises.
10:08Et le lendemain matin, D'Artagnan se rend avec Portos
10:13à une convocation urgente du roi.
10:21Corneau bleu!
10:22Portos, mon ami!
10:24Je suis bien à ce que le roi me fasse convoquer ici ce matin.
10:27Dégure-toi qu'il m'arrive une aventure bien étrange.
10:29Et que l'on m'affirme que je me suis battu au préau clair il y a trois jours
10:32alors que ma bonne vieille rapière se rouille depuis un bon mois dans son fourreau.
10:36La gloire, mon cher D'Artagnan, peut provoquer ces sortes de méprises.
10:39Et ta réputation est telle que l'on te voit partout se donne de beaucoup.
10:43Mais l'ennui pour toi, c'est qu'on me voit un peu trop souvent en ce moment
10:45et pas toujours où il est bien séant de se trouver.
10:48Et au préau clair, passe encore, j'y suis offert.
10:51Mais l'on m'a vu aussi, mon cher, tituber ivre-mort dans les rues de Paris,
10:57battre des femmes du plat de mon épée,
11:00détrousser des passants, assommer le guet, piller des boutiques,
11:03et pas plus tard qu'avant-hier, assister et parler en maître à une réunion de truands.
11:07Et ton comportement, mon cher, ne m'a jamais surpris, en vérité,
11:10mais j'avoue pour ce coup que tu m'étonnes quelque peu.
11:13Je m'étonne moi-même, Porto.
11:15D'autant paraît-il que je m'applique chaque fois à crier très haut qui je suis.
11:19La modestie n'est pas ton fort, et j'avoue que...
11:21Oui, trêve de plaisanterie, Porto.
11:24Je voudrais bien connaître le nom de celui qui se permet de me jouer un tel tour,
11:26et je trouve que la farce a assez duré.
11:28J'ai l'intention d'en avertir le roi.
11:30Il est masséant de nos jours qu'un mauvais plaisant puisse se permettre d'usurper ainsi
11:34la personnalité d'un mousquetaire.
11:36Respectable.
11:37Et commettre impunément toutes sortes de mauvaises actions.
11:40Mais dans quel but, à ton avis ?
11:42Comment le saurais-je ?
11:43J'affaire un ennemi personnel, c'est un complot délibéré, une vengeance, je ne sais rien.
11:48Mais le fait est que je voudrais avoir le cœur net le plus tôt possible.
11:50Je compte sur ton aide, Porto, et sur celle d'Aramis pour régler avec moi cette question.
11:53Dès que j'aurai informé le roi, nous nous mettrons en chasse.
11:57Ah, si Athos n'était pas dans sa touraine,
12:00quel précieux conseil il me donnerait-il ?
12:02Mais pas en peine, mon chère d'Artagnan.
12:04Tu connais notre belle devise.
12:06Un pour tous, tous pour un.
12:07Un ou trois, nous tirerons vite cette affaire au clair.
12:12Monsieur de Beaujancy.
12:14Dites-moi, mon cher, comment est-ce donc arrivé ?
12:17La nouvelle, je l'avoue macable.
12:19Figurez-vous, Château-Gaillard, que j'avais précisément rendez-vous avec lui aujourd'hui même.
12:23Mais vous étiez son parent, monsieur de Ponsac.
12:25Vous avez-il fait part ?
12:27En aucun cas, mes amis.
12:29Je n'en sais qu'à plus vous, l'affaire s'est déroulée très vite.
12:32Il a dû rencontrer d'Artagnan au Léhouvre.
12:33Ils ont convenu d'une partie hier au soir
12:35et se sont rencontrés sur le tard à l'hôtellerie du roi couronné.
12:39Là, des amis m'ont dit qu'il s'est joué au dé une partie d'enfer.
12:41Mon cousin s'est ruiné proprement.
12:44Et rentré chez lui à l'aube, il s'est fait sauter la cervelle.
12:46Mais n'a-t-il rien laissé ?
12:47Pas un mot, pas une lettre ?
12:49Mais s'y fait, mon cher s'y fait.
12:50Dans sa lettre, il accuse nommément d'Artagnan
12:52de l'avoir déshonorée et acculée au suicide
12:54en trichant au jeu.
12:55J'ai cette lettre dans mon pourpoint et me propose de la montrer au roi.
12:58Le sang de mon cousin crie vengeance.
13:00Je connais de vue ce d'Artagnan.
13:02Son attitude est bizarre depuis quelque temps
13:04et il court sur lui de fâcheux bruit.
13:05L'indignité de ce mousquetaire dépasse mon entendement, je vous l'avoue.
13:10Mais n'est-ce pas lui que j'aperçois ?
13:12Monsieur d'Artagnan !
13:14Monsieur, qu'y a-t-il pour votre service ?
13:16Prenez-nous votre justice, monsieur.
13:19Allons, monsieur en garde !
13:20Messieurs, je vous en prie !
13:23Eh bien, monsieur !
13:24Mais Portos, ils sont trois, j'en prends deux !
13:26Eh bien, je prends deux liens !
13:27Un pour tous, Portos !
13:29Deux pour un !
13:30Quatre, monsieur !
13:38Bon, dé-coudre !
13:41Quatre, très bon !
13:43Et ainsi !
13:45Allons, messieurs !
13:47Et là, messieurs !
13:49Et là, que se passe-t-il ?
13:51Oubliez-vous que vous êtes chez le roi !
13:57Quelle diable d'aventure est-ce-là ?
13:58Vous semblez tous être fort échauffés.
14:01Vous, Beaujancy, et vous, d'Artagnan, mon plus fidèle mousquetaire.
14:04Allons, Beaujancy, expliquez-vous les raisons de cette estocade.
14:08Un de nos amis, monsieur Lermenot, s'est tué cette nuit par la faute de votre capitaine, sire.
14:12Et nous réclamions vengeance !
14:13Lermenot s'est tué à cause de d'Artagnan ?
14:16Ils ont joué au dé à l'otérie du roi Cournay cette nuit, sire.
14:18D'Artagnan a triché.
14:20Lermenot s'est ruiné, il est mort.
14:21Nous voulons punir le coupable.
14:23Mais, D'Artagnan, expliquez-vous donc, lieu de vous laisser accuser.
14:26Ça semble curieux.
14:27N'étiez-vous pas de garde au Louvre, cette nuit ?
14:29Sire, je ne comprends rien à cette affaire.
14:33J'étais de service au Louvre avec toute ma compagnie, toute la nuit.
14:35Des dizaines de personnes peuvent attester que je n'ai pas quitté le palais.
14:39Enfin, monsieur, comment voulez-vous que j'ai ruiné monsieur Delermenot, que je ne connaissais guère ?
14:42Moi qui, de plus, ne joue jamais.
14:45Non, la vérité, sire, c'est qu'un individu infâme se fait passer pour moi depuis quelque temps et me
14:50couvre de honte.
14:51Cette situation devient intolérable.
14:54Messieurs, croyez bien que je suis au regret.
14:59Je réponds, messieurs, de D'Artagnan comme de moi-même.
15:02Dix ans de bons et loyaux services sont la haute preuve de son honnêteté et de sa valeur.
15:06Il va de soi que je lui donne ordre de nous amener au plus tôt cet individu qui a tenté
15:10de déshonorer.
15:11Justice sera rendue, je vous le promets.
15:14Veuillez transmettre, je vous prie, mes condoléances à la famille de monsieur Delermenot.
15:19Messieurs, je ne vous retiens pas.
15:22Vous pouvez vous retirer aussi, monsieur de Portos.
15:24Je suis heureux que vous ayez été là.
15:26Non, pas vous, D'Artagnan.
15:27Un moment, je vous prie, j'ai à vous entretenir d'une affaire qui me tient à cœur.
15:32En vérité, mon ami, je suis dans le plus grand embarras du monde.
15:35Il se passe de bien étranges choses et l'histoire qui vous arrive n'est pas banale.
15:38Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave, et j'ai un besoin urgent de vous.
15:42Bien sûr.
15:44Vous savez que j'ai reçu hier soir un certain nombre d'invités en l'honneur de mon cousin d
15:47'Angleterre qui s'apprête à nous quitter.
15:49Le cardinal, arrivé impromptu, m'a rendu compte en début de soirée des tractations qu'il avait menées en Gascogne
15:54avec les Espagnols
15:55et m'a laissé un traité que je voulais étudier plus en détail dans la nuit.
15:58J'ai enfermé provisoirement ce traité-là, dans ce tiroir à clé, et qu'en trois heures plus tard, je
16:03voulais le reprendre,
16:04il ne s'y trouvait plus, disparu, envolé, volatilisé.
16:07Ah, c'est trop fort. Le diable m'emporte.
16:10Il y avait donc des voleurs ici ? C'est à peine croyable, sire.
16:14Des espions, vous voulez dire, des espions ?
16:17Il est certain que j'ai été un peu léger de ne pas tenir à ses comptes des avertissements répétés
16:20de Mazarin.
16:21Et qui diable aurait pu penser ?
16:23Oh, j'enrage.
16:24Je n'ai pas dormi de la nuit.
16:26Quelle tête va faire le cardinal quand il se rend ?
16:28D'Artagnan, il faut que vous me retrouviez ce traité.
16:30Il le faut absolument avant que je ne sois obligé d'informer le cardinal de sa disparition.
16:35Mais ce traité, sire, qui donc, à votre avis, aurait intérêt à le dérober ?
16:41Mais les Espagnols, pardis.
16:44Mazarin m'avait prévenu, je n'ai pas voulu y croire.
16:47Mais comment a-t-on pu faire ?
16:48La serrure n'a pas été forcée, il n'y a que moi qui ai la clé.
16:51C'est un de vos invités qui l'a pris, cela est sûr.
16:54Charles Stuart, le cardinal, ma mère et ses dames,
17:02Fileroy, Beauvilliers, des courtisans, je ne sais plus, moi.
17:06Ah, donc, Ruy Gomez aussi, l'ambassadeur d'Espagne.
17:09Pour moi, c'est celui-là le coupable.
17:10D'Artagnan, il faut que vous me retrouviez ce traité.
17:12Il le faut absolument et toutes affaires cessantes.
17:14Vos ennuis personnels, vous les réglerez après.
17:16Raison d'état.
17:17Bien, sire.
17:19Allez, d'Artagnan, voyez l'ambassadeur.
17:20Mais attention, le cardinal ne doit se douter de rien.
17:23Vous devez me retrouver le document avant qu'il me le récrame.
17:26Dès que vous saurez quelque chose, prévenez-moi.
17:28Mais, par Dieu, faites vite.
17:30Que vais-je dire quand je le reverrai ?
17:32Bien, sire, je tâcherai de faire pour le mieux.
17:35Bonne chance, capitaine.
17:37Je mets en vous toute ma confiance et mon espoir.
17:46Ange !
17:47Par la sable !
17:48Corne du diable !
17:49La peste soit du facard !
17:51La mort étouffe le chien !
17:52Vous êtes bien pressé, monsieur !
17:54Rappelez-vous, monsieur.
17:55Vous entrez bien un peu vite, monsieur !
17:56Sortez pas lentement, monsieur.
17:58On pourrait présenter des excuses, au moins, monsieur !
18:00J'attends les vôtres, monsieur.
18:01Moi, connais-je le temps !
18:02À votre gré, monsieur ?
18:05Je vous retrouverai, monsieur.
18:06Je le souhaite fort, monsieur.
18:07Vous n'y perdrez rien, monsieur.
18:08Ni vous non plus, monsieur.
18:12Adieu, monsieur.
18:14Adieu, monsieur.
18:22Chien de D'Artagnan, faut-il donc toujours que je te trouve sur mon chemin ?
18:25Je n'ai pas oublié ce que tu m'as fait à Bordeaux il y a quelques années.
18:28Ma mémoire est bonne et je me vengerai, chien.
18:33Je me vengerai !
18:34Monsieur Blas de Moguerre, monsieur Blas de Moguerre, venez par ici.
18:37Venez vite, je vous prie.
18:39Je crains que nous n'arrivions un peu tard, mais tout espoir n'est pas perdu.
18:42Je viens de voir passer le roi, il ne semblait pas avoir le document.
18:46Madame, je suis venue dès votre appel.
18:47Vous savez qu'il n'est pas facile de pénétrer au Louvre.
18:49Pourquoi m'avoir donné rendez-vous ici ?
18:51Il fallait que je vous voie très vite, monsieur de Moguerre.
18:54Hier soir, il s'est passé quelque chose d'important à la réception.
18:57Le cardinal a apporté au roi le traité.
19:00Celui-ci l'a gardé, il l'a enfermé dans ce secrétaire, il ne l'a pas repris.
19:03Je l'ai vu en fin de soirée ouvrir le tiroir, mais il n'en a rien sorti.
19:06Peut-être avons-nous encore une chance.
19:08Pourquoi ne vous êtes-vous pas emparé du traité dans la soirée, madame ?
19:10Il y avait foule à la réception, figurez-vous.
19:12Et cette nuit, madame ?
19:13La nuit, monsieur, les salles sont gardées.
19:16Et l'on eut sans doute trouvé étrange de m'y voir promener.
19:18De plus, ce tiroir est fermé à clé, comment vouliez-vous que je l'ouvre ?
19:21En forçant la serrure, madame ?
19:22Une plaisante tâche féminine, en vérité.
19:26C'est justement pour cela que je vous ai convoquée.
19:29Allez, monsieur de Moguerre, trêve de discours, faites-le vous-même, forcez ce tiroir,
19:32le document doit s'y trouver encore.
19:34En plein jour, madame.
19:35Moi que les espions du cardinal connaissent pour être à la seule droite d'Espagne.
19:38Si je suis pris, le risque est grand.
19:43L'enjeu est trop important, nous n'avons pas le choix.
19:46Croyez-vous donc que je ne risque rien moi-même ?
19:48Depuis que le ministre Don Louis de Haro m'emploie, je suis...
19:52À propos, pourquoi donc vous obstinez-vous à vous faire passer à vos moments perdus pour le chevalier d'Artagnan
19:57?
19:58Don Louis trouve ce jeu fort dangereux.
20:01Et il m'a cherché...
20:01J'ai mes raisons, madame.
20:03J'ai un vieux compte à régler avec d'Artagnan.
20:07Et l'affaire qui m'amène ici me donne enfin l'occasion.
20:13Vide.
20:14Vide.
20:15Si c'est un piège, vous m'en rendrez raison, madame.
20:17Mais taisez-vous, imbécile, nous arrivons trop tard, voilà tout.
20:20J'ai trop d'intérêt, moi aussi, à servir l'Espagne.
20:22Vous voyez bien que rien ne s'est passé.
20:26Allez, disparaissez discrètement.
20:28Rendez-vous ce soir comme convenu chez l'ambassadeur.
20:38Tiens, tiens, tiens, tiens, tiens, tiens, tiens, comme j'ai bien fait de venir rechercher mon gant.
20:51Tiens, tiens, tiens, tiens, tiens.
21:21Tiens, tiens, tiens, tiens, tiens, tiens.
21:35Ah !
21:53Attends, madame, il va falloir vous expliquer.
21:56Quel est ce bruit ?
21:58D'Artagnan, encore vous ici ?
22:01Et vous, mademoiselle de Beauvilliers, que faites-vous d'Océan ?
22:03Sire, je viens de surprendre madame avec son complice.
22:07Un grand escogriffe qui a réussi à m'échapper devant le tiroir de votre bureau qu'ils avaient forcé.
22:11Et sans doute ont-ils été bien déçus de n'y rien trouver.
22:14Mademoiselle de Beauvilliers, vous, vous, dites le nom de l'homme, je veux des aveux complets, sinon mon chantiment sera
22:20terrible.
22:21Sire, pardon, sire, je n'ai rien fait de mal, je vous assure.
22:24Tentative de vol, avec effraction et chez le roi encore, c'est un crime de laisse-majesté, madame.
22:30Sire, je supplie humblement votre majesté de bien...
22:32Debout !
22:33Et pas de comédie.
22:35La vérité avant tout, c'est ce que je vous demande.
22:37Je veux savoir et ne me cacher rien.
22:40Sire, je ne peux pas.
22:42Il y va de l'honneur.
22:43C'est bon.
22:45D'Artagnan, vous allez m'emmener cette femme au châtelet et prévenir le cardinal.
22:49Sa justice est assez expéditive en ces sortes d'affaires.
22:51Et une fois sous six pieds de terre, mademoiselle de Beauvilliers n'aura plus rien à dire, assurément.
22:56Arrêtez, sire, ayez pitié.
22:57Je n'ai rien fait de mal, vous le voyez bien, le tiroir était vide.
23:00M'allez-vous donc livrer au cardinal pour si peu ?
23:02L'intention vaut l'action, madame.
23:04Et vous savez comment se traitent les espions.
23:07Pardon, sire.
23:08Je vais tout vous dire.
23:11J'ai des obligations auvers Don Luis de Haro, le ministre du roi d'Espagne.
23:15Mon père lui a signé de grosses reconnaissances de dette.
23:18Don Luis s'est engagé à me les rendre contre de menus services.
23:21Au début, il ne s'agissait que de lui écrire ce qui se passait à la cour.
23:23Et puis, peu à peu, ces lettres sont devenues comme des rapports.
23:27L'ambassadeur Don Luis Gomez s'est mis à me dicter de plus en plus ce que je devais faire.
23:30Et hier soir, il m'ordonnait péremptoirement de m'emparer de ce traité que le cardinal vous avait remis.
23:36Et que vous aviez glissé dans le secrétaire.
23:38Comme je ne le voulais pas, il m'a dit que c'était la dernière chose que l'on me
23:41demanderait.
23:42Pourvu que je l'amène à bonne fin.
23:44Et ensuite ?
23:46Je n'ai pas voulu commettre le vol moi-même, sire.
23:49J'ai appelé un homme.
23:51Un espion espagnol arrivé à Paris depuis peu,
23:53qui m'avait déjà proposé ses services et que j'avais rencontré chez l'ambassadeur.
23:57Son nom, madame ?
23:59Blas de Moguerre.
24:01C'est lui qui se fait passer pour vous, monsieur d'Artagnan.
24:03Je ne sais trop à quelle fin.
24:04Corne du diable !
24:05Est-il possible que c'était mon nom...
24:07Attendez, d'Artagnan !
24:08Pour l'instant, vous allez m'emmener cette femme au châtelet.
24:11Arrêtez, sire, je vous en suppliez, y ait pitié, je ne le ferai plus.
24:13Je ne veux plus me mêler des affaires d'État.
24:15Exilez-moi.
24:16Je rentrerai dans mes terres et je vous promets que vous n'entendrez plus jamais parler de moi.
24:20Pas si vite, madame.
24:22Je crois que je vais avoir encore besoin de vous et j'userai de clémence à votre égard.
24:26Mais il va falloir me béir aveuglément.
24:29Ce document, dont vous ignorez tout, semble-t-il,
24:32vous dites bien qu'il ne se trouvait pas dans le tiroir lorsque Blas de Moguerre et vous l'avez
24:35forcé.
24:36Il est donc entre les mains de qui, selon vous ?
24:38Quand a-t-il pu disparaître ?
24:40Il n'a pas pu disparaître.
24:42Promets, sire, vous vous moquez, bien sûr, c'est vous qui l'avez.
24:45Le cardinal vous le remit hier soir.
24:47Entre les mains de qui voulez-vous qu'il soit, puisqu'il n'est pas entre les siennes,
24:50et que vous seuls possédez la clé.
24:54Son éminence, le cardinal de Mazarin.
25:13Mon Seigneur, le du Capitaine, a pris comme il en a le droit.
25:20Les cadets et les capitaines, de Gaspard et puis de Nuyen.
25:28Ils sont partis, c'est lui le roi.
25:33Ils sont partis, c'est lui le roi.
25:36J'ai vu passer les heures du flamme, sur les chemins de la cante au bord.
25:45Par violets de mille et de larmes, il s'en est tous ses ordres d'armes.
25:52Ta-da!
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