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  • il y a 16 heures
Ce mercredi 22 avril, Zakaria Darouich, head of Fixed Income Solutions chez CPR AM, s'est penché sur le grand écart entre le marché obligataire et le marché actions, les "BIFS" remplaçant les "PIIGS" concernant les finances publiques, ainsi que Kevin Warsh prônant l'indépendance de la FED, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00D'abord, oh, 15h47, il vient d'enjoindre, Zakaria Darwish.
00:04Bonjour Zakaria, on est ravis de vous retrouver là.
00:07CPR, Asset Management, vous allez rendre votre verdict face au marché, face aux grands enjeux géopolitiques.
00:11Ce verdict que vous allez rendre, ce moment que vous allez nous faire vivre, est-ce que vous l'assumez
00:15?
00:15Je l'assume.
00:17On vous écoute.
00:19Alors, l'optimisme du marché à action n'a d'égal que le pessimisme du marché obligataire.
00:26L'optimisme des actions face auxquelles vous trouvez le marché obligataire, lui, beaucoup plus pessimiste.
00:31C'est vrai qu'il y a deux salles, deux ambiances, là, les actions en forme, les actions presque en
00:35paix,
00:35et le marché obligataire, comme le pétrole, toujours en guerre.
00:38Qui aura raison à la fin ?
00:39En fait, ça traduit deux dynamiques différentes et ça raconte à la limite deux histoires différentes.
00:44Aujourd'hui, on est à la croisée des chemins.
00:46Quand on regarde, on a un scénario de trêve, on a un scénario où on peut imaginer que les choses
00:52reviennent comme avant,
00:52que l'impact que l'on a vécu sur l'énergie n'est que transitoire, sans effet de second tour.
01:02Ça, c'est l'histoire que racontent les marchés actions, avec des hausses.
01:05Marché américain, plus 3 %, marché européen, plus 2 %.
01:08Record à Wall Street, c'est la fête.
01:09C'est la fête.
01:10Les marchés japonais, le Brésil à plus 20 %.
01:15Et à côté de ça, vous avez le marché obligataire qui, lui, est très inquiet par rapport au chemin que
01:23peut avoir l'inflation
01:24et la réaction des banques centrales, où on voit des précines de marché, une action de la BCE de 2
01:29à 3 fois sur l'horizon d'un an.
01:322 à 3 hausses de taux cette année.
01:33Voilà, tout à fait, 2 hausses et demie.
01:36Le marché, la banque d'Angleterre a plus d'une hausse et demie, là où on attendait 3 baisses.
01:42Le marché américain, de façon un peu plus contrastée, mais sans action des banques centrales.
01:48On peut traduire cela, une chose qui peut être importante, c'est l'épisode 2022, finalement.
01:53C'est-à-dire, là, on a tiré à bouler sur les banquiers centraux en disant qu'ils étaient en
01:59retard,
01:59qu'ils nous ont vendu une histoire d'inflation transitoire.
02:02Finalement, les banques centrales veulent montrer qu'ils sont là, qu'ils sont à la manœuvre,
02:06avant même que cette inflation ne se matérialise dans les chiffres,
02:09veulent montrer qu'ils sont proactifs par rapport à cela.
02:12Et c'est peut-être cette histoire-là que nous raconte le marché obligatoire.
02:14Vous, vous adhérez à l'idée que, oui, la BCE devrait relever ses taux de 2 fois, 2 voire 3
02:19fois cette année.
02:20Vous adhérez à ça ou vous pensez que c'est un excès d'anticipation des marchés ?
02:23Alors, on pense que la BCE, telle que la posture qu'elle a prise et les scénarios qu'elle nous
02:27a présentés,
02:28intègre peu ou prou une hausse de taux, même dans son scénario central.
02:33Donc, on peut imaginer une réaction, on va dire, si on n'a pas de résolution d'ici la fameuse
02:39réunion de juin.
02:40Je pense que la BCE a commencé à préparer le marché comme quoi il ne ferait rien en avril.
02:44Mais en juin, si on n'a pas de bonnes nouvelles, on peut s'attendre à ce que la BCE
02:49fasse sa première hausse.
02:50Après, le chemin de la suite, et là, je vais peut-être répéter ce que beaucoup de gens répètent sur
02:54beaucoup de francs,
02:55sur toutes les classes d'actifs, ça va vraiment beaucoup dépendre de la durée du conflit.
03:00Alors voilà, la durée du conflit, imaginons ce conflit perdure.
03:03Pour l'instant, on est assez étonné par la résilience de l'économie américaine, mais aussi européenne quand même,
03:07même si les gouvernements doivent multiplier les aides, une forme de résilience qu'on sent,
03:10il n'y a pas d'effondrement loin de là.
03:12Est-ce que vous pensez que ça peut tenir, nos économies peuvent tenir, même si ce conflit perdurait, voire s
03:16'éterniser ?
03:17Non, clairement pas.
03:18Et surtout pas, et c'est peut-être là où on voit un peu cette dichotomie entre les marchés américains
03:23et européens.
03:24On voit aujourd'hui que les marchés européens baissent, les marchés américains sont dans le vert.
03:28C'est peut-être qu'en fait, on commence à faire la distinction entre les marchés et les économies qui
03:32vont souffrir plus dans un épisode.
03:34D'ailleurs, on a eu deux révisions de croissance à la baisse de la part de l'Italie 0,6
03:39% pour cette année,
03:40et l'Allemagne n'attend plus que 0,5% de croissance quand elle attendait 1%.
03:44Donc ça veut dire que l'Europe, encore une fois, va être frappée par cette crise à cause notamment de
03:48sa dépendance à l'énergie.
03:50La France devrait rester autour de 1%.
03:52Ça devrait dire que finalement, mis à part l'Espagne, qui devrait être là aussi encore plus forte,
03:56mais des trois pays, en tout cas France, Allemagne, Italie, on devrait être le plus fort ?
04:02Alors en fait, il y a quelque chose qui joue pour nous sur cet épisode-là, c'est les centrales
04:07nucléaires.
04:08En 2022, il y avait ce fameux problème de corrosion, où une bonne partie du parc français était vraiment dans
04:14des situations critiques.
04:15Aujourd'hui, on a de l'électricité à bon marché, mais il y a quand même, c'est très intéressant,
04:21la révision de la croissance allemande qui a été faite sur l'année en cours et sur l'année prochaine.
04:26Et quand on regarde les éléments qui poussent à cette révision, il y a ce côté prix de l'énergie,
04:33mais il y a aussi l'impact sur la demande mondiale, sur la demande globale,
04:37qui viendrait de l'incertitude sur le Moyen-Orient.
04:40C'est-à-dire que quand vous êtes consommateur, vous voyez que les prix commencent à augmenter,
04:43peut-être que vos salaires ne suivent pas encore, vous êtes dans un mode précautionneux,
04:48donc il y a moins de demandes, et ça se traduit par une croissance plus faible.
04:51Un exportateur comme l'Allemagne en souffre bien sûr, et l'énergie aussi.
04:54Alors ça n'échappe pas à la Russie.
04:56Alors qu'on est en pleine crise énergétique, figurez-vous qu'on a appris aujourd'hui
04:59que Moscou allait cesser de livrer du pétrole kazakh à l'Allemagne.
05:03Une des plus grandes raffineries allemandes est située dans l'est de l'Allemagne,
05:06et cette raffinerie était alimentée en pétrole, non pas russe, ça interdit désormais,
05:10du pétrole kazakh, mais qui cheminait par la Russie.
05:12La Russie a annoncé que ce chemin-là serait fermé pour l'Allemagne.
05:16En pleine crise énergétique, voilà l'annonce et le choix de la Russie.
05:19On voit ici qu'il y a quelques jeux de géopolitique,
05:22et sur lesquels malheureusement l'Europe aujourd'hui,
05:24on voit par exemple que l'Europe n'est pas à la table des négociations
05:28directement sur le sujet du détroit d'Hormuz,
05:30alors que c'est l'une des zones économiquement
05:33qui sont le plus impactées par cela,
05:35et peut-être que ça pousse à la réflexion
05:38d'une prise en compte de ces éléments
05:44qui sont aujourd'hui exogènes et subis par l'Europe
05:46dans le chemin de sa croissance.
05:48Oui, et l'Europe endettée, alors pas tous les pays,
05:51mais la France notamment,
05:53le Royaume-Uni, on n'oublie pas bien sûr,
05:55et l'Italie, d'ailleurs il y a ce nouvel acronyme,
05:56vous l'avez vu passer, c'était il y a quelques jours,
05:58on connaissait les PIGS à l'époque de la crise des dettes en zone euro,
06:00les PIGS, Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne, très bien.
06:04Aujourd'hui on parle des BIF, c'est le nouvel acronyme,
06:06les BIF c'est qui ? C'est Britain, Italy,
06:09et le F c'est qui ?
06:10Ça peut être qui le F ? Attendez, on cherche.
06:11Ah mais c'est la France, voilà, les BIF,
06:13c'est le nouvel acronyme trouvé par le Financial Times,
06:15voilà, les trois pays aux dettes pourris d'après le FT,
06:17la France, l'Italie et le Royaume-Uni.
06:18Alors, dettes pourris, je pense que le terme est très très fort,
06:21et peut-être un peu exagéré,
06:23mais le Financial Times, on sait qu'ils ne nous aiment pas trop,
06:27mais en fait ce qu'on voit sur cette séquence,
06:29et justement aussi je refais le parler avec 2022,
06:31c'est que là où avant en fait on avait un quoi qu'il en coûte
06:35qu'on a vécu justement aussi pendant la crise du Covid,
06:39aujourd'hui on voit des mesures qui sont beaucoup plus ciblées
06:41par rapport aux aides qui se profilent par rapport à la crise actuelle.
06:49Les gouvernements sont là, il y a du soutien,
06:51mais ce soutien il se fait au compte-gouttes,
06:53on voit que notamment l'Italie annonce pour deux semaines
06:55de baisse des taxes sur le carburant,
06:58et puis il reprolonge de deux ou trois semaines.
07:00On est très précautionneux par rapport à cela,
07:02parce qu'on voit que les marchés sont très sensibles
07:05à toute annonce du hausse de déficit.
07:08Effectivement, et en plus dans ce contexte,
07:09la Fed va changer de président, a priori le mois prochain,
07:11Kevin Walsh devrait succéder à Jérôme Powell,
07:13il s'est exprimé hier, Kevin Walsh,
07:14audition devant le Sénat américain,
07:16il jouait gros, il devait rassurer sur l'indépendance future de la Fed,
07:19et puis peut-être ouvrir des perspectives sur ce que sera
07:21l'architecture, l'architecture vraiment,
07:23l'ossature de sa politique monétaire.
07:26Est-ce que vous l'avez trouvé finalement convaincant ?
07:29Oui, convaincant sur quelques éléments,
07:31on reproche beaucoup aux États-Unis,
07:34les statistiques notamment qui prennent en compte
07:37un échantillon très restreint,
07:40et peut-être pas parfois représentatif,
07:42et c'est quelque chose qu'il a beaucoup souligné
07:43sur le fait qu'il voudrait revoir ce schéma-là.
07:47Après, je pense qu'il était aussi un peu en campagne
07:50pour essayer de convaincre, donc il a essayé de convaincre
07:52peut-être le clan démocrate rassuré
07:54sur le fait que l'indépendance de la Fed,
07:57mais en même temps, il a un peu tapé quelque part
07:59sur la Fed actuelle,
08:01en disant que finalement,
08:03l'inflation qu'on vit aujourd'hui,
08:05ce sont les résidus de l'épisode passé
08:08qui auraient été mal gérés.
08:10Donc on voit que c'est peut-être aussi,
08:12c'est plus, on va dire,
08:14de la communication,
08:16et on attend à voir un peu plus de...
08:18Il ne s'est pas engagé sur des baisses de taux,
08:20parce qu'il est très attendu là-dessus,
08:21c'est ce que lui demande Donald Trump,
08:22des baisses de taux,
08:22il ne s'est pas engagé là-dessus,
08:23mais il a fait un lien,
08:24établi un lien entre bilan de la Fed
08:27et trajectoire monétaire,
08:28trajectoire des taux,
08:29à ses yeux.
08:31Il pourrait, malgré les taux bas,
08:32ne pas y avoir d'inflation
08:33si parallèlement le bilan de la Fed
08:35est drastiquement réduit.
08:36Et donc à ses yeux,
08:37il ne l'a pas dit aussi explicitement,
08:38mais on le sentait,
08:39à ses yeux,
08:40des baisses de taux seront possibles
08:41si parallèlement la Fed reprend
08:43la réduction de son bilan.
08:44Réduire le bilan davantage
08:45pour pourquoi pas baisser les taux.
08:48Et dans ce cas-là,
08:49avec cet alliage-là,
08:50dans cette formule-là,
08:51on n'aurait pas de risque de retour d'inflation.
08:54Alors, il me semble que Kevin Warch
08:55est de l'école monétariste
08:58de Milton Friedman,
08:59je pense d'ailleurs qu'il l'a cité
09:01à son édition,
09:02donc je pense qu'il est pour une logique
09:04d'intervention la moins possible,
09:09on va dire, dans l'économie.
09:11Après, je pense que
09:13le côté inflation,
09:15on a vécu,
09:16sur la séquence qu'on a vécue
09:18depuis 2008,
09:19on a vu que
09:19les différents instruments
09:21qui sont venus enrichir
09:24le framework de politique monétaire
09:26ont été toujours utiles
09:28à une phase ou à une autre,
09:30soit d'un point de vue de marché,
09:31soit d'un point de vue économique.
09:32On n'est pas aussi sévère que lui
09:33sur le bilan de ses prédécesseurs.
09:34Merci Zakaria Darwish,
09:35avec nous aujourd'hui,
09:36CPR Asset Management.
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