00:00D'abord, oh, 15h47, il vient d'enjoindre, Zakaria Darwish.
00:04Bonjour Zakaria, on est ravis de vous retrouver là.
00:07CPR, Asset Management, vous allez rendre votre verdict face au marché, face aux grands enjeux géopolitiques.
00:11Ce verdict que vous allez rendre, ce moment que vous allez nous faire vivre, est-ce que vous l'assumez
00:15?
00:15Je l'assume.
00:17On vous écoute.
00:19Alors, l'optimisme du marché à action n'a d'égal que le pessimisme du marché obligataire.
00:26L'optimisme des actions face auxquelles vous trouvez le marché obligataire, lui, beaucoup plus pessimiste.
00:31C'est vrai qu'il y a deux salles, deux ambiances, là, les actions en forme, les actions presque en
00:35paix,
00:35et le marché obligataire, comme le pétrole, toujours en guerre.
00:38Qui aura raison à la fin ?
00:39En fait, ça traduit deux dynamiques différentes et ça raconte à la limite deux histoires différentes.
00:44Aujourd'hui, on est à la croisée des chemins.
00:46Quand on regarde, on a un scénario de trêve, on a un scénario où on peut imaginer que les choses
00:52reviennent comme avant,
00:52que l'impact que l'on a vécu sur l'énergie n'est que transitoire, sans effet de second tour.
01:02Ça, c'est l'histoire que racontent les marchés actions, avec des hausses.
01:05Marché américain, plus 3 %, marché européen, plus 2 %.
01:08Record à Wall Street, c'est la fête.
01:09C'est la fête.
01:10Les marchés japonais, le Brésil à plus 20 %.
01:15Et à côté de ça, vous avez le marché obligataire qui, lui, est très inquiet par rapport au chemin que
01:23peut avoir l'inflation
01:24et la réaction des banques centrales, où on voit des précines de marché, une action de la BCE de 2
01:29à 3 fois sur l'horizon d'un an.
01:322 à 3 hausses de taux cette année.
01:33Voilà, tout à fait, 2 hausses et demie.
01:36Le marché, la banque d'Angleterre a plus d'une hausse et demie, là où on attendait 3 baisses.
01:42Le marché américain, de façon un peu plus contrastée, mais sans action des banques centrales.
01:48On peut traduire cela, une chose qui peut être importante, c'est l'épisode 2022, finalement.
01:53C'est-à-dire, là, on a tiré à bouler sur les banquiers centraux en disant qu'ils étaient en
01:59retard,
01:59qu'ils nous ont vendu une histoire d'inflation transitoire.
02:02Finalement, les banques centrales veulent montrer qu'ils sont là, qu'ils sont à la manœuvre,
02:06avant même que cette inflation ne se matérialise dans les chiffres,
02:09veulent montrer qu'ils sont proactifs par rapport à cela.
02:12Et c'est peut-être cette histoire-là que nous raconte le marché obligatoire.
02:14Vous, vous adhérez à l'idée que, oui, la BCE devrait relever ses taux de 2 fois, 2 voire 3
02:19fois cette année.
02:20Vous adhérez à ça ou vous pensez que c'est un excès d'anticipation des marchés ?
02:23Alors, on pense que la BCE, telle que la posture qu'elle a prise et les scénarios qu'elle nous
02:27a présentés,
02:28intègre peu ou prou une hausse de taux, même dans son scénario central.
02:33Donc, on peut imaginer une réaction, on va dire, si on n'a pas de résolution d'ici la fameuse
02:39réunion de juin.
02:40Je pense que la BCE a commencé à préparer le marché comme quoi il ne ferait rien en avril.
02:44Mais en juin, si on n'a pas de bonnes nouvelles, on peut s'attendre à ce que la BCE
02:49fasse sa première hausse.
02:50Après, le chemin de la suite, et là, je vais peut-être répéter ce que beaucoup de gens répètent sur
02:54beaucoup de francs,
02:55sur toutes les classes d'actifs, ça va vraiment beaucoup dépendre de la durée du conflit.
03:00Alors voilà, la durée du conflit, imaginons ce conflit perdure.
03:03Pour l'instant, on est assez étonné par la résilience de l'économie américaine, mais aussi européenne quand même,
03:07même si les gouvernements doivent multiplier les aides, une forme de résilience qu'on sent,
03:10il n'y a pas d'effondrement loin de là.
03:12Est-ce que vous pensez que ça peut tenir, nos économies peuvent tenir, même si ce conflit perdurait, voire s
03:16'éterniser ?
03:17Non, clairement pas.
03:18Et surtout pas, et c'est peut-être là où on voit un peu cette dichotomie entre les marchés américains
03:23et européens.
03:24On voit aujourd'hui que les marchés européens baissent, les marchés américains sont dans le vert.
03:28C'est peut-être qu'en fait, on commence à faire la distinction entre les marchés et les économies qui
03:32vont souffrir plus dans un épisode.
03:34D'ailleurs, on a eu deux révisions de croissance à la baisse de la part de l'Italie 0,6
03:39% pour cette année,
03:40et l'Allemagne n'attend plus que 0,5% de croissance quand elle attendait 1%.
03:44Donc ça veut dire que l'Europe, encore une fois, va être frappée par cette crise à cause notamment de
03:48sa dépendance à l'énergie.
03:50La France devrait rester autour de 1%.
03:52Ça devrait dire que finalement, mis à part l'Espagne, qui devrait être là aussi encore plus forte,
03:56mais des trois pays, en tout cas France, Allemagne, Italie, on devrait être le plus fort ?
04:02Alors en fait, il y a quelque chose qui joue pour nous sur cet épisode-là, c'est les centrales
04:07nucléaires.
04:08En 2022, il y avait ce fameux problème de corrosion, où une bonne partie du parc français était vraiment dans
04:14des situations critiques.
04:15Aujourd'hui, on a de l'électricité à bon marché, mais il y a quand même, c'est très intéressant,
04:21la révision de la croissance allemande qui a été faite sur l'année en cours et sur l'année prochaine.
04:26Et quand on regarde les éléments qui poussent à cette révision, il y a ce côté prix de l'énergie,
04:33mais il y a aussi l'impact sur la demande mondiale, sur la demande globale,
04:37qui viendrait de l'incertitude sur le Moyen-Orient.
04:40C'est-à-dire que quand vous êtes consommateur, vous voyez que les prix commencent à augmenter,
04:43peut-être que vos salaires ne suivent pas encore, vous êtes dans un mode précautionneux,
04:48donc il y a moins de demandes, et ça se traduit par une croissance plus faible.
04:51Un exportateur comme l'Allemagne en souffre bien sûr, et l'énergie aussi.
04:54Alors ça n'échappe pas à la Russie.
04:56Alors qu'on est en pleine crise énergétique, figurez-vous qu'on a appris aujourd'hui
04:59que Moscou allait cesser de livrer du pétrole kazakh à l'Allemagne.
05:03Une des plus grandes raffineries allemandes est située dans l'est de l'Allemagne,
05:06et cette raffinerie était alimentée en pétrole, non pas russe, ça interdit désormais,
05:10du pétrole kazakh, mais qui cheminait par la Russie.
05:12La Russie a annoncé que ce chemin-là serait fermé pour l'Allemagne.
05:16En pleine crise énergétique, voilà l'annonce et le choix de la Russie.
05:19On voit ici qu'il y a quelques jeux de géopolitique,
05:22et sur lesquels malheureusement l'Europe aujourd'hui,
05:24on voit par exemple que l'Europe n'est pas à la table des négociations
05:28directement sur le sujet du détroit d'Hormuz,
05:30alors que c'est l'une des zones économiquement
05:33qui sont le plus impactées par cela,
05:35et peut-être que ça pousse à la réflexion
05:38d'une prise en compte de ces éléments
05:44qui sont aujourd'hui exogènes et subis par l'Europe
05:46dans le chemin de sa croissance.
05:48Oui, et l'Europe endettée, alors pas tous les pays,
05:51mais la France notamment,
05:53le Royaume-Uni, on n'oublie pas bien sûr,
05:55et l'Italie, d'ailleurs il y a ce nouvel acronyme,
05:56vous l'avez vu passer, c'était il y a quelques jours,
05:58on connaissait les PIGS à l'époque de la crise des dettes en zone euro,
06:00les PIGS, Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne, très bien.
06:04Aujourd'hui on parle des BIF, c'est le nouvel acronyme,
06:06les BIF c'est qui ? C'est Britain, Italy,
06:09et le F c'est qui ?
06:10Ça peut être qui le F ? Attendez, on cherche.
06:11Ah mais c'est la France, voilà, les BIF,
06:13c'est le nouvel acronyme trouvé par le Financial Times,
06:15voilà, les trois pays aux dettes pourris d'après le FT,
06:17la France, l'Italie et le Royaume-Uni.
06:18Alors, dettes pourris, je pense que le terme est très très fort,
06:21et peut-être un peu exagéré,
06:23mais le Financial Times, on sait qu'ils ne nous aiment pas trop,
06:27mais en fait ce qu'on voit sur cette séquence,
06:29et justement aussi je refais le parler avec 2022,
06:31c'est que là où avant en fait on avait un quoi qu'il en coûte
06:35qu'on a vécu justement aussi pendant la crise du Covid,
06:39aujourd'hui on voit des mesures qui sont beaucoup plus ciblées
06:41par rapport aux aides qui se profilent par rapport à la crise actuelle.
06:49Les gouvernements sont là, il y a du soutien,
06:51mais ce soutien il se fait au compte-gouttes,
06:53on voit que notamment l'Italie annonce pour deux semaines
06:55de baisse des taxes sur le carburant,
06:58et puis il reprolonge de deux ou trois semaines.
07:00On est très précautionneux par rapport à cela,
07:02parce qu'on voit que les marchés sont très sensibles
07:05à toute annonce du hausse de déficit.
07:08Effectivement, et en plus dans ce contexte,
07:09la Fed va changer de président, a priori le mois prochain,
07:11Kevin Walsh devrait succéder à Jérôme Powell,
07:13il s'est exprimé hier, Kevin Walsh,
07:14audition devant le Sénat américain,
07:16il jouait gros, il devait rassurer sur l'indépendance future de la Fed,
07:19et puis peut-être ouvrir des perspectives sur ce que sera
07:21l'architecture, l'architecture vraiment,
07:23l'ossature de sa politique monétaire.
07:26Est-ce que vous l'avez trouvé finalement convaincant ?
07:29Oui, convaincant sur quelques éléments,
07:31on reproche beaucoup aux États-Unis,
07:34les statistiques notamment qui prennent en compte
07:37un échantillon très restreint,
07:40et peut-être pas parfois représentatif,
07:42et c'est quelque chose qu'il a beaucoup souligné
07:43sur le fait qu'il voudrait revoir ce schéma-là.
07:47Après, je pense qu'il était aussi un peu en campagne
07:50pour essayer de convaincre, donc il a essayé de convaincre
07:52peut-être le clan démocrate rassuré
07:54sur le fait que l'indépendance de la Fed,
07:57mais en même temps, il a un peu tapé quelque part
07:59sur la Fed actuelle,
08:01en disant que finalement,
08:03l'inflation qu'on vit aujourd'hui,
08:05ce sont les résidus de l'épisode passé
08:08qui auraient été mal gérés.
08:10Donc on voit que c'est peut-être aussi,
08:12c'est plus, on va dire,
08:14de la communication,
08:16et on attend à voir un peu plus de...
08:18Il ne s'est pas engagé sur des baisses de taux,
08:20parce qu'il est très attendu là-dessus,
08:21c'est ce que lui demande Donald Trump,
08:22des baisses de taux,
08:22il ne s'est pas engagé là-dessus,
08:23mais il a fait un lien,
08:24établi un lien entre bilan de la Fed
08:27et trajectoire monétaire,
08:28trajectoire des taux,
08:29à ses yeux.
08:31Il pourrait, malgré les taux bas,
08:32ne pas y avoir d'inflation
08:33si parallèlement le bilan de la Fed
08:35est drastiquement réduit.
08:36Et donc à ses yeux,
08:37il ne l'a pas dit aussi explicitement,
08:38mais on le sentait,
08:39à ses yeux,
08:40des baisses de taux seront possibles
08:41si parallèlement la Fed reprend
08:43la réduction de son bilan.
08:44Réduire le bilan davantage
08:45pour pourquoi pas baisser les taux.
08:48Et dans ce cas-là,
08:49avec cet alliage-là,
08:50dans cette formule-là,
08:51on n'aurait pas de risque de retour d'inflation.
08:54Alors, il me semble que Kevin Warch
08:55est de l'école monétariste
08:58de Milton Friedman,
08:59je pense d'ailleurs qu'il l'a cité
09:01à son édition,
09:02donc je pense qu'il est pour une logique
09:04d'intervention la moins possible,
09:09on va dire, dans l'économie.
09:11Après, je pense que
09:13le côté inflation,
09:15on a vécu,
09:16sur la séquence qu'on a vécue
09:18depuis 2008,
09:19on a vu que
09:19les différents instruments
09:21qui sont venus enrichir
09:24le framework de politique monétaire
09:26ont été toujours utiles
09:28à une phase ou à une autre,
09:30soit d'un point de vue de marché,
09:31soit d'un point de vue économique.
09:32On n'est pas aussi sévère que lui
09:33sur le bilan de ses prédécesseurs.
09:34Merci Zakaria Darwish,
09:35avec nous aujourd'hui,
09:36CPR Asset Management.
Commentaires