00:0015h44, il nous rejoint Emry Didet. Bonjour Emry.
00:03Bonjour.
00:04Directeur de la gestion de Pergam, vous allez rendre votre verdict face au marché.
00:07Ce moment qu'on va vivre, ce verdict que vous allez rendre, est-ce que vous l'assumez ?
00:12Oui, je l'assume.
00:13On vous écoute.
00:14J'assume que l'euro qu'on connaît assez faible, assez fort actuellement,
00:19c'est pas une si mauvaise chose pour l'Europe et la France.
00:22Ah tiens !
00:25L'euro fort, l'euro qui monte face au dollar, vous dites que c'est pas une mauvaise chose pour l'Europe
00:29et c'est pas une mauvaise chose non plus pour la France.
00:31Vous préférez un euro fort qu'un euro faible, Antoine ?
00:35On n'est pas chez Trump ici.
00:37On aime une monnaie qui veut dire quelque chose, qui a un bon point d'équilibre et qui est robuste.
00:41Exactement, y avoir une monnaie robuste, c'est aussi un signe de bonne santé de l'économie intérieure,
00:46ça c'est quelque chose d'important.
00:47Et puis pour nos industries, et pour de nombreuses industries,
00:50on n'oublie pas qu'ils importent des matières premières
00:53et donc ils les importent forcément un tout petit peu moins cher quand l'euro est fort.
00:57Donc on met souvent en avant tout le côté exportateur, grande valeur exportatrice,
01:01mais il y a aussi tout un tissu économique qui profite d'un euro assez fort
01:05et on oublie souvent que la France est plus importateur que exportateur.
01:09Donc c'est là où aujourd'hui j'insiste un tout petit peu sur cette notion
01:14et j'insiste également sur le fait que les grandes entreprises souvent exportatrices
01:17ont aussi cette capacité à pouvoir produire à l'extérieur du pays.
01:21Et très souvent on voit qu'elles ont des usines dans d'autres pays
01:24où elles importent aussi des choses en dollars.
01:27Donc c'est là où finalement l'eurofort n'est pas une si mauvaise chose
01:32pour beaucoup d'entreprises, contrairement à ce qu'on lit très souvent.
01:36Même si le luxe dont on va parler, et Kering bien sûr sa publication dans un instant,
01:39et même si le luxe donc souffre de l'eurofort, même si l'aéronautique souffre de l'eurofort,
01:43il n'y a plus à y gagner dans cet eurofort qu'à y perdre, c'est votre regard.
01:45C'est ça, il y a certaines industries qui sont beaucoup plus touchées en effet,
01:48dont on parle souvent parce que c'est assez emblématique de parler du luxe ou de l'aéronautique.
01:52Donc c'est vrai qu'on les met tout le temps en avant quand on parle des monnaies aujourd'hui.
01:58Mais à côté de ça, n'oublions pas tout le reste des entreprises,
02:02et particulièrement également les petites entreprises parce qu'on les met rarement en avant.
02:08Et c'est un tissu industriel qui a plutôt tendance à bénéficier encore une fois d'un eurofort et d'un dollar plus faible.
02:14Donc pourvu que l'euro continue à monter, c'est ça l'idée ?
02:16En tout cas qu'il se stabilise déjà, ça sera déjà pas mal.
02:19Avec modération alors ?
02:21L'équilibre des monnaies, c'est jamais une mauvaise chose.
02:23Et là on a connu un épisode de forte hausse de l'euro et de baisse du dollar.
02:29On retrouve des zones d'équilibre qui sont entre 1,15 et 1,25 qui sont plutôt bonnes.
02:34Alors là on parle d'un râteau, entre 1,15 et 1,25, mais les parités d'échanges historiques, c'est autour d'1,18.
02:41Donc clairement on est plutôt autour d'une parité d'équilibre.
02:44Et pour ceux qui nous suivent et nous regardent comme ça,
02:46quelques idées de valeurs qui profitent particulièrement du niveau actuel de la récente dynamique de l'euro face au dollar ?
02:51Ça dépend si vous êtes haussier ou baissier à court terme.
02:53Evidemment, si vous êtes haussier sur le dollar, il faut rejouer les valeurs exportatrices.
02:58Si vous ne l'êtes pas, vous allez plutôt regarder les valeurs qui sont plus tournées vers la consommation intérieure.
03:03Vous allez regarder les infrastructures, vous allez regarder ce genre de sociétés qui sont moins touchées par la problématique de change.
03:10Kering, on y va dans Kering ?
03:12Incroyable quand même !
03:14Kering a publié « On n'attendait pas grand-chose » de l'année 2025, qui était une année de transition avec l'arrivée de Luca De Meo,
03:19mais qui n'avait pas encore, qui n'a toujours pas d'ailleurs annoncé son plan stratégique, ce sera en avril, donc il n'y avait pas grand-chose à en attendre.
03:24Le peu qu'il en ressort est vraiment applaudi, acheté par le marché.
03:27Kering gagne 10% en ce moment, de loin la plus forte hausse du CAC 40.
03:31Vous voyez beaucoup de signaux prometteurs pour la suite dans cette publication ?
03:34En tout cas, on voit que ce qu'il a annoncé est en train de se produire, ça c'est quelque chose d'important.
03:39On a des premiers signes d'amélioration, c'est-à-dire que la détérioration qu'on avait notamment sur Gucci, elle est moins forte que prévu.
03:46Donc ça c'est plutôt des signes relativement bons, que la dynamique en Asie est plutôt bien orientée,
03:51que le plan de désendettement du groupe prend place, donc on est plutôt rassuré.
03:56C'est plutôt une publication ce qu'on appelle rassurante.
03:58Alors quand vous avez des valorisations qui ont été quand même fortement abîmées, massacrées,
04:03pas forcément à juste titre, on est plutôt rassuré, et toute bonne nouvelle est bonne à prendre,
04:09et nous fait dire que nous on fait partie de ceux qui pensons que le luxe n'est pas du tout à jeter à la poubelle sur le long terme,
04:15mais au contraire profiter, toujours mettre un peu de valeur de luxe sur ces niveaux de valorisation,
04:21que ça soit Kering mais aussi LVMH ou Hermès.
04:23Mais clairement celle qui était le plus maltraitée ces dernières années, ça a toujours été Kering.
04:29Donc de voir qu'il y a un patron d'industrie qui arrive fort, puissant, on connaît ça renommé,
04:34qui arrive aujourd'hui avec beaucoup de choses à faire, et qu'il commence dès maintenant à nous donner des messages rassurants,
04:42c'est plutôt de bonne augure pour la suite, donc oui on est positif sur Kering.
04:46Des signes d'amélioration sur la fin d'année dernière pour Gucci, et malgré la chute des bénéfices quand même,
04:51sur 2025, Kering soigne ses investisseurs avec l'annonce d'un dividende ordinaire de 3 euros par action,
04:55et un dividende exceptionnel aussi d'un euro supplémentaire.
04:58Exactement, ça ne fait jamais de mal d'être rémunéré en tant qu'actionnaire,
05:01parce que quand on possède une action d'une entreprise, c'est bien de recevoir un dividende.
05:05Qui sera financé par la vente de Kering Beauté à L'Oréal.
05:08Il y a beaucoup de choses autour du désendettement du groupe, donc c'est important de voir que cette trajectoire
05:13qui était dans sa feuille de route, qui est dans sa feuille de route, prend forme et c'est en ça que c'est rassurant.
05:20C'est que ça fait partie des personnes qui s'attaquent à tous les problèmes. Il va attaquer sur toutes les marques du groupe pour améliorer les marges.
05:28Donc on voit qu'il prend vraiment le sujet, les sujets à bras-le-corps, et c'est ça qui est salué par le marché aujourd'hui.
05:3516 avril donc Kering, Lucademeo annoncera son plan stratégique qui devrait plus vendre du rêve mais de la discipline,
05:40et c'est là que le luxe chez Kering redeviendra sans doute une industrie, c'est le but.
05:43Ce plan stratégique qui sera présenté où ? À Florence, fief de Gucci, c'est tout un symbole.
05:48C'est tout un symbole et c'est ce qui nous fait penser que les sujets sont bien adressés,
05:54qu'on peut avoir de bonnes bonnes bonnes surprises.
05:58Encore une fois, ça fait partie de ces groupes industriels de référence qui avaient des bijoux à l'intérieur
06:05et qui méritent juste d'être bien façonnés et améliorés pour être bien vendus.
06:09Et alors c'est le roi du marketing aussi, Lucademeo, parce que la Renaudution c'est Lucademeo, c'est ça ?
06:15Oui, c'est ça.
06:16Pour Kering, ce sera le plan, enfin en tout cas c'est ce qui se dit beaucoup en interne, reconquering.
06:22Reconquering.
06:23C'est un beau jeune mot.
06:24C'est un beau jeune mot.
06:25C'est le roi du wording.
06:26On irait vers ça.
06:27Au niveau des agences de com, ils ne sont pas mauvais.
06:28Oui, ils ne sont pas mauvais.
06:29Ça circule en interne, je crois que ça n'a pas encore été officialisé.
06:31Voilà, on irait vers reconquering pour Kering.
06:33Il faudrait qu'ils nous inventent un nouveau Gucci.
06:35Ça ferait du bien.
06:36C'est clair.
06:37Mais bon, il faudra attendre le printemps, mais apparemment ils sont très ambitieux dessus.
06:42Alors, on parle disruption toujours.
06:44On a l'impression qu'une nouvelle IA présentait un nouveau secteur disrupté ces temps-ci.
06:50Il y a eu le juridique qui a vraiment pesé sur Capgemini l'autre fois.
06:57On a l'assurance aujourd'hui avec de nouvelles solutions IA qui pourraient supprimer certains pans entiers
07:04ou concurrencer les assureurs de manière de plus en plus pressurante.
07:10Et on a AXA qui perd 2,12%.
07:12Est-ce que vous n'avez pas l'impression que le marché cherche à se faire peur ?
07:15À chaque fois qu'il y a une nouvelle TIA qui sort, on dit « Oh là là, tel secteur va être disrupté.
07:20Téléperformance explose en vol de 25% un matin sous prétexte que Klarna n'a plus besoin de hotline. »
07:26Enfin bref, on a l'impression qu'on joue à se faire peur.
07:28C'est toujours la même chose sur les marchés.
07:30On prend un thème et on l'extrapole au maximum.
07:33On a eu le thème du .com, on a eu le thème de la crypto-monnaie,
07:37on a eu le thème de la blockchain, on a eu le thème des jeux vidéo à une époque.
07:40Maintenant, c'est le thème de l'IA et après, c'est industrie par industrie.
07:44On s'attaque à l'assurance.
07:46Il y a sûrement des pans de l'assurance qui vont évoluer dans le futur.
07:50Ça reste quand même des business extrêmement rentables.
07:53Vous le regardez, vous êtes assuré 10 fois sur votre responsabilité civile
07:56par 10 assureurs différents potentiellement.
07:58Donc, il y a des choses qui vont évoluer sur tous les secteurs évidemment,
08:02mais ça, ça fait partie de la vie des industries.
08:05Et là, c'est qu'on a une nouvelle plateforme basée sur l'IA qui s'appelle Insurify
08:11qui lance un outil de comparaison des assureurs pour souscrire directement chez le concurrent.
08:16C'est-à-dire que ça va vraiment faire une pression sur les marges des assureurs, ce genre d'outil.
08:19Ce n'est pas une disruption.
08:21On avait déjà des comparateurs d'assurance dans le passé.
08:23Donc, c'est là où le marché extrapole en disant, on va vous faciliter la démarche suivante
08:28qui consiste à appuyer sur le bouton pour souscrire un nouveau contrat.
08:31Donc, il n'y a pas de disruption pure au niveau de cette histoire.
08:35Mais encore une fois, ça fait partie des évolutions.
08:38Et actuellement, l'intelligence artificielle met l'accent sur certains sujets.
08:44Elle va faire obliger les groupes à évoluer et à évoluer sur leurs offres.
08:49J'ai tendance à dire tant mieux.
08:51Bon, le marché vend un peu le secteur de l'assurance, c'est vrai.
08:54AXA et l'antenne rouge du CAC, on n'est pas sur du moins 10%.
08:57On est sur du moins 2%.
08:58Ça reste très limité, effectivement.
09:00Et Allianz aussi qui recule de 2,5%.
09:02Comme vous dites, ça va.
09:03Ça va.
09:04On limite les dégâts.
09:05Est-ce que dans les magnifiques 7, dans les 7 magnifiques,
09:07avec ces montagnes d'investissements annoncées,
09:09le premier qui tombera réellement sera celui qui décidera de couper le premier,
09:13ces rachats d'actions ?
09:14Parce qu'avec ces montants absolument dingues d'investissements,
09:17ils ne pourront plus racheter leurs actions comme ils le faisaient par le passé.
09:19Est-ce que le premier qui annoncera moins de rachats d'actions sautera ?
09:22Sautera, je n'irai pas jusque là.
09:25Il va y avoir des remous, ça a déjà commencé.
09:28On voit l'évolution des Max 7.
09:30Ce n'est pas un long fleuve tranquille, surtout en ce moment,
09:32quand on voit les chiffres de Microsoft ou Amazon.
09:35On sent qu'il y a des gros sujets sur les montants, les CAPEX,
09:39les montants d'investissements liés à l'IA.
09:41Donc, c'est des sujets importants.
09:44Maintenant, c'est vraiment les leaders qui vont s'en sortir,
09:47et qui vont très très bien s'en sortir sur cette histoire-là,
09:50que sont alphabets, très clairement,
09:53parce qu'ils ont un moteur d'IA qui est l'un des plus robustes.
09:56Ça, c'est la première chose.
09:58Et la deuxième, ceux qui finiront de toute façon par s'en sortir,
10:01c'est ceux qui ont les données et les data centers.
10:03Donc, ils ont raison de se lancer comme ça,
10:05mais à corps perdu, duel à mort, quoi,
10:07dans les investissements par centaines de milliards.
10:10C'est un mal nécessaire.
10:11Encore une fois, c'est les grands qui s'en sortiront mieux.
10:14Amazon n'a pas racheté une seule de ses propres actions
10:17depuis le deuxième trimestre 2022, quand même, mine de rien.
10:19Ça fait quelques années déjà qu'ils n'achètent plus leurs propres actions.
10:21Alphabet a réduit l'an dernier de moitié ses rachats d'actions aussi.
10:24Donc, ça a commencé ce mouvement.
10:26Ça n'a pas empêché l'Alphabet de faire 65 % de hausse l'année dernière.
10:29Oui, c'est vrai.
10:30Tout à fait.
10:31Et puisqu'on est dans les rachats d'actions,
10:32est-ce qu'il faut attendre le même genre de mouvement dans le secteur de l'énergie ?
10:34Tout à l'heure, BP a annoncé couper ses rachats d'actions,
10:37pas son dividende, mais ses rachats d'actions.
10:38Demain, c'est Total Energy qui va annoncer ses résultats.
10:40On sait que les cours du pétrole plafonnent beaucoup en ce moment.
10:43Est-ce qu'on va vers moins de rachats d'actions dans l'énergie ?
10:45C'est difficile à dire de savoir si on va vers moins de rachats d'actions,
10:48mais en tout cas, c'est un secteur qui est compliqué
10:51parce qu'il évolue beaucoup avec la géopolitique comme soutien
10:54et plus le fondamental comme soutien.
10:56Et c'est ça qui devient compliqué dans ce secteur-là.
10:58Quand on voit qu'il y a plus de production, qu'il y a plus de pétrole sur le marché,
11:03c'est pas de nature à faire monter les cours du pétrole à moyen et long terme.
11:07Donc, à part la géopolitique et à court terme,
11:09on a eu l'Iran qui a fait monter les cours du pétrole.
11:11Sinon, les cours du pétrole ont plutôt tendance à être bas,
11:14donc c'est pas bon pour les valeurs pétrolières.
11:16Donc, qu'ils coupent leurs rachats d'actions,
11:18c'est aussi parce qu'ils sentent que l'activité principale
11:22est quand même pas forcément la hobo fixe
11:24et qu'il vaut peut-être mieux garder un petit peu de cash et de liquidité à court terme
11:28compte tenu des cours du pétrole.
11:30Et il vaut mieux garder la promesse du dividende
11:33que les rachats d'actions ne surtout pas vouloir garder les rachats d'actions
11:36pour risquer d'abîmer le dividende.
11:38Exactement, pas décevoir l'actionnaire.
11:40Les valeurs pétrolières tiennent beaucoup depuis des années
11:43parce que, typiquement Total, il y a 5,5% de rendement.
11:46C'est pas négligeable dans la capitalisation des résultats.
11:50Quand on possède une action, même si elle bouge pas beaucoup,
11:53d'avoir plus de 5% de rendement, ça se prend chaque année.
11:58C'est très important dans la croissance de son portefeuille.
12:00C'est demain matin, la publication de Total Energy.
12:02Peut-être une annonce, on verra sur les rachats d'actions.
12:04Merci beaucoup, Aymeric, d'être passé nous voir.
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