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  • il y a 7 heures
Ce jeudi 2 avril, Gilles Petit, journaliste indépendant , s'est penché sur la complaisance des marchés malgré les risques économiques dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Gilles Petit, bonjour.
00:01Bonjour.
00:02Et justement, on va parler de ça, du fait que les marchés tiennent bien en ce moment.
00:06Vous avez une sentence, et elle est irrévocable, bien sûr.
00:09Laquelle est-elle ?
00:10Tout à fait, et je l'assume aux yeux de tout le monde et aux oreilles des auditeurs.
00:16Les marchés, et par conséquent les investisseurs, sous-estiment grandement les risques qui pèsent sur l'économie.
00:23Et malgré ce qu'a dit John Plassard, qui était déjà un contexte assez noir qu'il a adressé,
00:28il y a encore plein d'autres choses qui arrivent derrière, qui sont guère encourageantes
00:32pour effectivement l'économie mondiale et partant les marchés financiers.
00:36Ah, vous y allez franco.
00:39C'est vrai que c'est un truc qu'on note quand même.
00:42Les marchés ne coulent pas à pic, alors qu'il y aurait des raisons.
00:47Quand on voit les commentaires de Christine Lagarde sur, je crois que vous n'avez pas compris là,
00:52visiblement le mur qu'on va se prendre de face,
00:55les propos du patron de l'Agence internationale de l'énergie qui dit que c'est un choc sans précédent.
01:01Pire que 73, 79, 2022, réunis.
01:05Réunis, donc c'est l'ensemble.
01:07Donc on est sur une toile de fond qui est quand même très très sombre,
01:12et selon vous, les marchés n'en prennent pas ses comptes finalement ?
01:15Non, alors il y a deux hypothèses à cela.
01:17La première, c'est puisque Donald Trump a arrêté Nicolas Maduro
01:22la forte consommation de cocaïne vénézuélienne, ça c'est une hypothèse.
01:27Et deuxième hypothèse, le syndrome du Titanic.
01:30C'est-à-dire qu'on y va tout droit, mais personne n'a envie de tirer le premier,
01:35alors qu'il devrait d'ailleurs.
01:37Parce que le premier à sortir sera certainement celui qui perdra le moins sur les marchés,
01:41mais aujourd'hui, personne, tout le monde se tient un peu par la barbichette,
01:44et donc effectivement, les marchés n'ont pas encore pris la mesure,
01:49ou en tout cas n'ont pas acté le fait que l'économie se détériore,
01:53mais à vitesse grand V.
01:55L'économie américaine notamment.
01:57If you panic, panic first, on rappelle.
01:59C'est ça, c'est l'adage.
02:00Et donc voilà, des marchés trop complaisants en fait, c'est ce que vous êtes en train de dire.
02:03Trop complaisants parce que, John Passard en a parlé juste avant moi,
02:08mais effectivement, les annonces qui se succèdent, il n'y en a aucune qui va dans le bon sens.
02:14Révision récemment du déficit, enfin je veux dire, ralentissement de la croissance américaine
02:20au quatrième trimestre 2025, divisé quand même par deux, c'est pas rien,
02:25c'est pas une petite révision à 0,1 ou 0,2, c'est qu'on l'a coupé par
02:29deux,
02:30donc c'est de 1,4 à 0,7, donc c'est pas rien.
02:33Et puis on a cette politique menée aux Etats-Unis qui n'a ni queue ni tête,
02:39je pense que là j'apprends rien à personne, on est tous les témoins atterrés
02:43des déclarations du président américain, et surtout des mesures qui sont prises.
02:48Si on regarde un petit peu le déficit américain, le déficit américain continue de se creuser,
02:535,9% du PIB, et il devrait s'accroître encore l'année prochaine, là c'était en 2025,
03:01mais si vous regardez les décisions qui ont été prises,
03:05bon ben le dernier paquet budgétaire trumpien va pas dans le bon sens,
03:10puisque je vous rappelle que c'est juste un texte législatif
03:14où on a mis un peu toutes les mesures de Donald Trump,
03:16qui a été prolongée cette année, et dans ce paquet-là,
03:19vous avez des mesures de relance budgétaire, vous avez le compte épargne pour les enfants,
03:25à la naissance d'un enfant, paf, on vous verse 1000 dollars,
03:28donc tout ça, ça va peser sur l'économie américaine,
03:32et pas qu'à court terme, puisque les économistes ont estimé que
03:38justement cette charge supplémentaire budgétaire, notamment avec ce texte,
03:42et puis avec toutes les histoires de taxes,
03:45on taxe, mais en fait on n'a plus le droit de taxer,
03:47donc en fait on va gagner moins d'argent,
03:49c'est 1,1 point de PIB par an pendant 10 ans sur l'économie américaine,
03:54donc les signaux sont vraiment très mauvais,
03:57d'autant plus que, je vous rappelle que quand même,
04:01l'économie américaine se finance à court terme,
04:03par rapport aux économies occidentales,
04:08la durée moyenne de la dette,
04:11c'est un peu moins de 6 ans, 5,9 ans je crois,
04:16contre un peu plus de 8 ans pour la France et l'Allemagne,
04:19donc vous avez une économie qui continue de s'endetter,
04:22qui est en train de ralentir,
04:24qui s'endette à court terme,
04:25qui a donc une question sur les taux d'intérêt de court terme,
04:28il faut donc faire pression sur la Fed,
04:30au moment même où Jérôme Powell va être renouvelé,
04:35bref, on est dans un environnement à la Trump,
04:38c'est-à-dire que rien n'est clair,
04:40on a beau vous expliquer des choses,
04:42mais visiblement personne ne comprend la même chose,
04:44c'est quand même assez inquiétant,
04:46et donc tous les signaux vont quand même dans le mauvais sens,
04:50et les marchés n'en tiennent pour l'instant pas compte.
04:52Alors, pas compte, oui et non,
04:54dans le sens où si on regarde bien,
04:57alors rien que sur le mois écoulé,
04:58le CAC 40 a perdu 9%,
05:00il y a eu une belle correction quand même du côté des marchés américains,
05:03bon les traders ils sont au courant,
05:06il y a des analyses,
05:06il y a Goldman Sachs aussi,
05:08leurs prévisions font froid dans le dos,
05:10malgré tout on a l'impression que
05:11il y a aussi la volonté de profiter de la tempête
05:14pour racheter peut-être des secteurs un peu contracycliques,
05:17ou revenir à de la gestion un petit peu value,
05:19sur ce qui est un peu baissé,
05:21ça limite un peu,
05:22c'est une sorte de coussin d'amortisseur en fait,
05:24de la baisse des marchés.
05:25Alors effectivement c'est un peu ça,
05:27c'est-à-dire que de toute façon,
05:30même si les choses vont mal en bourse,
05:32on peut toujours faire des bonnes affaires,
05:34et on peut toujours se repositionner effectivement,
05:36et adopter un portefeuille un peu plus défensif,
05:38pour faire face à ce qui va arriver,
05:40donc il y a effectivement un petit peu le facteur de soutien
05:42que vous décrivez,
05:44mais si on regarde les indicateurs de valorisation,
05:47alors pas le PI qu'on prend forcément,
05:51mais moi j'ai regardé le Schiller PI,
05:53qui est en fait un ratio de capitalisation boursière,
05:56qui est rapporté à la moyenne du résultat sur 10 ans,
05:59et qui est lissé par l'inflation,
06:00donc c'est un indicateur plutôt de long terme,
06:03bon bah écoutez,
06:04au début de l'année,
06:05sur le S&P 500,
06:06on était à 40,
06:0840 en août 2000,
06:10en août 2000,
06:11on était à 42,9,
06:13donc vous voyez qu'en termes de capitalisation,
06:16même si aujourd'hui on perd 2% sur le Nasdaq,
06:19on est quand même très loin d'avoir purgé,
06:23ce mouvement d'enthousiasme,
06:24qui continue un petit peu d'animer les marchés,
06:26même si de temps en temps ils ont un peu peur,
06:27mais on est habitués maintenant,
06:29et avec Donald Trump en plus,
06:30un jour c'est blanc,
06:31un jour c'est noir,
06:34qui vous dit que dans 3 jours,
06:36les marchés ne vont pas repartir à la hausse,
06:38donc voilà,
06:39on est dans cet environnement-là,
06:41mais je veux dire,
06:42si on prend cette fameuse image
06:43qui circule depuis des années sur les réseaux sociaux,
06:46où vous avez une marionnette,
06:47avec derrière le monde qui s'embrase,
06:49on est quand même dans ce contexte-là,
06:51c'est-à-dire que tout est en train de craquer partout,
06:54notamment au Moyen-Orient,
06:55on est dans une situation géopolitique
06:57qui est un petit peu inédite,
06:59puisque ce n'est pas l'intervention en Irak,
07:01on a effectivement peut-être la première armée du monde,
07:03mais visiblement elle n'y arrive pas,
07:06elle s'enlise et ça ne marche pas,
07:07je ne sais pas,
07:08à mon avis le problème ce sont les buts de guerre,
07:10il n'y en a pas,
07:11ils ne sont pas affirmés,
07:11ils ne sont pas clairs,
07:13j'ai l'impression que les buts sont fixés
07:15les uns après les autres,
07:16et tout ça les marchés en fait,
07:17ça les enfume un peu finalement,
07:19parce qu'ils se disent,
07:19bah oui ça va peut-être marcher,
07:21ça ne va peut-être pas marcher,
07:22et puis Donald Trump c'est un petit peu
07:23les caresser dans le sens du poil,
07:25lui il veut faire des deals à tout bout de champ,
07:28ça ça parle quand même aux traders,
07:29faire un deal c'est toujours une bonne chose,
07:31surtout quand il est favorable aux Etats-Unis,
07:33mais le tableau global,
07:36il est clairement noir.
07:37Alors en plus il y a un petit problème
07:40circonstanciel j'allais dire,
07:41c'est que les valeurs refuges
07:46traditionnelles,
07:46que ce soit les marchés de taux,
07:48que ce soit l'or,
07:49qui a surtout été un actif spéculatif
07:53finalement ces dernières semaines,
07:54ont plutôt servi à dégager de la liquidité.
07:58Est-ce que ça ne complique pas justement
07:59ce travail de couverture des marchés,
08:01de bonne appréciation du risque ?
08:02C'est ce que nous a appris en fait la crise
08:06maintenant du Proche-Orient,
08:07mais qu'on vit en fait,
08:08en fait c'est un scénario qu'on vit
08:10depuis l'invasion de l'Ukraine,
08:11c'est-à-dire qu'on est en train de découvrir
08:13ou de redécouvrir
08:15qu'il n'y a pas d'actifs sans risque réellement.
08:17En fonction des situations de marché,
08:20l'or peut être intéressant,
08:22et puis effectivement on a bien vu
08:24que l'or finalement ne couvrait pas
08:26dès lors que la guerre aux Proches
08:28et au Moyen-Orient a éclaté.
08:30Donc effectivement il y a ce problème-là
08:32de savoir quel est l'actif sans risque.
08:35Le problème aujourd'hui pour l'or par exemple,
08:38c'est qu'on a des anticipations d'inflation
08:40qui sont tout à fait justes,
08:41puisque clairement on a des capacités de production
08:44qui sont en train d'être détruites,
08:45qui sont en train de brûler sous nos yeux,
08:47donc l'inflation va forcément remonter.
08:49L'or n'a jamais protégé contre l'inflation
08:51et le coût de détention de l'or,
08:53qui ne rapporte rien, je le rappelle,
08:55que sa propre valeur,
08:56dans une période d'inflation,
08:58ça ne fonctionne pas forcément très bien.
09:00Donc les gens alternent entre l'or,
09:02entre les obligations d'État américaine,
09:05effectivement,
09:05mais il y a clairement un problème
09:08de déterminer quel est l'actif sans risque.
09:10Et là, la situation évolue tellement rapidement
09:12que les rotations s'accélèrent.
09:15Et en fait, finalement,
09:16on a l'impression que le marché tourne
09:18comme le rat dans sa roue,
09:20c'est-à-dire qu'il poursuit la route,
09:21alors de temps en temps il change de côté,
09:22il va à droite, il repart à gauche,
09:23et puis il revient,
09:24mais il est dans un labyrinthe,
09:25il n'arrive pas à en sortir.
09:26Et je pense effectivement
09:28que tant que cette situation-là
09:29n'aura pas été purgée sur les marchés,
09:32on en sera toujours au même point.
09:35Et c'est le moment pour les investisseurs,
09:37peut-être,
09:38de réfléchir,
09:39avec leurs conseillers en gestion de patrimoine,
09:41notamment,
09:42avec les gens qui les conseillent,
09:43au meilleur scénario pour leur portefeuille,
09:45parce que ça risque de secouer très dur
09:48dans les mois qui viennent.
09:48– Gilles Petit,
09:50merci infiniment
09:51votre verdict
09:53qui était que les marchés
09:54n'ont peut-être pas encore
09:56tout à fait pris en compte
09:58la détérioration des conditions économiques.
10:00Merci infiniment Gilles Petit.
10:02– Merci.
10:02– Merci.
10:02– Sous-titrage ST' 501
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