00:00David Crucq est avec nous pour la financière de l'échiquier. Bonjour David.
00:03Bonjour Guillaume, bonjour Oudan.
00:04Face à ce petit rebond aujourd'hui des marchés, surtout en Europe, vous allez rendre votre verdict,
00:10ce moment qu'on va vivre, cette instance, ce verdict que vous allez rendre, est-ce que vous l'assumez
00:13?
00:13Je l'assume.
00:14On vous écoute.
00:15Il va falloir attraper le couteau qui tombe, Guillaume.
00:19Ah, vous êtes gourmand.
00:21Il va bien falloir attraper le couteau qui tombe.
00:23C'est-à-dire revenir sur le marché. Après la baisse des derniers jours, vous estimez qu'un point d
00:27'entrée, ça y est, s'ouvre aux investisseurs aujourd'hui.
00:28C'est ça, exactement. Alors bien sûr qu'il y a beaucoup d'incertitudes, que la temporalité du conflit sera
00:34vraiment clé.
00:35On est vraiment là-dessus, c'est le temps que ça va durer.
00:37La clarification des objectifs américains, où en sont les infrastructures militaires iraniennes, bien sûr que c'est important.
00:44Vous avez parlé beaucoup du détroit d'Hormuz, c'est évidemment très important.
00:47On va continuer de phosphorer sur la stagflation, la récession, les non-baisses des taux, peut-être, probablement.
00:54Mais ce que je veux dire par là, c'est que c'est très complexe d'essayer d'analyser la
00:57géopolitique.
00:58Et on le sait depuis des années, arriver à anticiper ça, c'est compliqué.
01:02La seule chose que je tiens à dire, c'est que finalement, peu de gens ont intérêt avec ce conflit
01:07dur, Guillaume.
01:08Les militaires américaines arrivent dans six mois, c'est début novembre.
01:11Et je pense qu'un choc énergétique, un choc vraiment inflationniste, serait vraiment pas très bon du tout pour Trump.
01:18Je pense que, j'aime à le rappeler, mais le consommateur est un investisseur.
01:22L'investisseur est un électeur.
01:24Donc si le pétrole montait à 100 dollars, si l'inflation repartait, et en même temps que le marché financier
01:29perdait 20%, tout le monde serait perdant.
01:32Chaque salarié américain met 7% de son salaire dans le S&P, j'ai souvent tendance à le dire.
01:37Et je pense que Trump a vraiment envie ou de gagner ses élections, ses mi-termes, ou en tout cas
01:41de les perdre de la moindre façon possible.
01:44Donc clairement, pour lui, c'est un enjeu, c'est un enjeu inflationniste et il faut qu'il fasse attention
01:48à ça.
01:48La Chine également, c'est le plus gros importateur.
01:51La Chine, pareil, intéresse que ça dure le moins longtemps possible.
01:53Exactement, c'est un grand importateur de pétrole, notamment pétrole iranien, donc il faut qu'il fasse attention.
02:01Et même l'Arabie Saoudite n'a pas envie de voir ses infrastructures pétrolières démolies ou bombardées.
02:05Donc je pense qu'il y a un intérêt commun et convergent pour que ce conflit s'arrête.
02:10Et puis, on le sait, Guillaume, la géopolitique, c'est un point d'entrée systématique.
02:15On se rappelle de l'Ukraine, on avait perdu rapidement une dizaine de pourcents, voire plus, et on avait rattrapé
02:2115%.
02:21Donc on le sait dans ce monde financier que la géopolitique reste un point d'entrée.
02:26Mais pourtant, les grands sages de Wall Street, David Solomon, on en parlait avec John Plassard,
02:30mais Jamie Dimon dit la même chose pour JP Morgan, nous disent quand même qu'ils ne comprennent pas forcément
02:35la réaction des marchés
02:37qui ne baissent pas beaucoup face à ce risque géopolitique, qui a des pressions inflationnistes.
02:42Et Jamie Dimon, il parle de marchés euphoriques qui ne matchent pas avec une économie correcte,
02:47c'est-à-dire qu'il va quand même en pâtir un peu.
02:49Donc ce n'était pas le moment d'y aller.
02:50J'aime beaucoup Jamie Dimon, moi je ne suis qu'à ma place, donc je vais rester très humble.
02:54Mais Jamie Dimon, il dit beaucoup, beaucoup de choses.
02:56Il vous écoute, il vous l'a dit, il vous écoute souvent David.
02:59Non, non, mais je ne compare pas du tout à Jamie Dimon, mais franchement, il a dit tellement de choses
03:04qui ont été un peu aberrants, où il a cherché systématiquement l'excès dans ses phrases et dans ses commentaires,
03:09que je ne suis pas totalement sûr en lisant ses commentaires ce matin qu'il aille dans le bon sens.
03:14Et quant à ceux d'un certain nombre de stratégistes, vous savez, chez les globaux américains,
03:18il y a des stratégistes bull et des stratégistes bears, donc il faut vraiment faire la part des choses.
03:22Donc c'est assez facile de jeter de l'huile sur le feu et de dire que tout peut arriver.
03:26Je me rappelle Jamie Dimon qui annonçait que les taux allaient monter à 6% ou 7%,
03:30vous en rappelez certainement autres.
03:32Donc moi, je pense qu'il faut faire attention à ça.
03:34C'est comme le bitcoin, il a dit que c'était une bêtise, et puis maintenant, il idolâtre le bitcoin.
03:40Voilà, ça change.
03:42Vous êtes venu ici aujourd'hui pour dire aux investisseurs, c'est peut-être le moment de se réintéresser au
03:45marché,
03:46il y a une fenêtre d'opportunité, le moment de rattraper le couteau qui tombe.
03:50Vous voyez un point d'entrée dans les marchés.
03:51Est-ce que quand vous regardez les flux, vous vous dites que les investisseurs, ils sont prêts,
03:55ils sont prêts à revenir là et à réacheter en force ?
03:57Moi, je crois d'abord, je parle beaucoup des particuliers américains qui me fascinent,
04:02les investisseurs particuliers américains.
04:04Je rappelle aussi qu'il y a 400 milliards de dollars de remboursement d'impôts qui ont lieu.
04:0875% de ces remboursements d'impôts vont arriver maintenant, Guillaume.
04:11Donc ça veut dire qu'il y a une manne d'argent, de confiance pour eux,
04:14qu'ils vont pouvoir réinvestir en bourse de façon massive.
04:17Il y a aussi les rachats d'actions qui sont très nets.
04:20On est en autorisation à hauteur de plus de 14% par rapport à l'année dernière qui était déjà
04:24une année record.
04:26Et d'ailleurs, il n'y a pas eu de panique aussi chez les institutionnels que je représente aujourd'hui.
04:30Alors certes, ils n'ont pas vendu, ils regardent les marchés, ils patientent.
04:33C'est pour ça d'ailleurs que le rebond du marché aujourd'hui est faible,
04:36parce qu'ils n'ont pas vendu auparavant, ils sont juste protégés, ils ont mis des protections.
04:40Mais il n'y a pas de panique, et il y a des acheteurs qui reviennent dans le marché,
04:43que ce soit les particuliers américains qui achètent tous les jours de cette baisse,
04:47et des rachats d'actions qui sont aussi très prédominants et qui vont nous amener à un confort.
04:52Et je suis assez étonné de voir d'ailleurs que l'indice de volatilité n'est qu'à 23,5.
04:56Dans ce genre de stress de marché, si vraiment on était en stress,
05:00on devrait être plutôt à 35, 40, voire plus.
05:02Oui, on n'est pas sur les indices de volatilité, sur des niveaux de crise, pas du tout, du tout.
05:05Même si effectivement, les indices ont un peu réagi depuis 2-3 jours à cette guerre.
05:09Au Moyen-Orient.
05:10Après, il y a toujours cette question quand même d'un retour d'inflation.
05:12Les cours du pétrole ont beaucoup progressé, les cours du gaz, le fret maritime qui voit ses prix renchérir aussi.
05:17Est-ce qu'on ne va pas vers plus d'inflation et donc moins de baisse de taux ?
05:20Est-ce que de ce point de vue, le marché ne risque pas de pleurer ?
05:22Parce que les banquiers centraux ne pourront plus baisser les taux avec ces hausses de cours.
05:25Du pétrole notamment.
05:25C'est une vraie bonne question.
05:26Après, tout ce que j'entends, c'est vraiment que c'est 100 dollars la limite, 100 dollars, 120 dollars.
05:31Au-delà de cette limite, effectivement, je crois que c'est le chiffre qu'il faut garder en tête pour
05:34nos auditeurs.
05:39récessions, mais clairement, effectivement, la narrative des banques centrales peut un peu bouger.
05:45On a eu des probabilités de hausse des taux de la BCE maintenant qui étaient passées à 60%.
05:49On est revenu à 30%.
05:51Mais c'est une des raisons aussi pour laquelle il y a eu beaucoup de rotation en faveur du marché
05:56américain
05:57et en défaveur de l'Europe, Guillaume, puisque finalement, entre l'énergie qui est un point névralgique pour l'Europe
06:03et qui est un point positif pour les Américains, puisque eux sont producteurs de pétrole,
06:07et la deuxième chose, c'est les changements de narrative, puisqu'effectivement, en Europe,
06:10on parle beaucoup de taux qui pourraient remonter, tandis qu'aux US, les taux, on continue de pricer 1,8,
06:17baisse des taux cette année.
06:18Donc, c'est aussi tout ça qui a fait qu'il y a eu une progression énorme du marché américain,
06:24enfin, une non-progression, pardon, une différence.
06:26On a perdu pratiquement tous les quarts de performance qu'on avait en faveur de l'Europe en deux jours,
06:32tout ce qu'on avait gagné en deux mois.
06:33Mais je pense que les narratifs, c'est encore trop tôt pour vraiment les changer.
06:37Un baril au-dessus de 100 dollars, oui, on pourra éventuellement bouger les orientations des taux au niveau des banques
06:43centrales.
06:44Pour l'instant, c'est beaucoup trop tôt pour en parler.
06:46Et justement, est-ce que les propos qui là parviennent de banquiers centraux européens vous rassurent ou pas ?
06:51Là, ce qui se dit, c'est qu'on ne parlerait pas de choc transitoire ou temporaire,
06:55parce qu'ils se sont déjà cassés les dents il y a trois ans, quatre ans maintenant, en 2022.
07:00Ce n'est pas un mot qui leur a réussi, donc ils vont être assez prudents pour peut-être évaluer
07:05l'inflation et le risque d'inflation,
07:09pour peut-être ne pas relever les taux de manière trop brutale.
07:13Vous le savez, la BCE, de toute façon, ils sont tous data-dépendants, donc ils vont attendre de voir avant
07:17d'agir.
07:17Ça, ça ne changera pas.
07:18Voilà, ça vous le connaissez par cœur.
07:20Donc, la réponse est quasi dans votre question.
07:23C'est que je pense qu'il n'y a pas d'inflation réelle en Europe.
07:26Pour l'instant, ce n'est pas un sujet.
07:27Ça pourrait le devenir, bien sûr, mais en attendant que ça le devienne...
07:30Il faut qu'on ne l'emporte pas quand même.
07:31Non, je ne pense pas.
07:32Il faudra qu'il y ait vraiment des signes tangibles.
07:34Pour l'instant, ce n'est pas le cas.
07:35Il faut revenir sur les marchés.
07:36Il faut revenir sur les marchés, Guillaume.
07:38C'est une évidence.
07:39L'Espagne, elle a cartonné l'an dernier.
07:41Elle cartonnait depuis le 1er janvier aussi.
07:42Sauf qu'hier, Donald Trump a dit que les États-Unis allaient cesser tout commerce avec l'Espagne.
07:46Et Scott Bessen, qui s'est exprimé là-dessus, il a été interrogé tout à l'heure par des journalistes.
07:49Est-ce qu'il est possible d'arrêter tout commerce avec l'Espagne ?
07:51Il répond à Scott Bessen que l'Espagne, en interdisant l'accès des Américains à ses bases militaires,
07:57parce que l'Espagne s'oppose à ce qui est en train de se passer au Moyen-Orient,
07:59l'Espagne est en train de mettre en jeu la vie des soldats américains.
08:03Donc, oui, l'Espagne sera sanctionnée.
08:04Est-ce qu'il faut, quand on est investisseur, du coup, éviter d'investir en Espagne désormais ?
08:08Non, je ne crois pas. D'ailleurs, le rebond du marché de l'Ibex est assez fort aujourd'hui.
08:12Pourquoi ? Parce que l'embargo, c'est un peu flou, ce qu'il a annoncé.
08:15La mise en place au sein de l'Union européenne, c'est quand même un petit peu difficile.
08:18C'est un marché unique, Guillaume. On l'a vu vis-à-vis des Français.
08:20Il y avait la section 301, je ne sais plus de mémoire, je vais essayer de relire.
08:24Mais enfin, clairement, ça paraît quand même très complexe.
08:27Et il y a peu d'échanges entre l'Espagne et les États-Unis.
08:30Donc, c'est en tout cas un pari qui paraît très risqué.
08:33Donc, je pense que le marché espagnol va continuer sa progression
08:36et qu'il n'y aura pas de changement d'optique des investisseurs vis-à-vis de ce pays.
08:40C'est vrai que la Bourse de Madrid n'est absolument pas affectée par les menaces de Donald Trump
08:44et de Washington. Madrid gagne 2% aujourd'hui.
08:46Merci beaucoup de nous avoir accompagné.
08:48David Crucq, régulièrement à nos côtés, la financière de l'échiquier.
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