00:00Olivier de Royer de Montpensier Arbevel vient de rentrer dans ce studio, bonjour Olivier.
00:03Bonjour Antoine, bonjour à tous.
00:04Vous êtes arrivé évidemment avec une sentence totalement irrévocable et que vous assumez, laquelle est-elle ?
00:09Bien sûr, alors voilà, le marché est logiquement soulagé par l'arrêt probable on va dire du conflit en Iran,
00:14mais quand même la réalité, l'été 1, prudence avant l'été 1.
00:19Boum !
00:20Eh oui, parce qu'ils vont forcément pas être terribles ces résultats du trimestre,
00:23et, je dirais plus, les perspectives, elles vont prendre en compte tout le bazar du moment,
00:30et pour certains secteurs, les publications risquent d'être des moments compliqués à gérer.
00:35Voilà, alors bon, effectivement, hier il y a eu cette hausse fantastique, tout le monde est rassuré.
00:39Bon, c'est vrai que le pétrole est encore assez élevé, mais bon, le marché fait le pari qu'on
00:43a bien compris
00:43que Donald Trump ne voulait pas une guerre longue, qu'il va présenter ça comme un succès,
00:46que ce ne sera pas, qu'il va trouver tous les prétextes, mais qu'à la fin, il ne va
00:50pas continuer,
00:50et que donc, tout ça va rentrer plus ou moins dans l'ordre,
00:54avec quand même probablement des dégâts un peu durables, quelques mois sur le baril, on verra.
00:58Mais déjà, avant même cette guerre en Iran, sur le premier trimestre, ce n'était pas si facile,
01:03parce qu'il y a eu quand même une vague de froid aux Etats-Unis,
01:05qui a touché un certain nombre de secteurs, avec des messages un peu prudents, on oublie,
01:08parce qu'il se passe plein de choses dans les marchés, mais dans la construction,
01:11ce n'était quand même pas terrible, le message non plus notamment, dans l'industrie, il faut voir.
01:15Bon, on a aussi quand même l'euro-dollar, l'euro-dollar, on est sur un effet de base,
01:18avec pas mal d'écarts par rapport à l'année dernière,
01:20après ça, ce sera plus facile, mais là, ça ne va pas être très simple.
01:23Bon, il y a eu quelques micro-effets de shutdown, etc.
01:26Donc déjà, avant, quand même, ça, ce n'était pas facile.
01:30Là-dessus, on rajoute cette guerre, et même si les effets ne seront probablement pas très très longs,
01:34il peut y avoir quand même un certain nombre d'entreprises qui vont signaler des surcoûts,
01:37ça va beaucoup plus vite qu'avant, parce que l'Ukraine est passée par là depuis 2022,
01:40donc les hausses de prix sont quasiment automatiques.
01:43Beaucoup d'entreprises nous disent, quand on les rencontre,
01:44ça va très très vite pour passer les prix.
01:46Donc quand même, on va voir qu'il y a un certain nombre de choses qui montent,
01:50qui peuvent impacter, et puis sur la demande, bon,
01:52alors aujourd'hui, les économistes considèrent que ça va amputer la croissance européenne
01:56de l'ordre de 0,2-0,3% sur l'année, avec une normalisation graduelle du pétrole,
02:00donc il peut y avoir quelques impacts sur la demande.
02:02Donc tout ça crée beaucoup d'incertitudes.
02:03On est dans des marchés qui sont devenus très émotionnels,
02:05donc dans beaucoup de cas, il va falloir être prudent,
02:07quitte à racheter, si on est convaincu, après les trimestriels.
02:11Sachant qu'aujourd'hui, sur l'année, on a des attentes de croissance en Europe de 12%,
02:15il peut y avoir plus d'eux à peu près sur les valeurs énergétiques,
02:18mais qui sont sur des faibles valorisations, et c'est ponctuel,
02:21donc ça ne va pas non plus jouer tellement sur les multiples de marché.
02:25Et par contre, la plupart des brokers considèrent qu'on a un risque
02:28de 300 à 400 points de base de baisse des attentes sur le reste de la cote.
02:33Donc vigilance, même si certains secteurs, quand même,
02:36réussiront sans doute à passer au travers des gouttes.
02:38Bon.
02:39Et là, c'est marché au quotidien, en tant que gérant.
02:44John nous le disait il y a quelques minutes,
02:46et tout le monde le dit autour de cette table, jour après jour,
02:49ne timez pas le marché.
02:51Faites pas n'importe quoi, même quand ça remonte de manière fulgurante,
02:55vouloir essayer de prendre un train en marche,
02:57c'est avoir le plus grand nombre de chances de se casser la figure.
03:03On attend que la poussière retombe, mais voilà,
03:05il faut savoir quand est-ce que la poussière est quand même retombée
03:08pour établir quelque chose.
03:09Oui, alors bon, c'est vrai que c'est tentant de dire
03:12qu'il ne faut jamais timez le marché.
03:13Bon, la réalité, c'est quand vous avez une très forte vague de hausse,
03:16un peu linéaire, au bout d'un moment,
03:18vous savez qu'il y a quand même quelques excès,
03:19et que vous pouvez un peu les mettre à profit.
03:21Des journées comme hier, peut-être ce qui est le plus intéressant,
03:24c'est de voir s'il n'y a pas des sociétés un peu défensives,
03:26qui ne montent pas tellement, mais qui sont finalement exposées au gaz,
03:29et que les marchés n'identifient pas tout de suite,
03:30ou peut-être qu'il y a des choses intéressantes à faire,
03:32peut-être pas se précipiter à courir derrière toute valeur qui monte de 20%.
03:36Donc, il y a des choses quand même à faire dans notre métier de gérant,
03:38et puis après, effectivement, c'est de regarder ces publications à venir,
03:41où sont les risques, où ne sont pas les risques.
03:44Donc, on sait quand même que tout l'aspect souveraineté,
03:49défense, électrification, énergie,
03:51on sait que là, on va continuer à avoir des bons chiffres.
03:53Parfois, les valorisations peuvent être un peu tendues,
03:55mais on sait qu'on n'a pas tellement de risques sur les publications.
03:59Mais, voilà, la santé, ça devrait aller,
04:01mais sur le reste, prudence quand même souvent en amont,
04:05et se laisser des marges de manœuvre pour éventuellement compléter des dossiers
04:07qu'on aime bien après les publications.
04:09Alors, on a vu un phénomène aussi qui était important côté États-Unis.
04:14Les valeurs semblent s'inverser un petit peu du côté des marchés américains,
04:17qui ont des réactions qui ne sont vraiment pas pareilles que celles des marchés européens.
04:22Et on a, en particulier, une surperformance assez nette,
04:25on a pu le voir hier lors de la très forte hausse des indices,
04:28une surperformance très très nette des small et mid-cap aux États-Unis.
04:32Du côté européen, bon, elles font globalement jeu égal avec le CAC 40
04:37et les grosses capitalisations,
04:38mais est-ce que ça veut dire que, le temps faisant son effet,
04:42on ne risque pas d'avoir une fenêtre d'opportunité importante
04:44à saisir sur les petites ou moyennes capitalisations,
04:47je dirais en France et en Europe ?
04:48– Alors, aux États-Unis, je pense qu'elles ont quand même bénéficié.
04:51On voit que même entre octobre et avant le conflit,
04:53elles ont surperformé de l'ordre de 4% à peu près.
04:56Octobre, c'est un peu le pic de tout ce qui était IA.
04:58Donc, elles ont bénéficié de flux qui ont voulu diversifier
05:01en disant, bon, les valeurs IA, c'est peut-être un peu cher,
05:03et puis il y a des énormes capex, donc où va le cash flow ?
05:06Et donc, elles ont bénéficié de ces flux de repositionnement.
05:08Nous, on a un peu moins ça en Europe.
05:10À côté de ça, on sait qu'elles sont décotées aujourd'hui.
05:14Depuis environ un an, un an et demi,
05:15et là, de manière quand même assez encourageante dans la baisse,
05:19ce qui est déjà mieux que ce qu'on avait connu
05:20les 2-3 années précédentes, mais la décote reste.
05:23Donc, il y a toujours une optionnalité qui est très forte.
05:25Le seul bémol, c'est quand est-ce que tout ça se matérialise.
05:28À chaque fois que Trump ou Poutine nous remettent des coûts
05:32d'inflation, de taux, etc., ça ne favorise pas les segments de la cote
05:35où on sait qu'il y a un énorme potentiel.
05:37La construction, je l'évoquais, prudence sur le terrain,
05:40mais énorme potentiel, très gros besoins, vital, non délocalisable.
05:44Et ça fait un moment maintenant qu'on est sur des niveaux de construction
05:47qui sont trop faibles par rapport aux besoins.
05:48Mais il faut un peu moins de géopolitique crispante,
05:52un peu moins de taux, un peu moins de coûts de l'énergie,
05:55tout ça qui pèse sur le moral du consommateur.
05:57Dans la consommation aussi, il y a pas mal de sociétés
05:59qui sont assez en retard, qui sont faiblement valorisées.
06:01On sait qu'il y a une grosse optionnalité qui est favorable.
06:05Reste à savoir quand tout ça se matérialise.
06:07Oui, sur les small et mid-cap, juste un truc en plus,
06:10c'est qu'en plus, l'année dernière, le marché était un petit peu,
06:15on va dire, déstabilisé par le changement total de dimension
06:19de certaines d'entre elles.
06:20Il y a Abivax qui a flambé, il y a Exocense, il y a Excel Technologie
06:24qui ont complètement changé de dimension dans le secteur de la défense.
06:27Là, on peut dire que le marché est un tout petit peu plus sain.
06:30Donc peut-être regarder les options.
06:32En fait, il y a eu peu de thèmes.
06:33Les mid-cap ont marché correctement, mais concentré sur quelques thèmes.
06:37Donc l'année dernière, ça a été les thèmes, évidemment, souveraineté.
06:40Ça a été la défense dans les thèmes souveraineté,
06:42mais aussi l'industrie dans un certain nombre de cas,
06:44électrification, data center.
06:46Il y a aussi, effectivement, tout ce qui est financière
06:49qui a bien fonctionné globalement.
06:50On aime bien aussi, globalement, les plateformes de trading,
06:53ces valeurs-là.
06:55Parce que finalement, en plus, il y a toute une génération
06:57de jeunes investisseurs, effectivement,
06:59qui sont dans le marché régulièrement, qui sont toujours investis.
07:02Il ne faut pas timer le marché.
07:04Donc, effectivement, tout ça crée des flux
07:06qui sont assez intéressants.
07:08Donc les financiers ont bien marché.
07:10Bon, voilà, la santé, pas trop mal.
07:12Avec quelques biotechs, ça a été quand même une très bonne année
07:14pour la biotech française, qui avait souffert quand même
07:16pendant 10-15 ans, mais qui, l'année dernière,
07:18a réussi, avec aussi des financements plus présents,
07:20des fonds plus importants, à obtenir des belles performances
07:25et à montrer des avancées scientifiques.
07:27Mais le reste de la cote, c'était quand même pas terrible.
07:29Et donc, aujourd'hui, il y a quand même pas mal de potentiel.
07:31Il reste à voir un peu ce qui peut déclencher,
07:34mais l'optionalité resterait favorable sur les mid-cap globalement.
07:36Bon, il reste aussi l'éléphant dans la pièce.
07:40Finalement, le truc qui va donner le la au marché,
07:43à savoir tout ce qui se passe autour de l'obligataire.
07:45Encore une fois, il faut peut-être chercher des choses
07:48et des indices là-dedans.
07:49On a quand même des anticipations dans les cours.
07:51En ce moment, c'est vrai qu'il y a un petit peu de volatilité
07:52à court terme du fait de ces gros mouvements de marché.
07:54Mais est-ce que ces anticipations,
07:57qui sont en train d'être intégrées au cours des rendements obligataires,
08:01notamment des dettes longues sur les 10 ans,
08:03est-ce que ça ne va pas rendre la tâche encore un petit peu plus infaisable
08:06pour les grandes banques centrales,
08:08pour étaléner une politique monétaire à peu près cohérente
08:10dans cet environnement ?
08:12– Ce qu'on dit chez Montpensier Arbebel,
08:15c'est que les taux, c'est la matière première financière, quelque part.
08:17C'est-à-dire qu'on parle beaucoup du pétrole, etc.
08:19Mais finalement, ce qui fait reculer Donald Trump
08:21à chaque fois qu'il va dans les excès,
08:23c'est un peu le pétrole, mais c'est vraiment les 4,5 sur le 10 ans.
08:26– On est d'accord.
08:26– C'est toujours la barrière qui fait que…
08:29Et là, on les a touchés, hop !
08:30Ça a été un peu le pic de stress.
08:32Et derrière, on a reperdu 20 points de base
08:34parce que Donald Trump sait que…
08:36Et d'ailleurs, le paradoxe, c'est que d'un côté,
08:38on peut lui donner raison sur le fait que les taux longs
08:40sont trop élevés pour beaucoup de pans de l'économie américaine.
08:43Mais enfin, en même temps, à chaque fois,
08:43c'est lui qui, finalement, lance des choses
08:45qui sont plus inflationnistes.
08:47Les taux seraient plus bas s'il n'avait pas mis des droits de douane,
08:50s'il n'avait pas fait monter le pétrole en attaquant l'Iran.
08:54– C'est-à-dire que c'est peut-être un des faits marquants
08:56de la politique de Donald Trump,
08:57que ce soit en matière de défense,
08:58que ce soit en matière d'économie,
08:59c'est que quand on attaque quelqu'un,
09:01l'autre y riposte.
09:02Enfin, c'est logique.
09:04Le marché, il réagit et il se défend comme il peut.
09:07– Non, non, mais exactement.
09:08Et puis quand même, dans cette répression financière
09:10un peu de Donald Trump,
09:11il y a aussi des déficits publics.
09:13Alors là, avec la guerre,
09:14finalement, il a demandé une énorme rallonge
09:15au niveau du budget de la défense.
09:16On verra où ça va aller.
09:17Mais alors, on parle potentiellement quand même
09:19de déficits budgétaires aux États-Unis,
09:20maintenant, de plus de 6,5%.
09:22Il faut quand même se rendre compte du niveau.
09:24C'est vrai qu'ils ont une croissance nominale
09:26qui n'est pas nulle.
09:28Mais enfin, quand même,
09:29on vit avec des déficits qui ne sont pas normaux
09:31et qui finalement, et avec un Donald Trump
09:34qui remet une pièce dans la machine à chaque fois.
09:36Donc effectivement, la tâche des banques centrales
09:37est complexe.
09:38Et puis en plus, quand vous avez un choc exogène,
09:40la BCE veut absolument agir.
09:41Très bien, mais d'un autre côté,
09:43finalement, ce n'est pas les banques centrales
09:44qui peuvent réellement faire baisser l'inflation aujourd'hui
09:46ou alors en précipitant l'Europe en récession.
09:48Est-ce que la balance est vraiment utile et pertinente ?
09:52Ce n'est pas sûr.
09:53Ce sont des chocs qui sont vraiment exogènes
09:54et qui doivent être réglés par la politique.
09:55Ce que je trouve, Jérôme Powell a quand même
09:57plutôt bien signalé avec une certaine honnêteté.
10:00Et en Europe, on garde juste l'inflation.
10:02Mais parfois, les banques centrales,
10:04malheureusement, ne peuvent pas faire grand-chose.
10:06Olivier Deroyer, mon pensier Arbevel.
Commentaires