00:00Benoît Pelloyle, Matic 6 AM, bonjour.
00:04Bonjour Antoine.
00:04Vous êtes entré dans ce studio avec un verdict que vous assumez et en tout cas que vous allez défendre
00:12devant nous ce verdict, lequel est-il ?
00:14Et bien c'est qu'avec une sortie de crise en vue, les actions européennes pourraient bien renouer avec la
00:18surperformance.
00:22Je dois commencer par un grand bravo parce qu'avant même que vous nous diriez votre verdict, vous aviez raison.
00:27Donc là, la vérité elle est là, plus 4,75 pour le CAC 40, le Dow Jones plus 2,99,
00:32le Nasdaq plus 3,1%.
00:34Donc vous avez raison, donc il y a du levier du côté des actions européennes et ce qui est en
00:38train de se passer sur les marchés va peut-être avoir tendance à rendre cette dynamique pérenne.
00:43C'est ça que vous voulez dire ?
00:45Effectivement, c'est en tout cas ce qu'on pense puisqu'il faut bien avoir en tête qu'avec le
00:49déclenchement du conflit, au tout début les actions européennes ont beaucoup plus souffert que les actions américaines.
00:52Bien sûr, à cause de notre exposition au pétrole.
00:54Exactement, notre dépendance plus importante de l'économie européenne aux énergies, au pétrole.
01:01Mais le marché est allé très très vite pour essayer de valoriser justement l'impact macroéconomique direct.
01:07Sauf que là maintenant, avec une sortie de crise en vue, il va falloir aussi essayer de distinguer quelles sont
01:12les traces que va laisser justement cet épisode sur les marchés.
01:16Et il ne faut pas négliger justement les effets indirects, probablement un peu moins visibles et qui là pourraient paraître
01:22plus problématiques du côté des Etats-Unis.
01:25Effectivement, il y avait aussi de toute manière, ces derniers mois et avant même, tout ce qui s'est passé
01:33du côté de l'Iran, tout ce qui s'est passé du côté, ça date même de la guerre autour
01:40des droits de douane.
01:40Il restait de toute manière cette dynamique selon laquelle les actions européennes allaient devenir plus intéressantes que les actions américaines.
01:51On le sentait, on voyait les courbes et on se disait de toute manière, cette dynamique, elle devrait demeurer.
01:56La question, c'est jusqu'à quand ?
01:58En fait, nous, on pense effectivement que c'est quand même un peu plus structurel.
02:02Et c'est pour ça qu'on n'a pas changé justement notre positionnement malgré le conflit, quitte à subir
02:05justement en partie cette sous-performance probablement temporaire des actions européennes.
02:10Parce qu'il faut effectivement se plonger maintenant dans l'évaluation des dégâts de ce que va laisser ce conflit,
02:15maintenant qu'on a une possibilité de sortie de crise.
02:18Ça va laisser des traces quand même sur la croissance, même si ce n'est pas le scénario catastrophe.
02:22Il faut bien avoir en tête que l'ampleur du choc et sa durée, même si c'est finalement, on
02:26l'espère relativement bref, il est quand même important.
02:28Il faut bien avoir en tête qu'une telle déviation du prix du pétrole, historiquement, ça a toujours impacté négativement
02:33la croissance mondiale, voire mis en récession.
02:36Exactement.
02:37Mais la vraie problématique pour nous, en tout cas pour les marchés, elle est plus du côté des persistances des
02:41pressions inflationnistes en réalité.
02:44Parce qu'on est une économie américaine qui, avant même d'entrer dans ce conflit, était déjà victime de pressions
02:49inflationnistes persistantes.
02:51Alors que du côté de la zone euro, on avait réussi à regagner la maîtrise de l'inflation avec une
02:54inflation qui était tombée à l'objectif.
02:56Et donc si effectivement ce conflit, il n'a peut-être pas suffisamment duré pour bouger les anticipations d'inflation
03:02à long terme,
03:03donc qui n'impliquent pas forcément une réponse immédiate des banques centrales,
03:07il est probablement suffisant en tout cas pour dissuader de desserrer justement les conditions monétaires.
03:12Et ça, c'est typiquement une problématique qui concerne plutôt les États-Unis.
03:15Oui, d'autant que, et on le disait avec John Plassard il y a quelques minutes,
03:19les marchés ont tendance à intégrer au cours un certain nombre de choses
03:24que la banque centrale américaine ne va pas pouvoir suivre nécessairement.
03:27Et surtout en ce moment, il y a eu une détente assez violente des taux d'intérêt.
03:31Alors je disais de manière un peu anecdotique, là, du côté de l'OAT français,
03:35c'est comme si la BCE avait coupé ses taux de 25 points de base hier.
03:39Du côté américain, ce n'est pas aussi violent,
03:41mais on se met, encore une fois, à intégrer au cours des choses
03:44qui ne sont pas vraiment possibles d'un strict point de vue monétaire.
03:48Mais effectivement, c'est précisément ça le sujet.
03:50Encore une fois, tant qu'il n'y a pas de modification des anticipations d'inflation à long terme,
03:54il n'y a pas de raison d'avoir une réaction politique monétaire
03:58de resserrement immédiat des conditions de crédit.
04:02Mais donc ça, ça concerne plutôt la dynamique de la Banque centrale européenne.
04:05En revanche, cet argument, il est probablement suffisant
04:08pour couper l'herbe sous le pied, justement, aux espoirs de baisse de taux
04:10qui étaient construits, justement, du côté des États-Unis.
04:14Et c'est une problématique très importante pour les marchés
04:16parce qu'il faut bien avoir en tête que depuis plus d'un an, voire même deux ans,
04:19la progression des marchés américains,
04:21elle repose en très large part, justement, sur ces espoirs d'anticipation,
04:25sur ces anticipations d'ajustement de la politique monétaire,
04:28avec cet optimisme de dire, oui, effectivement, la croissance est appelée à ralentir,
04:32mais la Réserve fédérale va pouvoir baisser ses taux sans aucun problème.
04:36Or, on s'aperçoit qu'en raison de la persistance de l'inflation préexistante à ce conflit,
04:41les conséquences pour, justement, l'inflation de ce conflit
04:45rendent le scénario un peu plus compliqué,
04:46c'est-à-dire qu'au final, on a un résultat
04:48avec probablement un peu moins de croissance,
04:51un peu plus d'inflation et donc moins de possibilité
04:53d'ajuster sa politique monétaire aux États-Unis.
04:55Alors, de manière un petit peu plus générale,
04:58c'est vrai que, voilà, du plus 4,7% sur le CAC 40,
05:01ça se voit assez peu, c'est vraiment des conditions exceptionnelles,
05:05peut-être qu'on a vu ça lors des apaisements dans la guerre commerciale,
05:09c'est vrai qu'on avait des hausses parfois assez violentes,
05:12ou après quelques signes un petit peu plus encourageants
05:15pendant le conflit ukrainien.
05:20Quand on est trader, des traders, techniciens de marché,
05:23la volatilité, c'est de l'or en barre, on est d'accord.
05:26Maintenant, quand on fait de la gestion pour le compte de clients,
05:30quand on a une optique long terme sur les marchés,
05:32c'est des phases qui sont toujours délicates,
05:35parce qu'on a tendance à se mettre hors marché
05:37quand on voit que la volatilité est trop forte,
05:39mais parallèlement, il ne faut pas rester hors du marché
05:41pour ne pas louper des belles séances comme celles d'aujourd'hui
05:44qui sont structurelles de quelque chose.
05:45Donc, il faut prendre le train en marche.
05:47Comment trouver le bon équilibre entre les deux positions, en fait ?
05:51Justement, c'est précisément ce qu'on a essayé de recommander,
05:53notamment à nos clients,
05:55c'est de ne pas prendre des décisions très violentes
05:58en termes d'allocations actives dans un tel contexte,
06:00tout simplement parce que l'imprévisibilité est extrême,
06:04on le voit bien, ça change à peu près tous les jours,
06:06voire même d'heure en heure,
06:07donc l'incertitude est extrêmement forte,
06:09ça peut très vite se retourner contre nous.
06:10Nous, on conseille évidemment de rester globalement
06:12plutôt exposés au marché,
06:14mais plutôt que de prendre des paris directionnels
06:16qui soient très très marqués,
06:17on essaye d'insister sur le fait de prendre des paris en relatif.
06:22Et c'est pourquoi, justement,
06:24cette surpondération, notamment de l'Europe,
06:25par rapport aux États-Unis,
06:26on l'a maintenue durant toute la période relativement difficile
06:29et on considère qu'on a plutôt bien fait
06:31puisque justement, elle devrait maintenant,
06:33qu'on s'aperçoit qu'on a enfin une sortie de crise à ce conflit,
06:35elle devrait se matérialiser de façon un peu plus fondamentale
06:37parce qu'en fait, elle repose sur des choses
06:39qui sont plus solides,
06:40qui sont plus fondamentales que la simple volatilité de court terme
06:43générée par l'incertitude de ce conflit en Iran.
06:46Et voilà, et là, on parle de dynamique des actifs.
06:50Quand il s'agit de quantifier un petit peu sur les allocations d'actifs,
06:54là aussi, il n'est pas question de bouger grand-chose
06:55par rapport à une stratégie qu'on a conçue en début d'année.
06:59Exactement.
07:00Il faut bien avoir en tête,
07:01quand on construit une allocation d'actifs,
07:02on la construit sur le long terme.
07:03Ça dépend aussi et très largement des objectifs,
07:08mais aussi des contraintes de nos clients.
07:09Et ça, ce sont des choses qui restent relativement permanentes,
07:12peu importe le contexte de volatilité sur le court terme.
07:14Justement, nous, on insiste vraiment sur le fait
07:16d'essayer de s'extraire de cette volatilité de court terme,
07:18de rester fidèle, justement,
07:20à un scénario relativement long dans le temps
07:22et d'éviter de prendre des grandes décisions directionnelles
07:26d'allocations d'actifs dans un contexte aussi incertain.
07:28Benoît Pellois, merci infiniment.
07:30Natix, si c'est cette management,
07:32merci de ses commentaires et de ses bons conseils
07:33pour gérer au mieux la volatilité de marché,
07:35même quand elle est profitable,
07:36avec un CAC 40 qui gagne quasiment 5%.
07:39Merci.
07:39Merci.
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