00:00Les usines de capture directe du CO2. Je ne sais pas si vous avez entendu ça.
00:03En Islande, elles viennent de sortir de terre, cette grande usine,
00:07plein de métal, d'énergie qui va absorber l'air pour en faire du charbon, grosso modo.
00:16Ça, c'est vraiment l'exemple typique d'une excellente réponse à une très mauvaise question.
00:22Le CO2, oui, il y a du CO2 dans l'atmosphère, mais c'est le symptôme.
00:26La quantité de CO2 dans l'atmosphère, ce n'est pas la cause.
00:28On est en train d'enterrer le thermomètre.
00:31Comme ça, on va pouvoir autoriser l'industrie pétrolière de continuer à extraire,
00:36parce que maintenant, on peut extraire du CO2.
00:44La performance, le culte de la performance, qui contamine jusqu'au champ de la biologie,
00:50en fait, on peut apporter des arguments contre la performance.
00:55En fait, dans un culte de la performance, si on veut garder un esprit critique,
01:01il faut avoir des arguments pour critiquer cette performance.
01:05Et donc, je peux vous offrir quelques arguments contre cette performance,
01:10qui sont des arguments systémiques, finalement.
01:12Quand on a une analyse de ce que produit la performance dans n'importe quel système,
01:17que ce soit un système social, physique, biologique.
01:19Alors, premier argument, optimiser, fragilise.
01:25Optimiser, fragilise.
01:27En fait, ça veut dire que quand on optimise quelque chose, on fragilise autre chose.
01:31Mon exemple favori, c'est le canal de Suez, par exemple.
01:34Le canal de Suez, ça a optimisé, ça a augmenté les performances du transport maritime international,
01:38mais maintenant, ça fragilise la mondialisation, quelque part,
01:41parce que l'Europe se rend compte que maintenant, elle s'est habituée à ce flux de bateaux,
01:45et elle dépend de la Chine et de l'Inde pour des produits vitaux, comme les médicaments.
01:49Ça, c'est de l'optimisation qui fragilise.
01:51Si vous voulez, pour prendre un exemple un petit peu absurde,
01:54là, on est en plein Roland-Garros.
01:55Là, vous voyez, si vous voulez mettre des balles de tennis dans un cylindre, dans un tube,
01:59en général, on en met trois ou quatre dans un tube.
02:01Donc, si vous voulez en mettre plus, si vous voulez augmenter la performance,
02:04une façon de faire, c'est de couper les balles en deux
02:07et de les empiler les unes sur les autres.
02:09Donc là, vous allez mettre beaucoup plus de balles de tennis dans un tube.
02:12Donc, en fait, on a tendance à faire ça.
02:13Ça, ça paraît absurde si on voulait stocker des balles de tennis.
02:17Mais en fait, on fait vraiment ça.
02:19Pensez aux plantations, les plantations de verger pour faire du bois.
02:26C'est des alignements d'arbres qui sont performants pour la mécanisation, pour la récolte.
02:31Mais alors, quand il y a des pathogènes, c'est des autoroutes à propagation.
02:36Donc, on fait exactement comme si on mettait des balles de tennis qu'on coupait en deux pour les empiler.
02:40Premier réglement, optimiser fragile.
02:41Je ne veux pas être trop long.
02:44Deuxième argument, c'est l'effet rebond.
02:47L'effet rebond, en fait, ça veut dire que...
02:50Je vais prendre mon exemple des frigos que j'aime beaucoup utiliser.
02:53Quand vous avez des frigos dans les années 60, ils consommaient beaucoup d'énergie.
02:57Donc, on a voulu faire des progrès de performance.
02:59Donc, on les a rendus moins énergivores.
03:02Du coup, ils consomment moins d'énergie.
03:03Du coup, ils sont plus attractifs.
03:05Ils coûtent moins cher.
03:06Et qu'est-ce qu'on fait ?
03:07On les multiplie, on les fait grossir, on fait des frigos connectés, on fait des caves à vin.
03:12Et au final, ça consomme...
03:13Enfin, la population mondiale des frigos consomme plus d'énergie.
03:18Donc, ça, c'est très vicieux, que l'effet rebond, parce qu'on a l'impression d'aller dans le
03:21bon sens, de faire de la sobriété.
03:23Et en fait, on fait de l'ébriété.
03:26C'est très paradoxal, mais c'est exactement ce qui se passe.
03:28Et en fait, c'est vrai pour les frigos, c'est vrai pour les avions.
03:31Quand les avions, voilà, le kérosène, etc.
03:33Donc, la surmobilité, du coup, ça fait d'autres effets rebonds.
03:36Le surtourisme.
03:37Oui, en fait, les effets rebonds, ça ne s'arrête pas.
03:39Ça, c'est de la performance en roue libre.
03:42Donc, ça, voilà, deuxième argument.
03:44Troisième argument, la loi de Goodhart.
03:47C'est ma loi préférée, à vrai dire.
03:49Quand une mesure devient une cible, elle cesse d'être fiable.
03:54Quand une mesure devient une cible, elle cesse d'être fiable.
03:58Ça, ça veut dire que tout indicateur de performance est toxique.
04:03Parce que quand on met un indicateur de performance, c'est très attractif et on ne va voir que cet
04:08indicateur.
04:08Et on va oublier tout le reste.
04:10L'exemple typique, c'est, on va aussi avoir bientôt les JO à Paris, les Jeux Olympiques.
04:15Le sport de compétition est soumis à la loi de Goodhart.
04:19Le dopage dans le sport de compétition, c'est bien pour atteindre la meilleure performance, quitte à s'intoxiquer.
04:26Alors que son corps, c'est son outil de travail, quand on est un sportif de compétition.
04:30Vous voyez, l'absurdité.
04:31C'est dans le sport de compétition, la variante, ça va être les jeux augmentés.
04:36Je ne sais pas si vous avez entendu cette histoire-là.
04:38Les jeux augmentés, c'est des jeux, du sport de compétition, où on va autoriser le dopage.
04:45Et il y a déjà des sportifs de compétition qui ont dit oui.
04:47Donc là, c'est le retour des jeux du cirque.
04:49On va aller voir des sportifs se tuer dans les stades.
04:52La loi de Goodhart flamboyante, j'ai envie de dire.
04:55Donc en fait, ça, c'est vraiment le monde de la loi de Goodhart.
04:57Alors c'est vrai pour le sport de compétition, c'est vrai pour les études.
05:02Le bachotage avant les examens, c'est exactement ça.
05:04On va performer, passer l'examen, mais on n'aura rien appris.
05:08Bon, je pense qu'on peut à peu près toutes et tous se reconnaître là-dedans.
05:12Voilà, c'est quelque chose qu'on vit.
05:14Après, il y a un autre exemple, c'est aussi les usines de capture directe du CO2.
05:19Je ne sais pas si vous avez entendu ça.
05:20Donc en Islande, là, on vient de sortir de terre, cette grande usine, plein de métal, d'énergie qui va
05:26absorber l'air pour en faire du charbon, grosso modo.
05:32Alors ça, c'est vraiment l'exemple typique d'une excellente réponse à une très mauvaise question.
05:38Vraiment, c'est que le CO2, oui, il y a du CO2 dans l'atmosphère, mais c'est le symptôme
05:42de la quantité de CO2 dans l'atmosphère.
05:44Ce n'est pas la cause.
05:46Donc on est en train d'enterrer le thermomètre, là.
05:48Et comme ça, on va pouvoir autoriser l'industrie pétrolière de continuer à extraire, parce que maintenant, on peut extraire
05:54du CO2.
05:54Sachant que c'est des peanuts, ce qu'on extrait avec la capture directe du CO2, c'est très très
05:59peu.
05:59Bon, enfin voilà, donc ça, c'est la loi de Gouda.
06:01Et puis, bon, peut-être un petit dernier argument au passage, mais finalement, je ne voudrais pas dire le petit
06:06dernier, parce que c'est le plus important.
06:09Et à mon avis, c'est celui qui se lie le plus à la politique.
06:11C'est une équation à trois mots.
06:16Performance, la performance est toujours relative.
06:20Quand on est performant, c'est qu'on est plus performant que quelqu'un d'autre.
06:23Donc en fait, la performance, c'est un appel à la compétition.
06:28Dans une compétition, qui gagne ?
06:30Ce sont toujours les plus violents.
06:34Donc quand c'est une équation à trois mots, performance appelle la compétition, la compétition appelle la violence.
06:41Et donc là, je vais basculer directement dans le monde politique, parce qu'en France, on a un certain Emmanuel
06:47M.
06:47qui parlait d'efficacité depuis des années, et maintenant, il parle de réarmement.
06:53Et bien voilà, maintenant, c'est du domaine public.
06:56Performance appelle la violence.
06:58Et donc cette violence, elle s'exerce contre les plus défavorisés, et aussi contre les écosystèmes.
07:03Et donc c'est ça, le produit de notre performance.
07:05C'est une dégradation sociale et une dégradation de notre habitat planétaire.