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  • il y a 21 heures
Aurélien Barrau, astrophysicien au CNRS et professeur à l’Université Grenoble Alpes, débat avec Asma Mhalla, politologue spécialiste des Big Tech et enseignante à Sciences Po.
Entre intelligence artificielle, pouvoir technologique, géopolitique et avenir de l’humanité, ils analysent les dangers de l’IA, la rivalité États Unis Chine et la place de l’humain face aux algorithmes. Extrait de la chaîne Livres en Marches.

#Barrau #IA #Technologie #Geopolitique #Societe

00:00 Intro
00:31 Aurélien Barrau
04:20 Asma Mhalla
10:21 Outro

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Comment Asma Mhalla qualifie-t-elle le combat d'Aurélien Barrau ?
➡ un combat romantique.

Quelles puissances dominent la rivalité autour de l'IA ?
➡ les États-Unis et la Chine.

Pourquoi certaines décisions sont-elles déléguées aux machines ?
➡ une nécessité de vitesse.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Avant que ce ne soit des guerres entre, disons, nations, entre armées, entre un État ou une population, c'est
00:08une guerre contre la vitesse.
00:10C'est ça qui se joue avec les intelligences artificielles quand on les met dans le champ militaire.
00:17C'est le premier qui a capté la donnée, qui l'a transformée en information et qui a dégainé, le
00:22premier à gagner.
00:32GPT, ça marche. Mais ça marche pour faire quoi ?
00:36On m'a montré des poèmes écrits par GPT en me disant « mais regarde, c'est pas mal ».
00:40Et c'est vrai que c'est pas mal. Surtout quand vous commencez à aller vers des choses un peu
00:44compliquées, vers l'exasyllabe ou des choses comme ça.
00:46Les textes, ils ne sont pas forcément neuneux. Mais ce n'est pas de la poésie et ça ne peut
00:51pas l'être.
00:52Parce que l'art, ce n'est pas un divertissement. L'art, ou l'intelligence en général, est toujours doublement
00:58référentiel.
00:59C'est-à-dire qu'il faut d'une part une référence au réel et d'autre part une référence
01:03au locuteur ou à la locutrice.
01:06La référence au réel, c'est tout simple. C'est la vérité. Il n'y a pas de concept de
01:10vérité chez GPT.
01:11Ça ne peut pas exister. Il y a un concept d'occurrence statistique de certaines idées sur Internet,
01:18compte tenu du fait, bien sûr, qu'on interdit généralement aux algorithmes les idées un peu trop subversives,
01:24c'est-à-dire celles qui contestent l'ordre dominant.
01:26Et ensuite, il n'y a pas de référence à l'auteur ou à l'autrice ou à l'auteur.
01:30Tout simplement parce que dans un poème, ou dans un texte, ou dans un roman, ou dans un essai philosophique,
01:38ou même dans un mot d'amour, ce qui est important, c'est que tout est référentiel.
01:42C'est qu'à chaque embryon de concepts, de mots, d'idiomes, d'expressions, vous convoquez toute une chaîne symbolique
01:50qui est en résonance avec votre passé, avec votre histoire, avec votre culture, avec l'amour que vous éveillez
01:56ou que vous n'éveillez pas dans les yeux de l'autre.
01:59Et ça, GPT ne peut pas le faire. Il ne peut pas le faire structurellement.
02:02Vous pouvez multiplier par 100 000 la puissance des processeurs d'Openaï.
02:06Ça ne changera rien au fait qu'il ne peut pas le faire.
02:08Pour le dire de façon très triviale, quand vous allez chez le médecin et que vous lisez le compte-rendu
02:13d'hospitalisation,
02:14vous interprétez les mots.
02:15Quand le chirurgien vous dit « je ne suis pas très inquiet » ou quand il vous dit « je
02:19suis rassuré »,
02:20ça veut dire à peu près la même chose, mais vous comprenez qu'en fait, ça ne veut pas dire
02:23la même chose.
02:24Maintenant, les comptes-rendus d'hospitalisation sont en grande partie faits par GPT.
02:28Ne cherchez même pas à les interpréter, ça n'a plus de sens. Ça ne peut pas en avoir.
02:32Et ça, c'est un étiolement considérable de notre puissance d'être.
02:36Et la raison pour laquelle j'insiste sur ce mot, mais là je vais être plus court, je te laisse
02:39la parole dans 30 secondes,
02:40c'est que si vous voulez, c'est ce sur quoi je crois, on ne peut pas ne pas être
02:44d'accord.
02:45C'est-à-dire que certains ici peuvent aimer les oiseaux et les plantes, et d'autres aimer le béton
02:49et l'acier.
02:50Moi, je ne peux pas, contrairement à ce que certains prétendent, asséner des vérités.
02:54C'est-à-dire dire « les oiseaux sont supérieurs au béton ».
02:57J'en sais rien, après tout. Vous avez bien le droit de préférer le béton si c'est votre avis.
03:01En revanche, je pense qu'en tant que vivants, nous ne pouvons pas renoncer à ce qui nous fabrique en
03:08tant que vivants,
03:09à ce qui nous constitue et nous différencie d'un objet.
03:12Nous ne souhaitons pas, aucun d'entre nous, que vous soyez de droite ou de gauche, technophobe ou technophile,
03:18nous ne souhaitons pas devenir les rouages d'un dessin IN, sans dessin EIN, d'accord,
03:26qui nous utilise comme outil. Sinon, c'est très exactement une réification.
03:32C'est très exactement un néocolonialisme qui pourrait même toucher les Blancs.
03:36Vous vous rendez compte ? C'est vous dire à quel point il serait insupportable.
03:39Bon, je plaisante avec ce qui n'est pas drôle, mais c'est pour montrer l'aberration, en réalité,
03:44de la structure idéologique dans laquelle se déploie cette pensée.
03:49Asma, est-ce que ce n'est pas une bonne nouvelle, ce que vient de nous dire Aurélien,
03:51à savoir que finalement, il ne faudrait prendre l'IA que pour ce qu'elle est,
03:56c'est-à-dire une somme d'algorithmes, enfin, un algorithme qui serait une somme de calculs,
04:02et que, je dirais, la culture technoscientifique aidant, nous prendrions conscience tout simplement
04:09de la distinction entre ce qu'Aurélien décrit comme le vivant et qui est communément admis
04:14et puis ce qui n'est qu'une forme de chose inerte ?
04:20Oui, mais ce n'est pas ce que dit Aurélien.
04:23C'est bien le problème.
04:25Et je souscris à tout ce que dit, ou ce que vient de dire Aurélien Barraud.
04:30Et je dirais même que son combat, sa passion est ultra romantique,
04:38que j'adorerais que nous soyons Légion.
04:45Et qu'il y a deux problèmes, deux limites.
04:52C'est que je ne sais pas quand et à quel moment de l'histoire,
04:54et là, c'est vraiment mon inculture crasse qui parle, la poésie.
04:59Elle a pu être une réponse politique massive, je ne sais pas quand.
05:07Je ne sais pas si elle le peut encore.
05:10Et c'est omettre ce qui se joue en termes de réelle politique,
05:14c'est-à-dire en termes de relations internationales.
05:16Et là, j'attaque mon deuxième sujet, ou l'angle de mon propos, de ce que je raconte.
05:22C'est-à-dire qu'évidemment, moi, j'adorerais qu'on soit
05:26dans une espèce d'instinct de survie et de dignité, d'une certaine façon,
05:34de ce qu'est l'humain et donc de ce qui nous distingue de cette machine
05:39ou de cet outil ou de cet agent.
05:41Parce qu'aujourd'hui, on ne parle même plus d'outils, on parle d'agents.
05:43Donc d'agents humains et d'agents machiniques.
05:46On en est là.
05:47C'est très intéressant parce que c'est exactement comme ça
05:49que dans les armées, on parle d'agents humains.
05:52Donc on a en effet un nivellement, même des hiérarchies
05:57entre ce qu'est la machine ou les algorithmes.
06:00C'est-à-dire qu'on s'en fout même de la ferraille qui est autour,
06:02donc en fait des logiciels et de l'homme.
06:07Mais le problème, c'est qu'il y a évidemment la dimension idéologique,
06:11philosophique, mais surtout, vous avez une dimension de puissance.
06:13Or aujourd'hui, l'intelligence artificielle comme concept,
06:19en fait les intelligences artificielles à usage militaire plus précisément,
06:22sont au cœur de la compétition, de la concurrence,
06:25de la rivalité géostratégique entre deux grandes puissances
06:28ou hyper puissances, super puissances, disons,
06:31Etats-Unis et Chine.
06:32Et que de ce point de vue-là, strictement, strictement rien,
06:35je le crois, hélas, n'arrêtera cette course.
06:39Et que les géants technologiques, qui sont les concepteurs de ces outils,
06:42qui ont l'air ludiques ou dégueulasses, ou peu importe,
06:45sont en fait des vecteurs de quoi ?
06:47De soft et de hard power.
06:49Hard power réellement sur le terrain, en Ukraine, à Gaza, ailleurs,
06:55réellement, pour planifier des opérations sur le terrain,
06:58pour capter de la donnée et d'erre planifier,
07:00pour transformer de la data, ce qu'on a mis en données,
07:03et le monde, et donc le champ de bataille,
07:06tout est mis en données, mais la donnée en soi n'a pas tellement de valeur,
07:10si vous ne la transformez pas en informations stratégiques,
07:12qui permettent derrière une décision de données,
07:15ou une prise de décision.
07:17Et donc, c'est précisément, très pragmatiquement,
07:20au-delà des fantasmes, c'est exactement ça.
07:23C'est-à-dire, d'abord et avant que ce ne soient des guerres
07:25entre, disons, nations, entre armées,
07:29entre un État ou une population,
07:32c'est d'abord, et on l'a vu très bien à Gaza,
07:35c'est une guerre contre la vitesse.
07:37C'est ça qui se joue avec les intelligences artificielles
07:41quand on les met dans le champ militaire.
07:44C'est le premier qui a capté la donnée,
07:46qui l'a transformée en informations et qui a dégainé,
07:49le premier a gagné.
07:53C'est ça qui se joue.
07:55C'est cette hyper-vitesse-là.
07:57Et de ce point de vue-là, c'est ce qui fait aussi
07:59qu'on a cette tentation à déléguer les décisions finales
08:04qui peuvent être absolument atroces à la machine
08:08parce qu'il faut aller très, très vite.
08:09Et que l'arbitrage politique,
08:12et là, je parle vraiment dans le champ militaire et politique,
08:15l'arbitrage politique, c'est-à-dire entre lancer l'opération
08:20et le dommage collatéral, est très vite vu, en fait.
08:24Et ce sont des coups politiques qui sont parfaitement assumés.
08:28Qui sont parfaitement assumés.
08:30C'est très cynique, ce que je dis, mais c'est la réalité des choses.
08:35Donc, où est-ce qu'en face, on peut mettre de la poésie
08:38si chacun, en effet, est complètement isolé derrière son écran ?
08:42Et donc, ce qui se joue, c'est un, la rivalité géostratégique
08:45entre Etats-Unis et Chine, que deux, vous avez des puissances régionales
08:48qui utilisent ces outils-là pour du leadership ou de la suprématie
08:53ou un gain de temps sur les gens de bataille
08:59qu'on a ouverts depuis 2022, à peu près,
09:03et qui servent d'ailleurs de terrain d'expérimentation,
09:06qui sont aujourd'hui des laboratoires à ciel ouvert
09:08de ces mêmes outils-là dont on parle.
09:11On le voit très bien, par exemple, sur les armes autonomes.
09:14C'est très intéressant, parce que depuis 2022,
09:16on a eu énormément, énormément de discussions,
09:20de débuts de...
09:22Vous savez, ces livres blancs, les guidelines éthiques,
09:25alors les grandes lignes éthiques à respecter,
09:28partout, dans les Sénacles internationaux, l'ONU,
09:31tout le monde s'y est mis, etc.
09:33Et en fait, Etats-Unis et Chine maintiennent très volontairement
09:38un statu quo où il ne se passe rien.
09:41On ne dit pas oui, on ne dit pas non, on laisse traîner.
09:44Et derrière ça, vous avez plein de boîtes qui sont des start-up,
09:48qui sont financées par ces mêmes acteurs-là.
09:50Je pense à Anduril, par exemple,
09:52dont vous n'avez probablement jamais entendu parler,
09:54et qui est ultra stratégique dans la projection de puissance américaine,
09:57et qui développe des drones parfaitement autonomes,
10:00et qui participent à ces discussions,
10:03c'est-à-dire à ne pas les mener à bout,
10:06à ne pas qu'elles aboutissent
10:08ou qu'elles finissent par aboutir à un consensus donné.
10:11Et donc, on est dans ce nouveau siècle politique,
10:15dans ce nouvel ordre mondial qui est en train de s'installer,
10:17où vous avez deux géants qui sont en train de se battre
10:20pour la première place.
10:21Sous-titrage Société Radio-Canada
10:52Sous-titrage Société Radio-Canada
10:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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