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  • il y a 3 heures
Ce jeudi 16 avril, Gilles Moëc, chef économiste du groupe AXA, a abordé l'évolution des cours du pétrole, le record sur les exportations de pétrole des États-Unis, la capacité de résistance de l'Iran au blocus dans le détroit d'Ormuz,ainsi que l'état et le potentiel de la croissance économique de la Chine, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.



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Transcription
00:00Imaginons, imaginons, la paix est annoncée dans les prochaines heures ou les prochains jours.
00:03Est-ce que les cours du pétrole forcément se détendraient ou au contraire resteraient autour des 100 dollars malgré la
00:08paix ?
00:08C'est une question que Gilles Mouenck aussi est allé explorer pour nous, chef économiste du groupe AXA.
00:12Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:14Faisons un rêve, imaginons, Gilles, la paix est annoncée dans quelques heures ou quelques jours.
00:18Est-ce que forcément le pétrole s'éloigne fortement des 100 dollars d'après vous ?
00:23La question n'est peut-être pas essentiellement là.
00:25La question est peut-être sur le plan macroéconomique de savoir si le prix au détail des produits dérivés du
00:33pétrole se normalise rapidement.
00:35Et la réponse à cette question, elle est clairement non.
00:38Parce que du côté des produits raffinés, une raffinerie ça ne s'éteint pas et ça ne s'allume pas
00:44avec un interrupteur.
00:47On ne remettra en marche certaines lignes de production que lorsque les raffineurs auront une vraie visibilité
00:53sur plusieurs mois d'approvisionnement, la sécurité sur l'approvisionnement sur plusieurs mois.
00:59Donc ça, de toute manière, ça va provoquer un retard.
01:03Ce qui fait que pour les grands utilisateurs de produits dérivés,
01:08et on parlait à l'instant de l'industrie aérienne,
01:11il faudra probablement plusieurs mois pour arriver à une normalisation.
01:15Ça, c'est sur les produits transformés.
01:17Mais même sur le pétrole lui-même, un point important à garder en tête,
01:22c'est que même si le détroit d'Hormuz se réouvre,
01:27il faut déjà gérer la sortie des détroits par les pétroliers et les gaziers
01:33qui sont actuellement dans le golfe Persique.
01:35Ça, ça prendra de toute manière du temps.
01:38De ce que j'ai lu, ça prendra au minimum deux semaines.
01:40en faisant l'hypothèse qu'il y ait une normalisation totale du trafic.
01:44Et ensuite, il y a tout simplement le délai d'achemonnement
01:47une fois que le détroit d'Hormuz est passé
01:50jusqu'au port, jusqu'au terminaux de réception des produits bruts.
01:56Donc la manière dont le marché est aujourd'hui en train de gérer la situation,
02:03ce qui m'intéresse beaucoup, c'est ce qui se passe par exemple
02:05sur les contrats internes sur le brut à trois mois.
02:07Et on voit que sur ces contrats internes,
02:11même si l'hypothèse qui semble dominer aujourd'hui,
02:15on verra où on en est dans deux heures,
02:17et ça peut, ça a le temps de changer dix fois,
02:18mais l'hypothèse d'une amélioration, d'une détente dans le golfe,
02:24elle laisse quand même le contrat internes sur le brut à 90 dollars
02:29à l'horizon du début de l'été.
02:31Donc voilà, les choses semblent aller plutôt dans la bonne direction,
02:35mais on ne peut pas compter sur une normalisation rapide.
02:37– Et est-ce que l'économie américaine, d'une certaine façon,
02:40profite de la situation ?
02:42On voit par exemple, c'est l'AIE qui nous le disait hier,
02:44les exportations de pétrole des États-Unis atteignent des records.
02:48Jamais les États-Unis n'avaient autant exporté de pétrole qu'en ce moment,
02:51avec en plus un baril toujours plus cher.
02:53Est-ce que l'économie américaine en profite,
02:56ou ça n'a rien à voir et finalement ça profite aux pétroliers,
02:58mais pas à cette économie américaine ?
03:00– L'effet net reste quand même négatif,
03:02parce que bien sûr, les producteurs de pétrole et de gaz aux États-Unis,
03:07aujourd'hui, sont des bénéficiaires de la situation,
03:11mais la transformation de ces profits des entreprises pétrolières
03:17en dépenses effectives aux États-Unis,
03:20cette transformation est faible et plutôt lente.
03:23Ce qui va dominer à court terme,
03:25c'est l'effet négatif sur le pouvoir d'achat des ménages américains
03:28et l'effet négatif sur les marges des entreprises
03:31qui sont des utilisatrices de carburant.
03:34Et là, on sait que les choses restent tendues.
03:37J'en regardais les chiffres un instant.
03:39On a une petite détente par rapport à la semaine dernière
03:42sur les prix de l'essence au détail.
03:48Aux États-Unis, on a une petite détente d'à peu près 7 à 8 cents,
03:51ce n'est pas grand-chose, mais on est toujours au-dessus du seuil psychologique des 4 dollars.
03:56Donc ça, cet impact sur le pouvoir d'achat,
03:59donc sur la consommation, donc immédiatement sur le PIB,
04:01pour moi, l'emporte sur l'impact via les profits des entreprises pétrolières.
04:07Gilles, je sais bien que c'est difficile d'avoir des données précises sur l'Iran,
04:12mais théoriquement, dans votre tête,
04:15combien de temps le pays pourrait tenir avec un blocus ?
04:20Je ne sais pas comment répondre à cette question,
04:22parce que le seuil de douleur, entre guillemets, de douleur économique,
04:27qu'un pays non démocratique peut supporter,
04:30est évidemment très très différent du seuil de douleur
04:33qu'un État démocratique, lui, peut se permettre de supporter.
04:37Donc, le marché est en train de se comporter sous l'hypothèse que la pression était telle
04:46que très très rapidement, on va arriver à un accord.
04:49C'est possible, c'est probablement ce qui est rationnel,
04:53si tout le monde raisonne très froidement.
04:56Mais, encore une fois, on n'est pas dans un régime démocratique
05:00qui va être immédiatement confronté à des contre-coups électoraux,
05:06à des contre-coups politiques.
05:08Il n'y a plus beaucoup de contre-pouvoirs aujourd'hui à terre.
05:12Donc, le calcul américain est, encore une fois, un calcul rationnel,
05:16d'essayer de priver l'Iran d'accès aux ressources,
05:20mais un, l'Iran a des réserves financières accumulées,
05:24et de, voilà, le régime peut résister probablement encore quelques jours,
05:30quelques semaines, mais ce n'est pas du tout mon domaine de spécialité.
05:33Et pendant ce temps, la Chine ?
05:34Alors, là, il y a un peu plus de données sur la Chine,
05:36enfin, quoique, c'est le gouvernement qui nous fournit les chiffres,
05:38là, sur la croissance, en tout cas, 5% de croissance au premier trimestre en Chine,
05:41c'est pas mal, c'est au-delà de ce qui était attendu.
05:44Quel signal ça envoie sur l'état de l'économie chinoise et son potentiel, d'après vous ?
05:49C'est un signal positif, évidemment.
05:53Mais ce qui m'intéresse, moi, c'est la qualité, entre guillemets, de cette croissance,
05:58parce qu'on n'avait pas beaucoup de doutes que ça ne serait pas très éloigné
06:00de l'ancien objectif officiel de 5%.
06:04Or, ce qui transparaît des données,
06:07même si on n'a toujours pas de PIB complètement bouclé,
06:09dans le cas de la Chine, comme on l'a pour la plupart des pays du monde,
06:13c'est que, semble-t-il, c'est essentiellement le secteur manufacturier,
06:16c'est essentiellement le secteur exportateur.
06:19Ça, ça veut dire positivement que la Chine résiste très bien à la carte commerciale
06:24que lui inflige les États-Unis.
06:25Mais, de ce que l'on comprend, on a eu des données récentes sur les ventes au détail,
06:29par exemple, la machine de la demande intérieure chinoise n'est toujours pas repartie.
06:36Et c'est ça, fondamentalement, pour moi, le problème macro,
06:39un peu d'ensemble auquel on est confronté aujourd'hui.
06:41C'est quand même un peu la source de beaucoup de tensions dans le monde aujourd'hui.
06:45On a une économie chinoise qui tient, effectivement,
06:49mais qui contribue très peu à la croissance mondiale,
06:52tout simplement parce que la demande intérieure n'est toujours pas à rendez-vous.
06:57Merci, Gilles.
06:58Gilles Mouac est avec nous, chef économiste du groupe AXA,
07:00de nous avoir accompagné.
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