00:00Imaginons, imaginons, la paix est annoncée dans les prochaines heures ou les prochains jours.
00:03Est-ce que les cours du pétrole forcément se détendraient ou au contraire resteraient autour des 100 dollars malgré la
00:08paix ?
00:08C'est une question que Gilles Mouenck aussi est allé explorer pour nous, chef économiste du groupe AXA.
00:12Bonjour Gilles, ravi de vous retrouver.
00:14Faisons un rêve, imaginons, Gilles, la paix est annoncée dans quelques heures ou quelques jours.
00:18Est-ce que forcément le pétrole s'éloigne fortement des 100 dollars d'après vous ?
00:23La question n'est peut-être pas essentiellement là.
00:25La question est peut-être sur le plan macroéconomique de savoir si le prix au détail des produits dérivés du
00:33pétrole se normalise rapidement.
00:35Et la réponse à cette question, elle est clairement non.
00:38Parce que du côté des produits raffinés, une raffinerie ça ne s'éteint pas et ça ne s'allume pas
00:44avec un interrupteur.
00:47On ne remettra en marche certaines lignes de production que lorsque les raffineurs auront une vraie visibilité
00:53sur plusieurs mois d'approvisionnement, la sécurité sur l'approvisionnement sur plusieurs mois.
00:59Donc ça, de toute manière, ça va provoquer un retard.
01:03Ce qui fait que pour les grands utilisateurs de produits dérivés,
01:08et on parlait à l'instant de l'industrie aérienne,
01:11il faudra probablement plusieurs mois pour arriver à une normalisation.
01:15Ça, c'est sur les produits transformés.
01:17Mais même sur le pétrole lui-même, un point important à garder en tête,
01:22c'est que même si le détroit d'Hormuz se réouvre,
01:27il faut déjà gérer la sortie des détroits par les pétroliers et les gaziers
01:33qui sont actuellement dans le golfe Persique.
01:35Ça, ça prendra de toute manière du temps.
01:38De ce que j'ai lu, ça prendra au minimum deux semaines.
01:40en faisant l'hypothèse qu'il y ait une normalisation totale du trafic.
01:44Et ensuite, il y a tout simplement le délai d'achemonnement
01:47une fois que le détroit d'Hormuz est passé
01:50jusqu'au port, jusqu'au terminaux de réception des produits bruts.
01:56Donc la manière dont le marché est aujourd'hui en train de gérer la situation,
02:03ce qui m'intéresse beaucoup, c'est ce qui se passe par exemple
02:05sur les contrats internes sur le brut à trois mois.
02:07Et on voit que sur ces contrats internes,
02:11même si l'hypothèse qui semble dominer aujourd'hui,
02:15on verra où on en est dans deux heures,
02:17et ça peut, ça a le temps de changer dix fois,
02:18mais l'hypothèse d'une amélioration, d'une détente dans le golfe,
02:24elle laisse quand même le contrat internes sur le brut à 90 dollars
02:29à l'horizon du début de l'été.
02:31Donc voilà, les choses semblent aller plutôt dans la bonne direction,
02:35mais on ne peut pas compter sur une normalisation rapide.
02:37– Et est-ce que l'économie américaine, d'une certaine façon,
02:40profite de la situation ?
02:42On voit par exemple, c'est l'AIE qui nous le disait hier,
02:44les exportations de pétrole des États-Unis atteignent des records.
02:48Jamais les États-Unis n'avaient autant exporté de pétrole qu'en ce moment,
02:51avec en plus un baril toujours plus cher.
02:53Est-ce que l'économie américaine en profite,
02:56ou ça n'a rien à voir et finalement ça profite aux pétroliers,
02:58mais pas à cette économie américaine ?
03:00– L'effet net reste quand même négatif,
03:02parce que bien sûr, les producteurs de pétrole et de gaz aux États-Unis,
03:07aujourd'hui, sont des bénéficiaires de la situation,
03:11mais la transformation de ces profits des entreprises pétrolières
03:17en dépenses effectives aux États-Unis,
03:20cette transformation est faible et plutôt lente.
03:23Ce qui va dominer à court terme,
03:25c'est l'effet négatif sur le pouvoir d'achat des ménages américains
03:28et l'effet négatif sur les marges des entreprises
03:31qui sont des utilisatrices de carburant.
03:34Et là, on sait que les choses restent tendues.
03:37J'en regardais les chiffres un instant.
03:39On a une petite détente par rapport à la semaine dernière
03:42sur les prix de l'essence au détail.
03:48Aux États-Unis, on a une petite détente d'à peu près 7 à 8 cents,
03:51ce n'est pas grand-chose, mais on est toujours au-dessus du seuil psychologique des 4 dollars.
03:56Donc ça, cet impact sur le pouvoir d'achat,
03:59donc sur la consommation, donc immédiatement sur le PIB,
04:01pour moi, l'emporte sur l'impact via les profits des entreprises pétrolières.
04:07Gilles, je sais bien que c'est difficile d'avoir des données précises sur l'Iran,
04:12mais théoriquement, dans votre tête,
04:15combien de temps le pays pourrait tenir avec un blocus ?
04:20Je ne sais pas comment répondre à cette question,
04:22parce que le seuil de douleur, entre guillemets, de douleur économique,
04:27qu'un pays non démocratique peut supporter,
04:30est évidemment très très différent du seuil de douleur
04:33qu'un État démocratique, lui, peut se permettre de supporter.
04:37Donc, le marché est en train de se comporter sous l'hypothèse que la pression était telle
04:46que très très rapidement, on va arriver à un accord.
04:49C'est possible, c'est probablement ce qui est rationnel,
04:53si tout le monde raisonne très froidement.
04:56Mais, encore une fois, on n'est pas dans un régime démocratique
05:00qui va être immédiatement confronté à des contre-coups électoraux,
05:06à des contre-coups politiques.
05:08Il n'y a plus beaucoup de contre-pouvoirs aujourd'hui à terre.
05:12Donc, le calcul américain est, encore une fois, un calcul rationnel,
05:16d'essayer de priver l'Iran d'accès aux ressources,
05:20mais un, l'Iran a des réserves financières accumulées,
05:24et de, voilà, le régime peut résister probablement encore quelques jours,
05:30quelques semaines, mais ce n'est pas du tout mon domaine de spécialité.
05:33Et pendant ce temps, la Chine ?
05:34Alors, là, il y a un peu plus de données sur la Chine,
05:36enfin, quoique, c'est le gouvernement qui nous fournit les chiffres,
05:38là, sur la croissance, en tout cas, 5% de croissance au premier trimestre en Chine,
05:41c'est pas mal, c'est au-delà de ce qui était attendu.
05:44Quel signal ça envoie sur l'état de l'économie chinoise et son potentiel, d'après vous ?
05:49C'est un signal positif, évidemment.
05:53Mais ce qui m'intéresse, moi, c'est la qualité, entre guillemets, de cette croissance,
05:58parce qu'on n'avait pas beaucoup de doutes que ça ne serait pas très éloigné
06:00de l'ancien objectif officiel de 5%.
06:04Or, ce qui transparaît des données,
06:07même si on n'a toujours pas de PIB complètement bouclé,
06:09dans le cas de la Chine, comme on l'a pour la plupart des pays du monde,
06:13c'est que, semble-t-il, c'est essentiellement le secteur manufacturier,
06:16c'est essentiellement le secteur exportateur.
06:19Ça, ça veut dire positivement que la Chine résiste très bien à la carte commerciale
06:24que lui inflige les États-Unis.
06:25Mais, de ce que l'on comprend, on a eu des données récentes sur les ventes au détail,
06:29par exemple, la machine de la demande intérieure chinoise n'est toujours pas repartie.
06:36Et c'est ça, fondamentalement, pour moi, le problème macro,
06:39un peu d'ensemble auquel on est confronté aujourd'hui.
06:41C'est quand même un peu la source de beaucoup de tensions dans le monde aujourd'hui.
06:45On a une économie chinoise qui tient, effectivement,
06:49mais qui contribue très peu à la croissance mondiale,
06:52tout simplement parce que la demande intérieure n'est toujours pas à rendez-vous.
06:57Merci, Gilles.
06:58Gilles Mouac est avec nous, chef économiste du groupe AXA,
07:00de nous avoir accompagné.
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