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00:05On va essayer d'y voir clair, parce que je vous disais, les prix du pétrole,
00:08que ce soit pour le brut léger américain, que ce soit pour le Bren de Mer du Nord,
00:11sont bien bien calés au-delà des 100 dollars désormais.
00:15Mais on a l'impression de ne plus du tout y voir clair sur la situation en Iran.
00:19Frédéric Loret, Alpha Value, bonjour.
00:21Bonjour et merci de m'inviter.
00:22Avec grand plaisir.
00:24Donc on va solliciter vos lumières.
00:26Quelle est la réalité de la situation sur place désormais ?
00:29Alors, le conflit a commencé depuis environ 8 semaines.
00:33La situation sur place est extrêmement tendue.
00:35Et peu importe ce que pourra dire Donald Trump,
00:38le détroit d'Ormuz est extrêmement peu passant.
00:41En termes de passants, on est à moins de 10%.
00:45On a 400 tankers qui sont encore bloqués dans le Golfe.
00:48Et on a de nombreux pays qui ont déclaré depuis quelques semaines force majeure.
00:53Notamment l'Irak, le Koweït, les Émirats.
00:56Donc de ce point de vue-là, la situation est extrêmement tendue.
01:00Il y a des moyens de contournement.
01:02Évidemment, le pipeline Est-Ouest à travers l'Arabie Saoudite,
01:04ce qui permet de faire passer 7 millions de barils par jour.
01:07Mais il ne peut pas tout faire.
01:08Il ne peut pas tout faire, effectivement.
01:09On a aussi l'ADCOP.
01:11Donc en tout, on serait à 8 millions de barils qui seraient riroutés.
01:16Et donc effectivement, on a un marché qui est soulagé, entre guillemets,
01:20de 11 à 12 millions de barils par jour.
01:21Et on a un prix des commodités qui, inévitablement, va monter.
01:25Donc le Brent et évidemment le WTI.
01:27Et du côté des pays les plus impactés, nous, Européens, nécessairement.
01:33Le pétrole, on ne produit pas.
01:35Quels sont les pays les plus touchés ?
01:38Je pense au pétrole, je pense aussi au gaz.
01:40On sait que l'Italie est très, très dépendante du gaz.
01:43Parce qu'elle a une politique publique qui est très axée sur cette source d'énergie.
01:47Mais il y en a d'autres.
01:48Quels sont les pays qui souffrent le plus, là, concrètement ?
01:52Alors, il faut savoir que vous avez cité l'Italie.
01:54Les pays européens sont moins touchés que les pays asiatiques.
01:58Mais cependant, on n'est pas indemne.
02:02Effectivement, dès le début du conflit,
02:03Georgia Meloni a rencontré Donald Trump
02:05pour sécuriser une partie de ses importations en gaz, GNL.
02:11Donc, d'autres pays européens ont évidemment suivi.
02:14On peut citer la France, l'Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni.
02:19Donc, de ce point de vue-là, effectivement,
02:22la stratégie européenne a fonctionné.
02:24On parle ici de contrats qui ont été signés avec Donald Trump.
02:27On est sur des contrats longs termes.
02:29On parle de contrats à 15-20 ans.
02:31Mais les plus touchés, évidemment, sont les pays asiatiques
02:34qui dépendent énormément du détroit d'Hermouz.
02:37On peut citer évidemment le Japon, la Corée du Sud, Taïwan,
02:40qui, eux, ont d'ailleurs fait appel aussi aux Américains
02:45sur leurs importations de gaz.
02:49Un petit mot sur le Qatar, rôle clé ces dernières semaines.
02:54Et puis, ça a été un des premiers pays
02:55qui a été touché par des frappes iraniennes sur son complexe...
02:59Alors, c'est le gaz, le Qatar.
03:00C'est ça, sa grande richesse.
03:04Selon vous, c'est peut-être bien là que tout se joue, en fait ?
03:08Alors, effectivement, le Qatar, c'est avant tout le gaz.
03:10Il faut savoir qu'on a des entreprises européennes,
03:12notamment Shell, EBP et Total Energy, pardon,
03:15qui sont très présentes.
03:16Vous avez parlé du complexe de Razlafan.
03:18Pour le mettre en perspective,
03:19c'est le plus grand complexe d'exportation GNL au monde.
03:2277 millions de tonnes par an d'exportation GNL.
03:26Et ces infrastructures-là ont été frappées très durement par l'Iran.
03:28On parle de trains de liquefaction qui ont été détruits.
03:31Et du coup, 20% des exportations GNL mondiales
03:33ont disparu du jour au lendemain des marchés.
03:36Et effectivement, Qatar Energy eux-mêmes
03:40parlent de 3 à 5 ans pour remettre ces infrastructures en état.
03:44Donc, les pays asiatiques dont vous parliez juste avant
03:46ont dû trouver des alternatives.
03:48Et évidemment, l'alternative ont été les États-Unis.
03:52Ça, évidemment.
03:53Un dernier mot sur ce qui vient de se passer.
03:55On l'a annoncé en début d'émission.
03:58Les Émirats Arabes Unis
04:00qui vont quitter l'OPEP.
04:03Selon vous, c'est un game changer ?
04:05Christopher Demby, qui a quelques minutes, nous disait
04:07« Oui, bon, c'est pas vraiment une surprise.
04:10Ça va pas vraiment changer la donne.
04:11Et puis, c'est peut-être un coup à y revenir dans quelques mois. »
04:15Mais globalement, il y a quelque chose qui s'est cassé
04:18dans l'unité des producteurs de pétrole et de gaz dans la région
04:22face à ce qui se passe en Iran.
04:24Mais aussi du côté des États-Unis, bien sûr.
04:26Alors, il ne faut pas oublier que les Émirats
04:28ne sont pas les seuls, le premier pays à avoir quitté l'OPEP.
04:31Oui, il y en a plein d'autres.
04:32L'Angola, notamment le Qatar, ont quitté l'OPEP.
04:35Effectivement, il y avait d'importantes tensions
04:37au sein de l'OPEP entre le Qatar et l'Arabie Saoudite
04:40sur les quotas de production.
04:41Il faut savoir que le cartel influence les quantités de pétrole
04:46sur les marchés pour faire fluctuer les prix.
04:49L'Arabie Saoudite a une production qui est extrêmement importante.
04:51On parle de 10 millions de barils par jour,
04:53alors que les Émirats, c'est uniquement 3,5.
04:56Alors qu'ils ont fait énormément d'investissements
04:58et qu'ils ont la capacité de produire beaucoup plus,
05:00d'exporter beaucoup plus de pétrole.
05:02Donc, game changer, pas à court terme.
05:05Parce que de toute façon, s'ils sont capables
05:07de produire plus de barils,
05:09on se demande bien par quelles infrastructures
05:11ils vont pouvoir les exporter.
05:13Effectivement, vous parliez tout à l'heure
05:15de l'ADCOB qui tourne à plein régime,
05:161,5 million de barils qui passent par le détroit d'Omane.
05:20Mais si ces barils-là ne peuvent pas être exportés,
05:22game changer, non, à court terme.
05:24Ok. Frédéric Loret, Alphavial Value,
05:27merci pour ce point complet sur le pétrole et le gaz
05:31dans le Golfe, à l'aune de cette guerre en Iran
05:34et pour l'instant des négociations qui n'avancent pas.
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