00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Thomas Bouberle.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général d'AXA, un des plus grands groupes d'assurance en Europe et même au
00:09niveau mondial.
00:10On a beaucoup de sujets à voir ensemble. Je commence par les perspectives d'économie mondiale données par le FMI
00:15qu'on commentait il y a quelques instants.
00:17Ce qu'on voit c'est que ça va être très compliqué pour le Moyen-Orient, compliqué un peu pour
00:20l'Europe et encore la France.
00:21On est dans une bonne position. Mais pour les États-Unis, tout va bien.
00:25Comment vous analysez-vous ? C'est quoi votre vision mondiale de l'économie ?
00:30Bonjour, d'abord, je suis très heureux d'être avec vous.
00:33Bien sûr, les États-Unis sont très forts, mais aux États-Unis, c'est l'effet de l'IA qui
00:40renforce l'économie américaine.
00:42Si vous enlevez l'IA, vous avez exactement la même image que vous avez en Europe et ailleurs.
00:48Et certainement, les grands conflits et les risques géopolitiques ne vont pas aider à pousser la croissance.
00:55Cette nuit, on a des signaux positifs de la part de Donald Trump qui, sur Fox News, dit
00:59que le conflit est proche de la fin, que des négociations pourraient avoir lieu d'ici deux jours.
01:05Est-ce que vous êtes du coup optimiste ? Est-ce que vous aussi, vous vous dites, bon, c'est
01:08terminé, on va passer à autre chose ?
01:11Non, je veux dire, ça ne va pas être terminé.
01:13Je veux dire, là, on parle sur le fait que les États-Unis vont se retirer, mais ça ne veut
01:18pas dire que le conflit va être terminé.
01:20Cette zone est maintenant très instable.
01:23On a plein d'acteurs dans la zone qui sont intégrés dans cette guerre.
01:28Et pour moi, cette zone va rester instable pendant très longtemps.
01:32Avec des difficultés toujours sur le commerce mondial, le commerce maritime, on a énormément parlé de ces primes d'assurance
01:39pour les bateaux qui ont parfois fait x10.
01:43Est-ce que quand on arrive à des primes x10, l'objectif, c'est de ne pas bouger, c'est
01:47de ne même pas essayer de tenter un passage ?
01:50Non, mais il est clair que c'est très tendu.
01:53Et on parle bien sur les couvertures de guerre, pas les couvertures de base.
01:57Et bien sûr, les couvertures de guerre sont fortement impliquées maintenant par cette guerre.
02:01Nous sommes à côté de nos clients.
02:04On va aider nos clients au maximum possible pour franchir cette étape difficile parce que les blockades sont quand même
02:11multiples maintenant.
02:12Mais j'ai quand même de l'espoir qu'on va trouver une solution.
02:15Parce que personne n'a l'intérêt, dans le moyen terme, à bloquer ce passage-là.
02:21Parce que des implications de deuxième ordre en ce qui concerne l'inflation, l'impact sur les chaînes de valeur,
02:30on va tous le sentir.
02:32Mais est-ce que Donald Trump, c'est un risque que vous pouvez assurer ?
02:36C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on voit que tout le monde demande des assurances sur les géopolitiques, sur
02:41le climat.
02:41Mais est-ce qu'on peut s'assurer contre Trump ?
02:44Certainement, il y a plus de risques que Trump.
02:47Aujourd'hui, la réalité est que la géopolitique est devenue très complexe.
02:51Et aussi, l'environnement des risques est devenu très complexe.
02:54Parce qu'on a beaucoup plus de risques.
02:57Les risques sont beaucoup plus liés.
02:59Et ça rend l'équation beaucoup plus difficile.
03:02C'est pourquoi avoir une belle vue de ces risques et comprendre mieux ce risque,
03:08c'est ça qu'il faut qu'on fasse tous pour comprendre comment on peut mieux gérer.
03:12Mais comment vous accompagnez les entreprises ?
03:14Parce qu'elles ont cette demande d'assurance vis-à-vis du risque géopolitique.
03:17Mais il faut faire du cas par cas.
03:20Comment on assure contre un risque aussi large ?
03:22Contre le risque géopolitique, on ne peut quasiment pas assurer.
03:26Mais je veux dire, il faut travailler sur la prévention.
03:31Beaucoup des entreprises, aujourd'hui, n'ont pas la conscience de leur risque.
03:35Le premier sujet est de comprendre les risques.
03:38De comprendre qu'est-ce que ça veut dire pour leur entreprise, l'existence de l'entreprise.
03:42Et après, voir qu'est-ce qu'on peut faire, en particulier en termes de prévention,
03:47pour éviter des risques géopolitiques.
03:49Parce que, je veux dire, si vous êtes dans un pays ou pas, ça c'est votre choix.
03:53Et de vraiment réfléchir dans la stratégie de l'entreprise,
03:57comment on peut faire de la prévention contre ces risques.
04:01Vous avez l'impression que parfois, les entreprises n'ont pas cette conscience ?
04:04Non.
04:05Qu'il faut encore travailler là-dessus ?
04:06Absolument, parce que c'est nouveau.
04:10On sort d'une période de grande tranquillité.
04:13Pendant 40 ans, on a eu quelques risques.
04:15Après, c'était tranquille.
04:16Là, tout d'un coup, vous avez des risques partout, tout le temps, ça ne s'arrête plus.
04:21Et vraiment, aider les entreprises à comprendre ce jungle de risques
04:25et quelles sont les implications.
04:27Pour moi, c'est la première tâche.
04:29Et la deuxième tâche est de dire, qu'est-ce qu'on peut faire pour aider nos clients
04:32dans la prévention de ces risques.
04:34Parce que régler un sinistre est bon, le prévenir et l'éviter est même mieux.
04:40L'autre risque qui monte ces derniers temps, c'est la question du crédit privé.
04:45En Europe, on est moins exposé qu'aux États-Unis.
04:48Mais il y a le gouverneur de la Banque d'Angleterre
04:49qui a mis en garde là contre le risque de minimiser les récentes faillites.
04:53Vous avez publié vos encours, 69 milliards d'euros.
04:57C'est 15% de l'ensemble.
04:58Vous êtes exposé sur quel type d'actifs ?
05:00Et quelle est votre analyse sur ce risque potentiel de contagion ?
05:04Alors, on a certainement connu une grande croissance du crédit privé.
05:09Parce que ce crédit privé était à l'époque dans des bilans des banques classiques.
05:16Et un nouveau secteur du crédit privé s'est construit.
05:19Bien sûr, beaucoup des investisseurs se sont engagés là-dedans.
05:23Aussi les assureurs.
05:25Mais comme vous l'avez dit, AXA est très peu exposé relatif à ses concurrents.
05:31Et on a certainement investi aussi dans des parties de très haute qualité.
05:37Tout ce qui se passe aujourd'hui autour de l'Iran, autour des risques géopolitiques,
05:42ne va pas aider pour, je veux dire, éviter des tensions dans ce secteur-là.
05:47Parce que si les taux montent, si l'inflation monte, ça va être plus difficile pour ce secteur.
05:53C'est pourquoi tout le monde parle aujourd'hui du risque géopolitique de l'Iran.
05:58Il ne faut pas oublier ce risque du crédit privé.
06:02Mais ça vous inquiète ou pas ?
06:04Parce que les acteurs qu'on reçoit ici souvent disent
06:06c'est un sujet américain, ça n'est pas un sujet européen.
06:10Vous partagez ce point de vue ?
06:11Non, parce que je veux dire, les investisseurs sont des investisseurs mondiaux.
06:16Beaucoup des Européens investissent aux États-Unis.
06:20À mon avis, il y a deux questions auxquelles il faut trouver la réponse.
06:24La première question est, quelle est l'approche des banques centrales en termes de leur politique monétaire ?
06:30Là, je parle plutôt sur la quantité de l'argent.
06:33Parce que plus que c'est accommodant, mieux que c'est pour le soft lending du secteur du crédit privé.
06:41Et deuxièmement, qu'est-ce qui se fait dans les taux à court terme, dans la durée ?
06:47On a vu une augmentation, mais est-ce que c'est durable ou pas ?
06:50Pour moi, ces deux questions, on doit trouver la réponse.
06:53Après, je vous dis, qu'est-ce que ça veut dire pour ce secteur du crédit privé ?
06:55Dites-moi, parce que ça veut dire, si je comprends bien, que si on augmente les taux rapidement,
06:59on a quand même un risque, systémique, je ne sais pas si c'est le terme,
07:02mais en tout cas, de difficultés sur l'ensemble du secteur.
07:05Je ne pense pas qu'il y a un risque systémique,
07:07parce qu'il y a quand même beaucoup des investisseurs individuels, institutionnels derrière.
07:14Ce n'est pas comme en 2008, où on a énormément de banques qui sont là-dedans.
07:19Premier sujet. Deuxième sujet, on a vu dans le passé que la politique et les banques centrales
07:25ont toujours réussi à accompagner ces tensions dans le marché,
07:31dans le sens qu'il y a un soft lending.
07:33Et je fais confiance à ces institutions, à nouveau, qui font le nécessaire pour bien y arriver.
07:39Mais ce qui veut dire que quand on craint une hausse des taux, par exemple,
07:41on parlait à un moment donné de peut-être deux hausses des taux de la part de la BCE,
07:45vous dites que ce serait une mauvaise idée ?
07:47Non, je ne dis pas que ça avait une mauvaise idée.
07:50La BCE a son mandat qui est de gérer bien l'inflation.
07:54Si l'inflation augmente, ils n'ont pas le choix que de réfléchir sur les taux.
07:59Ils ne peuvent pas considérer un secteur sans bien-être.
08:05Mais je veux dire, dans le passé, si on regarde les dernières crises,
08:08on voit quand même que les banques centrales et les gouvernements
08:12ont trouvé le bon chemin pour un soft lending.
08:15Vous ne vous faites pas face à des demandes de retrait comme on peut voir dans des fonds américains ?
08:20Non, parce qu'on est très peu exposés.
08:22Et en plus, un assureur, c'est un investisseur à long terme.
08:27Nos clients sont engagés chez nous pour leur retraite, pour leur épargne.
08:31Ce ne sont pas, je veux dire, des spéculateurs du jour au jour.
08:34Sur la question du risque climatique, Claude Bébéard disait,
08:39un monde qui grimpe à plus de 4 degrés, je ne sais pas l'assurer.
08:43Aujourd'hui, est-ce qu'on est en capacité de construire des produits d'assurance
08:47pour assurer le monde face au risque climatique ?
08:50Alors un, je pense qu'on ne va jamais arriver à 4 degrés,
08:53parce que certainement, on a pris des mesures dans les dernières années
08:57et aussi dans les années à venir pour mieux maîtriser cette transition climatique.
09:02Non, chaque risque est assurable.
09:05C'est toujours une question du prix ou du dispositif.
09:08Et certainement, dans les risques climatiques,
09:10c'est ce que je viens de dire avant, la notion de la prévention.
09:13Comment on peut aider nos clients à éviter le risque,
09:17joue un rôle beaucoup plus important.
09:19Et je pense, dans la durée, cet élément de prévention
09:23va devenir un élément absolument fondamental
09:27et essentiel de la couverture de l'assurance.
09:29Dernier point sur la politique française.
09:31On voit aujourd'hui un débat dans le patronat sur le Rassemblement national.
09:35Est-ce qu'il faut leur parler ou pas leur parler ?
09:38Certains ont pris position, comme le patron de Total Energy.
09:41Certains sont plus réticents, comme Patricia Barbizet.
09:43C'est quoi votre position à vous ?
09:45Aujourd'hui, nous sommes dans une situation difficile en France,
09:49en ce qui concerne notre situation certainement des finances publiques.
09:54Nous avons la perspective des présidentielles en 2027.
09:59Les entreprises sont des acteurs majeurs dans ce pays
10:03et aussi un axe de confiance par leurs collaborateurs et par leurs clients.
10:08Et c'est absolument essentiel que les entreprises disent
10:12c'est ce qu'ils voient, disent, c'est ce qu'ils constatent,
10:15pour que les parties qui sont en train de construire leur programme,
10:19leur vision, prennent ça en compte.
10:21Donc il faut discuter avec tout le monde ?
10:23Il faut discuter, mais il faut d'abord mettre ses positions.
10:28Et c'est ce qu'on voit, nous, nos inquiétudes,
10:31nos idées vis-à-vis eux.
10:33Mais il y a eu un dîner, par exemple, avec Marine Le Pen et certains patrons.
10:37Vous étiez invité, vous, par exemple ?
10:39Vous y êtes allé ?
10:39Absolument.
10:40Donc il faut parler avec tout le monde et discuter.
10:42Il paraît que ça s'est mal passé, ce dîner.
10:44Il faut parler avec tout le monde,
10:45parce que nous sommes dans une démocratie,
10:47mais ça ne veut pas dire qu'on est aligné.
10:50Il faut parler pour mettre ses points sur la table,
10:53parce que notre responsabilité collective, c'est quoi ?
10:56C'est de faire avancer ce pays.
10:58On a une chance unique avec les présidentielles en 2027,
11:01et c'est notre devoir de mettre les points sur la table
11:04qui sont importants pour redresser la France.
11:07Justement, pour faire avancer ce pays,
11:09on a eu ce débat pendant une semaine sur le 1er mai,
11:12comme si c'était un sujet pour l'avenir du pays.
11:15Est-ce que ça vous inquiète sur la capacité de la France
11:17à se réformer, à avancer ?
11:18Ça m'inquiète dans le sens qu'on parle sur des petits sujets.
11:23Je veux dire, la présidentielle 2027 est une chance unique
11:27pour le parti qui va gagner
11:30ou les partis qui vont gagner
11:31de mettre une vision sur la table pour la France.
11:35Qu'est-ce que ça veut dire pour rendre les Français
11:38heureux de leur pays, fiers de leur pays ?
11:41Et pour moi, travailler sur des petites mesures
11:44du 1er mai et autres,
11:45ça ne sert pas à développer cette vision.
11:48Et on doit toujours avoir en tête tous,
11:50c'est quoi ce projet pour la France
11:52qui nous rende à nouveau fiers et heureux dans ce pays.
11:56Merci beaucoup Thomas Bouberle d'être venu ce matin.
Commentaires