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  • il y a 5 minutes
Thomas Buberl, directeur général d'AXA, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 15 avril. Ils sont revenus sur les perspectives de croissance de l'économie mondiale publiées par le FMI, la persistance des conflits au Moyen-Orient, même au lendemain du départ des troupes américaines, et la question des assurances pour couvrir les risques géopolitiques, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Thomas Bouberle.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général d'AXA, un des plus grands groupes d'assurance en Europe et même au
00:09niveau mondial.
00:10On a beaucoup de sujets à voir ensemble. Je commence par les perspectives d'économie mondiale données par le FMI
00:15qu'on commentait il y a quelques instants.
00:17Ce qu'on voit c'est que ça va être très compliqué pour le Moyen-Orient, compliqué un peu pour
00:20l'Europe et encore la France.
00:21On est dans une bonne position. Mais pour les États-Unis, tout va bien.
00:25Comment vous analysez-vous ? C'est quoi votre vision mondiale de l'économie ?
00:30Bonjour, d'abord, je suis très heureux d'être avec vous.
00:33Bien sûr, les États-Unis sont très forts, mais aux États-Unis, c'est l'effet de l'IA qui
00:40renforce l'économie américaine.
00:42Si vous enlevez l'IA, vous avez exactement la même image que vous avez en Europe et ailleurs.
00:48Et certainement, les grands conflits et les risques géopolitiques ne vont pas aider à pousser la croissance.
00:55Cette nuit, on a des signaux positifs de la part de Donald Trump qui, sur Fox News, dit
00:59que le conflit est proche de la fin, que des négociations pourraient avoir lieu d'ici deux jours.
01:05Est-ce que vous êtes du coup optimiste ? Est-ce que vous aussi, vous vous dites, bon, c'est
01:08terminé, on va passer à autre chose ?
01:11Non, je veux dire, ça ne va pas être terminé.
01:13Je veux dire, là, on parle sur le fait que les États-Unis vont se retirer, mais ça ne veut
01:18pas dire que le conflit va être terminé.
01:20Cette zone est maintenant très instable.
01:23On a plein d'acteurs dans la zone qui sont intégrés dans cette guerre.
01:28Et pour moi, cette zone va rester instable pendant très longtemps.
01:32Avec des difficultés toujours sur le commerce mondial, le commerce maritime, on a énormément parlé de ces primes d'assurance
01:39pour les bateaux qui ont parfois fait x10.
01:43Est-ce que quand on arrive à des primes x10, l'objectif, c'est de ne pas bouger, c'est
01:47de ne même pas essayer de tenter un passage ?
01:50Non, mais il est clair que c'est très tendu.
01:53Et on parle bien sur les couvertures de guerre, pas les couvertures de base.
01:57Et bien sûr, les couvertures de guerre sont fortement impliquées maintenant par cette guerre.
02:01Nous sommes à côté de nos clients.
02:04On va aider nos clients au maximum possible pour franchir cette étape difficile parce que les blockades sont quand même
02:11multiples maintenant.
02:12Mais j'ai quand même de l'espoir qu'on va trouver une solution.
02:15Parce que personne n'a l'intérêt, dans le moyen terme, à bloquer ce passage-là.
02:21Parce que des implications de deuxième ordre en ce qui concerne l'inflation, l'impact sur les chaînes de valeur,
02:30on va tous le sentir.
02:32Mais est-ce que Donald Trump, c'est un risque que vous pouvez assurer ?
02:36C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on voit que tout le monde demande des assurances sur les géopolitiques, sur
02:41le climat.
02:41Mais est-ce qu'on peut s'assurer contre Trump ?
02:44Certainement, il y a plus de risques que Trump.
02:47Aujourd'hui, la réalité est que la géopolitique est devenue très complexe.
02:51Et aussi, l'environnement des risques est devenu très complexe.
02:54Parce qu'on a beaucoup plus de risques.
02:57Les risques sont beaucoup plus liés.
02:59Et ça rend l'équation beaucoup plus difficile.
03:02C'est pourquoi avoir une belle vue de ces risques et comprendre mieux ce risque,
03:08c'est ça qu'il faut qu'on fasse tous pour comprendre comment on peut mieux gérer.
03:12Mais comment vous accompagnez les entreprises ?
03:14Parce qu'elles ont cette demande d'assurance vis-à-vis du risque géopolitique.
03:17Mais il faut faire du cas par cas.
03:20Comment on assure contre un risque aussi large ?
03:22Contre le risque géopolitique, on ne peut quasiment pas assurer.
03:26Mais je veux dire, il faut travailler sur la prévention.
03:31Beaucoup des entreprises, aujourd'hui, n'ont pas la conscience de leur risque.
03:35Le premier sujet est de comprendre les risques.
03:38De comprendre qu'est-ce que ça veut dire pour leur entreprise, l'existence de l'entreprise.
03:42Et après, voir qu'est-ce qu'on peut faire, en particulier en termes de prévention,
03:47pour éviter des risques géopolitiques.
03:49Parce que, je veux dire, si vous êtes dans un pays ou pas, ça c'est votre choix.
03:53Et de vraiment réfléchir dans la stratégie de l'entreprise,
03:57comment on peut faire de la prévention contre ces risques.
04:01Vous avez l'impression que parfois, les entreprises n'ont pas cette conscience ?
04:04Non.
04:05Qu'il faut encore travailler là-dessus ?
04:06Absolument, parce que c'est nouveau.
04:10On sort d'une période de grande tranquillité.
04:13Pendant 40 ans, on a eu quelques risques.
04:15Après, c'était tranquille.
04:16Là, tout d'un coup, vous avez des risques partout, tout le temps, ça ne s'arrête plus.
04:21Et vraiment, aider les entreprises à comprendre ce jungle de risques
04:25et quelles sont les implications.
04:27Pour moi, c'est la première tâche.
04:29Et la deuxième tâche est de dire, qu'est-ce qu'on peut faire pour aider nos clients
04:32dans la prévention de ces risques.
04:34Parce que régler un sinistre est bon, le prévenir et l'éviter est même mieux.
04:40L'autre risque qui monte ces derniers temps, c'est la question du crédit privé.
04:45En Europe, on est moins exposé qu'aux États-Unis.
04:48Mais il y a le gouverneur de la Banque d'Angleterre
04:49qui a mis en garde là contre le risque de minimiser les récentes faillites.
04:53Vous avez publié vos encours, 69 milliards d'euros.
04:57C'est 15% de l'ensemble.
04:58Vous êtes exposé sur quel type d'actifs ?
05:00Et quelle est votre analyse sur ce risque potentiel de contagion ?
05:04Alors, on a certainement connu une grande croissance du crédit privé.
05:09Parce que ce crédit privé était à l'époque dans des bilans des banques classiques.
05:16Et un nouveau secteur du crédit privé s'est construit.
05:19Bien sûr, beaucoup des investisseurs se sont engagés là-dedans.
05:23Aussi les assureurs.
05:25Mais comme vous l'avez dit, AXA est très peu exposé relatif à ses concurrents.
05:31Et on a certainement investi aussi dans des parties de très haute qualité.
05:37Tout ce qui se passe aujourd'hui autour de l'Iran, autour des risques géopolitiques,
05:42ne va pas aider pour, je veux dire, éviter des tensions dans ce secteur-là.
05:47Parce que si les taux montent, si l'inflation monte, ça va être plus difficile pour ce secteur.
05:53C'est pourquoi tout le monde parle aujourd'hui du risque géopolitique de l'Iran.
05:58Il ne faut pas oublier ce risque du crédit privé.
06:02Mais ça vous inquiète ou pas ?
06:04Parce que les acteurs qu'on reçoit ici souvent disent
06:06c'est un sujet américain, ça n'est pas un sujet européen.
06:10Vous partagez ce point de vue ?
06:11Non, parce que je veux dire, les investisseurs sont des investisseurs mondiaux.
06:16Beaucoup des Européens investissent aux États-Unis.
06:20À mon avis, il y a deux questions auxquelles il faut trouver la réponse.
06:24La première question est, quelle est l'approche des banques centrales en termes de leur politique monétaire ?
06:30Là, je parle plutôt sur la quantité de l'argent.
06:33Parce que plus que c'est accommodant, mieux que c'est pour le soft lending du secteur du crédit privé.
06:41Et deuxièmement, qu'est-ce qui se fait dans les taux à court terme, dans la durée ?
06:47On a vu une augmentation, mais est-ce que c'est durable ou pas ?
06:50Pour moi, ces deux questions, on doit trouver la réponse.
06:53Après, je vous dis, qu'est-ce que ça veut dire pour ce secteur du crédit privé ?
06:55Dites-moi, parce que ça veut dire, si je comprends bien, que si on augmente les taux rapidement,
06:59on a quand même un risque, systémique, je ne sais pas si c'est le terme,
07:02mais en tout cas, de difficultés sur l'ensemble du secteur.
07:05Je ne pense pas qu'il y a un risque systémique,
07:07parce qu'il y a quand même beaucoup des investisseurs individuels, institutionnels derrière.
07:14Ce n'est pas comme en 2008, où on a énormément de banques qui sont là-dedans.
07:19Premier sujet. Deuxième sujet, on a vu dans le passé que la politique et les banques centrales
07:25ont toujours réussi à accompagner ces tensions dans le marché,
07:31dans le sens qu'il y a un soft lending.
07:33Et je fais confiance à ces institutions, à nouveau, qui font le nécessaire pour bien y arriver.
07:39Mais ce qui veut dire que quand on craint une hausse des taux, par exemple,
07:41on parlait à un moment donné de peut-être deux hausses des taux de la part de la BCE,
07:45vous dites que ce serait une mauvaise idée ?
07:47Non, je ne dis pas que ça avait une mauvaise idée.
07:50La BCE a son mandat qui est de gérer bien l'inflation.
07:54Si l'inflation augmente, ils n'ont pas le choix que de réfléchir sur les taux.
07:59Ils ne peuvent pas considérer un secteur sans bien-être.
08:05Mais je veux dire, dans le passé, si on regarde les dernières crises,
08:08on voit quand même que les banques centrales et les gouvernements
08:12ont trouvé le bon chemin pour un soft lending.
08:15Vous ne vous faites pas face à des demandes de retrait comme on peut voir dans des fonds américains ?
08:20Non, parce qu'on est très peu exposés.
08:22Et en plus, un assureur, c'est un investisseur à long terme.
08:27Nos clients sont engagés chez nous pour leur retraite, pour leur épargne.
08:31Ce ne sont pas, je veux dire, des spéculateurs du jour au jour.
08:34Sur la question du risque climatique, Claude Bébéard disait,
08:39un monde qui grimpe à plus de 4 degrés, je ne sais pas l'assurer.
08:43Aujourd'hui, est-ce qu'on est en capacité de construire des produits d'assurance
08:47pour assurer le monde face au risque climatique ?
08:50Alors un, je pense qu'on ne va jamais arriver à 4 degrés,
08:53parce que certainement, on a pris des mesures dans les dernières années
08:57et aussi dans les années à venir pour mieux maîtriser cette transition climatique.
09:02Non, chaque risque est assurable.
09:05C'est toujours une question du prix ou du dispositif.
09:08Et certainement, dans les risques climatiques,
09:10c'est ce que je viens de dire avant, la notion de la prévention.
09:13Comment on peut aider nos clients à éviter le risque,
09:17joue un rôle beaucoup plus important.
09:19Et je pense, dans la durée, cet élément de prévention
09:23va devenir un élément absolument fondamental
09:27et essentiel de la couverture de l'assurance.
09:29Dernier point sur la politique française.
09:31On voit aujourd'hui un débat dans le patronat sur le Rassemblement national.
09:35Est-ce qu'il faut leur parler ou pas leur parler ?
09:38Certains ont pris position, comme le patron de Total Energy.
09:41Certains sont plus réticents, comme Patricia Barbizet.
09:43C'est quoi votre position à vous ?
09:45Aujourd'hui, nous sommes dans une situation difficile en France,
09:49en ce qui concerne notre situation certainement des finances publiques.
09:54Nous avons la perspective des présidentielles en 2027.
09:59Les entreprises sont des acteurs majeurs dans ce pays
10:03et aussi un axe de confiance par leurs collaborateurs et par leurs clients.
10:08Et c'est absolument essentiel que les entreprises disent
10:12c'est ce qu'ils voient, disent, c'est ce qu'ils constatent,
10:15pour que les parties qui sont en train de construire leur programme,
10:19leur vision, prennent ça en compte.
10:21Donc il faut discuter avec tout le monde ?
10:23Il faut discuter, mais il faut d'abord mettre ses positions.
10:28Et c'est ce qu'on voit, nous, nos inquiétudes,
10:31nos idées vis-à-vis eux.
10:33Mais il y a eu un dîner, par exemple, avec Marine Le Pen et certains patrons.
10:37Vous étiez invité, vous, par exemple ?
10:39Vous y êtes allé ?
10:39Absolument.
10:40Donc il faut parler avec tout le monde et discuter.
10:42Il paraît que ça s'est mal passé, ce dîner.
10:44Il faut parler avec tout le monde,
10:45parce que nous sommes dans une démocratie,
10:47mais ça ne veut pas dire qu'on est aligné.
10:50Il faut parler pour mettre ses points sur la table,
10:53parce que notre responsabilité collective, c'est quoi ?
10:56C'est de faire avancer ce pays.
10:58On a une chance unique avec les présidentielles en 2027,
11:01et c'est notre devoir de mettre les points sur la table
11:04qui sont importants pour redresser la France.
11:07Justement, pour faire avancer ce pays,
11:09on a eu ce débat pendant une semaine sur le 1er mai,
11:12comme si c'était un sujet pour l'avenir du pays.
11:15Est-ce que ça vous inquiète sur la capacité de la France
11:17à se réformer, à avancer ?
11:18Ça m'inquiète dans le sens qu'on parle sur des petits sujets.
11:23Je veux dire, la présidentielle 2027 est une chance unique
11:27pour le parti qui va gagner
11:30ou les partis qui vont gagner
11:31de mettre une vision sur la table pour la France.
11:35Qu'est-ce que ça veut dire pour rendre les Français
11:38heureux de leur pays, fiers de leur pays ?
11:41Et pour moi, travailler sur des petites mesures
11:44du 1er mai et autres,
11:45ça ne sert pas à développer cette vision.
11:48Et on doit toujours avoir en tête tous,
11:50c'est quoi ce projet pour la France
11:52qui nous rende à nouveau fiers et heureux dans ce pays.
11:56Merci beaucoup Thomas Bouberle d'être venu ce matin.
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