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  • il y a 10 heures
Ce jeudi 26 mars, les conséquences de la guerre en Iran sur l'économie, notamment l'inflation, ont été abordées par Olivier Sautel, chef économiste de Deloitte France, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Focus sur les dernières statistiques en France avec Olivier Sautel, chef économiste de Deux Lois de France.
00:07Bonjour Olivier.
00:08Bonjour Étienne.
00:08Merci de nous accompagner ce matin et surtout de nous éclairer dans ce climat très incertain.
00:12Alors c'est vrai que ces dernières heures, différentes institutions ont fait part de leurs prévisions.
00:18C'était le cas de la BCE la semaine dernière.
00:20Et puis là, vous avez notamment la Banque de France ou encore l'INSEE.
00:25Bon, le message, in fine, c'est que pour l'instant, ça tient.
00:28Il n'y a pas le mot récession encore dans les prévisions.
00:31Mais forcément, avec la hausse des matières premières, il faut s'attendre à un petit peu plus d'inflation.
00:36Oui, tout à fait.
00:37Je pense que les économistes de la BCE et les projectionnistes,
00:40ils sont, je pense, comme vos éditeurs, vos téléspectateurs face à des décisions de marché,
00:43en pleine volatilité.
00:44Ils essaient de construire ces scénarios-là.
00:46Ce qui est peut-être intéressant avant de donner l'impact en tant que tel sur ces scénarios,
00:50c'est de voir ce qu'il y a comme sous-jacent.
00:51C'est de se dire, voilà, en scénario central, un conflit qui aurait une désescalade
00:56avant la fin du premier semestre.
00:57Et donc, un baril de pétrole qui serait autour de 90 euros jusqu'à juin,
01:01puisqu'il descendra en 70.
01:03Mais, de grandes incertitudes, est-ce que le conflit durera ?
01:07Mais surtout, est-ce qu'il y aura plus de destruction d'infrastructures énergétiques,
01:10plus de disruption, et dans ce cas-là, des scénarios plus défavorables,
01:13avec des prix qui resteraient plus élevés plus longtemps ?
01:16Donc, comment ça se traduit ?
01:17Dans ce scénario, en tout cas où il y aurait une désescalade rapide,
01:21il y aurait un impact croissance et inflation, comme vous le disiez.
01:25Au niveau de la zone euro, c'est autour d'un peu plus de 0,5 point d'inflation en
01:30plus.
01:30Donc, on pourrait tangenter jusqu'à les 3%.
01:33Au niveau français, également, 0,4 point d'inflation en plus,
01:37mais on serait plutôt autour des 2%.
01:39Et puis, en termes de croissance, ce qui est intéressant,
01:41c'est que ce qu'annonce la Banque de France ce matin,
01:43c'est une révision relativement modeste,
01:45en disant qu'on était autour de 1% de croissance, on serait à 0,9%.
01:48Et l'effet est plus prononcé au niveau zone euro.
01:51Grâce notamment à un acquis de croissance,
01:54c'est-à-dire que vous avez une croissance embarquée quand vous débutez votre année,
01:57et donc, in fine, la croissance va vraiment ralentir dans la deuxième partie de l'année,
02:01proche de 0 pour le second semestre.
02:03Exactement. En fait, la différence, notamment, entre la France et l'Europe,
02:06je pense qu'elle a deux grandes raisons.
02:08La première, c'est celle que vous donnez,
02:10c'est-à-dire qu'on avait fait une bonne deuxième moitié 2025,
02:14plus un premier trimestre qu'on avait encore de la croissance,
02:16et donc, il y avait déjà cet acquis de croissance,
02:18et donc, finalement, le ralentissement de deuxième partie de l'année
02:22fera qu'on pourrait se situer autour de 0,9%,
02:24alors que, je pense qu'on aurait pu espérer, au vu du premier trimestre,
02:29dépasser les 1 point.
02:31Ça, c'est la première raison, donc, la dynamique un peu,
02:34l'économie française arrivait plus ou moins lancée,
02:36en tout cas, un peu mieux que la zone euro.
02:37La deuxième, quand même, pardon, la deuxième raison importante,
02:40c'est, si on compare France et zone euro,
02:41c'est qu'on est moins impacté, quand même,
02:43moins touché par le choc inflationniste,
02:45parce que moins dépendant du gaz,
02:46et donc, on est un peu, sans doute, un peu moins touché que le reste de l'euro.
02:50On parle beaucoup, c'est vrai, des prix des carburants,
02:52mais encore, ce matin, dans les échos,
02:54François Villeraud-Galot rapporte qu'au final,
02:57les prix des carburants dans la consommation globale des ménages,
02:59c'est une partie infime, alors certes,
03:01pour certains ménages, c'est plus que d'autres,
03:03mais on parle de moins de 5%, 4%,
03:05donc, c'est vrai qu'il peut y avoir un effet assez important
03:08sur une partie de l'inflation,
03:10mais au global, pour l'instant, il n'y a pas de dérapage.
03:13Tout à fait, et c'est pour ça qu'en fait,
03:16les scénarios de dérapage de l'inflation,
03:18parce que ça peut aller jusqu'au-delà de 3%
03:20dans les scénarios les plus défavorables,
03:21ces scénarios-là, c'est si l'inflation se propage,
03:23et on sait que l'inflation, elle ne va pas toucher que le carburant,
03:26on a des secteurs, évidemment, on pense au transport,
03:28mais aussi comme la chimie,
03:29certaines entreprises ont jusqu'à 10%
03:32de leurs chiffres d'affaires qui sont des frais d'hydrocarbures,
03:34donc le risque, c'est, est-ce que ça se propage
03:36d'abord à ces biens-là,
03:37et ensuite, est-ce que ça se propage dans les salaires,
03:39comme on l'a vu en 2022,
03:40ce que les économistes appellent les effets de second tour ?
03:42Et on voit bien que c'est exactement ça,
03:44dans les différences de scénarios d'inflation,
03:46c'est de dire, est-ce qu'on en reste à un choc énergétique
03:49contenu, je dirais,
03:50ou est-ce qu'on a cette propagation au reste de l'économie ?
03:52Voilà, donc les produits pétroliers dont l'essence pèse seulement
03:55pour 4% dans le panier de consommation moyen des Français,
03:57l'énergie au sens global 9%,
03:59si vous prenez en compte les prix de l'électricité.
04:02Si vous regardez les données de ce début d'année,
04:05mais également du quatrième trimestre,
04:07dans quelles conditions sont rentrées les entreprises
04:09dans, aujourd'hui, cette guerre en Iran ?
04:13Que ce soit au niveau de leur bilan, leur endettement,
04:15quel, aujourd'hui, constat vous pouvez faire là-dessus,
04:18Olivier Sautel ?
04:19Tout à fait, l'idée, c'est de se dire quelle est leur capacité de résilience
04:21face à ce nouveau choc.
04:24Lorsqu'on observe, effectivement, en fin d'année dernière,
04:27on avait un taux de marge global des entreprises
04:28autour de 31-32% qui était plus ou moins stable,
04:31un tout petit peu en retrait par rapport à l'année d'avant,
04:35mais relativement stable.
04:36Des conditions de financement qui s'étaient plutôt améliorées,
04:39c'est-à-dire les entreprises empruntaient plutôt moins chères,
04:42et des emprunts bancaires en légère hausse,
04:45mais qui signifiaient plutôt qu'il y a les deux paires
04:47avec une certaine reprise de l'investissement.
04:48Donc, finalement, la statistique qui reste quand même assez forte,
04:54dans un sens un peu inquiétante,
04:55c'est qu'on a des niveaux de défaillance d'entreprises
04:57qui restent relativement élevés,
04:59mais ça, ça touche beaucoup, beaucoup les micro-entreprises,
05:02et donc, je dirais qu'on avait des secteurs fragilisés,
05:05ceux qui n'avaient pas profité du rebond,
05:07typiquement le retail, typiquement l'industrie agroalimentaire,
05:09et sur le reste, pour l'instant,
05:11un choc qui serait limité, entre guillemets, à quelques mois
05:14et effectivement gérable par la plupart des secteurs.
05:17Ce matin, l'INSEE a publié le climat des affaires,
05:19il ressort à 97 points en mars,
05:21le consensus était à 96-97 points,
05:24c'est le même point qu'en février,
05:25à voir comment la situation évolue dans les prochaines semaines.
05:28Tout dépendra, bien sûr, des conditions de financement,
05:30le débat est ouvert sur des hausses de taux ou non de la BCE,
05:34et puis le moral des ménages, des consommateurs également,
05:37ça c'est important, ça c'est des éléments à suivre,
05:39parce que c'est vrai que face à une incertitude persistante,
05:42il y a peut-être des chances de voir le taux d'épargne progresser,
05:45la consommation baisser,
05:46et là, pour fermer la boucle avec ce qu'on disait en préambule,
05:49ce serait forcément un impact sur la croissance française.
05:51Oui, tout à fait, alors on espère qu'il n'augmentera pas,
05:53le taux d'épargne, mais en tout cas, est-ce qu'il baissera ?
05:56Puisqu'il est encore à un niveau élevé,
05:58on attendait une augmentation de la consommation,
06:00là on voit d'ailleurs, c'est intéressant,
06:02parce que l'INSEE est un peu plus pessimiste que la Banque de France,
06:04en disant que le pouvoir d'achat des ménages pourrait reculer cette année,
06:07la Banque de France prétend qu'il sera stable,
06:08mais on voit qu'il y aura une tension quand même sur le pouvoir d'achat,
06:11parce que la croissance des salaires est limitée
06:12et qu'il y a quand même davantage d'inflation,
06:15et donc effectivement, cet effet pouvoir d'achat,
06:16cet effet d'incertitude,
06:18est-ce que ça amputera l'augmentation de la consommation
06:21qui était censée soutenir la croissance ?
06:22Ça reste pour moi un des vrais points de risque
06:26ou de faiblesse en termes d'estimation.
06:283,7% ce matin pour le 10 ans français,
06:31votre scénario, vous, sur la baisse des taux,
06:33hausse des taux de la BCE,
06:35c'est vrai qu'on est passé d'un scénario en début d'année de baisse des taux
06:37à un scénario de hausse de taux,
06:39et maintenant, quand vous regardez le baromètre Reuters,
06:42ils estiment que les deux tiers des économistes en France
06:45pensent que ce sera un statu quo.
06:47Sur la BCE sur cette année,
06:49et en tout cas avec les estimations qui sont parues hier,
06:51effectivement, on s'inscrit aussi dans cette tendance.
06:54Pourquoi ? Parce qu'on aura une croissance qui restera faible
06:56en dessous d'un point,
06:58et une inflation, si on ne va pas vers les scénarios les plus défavorables,
07:00qui ne dépassera pas les 2,5.
07:02Donc du coup, ce serait quand même assez étonnant,
07:04et on voit bien que dans la communication qui est liable en France,
07:07c'est-à-dire, grosse attention portée aux effets de propagation,
07:09aux effets de second tour,
07:10donc plutôt au scénario les plus défavorables.
07:13Effectivement, nous, on n'est pas sur ce scénario de hausse de taux,
07:15en tout cas d'ici la fin de l'année.
07:16Merci beaucoup Olivier Sautel,
07:18de nous avoir accompagné ce matin,
07:19chef économiste de Deux lois de France,
07:20pour dresser un premier bilan
07:23et des premières perspectives sur la situation française.
07:25Merci beaucoup.
07:25Merci à tous.
07:25Merci.
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