00:01Focus sur les dernières statistiques en France avec Olivier Sautel, chef économiste de Deux Lois de France.
00:07Bonjour Olivier.
00:08Bonjour Étienne.
00:08Merci de nous accompagner ce matin et surtout de nous éclairer dans ce climat très incertain.
00:12Alors c'est vrai que ces dernières heures, différentes institutions ont fait part de leurs prévisions.
00:18C'était le cas de la BCE la semaine dernière.
00:20Et puis là, vous avez notamment la Banque de France ou encore l'INSEE.
00:25Bon, le message, in fine, c'est que pour l'instant, ça tient.
00:28Il n'y a pas le mot récession encore dans les prévisions.
00:31Mais forcément, avec la hausse des matières premières, il faut s'attendre à un petit peu plus d'inflation.
00:36Oui, tout à fait.
00:37Je pense que les économistes de la BCE et les projectionnistes,
00:40ils sont, je pense, comme vos éditeurs, vos téléspectateurs face à des décisions de marché,
00:43en pleine volatilité.
00:44Ils essaient de construire ces scénarios-là.
00:46Ce qui est peut-être intéressant avant de donner l'impact en tant que tel sur ces scénarios,
00:50c'est de voir ce qu'il y a comme sous-jacent.
00:51C'est de se dire, voilà, en scénario central, un conflit qui aurait une désescalade
00:56avant la fin du premier semestre.
00:57Et donc, un baril de pétrole qui serait autour de 90 euros jusqu'à juin,
01:01puisqu'il descendra en 70.
01:03Mais, de grandes incertitudes, est-ce que le conflit durera ?
01:07Mais surtout, est-ce qu'il y aura plus de destruction d'infrastructures énergétiques,
01:10plus de disruption, et dans ce cas-là, des scénarios plus défavorables,
01:13avec des prix qui resteraient plus élevés plus longtemps ?
01:16Donc, comment ça se traduit ?
01:17Dans ce scénario, en tout cas où il y aurait une désescalade rapide,
01:21il y aurait un impact croissance et inflation, comme vous le disiez.
01:25Au niveau de la zone euro, c'est autour d'un peu plus de 0,5 point d'inflation en
01:30plus.
01:30Donc, on pourrait tangenter jusqu'à les 3%.
01:33Au niveau français, également, 0,4 point d'inflation en plus,
01:37mais on serait plutôt autour des 2%.
01:39Et puis, en termes de croissance, ce qui est intéressant,
01:41c'est que ce qu'annonce la Banque de France ce matin,
01:43c'est une révision relativement modeste,
01:45en disant qu'on était autour de 1% de croissance, on serait à 0,9%.
01:48Et l'effet est plus prononcé au niveau zone euro.
01:51Grâce notamment à un acquis de croissance,
01:54c'est-à-dire que vous avez une croissance embarquée quand vous débutez votre année,
01:57et donc, in fine, la croissance va vraiment ralentir dans la deuxième partie de l'année,
02:01proche de 0 pour le second semestre.
02:03Exactement. En fait, la différence, notamment, entre la France et l'Europe,
02:06je pense qu'elle a deux grandes raisons.
02:08La première, c'est celle que vous donnez,
02:10c'est-à-dire qu'on avait fait une bonne deuxième moitié 2025,
02:14plus un premier trimestre qu'on avait encore de la croissance,
02:16et donc, il y avait déjà cet acquis de croissance,
02:18et donc, finalement, le ralentissement de deuxième partie de l'année
02:22fera qu'on pourrait se situer autour de 0,9%,
02:24alors que, je pense qu'on aurait pu espérer, au vu du premier trimestre,
02:29dépasser les 1 point.
02:31Ça, c'est la première raison, donc, la dynamique un peu,
02:34l'économie française arrivait plus ou moins lancée,
02:36en tout cas, un peu mieux que la zone euro.
02:37La deuxième, quand même, pardon, la deuxième raison importante,
02:40c'est, si on compare France et zone euro,
02:41c'est qu'on est moins impacté, quand même,
02:43moins touché par le choc inflationniste,
02:45parce que moins dépendant du gaz,
02:46et donc, on est un peu, sans doute, un peu moins touché que le reste de l'euro.
02:50On parle beaucoup, c'est vrai, des prix des carburants,
02:52mais encore, ce matin, dans les échos,
02:54François Villeraud-Galot rapporte qu'au final,
02:57les prix des carburants dans la consommation globale des ménages,
02:59c'est une partie infime, alors certes,
03:01pour certains ménages, c'est plus que d'autres,
03:03mais on parle de moins de 5%, 4%,
03:05donc, c'est vrai qu'il peut y avoir un effet assez important
03:08sur une partie de l'inflation,
03:10mais au global, pour l'instant, il n'y a pas de dérapage.
03:13Tout à fait, et c'est pour ça qu'en fait,
03:16les scénarios de dérapage de l'inflation,
03:18parce que ça peut aller jusqu'au-delà de 3%
03:20dans les scénarios les plus défavorables,
03:21ces scénarios-là, c'est si l'inflation se propage,
03:23et on sait que l'inflation, elle ne va pas toucher que le carburant,
03:26on a des secteurs, évidemment, on pense au transport,
03:28mais aussi comme la chimie,
03:29certaines entreprises ont jusqu'à 10%
03:32de leurs chiffres d'affaires qui sont des frais d'hydrocarbures,
03:34donc le risque, c'est, est-ce que ça se propage
03:36d'abord à ces biens-là,
03:37et ensuite, est-ce que ça se propage dans les salaires,
03:39comme on l'a vu en 2022,
03:40ce que les économistes appellent les effets de second tour ?
03:42Et on voit bien que c'est exactement ça,
03:44dans les différences de scénarios d'inflation,
03:46c'est de dire, est-ce qu'on en reste à un choc énergétique
03:49contenu, je dirais,
03:50ou est-ce qu'on a cette propagation au reste de l'économie ?
03:52Voilà, donc les produits pétroliers dont l'essence pèse seulement
03:55pour 4% dans le panier de consommation moyen des Français,
03:57l'énergie au sens global 9%,
03:59si vous prenez en compte les prix de l'électricité.
04:02Si vous regardez les données de ce début d'année,
04:05mais également du quatrième trimestre,
04:07dans quelles conditions sont rentrées les entreprises
04:09dans, aujourd'hui, cette guerre en Iran ?
04:13Que ce soit au niveau de leur bilan, leur endettement,
04:15quel, aujourd'hui, constat vous pouvez faire là-dessus,
04:18Olivier Sautel ?
04:19Tout à fait, l'idée, c'est de se dire quelle est leur capacité de résilience
04:21face à ce nouveau choc.
04:24Lorsqu'on observe, effectivement, en fin d'année dernière,
04:27on avait un taux de marge global des entreprises
04:28autour de 31-32% qui était plus ou moins stable,
04:31un tout petit peu en retrait par rapport à l'année d'avant,
04:35mais relativement stable.
04:36Des conditions de financement qui s'étaient plutôt améliorées,
04:39c'est-à-dire les entreprises empruntaient plutôt moins chères,
04:42et des emprunts bancaires en légère hausse,
04:45mais qui signifiaient plutôt qu'il y a les deux paires
04:47avec une certaine reprise de l'investissement.
04:48Donc, finalement, la statistique qui reste quand même assez forte,
04:54dans un sens un peu inquiétante,
04:55c'est qu'on a des niveaux de défaillance d'entreprises
04:57qui restent relativement élevés,
04:59mais ça, ça touche beaucoup, beaucoup les micro-entreprises,
05:02et donc, je dirais qu'on avait des secteurs fragilisés,
05:05ceux qui n'avaient pas profité du rebond,
05:07typiquement le retail, typiquement l'industrie agroalimentaire,
05:09et sur le reste, pour l'instant,
05:11un choc qui serait limité, entre guillemets, à quelques mois
05:14et effectivement gérable par la plupart des secteurs.
05:17Ce matin, l'INSEE a publié le climat des affaires,
05:19il ressort à 97 points en mars,
05:21le consensus était à 96-97 points,
05:24c'est le même point qu'en février,
05:25à voir comment la situation évolue dans les prochaines semaines.
05:28Tout dépendra, bien sûr, des conditions de financement,
05:30le débat est ouvert sur des hausses de taux ou non de la BCE,
05:34et puis le moral des ménages, des consommateurs également,
05:37ça c'est important, ça c'est des éléments à suivre,
05:39parce que c'est vrai que face à une incertitude persistante,
05:42il y a peut-être des chances de voir le taux d'épargne progresser,
05:45la consommation baisser,
05:46et là, pour fermer la boucle avec ce qu'on disait en préambule,
05:49ce serait forcément un impact sur la croissance française.
05:51Oui, tout à fait, alors on espère qu'il n'augmentera pas,
05:53le taux d'épargne, mais en tout cas, est-ce qu'il baissera ?
05:56Puisqu'il est encore à un niveau élevé,
05:58on attendait une augmentation de la consommation,
06:00là on voit d'ailleurs, c'est intéressant,
06:02parce que l'INSEE est un peu plus pessimiste que la Banque de France,
06:04en disant que le pouvoir d'achat des ménages pourrait reculer cette année,
06:07la Banque de France prétend qu'il sera stable,
06:08mais on voit qu'il y aura une tension quand même sur le pouvoir d'achat,
06:11parce que la croissance des salaires est limitée
06:12et qu'il y a quand même davantage d'inflation,
06:15et donc effectivement, cet effet pouvoir d'achat,
06:16cet effet d'incertitude,
06:18est-ce que ça amputera l'augmentation de la consommation
06:21qui était censée soutenir la croissance ?
06:22Ça reste pour moi un des vrais points de risque
06:26ou de faiblesse en termes d'estimation.
06:283,7% ce matin pour le 10 ans français,
06:31votre scénario, vous, sur la baisse des taux,
06:33hausse des taux de la BCE,
06:35c'est vrai qu'on est passé d'un scénario en début d'année de baisse des taux
06:37à un scénario de hausse de taux,
06:39et maintenant, quand vous regardez le baromètre Reuters,
06:42ils estiment que les deux tiers des économistes en France
06:45pensent que ce sera un statu quo.
06:47Sur la BCE sur cette année,
06:49et en tout cas avec les estimations qui sont parues hier,
06:51effectivement, on s'inscrit aussi dans cette tendance.
06:54Pourquoi ? Parce qu'on aura une croissance qui restera faible
06:56en dessous d'un point,
06:58et une inflation, si on ne va pas vers les scénarios les plus défavorables,
07:00qui ne dépassera pas les 2,5.
07:02Donc du coup, ce serait quand même assez étonnant,
07:04et on voit bien que dans la communication qui est liable en France,
07:07c'est-à-dire, grosse attention portée aux effets de propagation,
07:09aux effets de second tour,
07:10donc plutôt au scénario les plus défavorables.
07:13Effectivement, nous, on n'est pas sur ce scénario de hausse de taux,
07:15en tout cas d'ici la fin de l'année.
07:16Merci beaucoup Olivier Sautel,
07:18de nous avoir accompagné ce matin,
07:19chef économiste de Deux lois de France,
07:20pour dresser un premier bilan
07:23et des premières perspectives sur la situation française.
07:25Merci beaucoup.
07:25Merci à tous.
07:25Merci.
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