00:01Avec donc comme promis Hervé Amourda qui nous accompagne ce matin,
00:05économie chez ProBTP Finance et membre du comité stratégique de BSI Economics.
00:08Bonjour Hervé, merci de nous accompagner ce matin afin de nous éclairer un petit peu
00:12sur la situation en Allemagne et en Italie, puisque hier les gouvernements respectifs
00:16ont revu à la baisse leur objectif de croissance.
00:19L'Italie ne prévoit plus que 0,6% quand l'Allemagne a carrément coupé en deux sa prévision,
00:23ça sera plus 1 mais 0,5.
00:25On va commencer peut-être avec l'Allemagne.
00:27Comment expliquer d'un seul coup que cette croissance est sabrée ?
00:31Alors certes on peut mettre ça sur le dos de la situation en Iran, sur le pétrole à 100 dollars,
00:36mais bon on a un pétrole qui est ce matin à 95 dollars.
00:39Est-ce que ça vaut vraiment la peine de passer de 1 à 0,5 ?
00:44Oui alors effectivement, moi je pense qu'on est vraiment dans une étape de transition
00:48et cette révision de l'Allemagne, elle est en train d'illustrer finalement ce passage du choc énergétique
00:55qui pour l'instant était cantonnée au prix, vous l'avez dit au prix du pétrole,
00:58et on commence à avoir une transmission vers le coût des intrants,
01:02vers le coût des prix à la production notamment, vers finalement la croissance.
01:07Pourquoi est-ce que l'Allemagne est la première à réagir ?
01:09Est-ce que l'Allemagne est la première à impacter ?
01:11Tout simplement, l'industrie lourde allemande a une intensité énergétique
01:14qui est la plus élevée d'Europe aujourd'hui.
01:17Et donc assez logiquement, on a cet impact beaucoup plus fort en Allemagne
01:22qu'on pourrait le voir par exemple en France ou dans d'autres pays de la zone euro.
01:26L'autre élément à prendre en compte quand même aussi, c'est le point de départ.
01:29Pourquoi est-ce qu'on avait des prévisions aussi optimistes
01:31de la part du gouvernement allemand cette année en 2026 ?
01:33Parce qu'il y avait le plan d'investissement.
01:35Or qui dit plan d'investissement dit une forte dépendance aux conditions monétaires et financières.
01:41Et aujourd'hui cette instabilité politique rend les décisions d'investissement
01:44beaucoup moins certaines et pourrait décaler finalement ces décisions d'investissement.
01:48En tout cas pour la partie privée des investissements.
01:51Pour la partie publique, les engagements seront tenus.
01:53Mais pour l'aspect privé, il risque d'y avoir des délais.
01:56Donc si on met tout ça finalement bout à bout,
01:58ça explique quand même pas mal pourquoi on a une révision assez forte.
02:02En ayant dit ça, la révision hier du ministère de l'économie allemand
02:07finalement se rapproche de la prévision de la Bundesbank
02:11que l'on avait eue en mars 26 avec les prévisions de la BCE.
02:15Je crois qu'on est à 0,1.
02:16La prévision de la Bundesbank doit être à 0,6 pour 2026.
02:20Donc voilà, on n'est pas sur un scénario de catastrophe non plus pour l'instant.
02:24On n'est pas dans un scénario de catastrophe,
02:26mais le mot récession va peut-être à nouveau être conjugué avec l'Allemagne.
02:29C'est vrai qu'on avait beaucoup parlé de récession à l'époque en ce qui concerne l'Allemagne.
02:33Il y a à nouveau des inquiétudes par rapport aux éléments que vous venez de souligner.
02:36Et puis également par rapport au plan de relance.
02:39Ça fait plus d'un an que ce plan de relance est sur les rails.
02:42Mais c'est vrai qu'il prend du temps avant de se mettre en place.
02:46Et Frédéric Merch est quelque peu aussi fragilisé désormais.
02:50Oui, absolument.
02:51Et ça ne devrait pas vraiment s'arranger.
02:54Puisque bien d'ailleurs, je pense que c'est aujourd'hui et demain
02:57nous avons une réunion informelle des gouvernements européens à Chypre,
03:03justement pour s'entendre sur des mesures tarifaires,
03:06sur l'aspect énergétique, sur les taxes énergétiques notamment,
03:09sur les stocks de fioul.
03:12Et aujourd'hui, la priorité, elle est plutôt d'essayer de consolider les efforts au niveau européen
03:17pour absorber le plus possible ce choc économique.
03:20Donc, je ne dis pas qu'on va décaler finalement le plan d'investissement
03:25dans les infrastructures et dans la défense.
03:27Dans la défense, ça suit son cours,
03:28sauf qu'on sait que les carnets de commandes sont déjà très remplis
03:31et donc on ne peut pas aller plus vite finalement que les industriels sur ce sujet.
03:34Et puis sur les infrastructures, malheureusement,
03:36on aura le délai du partenariat public-privé
03:39qui va s'installer à cause de ce choc d'incertitude.
03:43Mais la bonne nouvelle, entre guillemets,
03:45c'est qu'on a une réponse européenne qui est en train d'être coordonnée aujourd'hui,
03:49qui pourrait atténuer l'impact sur la croissance économique.
03:53Donc ça, c'est plutôt positif.
03:54La nouvelle nouvelle, c'est qu'on part avec des marges budgétaires
03:57qui sont beaucoup moins bonnes, par exemple,
03:59qu'en 2022 lors du précédent choc énergétique.
04:02Donc il va falloir conjuguer un petit peu les deux
04:04et là, on est vraiment sur une ligne très fine à arbitrer pour les gouvernements.
04:10Voilà donc pour la situation en Allemagne.
04:12Et puis un dernier mot, Hervé Amourda, sur la situation en Italie.
04:16Là, cette fois, le gouvernement Mélanie prévoit 0,6%
04:19pour cette année.
04:20Oui, alors l'Italie se retrouve dans une situation assez similaire
04:24puisqu'elle a aussi une industrie lourde
04:26qui est très dépendante aujourd'hui de l'énergie.
04:29Finalement, les leçons de 2022 n'ont pas été totalement tirées
04:33puisqu'on garde une dépendance énergétique très forte
04:36envers les hydrocarbures.
04:37La seule chose que l'on a changé, c'est qu'on avait relocalisé.
04:41On était sortis de la Russie pour aller plus tôt vers les pays du Golfe.
04:44Bon, ce choc finalement dans les pays du Golfe aujourd'hui
04:47nous impacte donc tout autant qu'en 2022.
04:50Et puis l'autre impact pour l'Italie, c'est l'aspect tourisme
04:53avec justement ces fameuses recommandations
04:56dont on a déjà beaucoup parlé de l'Agence internationale de l'énergie
04:59qui prévoit six semaines de stock encore.
05:02Si le détroit d'Ormoult reste fermé, il ne resterait que six semaines de stock
05:05sur le fuel, le carburant des avions.
05:10Et donc, à l'approche de la saison estivale,
05:13ça pourrait remettre en question finalement le tourisme
05:15qui est une part importante encore aujourd'hui pour le gouvernement italien.
05:19La révision italienne néanmoins, même si on est proche finalement
05:23de la croissance allemande dans les prévisions du gouvernement pour cette année,
05:27elle est moindre parce qu'on part d'un point moins élevé.
05:30On avait finalement une révision de 0,2 seulement.
05:33Là aussi, on converge vers les prévisions de la Banque d'Italie.
05:36Donc voilà, l'un dans l'autre, j'irais que c'est un peu moins grave
05:39pour le gouvernement italien.
05:41Budgétairement, en revanche, il y a évidemment beaucoup moins de marge de manœuvre.
05:45Cet aspect faible croissance va avoir un impact automatique
05:48sur les ratios de dette et le ratio de déficit.
05:51Donc ça va aussi contraindre le gouvernement italien
05:53dans sa relance et dans toutes les mesures.
05:56Donc pour moi aujourd'hui, je pense que la réponse,
05:57elle est vraiment à Chypre à Nicosi.
06:00sur finalement quelle sera l'entente au niveau européen
06:04et quelle sera la réponse coordonnée européenne
06:07sur ce sujet pour atténuer le choix.
06:09Merci beaucoup Hervé Amourda de nous avoir accompagnés ce matin.
06:12Depuis ProBTP Finance, vous êtes économiste,
06:14vous êtes également membre du comité stratégique de BSI Economics.
06:17Nous aurons l'occasion de reparler de ses prévisions de croissance
06:20dans une vingtaine de minutes avec Samy Char qui sera avec nous depuis Genève,
06:24depuis Lombard-Rodier et compagnie.
06:26Et Vincent Juvins nous accompagnera depuis la Belgique.
06:29C'est le responsable de la stratégie d'investissement de ING.
Commentaires