Passer au playerPasser au contenu principal
Extrait d’une conférence de Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant à Mines Paris et président du think tank The Shift Project, diffusé sur la chaîne L’AGEFI.
Spécialiste des enjeux énergie et climat, cofondateur du cabinet Carbone 4, il alerte sur le réchauffement climatique, le CO2, la transition énergétique et l’impossibilité de maintenir la croissance sans décroissance matérielle.
Il explique pourquoi les politiques reflètent la population et pourquoi aucune action suffisante n’est engagée malgré l’urgence climatique.

#climat #ecologie #rechauffement #environnement #energie

Vidéo complète disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=nKjkdQCG-KE
Pour s’abonner : https://www.youtube.com/@AGEFITV

Pensez à réduire la qualité de la vidéo.

Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
/!\

/!\

/!\
/!\

Combien de temps le CO2 reste-t-il dans l’atmosphère ?
➡ 10 000 ans.

Selon Jancovici, quel droit d’émission a un bébé né aujourd’hui ?
➡ Un dixième.

Quelle solution refuse la population aujourd’hui ?
➡ Décroissance.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Non, on ne fait pas ce qu'il faut pour limiter le réchauffement climatique et on ne fait pas ce
00:03qu'il faut tout simplement parce que la contrepartie qu'il faudrait qu'on accepte,
00:07c'est-à-dire une contraction à partir de maintenant structurelle de notre consommation matérielle, je dis bien une contraction
00:13structurelle,
00:14pour le moment, la population n'a pas envie de s'y résoudre et les dirigeants, encore moins que les
00:21autres, pour une raison assez simple,
00:23c'est que le pouvoir et l'argent donnent l'illusion de la protection contre l'adversité, donc j'ai
00:31envie de dire les gens qui sont dans cette salle,
00:32encore moins que les autres, à cause de cet élément extrêmement normal, animal presque, qui est que, encore une fois,
00:39le pouvoir et l'argent protègent de l'adversité.
00:49Les politiques nous ressemblent, les politiques dans un pays, enfin dans une démocratie en tout cas, c'est un très
00:54bon reflet de l'opinion avec trois ans de retard,
00:56de manière structurelle, donc les politiques, ils ne sont pas plus courageux que nous, ils n'ont pas de raison
01:01de l'être, voilà.
01:04Donc comment est-ce qu'on réagit ? On ne réagit pas à la bonne vitesse, mais ça tout le
01:06monde le sait déjà.
01:07Je vais rappeler deux chiffres. Le premier, c'est que le CO2 étant une molécule chimiquement inerte, tant qu'elle
01:17est dans l'atmosphère,
01:18ça c'est de la chimie, on ne peut rien y faire, il faut attendre plus de 10 000 ans
01:23après arrêt des émissions pour que le surplus de CO2
01:25qu'on a créé dans l'atmosphère s'évacue. Plus de 10 000 ans. En fait, dans 10 000 ans,
01:30entre 10 et 20% du surplus de CO2 qu'on a créé
01:33sera toujours là, après arrêt des émissions, et ça c'est irrémédiable, c'est de la chimie.
01:38Si on veut éviter un réchauffement supérieur à 1,5 degré en 2100,
01:44il nous reste à émettre à peu près un quart de ce que nous avons déjà émis sur le dernier
01:48siècle.
01:49Donc sur les 80 ans qui viennent, il nous resterait à émettre un quart de ce qu'on a émis
01:53sur le dernier siècle,
01:54avec une population en moyenne 3 fois plus nombreuse, enfin 2,5 fois plus nombreuse.
01:57Ce qui veut dire qu'un bébé qui naît aujourd'hui, il a le droit, dans un monde qui ne
02:03dépasserait pas 1,5 degré en 2100,
02:06il a le droit au dixième des émissions que ses grands-parents qui meurent aujourd'hui ont eues pendant leur
02:10vie.
02:11Au dixième.
02:13Sachant que le dixième des émissions d'un terrien ordinaire, c'est plutôt le cinquantième des émissions d'un convive
02:18ordinaire à ce dîner.
02:21Et moi inclus.
02:22Et donc pour tenir ce budget-là, il faudrait que les émissions planétaires commencent à baisser demain de 7 à
02:298% par an.
02:32Sachant que les ingénieurs ne feront pas les miracles que vous attendez d'eux sur l'efficacité carbone de l
02:36'économie,
02:37ça veut dire qu'il faudrait organiser dans le monde une récession de 6 à 7% par an à
02:42partir de demain matin, tous les ans.
02:44Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de candidats dans la salle,
02:47donc il n'y a pas beaucoup de candidats chez les politiques.
02:50Aussi bête que ça.
02:51C'est comme ça que ça se passe.
02:52Qu'est-ce que ça veut dire cette histoire ?
02:54Ça veut dire que les 1,5 degré, on va se les manger dans les 20 ans qui viennent.
02:57De façon absurde.
02:57Donc ne faites pas de stratégie 1,5 degré si vous êtes encore en poste dans les 20 ans qui
03:00viennent.
03:01Voilà parce que sinon il va vous arriver des ennuis.
03:05Et n'en faites pas non plus si vous pensez que vos enfants pourraient vous demander des comptes dans les
03:0920 ans qui viennent.
03:10parce qu'on va se les manger de toute façon, sauf scénario don't look up, guerre thermonucléaire ou pandémie.
03:16Enfin un peu plus sérieuse que le Covid.
03:19Encore une fois, même avec des émissions qui baisseraient de 7% par an demain matin,
03:22on prend quand même 1,5 degré.
03:24Et pour les 2 degrés, il faut se contenter entre guillemets d'une baisse de 5% par an demain
03:29matin, tous les ans.
03:32Donc non, on ne fait pas ce qu'il faut pour limiter le réchauffement climatique.
03:34Et on ne fait pas ce qu'il se faut tout simplement parce que la contrepartie qu'il faudrait qu
03:38'on accepte,
03:39c'est-à-dire une contraction à partir de maintenant structurelle de notre consommation matérielle,
03:44je dis bien une contraction structurelle,
03:47pour le moment, la population n'a pas envie de s'y résoudre.
03:51Et les dirigeants, encore moins que les autres, pour une raison assez simple,
03:55c'est que le pouvoir et l'argent donnent l'illusion de la protection contre l'adversité.
04:02Donc j'ai envie de dire, les gens qui sont dans cette salle, encore moins que les autres,
04:05à cause de cet élément extrêmement normal, animal presque,
04:09qui est que, encore une fois, le pouvoir et l'argent protègent de l'adversité.
04:16Ce n'est pas très engageant tout ça quand même.
04:19Vous m'avez demandé de dire ce que je pensais.
04:22Je vous dis ce que je pense.
04:24Y a-t-il une autre alternative à organiser une récession carabinée dans les 20 ans qui viennent ?
04:29Non. Enfin, si vous voulez qu'on maintienne le réchauffement sous les 1,5 ou 2 degrés, non.
04:35Alors la bonne nouvelle, c'est qu'on l'aura quand même pour partie.
04:38Il faut quand même rappeler que le moteur de la civilisation industrielle, c'est les combustibles fossiles,
04:43que l'idée qu'on puisse conserver une civilisation industrielle sans combustibles fossiles, c'est une chimère.
04:47Sur les deux derniers siècles, nous sommes sortis des énergies fossiles.
04:50Je vous rappelle que les énergies renouvelables, c'est les énergies avec lesquelles l'humanité a vécu en permanence jusqu
04:54'à il y a deux siècles.
04:55Ça marche très bien. La preuve, on est dans cette salle, donc c'est parfaitement compatible avec le fait qu
04:59'il y ait des êtres humains sur Terre.
05:01Par contre, qu'on aille dans un monde 100% renouvelable en conservant des avions, 40 mètres carrés chauffés par
05:05personne,
05:06des palaces, des motos, des chaussures en solde au Black Friday, etc., pas une seconde.
05:13Voilà, donc ça, ça ne marchera pas. Et un, on a du mal à le comprendre. Deux, on a du
05:19mal à l'accepter.
05:20Trois, il n'y a aucun plan qui est prêt pour ça, c'est-à-dire que la quasi-totalité
05:23du monde économique se postule.
05:25Il nous reste tous les modèles que vous utilisez en macroéconomie, ils continuent à postuler la croissance à l'avenir,
05:29quoi qu'il soit passé dans le passé.
05:32Donc, on utilise une boîte à outils qui n'est absolument pas adaptée à ce cadre de réflexion.
05:38Et aujourd'hui, non, on n'est pas prêt. Je ne vous dis même pas que je suis prêt.
05:42Je vous dis collectivement, on n'est pas prêt. Voilà, c'est un fait.
05:46C'est un fait.
Commentaires

Recommandations