00:00Non, on ne fait pas ce qu'il faut pour limiter le réchauffement climatique et on ne fait pas ce
00:03qu'il faut tout simplement parce que la contrepartie qu'il faudrait qu'on accepte,
00:07c'est-à-dire une contraction à partir de maintenant structurelle de notre consommation matérielle, je dis bien une contraction
00:13structurelle,
00:14pour le moment, la population n'a pas envie de s'y résoudre et les dirigeants, encore moins que les
00:21autres, pour une raison assez simple,
00:23c'est que le pouvoir et l'argent donnent l'illusion de la protection contre l'adversité, donc j'ai
00:31envie de dire les gens qui sont dans cette salle,
00:32encore moins que les autres, à cause de cet élément extrêmement normal, animal presque, qui est que, encore une fois,
00:39le pouvoir et l'argent protègent de l'adversité.
00:49Les politiques nous ressemblent, les politiques dans un pays, enfin dans une démocratie en tout cas, c'est un très
00:54bon reflet de l'opinion avec trois ans de retard,
00:56de manière structurelle, donc les politiques, ils ne sont pas plus courageux que nous, ils n'ont pas de raison
01:01de l'être, voilà.
01:04Donc comment est-ce qu'on réagit ? On ne réagit pas à la bonne vitesse, mais ça tout le
01:06monde le sait déjà.
01:07Je vais rappeler deux chiffres. Le premier, c'est que le CO2 étant une molécule chimiquement inerte, tant qu'elle
01:17est dans l'atmosphère,
01:18ça c'est de la chimie, on ne peut rien y faire, il faut attendre plus de 10 000 ans
01:23après arrêt des émissions pour que le surplus de CO2
01:25qu'on a créé dans l'atmosphère s'évacue. Plus de 10 000 ans. En fait, dans 10 000 ans,
01:30entre 10 et 20% du surplus de CO2 qu'on a créé
01:33sera toujours là, après arrêt des émissions, et ça c'est irrémédiable, c'est de la chimie.
01:38Si on veut éviter un réchauffement supérieur à 1,5 degré en 2100,
01:44il nous reste à émettre à peu près un quart de ce que nous avons déjà émis sur le dernier
01:48siècle.
01:49Donc sur les 80 ans qui viennent, il nous resterait à émettre un quart de ce qu'on a émis
01:53sur le dernier siècle,
01:54avec une population en moyenne 3 fois plus nombreuse, enfin 2,5 fois plus nombreuse.
01:57Ce qui veut dire qu'un bébé qui naît aujourd'hui, il a le droit, dans un monde qui ne
02:03dépasserait pas 1,5 degré en 2100,
02:06il a le droit au dixième des émissions que ses grands-parents qui meurent aujourd'hui ont eues pendant leur
02:10vie.
02:11Au dixième.
02:13Sachant que le dixième des émissions d'un terrien ordinaire, c'est plutôt le cinquantième des émissions d'un convive
02:18ordinaire à ce dîner.
02:21Et moi inclus.
02:22Et donc pour tenir ce budget-là, il faudrait que les émissions planétaires commencent à baisser demain de 7 à
02:298% par an.
02:32Sachant que les ingénieurs ne feront pas les miracles que vous attendez d'eux sur l'efficacité carbone de l
02:36'économie,
02:37ça veut dire qu'il faudrait organiser dans le monde une récession de 6 à 7% par an à
02:42partir de demain matin, tous les ans.
02:44Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de candidats dans la salle,
02:47donc il n'y a pas beaucoup de candidats chez les politiques.
02:50Aussi bête que ça.
02:51C'est comme ça que ça se passe.
02:52Qu'est-ce que ça veut dire cette histoire ?
02:54Ça veut dire que les 1,5 degré, on va se les manger dans les 20 ans qui viennent.
02:57De façon absurde.
02:57Donc ne faites pas de stratégie 1,5 degré si vous êtes encore en poste dans les 20 ans qui
03:00viennent.
03:01Voilà parce que sinon il va vous arriver des ennuis.
03:05Et n'en faites pas non plus si vous pensez que vos enfants pourraient vous demander des comptes dans les
03:0920 ans qui viennent.
03:10parce qu'on va se les manger de toute façon, sauf scénario don't look up, guerre thermonucléaire ou pandémie.
03:16Enfin un peu plus sérieuse que le Covid.
03:19Encore une fois, même avec des émissions qui baisseraient de 7% par an demain matin,
03:22on prend quand même 1,5 degré.
03:24Et pour les 2 degrés, il faut se contenter entre guillemets d'une baisse de 5% par an demain
03:29matin, tous les ans.
03:32Donc non, on ne fait pas ce qu'il faut pour limiter le réchauffement climatique.
03:34Et on ne fait pas ce qu'il se faut tout simplement parce que la contrepartie qu'il faudrait qu
03:38'on accepte,
03:39c'est-à-dire une contraction à partir de maintenant structurelle de notre consommation matérielle,
03:44je dis bien une contraction structurelle,
03:47pour le moment, la population n'a pas envie de s'y résoudre.
03:51Et les dirigeants, encore moins que les autres, pour une raison assez simple,
03:55c'est que le pouvoir et l'argent donnent l'illusion de la protection contre l'adversité.
04:02Donc j'ai envie de dire, les gens qui sont dans cette salle, encore moins que les autres,
04:05à cause de cet élément extrêmement normal, animal presque,
04:09qui est que, encore une fois, le pouvoir et l'argent protègent de l'adversité.
04:16Ce n'est pas très engageant tout ça quand même.
04:19Vous m'avez demandé de dire ce que je pensais.
04:22Je vous dis ce que je pense.
04:24Y a-t-il une autre alternative à organiser une récession carabinée dans les 20 ans qui viennent ?
04:29Non. Enfin, si vous voulez qu'on maintienne le réchauffement sous les 1,5 ou 2 degrés, non.
04:35Alors la bonne nouvelle, c'est qu'on l'aura quand même pour partie.
04:38Il faut quand même rappeler que le moteur de la civilisation industrielle, c'est les combustibles fossiles,
04:43que l'idée qu'on puisse conserver une civilisation industrielle sans combustibles fossiles, c'est une chimère.
04:47Sur les deux derniers siècles, nous sommes sortis des énergies fossiles.
04:50Je vous rappelle que les énergies renouvelables, c'est les énergies avec lesquelles l'humanité a vécu en permanence jusqu
04:54'à il y a deux siècles.
04:55Ça marche très bien. La preuve, on est dans cette salle, donc c'est parfaitement compatible avec le fait qu
04:59'il y ait des êtres humains sur Terre.
05:01Par contre, qu'on aille dans un monde 100% renouvelable en conservant des avions, 40 mètres carrés chauffés par
05:05personne,
05:06des palaces, des motos, des chaussures en solde au Black Friday, etc., pas une seconde.
05:13Voilà, donc ça, ça ne marchera pas. Et un, on a du mal à le comprendre. Deux, on a du
05:19mal à l'accepter.
05:20Trois, il n'y a aucun plan qui est prêt pour ça, c'est-à-dire que la quasi-totalité
05:23du monde économique se postule.
05:25Il nous reste tous les modèles que vous utilisez en macroéconomie, ils continuent à postuler la croissance à l'avenir,
05:29quoi qu'il soit passé dans le passé.
05:32Donc, on utilise une boîte à outils qui n'est absolument pas adaptée à ce cadre de réflexion.
05:38Et aujourd'hui, non, on n'est pas prêt. Je ne vous dis même pas que je suis prêt.
05:42Je vous dis collectivement, on n'est pas prêt. Voilà, c'est un fait.
05:46C'est un fait.
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