00:00En France, une voiture parcourt en moyenne 13 000 km par an.
00:04Si elle consomme 6 litres au 100, ça veut dire que le passage de 1,6 à 2 euros le
00:09litre va coûter 25 euros par propriétaire de voiture et par mois.
00:13Alors, il y a des ménages pour qui 25 euros par mois, c'est une affaire, mais c'est quand
00:16même pas la totalité des Français.
00:17Très, très, très, très loin s'en faut.
00:20Pour l'essentiel des ménages, c'est juste pas un sujet.
00:30La guerre au Moyen-Orient dure depuis deux semaines maintenant.
00:32Elle provoque une panique sur les marchés, les cours du pétrole bondissent, les prix à la pompe suivent le même
00:37chemin.
00:38Et depuis une grosse semaine maintenant, des automobilistes réclament des aides.
00:43Est-ce que c'est une bonne façon de voir les choses, Jean-Marc, d'agir sur les prix à
00:49la pompe ?
00:50Alors, coupons tout court au suspense.
00:54Ma réponse courte, c'est non, c'est une mauvaise idée.
00:56Pourquoi ?
00:57Et alors, je vais essayer de développer.
00:58Donc, je vais faire grincer quelques dents peut-être.
01:00Une automobile parcourt en moyenne 13 000 km par an dans ce pays.
01:04Si on imagine qu'elle consomme 6 litres au 100, le passage du prix de l'essence de 1,6
01:09à 2 euros le litre,
01:10ça représente 25 euros par propriétaire d'automobile et par mois.
01:14Alors, il y a des gens à qui ça pose problème, mais c'est pas la totalité de la population
01:18à qui ça pose problème.
01:19Or, si on baisse le prix de l'essence, on baisse le prix pour la totalité des gens,
01:24y compris les bourgeois qui vont partir en vacances,
01:26y compris les gens qui gagnent tout à fait ce qu'il faut pour dépenser 25 euros de plus par
01:31mois dans les carburants.
01:32Et ma foi, ils iront un tout petit peu moins acheter des bouteilles de coca au supermarché.
01:36Enfin, je veux dire, on n'est pas complètement sans possibilité d'arbitrage.
01:40Et par contre, ça donnerait deux très mauvais signaux.
01:42Le premier, c'est qu'on subventionne les monarchies du Golfe en faisant ça.
01:44Il faut bien comprendre que quand on subventionne l'essence, on subventionne les monarchies du Golfe.
01:48Est-ce que c'est le but du jeu, avec l'argent de nos impôts, de financer les monarchies du
01:52Golfe ?
01:53Je ne crois pas.
01:55Et la deuxième chose, c'est que s'il s'agit d'aider une petite partie de la population,
02:00qui est celle que vos confrères vont avoir très envie de mettre en avant,
02:04l'infirmière libérale qui fait 40 000 kilomètres dans le mois,
02:06mais c'est une petite partie de la population,
02:08il y a beaucoup d'autres moyens d'aider ces gens-là que de subventionner l'essence pour tout le
02:12monde.
02:12Donc, il faudrait mieux cibler ?
02:14Absolument.
02:15Et alors, dans les choses qui seraient très intéressantes de faire en ce moment,
02:18c'est de relancer ce qu'on a appelé le leasing social.
02:21Je ne sais pas si vous vous rappelez.
02:22Donc, le leasing social, c'est quoi ?
02:23C'est que je subventionne très fortement le passage à la mobilité électrique, à la voiture électrique,
02:28pour les gens qui n'ont pas beaucoup d'argent et qui sont des gros rouleurs.
02:32Donc, typiquement les gens qui sont mis dans une situation difficile aujourd'hui.
02:36Et cette situation difficile, en fait, malheureusement, tout se déroule comme prévu.
02:39Parce que les chocs pétroliers dans un monde où l'approvisionnement pétrolier commence à poser problème,
02:44ce qui est déjà le cas aujourd'hui sur la planète,
02:46il y en a un, il y en aura un deuxième, un troisième, un quatrième, un cinquième.
02:49À chaque fois, on va vider les caisses de l'État qui sont déjà vides ?
02:51Non, ce n'est pas une bonne solution.
02:52Il faut régler le problème et pas traiter les symptômes.
02:55Et régler le problème, ça veut dire passer à l'électrique.
02:57Et il faut bien que nos concitoyens comprennent qu'offrir de la mobilité électrique,
03:02c'est préserver la mobilité des gens dans un monde dans lequel il y a moins de pétrole.
03:06C'est ça, offrir de la mobilité électrique.
03:08Ce n'est pas être contre les gens parce que l'électricité, je ne sais pas quoi.
03:11C'est leur garantir leur mobilité dans un monde dans lequel il y a moins de pétrole.
03:14C'est fondamentalement social de faire ça.
03:16Et si c'est fondamentalement social, il n'y a qu'à favoriser, il n'y a qu'à relancer
03:19le leasing social.
03:20Je vais finir par un chiffre.
03:22La baisse de la TVA de 20 à 5% réclamée par d'aucun parti coûterait 10 milliards d'euros
03:27par an à l'État.
03:28Avec 10 milliards d'euros par an, moi je vous subventionne 1 million de voitures électriques par an.
03:3310 000 euros par voiture, d'accord ?
03:35Et en plus, le leasing social favorise de fait la construction française
03:39puisqu'il y a une condition mise sur l'empreinte carbone de fabrication de la voiture.
03:43Et c'est pour ça que le leasing social en France fait vendre des R5 électriques
03:46alors que de l'autre côté du Rhin, ça fait vendre d'autres marques, notamment des chinoises.
03:51Alors le gouvernement a dit on va refroidir le moteur, peut-être effectivement trouver un système pour plafonner les prix
03:58sur l'essence.
03:59Mais vous, vous aviez dit souvent, il faudrait que l'essence ça coûte encore plus cher.
04:05Alors finalement, est-ce qu'il faut que l'essence ça coûte moins cher ou plus cher ?
04:09Ça dépend à quelle vitesse.
04:11Déjà, pour parler chiffres, un rapide calcul d'ordre de grandeur.
04:15En France, une voiture parcourt en moyenne 13 000 kilomètres par an.
04:19Si elle consomme 6 litres au 100, ça veut dire que le passage de 1,6 à 2 euros le
04:24litre
04:24va coûter 25 euros par propriétaire de voiture et par mois.
04:28Alors, il y a des ménages pour qui 25 euros par mois, c'est une affaire,
04:31mais c'est quand même pas la totalité des Français.
04:32Très, très, très, très, très loin s'en faut, d'accord ?
04:35Pour l'essentiel des ménages, c'est juste pas un sujet.
04:38Bon, ça pique un peu parce qu'on n'y passe souvent.
04:41Arnaud Montebourg le sait bien, les Français sont très sensibles à ce qu'ils payent souvent.
04:44Ce qu'ils payent pas souvent, par exemple l'appartement que vous achetez une fois dans votre vie,
04:48ça a pris, par rapport au salaire, un bon absolument phénoménal sur les 30 dernières années,
04:52ça a mis personne dans la rue.
04:54Bon, on paye une fois, d'accord ?
04:55Donc là, on est juste en train de s'énerver parce que c'est un truc qu'on paye très
04:58souvent, l'essence.
04:59C'est ça essentiellement.
05:00Mais on n'est pas en train de parler de sommes considérables.
05:03Continuons à parler argent.
05:04La proposition qui consiste à passer la TVA de 20 à 5% sur l'essence,
05:07coûterait à peu près 10 milliards par an aux finances publiques.
05:09Avec 10 milliards par an, vous financez 1 million de voitures électriques dans ce pays.
05:12C'est-à-dire, vous faites du leasing social sur 1 million de voitures électriques.
05:15Il y a quelque chose de très simple à faire.
05:17Vous prenez les 1 million de Français qui sont les plus dans la panade
05:20et vous leur financez l'achat d'une voiture électrique.
05:22Je pense que c'est une réponse beaucoup plus censée à faire
05:24si on a 10 milliards à dépenser d'argent public
05:25que de baisser la TVA sur l'essence pour tout le monde,
05:28y compris les bourgeois qui vont partir en vacances,
05:30qui n'ont absolument pas besoin de cette mesure.
05:32Et puis, il faut rappeler que baisser les taxes sur l'essence,
05:36c'est subventionner les monarchies du Golfe et les États-Unis en ce moment.
05:38Est-ce qu'on a besoin de subventionner les États-Unis,
05:40qui nous embrassent sur la bouche comme chacun sait,
05:42et les monarchies du Golfe ?
05:43Je ne crois pas.
05:45Donc, je pense qu'en ce moment, on est dans une espèce de surenchère
05:50d'appel à l'émotion, que je peux qualifier d'assez démagogique,
05:56alors qu'on devrait prendre le plus grand soin de refroidir les esprits,
05:59de faire quelques calculs de points de table et de dire,
06:01bon, regardons, et puis je suis tout à fait d'accord
06:03avec ce qui a été dit avant que j'arrive ici,
06:06des chocs, il y en aura d'autres.
06:07Je veux dire, le pétrole est déjà devenu aujourd'hui une ressource contrainte,
06:12pas encore très contrainte, mais déjà une ressource contrainte.
06:14Et néanmoins, Jean-Marc Jokovici, je vous coupe,
06:16mais nos reporters qui sont sur le terrain ont pu observer des gens
06:19se battre aux stations-services, c'est ça ?
06:21Mais oui, c'est votre métier.
06:22Non, mais c'est votre métier.
06:23Votre métier, c'est d'aller chercher les exceptions.
06:25Évidemment, vous allez trouver des gens à se battre aux services.
06:27On a tous vu, en se promenant en France,
06:29effectivement, des gens qui faisaient la queue dans les stations-services.
06:31Est-ce que là, aujourd'hui encore, effectivement,
06:33le pétrole, on va en manquer, mais à un moment de bourre,
06:35est-ce que les Français, aujourd'hui, ont besoin,
06:37très concrètement, de prendre leur bagnole pour aller travailler ?
06:39Oui, vous avez 40 millions de personnes,
06:42et ça, Jean-Marc Jokovici le sait,
06:44qui ne vivent pas dans la métropole,
06:46donc qui n'ont pas d'accès aux transports en commun de qualité,
06:49donc qui se retrouvent en situation de devoir mettre 2 euros.
06:54Ce sont des dépenses obligatoires.
06:56Donc, évidemment, c'est un prélèvement sur le pouvoir d'achat,
06:58donc c'est des pertes de...
07:00Plus ce qui va se passer sur le gaz,
07:02plus que le gaz va entrer sur l'électricité,
07:04donc vous allez vous retrouver avec trois sujets.
07:06Donc, en fait, et le vrai sujet pour la France,
07:10qui est structurelle et de long terme,
07:12c'est comment on arrive enfin à se débarrasser du pétrole.
07:15En gros, comment on remplace les 11 millions de chaudières au fuel et au gaz,
07:20et comment on utilise, non pas les énergies renouvelables
07:24qui viennent se substituer au nucléaire,
07:25alors qu'on a déjà l'électricité la plus décarbonée au monde à 95%,
07:30mais comment on utilise cet argent public
07:32pour aller, effectivement, débarrasser les Français de cette dépendance.
07:36Parce que chaque Français est dépendant.
07:38J'avais fait, il y a quelques années, maintenant 10 ans,
07:41au gouvernement, un plan pour le véhicule à 2 litres.
07:44On avait réussi à unir PSA et Renault.
07:47Ils disaient, payez-nous la R&D, parce que ça va être...
07:49Déjà, 2 litres, c'est moins que 5 ou 6.
07:51C'était 3 fois moins.
07:52Et le véhicule prototypique devait sortir en 2020.
07:56Bon, c'est un plan qui a été abandonné par mon honorable successeur,
07:59dont vous connaissez le nom, il s'appelle, je crois, M. Macron.
08:01C'est dommage, parce qu'on aurait pu avoir un véhicule populaire thermique
08:07qui, évidemment, ne donne pas la totalité de la satisfaction que donne l'électricité,
08:14évidemment, puisque la manière dont on peut changer les choses,
08:18c'est effectivement répandre le modèle électrique.
08:20Mais franchement, on aurait pu avancer comme ça.
08:22On n'avance jamais sur des politiques de long terme.
08:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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