- il y a 2 jours
Le 21 avril 2002, ce « coup de tonnerre » dans l'histoire politique française, restera aussi une date marquante dans la mémoire de Jean-François Copé, ancien ministre et maire de Meaux.
Alors que les sondages annonçaient un second tour opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac, la surprise est totale : Jean-Marie Le Pen crée la stupeur en se qualifiant avec 17 % des voix, déjouant tous les pronostics.
Jean-François Copé se confie à Yves Thréard sur « ce moment d'histoire dans l'Histoire », qu'il a vécu dans les coulisses du QG de Jacques Chirac. Malgré le choc provoqué par la présence du leader du Front National au second tour, il décrit également la joie intense ressentie par l'entourage du président sortant, qui entrevoit désormais une victoire à portée de main. Cet épisode décisif marquera par la suite la création de l'UMP, dans le but de rassembler les forces du centre et de la droite face à la montée de l'extrême droite.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
Alors que les sondages annonçaient un second tour opposant Lionel Jospin à Jacques Chirac, la surprise est totale : Jean-Marie Le Pen crée la stupeur en se qualifiant avec 17 % des voix, déjouant tous les pronostics.
Jean-François Copé se confie à Yves Thréard sur « ce moment d'histoire dans l'Histoire », qu'il a vécu dans les coulisses du QG de Jacques Chirac. Malgré le choc provoqué par la présence du leader du Front National au second tour, il décrit également la joie intense ressentie par l'entourage du président sortant, qui entrevoit désormais une victoire à portée de main. Cet épisode décisif marquera par la suite la création de l'UMP, dans le but de rassembler les forces du centre et de la droite face à la montée de l'extrême droite.
Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.
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00:04Musique
00:21Bonjour Jean-François Copé.
00:23Bonjour.
00:23Nous allons un peu voyager dans le temps, presque 25 ans.
00:27Une date capitale dans l'histoire de la Vème République,
00:32qui est celle du 21 avril 2002.
00:35Coup de tonnerre en France,
00:37puisque Jean-Marie Le Pen se qualifie
00:40pour le deuxième tour de l'élection présidentielle,
00:43face à Jacques Chirac.
00:44Et vous, précisément, vous êtes avec Jacques Chirac à cette date,
00:48et pour cause, puisque vous avez participé à sa campagne,
00:51vous avez été un des artisans du programme, de l'organisation,
00:56et vous êtes au QG, à côté de Jacques Chirac,
00:59et vous attendez fébrilement avec l'équipe,
01:01et le président de la République sortant, qui va être reconduit,
01:04s'attendait à ce que ce soit Lionel Jospin,
01:06et c'est Jean-Marie Le Pen.
01:08Et il ne veut pas y croire.
01:09Ah oui, oui, non, non, enfin, tous ceux qui étaient autour de la table,
01:13je pense, ont vécu un moment d'histoire dans l'histoire.
01:16Voilà, oui, tout à fait.
01:17En fait, d'abord, il faut se souvenir du contexte.
01:19On est dans un contexte d'une campagne très tendue.
01:22D'abord parce qu'il y a une situation économique qui n'est pas très bonne.
01:25Les 35 heures sont en fonction,
01:28ont été mises en place dès 2000 dans beaucoup d'entreprises,
01:31donc il y a beaucoup de désorganisation.
01:33On sort d'une cohabitation.
01:34On sort d'une cohabitation très tendue.
01:37Et donc on a un président de la République qui, en plus,
01:40Jacques Chirac, a des attaques incessantes des socialistes
01:45sur les affaires de l'époque, les affaires judiciaires.
01:47Donc vraiment un contexte horrible.
01:49Et puis, il faut bien le dire, dans le même temps,
01:51le thème de la sécurité qui a émergé partout.
01:54Et bon, nous, dans l'équipe de Chirac,
01:56on est quelques-uns à être maires de banlieue
01:57puisqu'il nous a envoyés conquérir des villes de banlieue.
02:00Donc il y a Pierre Bédier à Mante-la-Jolie,
02:02il y a François Cornu-Gentil à Saint-Dizier
02:04avec des quartiers difficiles,
02:05il y a Renaud Museli à Marseille.
02:07C'est tous les bébés Chirac, d'ailleurs.
02:08Tous les bébés Chirac, exactement.
02:09C'est ce qu'on a appelé les bébés Chirac.
02:10Moi-même à Beau, il y a François Baroin à Troyes.
02:13On sait quand même que l'insécurité a beaucoup monté,
02:17en plus, ce n'était pas la priorité du gouvernement Jospin,
02:19évidemment,
02:21et que du coup, le mécontentement fait
02:24qu'il y a du Le Pen dans l'air de plus en plus.
02:28Et moi, je me souviens de ça
02:29parce que j'avais participé à un documentaire
02:30de Serge Moiti, votre confrère,
02:32sur la campagne présidentielle.
02:33Et à l'époque, Bédier et moi,
02:35on avait été pris un peu comme les petits jeunes
02:37qui témoignaient du terrain.
02:38Et on disait dans le documentaire,
02:40mais on trouve quand même qu'il y a beaucoup de gens
02:41qui nous disent qu'ils veulent voter Le Pen.
02:43Donc, il y avait ce contexte.
02:44Bon, arrive le 21 avril.
02:46Nous, on est quelques-uns à avoir été battus
02:49dans la dissolution de 97.
02:51Donc, de se retrouver là,
02:53c'est déjà une remontada énorme
02:56parce que vous savez que quand vous êtes battus
02:57aux législatives, généralement,
02:58vous êtes à l'abandon pour des années.
03:02Et donc, on a ramé, on a réussi à revenir
03:04et on est autour de lui, en fait.
03:06Et cette réunion, elle est dédiée
03:08à attendre les résultats
03:09et où Jacques Chirac doit nous donner le briefing
03:11pour qu'on aille sur les télés le soir.
03:13On était tous invités dans les télés le soir.
03:15Vous avez autour de la table
03:16tous ceux qui vont faire la décennie suivante
03:18dans le gouvernement.
03:19Donc, vous avez Dominique Perben,
03:20vous avez Nicolas Sarkozy,
03:21vous avez Alain Juppé,
03:22vous avez Jacques Toubon qui était là.
03:24Je me souviens, il y avait les fidèles.
03:27Enfin, vraiment, voilà.
03:28C'était tous ministres après.
03:29Et Michel Alliou, Marie-Roselyne Bachelot.
03:31Enfin, voilà.
03:31Donc, on est tous autour de la table.
03:32Et là, on attend les résultats.
03:35Il est 18h15
03:37et Jacques Chirac nous dit
03:38écoutez, c'est très simple,
03:39j'ai des informations.
03:40Les socialistes vont nous attaquer
03:42sur les affaires.
03:43Alors, c'est les affaires de la ville de Paris.
03:44Les affaires de la ville de Paris, à l'époque.
03:46Enfin, bon.
03:46Vous êtes très durs sur le plateau.
03:48Il me souvient de cette phrase.
03:49Il dit n'hésitez pas à menacer
03:51de quitter le plateau
03:52au nom de la démocratie
03:53si jamais ils sont trop insultants.
03:55Enfin, il nous briefe là-dessus.
03:57Et, indépendamment des autres éléments du programme,
04:00je suis à sortir de la gauche,
04:01enfin, etc.
04:03Et, je me souviens très bien
04:04Dominique de Villepin
04:05qui était à l'époque
04:06secrétaire générale de l'Ulysée
04:07qui arrive
04:08et qui parle très discrètement
04:10à l'oreille de Jacques Chirac.
04:11Inutile de vous dire
04:12qu'on est tous en train d'écouter
04:13comme des fous.
04:15Et il lui dit
04:15écoutez, monsieur le président,
04:16en fait,
04:17il semble que
04:18les 20 premiers bureaux de thèse
04:20de la Sofresse
04:21donnent une finale
04:22entre Le Pen et vous.
04:25Et là,
04:26Chirac dit
04:27écoutez, Dominique,
04:28vous nous laissez là,
04:28on est en train de travailler.
04:29Donc, on fait le briefing.
04:31Donc, revenez un peu plus tard.
04:33Et alors, il faut voir la scène,
04:34c'est ce pulgé,
04:35c'est un ancien...
04:36C'est rue du Faubourg-Saint-Martin.
04:37Oui, c'est une ancienne maison de passe.
04:39Et donc, on est autour de la table.
04:40Derrière, il y a un canapé rouge
04:41où se trouvent
04:42Madame Chirac et Jérôme Monod.
04:44Qui était un conseiller,
04:46un des plus proches conseillers.
04:48Jérôme Monod était exactement.
04:48Et moi, je suis en face,
04:49dans l'angle.
04:51Et donc, on entend ça.
04:53Bon, Jacques Chirac
04:56qui renvoie Dominique
04:57et il reprend.
04:58Donc, je vous l'ai dit,
04:59il faut être très dur.
05:00Vous vous souvenez comment Chirac parlait.
05:01Il faut vraiment...
05:02Enfin, il nous refait.
05:03Et là, à ce moment-là,
05:04Dominique de Villepin
05:06revient à nouveau
05:07et dit,
05:07M. le Président,
05:08là, sur les 5 instituts de sondage,
05:11tous sur les 20 bureaux tests,
05:13vous mettent en finale avec Le Pen.
05:15Et là, Chirac s'énerve
05:17et dit,
05:19Dominique, ça suffit.
05:20J'en ai assez.
05:21Je ne veux plus voir de sondage.
05:22Vous nous laissez faire.
05:23On est en train de faire le briefing
05:25pour les télévisions.
05:25Je ne veux plus voir de sondage.
05:27Alors, nous, un peu gênés, quand même.
05:30Et je vois très bien
05:31Nicolas Sarkozy
05:32qui s'énerve
05:32et qui dit,
05:33M. le Président,
05:33on va être à la télé
05:34dans une demi-heure.
05:36Il faut absolument
05:36qu'on ait les sondages.
05:38Et là,
05:39je vois Chirac,
05:40et ça, c'est vraiment une image,
05:42je crois qu'on l'oubliera.
05:42Personne n'en t'en oubliera.
05:44Ça commence à rentrer.
05:46Et là, il marque un temps
05:48et il dit,
05:49dans un silence de mort,
05:52remarqué,
05:53Bernadette me l'avait prédit.
05:55Aïe !
05:55Et là, il y a un silence,
05:56mais vous ne pouvez même pas imaginer.
05:57C'est un truc de fou.
05:58Et on entend la voix
06:00de Mme Chirac derrière
06:01qui dit,
06:01oui,
06:02mais je ne le souhaitais pas à Jacques.
06:04Et là, c'est énorme
06:06parce qu'en fait,
06:07ils sont en train de se parler
06:08tous les deux.
06:09En fait,
06:10nous, on ne sait pas très bien
06:11ce qu'on fait là.
06:12On se regarde,
06:13je me souviens,
06:13on se regarde avec Bédié,
06:15on se dit,
06:15mais c'est quoi la suite,
06:16en fait ?
06:17Il va se passer quoi, là ?
06:18Et là,
06:19je vois,
06:20c'est à la fois le visage
06:21et il y a un espèce
06:22d'énorme poids
06:23sur les épaules
06:24du Président
06:25qui tout d'un coup
06:26prend conscience
06:27qu'il veut avoir
06:28Le Pen face à lui.
06:29Et là,
06:29c'est vraiment un moment
06:30très particulier,
06:32à la fois de très grande
06:34intensité politique.
06:35Alors nous,
06:36ça nous échappe un peu,
06:37en fait,
06:37parce que nous,
06:38on veut être ministre.
06:38Ah, bien sûr.
06:39Et donc,
06:40on se regarde et on se dit,
06:41mais ça veut dire
06:42qu'on veut être ministre,
06:42en fait.
06:43Et donc,
06:43il y a cette espèce
06:44de truc fou.
06:45Parce que là,
06:46vous êtes sûr que,
06:46vous vous dites tous,
06:47c'est sûr,
06:48il sera président.
06:49Ah, ben là,
06:49c'est sûr,
06:50parce que c'est Le Pen père.
06:52Vous êtes obligés
06:52de changer de stratégie aussi.
06:53Alors, justement,
06:54c'est là où,
06:54à ce moment-là,
06:57Patrick Stéphanini arrive.
06:58Je pense que Dominique
06:59de Vipas s'est dit,
06:59je ne vais pas y retourner.
07:01Et donc,
07:01c'est Patrick Stéphanini
07:02qui est à l'époque
07:03directeur de la campagne
07:04elle-même,
07:06avec Antoine Ruffnac,
07:08que j'oublie de citer,
07:09qui était aussi
07:09autour de la table.
07:10Ancien maire du Havre.
07:11Ancien maire du Havre
07:11et qui était le directeur
07:13officiel de la campagne
07:13de Jacques Chirac.
07:14Et là,
07:15Patrick Stéphanini arrive
07:16et dit,
07:16écoutez,
07:17monsieur le président,
07:17maintenant,
07:18c'est sur la totalité
07:19des bureaux tests,
07:19pour la totalité
07:20des instituts de sondage,
07:21donc vous êtes en finale
07:22avec Le Pen.
07:23Et là,
07:24Jacques Chirac,
07:25très calme,
07:26nous dit,
07:26on refait le briefing.
07:27Il change tout
07:28en une seconde
07:29et il nous dit,
07:30c'est très simple,
07:31maintenant,
07:31il faut en appeler
07:32à la défense de la République.
07:33Et donc,
07:34en une minute,
07:35en fait,
07:36on avait le message.
07:37La République est en danger.
07:38La République est en danger.
07:39Et à ce moment-là,
07:40il vous dit,
07:41il n'y aura pas de débat
07:42entre les deux tours
07:43parce qu'il n'y a pas eu
07:43de débat.
07:44Non,
07:44alors on ne l'a pas su.
07:46Il l'a décidé le lendemain
07:47avec Claude Chirac,
07:49sa fille.
07:50Mais bon,
07:51en vérité,
07:52moi,
07:53il débat avec Le Pen.
07:54Il avait même refusé
07:55de rentrer dans un avion
07:55où il y avait Le Pen
07:56il y a quelques années
07:57auparavant.
07:58on va vous dire que vraiment...
07:59Non,
07:59non,
08:00là,
08:00pour le coup,
08:01dans l'esprit de Jacques Chirac
08:02et nous,
08:03on est de cette éducation-là,
08:05l'étanchéité avec Le Pen,
08:06elle est totale.
08:07Alors,
08:07c'est ce qu'il faut quand même souligner,
08:09c'est que Jacques Chirac,
08:10vis-à-vis de ce qu'était
08:12à l'époque
08:12le Front National,
08:14dirigé par Jean-Marie Le Pen,
08:16c'était étanche.
08:17Il n'y avait aucun compromis possible.
08:20Totalement.
08:20Et d'ailleurs,
08:21nous vivons encore aujourd'hui
08:23sur ce principe d'étanchéité.
08:25Sauf que
08:26les esprits sont un peu plus...
08:29je dirais,
08:30c'est plus aléatoire.
08:30Il y avait déjà à l'époque
08:32une part considérable
08:34d'électeurs de droite
08:34qui voulaient qu'on fasse l'union
08:35avec le Rassemblement National
08:37de l'époque,
08:37le Front National.
08:38On se souvient des régionales
08:40de 1998.
08:42Bien sûr.
08:42Et puis ensuite,
08:43après de 2004,
08:44à chaque fois,
08:45ce problème est arrivé.
08:46Et à chaque fois,
08:47on a tenu bon
08:48par rapport à cette ligne.
08:49Mais pour revenir
08:50à cette atmosphère,
08:52elle était très bizarre
08:53l'atmosphère.
08:54Parce que,
08:55d'un côté,
08:55encore une fois,
08:56on avait un choc
08:58quand même de se dire
08:58« Waouh,
08:59c'est Le Pen qui est devant. »
09:00Et puis de l'autre,
09:02de se dire
09:02« Bah ouais,
09:03on va gagner en fait
09:03la présidentielle. »
09:05C'était assez étonnant
09:06parce que Jacques Chirac
09:07ne rigolait pas du tout,
09:08lui.
09:08Il n'y avait pas eu
09:10un moment de sourire.
09:11Il aurait préféré
09:11que ça soit Jospin ?
09:13Je ne sais pas.
09:14Mais en tout cas,
09:14il y avait un...
09:15Enfin,
09:15pour lui,
09:16avec l'histoire personnelle
09:18et politique
09:19qui est la sienne,
09:19se retrouver en face
09:20du leader de l'extrême droite,
09:21c'était un vrai choc
09:22pour lui,
09:23qui était l'héritier
09:25de la famille gaulliste.
09:26Et alors,
09:26ce qui était intéressant,
09:27c'était de voir
09:28que personne ne bouge
09:29parce qu'on se dit
09:30« Dans ces moments-là,
09:31il ne faut pas avoir
09:31le mot de trop. »
09:35et il dit « Jacques,
09:36on peut quand même
09:36t'embrasser et te féliciter. »
09:38Et là,
09:39en fait,
09:39lui,
09:40il garde un espèce de masque.
09:42C'est-à-dire qu'il est déjà
09:43dans autre chose.
09:44Il est déjà
09:45dans la défense de la République.
09:47C'est-à-dire que ça va bien au-delà
09:48de la seule question
09:49de sa réélection.
09:50Je m'en souviens d'autant plus
09:51qu'il sait qu'il va devoir
09:53faire un message,
09:54naturellement,
09:54le soir.
09:56Et j'entends Bernadette dire
09:57« Enfin, Jacques,
09:58il faut que, bien sûr,
10:00vous pensiez aussi
10:00à remercier les Français
10:01qui ont voté pour vous. »
10:02Et je me souviens très bien
10:03de cette phrase
10:03parce que lui,
10:04il était déjà
10:04dans la défense de la République.
10:06Il fait moins de 20%,
10:07il faut le dire.
10:07Il fait moins de 20%,
10:08mais surtout,
10:10je n'ose pas,
10:10il fait moins que tout le monde.
10:12L'analyse de ce scrutin,
10:14si on veut la faire
10:14de manière objective,
10:15on ne doit pas oublier
10:16qu'il y avait
10:187 candidats à gauche.
10:207 candidats à gauche.
10:21Je vous le dis
10:22parce que ça,
10:22ça nous renvoie
10:23à l'actualité d'aujourd'hui.
10:24À droite,
10:25quand je vois
10:25l'accumulation des candidats,
10:27je pense qu'on joue
10:28avec le feu.
10:29On en a bien
10:306 ou 7 aussi.
10:31Et à l'époque,
10:32les 7 candidats de gauche,
10:33ils ont fait perdre Jospin.
10:34A commencer par
10:34M. Chevenement
10:35et Mme Taubira.
10:36Il y a une autre constante
10:37par rapport à aujourd'hui,
10:38si vous me permettez,
10:39Jean-François Copé,
10:40c'est la sécurité.
10:41Le thème est au centre
10:43de cette campagne électorale
10:44et finalement,
10:46rien n'a changé depuis.
10:48Alors,
10:48rien n'a changé,
10:49oui et non.
10:49D'abord parce que sous Chirac,
10:51la question sécuritaire
10:53a été traitée.
10:54C'est-à-dire que,
10:55elle n'a pas été résolue,
10:56mais elle a été traitée.
10:57Dès son élection,
10:58il fait 3 lois de programmation
11:00justice, sécurité et défense
11:02qui remettent à niveau
11:04en 5 ans
11:05les moyens de l'État.
11:06Je vous rappelle
11:07qu'il y a eu
11:08un secrétariat d'État
11:09en charge
11:09de la construction des prisons
11:11qui a été confié
11:12d'ailleurs à Pierre Bédier.
11:13Il y a eu
11:14à l'époque précédente,
11:15celle de Jospin,
11:15une baisse massive
11:16des crédits en matière de sécurité
11:18et vous vous souvenez
11:19de la fameuse phrase
11:20de Jospin
11:21en campagne
11:22disant
11:22je pensais
11:23par naïveté
11:24qu'en baissant
11:25le taux de chômage
11:27on allait baisser
11:28l'insécurité.
11:28Ce qui était absolument
11:29incroyable parce que
11:30c'était une méconnaissance
11:31de la réalité de la société
11:32qui était folle.
11:33Donc la reprise en main
11:34du régalien
11:35et le rôle de Sarkozy
11:36ministre de l'Intérieur
11:37d'ailleurs de ce point de vue
11:38avait été salué par tout le monde
11:39et a servi de rampe de lancement
11:40pour sa campagne présidentielle.
11:42Donc il y a eu
11:42une vraie efficacité
11:43jusqu'en 2007.
11:44Et puis après
11:44vous connaissez l'histoire
11:46pour toute une série de raisons.
11:47Une partie à droite
11:48et puis ensuite à gauche
11:49on a baissé à nouveau la garde
11:50on était dans le déni de réalité.
11:52Avec Macron
11:53ça a atteint malheureusement
11:54un point culminant
11:56et on est aujourd'hui
11:56dans cette situation dramatique
11:58en matière sécuritaire.
11:59Alors le Front National
12:00est au deuxième tour
12:01de l'élection présidentielle.
12:02Depuis
12:02ce n'est plus le Front National
12:04c'est le Rassemblement National.
12:05Est-ce qu'on peut
12:06estimer
12:07que le Rassemblement National
12:08d'aujourd'hui
12:09n'est plus
12:11tout à fait le même
12:12que le Front National
12:13de l'époque
12:13et que Marine Le Pen
12:14somme toute
12:15ce n'est pas non plus
12:16Jean-Marie Le Pen ?
12:17Est-ce que vous acceptez ?
12:18C'est un grand débat.
12:19C'est-à-dire
12:19il y a la question
12:20sur les hommes
12:21et puis il y a la question
12:21sur les courants politiques
12:22fondamentaux.
12:23Sur les hommes
12:25bah oui bien sûr
12:26Le Pen
12:27le père
12:27c'est quelqu'un
12:30qui a vécu
12:30dans l'histoire
12:31de la collaboration
12:32de la Deuxième Guerre mondiale
12:33qui au fond de lui
12:34est quand même
12:34un peu pétainiste
12:35et beaucoup d'éléments
12:37l'attestent
12:38qui est profondément
12:39antisémite
12:39et qui a une vision
12:41de la France
12:42qui ressemble
12:43beaucoup quand même
12:44à travail
12:45famille patrie
12:46dans l'idéologie
12:48pétainiste.
12:50avec évidemment
12:50la démarche
12:51du bouc émissaire
12:53xénophobe
12:54l'immigration
12:54etc.
12:55et puis
12:55des qualités
12:56de tribun
12:58exceptionnelles
12:58et qui réussit
13:00donc à occuper
13:01tout cet espace
13:02vous connaissez
13:02l'histoire
13:03de Jean-Marie Le Pen
13:03Marine Le Pen
13:04c'est pas son père
13:05personne d'ailleurs
13:06ne dit
13:06ni ne pense
13:07que c'est son père
13:09je ne crois pas
13:10qu'elle soit
13:10personnellement antisémite
13:11même s'il y a
13:13mollement
13:13des avoués son père
13:14mais enfin
13:15quand même
13:15elle a fait en tout cas
13:16un travail délibéré
13:19de normalisation
13:20ça a été
13:21toute la démarche
13:23stratégique
13:23qui a consisté
13:24à dire
13:24aux françaises
13:25et aux français
13:25non non
13:26mais nous
13:26on n'est pas
13:27on n'est pas
13:27comme mon père
13:29on est gentil
13:30on aime les enfants
13:31on aime les animaux
13:33on aime plein de choses
13:35voilà
13:35bon
13:36après il y a
13:37les courants historiques
13:37bon
13:38et moi je suis désolé
13:39mais
13:40pour vous c'est infranchissable
13:41l'histoire de France
13:42c'est pas une page blanche
13:43bon
13:43il y a
13:44des courants historiques
13:45qui sont très clairement
13:46identifiés
13:47et parmi ceux-ci
13:48l'histoire de l'extrême droite
13:50alors je sais qu'ils ont fait
13:52un tel travail de banalisation
13:53que pour beaucoup de français
13:54de droite
13:54dire extrême droite
13:55pour Le Pen
13:56fille
13:57c'est pas ça
13:58mais la vérité
13:59c'est que
13:59quand vous regardez
14:01le ressort
14:02du discours
14:03de l'extrême droite
14:03française
14:04du rassemblement national
14:05d'Aquilé aujourd'hui
14:06c'est un discours
14:08populiste
14:09démagogique
14:09par opposition
14:10à un parti de gouvernement
14:11et quand vous vous amusez
14:12à regarder tous les grands thèmes
14:14environnement
14:15immigration
14:17finances publiques
14:17fiscalité
14:18dépenses publiques
14:20et même sécurité
14:21vous vous rendez compte
14:21que les propositions
14:23du rassemblement national
14:24en fait sont toutes
14:25à caractère simpliste
14:27démagogique
14:28par opposition à un parti
14:29de gouvernement
14:29qui peut pas faire ça
14:30qui n'en fait pas un parti
14:31de gouvernement
14:31mais non
14:31quand vous êtes un parti
14:32d'abord parce que les gens
14:33ne vous regardent pas
14:34de la même manière
14:34et ça c'est un point
14:35très important
14:36quand les français
14:37écoutent quelqu'un
14:38qui appartient à un parti
14:39de gouvernement
14:39donc censé être sérieux
14:41responsable
14:42il n'a pas le droit à l'erreur
14:43alors qu'un parti
14:45que ce soit le rassemblement national
14:46ou LFI
14:47peuvent y aller à fond
14:47on dit
14:48c'est pas grave
14:48c'est Le Pen
14:49c'est Mélenchon
14:50quand Mme Le Pen
14:51dit
14:52il y a 50%
14:53d'immigrés en France
14:55on sait que c'est pas vrai
14:56mais à ce moment là
14:58on dit
14:58oui mais c'est pas grave
14:59c'est Marine Le Pen
15:00voilà
15:00moi je fais une erreur
15:01sur le prix du pain au chocolat
15:02j'ai 6 mois de campagne de presse
15:04voilà
15:04donc c'est pas la même chanson
15:05il y a une exigence
15:07vis-à-vis des partis
15:08de gouvernement
15:08qui est inversement proportionnelle
15:10à celle des partis
15:11des partis
15:12dits populistes
15:13et c'est pour ça
15:13qu'on ne peut pas s'entendre
15:14parce qu'on ne parle pas
15:15la même langue
15:16voilà
15:16alors une des conséquences
15:18de cet épisode
15:20important du 21 avril
15:21même si ça
15:23c'était un peu déjà
15:24dans les têtes avant
15:25ça a été la création
15:26de l'UMP
15:27l'UMP
15:28qui a réuni
15:29le RPR
15:31qui a été fondé
15:32par Jacques Chirac
15:34et l'UDF
15:35qui avait été fondé
15:36elle
15:37par Valéry Giscard d'Estaing
15:39l'idée
15:39c'était justement
15:40il faut que la droite
15:41et le centre
15:42fassent bloc
15:43pour pas que ça se reproduise
15:45et que l'extrême droite
15:46soit là
15:47alors c'est un mouvement
15:48qui a été l'UMP
15:49qui a été présidé
15:50par Alain Juppé
15:52est-ce que vous
15:53à l'époque
15:55peut-être que vous avez évolué
15:56depuis
15:56vous étiez
15:57favorable
15:58à cette création
15:59d'abord
15:59la création de l'UMP
16:01qui était née
16:02quelques mois auparavant
16:03il y avait eu un travail
16:04qui avait été fait
16:06comme on dit
16:07dans le monde
16:07des joueurs d'échecs
16:08ça s'appelle
16:08un coup génial
16:10c'est-à-dire
16:12le truc
16:13qui tout d'un coup
16:14devient
16:15un game changing
16:17la manière
16:18dont Chirac
16:19a choisi l'opportunité
16:20au lendemain
16:21du 21 avril
16:21de réunir
16:22tous les classiques
16:23qui étaient présents
16:24autour de la table
16:24tous
16:25je les revois encore
16:25j'étais à cette réunion
16:27incroyable
16:27au QG de campagne
16:28qui ne fait poser
16:29aucune question à personne
16:30qui dit voilà
16:31à compter
16:32de 7 minutes
16:33comptant une
16:34de ce qui s'est passé
16:35nous faisons
16:36l'UMP
16:37voilà
16:37nous rassemblons
16:38le RPR
16:39et l'UDF
16:40et nous ne faisons plus
16:41qu'une seule dynamique politique
16:43comme tous les autres
16:44grands partis conservateurs
16:45d'Europe
16:45notamment il pensait
16:46à la CSU en Allemagne
16:47ou le parti conservateur
16:48britannique
16:49ça s'est décidé
16:50par lui
16:51tout seul
16:52avec la dynamique
16:53qui était celle
16:54qui le portait
16:55au lendemain
16:55du 21 avril
16:56personne ne s'y est opposé
16:58sauf Bayrou
16:59qui a fait son petit parti
17:00vous vous en souvenez
17:00mais qui n'était pas du tout
17:01à l'échelle du problème
17:02oui qui n'a pas participé
17:03à ça
17:04du tout
17:04mais clairement
17:06ce jour-là
17:07il a vraiment
17:09créé les conditions
17:10d'un grand parti conservateur
17:12qui a dirigé le parti
17:13le pays
17:13pendant 10 ans
17:14en fait
17:15et en réalité
17:17est-ce qu'on était pour
17:18est-ce qu'on était contre
17:19nous les RPR
17:20on est un peu clanique
17:21on aime bien
17:23on a une vision
17:23très physique
17:24de la politique
17:26et on a toujours considéré
17:27que l'UDF
17:28c'était plutôt
17:28un parti de notable
17:29là nous
17:29on était un parti
17:30de masse
17:32donc il y avait
17:32un petit sujet
17:33quand même
17:35sur le thème
17:35ils ne sont pas de chez nous
17:37mais en même temps
17:38fondamentalement
17:38on savait très bien
17:39qu'il fallait le faire
17:40et donc
17:40pour ma génération
17:41on était tout jeunes
17:43c'était une évidence
17:44qu'il fallait foncer
17:45et donc on a foncé
17:46voilà
17:47et ça a été
17:47un élément
17:48absolument essentiel
17:50pour créer
17:50une grande majorité
17:51je rappelle que
17:52l'élection
17:54législative
17:54qui sort de cette présidentielle
17:55c'est 360 députés UMP
17:57et une dynamique de groupe
17:59qui fait que petit à petit
18:00les différences s'estompent
18:02entre les anciens libéraux
18:04gaullis
18:04etc
18:05pour créer une seule
18:06et même dynamique
18:07d'une puissance politique
18:09exceptionnelle
18:09et qui je le répète
18:10a permis de gouverner
18:11le pays pendant 10 ans
18:12alors ça c'est une des conséquences
18:13il y a eu un reproche
18:14qui a été fait à l'époque
18:15à Jacques Chirac
18:17parce que Jacques Chirac
18:19au deuxième tour
18:19du coup
18:19il est élu
18:20avec 82% des suffrages
18:22il y a 20% d'abstention
18:24il y en avait eu 28
18:25d'ailleurs au premier tour
18:26quand on parle
18:27de l'abstention aujourd'hui
18:28déjà à l'époque
18:29ça avait été
18:30un élément marquant
18:31il fait un gouvernement
18:32il nomme
18:33monsieur Raffarin
18:34comme premier ministre
18:36et certains disent
18:36mais il aurait dû
18:37ouvrir davantage
18:39compte tenu du résultat
18:40qu'il obtient
18:41au deuxième tour
18:42quelle est votre réflexion là-dessus ?
18:43Moi je suis en désaccord complet
18:44avec cette approche
18:45et heureusement qu'on n'a pas fait ça
18:48en vérité
18:50le vote
18:51des 82%
18:52ne signifie en rien
18:53la fin du clivage droite-gauche
18:54le clivage droite-gauche
18:55c'est une assurance vie
18:56contre les extrêmes
18:57nous payons au prix fort
18:58les choix de Macron
18:59aujourd'hui
19:00d'avoir gouverné au centre
19:01a eu mécaniquement
19:02comme effet
19:03de faire monter en flèche
19:05les deux extrêmes
19:06LFI d'un côté
19:07et RN de l'autre
19:07c'est ça que nous payons
19:09le fameux en même temps
19:10et là-dessus
19:11Jacques Chirac
19:11a toujours été extrêmement clair
19:12il faut un clivage
19:14droite de gouvernement
19:15face à la gauche de gouvernement
19:16Jospin n'a jamais été un extrémiste
19:18donc c'était un gouvernement de gauche
19:19qui a fait beaucoup de mal
19:21avec les 35 heures
19:22que Jacques Chirac
19:23n'a pas eu
19:23le courage d'ailleurs
19:24de supprimer
19:25et Dieu sait si je suis un Chiracien absolu
19:27on aurait évidemment dû le faire
19:28on le paye encore aujourd'hui
19:29mais la réalité c'est que
19:31jamais dans l'esprit de Jacques Chirac
19:33il n'a été question
19:34jamais
19:35de faire une politique
19:37qui vienne être dans un mix
19:39gauche-droite
19:40d'Otienne
19:40On se souvient de votre réflexion
19:41vis-à-vis de Nicolas Sarkozy
19:44et l'ouverture
19:44Oui
19:45moi j'étais très hostile à ça
19:47c'est un de nos innombrables
19:49sujets de divergence
19:49enfin on a quelques sujets
19:50de convergence aussi
19:51mais enfin beaucoup
19:52de sujets de divergence
19:52c'est que moi je redoutais le pire
19:56parce qu'à partir du moment
19:57où vous créez de l'ambiguïté
19:58les électeurs
19:59ils ne savent plus très bien
20:00où aller en fait
20:01alors vous picorez
20:02quelques personnalités de gauche
20:03qui veulent avoir des ministères
20:04à la limite
20:05c'est moins grave
20:05mais par contre
20:06gouverner au centre
20:07pour faire plaisir à tout le monde
20:08ça donne la montée des extrêmes
20:09Oui donc vous n'étiez pas
20:11du tout favorable
20:12à cette réflexion
20:14Non
20:14et puis d'ailleurs
20:15personne de sérieux
20:16n'y a à penser à l'époque
20:17bon après
20:18on a réécrit l'histoire
20:19enfin jamais
20:20même les gens du PS
20:21n'ont jamais imaginé
20:22gouverner avec nous
20:23en fait ça n'a jamais existé
20:25c'est en réécrivant l'histoire
20:26après qu'on a dit
20:27Chirac aurait dû tenir compte
20:28mais le vote des 82%
20:30on ne se l'est jamais approprié
20:31on a simplement dit
20:32c'est la défense de la République
20:34bon
20:34et au passage
20:36je me permets de vous dire
20:37que je regrette
20:38qu'à gauche
20:39on n'ait pas la même philosophie
20:40parce que
20:40on n'a jamais à gauche
20:42mis sur le même pied
20:43LFI et le RN
20:44c'est bien dommage
20:45parce que Mélenchon
20:46reste un danger absolu
20:48et de mon point de vue
20:50aussi grave
20:51que Le Pen
20:52voilà
20:53Vous avez écrit un livre
20:55en 2016
20:56qui s'appelle
20:57Le sursaut français
20:57dans lequel vous faites état
20:59des blessures
21:00qui ont pu
21:02bien affecter
21:03Jacques Chirac
21:05et de vos propres blessures
21:07aussi
21:07puisqu'on se souvient
21:09de la bagarre
21:10Fillon
21:11Copé
21:12et puis le fait
21:13que vous ayez été obligé
21:14de quitter
21:14la présidence
21:15de l'UMP
21:16Surtout à cause
21:16de l'affaire
21:17des comptes de campagne
21:18de Nicolas Sarkozy
21:18dans laquelle j'ai été
21:20totalement innocenté
21:22dans laquelle vous avez été
21:23complètement innocenté
21:24Jacques Chirac
21:25a eu cette traversée
21:26du désert
21:26de 1993 à 1995
21:29et vous dites
21:29que vous avez eu
21:30des blessures partagées
21:31dans ce livre
21:32finalement
21:34pour vous
21:35c'est votre référence
21:37Jacques Chirac
21:37c'est l'homme
21:38qui vous a marqué
21:39c'est le dernier
21:40grand président
21:41de la Ve République
21:42Oui
21:42il m'a tout appris
21:45et je lui dois tout
21:47et je pense très souvent
21:48à lui
21:50et je sais
21:51qu'un jour
21:52je participerai
21:54au travail
21:56de mémoire
21:57autour de ce qu'a
21:57incarné Jacques Chirac
21:58pour notre pays
21:59Il y a une phrase terrible
22:00qu'a prononcée
22:01Nicolas Sarkozy
22:02qui était le traité
22:03droit fainéant
22:06qui est très dur
22:08pour reprendre
22:09une formule célèbre
22:09de Chirac
22:10qui n'est pas convenable
22:11Jacques Chirac
22:12il a appris
22:13à notre génération
22:14beaucoup de choses
22:14d'abord il nous a appris
22:15que la politique
22:16c'était un métier
22:17on ne faisait pas ça
22:18quand on avait
22:18deux heures à perdre
22:19le dimanche
22:20qu'il fallait être élu
22:21maire, député, ministre
22:23élu, battu
22:24qu'on prend des coups
22:25qu'on en donne
22:26et peut-être un jour
22:27les français considèrent
22:29qu'on est prêt
22:29voilà
22:31deuxièmement
22:32cette idée
22:33qu'on ne doit jamais
22:34oublier d'où on vient
22:35et que même
22:36quand on traite
22:36des grandes affaires
22:37du monde
22:37il faut avoir bien en tête
22:40ce que le gars de Corrèze
22:41ou de Mo
22:42vous a dit
22:43le week-end d'avant
22:44dans un marché
22:45parce que ce qui compte
22:46ce n'est pas d'aller inaugurer
22:47et de couper les rubans
22:48c'est ce que les gens vous disent
22:49Corrèze c'est lui
22:50et Mo c'est vous
22:50voilà
22:51et ça
22:52c'est un élément
22:53qui a nourri
22:54toutes mes réflexions intellectuelles
22:56sur l'engagement politique
22:57depuis toujours
22:58et c'est pour ça
22:58que j'ai choisi
22:59de rester maire d'ailleurs
23:00non seulement on ne s'improvise pas
23:02mais en fait
23:02la vraie profondeur
23:04ou l'acquérir
23:04à travers ces années
23:06et ces années
23:07de travail
23:08et de compréhension
23:09de la société française
23:10et puis il m'a appris autre chose
23:11c'est l'importance
23:13de la culture historique
23:14je pense que
23:15vous savez
23:16on nous demande beaucoup de choses
23:17quand on fait de la politique nationale
23:18il faut être bon en économie
23:19quasiment tout
23:20en finance
23:20en droit
23:21en gestion publique
23:22il faut bon
23:23en relation humaine
23:25en management
23:26mais je pense
23:27que ce qui fait la différence
23:28entre l'homme politique lambda
23:29et l'homme d'état
23:31c'est la culture historique
23:32voilà
23:33surtout en France
23:33c'est à dire
23:34cette capacité
23:35d'être totalement imprégné
23:37de ce qu'ont été
23:39les grands actes
23:41fondateurs
23:41de l'histoire de France
23:42depuis Clovis
23:43et en fait
23:45ce sujet là
23:46il est au coeur
23:47de toutes nos démarches
23:47et moi ce que je vois
23:48aujourd'hui
23:49avec le recul
23:50que j'ai pris
23:51c'est que
23:52beaucoup de la nouvelle génération
23:53en fait
23:54n'ont pas du tout
23:54cette imprégnation historique
23:56et pensent qu'ils peuvent
23:57s'en passer
23:57y compris d'ailleurs
23:58de la place de la France
23:59dans le monde
24:00la place de la France
24:01dans le monde
24:02l'histoire de la France
24:03l'histoire de l'Europe
24:04tous ces éléments
24:05l'histoire des hommes
24:06moi je sais que
24:07pendant longtemps
24:08je voulais être président
24:08de la République
24:09donc je me suis préparé
24:10assez méthodiquement
24:11comme tous les gars
24:12pas très doués
24:12je suis assez scolaire
24:13donc moi je suis assez incollable
24:14sur les biographies
24:15des hommes politiques
24:15qui ont jalonné l'histoire
24:18pourquoi est-ce que
24:19par exemple
24:20Paul Reynaud
24:21et Daladier
24:22se sont tellement détestés
24:24qu'ils n'ont pas réussi
24:24à se mettre d'accord
24:25face à un Hitler
24:26dont ils avaient parfaitement vu
24:27la menace très tôt
24:28parce que c'était des types
24:29très intelligents
24:29qu'est-ce qui fait que
24:31De Gaulle demande
24:31les pleins pouvoirs
24:32en 58
24:32et qu'en 6 mois
24:33par ordonnance
24:33il révolutionne le pays
24:34enfin vous voyez
24:35tous ces éléments
24:36en réalité
24:36sont structurants
24:37d'une pensée politique
24:38et je pense que ça
24:40c'était très très
24:42très ancré
24:43dans la manière
24:43dont Chirac
24:44nous a éduqués
24:45et formés
24:46aux métiers politiques
24:47et l'épisode
24:49vécu en direct
24:50par vous-même
24:50du 21 avril 2002
24:53finalement
24:53a participé
24:54à cette
24:55bien sûr
24:55c'est celui d'un homme
24:56et moi qui ne suis pas
24:58de cette génération là
24:58évidemment
24:59c'est celui d'un homme
25:00qui a vécu la guerre de 40
25:01qui a vécu la guerre d'Algérie
25:03des vraies guerres en fait
25:04et qui a une expérience
25:06que nous on n'avait pas
25:08mais dans laquelle
25:09on entrait
25:10de manière quasi
25:13charnelle
25:14affective
25:15parce que
25:16le charisme
25:17qui était le sien
25:17faisait que
25:18quand il rentrait
25:19dans une pièce
25:19il n'avait pas besoin
25:20d'engueuler tout le monde
25:20pour montrer qu'il était chef
25:21il suffisait qu'il dise
25:23ça n'est pas convenable
25:24pour qu'on ait compris
25:25qu'il y avait eu
25:25une grosse connerie de fête
25:27et c'est ce qui fait aussi
25:29cette personnalité hors du commun
25:30que nous en plus
25:31on a connue
25:31dans la dernière époque
25:32Merci Jean-François Copé
25:34Merci à vous
25:48Merci à vous
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