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  • il y a 7 heures
Ce lundi 30 mars, Sandra Gandoin a reçu Elizabeth Ducottet, présidente-directrice générale de Thuasne, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01BFM Business présente
00:06BFM Entreprises, Leadership, la méthode
00:11Sandra Gondoy
00:13Bonjour à tous, je suis ravie de vous retrouver pour cette émission BFM Entreprises, le leadership.
00:20Vous savez, on retrouve cette émission tous les lundis à mi-30,
00:24mais là, évidemment, c'est un contexte un petit peu particulier.
00:26On est en direct de Global Industrie.
00:29C'est une demi-heure avec un leader, un patron, qui va nous expliquer comment il dirige son parcours, sa
00:35méthode,
00:36les clés de sa réussite, les obstacles, les épreuves aussi, qui l'ont forgé peut-être.
00:41Quel meneur est-il ? BFM Entreprises, le leadership, aujourd'hui, c'est avec Elisabeth Ducoté.
00:48Bonjour Elisabeth Ducoté.
00:49Bonjour.
00:50Je suis ravie de vous avoir dans cette émission en direct depuis Villepeint, ton état global industrie.
00:56Quand vous vous baladez ici, vous êtes chez vous, vous êtes arrêté dans les allées.
00:59C'est formidable, c'est formidable.
01:00Vous venez tous les ans et vous êtes un personnage très important de l'industrie en France.
01:05Vous êtes PDG de TUAN, cette ETI industrielle internationale créée en 1847, presque 180 ans.
01:13Vous présidez cette entreprise depuis 1991.
01:18On va revenir sur cette entreprise, ce parcours, mais je pose toujours cette question pour commencer cette émission.
01:24Est-ce que vous êtes un leader né ?
01:27Vous savez, c'est très difficile de le savoir, mais au moins ce que je peux dire, une chose très
01:32claire.
01:33J'étais une petite fille de 5 ans et j'avais une photographie avec les bras croisés.
01:40Et mon grand-père, qui était Maurice Thuan, donc, m'a dit « Toi, tu commanderas ».
01:45Alors, je ne sais pas si c'est cette injonction de ce grand-père que j'aimais beaucoup et qui
01:51lui-même était donc le dirigeant de l'entreprise et qui l'a orienté vers la santé,
01:55ou est-ce qu'il y avait aussi une attache antérieure, je ne sais pas.
01:58Mais effectivement, mon grand-père m'a dit « Toi, tu commanderas ».
02:00Entendre ça à 5 ans, ça forge quand même quelque chose, j'imagine, dans votre esprit.
02:06On parle beaucoup du parcours des patrons dans cette émission.
02:09Effectivement, votre grand-père maternel, il était ingénieur.
02:11Il met au point la première bande à Varis.
02:14On est dans les années 30, déjà.
02:16Exactement.
02:17Cette entreprise, vous la connaissez depuis toujours.
02:20Dès qu'il y avait une nouvelle machine, j'ai lu que vous alliez la voir avec vos frères et
02:23sœurs.
02:24Absolument.
02:24Ça, c'était la promenade du dimanche.
02:27Et c'est vrai qu'il y avait un instinct extrêmement fort qui nous poussait vers cette espèce de grande
02:32mécanique qui s'appelait les ateliers.
02:34Et c'était quelque chose qui était vraiment la promenade du dimanche que d'aller voir ce qu'il y
02:40avait de nouveau.
02:40Voir non pas comment ça fonctionnait, parce que la machine était à l'arrêt pendant le dimanche.
02:45Mais de comprendre comment on entrait peu à peu avec des progrès technologiques qu'on a vus et éclorent au
02:51fur et à mesure des années.
02:52Comment on entrait dans des choses de plus en plus sophistiquées, de plus en plus intéressantes.
02:56Et ça me passionnait.
02:57Avec un grand-père qui vous dit donc que vous allez diriger.
03:00Vous êtes quand même bachelière à 15 ans, passionnée de littérature.
03:04Votre parcours vous mène pourtant très vite à la médecine, la psychologie et le métier d'orthophoniste.
03:10Comme si cette entreprise qui est dans la santé vous attirait malgré des qualités finalement qui auraient pu vous conduire
03:17à d'autres métiers.
03:18C'est vrai, c'est vrai. C'est vrai que le corps humain avec toute sa façon d'être, d
03:23'évoluer, ses pathologies, tous les systèmes qui sont le système veineux, le système vasculaire, tous les systèmes de la mobilité,
03:31tout ça m'a passionnée.
03:32Et dans le fond, j'aimais beaucoup ça et dans les études de psychologie que j'ai faites à l
03:37'université, il y avait deux parties, deux années complètes en faculté de sciences qui étaient sur la physiologie.
03:44Et ça m'a passionnée. Et cette physiologie, je dirais, elle m'est utile tous les jours en ce moment.
03:48Avec peut-être dans la tête déjà l'idée que de toute façon vous alliez rejoindre l'entreprise familiale ou
03:54finalement ce n'était pas encore dans votre esprit à cette époque-là.
03:58Je ne sais pas, mais ce que je savais absolument, c'est que ça m'intéressait. Ça, je le savais.
04:02Et c'est vrai que dans cette génération-là, le passage par la vocation d'ingénieur,
04:09qui aurait pu être la mienne parce que j'adorais les mathématiques, j'adorais les sciences, eh bien elle n
04:13'était pas tellement facile parce qu'il n'y avait pas beaucoup de lieux
04:16où une jeune fille pouvait devenir un ingénieur. Bon, les choses ont complètement évolué. Il faut encore qu'elles évoluent.
04:21Mais dans le fond, est-ce qu'il y a un chemin unique ? Non. Il y a des chemins
04:25pluriels pour aller dans un endroit qui nous intéresse.
04:28Il n'y a pas qu'un seul chemin. Et la vie nous amène des certitudes qui sont progressives. Donc
04:33rien à regretter.
04:34Et vous avez trouvé et vous avez tracé finalement pour aller jusqu'à cette entreprise votre propre route.
04:40On va revenir sur votre parcours dans un instant, mais on va rappeler ce que c'est que Thuan, entreprise,
04:45ETI, à Saint-Etienne, société de dispositifs médicaux.
04:49Vous êtes partout en Europe. Vous avez traversé les océans, les États-Unis, 85 pays au total. Combien ?
04:54Oui, même plus, 100 pays. Enfin, aujourd'hui, on a 19 filiales commerciales et on a 15 sites industriels dans
05:03le monde.
05:04C'est pour ça que quand je viens ici et que je vois les pays d'Europe et que je
05:08vois les pays africains, etc.,
05:10je me sens vraiment chez moi. C'est ici qu'il y a véritablement ce panorama du monde
05:14qui prouve que l'industrie, c'est véritablement une activité structurante.
05:17Oui, c'est ça. On a vraiment l'impression que le fait de faire partie de l'industrie, c'est
05:21votre grande fierté.
05:22Il y a combien de dispositifs médicaux chez Thuan actuellement ?
05:26Alors, il y a beaucoup de dispositifs médicaux parce qu'en fait, la santé n'est pas du tout un
05:29phénomène mondial.
05:31Et dès qu'on passe une frontière, le dispositif qui est requis dans un autre pays,
05:35ne serait-ce que l'Allemagne qui est à côté de chez nous, ce dispositif, il est différent.
05:38Donc, quand on passe une frontière, il faut qu'on amène une gamme.
05:41Ce n'est pas le pays qui va s'adapter à nous, c'est nous qui devons nous adapter au
05:43pays.
05:44Et donc, effectivement, quand on entre en Allemagne, ce qui a été notre cas en 1991,
05:49et ensuite, on a racheté d'autres sociétés,
05:51mais il fallait absolument qu'on ait les normes allemandes et les gammes allemandes.
05:56Donc, ça a multiplié le nombre de références.
05:58Et chez nous, je dirais, dans nos entrepôts centraux, il y a 20 000 produits différents.
06:0420 000 produits différents. Depuis 2000, vous ouvrez chaque année une filiale à l'étranger.
06:09En quoi c'était important, justement, de s'internationaliser
06:13et de mettre en route ce mouvement d'extension ?
06:17C'était indispensable. Nous étions leaders en France.
06:21Et leaders en France, ça veut dire que quand on a une position déjà bien acquise
06:25dans un marché comme le marché domestique,
06:28vouloir gagner un point, deux points ou trois points, c'est extrêmement coûteux,
06:31c'est extrêmement difficile parce que, bien sûr, la concurrence est là,
06:34et c'est se donner des frontières limitées.
06:36Or, au contraire, il fallait les briser à ces frontières
06:38et les briser dans un monde où la santé n'est pas encore internationale,
06:44elle est nationale.
06:45Donc, ça voulait dire faire de gros efforts d'investissement
06:48et d'être sûr que ce serait bien Tuan qui irait
06:51parce qu'on a eu le sentiment que si nous confions ça à un distributeur,
06:55peut-être qu'il ne le ferait pas aussi bien que nous.
06:57Et donc, c'était un investissement.
06:59Ça voulait dire créer une société ou en racheter une,
07:02installer nos équipes, installer nos produits, notre stock,
07:05et même, quelquefois, comme on le disait,
07:07adapter nos propres produits aux normes du pays dans lequel on va venir.
07:11Ce sont des brassières, ce sont des genouillères,
07:14ce sont des ceintures lombaires,
07:15ce sont finalement des dispositifs pour aider au confort,
07:19maintenir le corps.
07:20Il y avait véritablement une entreprise concurrente
07:24que vous avez rencontrée parfois ?
07:25Bien sûr, bien sûr.
07:27Je dirais, nous avons été, nous, certainement,
07:29dans les premiers, peut-être le premier en France.
07:32Mais très vite, nous avons été rejoints par des concurrents, c'est normal.
07:35Et puis, quand nous sommes rentrés en Allemagne,
07:37il y avait des concurrents très fortement établis,
07:39avec une véritable assise industrielle et commerciale.
07:43Et donc, le marché allemand ne nous a pas attendus, absolument pas.
07:45Donc, il a fallu véritablement aller dans un esprit de conquête.
07:48Et je dirais, c'était la même chose dans les autres pays.
07:51Donc, effectivement, l'installation en Europe,
07:52elle m'a paru indispensable, absolument indispensable,
07:56parce que ne pas être français et allemand, au moins,
08:00c'était renoncer à être européen.
08:02Or, nous voulions être européens.
08:03Et juste à ce moment-là, d'ailleurs,
08:05le fameux mur de Berlin tombait,
08:07c'est-à-dire que les espaces de la nouvelle Europe
08:09étaient en train de s'ouvrir.
08:10Et là, je me suis dit,
08:11si nous n'avons pas fait une acquisition rapidement en Allemagne,
08:15nous ne serons pas européens.
08:17Et on voyait toute cette nouvelle centre de décision
08:22qui se mettait plus à l'est de l'Europe.
08:24Et il fallait y aller.
08:24Donc, nous avons non seulement fait une acquisition en Allemagne,
08:27mais nous avons aussi tout de suite posé une filiale
08:30en Roumanie, en République tchèque, en Hongrie,
08:33en Slovaquie et en Pologne,
08:35pour pouvoir être vraiment de cette Europe nouvelle
08:38qui s'ouvrait et dans laquelle il y avait évidemment
08:41des besoins de santé qui étaient absolument importants.
08:44Je crois fermement qu'un pays sans industrie
08:47est un pays sans colonne vertébrale.
08:48Ce sont des mots que vous avez prononcés
08:50sur la scène de Global Industrie.
08:52Vous êtes sur cette scène et vous êtes dans ce salon tous les ans.
08:56Quels sont les atouts de la France
08:58en tant qu'entreprise, ETI, industrielle,
09:01créée depuis si longtemps ?
09:03Il faut redire que la France a des atouts,
09:05que c'est un pays qui aide ses entreprises.
09:08Quels sont-ils, ses atouts ?
09:09Alors d'abord, c'est un pays qui a été un grand pays industrialisé très tôt.
09:14Milieu du 19e siècle, l'industrie arrive.
09:17Saint-Étienne est un des lieux majeurs de l'industrie en Europe
09:20et Saint-Étienne n'a pas perdu son ADN de l'industrie.
09:24Et donc, quand on est à Saint-Étienne, ce qui est notre cas,
09:26pas seulement à Saint-Étienne,
09:28mais quand on est à Saint-Étienne où nous avons, nous, quatre sites,
09:30on sait que ceux qui sont là ont la foi dans l'industrie.
09:33Ils y croient et ça n'est pas sorti de leur horizon.
09:36Et ça, c'est très beau.
09:37Et vous voyez, j'étais, il y a deux jours, trois jours,
09:39j'étais à la célébration de départ d'un de nos directeurs majeurs
09:45qui a monté toute la supply chain, toute la logistique chez nous.
09:48Et effectivement, j'avais là avec moi mes collaborateurs,
09:52nos collaborateurs qui représentent véritablement
09:55la foi dans l'industrie à Saint-Étienne.
09:57Et ça, c'est très fort.
09:58On a bien d'autres choses.
10:00On a aussi, en France, des ingénieurs de très haute qualité.
10:03Et on a en particulier des ingénieurs qui se sont déjà largement formés
10:07à l'intelligence artificielle.
10:09On a aussi, à Saint-Étienne, ça, c'est tout à fait autre chose,
10:11on a aussi des créateurs.
10:13On a la cité du design, on a la maison du design
10:15et on a tout cet esprit de créateur.
10:17Donc, je dirais, quand on met bout à bout
10:19une véritable sens de l'industrie
10:22qui est inscrite dans les ADN et dans l'histoire,
10:25qu'on a des ingénieurs qui sont les plus modernes
10:28et les mieux formés, qui sont très bien formés en France,
10:30et qu'on a en plus des créatifs de bon vol,
10:33je crois qu'on a déjà des ingrédients qui comptent.
10:35Les ingénieurs, tout le monde dit qu'on a des ingénieurs
10:38de très grande qualité.
10:39Le problème, c'est de ne pas se les faire piquer.
10:42Ah, ça, c'est sûr.
10:43Qu'est-ce qu'on propose pour les garder chez nous, justement,
10:45c'est de se savoir-faire ?
10:47Vous avez raison, il faut absolument qu'on trouve les moyens
10:51d'imposer plus l'industrie et de la montrer plus
10:54pour qu'elle soit attractive.
10:56Je pense que, quelque part, il y a eu une désaffection certaine.
11:00de l'industrie pendant 20 ans.
11:01Et cette désaffection, elle a pu toucher plusieurs générations de jeunes,
11:05et en particulier de jeunes femmes,
11:06qui ont maintenant un libre accès aux classes préparatoires
11:10et qui n'y vont pas assez.
11:11On a 25%, 30%, on n'a pas 50%, ce n'est pas normal.
11:15Et il faut absolument que...
11:18L'autre jour, je parlais avec la DRH d'Assos Systèmes,
11:20et elle me disait, effectivement, c'est extrêmement dévalorisant pour eux
11:25de ne pas avoir une parité féminine dans la grande, grande équipe d'ingénieurs.
11:33Et effectivement, il faut que nous fassions tout pour qu'on voit
11:35que l'accès par l'ingénieur est une bonne voie pour des femmes aussi.
11:40En outre, c'est structurant.
11:42C'est très intéressant.
11:43Une machine qui fonctionne bien
11:44et qui va donner des produits qui sont des beaux produits,
11:48c'est très structurant.
11:50Je dirais que c'est bon pour le moral et c'est bon pour le mental.
11:53Ce que vous dites sur la présence des femmes,
11:55c'est bon pour la totalité de l'économie.
11:57Absolument.
11:57C'est bon pour la totalité, quoi qu'il arrive.
11:58On va revenir sur votre parcours à vous.
12:00Vous rejoignez, finalement, dans les années 80.
12:02Vous allez travailler avec votre père, chez Tuan.
12:05Et puis après, vous en devenez PDG dans les années 90.
12:09Vous avez vos enfants.
12:10Vous dirigez cette entreprise.
12:11Vous faites tout en même temps.
12:13Oui, comme tout le monde.
12:15Je dirais, toutes les femmes qui sont ici,
12:17toutes les femmes qui travaillaient, vous,
12:20on est tous pareils.
12:21On est toutes pareils.
12:22C'est-à-dire qu'on essaye de cumuler plusieurs choses
12:25dans une vie qui est une vie globale.
12:27C'est-à-dire qu'on n'a pas un morceau de notre vie qui est là
12:29et un autre qui est là.
12:30On a une vie globale.
12:31On a, je dirais, une pensée qui nous permet
12:36de jouer un peu de la complexité.
12:39Mais ça, je dirais, c'est normal.
12:41Tout faire à la fois.
12:42Et on essaye de le faire du mieux que l'on peut.
12:46Du mieux que l'on peut.
12:46J'ai une patronne qui m'a dit sur cette même émission
12:49entreprendre, c'est facile.
12:51Est-ce que c'est aussi ce que vous pensez ?
12:53Oui, je pense que c'est facile, entreprendre.
12:56Et je trouve que c'est même extrêmement énergisant.
13:01Je trouve que quand on a entrepris quelque chose
13:04et qu'on a le bénéfice,
13:05eh bien, c'est la meilleure des récompenses qu'on peut avoir.
13:08C'est d'avoir le bénéfice d'un acte qu'on a posé.
13:12Et donc, cette façon d'entreprendre,
13:14c'est-à-dire de poser un acte en espérant qu'il y aura un résultat,
13:18eh bien, je pense que c'est extrêmement structurant pour la personnalité.
13:23Et c'est pour ça que moi, j'invite beaucoup.
13:24J'aime beaucoup me dire que nous avons dans nos industriels
13:27tous ces gens qui réalisent,
13:29qui sont en fait des gens qui sont sur le plan du constat de leurs actions,
13:36qui sont des gens qui sont récompensés.
13:38Et ça, je trouve que c'est bon.
13:40C'est bon pour la structure de la personnalité.
13:41Quand on vous écoute, ça a l'air presque facile.
13:43Est-ce que pour autant, quand on est PDG,
13:45il y a des difficultés forcément inhérentes au quotidien ?
13:48Bien sûr, il y a d'abord des relations professionnelles
13:52qu'on ne sait pas bien mener,
13:54qui n'aboutissent pas à un succès.
13:57Ça existe, bien sûr.
13:59Il y a, bien sûr, la résistance de tout le contexte.
14:05Notre morceau de liberté, il est infime.
14:09Il existe.
14:09Nous avons une liberté de faire.
14:11Mais il y a tellement de contraintes qui sont là pour nous rappeler
14:13que la liberté, ça n'est qu'un morceau, ça n'est pas la totalité.
14:17Donc toutes ces contraintes-là, elles pèsent.
14:18Et elles pèsent que ce soit des contraintes géopolitiques,
14:21que ce soit des contraintes économiques,
14:23que ce soit des contraintes politiques,
14:24que ce soit des insatisfactions d'un produit qu'on a voulu lancer
14:28et qui ne marche pas.
14:29Donc oui, la réalité, elle n'est pas facile.
14:32Mais le bénéfice d'une action réussie dans une ETI,
14:36dans laquelle finalement on travaille sans filet,
14:38parce qu'il n'y a pas beaucoup d'absorption latérale,
14:41il n'y en a même presque pas,
14:42et bien cette satisfaction-là, elle est très forte.
14:47J'ai envie de vous demander quelle est votre plus grande qualité.
14:50Est-ce que c'est ça ?
14:50Est-ce que c'est de jongler finalement,
14:52savoir jongler quotidiennement avec les contraintes d'une patronne ?
14:55Moi, je pense que plus on ira,
14:58plus la capacité à la complexité sera utile.
15:02Et dans le fond, les savoirs, nous les avons à disposition
15:06avec l'intelligence artificielle, nous les avons à disposition.
15:08Donc, faut-il demander aux collaborateurs d'avoir beaucoup de savoirs ?
15:13Je ne suis pas sûre.
15:14Il faut au contraire, je pense, être capable de la complexité.
15:18La capacité à la complexité me paraît très très importante,
15:22même dans une entreprise qui n'a pas,
15:24qui est une entreprise moyenne.
15:25Je pense que la capacité à la complexité
15:27et à absorber des phénomènes différents,
15:30à les traiter et à passer facilement de l'un à l'autre,
15:33je pense que ce sont des vraies qualités du jour d'aujourd'hui.
15:36On va passer tout de suite à la photo que vous nous avez envoyée.
15:41BFM Entreprises. Leadership. La méthode.
15:44Voilà, la photo que vous nous avez envoyée,
15:47elle apparaît à l'écran.
15:49Pourquoi vous nous avez envoyé cette photo-là ?
15:50Qu'est-ce qu'elle dit de vous, Elisabeth Ducoté ?
15:54J'espère qu'elle dit de l'ouverture d'esprit,
15:58parce que c'est une qualité que j'aime bien.
16:00J'espère qu'elle dit de la tolérance,
16:02c'est une qualité que j'aime bien.
16:03J'espère qu'elle dit aussi un peu d'autorité.
16:06Je préfère d'ailleurs l'autorité au pouvoir,
16:09mais j'espère qu'elle dit de l'autorité,
16:11c'est-à-dire de la possibilité de montrer aux autres
16:14qu'on peut avoir un chemin commun,
16:15mais en l'exerçant de façon assez contrainte aussi,
16:20pour pouvoir arriver à un but commun,
16:22mais en se donnant collectivement des contraintes
16:26qui vont nous permettre d'aller jusqu'au but.
16:27Est-ce que l'autorité, c'est aussi savoir s'entourer ?
16:30On va parler dans un instant de votre fille qui travaille avec vous.
16:33Est-ce que c'est ça aussi, savoir choisir les bonnes personnes
16:36qui vont vous aider et pourquoi pas prendre votre suite ?
16:39C'est essentiel, c'est absolument essentiel.
16:41Effectivement, c'est reconnaître dans les autres,
16:45dans l'autre, des vraies capacités.
16:49C'est reconnaître que ces capacités ne seront pas celles
16:51que nous avons exercées,
16:53et qu'il y a plusieurs façons d'arriver à un but,
16:55et que, dans le fond,
16:58le travail qui est le plus sûr aujourd'hui,
17:00c'est un travail collectif.
17:03Je crois que le génie solitaire
17:07n'est pas vraiment le meilleur profil pour l'entreprise.
17:12Je crois que la collectivité est extrêmement forte
17:14et extrêmement puissante,
17:15et par contre, ce qu'il faut,
17:17c'est que cette collectivité,
17:18elle arrive à suffisamment créer une stratégie commune
17:23et qu'elle l'absorbe, je dirais,
17:25pour pouvoir la réaliser.
17:27Donc, il y a un gros, gros travail managérial
17:29qui est de se dire ensemble
17:31qu'est-ce que nous avons envie de faire.
17:32Qu'est-ce que vous avez envie de faire, justement,
17:34avec votre fille, c'est Delphine Anton,
17:35qui est entrée dans l'entreprise.
17:38Pourquoi l'avoir choisie ?
17:40J'imagine qu'elle a des grandes qualités, évidemment.
17:42Et comment se passe cette transmission ?
17:44Alors, je vais vous dire,
17:45elle a choisi de venir dans l'entreprise,
17:47et moi, je l'ai choisi aussi,
17:49mais elle l'a choisi.
17:50Le pouvoir, ça se donne,
17:51mais aussi, ça se prend.
17:52Et elle a bien pris le pouvoir,
17:54et le pouvoir qu'elle exerce,
17:55avec grande efficacité,
17:57dans une entreprise qui est maintenant devenue complexe,
17:59parce qu'elle est mondiale,
18:00dans une entreprise qui est à la fois industrielle
18:02et commerciale,
18:03et dans un monde qui est un monde encore
18:04très fragmenté et réglementé,
18:06en particulier en ce moment,
18:08mais dans lequel, par exemple,
18:09l'Europe de la santé n'existe pas encore,
18:11donc dans laquelle la complexité est très, très importante.
18:14Et je pense qu'elle a véritablement
18:17des qualités d'autorité,
18:20elle a véritablement des qualités de rapidité,
18:24d'exécution rapide,
18:25et elle a ce rapport aux autres
18:28qui fait qu'elle est reconnue.
18:29Et donc, je pense qu'elle a effectivement
18:31de belles chances pour réussir,
18:33et elle est en train de le faire,
18:34et elle est en train de le prouver.
18:35Dans ce monde,
18:36en perpétuel, effectivement, mouvement,
18:38vous, vous avez vraiment amené Tuan sur la scène mondiale,
18:42j'allais dire,
18:43voilà, vous l'avez internationalisée,
18:46mais c'est vraiment, vous l'avez dit,
18:47c'est une entreprise mondiale aujourd'hui.
18:49Elle va amener,
18:50a commencé à amener la digitalisation,
18:53l'intelligence artificielle ?
18:54Absolument.
18:55Elle est en train de faire une transformation.
18:58Transformation, ça veut dire
18:59qu'on ne change pas le fond,
19:01mais on change la forme.
19:02C'est-à-dire, à partir de ce qu'on a,
19:04on le transforme,
19:06et on va aboutir à une forme
19:07qui va être plus contemporaine,
19:09et dont le contenu va s'appuyer
19:10sur ce qui existe déjà,
19:12parce que c'est forcément une expérience incroyable
19:13que d'avoir 180 ans.
19:15Donc, cette expérience,
19:16on ne va pas mettre,
19:17bien sûr, on ne va pas l'arrêter,
19:19mais on va la transformer,
19:20et Delphine,
19:21et les collaborateurs du Comex,
19:24et mes deux autres enfants,
19:25Anne-Sophie et Mathieu,
19:26qui travaillent avec nous,
19:27sont en train de faire cette transformation,
19:30changement de forme.
19:31On va passer à la suite,
19:33on va conclure.
19:35BFM Entreprises,
19:37Leadership,
19:38la méthode.
19:40J'ai lu que votre rôle modèle,
19:42c'était Christine Lagarde,
19:43Elisabeth Ducoté.
19:44Pourquoi c'est Christine Lagarde ?
19:46Parce que je pense que cette figure extraordinaire
19:50qui arrive du sport,
19:51donc qui arrive de la natation,
19:54et qui a eu,
19:56à un moment où les Etats-Unis,
19:57probablement,
19:58n'avaient pas encore une très,
19:59très grande capacité
20:00à mettre des femmes à leur tête,
20:03a eu un poste central
20:04dans un cabinet américain
20:05qui lui-même était majeur,
20:07et qu'ensuite,
20:08elle a embrassé avec tellement
20:09d'ouverture et de qualité,
20:11à la fois humaine
20:12et d'efficacité,
20:15cette carrière politique magnifique.
20:17Pour moi,
20:17ça évoque beaucoup d'admiration.
20:19Et puis,
20:20Christine Lagarde
20:21m'a nommée
20:22au Conseil général
20:23du monde de France,
20:24donc je lui en suis reconnaissante.
20:25C'est un exercice
20:26extrêmement intéressant.
20:27Christine Lagarde
20:28m'a aussi emmenée
20:28dans son voyage en Inde,
20:30ce qui m'a permis
20:31de repérer en Inde
20:33une entreprise
20:34qui est devenue
20:34une véritable entreprise
20:35partenaire pour nous,
20:36majeure.
20:37Donc,
20:37voilà,
20:38j'ai beaucoup de reconnaissance
20:39et de considération
20:40à la fois pour Christine Lagarde.
20:42Ça m'amène à cette question
20:43et je suis obligée
20:44de vous la poser.
20:44Peut-être que dans quelques années,
20:45on ne se la posera plus,
20:46mais l'industrie est un milieu
20:47encore très masculin,
20:48même si,
20:49même moi,
20:49à ma petite échelle,
20:50je constate que ça s'améliore.
20:52Être une femme dirigeante
20:54dans ce milieu,
20:55est-ce que ça a été un problème
20:55ou finalement non,
20:56plutôt une chance ?
20:58Les deux.
20:59Les deux peut-être,
21:00mais finalement,
21:01plus une chance
21:03qu'un problème.
21:03Parce que,
21:04dans le fond,
21:05le problème,
21:06il évite de surmonter.
21:07Je dirais,
21:07il y a un peu d'expérience,
21:08on surmonte de trois choses
21:09un petit peu difficiles,
21:10mais ça ne va pas
21:11se chercher très loin.
21:12Par contre,
21:12une chance,
21:13oui.
21:13Une chance par l'intérêt
21:14et le contenu.
21:16Une chance aussi
21:17par l'ouverture
21:19qui,
21:19je pense,
21:20peut être vue
21:22par d'autres jeunes femmes
21:23de se dire
21:23c'est possible.
21:24Et donc,
21:25il ne faut pas s'arrêter ça.
21:26Et dans le fond,
21:27la chance d'être une femme,
21:28c'est que,
21:29comme il n'y a pas eu
21:30beaucoup de femmes avant moi
21:31dans ce genre de poste,
21:32on invente son modèle.
21:34Et ce modèle inventé,
21:35même s'il est un peu atypique,
21:37je trouve que ça ouvre des portes.
21:38Donc,
21:39pour moi,
21:39c'est ce que j'ai aimé
21:41et c'est ce que j'aime toujours
21:42dans ma vie professionnelle.
21:43Je profite de ce que vous dites
21:44parce que,
21:45évidemment,
21:45vous êtes vous-même
21:46un rôle modèle,
21:47j'imagine,
21:49au minimum
21:50dans ce secteur.
21:51Qu'est-ce que vous diriez
21:52aux jeunes,
21:53et peut-être aux jeunes femmes,
21:54d'ailleurs,
21:54qui essayent
21:55de devenir patron,
21:56qui ont aussi
21:57cette ambition
21:58de devenir patronne
21:58dans l'industrie ?
21:59Ayez confiance en vous-même.
22:01Ayez confiance en vous-même
22:02parce que vous allez être obligé
22:04de donner votre confiance
22:05à d'autres,
22:06mais si vous n'avez pas confiance
22:07en vous-même,
22:08vous ne pourrez pas
22:09donner la confiance.
22:10Donc,
22:10ayez suffisamment confiance
22:12en vous-même
22:12et travaillez cette confiance
22:14en vous-même
22:14que vous pouvez
22:16légitimement acquérir.
22:18Pour autant,
22:19être une femme patron,
22:20c'est être une femme patron
22:2124 heures sur 24,
22:23ce n'est pas de week-end,
22:23c'est travailler en permanence,
22:25c'est en tout cas avoir
22:25constamment cette entreprise
22:27dans la tête.
22:28Est-ce que pour ça,
22:29le perso est un frein,
22:30la vie personnelle,
22:31la famille,
22:32c'est un frein
22:32ou alors c'est une aide ?
22:35Je crois que
22:35l'intérêt professionnel
22:37est quelque chose
22:37qui nous éclaire
22:38et qui éclaire
22:39ceux qui sont autour de nous
22:40aussi,
22:41même si ça crée
22:42un peu d'exigence
22:45dans l'organisation.
22:46Mais je crois que
22:47quand on a la chance
22:49d'avoir un métier
22:50qu'on aime,
22:51je pense que ça éclaire
22:52ceux qui vivent autour de nous
22:53et moi,
22:54c'est comme ça
22:54que je l'ai considéré,
22:55même si ça crée
22:56des contraintes
22:57et j'avoue que ma famille,
22:58a été exemplaire
22:59parce que ma famille
23:00ne m'a jamais reproché
23:01par exemple de partir
23:03en voyage
23:04et de ne pas être là.
23:05Ma famille a accepté
23:06de vivre une belle vie
23:07de famille
23:08et mes enfants
23:09ont chacun mené
23:10des belles carrières
23:11universitaires
23:13et je trouve
23:14que c'est un beau cadeau
23:15qu'ils m'ont fait
23:15de ne pas m'avoir empêché
23:17de faire quelque chose
23:17qui me faisait
23:20probablement du bien
23:21mais qui était vraiment
23:22quelque chose
23:22de fondamentalement
23:23important pour moi.
23:24Peut-être qu'ils étaient
23:25aussi menés comme vous
23:26depuis le départ
23:27par le fait
23:28d'être dans cette
23:29entreprise familiale,
23:30ce contexte
23:31d'entreprise familiale,
23:32ils favorisent ça quand même.
23:34C'est sûr,
23:35c'est sûr.
23:35Il y a une espèce
23:36de droit et devoir
23:37qui sont liés à ça.
23:39Et effectivement,
23:39ils le présentent très tôt
23:41et puis on essaye
23:42de le leur expliquer
23:43au fur et à mesure.
23:43Bien sûr.
23:44Pour terminer,
23:45je pose souvent cette question
23:46parce que je trouve
23:47que l'échec
23:48est un phénomène important
23:50dans une carrière
23:51et la façon
23:52dont on rebondit derrière.
23:54Quel est votre plus gros échec
23:55à vous
23:56ou celui peut-être
23:57qui vous a le plus enseigné
23:58dans votre carrière ?
24:00D'abord,
24:01il y a des relations
24:02avec certains nouveaux embauchés
24:05qu'on ne fait pas bien.
24:07Et on se dit,
24:07dans le fond,
24:08on ne sait pas très bien
24:09pour quelle raison
24:10mais c'est un échec
24:11que d'inviter quelqu'un
24:13à venir collaborer
24:14et de ne pas savoir
24:16ensuite réussir ça.
24:17Donc ça,
24:17c'est des échecs.
24:18Mais par exemple,
24:19j'ai eu des échecs,
24:20je n'ai pas fait
24:21que de bonnes acquisitions,
24:22j'en ai fait une ou deux
24:23qui n'étaient pas bonnes
24:23et c'est très important
24:25de l'analyser ensuite
24:26pour essayer
24:27de ne pas renouveler l'échec.
24:28Merci beaucoup,
24:29Elisabeth Ducoté,
24:30d'être venue dans cette émission.
24:32Le leadership,
24:33selon Elisabeth Ducoté,
24:34merci d'être venue ici,
24:35aujourd'hui,
24:36à Global Industrie.
24:38Évidemment,
24:39si vous voulez continuer
24:40à connaître la méthode
24:41de nos leaders,
24:42l'émission est disponible
24:42en replay,
24:43en podcast
24:44et sur nos réseaux sociaux,
24:45bien sûr,
24:45et tous les lundis
24:46à 12h30
24:47sur BFM Business.
24:48Passez une très bonne journée.
24:51BFM Entreprises,
24:52Leadership,
24:53la méthode
24:54sur BFM Business.
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