00:00Avec notre invité ce matin, Serge Magdalene, bonjour.
00:03Bonjour Erwan.
00:04Merci d'être sur notre plateau dans Good Morning Business.
00:07Vous êtes le directeur général de LCL pour parler du secteur bancaire,
00:10de vos actualités d'entreprise, mais d'abord peut-être sur le moral économique.
00:14Les industriels qui sont majoritairement sous tension,
00:17vu le contexte géopolitique, sur les chaînes d'approvisionnement,
00:21le problème de matières premières, on en parle tous les jours sur cette antenne.
00:24La Banque de France, qui a sondé les chefs d'entreprise,
00:27montre qu'ils anticipent un recul de leur activité ce mois de mai.
00:34Est-ce que vous le constatez aussi, vous, dans les financements d'entreprise de vos clients ?
00:38En fait, je vais distinguer le factuel de l'émotionnel.
00:41Le factuel, moi je regarde au quotidien le nombre de comptes qui sont en défaut de paiement.
00:47Et il n'y a aucune augmentation depuis 75 jours des comptes en défaut de paiement.
00:52Donc ça, c'est très factuel.
00:53Et je lisais encore la note de conjoncture de la Banque de France d'hier,
00:56qui dit que la saturation de la capacité industrielle est au plus haut depuis un an.
01:01Donc, factuellement, le conflit au Moyen-Orient ne se ressent pas aujourd'hui,
01:06ni dans les paiements, ni dans la capacité industrielle.
01:11Par contre, quand je regarde l'émotionnel,
01:13et quand je regarde la projection que font les chefs d'entreprise
01:16de ce qui va se passer au trimestre prochain,
01:18là, il y a deux types d'industrie.
01:20Tout ce qui est industrie, électronique, tiré par la défense, progresse,
01:25alors que les services marchands régressent.
01:27Donc, effectivement, il y a cette dualité.
01:29Et la projection, aujourd'hui, est effectivement plus vers un moral en berne.
01:33Donc, deux catégories, si je résume.
01:36Comment est-ce que vous accompagnez cette typologie d'industriel
01:40dans cette situation qui est quand même,
01:42en tout cas, si elle n'est pas difficile, forcément,
01:46elle est quand même instable.
01:47Il y a beaucoup d'inquiétudes pour tous les secteurs
01:51et toutes nos entreprises qui ont des carnets de commandes
01:53qui se remplissent.
01:54On les accompagne en financement, ce qu'on appelle en CAPEX.
01:57Évidemment, on les sert en financement.
01:59Et pour toutes les autres, on les soutient
02:00dans les moments un peu plus difficiles.
02:02On soutient évidemment leur trésorerie.
02:04Où est-ce qu'on en est sur les volumes de crédit aujourd'hui au LCL ?
02:07Les volumes de crédit sur les entreprises sont stagnants.
02:11C'est-à-dire qu'on n'augmente pas la production de crédit,
02:14mais elles ne diminuent pas.
02:16Et sur les particuliers, en revanche, on est à moins 10%
02:19sur notamment le crédit Habitat.
02:22Quelles sont les perspectives ?
02:23Les perspectives ne sont pas mauvaises.
02:26Aujourd'hui, évidemment, il y a un attentisme.
02:28Beaucoup de projets sont différés, mais pas pour autant abandonnés.
02:32On a quand même de l'incertitude sur les taux, toujours ?
02:36Oui, alors on a de l'incertitude sur les taux,
02:38on a de l'incertitude sur l'inflation,
02:40on a de l'incertitude sur les carnets de commandes,
02:42sur les chaînes d'approvisionnement, sur le coût du pétrole.
02:45Pour autant, quand vous êtes un chef d'entreprise,
02:47vous êtes à la barre du navire,
02:49et le moral n'est pas forcément la première chose que vous regardez.
02:53Vous tenez votre cap, vous gérez votre trésorerie,
02:55et vous continuez à servir vos clients et à garder vos collaborateurs.
02:58Et c'est ce que font, vraiment, je trouve,
02:59de manière assez admirable, les chefs d'entreprise d'aujourd'hui.
03:01On en vient à vos sujets d'entreprise au LCL.
03:04Vous avez finalisé le rachat de la banque privée Millet,
03:07il y a quelques jours, votre plus grosse opération en 25 ans.
03:10Un événement important pour la banque.
03:11C'est un événement qui est majeur pour LCL.
03:14Peut-être, avant de répondre directement à votre question,
03:16j'explique pourquoi on fait cette acquisition.
03:19Le marché du patrimoine est un marché important
03:22parce que nous repositionnons LCL comme la banque
03:24de toutes celles et ceux qui entreprennent en France.
03:27Qui dit entreprendre, dit créer de la richesse,
03:29donc gérer du patrimoine.
03:30Donc ce marché est stratégique pour nous.
03:31Et au fond, on voit une évolution assez importante de ce marché.
03:35D'une part, parce qu'aujourd'hui, il se fragmente.
03:39C'est-à-dire qu'avant, on avait simplement une banque privée.
03:42Aujourd'hui, on a une banque privée.
03:44On a aussi parfois un conseiller en gestion de patrimoine indépendant,
03:46voire même une plateforme de type fintech pour gérer son patrimoine.
03:50Et d'autre part, on est rentré dans le grand basculement de l'épargne
03:53puisque 9000 milliards d'euros vont basculer des baby-boomers
03:57vers la génération X ou la génération Z
04:00qui a des besoins bancaires différents.
04:02Sur les dix prochaines années, bien sûr,
04:04comment justement est-ce que vous vous adaptez
04:06à cette nouvelle clientèle, peut-être plus jeune,
04:08avec des exigences et des habitudes bancaires différentes ?
04:13Ce ne sont pas les mêmes solutions,
04:15les mêmes propositions qu'il faut leur faire,
04:17sans compter que les néobanques explosent.
04:20Alors, je vais distinguer la partie néobanque de la partie sur la gestion de patrimoine.
04:24Effectivement, on fait le constat qu'il va y avoir un rajeunissement
04:28des personnes qui détiennent le patrimoine
04:31et qu'elles auront besoin d'offres différentes de celles qu'on propose.
04:34Donc, à des besoins pluriels,
04:36le groupe LCL a décidé de proposer des offres plurielles,
04:39à la fois le LCL Banque privée,
04:41pour lequel nous avons 180 000 clients,
04:43mais aussi des offres de type Méléis, peut-être un peu plus jeunes.
04:45Mais est-ce qu'on peut rivaliser avec les révolutes
04:48qui sont en train d'obtenir aussi les autorisations bancaires
04:52au niveau français, européen,
04:55avec des banques aussi qui proposent, traditionnelles,
04:57qui proposent des solutions, la gratuité ?
05:00Il faut aujourd'hui rivaliser d'idées pour se démarquer.
05:04Alors, déjà, je voudrais qu'on rappelle que les mots ont un sens.
05:07Une banque, même une néobanque,
05:09c'est un organisme qui collecte de l'argent auprès des clients
05:11et qui le transforme en crédit.
05:13Le but et l'utilité d'une banque, c'est de faire ça.
05:15Et je pense que la banque que vous citez,
05:17qui a une licence bancaire lituanienne,
05:19pour l'instant, ne fait pas de crédit.
05:21Pour l'instant ?
05:22Pour l'instant.
05:22Le graal, au fond, pour une banque,
05:25c'est le sommet qu'on doit atteindre,
05:27c'est à la fois avoir une expérience client digitale fluide, sans couture,
05:31et aussi avoir la capacité à prêter et à faire du crédit.
05:34Mais le jour où ça va arriver,
05:36parce que ça va arriver dans les prochains mois,
05:38bon ben, quel sera votre positionnement ?
05:40Je pense que pour atteindre ce sommet,
05:42les néobanques ont commencé par développer
05:44une expérience digitale hyper fluide,
05:46et vraiment, je suis admiratif de ça.
05:48Mais il leur reste à apprendre à faire du crédit.
05:50Apprendre à faire du crédit, c'est savoir faire de la gestion active passif,
05:53c'est avoir des fonds propres,
05:54c'est avoir des processus d'octroi qui fonctionnent.
05:56Nous, les banques réseaux, nous, LCL,
05:58on sait faire ça depuis 160 ans.
06:00Et il nous reste, effectivement, à parfaire notre expérience digitale fluide.
06:04J'ai l'immodestie de croire que pour faire une expérience digitale,
06:08il faut 5 ans,
06:08et pour avoir de la confiance et faire du crédit, il faut 50 ans.
06:11Rapidement, je reviens sur le côté banque patrimoniale.
06:13Vous allez investir aussi et grossir sur les CGP ?
06:18En fait, l'idée, c'est que Mileis puisse être une plateforme
06:22qui, demain, attire les conseillers en gestion de patrimoine,
06:25y compris des conseillers en gestion de patrimoine indépendants,
06:27pour développer une nouvelle forme de gestion de patrimoine
06:30qu'on proposera à nos clients.
06:32Donc, avec quoi ? Des acquisitions ?
06:33Avec potentiellement des acquisitions.
06:35On parle d'une possible cession du CCF,
06:38ex-HSBC France, repris par le fonds américain Cerberus.
06:41Il y a deux ans, il discutait avec de potentiels repreneurs,
06:46banques intéressés, est-ce que vous en faites partie ?
06:48Je n'ai pas de commentaire à faire sur le CCF.
06:52LCL a un chemin de développement
06:53qui ne passe pas par un partenariat avec le CCF.
06:57Un mot sur la politique,
06:59puisqu'on est maintenant à moins d'un an de la présidentielle,
07:03avec la question qui revient du financement des partis politiques,
07:07le Rassemblement National,
07:08qui, traditionnellement, dénonce les refus de prêts bancaires
07:11pour financer sa campagne.
07:13Comment vous regardez, comment vous réagissez
07:16déjà à ces questions qui sont quand même des questions récurrentes ?
07:19Alors, la question du financement de la démocratie
07:22est une question éminemment importante.
07:24Moi, je voudrais rappeler les règles chez LCL.
07:26Nous savons ouvrir,
07:28et nous avons même une obligation réglementaire pour ça,
07:30nous savons gérer des comptes de campagne,
07:32quel que soit le parti, quelle que soit la couleur politique.
07:35En revanche, notre politique d'octroi de crédit
07:37ne nous permet pas de faire un financement
07:39d'un parti pour une campagne,
07:41dans la mesure où,
07:42et reprenons les résultats de la présidentielle 2022,
07:44deux tiers des candidats n'ont pas obtenu 5%,
07:47donc n'ont pas eu le remboursement de leurs frais de campagne.
07:49Quelle banque prêterait, sans garantie,
07:52lorsqu'elle a un taux de défaut de deux tiers ?
07:54Je ne crois aucune.
07:55Ça nécessite probablement que les pouvoirs publics
07:57se penchent sur la question
07:58et organisent de manière claire
08:00un mécanisme de garantie d'État.
08:02Sur l'attractivité de la place de Paris,
08:06depuis le Brexit,
08:06on voit qu'il y a énormément de demandes
08:09de licences bancaires sur le marché parisien.
08:12La moitié des demandes d'agréments,
08:14en réalité, de la zone euro,
08:15selon la Banque de France,
08:17ça marque l'attractivité,
08:19mais aussi la concurrence
08:20qu'il va y avoir sur le marché français ?
08:23Oui, mais il faut se rappeler
08:24que le système bancaire français
08:26est extraordinairement solide, performant,
08:28que deux banques françaises figurent
08:31dans le top 10 des banques mondiales.
08:33Il n'y a aucun secteur d'activité
08:35dans lequel deux entreprises françaises
08:37occupent le top 10,
08:39dont notamment le groupe Crédit Agricole,
08:41qui est la maison mère de LCL.
08:43Et je pense que cette solidité,
08:45cette performance du système bancaire
08:47attire effectivement des acteurs
08:49qui veulent des licences bancaires en France.
08:50Le Crédit Agricole,
08:51qui lance un compte bancaire gratuit
08:54en réponse aux néobanques,
08:55ça a été annoncé il y a quelques jours.
08:57Est-ce qu'il va y avoir aussi
08:58une offre dédiée pour LCL ?
09:00Bien sûr.
09:01Nous avons lancé,
09:02déjà pour les professionnels,
09:03L by LCL Pro.
09:05C'est un compte bancaire
09:06avec un système de paiement,
09:08une pré-comptabilité,
09:09la gestion de la facture électronique,
09:10le tout dans une appli 100% autonome.
09:13Et nous avons déjà des résultats
09:15très très bons sur cette appli,
09:16puisqu'elle représente déjà 40%
09:19de la conquête des clients professionnels.
09:21Et nous aurons la même chose,
09:22L by LCL pour les particuliers,
09:24à partir de septembre.
09:25Ça, c'est une annonce ?
09:26C'est une annonce.
09:27Très bien.
09:28À partir de septembre,
09:29comment ça va se concrétiser, cette offre ?
09:31Concrètement,
09:31si vous avez une capacité
09:34à gérer vos comptes
09:35en toute autonomie
09:37et sans conseiller,
09:38vous pourrez télécharger cette appli
09:39et vous pourrez avoir
09:40l'ensemble des produits de LCL,
09:42que ce soit de l'assurance,
09:44que ce soit de l'épargne,
09:45que ce soit du crédit,
09:46évidemment de la gestion du paiement
09:48et de la gestion de comptes,
09:49en toute autonomie,
09:50avec une appli
09:50où il y aura évidemment
09:51un peu d'intelligence artificielle
09:52pour vous accompagner.
09:53À quel niveau ?
09:55Au niveau de la gestion
09:56de votre compte
09:58avec des suggestions.
09:59Ça sera un assistant ?
10:00Ça sera un assistant.
10:01Assistant virtuel.
10:02D'accord.
10:02Vous travaillez avec quelle technologie ?
10:04Je ne me prononce pas
10:05sur ces sujets-là
10:06parce que c'est encore
10:07en mode projet.
10:08D'accord.
10:09Vous voulez dire...
10:10Ça n'a pas été décidé ?
10:11Derrière, il y a quoi ?
10:12La technologie française ?
10:13C'est des LLM de marché.
10:14C'est de la technologie
10:15de marché française.
10:15Merci beaucoup Serge Magdelaine
10:17d'être venu ce matin
10:18dans Good Morning Business
10:20dans le grand entretien
10:21directeur général de LCL.
10:22Merci.
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