00:00Good morning business, parole de patron.
00:03Notre invitée ce matin c'est Sylvie Grandjean, bonjour.
00:06Vous êtes vice-présidente du METI, directrice de Redex,
00:09Grédex Group, groupe d'ingénierie européenne.
00:11On a ces chiffres, Sylvie Grandjean, donnés par l'INSEE hier sur la croissance qui va ralentir.
00:17Alors on n'est pas sur un choc brutal, on est sur une sorte de poison lent,
00:21c'est ce que nous disait Dorian Rouchet de l'INSEE tout à l'heure,
00:23avec des révisions à la baisse pour le premier et le deuxième trimestre de la croissance.
00:28Qu'est-ce qui vous remonte, vous, au METI des entreprises que vous suivez ?
00:33Alors nous avons au METI un baromètre qui prend le pouls des entreprises de taille intermédiaire très régulièrement
00:39et le dernier baromètre, alors c'est la seule bonne nouvelle que je vais vous annoncer aujourd'hui,
00:44n'est pas trop mauvaise quant à l'activité sur 2025,
00:47c'est-à-dire qu'il y a eu une certaine stabilité d'activité auprès de nos adhérents entreprises de
00:52taille intermédiaire.
00:54Voilà, c'est la seule bonne nouvelle que je peux vous donner.
00:56Mais ça c'est 2025, j'ai envie de vous dire, c'est presque terminé.
00:59Et c'était avant la crise, avant le début de la crise.
01:04La rentabilité est en baisse, les trésoreries sont impactées,
01:10les projets d'investissement sont ralentis, voire largement retardés.
01:17Donc on est dans une situation à l'heure actuelle d'inquiétude et d'inquiéture très forte.
01:22Dorian Rouchet de l'INSEE nous disait, l'investissement a pourtant rebondi à la fin de l'année,
01:26ce qui veut dire que pas pour les ETI.
01:29Il y a des projets d'investissement, mais la crise actuelle du Moyen-Orient
01:33fait que pratiquement toutes les grandes décisions d'investissement sont ralenties, voire retardées et repoussées.
01:40Et aujourd'hui, la hausse des coûts, ça se voit, ça se ressent ?
01:43Ça se ressent effectivement dans nos activités.
01:46Pour ma part, j'achète du tungstène, c'est x5.
01:51Depuis 20 jours ?
01:52Depuis, voilà, même pas depuis une quinzaine de jours.
01:55X5, quand on a fait des chiffrages il y a un mois pour une machine,
02:00ça veut dire qu'on a perdu toute notre marge, là, maintenant.
02:03Les bateaux, c'est 4 fois, 5 fois, 6 fois le prix de ce qu'il y a juste avant
02:09la crise.
02:10L'énergie, bien sûr, pour l'instant, on ne le voit pas concrètement,
02:14parce qu'on est souvent couvert par des contrats,
02:18donc pour l'instant, on ne le voit pas.
02:20Mais ça déstabilise tous les projets d'investissement.
02:23Et les ETI qui sont fortement industrielles et très fortement exportatrices,
02:28elles sont très impactées à l'heure actuelle par la crise du Moyen-Orient.
02:31Mais ce qui veut dire que, par exemple, pour une activité comme la vôtre,
02:33vous me dites, là, ma marge, elle arrive à zéro.
02:36Vous vous tenez comme ça, 3 mois, on continue et puis on attend.
02:39C'est là où il y a des productions que vous arrêtez ?
02:41Non, on n'arrête pas.
02:42Quand on est un chef d'entreprise, on n'arrête pas.
02:44On rebondit, on trouve d'autres solutions, on essaie de trouver des alternatives.
02:50Mais ça handicape encore plus les entreprises de taille intermédiaire,
02:54telles que la mienne, alors qu'on sortait de crise en crise en crise
02:58et on se disait, ça y est, on va recommencer à retrouver une certaine stabilité.
03:03Et en fait, on n'a pas cette stabilité.
03:04Et les clients potentiels à l'international ont aussi ces impacts
03:10qui font que, est-ce qu'il y aura des gros projets d'investissement à l'international ?
03:15On ne sait pas.
03:16Vous exportez combien de votre activité ?
03:1715% du chiffre d'affaires est réalisé hors de France et presque 60% en Europe.
03:25Donc au moins, là, on est à peu près sécurisé.
03:28Mais le reste, entre le mastodon d'Américains et puis l'invasion chinoise,
03:33il faut qu'on se batte.
03:36Qu'est-ce que vous...
03:37Je n'ai pas envie de vous poser cette question, parce que je veux dire,
03:39qu'est-ce que vous demandez ?
03:40Je ne sais pas si vous demandez quelque chose.
03:41J'entends de rien du tout.
03:41Mais j'entends des politiques, on sera écouré les trouver dans un instant,
03:44qui aujourd'hui veulent qu'on sponsorise le prix de l'essence,
03:47qu'on arrête avec des taxes.
03:49Qu'est-ce que vous voyez comme aide à la sortie de crise ?
03:52Alors, ce que l'on voit...
03:54Enfin, ce que nous demandons, c'est que l'Europe, c'est une opportunité.
03:58C'est une chance.
04:00Entre la Chine et le bloc américain, on a une chance, c'est l'Europe.
04:03Et l'Europe devrait être du côté des entrepreneurs, du côté des entreprises,
04:09et les aider à se défendre,
04:12et non pas essayer de trouver des solutions en interne en Europe qui nous contraignent.
04:17Donc, s'il y a une seule chose que l'on demande,
04:19c'est moins de contraintes en Europe, moins de normes,
04:22et plus d'actions pour mettre en avant la compétitivité de l'Europe dans sa globalité.
04:28L'énergie, bien sûr, il faut trouver une solution énergétique au niveau de l'Europe,
04:32et pas au niveau de la France ou au niveau de l'Allemagne.
04:34Il faut trouver que...
04:34C'est notre échelle, quoi.
04:36C'est notre échelle, c'est l'Europe.
04:37C'est comme c'est à cet endroit-là qu'il faut agir.
04:40Je voudrais qu'on dise un mot quand même des questions d'alternance,
04:43parce qu'on a vu le chômage des jeunes qui repart à la hausse.
04:46C'était un dispositif qui marchait bien, que vous utilisez, je pense, dans votre entreprise,
04:49avec des aides qui sont revues, là pour le coup, à la baisse,
04:53notamment pour ceux qui sont Bac plus 3 et après, dans les grandes entreprises.
04:57Ça, pour vous, c'est un cadre qu'on n'aurait pas dû toucher ?
05:00C'est dommage.
05:01C'est dommage.
05:02Ça marchait parfaitement bien.
05:04C'était du gagnant, gagnant, gagnant.
05:05Gagnant pour l'entreprise, gagnant pour le jeune, gagnant pour l'école ou l'université.
05:09Et on a tout détricoté pour des montants d'aide.
05:15Alors, c'est là que le vocabulaire n'est pas adéquat.
05:19Ce n'est pas une aide.
05:20L'apprentissage, c'est financé par les entreprises.
05:23C'est les entreprises, par leur taxe d'apprentissage,
05:26qui payent les écoles, qui payent les jeunes.
05:28Et en plus, on leur offre un salaire.
05:30Et en plus, on leur offre des compétences qui sont nécessaires sur le marché du travail.
05:35Si on arrête cette symbiose qui marchait bien,
05:39eh bien, ceux qui vont en pâtir les premiers, ce sont les jeunes.
05:41Ce sont les jeunes qui ne vont pas pouvoir avoir les compétences
05:44qui sont en adéquation avec les demandes du marché.
05:46Mais puisque vous dites que ce n'est pas une aide,
05:47vous pourriez le faire sans cadre réglementaire.
05:49Parce qu'en fait, l'État prend d'une main pour redonner de l'autre.
05:55Et entre-temps, vous avez nourri des structures qui servent à quoi ?
06:02En Allemagne, j'ai une entreprise en Allemagne,
06:04il n'y a pas de taxe d'apprentissage.
06:06Mais j'ai quand même des apprentis.
06:07Je prends sur deux, trois ans, quatre ans, cinq ans, parfois même,
06:11et que j'accompagne dans les montées en comptant.
06:13Vous dites carrément, enlevons la taxe et enlevons le process.
06:16Il y a des taxes comme ça qui sont collectées d'un côté
06:21et qui sont redonnées de l'autre, mais pas en juste proportion.
06:24La même chose avec la région a mis en place une taxe transport
06:28à 0,25% de la masse salariale.
06:31C'est non négligeable.
06:33À qui ça va profiter, cette taxe que la région collecte ?
06:37Pas à mes salariés qui habitent à Ferrière-en-Gatiney.
06:40Parce que Ferrière-en-Gatiney, c'est un territoire
06:42à côté de Montargis, où il n'y a pas de transport en commun.
06:45Donc, ces taxes qui sont prises,
06:49ça aubert notre façon de pouvoir rémunérer correctement nos salariés.
06:54Il faudrait mieux les aider, vous-même, à payer le carburant.
06:57Je serais plus intelligente.
06:58Je préférais pouvoir faire des augmentations plus substantielles.
07:01Merci beaucoup, Sylvie Grandjean, d'être venue ce matin.