- il y a 6 heures
Ce lundi 23 mars, Sandra Gandoin a reçu Hubert de Boisredon, président directeur général d'Armor Group, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:01BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, Leadership, la méthode
00:11Sandra Gondoy
00:12Bonjour à tous, bienvenue dans BFM Entreprises, consacrée comme tous les lundis au leadership.
00:18Une demi-heure avec un leader, un patron, qui va nous expliquer comment il dirige son parcours, sa méthode, les
00:25clés de sa réussite, les épreuves qu'il ont forgé,
00:28quel meneur est-il ? BFM Entreprises aujourd'hui, c'est avec Hubert de Boiredon.
00:33BFM Entreprises, Leadership, la méthode, sur BFM Business.
00:39Bonjour Hubert de Boiredon.
00:41Bonjour Sandra.
00:41Ravi de vous avoir dans Leadership. Vous êtes président, directeur général d'Armor Group.
00:46C'est une OTI nantaise, leader mondial des consommables d'impression, éditant des étiquettes code barre, des QR codes, 2500
00:54salariés.
00:55Je ne me trompe pas ?
00:56C'est ça.
00:57Est-ce que vous êtes né leader ? C'est toujours la première question que je pose à mes invités.
01:02Alors, grande question, grande question. Je pense que le leadership, c'est peut-être lié à quelque chose qu'on
01:09reçoit par son tempérament,
01:13mais je crois profondément qu'il y a quelque chose qui se développe par des événements, des rencontres, des attirances
01:19aussi de personnes qu'on admire et qui nous forgent.
01:22Voilà. Et puis après, pour moi, le leadership, c'est lié au courage.
01:26Donc, il y a différents événements qui viennent un peu vous titiller, développer votre courage et qui, du coup, vous
01:31révèlent dans leur leadership.
01:35Moi, je n'avais jamais imaginé que je serais entrepreneur un jour et que j'ai eu le parcours que
01:39j'ai eu.
01:39J'ai été programmé pour complètement autre chose et ça s'est fait par petits bouts, en fait.
01:44Vous étiez programmé. Pourquoi, justement ? Parce qu'on va revenir au fait que vous êtes diplômé d'HEC et
01:48ce qui s'est passé derrière.
01:49Mais avant ça, pourquoi vous dites que vous étiez destiné à autre chose ?
01:52En fait, si vous voulez, moi, je viens d'une famille de tradition militaire avec une certaine exigence sur le
02:00fait qu'il faut réussir.
02:02Et j'avais, je pense, assez jeune, il valait que je vise ce qu'il y avait de mieux, ce
02:08qu'il y avait de meilleur.
02:09Et donc, comme je n'étais pas trop mauvais en maths, etc., en fait, j'étais programmé pour faire une
02:13école d'ingénieur, ensuite un MBA,
02:16ensuite peut-être rentré, faire mon service militaire comme officier dans l'armée, ensuite viser une entreprise du 440.
02:23Enfin, mon parcours était déjà complètement formé et différents événements ont fait que, d'un seul coup, j'ai compris
02:30qu'il y avait autre chose de plus important,
02:32qui était ce que j'appelle la fidélité à moi-même et à ce que je suis, plutôt que de
02:36devoir répondre à une certaine exigence extérieure à moi.
02:39Bon, dans mon cas, ça s'est produit, je ne vais pas rentrer dans le détail, mais à l'occasion
02:44d'une rencontre un peu spirituelle qui a été importante,
02:47je dirais, qui m'a un peu libéré d'une exigence que j'avais sur les épaules et qui m
02:52'a fait ressentir profondément que j'étais libre.
02:55Et j'étais libre de créer ma vie, finalement, comme je le souhaitais, pour viser le bien, mais le bien
03:01n'est pas forcément le plus grand des succès extérieurs, j'entends.
03:06Voilà, et du coup, ça m'a complètement réorienté.
03:09C'est comme ça qu'au bout de 15 jours de prépa, j'ai compris qu'en fait, je n
03:12'ai rien contre les prépas scientifiques, mais ce n'était pas ma voie.
03:15Moi, j'aspirais à un équilibre entre les maths, la philo, l'histoire, les langues, voilà, les différentes...
03:21Et je me suis orienté vers une prépa HEC, qui était mon... Voilà, et là, je me suis retrouvé comme
03:26un poisson dans l'eau.
03:27Du coup, ça s'est bien passé, j'ai fait HEC.
03:29Ensuite, voilà, j'ai toujours imaginé que je ferais toute ma vie en France, mais en fait, on m'a
03:33proposé de partir à New York,
03:35en troisième année d'HEC à New York, l'université étudiait la finance internationale, et je me suis dit, c
03:41'est une opportunité, j'y vais.
03:42Et à partir de là, waouh, bon.
03:44Et à partir de là, votre parcours, il est international, le début de votre parcours.
03:48Il y a New York, et puis après HEC, il y a le Chili.
03:50Pourquoi vous choisissez justement de ne pas rester en France et de partir à New York puis au Chili ?
03:56Si vous voulez, à New York, ça a été le choc.
03:59C'était New York 1985, Ronald Reagan, c'était en même temps le début de l'épidémie du sida.
04:05Moi, j'avais l'image d'aller aux États-Unis, pays riche, moderne, etc., jouer à New York pauvre.
04:10Enfin, c'était pas le New York d'aujourd'hui, donc des personnes pauvres étalées dans la rue, etc.
04:17J'habitais chez une famille très aisée à New York.
04:21La première page de mon livre de finances internationales, c'était
04:24« Le but de l'entreprise, c'est de maximiser le profit pour ses actionnaires. »
04:28Le jeune de 21 ans que j'étais me disait « Oui, j'ai envie de réussir, j'aime la
04:33gestion d'entreprise,
04:34mais est-ce que le but de ma vie, c'est de maximiser le profit ? »
04:37Est-ce qu'il n'y a pas, dans cette situation, dans l'état du monde d'aujourd'hui,
04:40quelque chose quand même de supérieur à ça, sans nier l'importance du profit pour les entreprises ?
04:45Mais qu'est-ce qui est le but et qu'est-ce qui est le moyen ?
04:47Et puis, c'était un peu la tempête sous un crâne et un petit peu un tiraillement.
04:53J'ai voulu aller plus loin.
04:55Je me suis retrouvé le matin, allant dans le South Bronx,
04:59distribuer la soupe populaire et rendre visite à des malades du sida de mon âge.
05:03Et l'après-midi, j'étudiais la finance internationale à côté de Wall Street,
05:06un peu le grand écart.
05:08Et en quittant New York, je me suis dit « Mais au fond,
05:11oui, c'est vrai que par tradition familiale, je peux faire mon service militaire comme officier.
05:16Ça ferait plaisir à mon grand-père qui est général, etc.
05:19J'ai rien contre l'armée, bien sûr.
05:22Mais je me suis dit « Est-ce que j'ai pas une quête plus grande ? »
05:26Et cette quête, c'était de chercher à unifier ces deux aspects de ma vie,
05:30qui étaient mon goût pour l'entreprise et la gestion,
05:33et également quand même cette question de la pauvreté,
05:36cette question du développement, cette question sociale.
05:39Est-ce que le capitalisme peut-il être humain et social,
05:42et pas simplement viser la maximisation du profit ?
05:44Donc, vous maîtrisez les codes de la finance,
05:47vous maîtrisez les codes de l'argent,
05:49mais vous choisissez de les mettre au service, finalement, d'un pays en développement.
05:52Oui, parce que c'est une quête intérieure.
05:55En fait, c'est d'aller chercher le sens de ma vie.
05:57Et si vous voulez, par hasard de différentes rencontres,
06:00j'ai appris qu'il existait au Chili une banque,
06:03un peu créée sous le mode du crédit agricole, du crédit mutuel, etc.,
06:08qui développait les petites et moyennes entreprises.
06:11Et j'y suis allé avec un de mes camarades d'HEC, on est allé.
06:14Et là, à nouveau, c'était le Chili de Pinochet,
06:17c'était du général Pinochet, c'était un peu l'aventure.
06:20Beaucoup de gens me disaient, va pas là-bas, va pas là-bas.
06:22Mais il y a eu ce goût de l'aventure, de partir,
06:24d'un très grand sentiment de liberté.
06:26Et puis, là, je dirais, à 22 ans, le président de cette banque me dit,
06:31voilà, la réglementation bancaire autorise à créer des sociétés de capital risque au Chili.
06:35Est-ce que tu veux créer la première société de capital risque chilienne ?
06:38Et moi, je dis, bah oui, on y va.
06:40Et j'irais dire que cet événement m'a un peu lancé dans un esprit entrepreneurial.
06:44Je ne savais pas comment ça marchait.
06:46J'ai regardé ce qu'était le capital risque aux États-Unis
06:49et comment je pouvais l'appliquer au Chili pour les petites et moyennes entreprises.
06:54Et puis là, avec cette amie, on s'est rendu compte
06:58qu'il y avait toute une série d'entrepreneurs de toutes petites entreprises
07:01qui n'avaient pas accès aux crédits bancaires traditionnels.
07:04Elles représentaient environ 400 000 micro-entreprises au Chili
07:08qui employaient la moitié de la population active chilienne.
07:12Il y avait quelques associations qui les aidaient, mais à peine.
07:15Mais surtout, pour obtenir de l'argent, elles devaient faire appel à des usuriers
07:19qui, s'ils ne payaient pas, c'était des gangs qui arrivaient.
07:23Et là, à ce moment-là, nous avons appris l'existence de la Grammy Bank de Mohamed Yunus,
07:28qui est devenue depuis prix Nobel de la paix, au Bangladesh.
07:31Et on s'est dit, mais si ça marche au Bangladesh, pourquoi ça ne marcherait pas au Chili ?
07:36Et puis, après différentes expériences de l'un et de l'autre,
07:39en fait, nous avons créé une initiative qui s'appelle Contigo,
07:43qui a été une des premières banques de micro-crédit du Chili.
07:47Et voilà, ce qui fait qu'au lieu de rester deux ans en coopération au Chili,
07:50je suis resté sept ans.
07:50Voilà, donc en fait, j'allais dire, vous voyez, cette programmation de vie professionnelle
07:57a été complètement réorientée par les rencontres et par cet élan, j'allais dire,
08:03de vouloir donner du sens à cette vie professionnelle.
08:06Donner du sens, alors qu'on entend ça beaucoup aujourd'hui chez les jeunes,
08:10ceux qui entrent sur le marché du travail, c'est ce qui vous a mené, vous aussi, à cette période.
08:16Derrière, il y a Rode Poulenc, il y a Rodia.
08:18Vous êtes resté à l'étranger pendant une vingtaine d'années, au final.
08:21Oui, largement, oui.
08:22Vous revenez en France en 2002, et dès 2004, vous intégrez en tant que directeur général Armour Group.
08:29C'est une ETI, une entreprise de taille, on dit intermédiaire, normalement,
08:33mais vous vous dites de taille idéale.
08:35Je dis taille idéale parce que c'est une entreprise internationale,
08:38on exporte 90% de notre production, on est devenu leader mondial,
08:42on était numéro 4 en 2004 quand je suis arrivé, on est devenu leader mondial.
08:45Aujourd'hui, 4 étiquettes code barre sur 10 dans le monde sont imprimées par un consommable,
08:50fabriquées par Armour Group.
08:52Voilà, donc il y a cette fierté de l'entreprise d'une certaine taille,
08:56mais en même temps, elle reste humaine, avec la possibilité d'un dialogue social,
09:00je veux dire réel et concret et direct, la connaissance des équipes.
09:04On est présent dans une vingtaine de pays.
09:06Voilà, donc je trouve que c'est idéal.
09:08Oui.
09:08Qu'est-ce que ce parcours à l'étranger, ce parcours dans le microcrédit au départ,
09:14et puis ce que vous avez fait derrière, vous a amené justement en tant que patron d'Armor Group aujourd
09:20'hui,
09:21et votre vision finalement d'une entreprise, d'une ETI nantaise à la base ?
09:26Oui, si vous voulez, ces 7 ans au Chili m'ont ancré en moi que l'entreprise, le capitalisme,
09:33la finance d'une certaine manière, pouvait être au service du bien des personnes,
09:37et qu'il n'y a pas forcément le mauvais capitalisme d'un côté,
09:41et puis la vie associative de l'autre.
09:44En fait, il y a une vertu dans l'entreprise,
09:47il y a une vertu dans une certaine forme de capitalisme
09:50quand il y met au service du bien pour tous.
09:52Et j'ai vu au Chili comment le financement des crédits que nous octroyons au sein d'un même quartier
10:01développait l'ensemble du quartier.
10:02Et en fait, il y a un effet boule de neige,
10:04le menuisier qui reçoit un crédit va acheter plus au poissonnier
10:07qui a plus d'étalage, donc des poissons plus frais,
10:10et puis qui va acheter au fabricant d'un oracle,
10:12ou la fabricante d'un oracle, etc., et la couturière,
10:14et tout ça se développe.
10:17J'en ai gardé le fait que la vraie réussite,
10:20elle est non seulement économique, mais elle est aussi sociale,
10:23et j'ajouterai aujourd'hui environnementale.
10:25Donc ça, c'est ancré en moi.
10:27Ensuite, l'expérience de Rhône-Poulin et Crodia,
10:29qui était une expérience de découvrir la mondialisation,
10:32m'a montré que, en fait, le monde était une véritable chance
10:36si on acceptait de sortir de nos sentiers battus,
10:40et notamment pour Armour Group,
10:41quand je suis arrivé, Armour exportait 20% de son chiffre d'affaires en dehors d'Europe.
10:48Et moi, je me suis dit, mais il faut aller en Amérique latine,
10:51il faut aller en Chine, il faut aller en...
10:53J'avais fait des acquisitions de sociétés chinoises avec Crodia,
10:57et on commençait à avoir peur de certains concurrents chinois,
11:00et je me disais, mais en fait, il faut devenir chinois parmi les chinois.
11:02Donc on a...
11:03Ce que j'ai fait, c'est que j'ai lancé,
11:04fort de l'expérience de Rhône-Poulin et Crodia,
11:07une vaste opération d'expansion d'Armor Group vers les pays émergents,
11:14avec cette conviction qu'il fallait aller chercher la croissance là où elle est.
11:18Et c'est cette...
11:19Donc d'un côté, on va chercher la croissance là où elle est,
11:22de l'autre côté, on a réinvesti fortement dans des machines de production,
11:26et ensuite, par un dialogue social négocié et harmonieux,
11:29on s'est dit, en fait, pour être compétitif,
11:32notamment vis-à-vis de la Chine,
11:33il faut développer l'automatisation et la robotisation,
11:36mais comment le faire sans casse sociale ?
11:38Eh bien, on va le faire par un peu un contrat,
11:40une certaine forme d'alliance,
11:42en disant, l'idée, c'est que la croissance que l'on va ramener
11:45doit être absorbée par de la productivité,
11:48ce qui veut dire qu'à effectif égal, donc sans licenciement,
11:51par de la formation,
11:52on va promouvoir l'ensemble du personnel,
11:55qui du coup, ça va être gagnant-gagnant, si vous voulez.
11:58On a créé une université dans l'usine,
12:00qu'on appelle l'université Armour,
12:02qui forme les opérateurs de production
12:05comme pilotes de machines robotisées.
12:08Et donc, ça veut dire,
12:09certains ont pu repasser leur bac,
12:11bac plus 2, bac plus 3,
12:13et tout ça a permis, en fait,
12:15d'engendrer un développement harmonieux de l'entreprise,
12:17et c'est ce qui fait qu'on est passé numéro 4
12:19à numéro 1 mondial.
12:20C'est l'innovation d'un côté,
12:22accompagnée par cet accompagnement
12:25et ce management de confiance
12:26que vous mettez en place,
12:28c'est-à-dire que finalement,
12:29tous les salariés sont embarqués
12:31dans l'aventure de la croissance de l'entreprise.
12:32Oui, c'est notre projet ensemble.
12:35Je pense qu'il y a les clés,
12:37je pense que c'est
12:40harmonisation des relations
12:41au sein de l'entreprise,
12:42donc on mise sur ce management
12:44par la confiance et sur les personnes.
12:46C'est relancer l'investissement,
12:47c'est l'innovation,
12:49c'est l'expansion internationale,
12:51en allant développer un maillage du monde
12:54pour être capable de livrer
12:55l'ensemble des clients
12:56dans un délai de 3 à 5 jours
12:58et qui fait qu'en fait,
12:59on devient incontournable,
13:00même si au point de départ,
13:02on a moins d'atouts
13:04concernant nos coûts
13:05que des Chinois, etc.
13:06Mais en fait,
13:07cet avantage de service
13:09nous a permis
13:09de reprendre des positions mondiales.
13:12Oui, ça veut dire
13:12que le modèle chinois
13:13n'est pas celui forcément
13:15vers lequel on va,
13:16ça donne de l'espoir.
13:17Il ne faut pas l'idéaliser,
13:18il ne faut pas l'idéaliser,
13:19il ne faut pas oublier
13:20qu'en fait,
13:21il y a aussi,
13:21si vous voulez,
13:22par exemple,
13:22on avait certains clients
13:24qui disaient
13:24« je vais vous acheter
13:27vos produits en Europe
13:28parce que vous êtes prêts,
13:29mais je vais acheter
13:30aux concurrents américains
13:31aux Etats-Unis,
13:32aux clients chinois, etc. »
13:34On disait « très bien,
13:35mais à ce moment-là,
13:36nous, en fait,
13:36soit on vous livre la totalité
13:39sur le monde entier
13:39parce qu'on est capable
13:41de vous fournir
13:42le même produit
13:42dans le monde entier,
13:43soit on ne vous livre rien,
13:44donc vous prenez
13:45vos responsabilités.
13:46Et en général,
13:47les clients revenaient vers nous
13:48parce qu'ils valorisaient
13:49le fait qu'on était capable
13:50d'apporter le même service
13:51partout dans le monde.
13:52Vous êtes un fervent défenseur
13:54de l'actionnariat salarié.
13:56C'est important pour vous
13:57d'engager les salariés de groupe.
13:59450 salariés actionnaires
14:01actuellement
14:02chez Armour Group.
14:03Pourquoi c'est important,
14:05justement ?
14:06C'est ça qui aide
14:08à les faire participer
14:09au projet général ?
14:11Oui.
14:11En fait,
14:12au départ,
14:12j'étais assez parétissant,
14:14mais j'avais peur,
14:15en fait,
14:15de l'actionnariat salarié,
14:16comme je pense
14:17que un certain nombre
14:18de patrons ont peur
14:19en me disant
14:19« Oh là là,
14:20ils vont peut-être
14:22contester de l'intérieur
14:23les décisions,
14:24on va perdre une partie
14:24de notre pouvoir,
14:25etc. »
14:26Mais en fait,
14:27en regardant d'autres exemples,
14:28j'ai été convaincu
14:29et je considère
14:31que c'est une véritable chance
14:32parce que
14:35Armour,
14:35ce n'est pas le projet
14:36simplement des actionnaires
14:38principaux,
14:38c'est le projet
14:39de l'ensemble
14:40des salariés
14:41et on est ensemble.
14:42Et je me rappelle
14:43notamment
14:43d'un comité d'entreprise
14:45où un délégué syndical
14:46prend la parole
14:47et dit
14:47« Monsieur de Baredon,
14:49je ne comprends pas très bien
14:49pourquoi il faudrait
14:52investir dans ce projet
14:53qui rapportera
14:53dans six ans
14:54ou dans sept ans. »
14:55Et il rajoute
14:56« Moi, je ne vais pas
14:56en bénéficier
14:57parce que je pars
14:58dans deux ans
14:58à la retraite
14:58alors que j'ai investi. »
15:00Et moi,
15:00de lui dire
15:01« C'est étonnant
15:02parce que vous parlez
15:03comme les fonds d'investissement
15:03maintenant.
15:05Et vous voyez
15:05que ce n'est pas si simple.
15:07Mais je vous rappelle,
15:08monsieur,
15:08que si vous avez le métier
15:10et le travail
15:10que vous avez aujourd'hui,
15:11c'est parce que
15:11l'actionnariat familial
15:13d'il y a 30 ans
15:14a accepté d'investir
15:15non pas pour eux-mêmes
15:16mais pour vous
15:18et pour nous aujourd'hui.
15:20Et je pense
15:20qu'en tout cas,
15:21c'est une certaine vision
15:22du capitalisme
15:23que j'ai
15:24qui est de dire
15:26en fait
15:26qu'on doit investir
15:28régulièrement
15:28pour préparer l'avenir.
15:30Et ça,
15:31l'actionnariat salarié
15:32permet de retrouver
15:34j'allais dire
15:35une vision commune
15:37et d'éviter
15:38un espèce
15:39de confrontation
15:40simplement
15:41actionnaire
15:42contre salarié.
15:43On devient ensemble
15:44dans une vision
15:45de l'avenir
15:45de l'entreprise.
15:46Vous avez écrit
15:46ce livre
15:48Le courage
15:48des chefs
15:49à vivre
15:49et diriger
15:51autrement.
15:52Vous écrivez
15:53Le monde a besoin
15:53de leaders
15:55cohérents
15:55et engagés
15:57dans les entreprises
15:58mais aussi
15:59de façon générale
16:00dans la société.
16:01Oui.
16:02Oui,
16:03en fait,
16:03le constat,
16:04c'est que je pense
16:04que beaucoup de dirigeants
16:05que ce soit
16:05économiques,
16:06politiques
16:07ou même associatifs
16:08vivent souvent
16:09une tension
16:09et un tiraillement
16:11entre d'un côté
16:12un réel idéal
16:13qu'ils ont
16:14au fond d'eux-mêmes
16:14et je pense
16:15que pour la plupart
16:16c'est le cas
16:17et les contraintes
16:17du réel,
16:18c'est-à-dire
16:19nécessité de rentabilité,
16:22de différentes pressions
16:23et ce tiraillement
16:25fait qu'à un moment donné
16:28ils ont tendance
16:29à lâcher l'un
16:29ou l'autre.
16:30C'est-à-dire
16:30soit je me réfugie
16:31dans un idéal
16:31et donc je cesse
16:33de m'occuper
16:33par exemple
16:34de la réussite
16:35de l'entreprise
16:36et puis je fuis
16:38un petit peu
16:38dans une certaine idéale
16:39ou alors
16:40comme c'est trop dur
16:41j'oublie mon idéal
16:42business is business
16:43et ok,
16:44je peux avoir
16:45un bel idéal
16:45le week-end
16:46mais la semaine
16:46je me comporte
16:47de manière
16:49pas très humaine
16:51et je pense
16:52en tout cas
16:53c'est ma conviction
16:53que ce dont le monde
16:54a besoin
16:55c'est de leaders
16:55qui réunifient
16:58en leur personne
16:58l'idéal
16:59et l'exigence
17:00de la réalité
17:01et qui du coup
17:02étant bien axés
17:03en fait vont prendre
17:04des décisions
17:04qui sont bien axées
17:05et on voit
17:06dans le monde
17:06aujourd'hui
17:07même international
17:07combien des leaders
17:09pas bien axés
17:10dans leur personne
17:11peuvent conduire
17:12à des décisions
17:12catastrophiques
17:13avec un impact
17:14terrible
17:14pour l'ensemble
17:15des populations.
17:16Pour autant
17:16les français
17:17se sont réconciliés
17:18quelque peu
17:18ces derniers temps
17:19avec l'image
17:19du patron
17:20ces derniers mois
17:20les sondages
17:21disent que vraiment
17:21ils commencent
17:22à leur faire confiance
17:23à comprendre
17:24qu'un patron
17:24c'est vraiment
17:25justement
17:26dans la réalité
17:27est-ce que pour autant
17:28un patron peut faire
17:29un bon politique
17:30ou un bon leader
17:31d'un pays
17:32d'après vous ?
17:33Je pense
17:34que c'est un patron
17:35qui a quand même
17:36prise avec la réalité
17:38hier j'ai eu l'occasion
17:40d'intervenir en duo
17:41avec Jean-Dominique Sennard
17:42le président de Renault
17:43il expliquait en fait
17:44que dans les décisions
17:46européennes
17:47qui sont prises
17:47etc
17:47souvent le problème
17:48c'est que les décisions
17:49qui sont prises
17:50sont prises par des personnes
17:51qui n'ont pas forcément
17:52prise avec le quotidien
17:53de l'entreprise
17:53et je pense que c'est important
17:55de relier ces mondes
17:57pour être plus pertinent
17:58ne serait-ce que pour que
17:59les normes qui sont émises
18:01soient comprises
18:02voilà donc je pense
18:03qu'il y a tout un enjeu
18:05à casser les frontières
18:06entre le monde politique
18:07le monde entrepreneurial
18:08le monde associatif aussi
18:09et travailler ensemble
18:11on va passer à la photo
18:12tout de suite
18:17on va regarder cette photo
18:19que vous nous avez confié
18:21Hubert de Boisredon
18:23c'est une photo de vous
18:25dans les laboratoires
18:27me semble-t-il
18:28vous êtes
18:28voilà on la voit
18:29vous êtes avec qui ?
18:31décrivez l'anneau
18:32alors là je suis
18:34là par exemple
18:34je discute avec
18:35alors c'est une photo
18:37qui a été prise
18:37lors de l'inauguration
18:38de notre dernière usine
18:40d'Armor Battery Film
18:42qui fabrique des composants
18:44pour améliorer
18:45la performance des batteries
18:46environ de 20%
18:47c'est un investissement
18:48de 40 millions d'euros
18:4937 millions d'euros
18:50exactement
18:50que nous avons fait
18:51qui a été inauguré
18:52le 24 septembre dernier
18:53et là c'est une photo
18:56prise lors de l'inauguration
18:57là je discute
18:58avec le responsable
19:00de l'équipe
19:00d'Armor Battery Film
19:01aux Etats-Unis
19:02qui est venu
19:04représenter les clients
19:04américains
19:06et en présence
19:07de différents
19:08membres de l'entreprise
19:09mais aussi de clients
19:10et de partenaires
19:11que ce soit
19:12industriel
19:13ou financier
19:15j'aime bien cette photo
19:16pour deux raisons
19:17d'une part
19:17parce que
19:18je suis avec ma blouse
19:19de travail
19:20dans l'usine
19:21au coeur de l'entreprise
19:22au coeur
19:23et je pense que
19:23en tout cas moi j'ai du plaisir
19:24à chaque fois que je visite l'usine
19:26je n'arrête pas
19:27de m'émerveiller
19:28de ce que les équipes
19:30sont capables de faire
19:30et d'inventer
19:31il n'y a pas une visite
19:32où je ne découvre pas
19:33quelque chose
19:33donc ça c'est
19:34je m'émerveille
19:35je me dis
19:35comme l'intelligence humaine
19:37quand les gens
19:38travaillent ensemble
19:38ce génie
19:39d'être capable
19:40de trouver des solutions
19:41pour résoudre des problèmes
19:42ça me met en arrêt
19:45j'allais dire
19:45deuxième chose
19:46c'est la conscience
19:48que je ne peux rien
19:48tout seul
19:49mais j'ai vraiment
19:50besoin des équipes
19:51et je pense que
19:52c'est une chose
19:53que je creuse
19:54dans ce livre
19:55le courage des chefs
19:55c'est que je pense
19:56que le leader
19:57le leader ne peut pas
19:58être quelqu'un
19:58qui considère
19:59qu'il sait
20:01seul
20:02souvent je pense
20:03que le vrai leader
20:04pour moi
20:05et c'est un peu
20:05la thèse que j'établis
20:06du courage
20:06c'est le courage
20:07de l'authenticité
20:08c'est-à-dire
20:08d'être capable
20:10simplement
20:11quand je ne sais pas
20:11quand je n'ai pas la solution
20:13de dire même
20:14à mes équipes
20:14la vérité c'est que
20:15je n'ai pas la solution
20:16par contre
20:17ce que je crois
20:17c'est que nous ensemble
20:19si on travaille ensemble
20:20si on unit nos forces
20:21si on unit nos différences
20:23à ce moment-là
20:24va émerger une solution
20:25qui sera bien plus pertinente
20:27et beaucoup plus juste
20:28et beaucoup plus forte
20:30que si je l'émettais moi-même
20:32donc entreprendre
20:33c'est un travail collectif
20:34c'est évidemment
20:34un travail collectif
20:35et je pense que
20:36la principale caractéristique
20:37du leader pour moi
20:38c'est quelqu'un
20:39qui est capable
20:39de fédérer
20:41et de capter
20:42le meilleur de chacun
20:44et même
20:45le meilleur du collectif
20:46en acceptant
20:47que ce meilleur du collectif
20:48sera meilleur
20:48que soi-même
20:50je pense que le problème
20:51c'est quand le leader
20:51se situe au-dessus
20:52du collectif
20:53et à ce moment-là
20:54il écrase le collectif
20:55et il ne permet pas
20:56au collectif
20:57en fait
20:57de donner
20:58toute sa puissance
21:00mais s'il se met
21:01en dessous
21:02d'une certaine façon
21:02au service
21:03de l'émergence
21:04des personnalités
21:05et du collectif
21:06à ce moment-là
21:07il permet des choses
21:07absolument incroyables
21:08dont il peut être
21:09surpris lui-même
21:10allez on va conclure
21:19Hubert vous avez été
21:20élu entrepreneur
21:20de l'année région ouest
21:21en 2013
21:22vous avez fondé
21:24EOTECUM
21:24on dit comme ça
21:25EOTECUM
21:26qui veut dire
21:27j'y vais avec toi
21:28cabinet de formation
21:29et de coaching
21:30en leadership
21:30par le compagnonnage
21:32vous avez été
21:34dans les 40 dirigeants
21:36qui s'engagent
21:36en 2024
21:37c'est le classement
21:38de l'institut Choiseul
21:39il y a cette entreprise
21:40il y a ce parcours
21:41à l'étranger
21:42dont on vient de parler
21:43de quoi êtes-vous
21:44le plus fier ?
21:47Alors
21:48je pense que
21:49dont je suis le plus fier
21:51c'est
21:53ça va vous étonner
21:54peut-être
21:54mais c'est
21:56de la belle
21:58la belle unité
21:59que j'ai avec mon épouse
22:01de mes enfants
22:04pourquoi ?
22:04parce que
22:05je pense que
22:06si vous voulez
22:07le parcours entrepreneurial
22:09le risque
22:10c'est de
22:11en fait
22:11c'est de se retrouver
22:12coupé
22:13du reste de sa vie
22:15et
22:15moi je dirais
22:16que ma plus grande fierté
22:17c'est de me rendre compte
22:18que tout ça
22:19s'inscrit
22:20dans une certaine unité
22:22et qu'en fait
22:24combien de fois
22:25je me rends compte
22:25qu'en prenant le temps
22:28de dialoguer
22:29par exemple
22:29on passe du temps
22:30de coordonner
22:31nos agendas
22:32avec mon épouse
22:32ça paraît bête
22:33mais souvent
22:34parce que ça peut être
22:34source de tension
22:35et quand je prends
22:37le temps
22:37de coordonner
22:38l'agenda
22:38avec mon épouse
22:38mes priorités
22:39se réordonnent
22:41et paradoxalement
22:43ça m'aide énormément
22:44pour remettre
22:44de l'ordre
22:45dans ma vie
22:45d'entrepreneur
22:46elle vous donne
22:47du recul
22:47elle me donne
22:48du recul
22:48elle m'aide à voir
22:49qu'est-ce qui est important
22:50qu'est-ce qui l'est moins
22:52et du coup
22:53je veux dire
22:54ça me doit donner
22:55une espèce de
22:55quille et de force
22:57voilà
22:57donc ça
22:58c'est ma première fierté
22:59la deuxième
22:59c'est la relation
23:00d'équipe
23:02j'ai souvent
23:02à mes équipes
23:03parce que souvent
23:03parfois on peut avoir
23:04des avis divergents
23:06et j'ai souvent
23:07en fait
23:07il ne s'agit pas
23:08de vouloir être tous
23:09pareils
23:09au contraire
23:11c'est important
23:11qu'on ait chacun
23:12nos convictions
23:12même qu'on soit capable
23:13de se dire
23:14qu'on n'est pas d'accord
23:14parce que c'est de là
23:16que naît une richesse
23:17et bien sûr
23:18à un moment
23:19il faut prendre une décision
23:19et à ce moment-là
23:20je demande que tous
23:21on soit alignés
23:22mais j'apprécie
23:23la différence
23:23et l'altérité
23:24au sein de l'entreprise
23:25dernière question
23:26Hubert de Boire
23:27qu'est-ce que vous diriez
23:28à un jeune
23:29qui veut devenir patron
23:30qui essaye de devenir
23:31patron aujourd'hui ?
23:33Alors un jeune
23:33qui veut devenir patron
23:34je lui disais d'abord
23:35c'est important
23:36qu'il se connaisse lui-même
23:37c'est quoi son but
23:38dans la vie ?
23:39Derrière créer une entreprise
23:40c'est quoi ?
23:41Est-ce que c'est
23:42devenir riche ?
23:43Est-ce que c'est
23:44d'avoir du pouvoir ?
23:45Est-ce que c'est
23:45d'être reconnu
23:46par l'entoura ?
23:47Ou est-ce qu'il y a
23:48une finalité
23:49qui l'habite
23:50qui le meut ?
23:51Parce que je pense
23:52que c'est ce moteur-là
23:53le plus profond
23:53qui va faire
23:54qu'il va réussir vraiment
23:55et traverser les épreuves
23:58donc vraiment partir de là
24:00pas partir d'abord
24:01du business plan
24:01mais de partir
24:02de la motivation
24:04personnelle
24:04travailler sur son leadership
24:08se faire aider
24:09se faire accompagner
24:10pour trouver la force
24:11parce qu'entreprendre
24:12ça demande quand même
24:13beaucoup d'énergie
24:14et il faut accepter
24:15qu'il y a les temps faciles
24:16et il y a les temps difficiles
24:17Il y a sûrement plus
24:18de temps difficiles
24:19En ce moment par exemple
24:20avec le ralentissement économique
24:21il faut y croire
24:22il faut se battre
24:23et je pense que ça demande
24:24d'aller puiser
24:25dans ces énergies intérieures
24:27Beaucoup de force
24:28beaucoup d'énergie
24:28pour entreprendre
24:29Et puis être vraiment libre
24:30être vraiment libre
24:32de suivre sa voie
24:33et être fidèle à soi-même
24:33Merci beaucoup
24:34C'était le leadership
24:36selon Hubert de Boisredon
24:37Merci beaucoup d'être venu
24:38Merci beaucoup Sandra
24:38Dans cette émission
24:39Si vous voulez connaître
24:41la méthode des leaders
24:42l'émission est disponible
24:43évidemment en replay
24:44en podcast
24:45sur tous nos réseaux sociaux
24:47bien sûr
24:47et tous les lundis
24:48à midi 30
24:49sur BFM Business
24:50Passez une très bonne journée
24:53BFM Entreprises
24:55Leadership
24:56La méthode
24:57sur BFM Business
24:58Sous-titrage Société Radio-Canada
24:58Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires