- il y a 6 semaines
Ce lundi 30 mars, un déficit public moins important que prévu, une hausse des dépenses plus forte que le PIB, et une collecte record en assurance-vie durant le mois de février, ont été abordés par Hélène Baudchon, cheffe économiste adjointe de BNP Paribas, Léonidas Kalogeropoulos, PDG de Médiation & Arguments, et Guillaume Poitrinal, fondateur de WO2 et promoteur immobilier bas carbone, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00On est de retour pour la seconde partie de l'émission, il est 10 heures passées de 31 minutes, vous
00:04êtes en direct sur BFM Business, c'est toujours les experts avec autour de la table Hélène Beauchon, Léonidas Calogéropoulos
00:12et Guillaume Poitrinal pour parler finances publiques.
00:16Vendredi, l'INSEE a publié les comptes finaux 2025 et bonne surprise, finalement le déficit est bien moins important que
00:27prévu, comment c'est possible Hélène Beauchon ?
00:31Alors c'est une bonne surprise, donc effectivement c'est une bonne surprise qu'on commençait à deviner quand on
00:38regarde l'évolution des chiffres au mois le mois parce qu'on a des statistiques mensuelles.
00:41Ça s'appelle la situation mensuelle budgétaire, il faut vérifier tout ça chaque mois.
00:46On avait quelques signaux qui allaient en ce sens, j'ai quand même l'impression que la surprise positive est
00:51plus importante que prévu, donc ça permet effectivement d'avoir un point de départ pour 2026 moins détérioré.
00:59On le rappelle, on attendait 5,4% de déficit et c'est 0,3 point de moins, 5,1,
01:04seulement c'est quand même 10 milliards de mieux, c'est pas rien.
01:07Et puis par rapport à 2024 où on était à 5,8%, la marche franchie est quand même sensible, alors
01:14même qu'on était dans un environnement de croissance pas si dynamique que ça,
01:20mais la bonne nouvelle vient d'une évolution plus dynamique qu'anticipée des recettes, alors on peut le voir d
01:26'un bon oeil ou d'un mauvais oeil.
01:28Je dirais qu'une manière positive de voir cette dynamique des recettes, c'est qu'au moins cette fois-ci,
01:33on n'a pas eu de mauvaise surprise comme on en avait eu les années précédentes.
01:38C'est un peu du jargon, mais l'élasticité fiscale des recettes à la croissance nominale a été au rendez
01:44-vous.
01:45Un certain nombre des mesures, on va dire particulières...
01:46Pour le dire en bon français, les impôts sont rentrés quoi.
01:49Les impôts sont rentrés et plutôt mieux que prévu.
01:55Donc ça, ça permet de franchir un bout de la marche.
01:58C'est vrai que du côté des dépenses publiques, on a une légère augmentation de leur poids dans le PIB.
02:04Donc l'amélioration du déficit porte essentiellement sur les recettes.
02:09Mais je dirais que clairement, le fait d'avoir franchi une marche relativement importante
02:14et qui nous permette d'avoir un point de départ moins détérioré que prévu,
02:17ça donne un petit peu de marge de manœuvre pour poursuivre, parce qu'il faut absolument la poursuivre,
02:22la consolidation budgétaire pour 26, 27 et au-delà.
02:26Bon, Léonidas, 5,1% de déficit, il n'y a pas de quoi souhaiter au plafond non plus.
02:29J'espère que vous n'en voudrez pas de ne pas avoir autant d'enthousiasme positif face à ce chiffre.
02:36Bien entendu, on peut être content...
02:38Mais c'est une bonne nouvelle, Léonidas.
02:395,1% plutôt que 5,4%.
02:42Alors...
02:42Plutôt une bonne nouvelle.
02:44Non mais...
02:44Est-ce que le niveau est bon ?
02:46Non mais je veux bien, mais je veux bien, mais avec une augmentation des dépenses et une augmentation des impôts,
02:51enfin, vraiment, vraiment, je pense que tout le monde sait que je ne peux pas m'être soupçonné d'être
02:58négatif.
03:00On préfère avoir des bonnes nouvelles et on a ici eu l'occasion de commenter le choc de voir 10,
03:0720, 30 milliards d'erreurs du mauvais côté.
03:09Donc, l'erreur de la banque en sa faveur, c'est toujours mieux.
03:13Mais franchement, le fait d'avoir principalement réussi à atteindre cet objectif par l'augmentation de nos rentrées des impôts
03:23plutôt que par la baisse des dépenses qui ont continué à augmenter,
03:27je pense qu'on ne peut pas totalement être satisfait.
03:31Donc, bon, soyons optimistes et positifs et continuons le combat.
03:35Mais la pente resterait longue.
03:38Je suis désolé, il faut vraiment, je pense, de ne pas considérer que...
03:44Parce que j'entends parler de cagnotte, enfin, c'est juste tétalisant.
03:47C'est parce que le connu vient de tweeter, je vais vous demander de réagir à l'effet cagnotte.
03:53J'avais prévenu la semaine dernière, déjà, sur cette même antenne, dans un édito,
03:58attention à l'effet cagnotte si le déficit est meilleur.
04:02Le Premier ministre vient de tweeter que dans un contexte d'augmentation des prix des carburants,
04:083,8 millions de foyers, soit plus de 6 millions de Français recevront automatiquement,
04:15dès sept semaines, le chèque énergie, 153 euros en moyenne par foyer pour 600 millions d'euros mobilisés sur le
04:26budget de l'État.
04:28Alors, le chèque énergie, on connaît, il est récurrent, mais est-ce qu'on est en train de réglisser dans
04:35le quoi qu'il en coûte ?
04:35Ce sont toujours les mêmes recettes.
04:37Guillaume Patrénal.
04:38Je pense que sur ce chiffre de 5,1, il faut juste dézoomer un tout petit peu et se comparer
04:43au pays de l'OCDE.
04:44On est parmi les pires en matière de déficit budgétaire.
04:52On dit toujours, oui, mais regarde les États-Unis, regarde le Canada, regarde le Japon.
04:58Oui, sauf qu'eux, ils ont autour de 30% de prélèvement obligatoire.
05:03Donc, leur marge de correction pour faire face à de la dette, parce qu'en fait, tout ça, c'est
05:08de la dette qui va s'accumuler.
05:09Leur marge de correction est considérable.
05:11Nous, on est à 45% de prélèvement obligatoire.
05:15Donc, on a le record des prélèvements obligatoires.
05:17On a quasiment le record de la dépense publique.
05:20Et à la fin, on continue à faire du déficit.
05:23C'est absolument effarant.
05:26Enfin, franchement, il faut qu'on arrête de se dire, ah ben, c'est pas si mal, etc.
05:30Il faut une grande réforme en France.
05:33La moyenne de déficit de l'OCDE, c'est 3%.
05:37On est à 5,1%.
05:39On ne va pas faire la fête.
05:40Mais oui, il y a des éléments...
05:42C'est 3%, on ne va pas faire la fête.
05:44Hélène Beauchamp, je voudrais qu'on revienne sur les dépenses.
05:46Alors, dépenses, c'est quand même 41 milliards d'augmentation des dépenses publiques en 2025.
05:53Vous vous souvenez, après la présentation du budget Bayrou, la version 1,
05:58les hauts cris sur la dureté et la rigueur et l'austérité, parfois même, de ce budget.
06:06Bon, on augmentait la dépense de 40 milliards.
06:08Mais, mais, c'est Jean-Luc Tavernier, l'ancien patron de l'INSEE,
06:12qui le notait sur LinkedIn ce week-end.
06:15Les dépenses primaires.
06:16Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que sont les dépenses primaires ?
06:19Elles, pour la première fois, sont tenues.
06:21Et c'est quand même important, Hélène Beauchamp.
06:23Les dépenses primaires, c'est l'entièreté des dépenses publiques et on enlève le service de la dette.
06:31Et comme aujourd'hui, je pense qu'on en parlait, les taux d'intérêt sont orientés à la hausse.
06:37En fait, ce service de la dette est en train d'augmenter.
06:40Alors, depuis un point très, très bas, puisqu'on avait bénéficié d'une très longue période de baisse de taux.
06:45Donc, on était arrivé à un poids de la charge de la dette dans le PIB qui était vraiment historiquement
06:50bas.
06:50Donc, là, aujourd'hui, ça remonte et ça prend de plus en plus de marge de manœuvre.
06:54Donc, oui, c'est une bonne nouvelle que ces dépenses primaires se soient stabilisées au moins en 2025.
07:00C'est vrai aussi que pour réagir à ce que vous venez de dire, Guillaume,
07:03en absolu, le niveau du déficit budgétaire français, il reste trop élevé.
07:07La manière dont il s'est réduit entre 2024 et 2025 n'est a priori pas la meilleure manière,
07:12enfin, en tout cas, ce que l'on aimerait voir pour réduire le déficit budgétaire français,
07:16vu le poids des prélèvements obligatoires aujourd'hui.
07:21Mais je reviens sur mon idée que, dans le contexte actuel,
07:24vu les tensions qui existent sur les taux d'intérêt,
07:29le fait de faire cette marche d'amélioration sans trop de difficultés,
07:35on va dire en apparence, au niveau macroéconomique, c'est plutôt un bon signe.
07:39Et si ça renforce la crédibilité du gouvernement français dans cette stratégie de consolidation,
07:46si, du côté des marchés financiers, ça permet de faire baisser les taux d'intérêt ?
07:49Alors, peut-être pas de les faire baisser, mais au moins de contenir leur hausse
07:52et de contenir ce fameux spread vis-à-vis de l'Allemagne.
07:55Oui, on est à 3-8.
07:56Non, mais vous avez raison, ça n'a pas le positif.
07:59On laisse le signal.
07:59Non, non, mais vous avez raison.
08:00L'effet, il viendra avec une réforme de fonds, il ne faut pas se raconter l'histoire, il ne faut
08:03pas l'attendre.
08:04Et l'effet, il viendra avec une réforme de fonds, cette réforme de fonds, elle peut être voulue et organisée
08:10démocratiquement en France l'année prochaine,
08:13ou elle peut être imposée par les marchés.
08:16Rex & Code racontait, je crois, que nous allons vers 120 milliards d'intérêts de services de la dette pour
08:222030, contre 60 aujourd'hui.
08:24Donc, ça ferait 60 milliards d'intérêts et de coûts de la dette à horizon 2030, selon Rex & Code.
08:30C'est ce que j'ai entendu ce matin.
08:31Donc, en fait, on est aujourd'hui entraîné dans une spirale, où si on ne redresse pas vite nos puissances,
08:38nos comptes publics,
08:40à raison, et la seule manière, puisqu'on est au taquet en prélèvement obligatoire, la seule manière, c'est de
08:45faire des dépenses.
08:45Donc, ça veut dire quoi ? Une vraie réforme dans les collectivités locales, une vraie réforme administrative,
08:50pouvoir faire plus avec moins cher, une réforme du Code des marchés publics,
08:54qui est une espèce de machine infernale à entretenir la dépense publique.
08:59D'ailleurs, plusieurs choses, par exemple, pour la dépense publique.
09:02Il faut non seulement faire baisser la dépense publique, mais aussi l'orienter vers notre réindustrialisation.
09:07D'ailleurs, il y a des choses que l'on peut imaginer, même en dehors de la dépense publique.
09:11Imaginez, par exemple, c'est une idée qui circule dans les milieux patronaux,
09:15que l'on permette à toutes les entreprises d'avoir un vêtement par an pour les dirigeants et les cadres
09:22qui soient made in France.
09:23Vous imaginez l'appel d'air que ça a pour l'industrie textile française ?
09:29Eh bien, sans un euro de dépense publique.
09:30Mais Léonidas, est-ce que l'industrie textile française a le moindre avenir ?
09:33Oui.
09:34Et la deuxième chose que je voulais dire...
09:36C'est un oui.
09:37Il y a des bas, le bas carbone, le lin.
09:40Juste un autre point.
09:41Un petit peu de bas carbone.
09:43Et catégoriquement, je veux dire, il faut que vous les voyez.
09:47C'est un oui d'autorité, mais alors oui, il va falloir qu'on les voit.
09:49C'est un oui d'une autorité qui est juste appuyée sur la quantité d'entreprises qui travaillent à réussir
09:56cette réindustrialisation du textile en France.
09:59Mais pour ce qui est de l'accompagnement des entreprises face à la crise, à chaque fois qu'il y
10:03a une crise, on demande à chaque de l'État.
10:05Mais on a expérimenté collectivement quelque chose qui marche bien, c'est les prêts garantis par l'État.
10:10On est tous en train de régler nos dernières mensualités de PGE.
10:15Eh bien, il y a une crise peut-être énergétique qui va durer quelques mois ou davantage.
10:20On peut débloquer le système des PGE.
10:21Il a été globalement extrêmement rentable pour tous ceux qui ont participé.
10:26Ça a fonctionné.
10:27Nos entreprises ont traversé cette crise.
10:29On n'a probablement pas besoin des mêmes montants pour faire face à la crise énergétique.
10:33Mais il y a ceux qui ont la trésorerie qui est nécessaire et qui sont capables de supporter le choc
10:39énergétique.
10:39Ceux qui ne l'ont pas peuvent aussi emprunter.
10:41Et ça fait partie de la responsabilisation des acteurs économiques.
10:45Que l'État vienne en garantie, ce n'est pas la même chose que de payer des chèques.
10:48Eh bien, je pense qu'on a là un modèle que l'on n'a pas suffisamment exploré.
10:52Hélène Bouchon, Léonidas Calogéropoulos évoquait une réorientation peut-être de la dépense publique.
10:57L'INSEE rappelle que 60% de la hausse des dépenses l'année dernière, ce sont des dépenses sociales.
11:03Est-ce que c'est tenable au moment où on doit faire face à une explosion de la charge de
11:09la dette ?
11:10Guillaume Poitrinal l'a rappelé.
11:11Et une augmentation renforcée de la loi de programmation militaire ?
11:16Sébastien Lecornu a annoncé en début de semaine dernière 8,5 milliards de crédits supplémentaires pour acheter des munitions.
11:23Moi, ce que j'avais plutôt noté, c'était une forme de rééquilibrage
11:27et qui va plutôt dans le sens attendu de tous les besoins en dépense publique que l'on a.
11:31Et donc, une augmentation importante sur les dépenses régaliennes, le budget de la défense également.
11:39Alors, c'est vrai que les dépenses sociales continuent de progresser relativement vite.
11:43Mais c'est peut-être encore un peu...
11:45Plus vite que la croissance du PIB, c'est ça qui est un peu inquiétant.
11:48Et donc, c'est exactement là-dessus qu'il faut continuer de fournir des efforts qui ont été assez peu
11:53importants jusqu'ici
11:55et pour libérer, une fois encore, de la marge de manœuvre, pour aider à la réindustrialisation de l'économie française.
12:02Parce qu'en fait, ce n'est pas toutes les dépenses qu'il s'agit de réduire.
12:06Et d'ailleurs, on ne parle pas de réduction en absolu.
12:09On parle justement...
12:10Alors, c'est peut-être spécifique à l'économie française, je ne sais pas, mais on parle d'économie budgétaire.
12:14C'est-à-dire, à minima, faire progresser les dépenses publiques moins vite que le PIB.
12:18Ça, c'est la première étape.
12:19On a déjà du mal à le faire.
12:21Vous imaginez ce qui se cache derrière ces circovolutions de vocabulaire ?
12:24Mais tout à fait, parce que ça dépend de la trajectoire de référence.
12:26Mais voilà, en tout cas, c'est déjà un premier effort.
12:28Le tendanciel, comme on dit.
12:29Le tendanciel, exactement.
12:31Et ça permet au moins de commencer à stabiliser le poids des dépenses publiques dans le PIB
12:36avant qu'il ne s'infléchisse.
12:38Et sachant qu'à l'intérieur de cette grande masse des dépenses publiques, effectivement,
12:42elles ne sont pas toutes sur les mêmes trajectoires.
12:46Et il faut faire de la place pour des dépenses qui sont urgentes.
12:50Alors, il y a la charge d'intérêt qui n'est pas à notre main.
12:53Donc ça, c'est subi.
12:54Mais il y a des dépenses sur lesquelles le gouvernement a plutôt la main.
12:58Donc continuer les efforts de réarmement, continuer les efforts de décarbonation,
13:03le soutien à l'industrie autant que faire se peut.
13:06Et par ailleurs, trouver les marges de manœuvre budgétaires
13:09qui permettront de réduire dans l'ensemble le poids des dépenses publiques dans le PIB.
13:14Donc ça se jouera, vraisemblablement, ça continuera de se jouer
13:17sur un certain nombre de dépenses sociales.
13:19Mais les dépenses sociales...
13:20J'ai à l'esprit notamment la réforme des retraites qui a été mise à l'arrêt
13:24et qu'il faut absolument reprendre.
13:26Mais le temps de nos réformes, parce que nos problèmes, nous les connaissons,
13:30nous sommes tellement en lisée dedans qu'on les connaît.
13:32Mais le fait d'avoir unifié les aides sociales,
13:36d'avoir permis d'avoir ce pilotage pour avoir une visibilité
13:41sur l'ensemble des prestations dont bénéficie un ménage,
13:45c'est un des éléments qui permet de faire des économies.
13:48Mais c'est un chantier qui a été ouvert il y a trois ans.
13:50Donc on est en train, péniblement, de voir l'aboutissement.
13:53Mais ça a un impact qui est très important.
13:55Par exemple, dans le travail temporaire,
13:57vous avez des gens qui arrêtent de travailler dans le travail temporaire
14:00quand ils ont atteint 1 100 euros de revenus de leur travail.
14:03Pourquoi ils arrêtent à 1 100 euros ?
14:05Parce qu'à 1 100 euros, ils ont le revenu de leur travail
14:08et ils ne perdent pas le revenu de toutes les prestations sociales.
14:11Et donc c'est un équilibre rationnel d'ailleurs.
14:14– C'est un équilibre, enfin un calcul rationnel,
14:18mais qui est ruineux.
14:20Parce que ce n'est pas qu'il n'y a pas de travail,
14:22c'est qu'ils optimisent le revenu.
14:25Donc ils ne sont pas coupables de cela.
14:27Mais nous devons travailler sur ces calculs et ces données
14:32pour qu'en ayant unifié toutes les aides dont bénéficient un ménage,
14:37nous puissions faire les calculs nécessaires
14:39pour qu'on encourage à travailler davantage
14:41et à aller vers le plein emploi pour chaque ménage
14:43et à ne pas rester bénéficiaire d'aides sociales
14:47qui multipliées par les centaines de millions de bénéficiaires
14:51font les déficits et le fait que ça se creuse.
14:54– Une centaine de millions de bénéficiaires, peut-être pas.
14:56– Une centaine de milliers.
14:57– Oui, des milliers.
14:58– J'ai dit des millions, pardon.
15:00– Ça veut dire que la démographie irait très bien.
15:02– Non, mais en tout cas, c'est le coût qui part en centaines de millions.
15:06C'est le coût qui part en centaines de millions.
15:08Et là, vous avez des éléments de maîtrise
15:09et des éléments de maîtrise qui peuvent avoir véritablement des impacts
15:13pour faire baisser la dépense sociale dans notre pays.
15:15– Non, mais il y a un vrai sujet, en plus d'efficacité,
15:18de cette dépense sociale.
15:19On est tous d'accord là-dessus.
15:20Il y a beaucoup de zones de gabegis
15:22et on pourrait faire, là encore, mieux avec moins.
15:27Avec moins, c'est ça qui est terrible.
15:28On continue à rajouter, on continue à penser, à dire
15:31que le problème de l'hôpital, c'est de rajouter de l'argent.
15:35C'est le problème de l'éducation en France,
15:37c'est de rajouter de l'emploi, plus de profs.
15:39Et en fait, on ne se pose pas les bonnes questions.
15:42Comment est-ce qu'on peut être plus efficace ?
15:43Et ça, c'est une question de process.
15:45Ce n'est pas une question de quantité de moyens.
15:48Et ça, on est quand même très, très loin d'ailleurs.
15:50La deuxième chose, c'est qu'on a deux records, nous, en France.
15:56On a le record de la dépense sociale par habitant.
16:00– Dépense publique au cours.
16:01– De l'Union européenne.
16:02Et puis, on a le record de la consommation d'antidépresseurs.
16:07C'est-à-dire qu'en fait, il y a une vraie question à se poser
16:11sur, est-ce qu'on fait le bonheur des gens
16:13avec tout ce système qu'on estime intouchable ?
16:16Parce que dès qu'on commence à dire,
16:18on dit qu'il y a un consensus en France, etc.
16:21– Et où est le bonheur en face ?
16:24– Oui, plus de dépense publique ne veut pas dire plus de bonheur.
16:26– Ce double record français,
16:30et en effet, nous, on préférait avoir des Français
16:33peut-être un tout petit peu moins soutenus,
16:35sauf les coups durs, mais qui seraient plus à l'emploi,
16:37qui gagneraient plus d'argent,
16:38parce que tout ça, c'est beaucoup de prélèvements sociaux,
16:40c'est beaucoup de familles, on l'a dit tout à l'heure,
16:42pour mettre 2 000 euros, ça coûte 4 000 euros à l'employeur
16:45pour mettre 2 000 euros dans la poche du salarié,
16:48et très vite ensuite, on arrive à 60-70% de prélèvements
16:52au premier euro, ce qui est quand même absolument hallucinant.
16:55Et donc oui, il y a cette réforme à faire.
16:57– Et d'ailleurs, pardon Guillaume Patrénat,
16:59il y a également, parmi les incohérences,
17:03nous avons, au milieu de ce système
17:06qui est supposé être égalitaire et aider tout le monde,
17:10une classe paysanne qui vit de son travail,
17:15qui essaye de vivre de son travail
17:16en n'ayant jamais imaginé un jour
17:19travailler 35 heures par semaine,
17:21parce qu'ils doublent la mise,
17:23et ils n'arrivent pas à vivre de leur travail,
17:26et donc on a aussi, et ce sont des entrepreneurs…
17:29– Non, ce n'est pas du fait de notre système social,
17:30de l'organisation de l'État, Léonidas.
17:32– Pardonnez-moi, il y a, sur des sujets
17:35que l'on peut juger prioritaires,
17:37sur lesquels on pourrait focaliser nos efforts,
17:39il y a des pans entiers de notre économie
17:41qui sont mis de côté,
17:43sur lesquels je pense qu'il y aurait un consensus national
17:46pour accompagner des transitions
17:48et faire en sorte que ces secteurs vivent mieux,
17:51et on a un accompagnement social de gens
17:55qui, effectivement, font des arbitrages pour le social
17:57plutôt que le travail, et je trouve que…
17:59– Il faut entendre l'appel de M. Bolloré
18:00pour les agriculteurs,
18:02c'est tout de même une vraie révolution,
18:06qui raconte…
18:07– On rappelle, rappelez-nous ce que…
18:08– Le coût de l'audiovisuel public,
18:10c'est 4 milliards,
18:12on pourrait donner 1000 euros par mois aux agriculteurs.
18:15– Bon, voilà, c'est…
18:16– Non, mais je veux dire, c'est que ce consensus…
18:19– Je n'appellerais pas à privatiser la concurrence
18:21sur ce plateau, mais je ne pense pas à moi.
18:23– Je ne suis pas sûr que ça marche à cause de subvention,
18:24de l'agriculture française.
18:26– Laisse énormément de malheurs tout autour
18:29et est un consensus principalement fait de crainte
18:32de toucher à quoi que ce soit,
18:34d'où l'importance de prendre les sujets à bras-le-corps
18:36et de ne pas se contenter de la baisse tendancielle,
18:40je ne sais pas, vous avez trouvé un terme,
18:41de craindre de ne pas pouvoir le retrouver.
18:42– Parce que les économies budgétaires,
18:44disons que c'est un point de départ,
18:45il faut bien en commencer par là.
18:46– Un des signes de défiance des Français
18:49vis-à-vis de l'avenir,
18:51c'est ce dont on parle ce matin,
18:52tous ensemble autour de la table,
18:53c'est peut-être aussi l'épargne qui ne cesse de croître
18:56et notamment l'assurance-vie,
18:5820 milliards de collectes,
19:01quasiment 20 milliards au mois de février,
19:03c'est historique.
19:04Hélène Beauchamp, je rappelle que vous êtes
19:07chef économiste adjointe de BNP Paris-Bas,
19:10ça doit faire les affaires de la banque,
19:12tant mieux, mais qu'est-ce qui explique
19:14cette explosion de la collecte,
19:17niveau historique, de l'assurance-vie ?
19:20– Alors je dirais, regard de macroéconomiste,
19:23sans être rentré dans les détails,
19:26possiblement un facteur,
19:27donc épargne de précaution,
19:28dans un environnement d'incertitude,
19:30d'inquiétude,
19:32on place son argent,
19:34on place son argent en assurance-vie,
19:37un effet rendement aussi,
19:38peut-être dans la mesure où on est dans une phase
19:40de remontée des taux d'intérêt,
19:43l'épargne obligataire, on va dire,
19:46rapporte un peu plus d'argent,
19:48et il me semble qu'il y a aussi
19:49une progression des investissements
19:52en unités de coût.
19:53– Absolument.
19:53– Et donc cette idée que,
19:55en tout cas jusqu'à il n'y a pas très longtemps,
19:56les marchés boursiers étaient très bien orientés aussi,
19:59donc essayer de participer aussi
20:01à cette dynamique,
20:02donc une logique de rendement,
20:04une logique d'épargne de précaution,
20:05je vous avoue que je ne sais pas
20:06à quel point elles sont compatibles ou pas,
20:09mais il y a possiblement ces effets-là
20:11qui sont à l'œuvre,
20:12et d'une manière générale aussi,
20:14il y a encore une fiscalité avantageuse
20:17des produits d'assurance-vie,
20:19donc ce mélange de facteurs
20:19– Bien qu'elle ait été durcie
20:20dans le dernier budget.
20:21– Peut-être expliquer cette dynamique-là,
20:24et qui signale aussi en toile de fond
20:29qu'il y a quand même une masse d'épargne
20:31en fait très importante des ménages français,
20:33que l'on aimerait voir se déverser
20:35un petit peu plus dans l'économie,
20:38alors au travers de la consommation
20:39ou de l'investissement résidentiel des ménages,
20:42mais en tout cas cette épargne existe,
20:44et si effectivement elle vient dans l'assurance-vie
20:47ou si on arrive à la réorienter
20:49dans d'autres circuits de financement
20:50également productifs,
20:52bon voilà,
20:52donc il y a une manne financière
20:54qui est non négligeable,
20:55qui signifie aussi…
20:56– On rappelle les montants,
20:57c'est 6 000 milliards de mémoire,
20:596 000 milliards,
20:59l'épargne des Français.
21:01– Qui signifie qu'au global,
21:03les Français dans leur ensemble
21:05ne sont pas si malheureux que ça,
21:07même si on est des grands consommateurs
21:09d'antidépresseurs,
21:10et un niveau de vie qui est plutôt correct,
21:12il y a eu des gains de pouvoir d'achat
21:13qui ont été relativement soutenus
21:16ces dernières années,
21:18et donc là on a le résultat effectivement
21:20de cette accumulation…
21:21– Ça c'est important de le rappeler,
21:22pardon,
21:22mais c'est un discours qu'on n'entend absolument pas,
21:25le pouvoir d'achat a progressé
21:28ces dernières années,
21:30là aussi je reprends des chiffres
21:32d'Éric Ayer qui était sur le plateau
21:33la semaine dernière,
21:34les ménages n'ont jamais été aussi riches
21:37depuis 2019,
21:39en réalité.
21:39– Oui mais la France déclasse quand même
21:41relativement aux autres pays,
21:42donc en PIB par habitant,
21:44il y a ce phénomène
21:47et puis il y a d'autres phénomènes
21:49et notamment en liaison
21:50avec la très faible croissance.
21:52Les Français ont bénéficié
21:53du quoi qu'il en coûte,
21:55il ne faut pas se raconter l'histoire,
21:57ils ont transféré
21:58un peu plus d'épargne d'un côté,
22:01main droite,
22:02un peu plus de dette,
22:03attention la dette de l'État
22:04c'est la dette des Français,
22:06donc il ne faut pas se raconter l'histoire,
22:07il y a eu un petit mouvement
22:09– Et la charge de la dette,
22:10c'est les Français qui vont la payer.
22:11– J'emprunte pour vous
22:12et je vous donne de l'argent
22:13pour favoriser votre consommation,
22:15les chèques, je ne sais pas quoi,
22:16les trucs, les machins trucs, etc.
22:18Bah oui, en effet,
22:19il y a eu du pouvoir d'achat en plus,
22:20mais il y a de la dette en plus derrière
22:21et elle se perd à cash.
22:22Ça, c'est la première chose
22:24que je voulais vous dire.
22:27Mais ensuite,
22:29sur cette histoire d'assurance-vie,
22:31tout le problème,
22:32et Léonidas va dire la même chose,
22:33c'est que ça n'arrive pas
22:34à l'économie productive.
22:35Vous vous rendez compte ?
22:36– C'est à nous,
22:37on est dans un pays
22:40dans lequel,
22:41on est dans un pays dans lequel,
22:42si vous avez un peu d'argent
22:44et que vous financez
22:47la construction
22:47d'un logement étudiant,
22:49d'un logement pour infirmières,
22:50d'un logement pour policiers
22:52dans votre commune,
22:54dans votre truc,
22:54vous êtes quand même
22:55deux à trois fois plus fiscalisés
22:56que si vous mettez l'argent
22:57dans de l'assurance-vie
22:58pour financer le déficit public.
23:01Excusez-moi,
23:02j'ai beaucoup de respect
23:02pour le déficit public,
23:03mais je pense que l'utilité
23:05de financer de la construction
23:07de l'investissement immobilier neuf,
23:09j'entends bas carbone,
23:11est quand même très nettement supérieure
23:13en pouvoir de déclenchement
23:15d'emplois,
23:16de fiscalité aussi,
23:17au passage, etc.
23:18Donc, moi je crois
23:19et je pourrais dire
23:20la même chose
23:21de financement
23:22de nos industries,
23:23on a été obligés
23:24d'inventer la BPI
23:25parce qu'on manque
23:26de fonds d'investissement
23:30pour financer
23:30notre industrie, etc.
23:32Donc oui,
23:32il y a un challenge,
23:33c'est de réorienter
23:34cette immense épargne
23:35et cette immense épargne,
23:36excusez-moi,
23:37dernière,
23:37elle manifeste quand même
23:38l'inquiétude des Français
23:39parce que les Français
23:40savent très bien
23:41que les retraites,
23:42c'est foutu,
23:43en plus après...
23:45Tout comme l'explosion des plans
23:46n'est pas une retraite,
23:47effectivement.
23:47Et donc, évidemment,
23:48ils mettent de côté
23:49pour leur vieux jour,
23:50les Français.
23:50Oui, mais c'est peut-être,
23:52Guillaume Patrénal,
23:52le moment où nous devons
23:53être capables
23:54de proposer aux Français
23:55et on n'a pas besoin
23:56d'attendre l'État
23:57parce qu'à chaque fois
23:57qu'on attend l'État,
23:58véritablement d'abord,
23:59on se trompe en attendant l'État.
24:03Après, on est déçus,
24:04donc n'attendons pas
24:06d'être déçus,
24:06faisons le travail nous-mêmes.
24:08Il y a la nécessité
24:09de mettre en place
24:10les bases d'une retraite
24:11par capitalisation,
24:12ce qui permettra
24:13de prendre cette manne
24:15pour aller la flécher
24:16vers l'industrie
24:17et donc, véritablement,
24:20nous devrions commencer
24:21à poser ces bases-là
24:23et chaque jour,
24:24nous attendons
24:25que l'État
24:26ou la politique le fasse.
24:27C'est un jour de perdu
24:28et un jour que nous perdons
24:29parce que, véritablement,
24:30ça, c'est quelque chose
24:31que nous pouvons faire
24:32sans avoir besoin
24:33d'attendre une élection
24:33parce que, finalement,
24:35ce sont des choix collectifs.
24:36On est totalement capables
24:37de le faire
24:38et peut-être que
24:39si on est capables
24:40de mobiliser
24:41sur des positions défensives
24:44l'ensemble du patronat,
24:45on est peut-être aussi
24:46capables de mobiliser
24:47l'ensemble des forces patronales
24:49et entrepreneuriales
24:50pour vraiment
24:51aller flécher
24:53cette...
24:55Il faudrait appeler ça
24:56assurance vie
24:57tirée retraite
24:58parce qu'il n'y a pas grand-chose
24:59à changer dans le régime de l'assurance vie
25:01pour en faire un instrument
25:02de capitalisation de la retraite.
25:03Pas grand-chose.
25:04Un peu de fiscalité.
25:05On parle d'une augmentation
25:06de la collecte
25:07sur les unités de compte.
25:08Donc, on rappelle,
25:09tout simplement,
25:09en assurance,
25:10vous avez soit de l'obligataire,
25:12là, ça part dans la dette,
25:13notamment la dette française,
25:14bien sûr,
25:15et vous avez des multisupports
25:17ou les unités de compte
25:18où vous avez de l'obligataire
25:19et des actions.
25:20Donc, on est d'accord
25:21que c'est plutôt
25:22une bonne nouvelle
25:23si ça part dans le financement
25:24des entreprises.
25:25Non, mais si ça part
25:26dans le financement
25:26des entreprises,
25:27c'est forcément une bonne nouvelle,
25:28mais globalement,
25:29ce n'est pas suffisamment fléché,
25:30ce n'est pas priorisé,
25:31ce n'est pas, j'allais dire,
25:33il n'y a pas de récit
25:34de la grande aventure
25:36de la réindustrialisation
25:37de notre pays
25:38et je ne sais pas
25:39pourquoi on serait obligé
25:40d'attendre 2027
25:42pour que ce récit
25:43soit véritablement écrit
25:44enthousiasmant.
25:46J'ai la tendance à penser
25:47que c'est lorsque la nation
25:49part devant
25:50que les politiques courent après
25:51et pas l'inverse.
25:52C'est souvent le cas.
25:53Développer aussi une culture
25:54de la prise de risque
25:55dont on pense
25:57qu'elle n'est pas très présente
25:58en France
25:59et pour que les Français,
26:00effectivement,
26:00investissent plus
26:01dans des produits
26:02plus risqués
26:03et moins obligatoires,
26:05jugés moins risqués
26:06et ça participerait aussi
26:08ou ça pourrait être inclus
26:09dans le débat
26:09sur comment introduire
26:11un élément de retraite
26:12par capitalisation,
26:13enfin,
26:13construire quelque chose
26:14qui aurait une cohérence
26:17et ça permettrait aussi
26:18d'avoir une réorientation
26:20de ce potentiel,
26:22de cette manne d'épargne
26:23pour financer plus
26:25tous les secteurs
26:26qui sont en besoin
26:27de financement,
26:27reposer moins sur l'État.
26:29Donc,
26:29il y a quelque chose
26:29d'assez cohérent.
26:30Un grand chiffre.
26:31C'est cette magnifique banque
26:33des entrepreneurs
26:33dont vous êtes issus
26:35et qui est un extraordinaire
26:37accélérateur de notre économie
26:38et je pense que
26:40votre banque
26:41a totalement les moyens
26:42d'être leader
26:43sur un projet
26:43comme celui-là.
26:44Ah ben voilà,
26:44le message est passé,
26:45ce sera le mot de la fin.
26:47Merci beaucoup,
26:47Léonie Dask,
26:48Calogéro-Poulot,
26:49Célène Beauchamp
26:50et Guillaume Patrinal
26:52pour cette émission
26:53passionnante disponible
26:54en podcast et replay.
26:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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