- il y a 21 heures
Ce vendredi 27 mars, François Monnier, directeur de la rédaction d'Investir, et Guillaume Gérino, directeur de la gestion de Carlton Sélection, ont porté leur regard critique sur la performance boursière de Pernod Ricard, qui n'a pas toujours répondu aux attentes de ses investisseurs et qui réfléchit à une fusion avec Brown-Forman, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Vous avez l'habitude de ce rendez-vous, deux acteurs de marché avec ce matin en plateau Guillaume Girineau,
00:05le directeur de la gestion de Carlton Selection et François Monnier, le directeur de la rédaction d'Investir.
00:10Merci messieurs d'être présents.
00:12François, je vais commencer avec vous sur Pernod Ricard, c'est quand même la surprise de la nuit.
00:16Le groupe confirme des discussions avec son concurrent américain, Buon Forman,
00:21c'est le propriétaire de la marque de whisky, Jack Daniels.
00:23Alors l'info est futée hier par Bloomberg, le titre avait fait moins 5, Pernod, et là on est sur
00:28plus 3%.
00:28Comment vous regardez cette opération, sachant que Pernod Ricard n'a cessé de décevoir ses investisseurs,
00:33puisque le titre a quasiment été divisé par 4 depuis ses plus hauts de l'après-Covid ?
00:38Oui, c'est vrai que Pernod Ricard, c'est une longue descente aux enfers.
00:42En 2023, ça valait plus de 210 euros, là on est à 60 euros, donc ça a perdu 70%.
00:49On a d'abord une défiance vis-à-vis de la stratégie opérationnelle.
00:54On était dans une logique de dire, on va augmenter les prix, on va aller sur du premium,
00:59et finalement on a vu que la hausse des prix a généré plutôt une baisse des volumes.
01:04Et donc il y a une impasse opérationnelle.
01:07Cette impasse opérationnelle pose des questions sur le maintien du dividende,
01:10sur la solidité du bilan,
01:12et surtout quand est-ce qu'il y aurait à nouveau un retour à la croissance des volumes
01:17ou un changement de stratégie opérationnelle.
01:19Et là, Alexandre Ricard, la direction, propose plutôt une fuite en avant,
01:25c'est-à-dire de dire, on va doubler quasiment de taille,
01:28on va fusionner un mariage entre égaux éventuellement avec l'Américain.
01:35Et ça, bien sûr, ça inquiète les investisseurs,
01:36parce qu'il faut voir aussi que cet Américain, il est mieux valorisé que Pernod Ricard.
01:40Pernod Ricard, ça avait des multiples historiques de plus de 20 fois les bénéfices.
01:44Là, on est tombé à 10 fois les bénéfices du fait de la défiance vis-à-vis de la stratégie
01:49et d'une panne de croissance qui nuit à la rentabilité.
01:52Et vous avez un acteur américain qui est aussi en décroissance,
01:56qui rencontre aussi des problèmes.
01:57Donc vous avez deux sociétés, deux actifs qui sont en difficulté,
02:01mais l'Américain a une valorisation 50% supérieure.
02:04Ils ont des PER, ratios courts sur bénéfice, de 15 fois quand le français est à 10 fois.
02:08Et donc, résultat, pour les investisseurs, le match, il est fait d'avance.
02:13Vous avez eu l'Américain qui a gagné hier dans la nuit 10%
02:17et vous avez le français qui a perdu 6%.
02:20Et qui reprend 3 ce matin.
02:21Et qui reprend 3 ce matin, mais si on somme les deux séances,
02:26vous êtes en baisse.
02:27Si vous regardez depuis le début de l'année, vous êtes en baisse.
02:28Si vous regardez depuis un an, vous êtes en baisse.
02:30Si vous regardez depuis 3 ans, vous êtes aussi en baisse.
02:31Le problème de Pernod Ricard, c'est la dette également.
02:33On a une dette, c'est 3, 5, quasiment 4 fois l'habituer.
02:36Il y a une dette.
02:36Et surtout, ça prend au dépourvu des investisseurs,
02:38parce que les investisseurs pensaient qu'il y aurait plutôt un recentrage,
02:42comme l'a fait Diageo.
02:43Diageo rencontre aussi une difficulté.
02:45Il y a une difficulté dans le monde des spiritueux.
02:49Mais Diageo s'est plutôt dit,
02:51on va se recentrer sur nos marques fortes,
02:53sur nos produits phares.
02:55Et c'est comme ça qu'on va pouvoir traverser la crise.
02:57Et là, vous avez une stratégie totalement opposée,
03:00qui est de dire, non, on va faire une course à la taille.
03:03Il faut être très, très gros.
03:04Il faut être puissant.
03:05Il faut être présent partout, et notamment aux Etats-Unis.
03:09Et pour l'instant, il y a plutôt une méfiance des investisseurs.
03:11Et donc, il va falloir éclaircir tout ça,
03:14rassurer sur le dividende,
03:15parce que finalement, quand vous achetez du Pernod Ricard,
03:17il n'y a plus que le dividende qui vous protège,
03:19puisque vous ne voyez pas vraiment les perspectives
03:21de redressement à court terme de la croissance.
03:24Et donc, si vous mettez en danger le dividende,
03:26eh bien là, bien sûr, il y aura encore des dégâts.
03:29Et ce qu'on voit, c'est que tous les analystes
03:31sont en train de revoir à la baisse leurs objectifs de cours.
03:33On a Deutsche Bank qui a enlevé 9 euros.
03:35On a Odo qui a réduit de 20% son objectif de cours.
03:38Donc, il y a une méfiance.
03:40La direction va devoir mieux communiquer
03:42et surtout rassurer, trouver les mots.
03:45Et pas que des mots, il faut aussi des chiffres en face
03:46pour rassurer la communauté financière.
03:48En tout cas, les entreprises discutent.
03:50Le marché des fusions et acquisitions n'est pas au point mort.
03:52On se souvient, Guillaume Girineau,
03:53qu'en début de semaine, c'était l'Espagnol Putsch
03:55qui discutait avec l'Américain Estée Lauder.
03:57Là, c'est Pernod Ricard avec la maison mère
04:00de Jack Daniels, Buenforman.
04:03C'est une bonne nouvelle quand même.
04:04Malgré les incertitudes et l'Iran
04:05et tout le bruit qu'il peut y avoir,
04:07on a quand même une activité émenée.
04:10Il y a quand même une forte activité émenée,
04:12ça c'est sûr.
04:12Et c'est plutôt une bonne chose, c'est bon signe.
04:14Ça veut dire que le marché se reforme un petit peu,
04:17qu'il y a toujours des opportunités,
04:19que les sociétés cherchent aussi des relais de croissance
04:22avec d'autres partenaires.
04:24Et pour revenir sur Pernod Ricard,
04:25c'est vrai, ce que François disait est totalement vrai.
04:29C'est aussi, il y a un facteur qui est négatif,
04:31c'est que ça fait partie de la conso discrétionnaire,
04:33de la conso cyclique qui est en train de souffrir.
04:34Donc il y a du flux passif qui est en train de se retirer.
04:38Donc forcément, là, c'est un frein encore plus
04:41pour ce type de valeur.
04:43Un euro qui était très fort,
04:44donc qui a impacté négativement les résultats,
04:46ça va de mieux en mieux puisque l'euro est en train
04:48de s'affaiblir face au dollar.
04:50Et une consommation chinoise qui était très importante
04:52pour la société.
04:53Donc comme François le disait,
04:55c'est vrai que là, il y a beaucoup de mauvaises nouvelles
04:56qui sont dans les cours, qui sont pricées.
04:58Et peut-être que si on a un regain de la conso cyclique
05:02et de la conso discrétionnaire,
05:03surtout si le conflit en Iran s'atténue,
05:06alors dans ce cas-là, c'est ce type de valeur
05:07qui pourra en profiter.
05:08En attendant, ça reste compliqué,
05:10que ce soit pour Pernod Ricard, pour Amy Cointreau,
05:12pour Bonne Forman, pour Diageo.
05:13C'est vrai que c'est une industrie qui, aujourd'hui,
05:16est un petit peu, pas dans une impasse,
05:18mais qui a du mal à voir le bout du tunnel.
05:20Le CAC 40, c'est donc 0,3%.
05:22On était à moins 1 hier soir à la clôture.
05:24Le Nasdaq a perdu 2% hier soir.
05:27Avec François Monnier, un marché qui vient un petit peu
05:29au rythme des déclarations de Donald Trump.
05:31Ça fait quasiment un mois que c'est le cas
05:33sur ce conflit en Iran.
05:34Et aujourd'hui, c'est vrai que c'est quand même compliqué,
05:37à court terme, d'essayer de voir le bout de ce conflit.
05:40Oui, absolument.
05:41On a quasiment 4 semaines de guerre
05:44et on a eu, là, 3 ultimatums en moins d'une semaine.
05:48Un ultimatum de dire,
05:50si on n'arrive pas à cesser le feu,
05:53au bout de 2 jours,
05:54eh bien, on bombarde les infrastructures électriques.
05:57Puis un ultimatum qui est passé de 2 jours à 5 jours.
06:00Et là, maintenant, dernier ultimatum
06:01lié aux déclarations de Donald Trump cette nuit,
06:04on passe à 9 jours d'ultimatum
06:06jusqu'au 6 avril, 20h, heure de Washington.
06:09Donc, évidemment, ça nourrit des scénarios
06:12et on essaie de naviguer à vue,
06:15même si on est rassuré par les statistiques
06:17depuis la Seconde Guerre mondiale.
06:19On le sait qu'un choc géopolitique,
06:21ça coûte au marché à peu près 7 à 8 % de baisse.
06:26Les 7 à 8 %, on les a eus pas tout à fait aux États-Unis.
06:31On les a légèrement dépassés en Europe.
06:33Donc, on est sur un territoire plutôt connu,
06:35mais il reste quand même beaucoup d'inconnus
06:38parce que Donald Trump, c'est l'art du deal.
06:41On l'a vu avec l'OTAN,
06:43il a tordu le bras aux membres de l'OTAN
06:46pour qu'ils augmentent leurs dépenses.
06:48On l'a vu avec les tarifs douaniers.
06:51Mais là, il n'est pas vraiment tout seul à négocier.
06:53Il faut que se mène d'accord avec Israël d'un côté
06:55et avec l'Iran de l'autre.
06:57Donc, ce n'est pas parce que lui, il veut la paix
06:58que les autres, même s'ils y ont intérêt également,
07:02acceptent rapidement.
07:03Donc, ça crée de l'incertitude, ça crée de la volatilité.
07:06Et donc, on navigue un petit peu à vue
07:08et on essaie d'établir des scénarios.
07:10Des scénarios.
07:10Justement, quels sont les scénarios
07:11de Carleton de sélection, Guillaume Gérino,
07:13après une baisse de 9 % du CAC 40,
07:16quasiment la même chose de l'Eurostock 50
07:18depuis le début du mois ?
07:19Alors, il y a deux scénarios principaux.
07:21Le premier, c'est résolution du conflit
07:22dans le timing de la Maison Blanche,
07:24c'est-à-dire 4 à 6 semaines.
07:25Comme vous le disiez, Étienne,
07:27on est dans la quatrième semaine à partir de lundi.
07:29Donc là, on rentre vraiment dans le timing.
07:30Il faut que ça s'arrête d'ici deux semaines.
07:32Ça, c'est le premier scénario.
07:33Le deuxième scénario, c'est un enlisement
07:35et une aggravation du conflit.
07:36Le premier scénario, nous, on le price à peu près à 90 %.
07:40On pense que c'est le scénario principal
07:41dans lequel le marché obligataire américain
07:44rappelle Trump à l'ordre,
07:45comme ça a été le cas l'année dernière
07:47dans le Liberation Day,
07:48comme ça a été le cas aussi en début de semaine, lundi,
07:52quand le 10 ans est passé à 4,50.
07:54Donc, on pense qu'il y a beaucoup de paramètres
07:56de marché qui vont rappeler Trump
07:58à la table des négociations avec l'Iran
08:00et qui va le forcer à trouver un accord.
08:02Donc, l'accord le plus probable, nous pensons,
08:05c'est que les États-Unis récupèrent l'uranium
08:07et qu'ils disent OK
08:08pour toutes les autres demandes iraniennes,
08:11dont la reconstruction du détroit d'Hormuz,
08:14qui se fera sûrement via des taxes sur les bateaux.
08:17Donc là, ce serait à peu près 2 millions par bateau.
08:19Nous, on a calculé, ça fait 2 millions par bateau,
08:22ça ferait un baril qui monte de 1 dollar,
08:24sachant que c'est 20%,
08:25parce que ce serait pris sur le prix du baril,
08:28ça ferait 1 dollar de plus par baril,
08:31c'est 20% du trafic mondial.
08:33Donc, sur le marché mondial,
08:35cet impact de la reconstruction des détruits d'Hormuz,
08:37c'est 20 cents.
08:38Donc, ce ne serait pas énorme pour le marché à absorber.
08:42En plus de ça, on aurait un flux qui repart,
08:44donc un pétrole qui rebaisse,
08:47des taux qui rebassent
08:48et des actions qui remontent.
08:49Nous, on pense que sur les deux prochaines semaines,
08:51le conflit devrait se résoudre
08:53et que là, on va repasser en mode risk-on
08:55et que le marché va reprendre.
08:56Dans le cas où on n'aurait pas de résolution,
08:59les 10% de chances qu'on n'ait pas de résolution de conflit,
09:02là, c'est un scénario totalement différent.
09:04On aurait des taux obligataires qui continueraient de monter,
09:07surtout le marché aux US et en Europe,
09:09surtout en Europe,
09:10puisqu'on est plus dépendant de l'énergie et du pétrole
09:13du Moyen-Orient que ne le sont les États-Unis,
09:15qui sont quasiment autodépendants,
09:16et des actions qui continueraient de baisser
09:18puisque forcément,
09:19des anticipations de croissance qui rebassent,
09:21des coûts des intrants qui sont plus élevés.
09:24Donc, ça, ce serait mauvais pour les actions.
09:25Mais ce scénario-là,
09:26on pense qu'il est à 10%
09:27puisque personne n'a vraiment intérêt
09:29à ce que le conflit dure.
09:30L'Iran n'a pas intérêt,
09:32les États-Unis n'ont pas intérêt,
09:33la Chine non plus,
09:34les pays du Golfe non plus.
09:35Et aujourd'hui, on voit qu'il y a vraiment
09:37une possibilité de victoire militaire
09:39des États-Unis sur l'Iran
09:40et d'une victoire aussi un petit peu diplomatique
09:42de l'Iran sur le reste du monde
09:45puisqu'ils ont quand même réussi
09:46à tenir face à Israël
09:47et face aux États-Unis.
09:49Et même si le régime,
09:50les têtes de régime ont été coupées,
09:52le régime, je pense,
09:53peut rester quand même en place
09:54pendant quelques temps.
09:55Le baril de pétrole continue
09:56de grimper ce matin.
09:57110 dollars pour le Brent,
09:58plus 80% depuis le début de l'année,
10:01à voir l'impact sur les entreprises.
10:02C'est la fin du trimestre,
10:03la semaine prochaine.
10:04Les premiers résultats trimestriels
10:05vont commencer à être publiés
10:09d'ici une quinzaine de jours.
10:10Comment vous arbitrez
10:11les portefeuilles aujourd'hui ?
10:12Alors déjà, si on regarde
10:14sur le pétrole,
10:15c'est le spot qui bouge beaucoup.
10:17Mais si on regarde les forward 3-5 ans,
10:18ça n'a quasiment pas bougé.
10:19Donc ça veut dire que le marché
10:20sait qu'on n'aura pas un pétrole
10:22plus haut durablement.
10:24Donc pour un investisseur action
10:25ou un investisseur obligataire,
10:27qu'est-ce que ça veut dire ?
10:27C'est-à-dire que les conditions
10:28n'ont pas changé.
10:29Et donc que le creux
10:31qu'on est en train de vivre
10:31est temporaire.
10:32Donc nous, on est plutôt
10:33à rajouter de l'exposition action,
10:36notamment américaine,
10:37puisqu'on pense que c'est là
10:38où la baisse est la moins justifiée
10:39par rapport à l'Europe.
10:41Rajouter de l'exposition américaine
10:42sur les actions
10:43pendant ces phases de baisse,
10:44même s'il y a plus de volatilité
10:46à court terme
10:46et que ça peut faire
10:47un petit peu bouger
10:48les portefeuilles,
10:49on pense que c'est des points d'entrée
10:50qui sont extrêmement intéressants
10:51sur un horizon de placement
10:52de 6 mois, 8 mois, 1 an.
10:54Et sur l'obligataire,
10:56alors là, c'est presque un fricol
10:58parce que là, vous avez
10:593 hausses et demi de taux
11:00qui sont pricés en zone euro.
11:02Une demi-hausse aux Etats-Unis.
11:04Et nous, on pense qu'on n'aura
11:05absolument pas
11:06ces 3 hausses et demi en zone euro.
11:08On est plutôt à penser
11:09qu'il n'y aura pas de hausse
11:10en zone euro
11:12et aux Etats-Unis,
11:13qu'il y aura des baisses.
11:13En tout cas, le marché obligataire,
11:14lui, on est beaucoup moins convaincu.
11:16Le 10 ans français,
11:16ce matin, à 3,86.
11:17Donc, on revient quand même
11:18sur des plus hauts de 2009.
11:20Ça vous inquiète, François Monnier,
11:21quand vous voyez ces taux longs
11:24revenir sur des plus hauts,
11:25pas de 20 ans,
11:26mais en tout cas de plus de 15 ans ?
11:28Bien sûr, ça inquiète.
11:29Ça inquiète pour deux raisons.
11:30La première, c'est inquiétant
11:32parce que ça veut dire
11:32que le discours de la Banque Centrale Européenne
11:34n'a pas fonctionné,
11:35alors qu'ils ont plutôt
11:36tapé du poing sur la table
11:37en disant, attention,
11:38on est prêt à augmenter les taux,
11:39à durcir les taux à court terme.
11:41Donc, généralement,
11:41si ce discours-là
11:42avait été efficace,
11:44avait été rassurant,
11:45eh bien, on aurait dû se dire,
11:47finalement,
11:48si la Banque Centrale
11:48est prête à durcir le ton,
11:50ça va calmer l'inflation
11:52et donc, on aurait dû avoir
11:53les taux à long terme qui baissent.
11:54Et c'est l'inverse,
11:55notamment depuis hier.
11:56Exactement.
11:56Ça veut dire qu'on accorde
11:57une prime de risque.
11:58Ça veut dire qu'on pense
11:59peut-être que le traitement
12:01proposé par Christine Lagarde
12:02n'est pas forcément le bon.
12:03Et donc, ça, bien sûr,
12:04ça rentre dans une zone d'incertitude.
12:06Et donc, la hausse des taux longs,
12:07ça veut dire quoi ?
12:08Ça veut dire plus de charges financières
12:09pour les États.
12:10Et ça, ce scénario-là,
12:11il est pris quand même
12:12relativement au sérieux
12:13parce qu'il y a quand même
12:13quelque chose d'assez intéressant
12:15depuis l'ouverture de ce conflit.
12:17c'est que ce conflit
12:18ne ressemble pas vraiment
12:18à la guerre en Ukraine.
12:19Souvenez-vous,
12:20les clachements de la guerre en Ukraine
12:21février 2022,
12:22eh bien, tous les groupes
12:23de défense, d'armement
12:25ont fortement monté en bourse.
12:26Et là, qu'est-ce qu'on voit
12:27depuis le début de ce conflit ?
12:29Les groupes d'armement
12:30baissent en bourse.
12:31Alors qu'on consomme
12:33des munitions, des drones,
12:34les avions comme jamais,
12:36des bateaux, etc.,
12:37on a une baisse.
12:37Comment on peut l'expliquer ?
12:39Eh bien, on l'explique
12:40de la façon suivante,
12:41c'est que ces charges financières
12:42qui progressent,
12:43ce taux à 10 ans qui monte,
12:44eh bien, ça va empêcher les États
12:46à financer des programmes
12:48de réarmement,
12:49à tenir leurs objectifs
12:50sur l'OTAN en 2030,
12:52voire au-delà.
12:53Et donc, finalement,
12:54on se dit,
12:54il n'y aura pas forcément
12:56la puissance financière
12:58pour alimenter les besoins
12:59d'armement.
13:00Et c'est, concrètement,
13:03ça se passe par des prises
13:04de bénéfices sur les groupes
13:05d'armement.
13:06Et ça, c'est un phénomène
13:06qui est nouveau.
13:07Et ça, c'est aussi un message
13:09qu'envoie le marché,
13:10qui est toujours dans l'anticipation.
13:12C'est-à-dire qu'il a très largement
13:13attention au taux à 10 ans.
13:15Absolument.
13:16Et on le voit au taux à 10 ans
13:17en français, allemand, américain,
13:19enfin, partout.
13:20Mais cette guerre,
13:20elle est plus récessionniste
13:22qu'inflationniste.
13:23Parce que le problème,
13:25c'est sur l'inflation,
13:26c'est l'inflation corps.
13:27Là, c'est de l'inflation
13:28qui est externe,
13:29qui est...
13:29C'est un phénomène exogène.
13:31Donc, on ne prend pas
13:32de décision monétaire
13:33sur des phénomènes exogènes
13:34avant qu'il y ait
13:35des effets de second tour.
13:36Mais les effets de second tour,
13:37ils se font sur quoi ?
13:37Sur les boucles prix-salaire.
13:38Pour l'instant,
13:39les salaires sont en décélération
13:40en zone euro.
13:41Prix-profit,
13:42et pareil,
13:43les profits,
13:44comme on l'a vu,
13:45avec une croissance qui ralentit,
13:46ne vont pas forcément
13:47être extrêmement bons
13:48en zone euro.
13:49Et sur les États-Unis,
13:51là, la Fed,
13:51elle est coincée
13:52entre deux choses.
13:52Entre une inflation
13:53qui remonte,
13:54sachant que,
13:55comme on l'a dit,
13:57les États-Unis
13:57sont moins dépendants
13:58du pétrole du Moyen-Orient
14:01que la zone euro
14:01ou que l'Asie,
14:02par exemple.
14:03Mais par contre,
14:04ils ont un vrai problème
14:04au niveau du marché de l'emploi.
14:06Il y a des révisions
14:07de l'emploi
14:07qui sont extrêmement mauvaises.
14:09La durée moyenne du chômage,
14:10c'est 25 semaines,
14:11c'est plus haut depuis 4 ans.
14:13Et donc là,
14:13eux,
14:13ils se sont vraiment pris en étau
14:14entre une inflation
14:16qui remonte temporairement
14:17et qui,
14:17pour l'instant,
14:18est de l'inflation exogène
14:19et n'est pas de l'inflation corps,
14:21donc collante,
14:22on va dire,
14:22qui peut perdurer,
14:24et un marché de l'emploi
14:25qui ralentit fortement.
14:26C'est pour ça que nous,
14:26on ne voit pas
14:27de hausse de taux massive.
14:28En attendant,
14:29les indices américains
14:30tiennent très bien.
14:31Alors certes,
14:31le Nasdaq a perdu 2 % hier,
14:33mais c'est surtout
14:33à cause de Metal
14:34qui a perdu 7 %
14:35à la clôture.
14:37Vous conseillez quoi
14:37aujourd'hui
14:39dans votre automadaire
14:40investir François Meunier ?
14:42Nous,
14:42ce qu'on pense,
14:43c'est que dans une période
14:44de conflit,
14:44de stress comme ça,
14:45il faut éviter d'abord
14:46le maximum d'arbitrage
14:47parce que c'est souvent
14:48dans ces moments-là
14:48qu'on fait le plus d'erreurs.
14:51Ça,
14:51c'est le premier point.
14:51Le deuxième conseil
14:54qu'on donne,
14:54c'est de ne pas rajouter
14:55du risque au risque.
14:56Autrement dit,
14:57là,
14:57on est dans un conflit
14:58avec une visibilité
15:00qui reste faible
15:00même si on pense
15:01que le pire
15:02n'est pas certain
15:03loin de là.
15:04Mais on a quand même
15:05nous réduit
15:06la poche banque,
15:08la poche financière
15:09parce qu'au-delà
15:10de cette crise
15:11liée
15:13au choc énergétique,
15:14on a quand même
15:15un vrai sujet
15:15sur les dettes
15:17des entreprises privées,
15:19les fonds de dette privées,
15:20le crédit privé.
15:21Il y a eu quand même
15:22beaucoup de signaux
15:23d'alerte
15:23sur des fonds
15:24qui n'arrivent pas
15:25à rendre l'argent
15:26aux épargnants,
15:26etc.
15:27Et ça,
15:28on le sait,
15:28les banques
15:29ont prêté à ces fonds
15:30pour financer
15:32ces entreprises
15:32qui sont en difficulté.
15:33Si on a moins de croissance,
15:35parce que nous,
15:35on ne croit pas non plus
15:37comme Guillaume
15:37à un choc
15:38vraiment inflationniste,
15:39une inflation
15:40de deuxième tour,
15:42etc.
15:42En revanche,
15:43ça peut avoir un impact
15:43sur la croissance,
15:44donc c'est plutôt
15:45un phénomène
15:46de ralentissement,
15:47voire pas forcément récessif,
15:49mais la croissance
15:50est déjà molle,
15:51elle peut être encore
15:51plus molle,
15:52et donc ça veut dire
15:53plus de risques
15:54de défaillance
15:54aux entreprises,
15:55et donc le crédit
15:56privé va être
15:59très challengé,
15:59si vous me permettez
16:00l'expression,
16:00et ça,
16:01il faut réduire
16:01les financières,
16:02je pense,
16:02aujourd'hui.
16:03Et les industries ?
16:05Là, pour moi,
16:06le meilleur conseil
16:07à donner,
16:07c'est d'acheter
16:08du Technip Energy.
16:09Technip Energy,
16:09c'est un acteur
16:10qui travaille beaucoup
16:11avec le Qatar,
16:11c'est un acteur
16:12qui aide les pays,
16:14les États,
16:14les entreprises
16:15à installer
16:15des infrastructures
16:16énergétiques,
16:17et on sait
16:17qu'il y a des entreprises,
16:19des infrastructures
16:19énergétiques
16:20qui ont été bombardées,
16:20qui ont été attaquées,
16:21et donc il va falloir
16:22reconstruire,
16:22et donc on a
16:23des entreprises
16:24qui ont des bilans
16:25extrêmement sains
16:26et des beaux projets,
16:28des beaux carnets
16:29de commandes
16:29et, bien sûr,
16:30de nouvelles commandes
16:32à attendre.
16:32Le mot de la fin,
16:33Guillaume Gérineau,
16:34les secteurs,
16:34les valeurs que vous aimez
16:35bien en ce moment
16:35en portefeuille ?
16:36Alors,
16:37sur les secteurs,
16:37dans le cadre justement
16:38du premier scénario
16:39qui est le scénario central
16:40d'une résolution du conflit,
16:42je pense qu'il faut être sur,
16:43enfin nous pensons
16:43qu'il faut être sur
16:45de la console discrétionnaire
16:46qui a extrêmement souffert,
16:47sur de la technologie
16:49qui là aussi a souffert,
16:50alors qu'en réalité
16:51les fondamentaux restent
16:52extrêmement bons,
16:53ça c'était plutôt
16:54des phénomènes de concentration
16:55encore une fois
16:56dû aux flux passifs
16:57qui sortaient
16:57et aux couvertures
16:58de la plupart des hedge funds
16:59et là où on est
17:02un petit peu en désaccord,
17:04c'est plutôt sur les financières
17:05puisque nous,
17:05on voit une pontification
17:07de la courbe des taux
17:07avec des taux courts
17:08qui rebaissent rapidement,
17:10donc un effet mécanique positif
17:12sur les bancaires,
17:13surtout en Europe,
17:15par contre,
17:15on rejoint totalement
17:16ce que disait François
17:17sur le crédit privé,
17:18nous on n'est absolument pas
17:19ni sur le crédit privé
17:20ni sur le private equity,
17:21on reste sur des titres
17:23et des valeurs
17:24qui sont extrêmement liquides,
17:26donc pour jouer un rebond
17:28sur les actions,
17:29on serait sur de la console
17:30discrétionnaire,
17:30sur des financières
17:31et sur de la tech
17:32et sur l'obligataire,
17:33on resterait
17:34et on reste
17:35sur de l'investment grade
17:36plutôt court terme,
17:370,3 ans senior.
17:39Merci à tous les deux.
17:40Nous a raccompagné ce matin
17:41Guillaume Chérineau,
17:42le directeur de la gestion
17:42du Carleton Sélection
17:43et François Monnier,
17:44le directeur de la rédaction
17:45d'Investir.
17:46Merci à tous les deux.
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