00:01À 9h07, on va rejoindre Christopher Dembic qui nous attend depuis Pictet Asset Management,
00:06conseiller en stratégie d'investissement. Bonjour Christopher, merci de nous consacrer
00:10quelques minutes ce matin pour parler de l'emploi aux Etats-Unis. Dans un instant,
00:14nous reviendrons sur les inscriptions hebdomadaires au chômage qui ont été publiées hier,
00:17mais surtout sur les nombreux records qui sont touchés en ce moment sur le marché action,
00:22avec un S&P 500 qui est sur des plus hauts, au-delà des 7000 points,
00:25quand le Nasdaq a touché hier un nouveau record également, 12e séance dans le vert.
00:31Il faut revenir à 2009, Christopher Dembic, pour voir 12 séances dans le vert consécutives à Wall Street.
00:37Ça y est, c'est déjà le retour du FOMO, la peur de louper la hausse en quelque sorte.
00:42Complètement. Bonjour Etienne. C'est vraiment ce scénario-là qui se manque là.
00:45On s'en doutait à un certain stade, c'est-à-dire que le conflit au Moyen-Orient,
00:49même s'il va avoir des répercussions économiques qui vont durer pendant plusieurs mois,
00:52à un trimestre, que le marché allait passer rapidement à autre chose,
00:55une fois que l'intensité de la guerre était derrière nous.
00:58Et c'est ce qu'on constate. Alors bien évidemment, le calendrier joue.
01:01Vous l'avez déjà évoqué en introduction plusieurs résultats d'entreprise.
01:03Donc ça, ça joue énormément.
01:05Peut-être que l'enseignement qu'on peut tirer, c'est qu'après la période un peu de panique qu
01:09'il y a eu,
01:10on voit que quasiment tous les indices, et aussi bien du côté américain,
01:13qui a été quand même plutôt résilient dans la durée du conflit,
01:16mais même des indices qui avaient beaucoup plus souffert.
01:18Si on regarde par exemple le COSPI, qui est l'indice sud-coréen,
01:22on a une hausse depuis le début du mois d'avril d'à peu près 22%.
01:25Alors bien sûr, à chaque fois, ça s'explique par la composition de l'indice.
01:29Par exemple, du côté de l'indice sud-coréen, vous avez beaucoup de semi-conducteurs
01:32qui ont plutôt très bien profité du contexte actuel,
01:35avec des ventes qui restent toujours en hausse, donc bien orientées.
01:38Mais le message qu'on peut mettre en avant,
01:40et c'est un message d'ailleurs qu'on mettait en avant au début du conflit,
01:43c'est-à-dire que les marchés surréagissent, puis par la suite, finalement,
01:47ils ont tendance quand même à atténuer l'effet de ces conflits géopolitiques,
01:50même si les répercussions économiques peuvent perdurer,
01:53et on est exactement dans ce scénario.
01:55Alors certes, certaines entreprises peuvent être encore prudentes
01:57et imputer des mauvais résultats au conflit,
02:00le secteur du luxe l'a fait notamment,
02:03mais globalement, effectivement, on est orienté dans une autre fenêtre.
02:06Il y a peut-être, dernier point, un élément aussi qui a beaucoup joué,
02:09c'est qu'au tout début du conflit,
02:11vous aviez cette tendance à considérer que l'inflation allait rebondir très durablement,
02:15que les banques centrales allaient augmenter le loyer de l'argent.
02:18La réalité, c'est que tout ça s'est un peu retombé, heureusement d'ailleurs,
02:22et quand on regarde le consensus Bloomberg,
02:24en termes d'anticipation de l'inflation,
02:26c'est tout simplement une inflation qui va être transitoire,
02:28avec probablement des banques centrales qui n'ont pas su réagir,
02:31d'ailleurs du côté de la Fed,
02:33et même d'ailleurs un loyer de l'argent,
02:35si on regarde un indicateur de référence sur le marché du crédit à court terme aux États-Unis,
02:40qui s'appelle le SOFR,
02:41vous avez atteint, il y a quelques jours de cela, un point bas depuis 2022.
02:45C'est une bonne nouvelle,
02:46ça veut dire que les conditions financières restent en tout cas très bonnes.
02:49Donc il y a quand même un contexte qui est favorable, malgré tout,
02:52pour une hausse durable des marchés actions.
02:54Quand vous échangez avec vos clients, Christopher Dembic,
02:57comment aujourd'hui les conseiller, les guider face à un tel rallye,
03:02parce que c'est vrai que là, ça fait quand même 12 jours que le Nasdaq est dans le vert,
03:05mais il ne va pas enchaîner comme ça à 20 ou 30 séances,
03:07il y aura bien une pause à un moment ou à un autre.
03:09Et puis surtout, aujourd'hui, comment arbitrer son portefeuille
03:13face à des marchés qui ont totalement changé de paradigme ?
03:15En début d'année, c'était, il faut allouer son capital sur l'Europe, sur l'Asie,
03:19faire plutôt une pause sur les US,
03:21et puis là, depuis 15 jours, 3 semaines, c'est un retournement total de la situation.
03:25Alors je pense que d'une certaine manière, j'avais un peu de chance,
03:28sur une grande partie de ma clientèle,
03:29ils avaient effectivement réduit leur position,
03:31et c'est ce qu'on avait mis en avant en début d'année,
03:33sur les États-Unis, mais pour être très transparent,
03:37réduire les expositions, ça veut dire qu'on restait malgré tout
03:39quasiment à 60% en moyenne dans leur portefeuille sur des actions américaines.
03:43Donc vous savez qu'on partait de très très haut,
03:45donc ils bénéficient largement du rallye actuel,
03:48et même de la résilience pendant le conflit.
03:51Beaucoup ont été opportunistes en gardant du cash,
03:53un peu plus que d'habitude au tout début du conflit,
03:56ce qui leur a permis pour certains de faire des belles opérations.
03:58J'ai un client institutionnel, une grande mutuelle, notamment française,
04:02qui a décidé d'aller sur les valeurs des logiciels,
04:06qui a été énormément sanctionné en tout début d'année,
04:08et finalement qui a fait une belle opération pendant le conflit.
04:11Donc garder du cash pour saisir quelques opportunités.
04:15Mais peut-être ce qui est assez frappant,
04:16c'est que j'ai l'impression sur, en tout cas,
04:19essentiellement sur la clientèle institutionnelle,
04:21beaucoup ont tellement eu à gérer ces dernières années du risque géopolitique,
04:25que peu ont paniqué,
04:26et beaucoup se sont dit « c'est temporaire,
04:28on fait le dos rond au grand maximum,
04:30et on ne change pas diamétralement nos visions,
04:33nos vues de marché qui étaient présentes, par exemple,
04:35en janvier ou tout début février. »
04:38Et jusqu'à présent, je pense qu'ils ont assez raison,
04:40et c'est un peu la démarche aussi que j'aurais.
04:42D'autant plus que pour l'instant, il n'y a pas d'étincelle
04:45qui vient arrêter cette hausse juste spectaculaire.
04:49Pour rappel, quand même, le Nasdaq gagne 16% en ligne droite
04:51depuis la fin du mois de mars.
04:52Même l'emploi, hier, est resté résilient aux États-Unis,
04:56avec des inscriptions hebdomadaires qui sont restées stables.
04:59On avait eu le coup de choc un peu du mois de février,
05:03avec un rapport sur l'emploi qui était mauvais,
05:06et ensuite en mars, on a eu des données qui étaient un peu plus rassurantes.
05:09Notamment, il y a toujours un peu cette thématique,
05:11mais qui est trop prématurée,
05:12tous les économistes sont d'accord sur cela,
05:14sur les destructions d'emplois qui seraient liées à l'IA.
05:17Aujourd'hui, c'est encore très très maturé,
05:18de le voir massivement dans les statistiques.
05:21On est plus sur des suspicions qu'autre chose.
05:23La dynamique américaine reste très très bonne dans son ensemble.
05:27Certes, la croissance des salaires ralentit assez fortement,
05:30mais c'est normal à un certain stade.
05:32C'est aussi un signe que le marché de l'emploi est un peu moins dynamique.
05:35Mais il n'y a pas un scénario d'inquiétude.
05:37Et c'est d'ailleurs plutôt, tout ça, ça constitue une assez bonne nouvelle,
05:40parce que quand on regarde la Fed,
05:43il y a trois semaines de cela,
05:44vous aviez un consensus de marché disant,
05:46ça va être très compliqué pour elle.
05:47Elle a un marché de l'emploi qui ralentit fortement,
05:49en même temps des pressions inflationnistes qui vont être peut-être durables.
05:52Finalement, ces pressions inflationnistes, elles ne sont pas durables.
05:55Le marché de l'emploi, certes ralentit,
05:57mais il n'y a pas de nécessité d'agir d'urgence.
05:59Donc, ça conforte un peu la vision que la Fed va faire le dos rond pendant quelques mois.
06:03Et puis ensuite, elle peut éventuellement baisser de nouveau ses taux,
06:07peut-être une fois ou deux, ça ne va pas être massif au cours de l'année.
06:10Donc, c'est plutôt un scénario un peu idéalique.
06:13Et elle a toute fin.
06:13Moi, j'ai tout de même comme vision de dire qu'à la toute fin,
06:18économiquement et du point de vue des marchés,
06:20c'est quand même souvent les États-Unis qui s'en sortent bien,
06:23en tout cas dans le paradigme dans lequel on se trouve.
06:25Nous reparlerons de ce contexte de marché avec Charles-Henri Monchot,
06:28le chef des investissements de la Banque 6,
06:30qui sera avec nous depuis Genève.
06:32Bien sûr, on vous retrouve à 11h, Christopher Dembic,
06:34comme chaque vendredi, tout pour investir la Masterclass.
06:38Quel sera le programme aujourd'hui ?
06:40Alors, on a une thématique centrale sur la démographie.
06:42On se déconnecte un peu de l'actualité.
06:44Mais sur la démographie, c'est un sujet qui revient assez régulièrement.
06:47On aura notamment deux invités.
06:49Thibaut Prévé, qui est déjà venu à l'antenne de BFM Business
06:52pour présenter son dernier ouvrage.
06:54Donc, ça va être un peu pour comprendre la macroéconomie.
06:56Et ensuite, un autre invité, Cyril Restier,
06:58qui va nous avoir une approche un peu plus marché.
07:01Comment on gère, comment on essaie de s'adapter face à des marchés
07:05qui vont jouer à un certain stade la thématique de la démographie ?
07:08C'est assez compliqué.
07:08Mais en tout cas, ça va être intéressant de voir ces aspects-là.
07:12Merci beaucoup, Christopher Dembic,
07:13conseiller en stratégie d'investissement chez PICT Asset Management.
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