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  • il y a 6 semaines
Philippe Dessertine, économiste et professeur à l'IAE de l'Université Paris 1 - Institut de Haute Finance, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 16 avril. Ils ont discuté des conséquences de la flambée des prix de l'énergie sur la société française et des mesures envisageables pour faire face à ce choc énergétique, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Notre invité ce matin, c'est Philippe De Sertine qui est avec nous.
00:03Bonjour, vous êtes économiste, professeur des universités à l'Institut d'administration des entreprises de l'Université Paris 1, Panthéon
00:09-Sorbonne,
00:09directeur de l'Institut de Haute-Finance.
00:12On est désormais un peu seul en Europe, en France, à résister à cette politique d'échec.
00:17Est-ce qu'il faut, selon vous, agir pour faire baisser le prix de l'essence ou est-ce qu
00:22'il faut tenir ?
00:23Je pense que sincèrement, on n'est pas dans une résistance.
00:26On est simplement dans l'observation de notre situation en disant qu'on ne peut pas se permettre.
00:30On a le déficit le plus fort en Europe, du point de vue public.
00:33On a une marge de manœuvre qui est plus qu'étroite.
00:35Les taux d'intérêt auxquels emprunte la France sont sous tension.
00:39Et donc, évidemment, le gouvernement a bien l'idée qu'aujourd'hui, nous n'avons plus la capacité de faire
00:45le quoi qu'il en coûte
00:46qui avait été poursuivi après le Covid, très largement, dans la période inflationniste.
00:50La vraie grande question qui se pose, et ce que nous avons raison,
00:53c'est quelles vont être les vraies conséquences pour la société française ?
00:57Parce que nous avons une part de la société française aujourd'hui qui est en difficulté
01:01et qui est en difficulté importante parce que la voiture n'est pas un luxe,
01:05mais c'est une obligation, notamment lorsque vous avez votre logement qui est loin de votre emploi.
01:10Et donc, qui se retrouve avec une perte de pouvoir d'achat,
01:13c'est-à-dire des gens qui ont zéro à la fin du mois sur le compte bancaire
01:16et qui se retrouvent à découvert.
01:17C'est ça que ça signifie.
01:18Et d'autre part, le fait qu'un certain nombre d'entreprises risquent de supporter assez rapidement
01:23la question de l'augmentation des coûts.
01:25Et donc, avec le risque de défaut qui augmenterait,
01:28nous sommes déjà à un niveau très élevé de défaut des entreprises.
01:31Donc, on a cette observation aujourd'hui en disant, si ça dure, on fait quoi ?
01:35Ce qui veut dire que pendant la crise énergétique et après l'Ukraine,
01:38on avait en fait acheté un peu une baisse d'inflation en faisant courir les déficits.
01:41On ne le fait pas, donc l'inflation va remonter fortement.
01:46C'est ça, évidemment, la conséquence possible.
01:48C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous avez une baisse du pouvoir d'achat
01:51qui devient véritablement insupportable, vous commencez à avoir des augmentations de salaire.
01:54C'est-à-dire que vous avez ce qui se met en place et qui est bien connu,
01:57ce qu'on appelle la boucle prix-salaire.
01:59Et donc, à partir du moment où les salaires augmentent, les coûts augmentent.
02:01Et à partir du moment où les coûts augmentent, les prix continuent d'augmenter.
02:04Et donc, on sait que cette spirale, elle est extrêmement dangereuse.
02:07C'est d'ailleurs, je dirais, dans la présentation du FMI du début de semaine,
02:11c'est bien ce que disait le FMI.
02:12On a bien ce risque-là.
02:13Et donc, là, la France, avec son impossibilité d'agir directement,
02:18se retrouve aussi directement avec cette possibilité d'avoir une inflation plus forte que celle de ses voisins.
02:23Est-ce qu'il veut dire, si la BCE reste toujours data dépendante, qu'elle devrait augmenter les taux ?
02:27Et là, j'ai envie de vous dire, on est foutu, nous, en France.
02:29Foutu, il ne faut pas exagérer.
02:30Mais on est d'accord que ça, c'est évidemment la grande conclusion possible.
02:35On sait déjà que les baisses de taux qui étaient prévues, elles n'auront pas lieu.
02:38On sait qu'on a une vraie possibilité d'avoir une augmentation des taux dès lors que l'inflation repart.
02:44C'est pour ça que l'inflation est observée de façon très, très, très attentive par le monde entier,
02:48y compris, je le répète, par les autorités financières mondiales.
02:51On a bien senti, d'ailleurs, dans l'allocution du FMI de la Banque mondiale
02:55et de l'Agence internationale de l'énergie,
02:58qui était intéressant d'avoir les trois qui se rassemblaient pour parler,
03:02ils ont bien parlé, justement, aussi des mesures qui seraient des mesures ponctuelles
03:06et de ne pas rentrer dans des logiques, justement, dans lesquelles,
03:09ce que la Commission européenne recommande également,
03:12qui seraient des logiques inflationnistes.
03:13Mais si l'inflation repart, il n'y a pas le choix.
03:16Il faudra augmenter les taux d'intérêt.
03:17Et bien sûr, les pays les plus endettés, dont la France, vont subir les conséquences.
03:20On n'est pas, donc, nous, dans une bonne posture.
03:23Les États-Unis, eux, ont toujours une croissance qui est assez forte.
03:27Des chiffres d'inflation qui remontent, mais qui ne sont pas exponentiels.
03:29Ça reste quand même un sujet pour le prochain dirigeant de la Fed,
03:33qui devait avoir comme mission de baisser les taux.
03:35Ça va se compliquer, quand même.
03:37On est d'accord que, du point de vue de la Banque centrale américaine,
03:39néanmoins, la question se pose très, très fortement.
03:42Et que là, probablement, on a un des éléments forts de la décision
03:45et des décisions, on va dire, géopolitiques américaines.
03:48Un autre aspect très important, et bien sûr, les élections de mi-terme qui se rapprochent.
03:53Il n'est pas question pour Donald Trump, sans doute,
03:55de se retrouver dans une situation avec l'essence beaucoup trop chère,
03:58le galon, comme on dit aux États-Unis, on ne dit pas le glit,
04:00mais enfin, le galon, qui serait à des prix, comme ils le sont aujourd'hui,
04:05extrêmement élevés, qui, à tous les coups, l'amènerait à un échec
04:08au moment des élections de mi-terme.
04:09Alors, il a dit qu'il allait les enjamber, mais on ne sait pas jusqu'à quel point.
04:12Et en tout cas, il est certain qu'au mois de septembre,
04:14il faudra que la situation soit revenue, on va dire,
04:17dans quelque chose de beaucoup plus tenable pour la société américaine.
04:20Et surtout, qu'il n'y ait pas d'implication sur l'augmentation des taux.
04:23La Fed, là, on le sait, a une logique qui est une logique,
04:27logiquement, qui doit tenir compte, justement,
04:30de cette situation économique de l'inflation.
04:31Et elle pourrait avoir une augmentation des taux d'ici la fin de l'année.
04:34Avec un double mandat, avec également la question de l'emploi.
04:37Et on a vu que les chiffres de l'emploi américain,
04:39si on regarde sur six mois, ne sont pas bons.
04:41Les chiffres ne sont pas bons.
04:42Alors, évidemment, ils partent d'un niveau qui est bien meilleur que le nôtre.
04:45Mais on est d'accord qu'évidemment, les conséquences
04:48d'une situation de ralentissement.
04:50Parce que vous avez dit, on a toujours une croissance,
04:52mais une croissance qui est un peu moins forte que prévu.
04:54On sait qu'aux États-Unis, la sensibilité à la croissance
04:57est très forte sur l'emploi.
04:58On n'a pas de mécanismes qui, comme en Europe et notamment en France,
05:01vont avoir une incidence pour préserver l'emploi.
05:04Donc, on a ces premières indications.
05:07On peut le dire pour la France aussi,
05:08la question de l'emploi est un élément
05:10qu'il va falloir surveiller très très près.
05:12Car ce que l'on évoque, c'est-à-dire un ralentissement
05:14de croissance important, une relance de l'inflation
05:16et des difficultés d'entreprise,
05:18eh bien, ça se traduit toujours par une augmentation du chômage.
05:20Comment vous regardez le dossier crédit privé aux États-Unis
05:24et puis en Europe ?
05:24On était avec Thomas Bourbeur d'AXA hier à cette même heure.
05:27Il était inquiet vraiment sur une possible contagion.
05:30Il dit qu'il n'y a pas de marché
05:31qui sont uniquement américains ou européens.
05:33Ce n'est pas possible.
05:34Il s'inquiétait sur les questions de liquidité.
05:36Comment vous regardez ça ?
05:37Je pense que vraiment, ça, c'est une inquiétude forte
05:40que l'on doit avoir.
05:40C'est-à-dire l'idée que la crise,
05:43aujourd'hui, on est dans la perspective
05:44où la guerre, d'une façon ou d'une autre, va s'arrêter.
05:46C'est-à-dire qu'on ne va pas...
05:47Alors, si on était vraiment sur le scénario noir,
05:50la FMI a présenté trois scénarios,
05:52trois scénarii en début de semaine.
05:55Le scénario le plus sombre,
05:56c'est que la guerre continue jusqu'à la fin de l'année.
05:58Et donc, dans ce cas-là,
05:59on est avec une reprise très forte d'inflation,
06:01montée des taux.
06:02Et donc, cette éventualité qui inquiète tout le monde,
06:04c'est la contamination vers une crise financière.
06:07Nous sommes dans une situation
06:08où nous avons, en effet,
06:10une dette très, très élevée au niveau mondial,
06:12une dette record.
06:14D'ailleurs, cette surliquidité se traduit,
06:16par exemple, par ce qu'on constate,
06:17et ce que vous annonciez tout à l'heure,
06:18c'est-à-dire des marchés financiers
06:19qui sont au plus haut,
06:22ce qui est incroyable.
06:22C'est-à-dire que vous êtes en situation de guerre,
06:24ralentissement d'activité.
06:25Le FMI annonce un ralentissement de la croissance
06:27et vous avez le Nasdaq.
06:28Conséance sur le Nasdaq dans le verre.
06:29Et le Nasdaq qui est à tous ses records historiques.
06:32C'est évidemment le résultat
06:34d'un afflux de liquidités
06:36qui se concentre vers le seul endroit
06:37où on se dit, là, il y a peut-être
06:39une création de valeur potentielle
06:41à relativement court terme,
06:42d'où d'ailleurs la faveur donnée
06:43à l'intelligence artificielle
06:44dont on se dit, c'est là
06:45qu'on va pouvoir gagner de l'argent.
06:47Mais ça, ça veut dire quoi ?
06:47Ça veut dire qu'en effet,
06:48nous avons une situation financière
06:50qui est très fragile
06:51avec un risque très fort.
06:53C'est en effet un risque d'assèchement
06:55de la liquidité qui partirait du dollar.
06:56Alors, c'est la question du dollar
06:58et la question de la confiance dans le dollar
06:59qui est une question absolument fondamentale
07:02dans les temps qui viennent.
07:03On sait aussi, par exemple,
07:04que Thierry Breton a sorti une chronique
07:05il y a quelques jours
07:06sur la même inquiétude sur le crédit privé
07:08lui associé aux fonds provenant
07:10justement du Golfe
07:11qui sont aujourd'hui des fonds
07:12qui sont lourdement investis
07:14dans le crédit privé
07:14et lourdement investis
07:16donc dans l'intelligence artificielle.
07:17Donc, on est avec un espèce d'équilibre
07:19qui est un équilibre
07:20dont on sent bien qu'il est instable
07:21et dont des éléments
07:22comme un retour d'inflation
07:24et donc une montée des taux
07:25pourraient avoir des conséquences
07:26assez importantes.
07:27Philippe de Certine, en France,
07:28la campagne est déjà lancée.
07:29Hier, le MEDEF
07:30présentait ses grandes lignes,
07:32enfin, une grande concertation
07:33auprès des patrons
07:34pour savoir ce qu'ils veulent
07:34pour la présidentielle.
07:36Vous, vous présentez à Bordeaux
07:37pour être maire de Bordeaux.
07:39Vous avez obtenu 20% des voix.
07:41Comment vous sortez de cette expérience ?
07:42Qu'est-ce que vous pouvez en dire
07:43aux chefs d'entreprise
07:44qui nous écoutent ?
07:45Là, j'étais en tant que citoyen
07:46sans étiquette.
07:47Le citoyen vous dit
07:48que c'est une expérience extraordinaire,
07:50que nous, les citoyens,
07:51nous devons absolument reprendre
07:52en main notre avenir
07:54et que l'on ne doit pas considérer
07:55que la politique est réservée
07:56uniquement à des professionnels spécialistes.
07:58Nous avons un moment
07:59où aujourd'hui,
08:01la France est face
08:02à des défis énormes.
08:03On vient de les évoquer.
08:04Ces défis ont une grande nature économique
08:06et je pense que nous avons
08:07des réponses à apporter
08:08en tant que citoyens.
08:09Et ce que je crois,
08:10c'est que les citoyens
08:12attendent cela
08:12et ce que j'ai ressenti
08:13sur le terrain,
08:14c'est beaucoup de personnes
08:15qui ont adhéré
08:16à cette logique,
08:17y compris des jeunes,
08:18des jeunes qui,
08:19pour la plupart d'entre eux,
08:20n'avaient jamais pris de carte,
08:21je dirais,
08:22de vote
08:23et qui donc se retrouvent
08:24de carte d'électeur
08:25et qui se retrouvent
08:26dans cette logique citoyenne.
08:27Donc la politique,
08:28c'est quelque chose de magnifique
08:29quand c'est les citoyens
08:30qui s'en emparent
08:30et que l'on parle réellement
08:32de projets
08:32quand l'on parle réellement
08:33Vous avez réussi à pousser
08:34vos idées,
08:35ça a été reçu
08:36par les citoyens de Bordeaux,
08:37vous avez eu un échange concret.
08:39Je le crois,
08:39je crois qu'ils l'ont montré,
08:41c'est-à-dire qu'on est vraiment
08:42avec cette idée
08:43que dans les prochaines élections,
08:44ce que l'on attend
08:45en tant que citoyen,
08:46c'est voter pour,
08:47pour des projets,
08:48pour des projets
08:48qui vont répondre
08:49à ces grands enjeux
08:50que nous sommes en train d'évoquer,
08:51qui sont des enjeux capitaux
08:52pour l'avenir de notre pays,
08:53pour l'avenir de nos enfants.
08:55Et donc aujourd'hui,
08:55les citoyens,
08:56lorsqu'on leur parle
08:57de voter pour,
08:58ils sont prêts à adhérer
08:59et ils sont prêts à considérer
09:00que la politique,
09:01finalement,
09:01c'est probablement
09:02l'une des plus belles choses
09:02qui soit associée
09:04à la liberté de notre pays.
09:05Merci beaucoup,
09:05Philippe Desartines,
09:06d'être venu ce matin
09:06sur le plateau de BFM Business.
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