00:00Notre invité ce matin, c'est Philippe De Sertine qui est avec nous.
00:03Bonjour, vous êtes économiste, professeur des universités à l'Institut d'administration des entreprises de l'Université Paris 1, Panthéon
00:09-Sorbonne,
00:09directeur de l'Institut de Haute-Finance.
00:12On est désormais un peu seul en Europe, en France, à résister à cette politique d'échec.
00:17Est-ce qu'il faut, selon vous, agir pour faire baisser le prix de l'essence ou est-ce qu
00:22'il faut tenir ?
00:23Je pense que sincèrement, on n'est pas dans une résistance.
00:26On est simplement dans l'observation de notre situation en disant qu'on ne peut pas se permettre.
00:30On a le déficit le plus fort en Europe, du point de vue public.
00:33On a une marge de manœuvre qui est plus qu'étroite.
00:35Les taux d'intérêt auxquels emprunte la France sont sous tension.
00:39Et donc, évidemment, le gouvernement a bien l'idée qu'aujourd'hui, nous n'avons plus la capacité de faire
00:45le quoi qu'il en coûte
00:46qui avait été poursuivi après le Covid, très largement, dans la période inflationniste.
00:50La vraie grande question qui se pose, et ce que nous avons raison,
00:53c'est quelles vont être les vraies conséquences pour la société française ?
00:57Parce que nous avons une part de la société française aujourd'hui qui est en difficulté
01:01et qui est en difficulté importante parce que la voiture n'est pas un luxe,
01:05mais c'est une obligation, notamment lorsque vous avez votre logement qui est loin de votre emploi.
01:10Et donc, qui se retrouve avec une perte de pouvoir d'achat,
01:13c'est-à-dire des gens qui ont zéro à la fin du mois sur le compte bancaire
01:16et qui se retrouvent à découvert.
01:17C'est ça que ça signifie.
01:18Et d'autre part, le fait qu'un certain nombre d'entreprises risquent de supporter assez rapidement
01:23la question de l'augmentation des coûts.
01:25Et donc, avec le risque de défaut qui augmenterait,
01:28nous sommes déjà à un niveau très élevé de défaut des entreprises.
01:31Donc, on a cette observation aujourd'hui en disant, si ça dure, on fait quoi ?
01:35Ce qui veut dire que pendant la crise énergétique et après l'Ukraine,
01:38on avait en fait acheté un peu une baisse d'inflation en faisant courir les déficits.
01:41On ne le fait pas, donc l'inflation va remonter fortement.
01:46C'est ça, évidemment, la conséquence possible.
01:48C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous avez une baisse du pouvoir d'achat
01:51qui devient véritablement insupportable, vous commencez à avoir des augmentations de salaire.
01:54C'est-à-dire que vous avez ce qui se met en place et qui est bien connu,
01:57ce qu'on appelle la boucle prix-salaire.
01:59Et donc, à partir du moment où les salaires augmentent, les coûts augmentent.
02:01Et à partir du moment où les coûts augmentent, les prix continuent d'augmenter.
02:04Et donc, on sait que cette spirale, elle est extrêmement dangereuse.
02:07C'est d'ailleurs, je dirais, dans la présentation du FMI du début de semaine,
02:11c'est bien ce que disait le FMI.
02:12On a bien ce risque-là.
02:13Et donc, là, la France, avec son impossibilité d'agir directement,
02:18se retrouve aussi directement avec cette possibilité d'avoir une inflation plus forte que celle de ses voisins.
02:23Est-ce qu'il veut dire, si la BCE reste toujours data dépendante, qu'elle devrait augmenter les taux ?
02:27Et là, j'ai envie de vous dire, on est foutu, nous, en France.
02:29Foutu, il ne faut pas exagérer.
02:30Mais on est d'accord que ça, c'est évidemment la grande conclusion possible.
02:35On sait déjà que les baisses de taux qui étaient prévues, elles n'auront pas lieu.
02:38On sait qu'on a une vraie possibilité d'avoir une augmentation des taux dès lors que l'inflation repart.
02:44C'est pour ça que l'inflation est observée de façon très, très, très attentive par le monde entier,
02:48y compris, je le répète, par les autorités financières mondiales.
02:51On a bien senti, d'ailleurs, dans l'allocution du FMI de la Banque mondiale
02:55et de l'Agence internationale de l'énergie,
02:58qui était intéressant d'avoir les trois qui se rassemblaient pour parler,
03:02ils ont bien parlé, justement, aussi des mesures qui seraient des mesures ponctuelles
03:06et de ne pas rentrer dans des logiques, justement, dans lesquelles,
03:09ce que la Commission européenne recommande également,
03:12qui seraient des logiques inflationnistes.
03:13Mais si l'inflation repart, il n'y a pas le choix.
03:16Il faudra augmenter les taux d'intérêt.
03:17Et bien sûr, les pays les plus endettés, dont la France, vont subir les conséquences.
03:20On n'est pas, donc, nous, dans une bonne posture.
03:23Les États-Unis, eux, ont toujours une croissance qui est assez forte.
03:27Des chiffres d'inflation qui remontent, mais qui ne sont pas exponentiels.
03:29Ça reste quand même un sujet pour le prochain dirigeant de la Fed,
03:33qui devait avoir comme mission de baisser les taux.
03:35Ça va se compliquer, quand même.
03:37On est d'accord que, du point de vue de la Banque centrale américaine,
03:39néanmoins, la question se pose très, très fortement.
03:42Et que là, probablement, on a un des éléments forts de la décision
03:45et des décisions, on va dire, géopolitiques américaines.
03:48Un autre aspect très important, et bien sûr, les élections de mi-terme qui se rapprochent.
03:53Il n'est pas question pour Donald Trump, sans doute,
03:55de se retrouver dans une situation avec l'essence beaucoup trop chère,
03:58le galon, comme on dit aux États-Unis, on ne dit pas le glit,
04:00mais enfin, le galon, qui serait à des prix, comme ils le sont aujourd'hui,
04:05extrêmement élevés, qui, à tous les coups, l'amènerait à un échec
04:08au moment des élections de mi-terme.
04:09Alors, il a dit qu'il allait les enjamber, mais on ne sait pas jusqu'à quel point.
04:12Et en tout cas, il est certain qu'au mois de septembre,
04:14il faudra que la situation soit revenue, on va dire,
04:17dans quelque chose de beaucoup plus tenable pour la société américaine.
04:20Et surtout, qu'il n'y ait pas d'implication sur l'augmentation des taux.
04:23La Fed, là, on le sait, a une logique qui est une logique,
04:27logiquement, qui doit tenir compte, justement,
04:30de cette situation économique de l'inflation.
04:31Et elle pourrait avoir une augmentation des taux d'ici la fin de l'année.
04:34Avec un double mandat, avec également la question de l'emploi.
04:37Et on a vu que les chiffres de l'emploi américain,
04:39si on regarde sur six mois, ne sont pas bons.
04:41Les chiffres ne sont pas bons.
04:42Alors, évidemment, ils partent d'un niveau qui est bien meilleur que le nôtre.
04:45Mais on est d'accord qu'évidemment, les conséquences
04:48d'une situation de ralentissement.
04:50Parce que vous avez dit, on a toujours une croissance,
04:52mais une croissance qui est un peu moins forte que prévu.
04:54On sait qu'aux États-Unis, la sensibilité à la croissance
04:57est très forte sur l'emploi.
04:58On n'a pas de mécanismes qui, comme en Europe et notamment en France,
05:01vont avoir une incidence pour préserver l'emploi.
05:04Donc, on a ces premières indications.
05:07On peut le dire pour la France aussi,
05:08la question de l'emploi est un élément
05:10qu'il va falloir surveiller très très près.
05:12Car ce que l'on évoque, c'est-à-dire un ralentissement
05:14de croissance important, une relance de l'inflation
05:16et des difficultés d'entreprise,
05:18eh bien, ça se traduit toujours par une augmentation du chômage.
05:20Comment vous regardez le dossier crédit privé aux États-Unis
05:24et puis en Europe ?
05:24On était avec Thomas Bourbeur d'AXA hier à cette même heure.
05:27Il était inquiet vraiment sur une possible contagion.
05:30Il dit qu'il n'y a pas de marché
05:31qui sont uniquement américains ou européens.
05:33Ce n'est pas possible.
05:34Il s'inquiétait sur les questions de liquidité.
05:36Comment vous regardez ça ?
05:37Je pense que vraiment, ça, c'est une inquiétude forte
05:40que l'on doit avoir.
05:40C'est-à-dire l'idée que la crise,
05:43aujourd'hui, on est dans la perspective
05:44où la guerre, d'une façon ou d'une autre, va s'arrêter.
05:46C'est-à-dire qu'on ne va pas...
05:47Alors, si on était vraiment sur le scénario noir,
05:50la FMI a présenté trois scénarios,
05:52trois scénarii en début de semaine.
05:55Le scénario le plus sombre,
05:56c'est que la guerre continue jusqu'à la fin de l'année.
05:58Et donc, dans ce cas-là,
05:59on est avec une reprise très forte d'inflation,
06:01montée des taux.
06:02Et donc, cette éventualité qui inquiète tout le monde,
06:04c'est la contamination vers une crise financière.
06:07Nous sommes dans une situation
06:08où nous avons, en effet,
06:10une dette très, très élevée au niveau mondial,
06:12une dette record.
06:14D'ailleurs, cette surliquidité se traduit,
06:16par exemple, par ce qu'on constate,
06:17et ce que vous annonciez tout à l'heure,
06:18c'est-à-dire des marchés financiers
06:19qui sont au plus haut,
06:22ce qui est incroyable.
06:22C'est-à-dire que vous êtes en situation de guerre,
06:24ralentissement d'activité.
06:25Le FMI annonce un ralentissement de la croissance
06:27et vous avez le Nasdaq.
06:28Conséance sur le Nasdaq dans le verre.
06:29Et le Nasdaq qui est à tous ses records historiques.
06:32C'est évidemment le résultat
06:34d'un afflux de liquidités
06:36qui se concentre vers le seul endroit
06:37où on se dit, là, il y a peut-être
06:39une création de valeur potentielle
06:41à relativement court terme,
06:42d'où d'ailleurs la faveur donnée
06:43à l'intelligence artificielle
06:44dont on se dit, c'est là
06:45qu'on va pouvoir gagner de l'argent.
06:47Mais ça, ça veut dire quoi ?
06:47Ça veut dire qu'en effet,
06:48nous avons une situation financière
06:50qui est très fragile
06:51avec un risque très fort.
06:53C'est en effet un risque d'assèchement
06:55de la liquidité qui partirait du dollar.
06:56Alors, c'est la question du dollar
06:58et la question de la confiance dans le dollar
06:59qui est une question absolument fondamentale
07:02dans les temps qui viennent.
07:03On sait aussi, par exemple,
07:04que Thierry Breton a sorti une chronique
07:05il y a quelques jours
07:06sur la même inquiétude sur le crédit privé
07:08lui associé aux fonds provenant
07:10justement du Golfe
07:11qui sont aujourd'hui des fonds
07:12qui sont lourdement investis
07:14dans le crédit privé
07:14et lourdement investis
07:16donc dans l'intelligence artificielle.
07:17Donc, on est avec un espèce d'équilibre
07:19qui est un équilibre
07:20dont on sent bien qu'il est instable
07:21et dont des éléments
07:22comme un retour d'inflation
07:24et donc une montée des taux
07:25pourraient avoir des conséquences
07:26assez importantes.
07:27Philippe de Certine, en France,
07:28la campagne est déjà lancée.
07:29Hier, le MEDEF
07:30présentait ses grandes lignes,
07:32enfin, une grande concertation
07:33auprès des patrons
07:34pour savoir ce qu'ils veulent
07:34pour la présidentielle.
07:36Vous, vous présentez à Bordeaux
07:37pour être maire de Bordeaux.
07:39Vous avez obtenu 20% des voix.
07:41Comment vous sortez de cette expérience ?
07:42Qu'est-ce que vous pouvez en dire
07:43aux chefs d'entreprise
07:44qui nous écoutent ?
07:45Là, j'étais en tant que citoyen
07:46sans étiquette.
07:47Le citoyen vous dit
07:48que c'est une expérience extraordinaire,
07:50que nous, les citoyens,
07:51nous devons absolument reprendre
07:52en main notre avenir
07:54et que l'on ne doit pas considérer
07:55que la politique est réservée
07:56uniquement à des professionnels spécialistes.
07:58Nous avons un moment
07:59où aujourd'hui,
08:01la France est face
08:02à des défis énormes.
08:03On vient de les évoquer.
08:04Ces défis ont une grande nature économique
08:06et je pense que nous avons
08:07des réponses à apporter
08:08en tant que citoyens.
08:09Et ce que je crois,
08:10c'est que les citoyens
08:12attendent cela
08:12et ce que j'ai ressenti
08:13sur le terrain,
08:14c'est beaucoup de personnes
08:15qui ont adhéré
08:16à cette logique,
08:17y compris des jeunes,
08:18des jeunes qui,
08:19pour la plupart d'entre eux,
08:20n'avaient jamais pris de carte,
08:21je dirais,
08:22de vote
08:23et qui donc se retrouvent
08:24de carte d'électeur
08:25et qui se retrouvent
08:26dans cette logique citoyenne.
08:27Donc la politique,
08:28c'est quelque chose de magnifique
08:29quand c'est les citoyens
08:30qui s'en emparent
08:30et que l'on parle réellement
08:32de projets
08:32quand l'on parle réellement
08:33Vous avez réussi à pousser
08:34vos idées,
08:35ça a été reçu
08:36par les citoyens de Bordeaux,
08:37vous avez eu un échange concret.
08:39Je le crois,
08:39je crois qu'ils l'ont montré,
08:41c'est-à-dire qu'on est vraiment
08:42avec cette idée
08:43que dans les prochaines élections,
08:44ce que l'on attend
08:45en tant que citoyen,
08:46c'est voter pour,
08:47pour des projets,
08:48pour des projets
08:48qui vont répondre
08:49à ces grands enjeux
08:50que nous sommes en train d'évoquer,
08:51qui sont des enjeux capitaux
08:52pour l'avenir de notre pays,
08:53pour l'avenir de nos enfants.
08:55Et donc aujourd'hui,
08:55les citoyens,
08:56lorsqu'on leur parle
08:57de voter pour,
08:58ils sont prêts à adhérer
08:59et ils sont prêts à considérer
09:00que la politique,
09:01finalement,
09:01c'est probablement
09:02l'une des plus belles choses
09:02qui soit associée
09:04à la liberté de notre pays.
09:05Merci beaucoup,
09:05Philippe Desartines,
09:06d'être venu ce matin
09:06sur le plateau de BFM Business.
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