00:00Bonjour Hélène Botchon, merci d'être avec nous ce matin.
00:03Vous êtes chef économiste adjointe de BNP Paribas.
00:06Dans un instant, nous parlerons de la France et également du marché obligataire
00:09qui continue de grimper ce matin puisque le 10 ans français est au-delà des 3,8%, 3,83%
00:15juste avant.
00:16Revenons sur les annonces de l'OCDE qui a mis à jour ces prévisions
00:20comme l'INSEE, comme la Banque de France, comme la BCE la semaine dernière.
00:23Que faut-il retenir aujourd'hui de ces prévisions quand vous faites le récupélatif ?
00:32Bonjour à tous.
00:34Je dirais que le premier message que je retiens, c'est que le choc énergétique actuel,
00:38il apparaît gérable, absorbable, avec un impact limité sur la croissance et l'inflation.
00:44Alors, sous l'hypothèse très importante que la flambée actuelle des prix de l'énergie,
00:49elle reste temporaire.
00:50C'est notamment ce que nous disent actuellement les marchés à terme.
00:54Alors, à tort ou à raison, nous verrons bien, mais en tout cas,
00:56c'est l'hypothèse centrale technique qui est retenue par la Banque de France,
01:01notamment parce qu'il faut bien faire une hypothèse d'évolution des prix du pétrole.
01:04Et donc, l'hypothèse technique, c'est celle-ci que nous disent les marchés à terme.
01:09Et pour citer un chiffre et donc se fixer les idées,
01:12l'hypothèse de la Banque de France, c'est qu'après un pic à 90 dollars le baril
01:16au deuxième trimestre de cette année,
01:18le prix du pétrole retomberait à 70 dollars au tournant 2026-2027.
01:24Et sous cette hypothèse, la croissance française en particulier
01:28serait négativement impactée, mais seulement à hauteur de 0,1 point de pourcentage en 2026
01:35et moins 0,2 point de pourcentage en 2027.
01:39Et du côté de l'inflation, l'impact est positif, un petit peu plus important d'ailleurs,
01:43plus 0,4 point d'inflation en 2026 d'après la Banque de France
01:48et donc pour l'inflation française.
01:49Mais ces ordres de grandeur sont relativement limités.
01:54Ceci étant dit, évidemment, il y a énormément d'incertitudes,
01:58d'autres scénarios alternatifs sont élaborés.
02:01Et même sous le scénario le plus défavorable retenu par la Banque de France,
02:08en fait, la croissance française resterait positive.
02:10Faiblement positive, mais positive tout de même à 0,3% cette année en 2026.
02:17Donc une fois encore, je ne peux que rappeler l'ampleur des incertitudes.
02:21Le choc est important, mais ce qui se dégage dans leur ensemble de ces prévisions,
02:26Banque de France, INSEE comme OCDE, c'est à mes yeux, à ce stade,
02:29au moment où on se parle, une certaine résistance de la croissance française à ce choc.
02:34Le conflit va rentrer dans sa quatrième semaine demain.
02:37À ce stade, comment vous jugez l'impact pour les entreprises, pour les ménages ?
02:44C'est un petit peu le même son de cloche que ce que je viens de dire.
02:48On a encore très peu de données, mais la réaction immédiate sur la base des enquêtes de confiance
02:52que l'on a eues pour le mois de mars, que ce soit auprès des entreprises comme auprès des ménages
02:57français,
02:57mais cette réaction immédiate, elle est plutôt encourageante, dans le sens où la détérioration à chaud,
03:03en quelque sorte, de ces enquêtes, de la confiance des ménages, du climat des affaires,
03:08cette détérioration à chaud, elle est bien plus limitée qu'en mars 2022, à la suite de l'invasion russe
03:15en Ukraine.
03:16Donc c'est un premier point de départ, on va dire, un petit peu encourageant.
03:20Alors, deux bémols que j'apporterai à votre attention.
03:24Le premier, effectivement, c'est le point de départ de ces enquêtes.
03:28Aujourd'hui, le niveau des enquêtes, que ce soit les PMI comme les enquêtes INSEE,
03:32ce niveau est plus bas aujourd'hui qu'il ne l'était au printemps 2022.
03:36À l'époque, on était encore en phase de rebond post-Covid,
03:39et ça avait porté les enquêtes à des niveaux très élevés.
03:43Le deuxième bémol, j'en reparle, c'est l'incertitude, évidemment,
03:47sur la suite du conflit et l'ampleur de ses répercussions.
03:49Et donc, par défaut, en scénario central, il faut quand même s'attendre
03:53à ce que les enquêtes continuent de se dégrader dans les tout prochains mois.
03:57Mais il y a aussi deux points positifs, un peu plus favorables aujourd'hui à souligner,
04:02par rapport à 2022, le contexte actuel est moins inflationniste.
04:07Le point de départ de l'inflation française, en particulier, est vraiment particulièrement bas.
04:13Souvenez-vous, on était en février 2026 à 1% en glissement annuel,
04:17pour donner un chiffre rond.
04:19Et d'après l'INSEE, l'inflation française remonterait à 2,1% en mai de cette année.
04:24Donc, c'est un choc significatif, plus un point,
04:27mais on resterait sur un rythme d'inflation quand même très confortable.
04:32Et l'autre point positif, c'est que le choc intervient quand même
04:35dans une dynamique conjoncturelle qui était à l'amélioration.
04:39Donc, nous, ça nous permet de considérer que ça fournit des capacités d'absorption et de résistance.
04:45Le marché obligataire continue de grimper.
04:47Ce matin, Hélène Beauchamp, le 10 ans français, est à 3,8% sur des plus hauts de 2008-2011.
04:53Le Bund, le 10 ans allemand, est désormais à 3,10,
04:56c'est-à-dire au-delà de son niveau de lundi et également sur des niveaux de 2008.
05:00Aujourd'hui, comment vous regardez l'évolution de ce marché obligataire ?
05:05Quel est l'impact, notamment pour les finances publiques ?
05:07Alors certes, ce matin, la France a annoncé que le déficit public n'était pas de 5,4% mais
05:11de 5,1% en 2025.
05:13Mais cette remontée des taux est loin d'être négligeable pour les finances publiques.
05:17C'est clairement quelque chose qu'on surveille de près, pas seulement pour les finances publiques,
05:21mais dans ce que ça nous raconte de l'ampleur du choc,
05:25la perception des marchés du risque inflationniste,
05:28de l'évolution des taux directeurs du côté des banques centrales.
05:32Mais une fois encore, la situation est redoutablement incertaine.
05:38D'un côté, il est vrai que les taux d'intérêt pourraient continuer de monter
05:41parce que toutes ces questions d'ampleur et de répercussion du choc,
05:44ça dépend de sa durée et de à quel niveau les prix du pétrole et les taux d'intérêt restent.
05:50Effectivement, s'ils restent à des niveaux élevés pendant longtemps,
05:53les implications et les répercussions économiques sont importantes aussi.
05:57Mais on peut imaginer aussi un scénario de détente.
06:00Je sais qu'aujourd'hui, ça relève plus de l'espoir que d'un scénario qui a une certaine probabilité.
06:08Mais voilà, les taux d'intérêt, effectivement, peuvent continuer de grimper en même temps que les prix du pétrole.
06:14Mais on peut imaginer aussi une situation de détente.
06:17On peut avoir ce petit espoir au regard des discussions.
06:21Alors, a priori, je les mets entre guillemets parce qu'effectivement, les Iraniens disent qu'elles n'ont pas lieu,
06:26les Américains disent qu'elles ont lieu.
06:27Mais peut-être qu'il y a des discussions pour trouver une issue.
06:30Et si effectivement, ces discussions débouchent, on peut imaginer quand même une détente sensible
06:35sur les prix du pétrole et les taux d'intérêt.
06:38Et vous l'avez dit, le déficit public français pour 2025 nous a réservé une petite bonne surprise.
06:45Non, une bonne surprise. Il est moins important que prévu, d'après la première estimation de l'INSEE.
06:51Donc, il ressort à 5,1% du PIB au lieu d'une cible à 5,4% du gouvernement.
06:58L'amélioration par rapport à 2024 est sensible. On était à 5,8% en 2024.
07:03Donc, le point de départ, ce point de départ moins défavorable, je dirais,
07:07donne quand même un peu de marge de manœuvre pour encaisser le choc énergétique
07:11sans remettre en cause l'objectif actuel pour 2025 qui est à 5%.
07:17Et un dernier point quand même à garder à l'esprit, c'est que des taux d'intérêt plus élevés,
07:22donc à supposer effectivement qu'ils se maintiennent à ce niveau,
07:25des taux d'intérêt plus élevés ne joueront pas à la hausse dès 2025
07:29sur la charge de la dette française et donc sur le déficit français
07:33parce qu'on a une maturité moyenne relativement élevée de la dette française.
07:37Donc, le temps que ça se renouvelle, ça ne se fera pas immédiatement aux conditions de taux actuels.
07:43Donc, à ce stade, voilà, pas d'inquiétude majeure à avoir en termes d'impact
07:47sur les finances publiques françaises du choc en cours.
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