00:01Bonjour Stéphane Colliac, vous êtes économiste de BNP Paribas.
00:04Avec vous on va revenir en effet sur cette publication très attendue tout à l'heure à 14h30 de l
00:09'inflation américaine.
00:10Forcément avec un baril de pétrole qui est revenu au-delà des 100 dollars au mois de mars,
00:14ça va avoir un impact direct sur les prix aux Etats-Unis.
00:19Oui effectivement, on s'attend à ce que l'inflation bondit d'un point à peu près en mars pour
00:26atteindre 3,4%.
00:27On verra quel sera le chiffre précis, mais c'est de nouveau le franchissement d'un seuil, celui des 3%,
00:35au-dessus duquel on a passé quand même pas mal de temps ces dernières années aux Etats-Unis.
00:41Ça nous montre qu'avec les chocs qui se succèdent, l'inflation n'est à peu près jamais de retour
00:48aux 2%
00:48qui sont à la site d'une banque centrale habituellement.
00:51Et aux Etats-Unis, cette accélération de l'inflation, il ne faudra peut-être pas surestimer tout de même,
00:59mais malgré tout ça rééquilibre la balance des risques pour la Fed.
01:03Objectivement il y a toujours un risque baissier sur l'emploi,
01:07parce qu'on a eu des bons chiffres ces derniers mois, mais ils sont quand même inéquitablement distribués.
01:13Mais en face de ça, l'inflation qui était en train de se calmer et qui n'avait pas beaucoup
01:17augmenté
01:18suite à l'augmentation des tarifs douaniers, même si on pense que certains effets de cette augmentation des tarifs douaniers
01:24sont encore à observer, mais elle avait plutôt moins monté que prévu avant la hausse des tarifs douaniers.
01:32Là, elle devrait monter assez sensiblement.
01:37Alors bien sûr en raison de la hausse des composantes volatiles,
01:42mais on s'attend aussi quand même à une hausse sur l'inflation sous-jacente
01:46qui augmenterait de 0,3 points pour atteindre 2,8%,
01:50ce qui est quand même un peu significatif également.
01:54Et puis ce qu'on observe aux Etats-Unis, c'est la remontée des tensions d'offres,
01:58notamment avec les indices de prix des entrants,
02:02les délais de livraison qui ont réaugmenté à la fois dans l'industrie et dans les services.
02:07Et puis la demande, même si les tensions ne sont pas les mêmes qu'en sortie de Covid, bien évidemment,
02:13elle persiste, contrairement à la zone euro.
02:16Si on faisait la comparaison, la zone euro a une demande plus déprimée.
02:19Aux Etats-Unis, elle est plus dynamique.
02:21Et donc c'est un facteur qui alimente aussi l'inflation.
02:243,4%, on s'éloignerait en effet d'une façon assez conséquente.
02:28de l'objectif de 2%.
02:30Néanmoins, à ce stade, quand vous regardez notamment FedWatch,
02:34eh bien Stéphane Koliak, le marché n'anticipe pas de hausse de taux
02:37de la part de la banque centrale américaine.
02:39Donc le marché estime toujours que c'est un choc de prix transitoire.
02:44Oui, et puis il est important de voir quelle est la raison pour laquelle l'inflation s'accélère,
02:49si ce sont des facteurs de demande et des facteurs d'offres.
02:52En général, la Fed est plus sensible aux facteurs de demande.
02:56Si l'inflation s'accélère en raison de ces facteurs de demande également,
03:01ce serait une raison de réagir pour elle.
03:03Parce que ça voudrait dire que la demande n'est pas trop affectée par l'accélération de l'inflation
03:09et continue d'évoluer peut-être un peu trop vite pour que la stabilité des prix puisse être garantie à
03:15moyen terme.
03:17Et ce qui est intéressant d'observer d'ailleurs,
03:19quand on regarde la décomposition entre les facteurs d'offres et de demandes
03:23pour la dernière donnée disponible, qui est avant le choc de la guerre en Iran,
03:27ce sont les facteurs de demande qui prédominent, de peu, mais qui prédominent quand même.
03:32Donc c'est une invitation à la vigilance.
03:34Et encore une fois, c'est un équilibre des risques maintenant,
03:37entre le risque baissier sur le marché du travail et le risque haussier sur l'inflation.
03:42Donc la Fed va attendre d'observer comment les choses évoluent,
03:46qu'est-ce qui va prédominer.
03:48Et je pense que ça peut entraîner à un certain moment,
03:51quand elle aura l'évidence de ce qui se passe d'un côté et de l'autre,
03:57des changements de pieds qui sont aujourd'hui difficiles à anticiper.
04:01Mais souvenons-nous de Jérôme Powell à Jackson Hole en août.
04:07Ça avait préfiguré une baisse de taux en septembre.
04:11que l'on ne anticipait pas très longtemps à l'avance.
04:13Donc ces changements de pieds sont toujours possibles.
04:16Et tout dépendra bien sûr aussi des discussions qui vont se tenir demain
04:19entre l'Iran et les États-Unis.
04:21Voilà donc pour le cas américain et l'inflation américaine
04:23qui sera publiée tout à l'heure à 14h30.
04:26Si on fait un focus désormais sur la situation française,
04:30d'après les premiers chiffres que vous avez pu avoir,
04:33Stéphane Koliak, chez BNP Paribas,
04:35quels sont les premiers impacts de la guerre en Iran sur l'économie française ?
04:41Alors les premiers impacts, c'est le tout premier des symétriques avec les États-Unis.
04:47C'est une accélération des prix d'énergie,
04:49singulièrement du carburant.
04:52Donc ça, c'est un élément important.
04:54Et ça a créé une accélération de l'inflation au mois de mars.
04:59Maintenant, on a quand même un bon point de départ de ce point de vue en France
05:02puisqu'on avait atteint un point bas sur l'inflation harmonisée à 0,4% en janvier.
05:09Là, on est à 1,9% en mars.
05:11Mais ça reste une zone de confort.
05:14Si on était à ce niveau-là, au niveau de la zone euro, on serait content.
05:19On est un peu plus élevés en zone euro puisqu'on est à 2,5%.
05:24Et singulièrement en France,
05:26pour l'instant, il n'y a pas de transmission à l'inflation sous-jacente
05:29qui elle-même est basse.
05:30Donc ça, je pense que c'est un élément important.
05:34La France n'utilise pas de gaz pour produire son électricité.
05:37Donc ça aussi, c'est une sensibilité plus modérée.
05:40On observe bien évidemment une réaction des ménages,
05:44de la confiance des ménages à tout ça.
05:47Mais je la trouve pour l'instant, elle aussi plutôt modérée.
05:52Le prix du carburant augmente, c'est quelque chose qui se voit.
05:57Mais c'est à peu près, pour l'instant, la seule chose qui augmente.
06:00Et je pense que ça, c'est une différence quand même notable par rapport à 2022.
06:06Et en face de ça, si on regarde la France,
06:09je pense qu'un élément important aussi, c'est de voir que pour les entreprises,
06:13on a cette difficulté qui pourrait arriver aussi.
06:16une hausse des coûts au travers des conséquences de la hausse du prix de l'énergie.
06:21Mais en face de ça, les salaires sont plutôt sages.
06:24La Banque de France a publié son estimation de la croissance des salaires négociés en 2026.
06:30C'est 1,6%.
06:31Donc on a toujours une modération de ce côté-là.
06:36Et les négociations salariales ne devraient pas entraîner quelque chose avant 2027,
06:41éventuellement, s'il y avait besoin.
06:43Donc au niveau des marges des entreprises, c'est quelque chose qui est plutôt bon.
06:51Et on peut anticiper que ces marges se tiennent en conséquence de cette modération salariale que l'on observe.
06:58Il nous reste vraiment une minute pour parler du secteur automobile.
07:01Là aussi, c'est un bon baromètre sur la consommation avec les immatriculations,
07:04que ce soit en France et en Allemagne.
07:06C'est un rebond qui a été assez fort au mois de mars.
07:09Est-ce que ce sont des effets de base qui sont favorables ou non ?
07:11Il y a vraiment un rebond assez significatif des ventes de véhicules ces dernières semaines.
07:16Alors il y en a un, mais il est très concentré.
07:19Quand on regarde la cause en France et en Allemagne de la hausse des immatriculations,
07:23c'est l'électrique principalement qui explique ça.
07:27Donc les hausses du coût du carburant sont un accélérateur d'électrification,
07:32on pourrait dire ça comme ça.
07:33C'est la meilleure des incitations.
07:36Et après, on peut quand même citer en parallèle,
07:39il y a six mois, deux décisions qui avaient été prises en France et en Allemagne.
07:42En France, le financement du bonus automobile par le certificat d'économie d'énergie
07:47qui a donné de nouveau un booster aux immatriculations,
07:52ça plus le leasing social.
07:53Et puis en Allemagne, l'adoption d'un bonus à l'Allemande,
07:58abondé à hauteur de 3 milliards d'euros,
08:01qui lui aussi soutient l'électrification.
08:04Donc les incitations de marché plus un petit coup de pouce des aides d'État,
08:10c'est un élément important et qui a replacé dans un cadre plus général,
08:15puisque le gouvernement français veut donner un coup de booster sur son plan d'électrification.
08:21Je pense que ça va être un gros sujet des prochains mois.
08:25Et ça sera confirmé dans les prochaines semaines.
08:27Merci beaucoup Stéphane Koliak de nous avoir accompagné ce matin.
08:29Économie chez BNP Paribas pour revenir en détail sur ces immatriculations en France,
08:33en Allemagne, mais de façon globale en Europe,
08:35et donc sur ces données d'inflation qui sont particulièrement attendues.
08:38Tout à l'heure à 14h30.
08:40Tout à l'heure à 14h30.
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