00:02Et l'éclaireur du jour, c'est Maxime Darmé, économiste senior chez Allianz Trade, qui est à distance avec nous.
00:08Bonjour Maxime.
00:09Bonjour.
00:10Merci d'être avec nous.
00:12On va revenir sur les grandes questions qu'on se pose sur les marchés financiers à l'ouverture de la
00:16séance ce vendredi.
00:18On voit le pétrole qui corrige légèrement.
00:22Il faut dire que ce soit le baril de Brent ou le WTI, on a progressé de près de 20
00:27% sur une semaine.
00:28On est aujourd'hui en léger recul, un WTI aux alentours de 80 dollars, un Brent aux alentours de 85
00:36dollars.
00:37La question que tout le monde se pose sur les marchés, c'est quel impact de ce qui se joue
00:42actuellement au Moyen-Orient sur l'économie américaine
00:46et donc sur les décisions qui pourraient être prises et qui auraient un impact directement sur les marchés, je pense
00:52notamment aux décisions de la Fed, Maxime ?
00:54Oui, alors effectivement, la Fed va se réunir bientôt, en mois de mars, pour décider de sa politique de taux.
01:01Bon, bien évidemment, il n'y aura aucun changement de la politique monétaire.
01:04C'est-à-dire que l'inflation reste très persistante aux États-Unis, nous avons autour de 3%.
01:10Par ailleurs, le marché du travail semble retrouver un peu des couleurs, donc des bonnes nouvelles pour la Fed.
01:16Et en plus, comme vous l'avez dit, les risques haussiers sur les prix à la pompe, les prix énergétiques,
01:21rajoutent des craintes sur une spirale inflationniste.
01:25Donc clairement, la Fed, elle est dans une position attentive, elle regarde comment le choc va se dérouler, quels vont
01:34être les impacts sur les prix.
01:35Mais je pense qu'il n'y a pas de décision qui sera prise au plus tôt avant juin.
01:42L'enjeu vis-à-vis de l'impact sur l'économie américaine, c'est avant tout une décision de la
01:48Réserve fédérale à venir,
01:49une inflation peut-être plus persistante en lien avec la hausse des prix de l'énergie qui viendrait décaler quelque
01:56part des baisses de taux attendues ?
01:58Absolument, les baisses de taux sont attendues au plus tôt au mois de juin, je pense que ça va arriver
02:03peut-être un peu plus tard.
02:05Avant cette crise iranienne, il faut bien comprendre que des tensions inflationnistes sont un peu réapparues dans certains secteurs aux
02:13Etats-Unis.
02:15Notamment les données ISM l'ont bien montré dans le secteur manufacturier, notamment dans le secteur proche du déploiement de
02:21l'IA.
02:22On observe des tensions assez fortes dans la production, par exemple, ordinateurs, hardware, semi-conducteurs, donc une forte accélération des
02:31prix.
02:32Plus généralement, les métaux industriels aussi sont pas mal repartis avant la crise en Iran,
02:37donc déjà un cadre de dynamique inflationniste assez, peut-être pas inquiétant, mais en tout cas à surveiller.
02:46Mais par ailleurs, on constate aussi que les prix dans les services, eux, sont plutôt en phase de modération.
02:53Donc on a plutôt deux dynamiques distinctes en termes de prix, donc des prix manufacturiers plutôt en phase d'accélération,
03:00en partie à cause de l'IA, en partie à cause de la forte poussée des métaux industriels,
03:04mais par ailleurs, des prix dans les services, dans l'économie domestique, sont plutôt en modération,
03:10notamment aidés par une modération des tensions salariales.
03:13Bon, bien évidemment, la Fed regarde un peu tout ça, si on prend la moyenne de toutes ces dynamiques et
03:19de toutes ces tendances,
03:20si vous rajoutez les effets prix du pétrole et prix du gaz en lien avec la crise au Moyen-Orient,
03:25bon, clairement, l'inflation aux Etats-Unis, on voit mal comment elle pourrait baisser de façon importante dans les prochains
03:31mois.
03:31Donc la Fed va devoir maintenir une politique de taux directeur inchangée au cours des prochains mois,
03:37avec au plus tôt, mais vraiment au plus tôt, une baisse attendue en juin.
03:42Mais je pense que cette baisse attendue en juin va être repoussée.
03:46Au sein du FOMC, donc au sein de l'organe de décision des politiques monétaires de la Fed,
03:51il y a de plus en plus de gouverneurs qui s'inquiètent justement de ces pressions inflationnistes.
03:56Et par ailleurs, le marché du travail se stabilise.
03:58Il y a quand même une bonne nouvelle côté marché du travail.
04:02Les intentions d'embauche repartent un petit peu à la hausse.
04:04Donc on sent bien que l'économie américaine est un petit peu sortie de l'ornière en termes de création
04:10d'emplois.
04:11Donc vous prenez ces deux analyses, ces deux données, l'inflation qui repart, l'emploi qui repart,
04:17bon, clairement, ça vous signale que la Fed doit garder une politique assez restrictive au cours des prochains mois.
04:22Et pourtant, jusqu'à il y a encore une semaine, Maxime Darmé, malgré les pressions inflationnistes que vous mentionnez,
04:31le scénario était quand même vis-à-vis d'une baisse de taux un peu plus tôt de la Fed,
04:37en lien peut-être aussi avec les attentes politiques sur le sujet notamment de Donald Trump.
04:42Pour bien comprendre ce qui se joue sur les pressions inflationnistes en lien avec les prix de l'énergie, Maxime
04:47Darmé,
04:48est-ce qu'on est dans un scénario similaire à ce qu'on a pu connaître en 2022 ?
04:53– Alors pour l'instant, pas du tout. La hausse du prix du gaz et la hausse du prix du
04:58pétrole
04:59sont sans commune mesure avec ce qu'on a observé en 2022-2023.
05:03Donc on n'est encore pas du tout dans ce scénario.
05:05Donc il faut garder, il faudrait en garder, je dirais, c'est-à-dire que, bien évidemment,
05:10tout va dépendre de l'issue de la guerre, de la durée du conflit, de ce qui se passe dans
05:14l'étroit d'Ormouz,
05:16bien évidemment, mais pour l'instant, c'est sans commune mesure.
05:18Donc on reste dans une position atlantiste.
05:21Par ailleurs, il faut bien comprendre que, même si on avait un choc plus important sur les prix dans les
05:27prochains jours,
05:28il faudra encore attendre un petit peu pour en avoir les impacts macroéconomiques.
05:32Pourquoi ? Parce que la plupart des entreprises, et même des ménages dans les pays occidentaux et asiatiques,
05:39ont basé leurs contrats sur des tarifs fixes de l'énergie.
05:43Donc il faut pas mal de temps pour que la hausse des prix du pétrole et du gaz, surtout,
05:48se transmettent dans les prix des contrats énergétiques des entreprises et des ménages.
05:53Donc voilà, une hausse forte, mais temporaire, des prix de l'énergie en lien avec l'accès du Moyen-Orient
06:00ne se traduirait pas nécessairement par une flambée de l'inflation, comme on a vu en 2022.
06:05Donc il faut être patient.
06:07La hausse des prix, en tout cas sur les marchés de gros, sont vraiment sans commune mesure pour l'instant,
06:12et on croise les doigts pour que ça le reste, sans commune mesure avec ce qu'on a observé en
06:152022-2023.
06:17Et au cours des prochains mois, encore une fois, il faudra attendre,
06:21si cette hausse de prix dure, combien de temps elle se répercutera dans les contrats effectifs
06:27des entreprises et des ménages, qui, encore une fois, sont basés principalement sur des contrats à prix fixe.
06:33Un mot peut-être rapidement, Maxime Darmé, aussi de la situation en Europe.
06:37Là, effectivement, on a beaucoup décrypté les sujets,
06:40et notamment le sujet de la hausse du pétrole et son impact sur l'économie américaine.
06:45Est-ce que la situation est différente en Europe vis-à-vis de l'impact de cette guerre au Moyen
06:52-Orient
06:53sur l'économie européenne ?
06:56L'économie européenne est, bien évidemment, comme les économies asiatiques,
06:59un peu plus sensible aux variations du prix d'énergie par rapport aux économies américaines
07:06ou australiennes ou canadiennes, effectivement,
07:07puisque ce sont des gros importateurs nets d'hydrocarbures et de gaz.
07:11Donc, aux États-Unis, par exemple, typiquement, les ménages souffrent d'une hausse du prix d'énergie,
07:16autant qu'en Europe, parce que le pétrole a plus ou moins un prix unique au niveau mondial.
07:21Le gaz, c'est un peu différent. Le gaz augmente moins généralement aux États-Unis,
07:24même si, là, je constate que ce n'est pas vraiment le cas aux États-Unis récemment.
07:29Par contre, effectivement, une hausse du prix du pétrole et du gaz,
07:32ainsi, dans une certaine mesure, les producteurs de pétrole et de gaz,
07:35justement, dans ces pays exportateurs de pétrole et de gaz, d'augmenter leur production.
07:39Donc, l'impact négatif sur les ménages est en partie, mais en partie seulement,
07:43compensé par une hausse de la production et des investissements du secteur gazier,
07:47des pétroliers dans les pays comme les États-Unis.
07:49En Europe, effectivement, ce n'est pas le cas, puisqu'il n'y a pas vraiment d'industrie d'hydrocarbures.
07:55Donc, l'impact est nécessairement plus fort, plus négatif sur les économies européennes et japonaises
08:00qu'elle peut l'être aux États-Unis.
08:03Donc, effectivement, l'Europe, le Japon, seraient, en première ligne de mire,
08:07en cas d'une hausse durable des prix des hydrocarbures.
08:11Merci, Maxime Darmé, de nous avoir accompagné dans l'éclaireur.
08:14Je rappelle que vous êtes économiste senior chez Allianz Trade.
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