00:01Pour parler de la situation macroéconomique, c'est Julien Marsili qui nous accompagne ce matin,
00:06chef économiste de Global Southwain Alvizowi.
00:08Bonjour Julien Marsili, merci d'être avec nous ce matin pour nous aider à comprendre un petit peu les mécanismes
00:13de marché,
00:14puisque depuis le début de ce conflit, on entend de ça et là, notamment sur ce plateau,
00:18mais pas que, que les États-Unis résistent mieux à l'envolée des cours du pétrole que par exemple l
00:26'Asie ou par exemple l'Europe.
00:28Néanmoins, quand vous regardez ce matin le WTI, nous sommes à 93 dollars,
00:32donc on est quand même sur une hausse de plus de 50% depuis le début de l'année.
00:35On a des prix à la pompe aux États-Unis qui, dans certains États, frôlent les 4 dollars le galon.
00:39On est sur des plus hauts quand même de 2023.
00:42Tout cela n'est pas neutre quand même pour les États-Unis, Julien Marsili ?
00:46Oui, bonjour Étienne. Tout à fait, c'est une excellente question.
00:50C'est vrai qu'à première vue, on peut penser un peu de manière simpliste que le choc est plus
00:57fort pour l'Europe.
00:58puisque, comme tout le monde sait désormais, l'Europe s'approvisionne davantage que les États-Unis au Moyen-Orient,
01:05notamment en matière énergétique.
01:08Or, quand on regarde les variations un peu d'anticipation de taux directeurs des banques centrales,
01:16finalement, entre la Fed et la BCE, depuis le début du conflit, ça a à peu près varié dans les
01:23mêmes proportions.
01:23C'est-à-dire que, pour la Fed, il était anticipé, avant le début du conflit, entre deux et trois
01:29baisses de taux d'ici un an.
01:32Désormais, une seule, comme vous le disiez il y a quelques instants.
01:36Et puis, pour la BCE, auparavant, il était anticipé un statu quo.
01:42Et désormais, il y a même une hausse de taux qui est anticipée.
01:46Alors, ces variations qui sont à peu près de même ampleur, en fait, ce n'est pas si surprenant que
01:52ça.
01:54Comme vous le disiez, en effet, certes, les États-Unis s'approvisionnent moins au Moyen-Orient en énergie,
02:00mais le marché pétrolier reste un marché qui est très mondialisé.
02:03C'est la raison pour laquelle le prix du Brent et le prix du WTI pour le pétrole
02:09ont varié à peu près dans les mêmes proportions depuis le début du conflit.
02:13Vous ajoutez à ça le fait que les structures économiques sont assez semblables.
02:17Donc, ça veut dire aussi que le poids, par exemple, de l'énergie dans l'indice des prix à la
02:21consommation,
02:22donc dans le budget des ménages aux États-Unis, est à peu près le même qu'en zone euro.
02:27Alors, il y a quelques petites différences.
02:30C'est autour de 6% aux États-Unis, quand c'est plus entre 7 et 8% en Allemagne
02:35et en France.
02:36Mais ça reste comparable.
02:38Et puis, même chose côté entreprise.
02:41Finalement, les secteurs d'activité qui sont les plus touchés par cette hausse des coûts de l'énergie
02:46sont à peu près les mêmes de part et d'autre de l'Atlantique.
02:49La métallurgie, le plastique, la chimie, l'agroalimentaire sont à chaque fois les entreprises
02:56qui sont très consommatrices d'énergie.
02:58Donc, ça se ressemble en fait à la fois aux États-Unis et en zone euro.
03:02Au point même que la Fed, qui était très attendue en début d'année sur des baisses de taux,
03:08aujourd'hui, le marché, notamment le baromètre FedWatch, qui calcule un petit peu les anticipations de baisse de taux,
03:13ne voit plus qu'une baisse de taux d'ici le mois d'octobre.
03:17Donc, on a quand même un marché qui n'est pas dupe, qui voit très bien que l'inflation va
03:21galoper aux États-Unis dans les prochaines semaines.
03:23On voit même certaines anticipations qui montrent 3% d'inflation.
03:27Alors, tout dépend bien sûr de la durée de ce conflit aux États-Unis.
03:30Donc, forcément, ce n'est pas neutre.
03:33Oui, en effet, c'est pour ça qu'on est un peu dans une situation d'entre deux.
03:37D'un côté, les pressions inflationnistes étaient déjà assez présentes aux États-Unis avant le début du conflit.
03:45L'inflation n'était pas retombée au même niveau, par exemple, qu'en zone euro.
03:51Et il ne faut pas négliger le fait, effectivement, que la composante énergie va pousser ses prix à la hausse.
03:58Mais de l'autre, il n'y a pas non plus de raison d'être très pessimiste,
04:03puisqu'il faut quand même garder à l'esprit que le marché du travail est aujourd'hui moins tendu aux
04:09États-Unis
04:10qu'il ne l'était, par exemple, en 2021-2022.
04:13On sort quand même d'une période au cours de laquelle le taux de chômage a augmenté progressivement.
04:20C'est plus un point de pourcentage depuis un an.
04:23Donc, ça aussi, ça offre quand même certaines marges de manœuvre pour la Fed.
04:28Et ce qui lui permettra sans doute d'avoir une communication assez équilibrée
04:32entre, d'un côté, certes, des pressions inflationnistes temporaires,
04:37mais de l'autre, une situation sur le marché de l'emploi qui est moins tendue
04:42qu'elle ne l'ait été il y a encore deux ou trois ans.
04:45Et donc, ça veut dire moins de risques de pression salariale plus forte dans les mois à venir.
04:50102 dollars pour le baril de Brent, 93 dollars pour le WTI,
04:54assure donc ce soir la réunion de la fête de la Banque Centrale Américaine.
04:58Avant la BCE, demain, nous parlerons d'ailleurs de ce contexte monétaire
05:02dans une demi-heure avec Florian Roger de BNP Paribas CLB et Vincent Juvins de ING.
05:06J'ai juste avant un mot des pays émergents, car là aussi, ils sont en première ligne,
05:11que ce soit à travers la remontée des cours des matières premières,
05:16mais aussi et surtout des engrais, des matières agricoles.
05:18On a l'ONU, notamment hier, qui a tiré la sonnette d'alarme sur l'insécurité alimentaire.
05:24C'est vrai que ce sont des pays qui sont en première ligne.
05:27Tout à fait. C'est sûr que le premier réflexe en ce moment, pour nous,
05:30c'est de parler du choc lié au prix énergétique.
05:33Il ne faut pas le sous-estimer.
05:35Et d'ailleurs, il est à peu près du même ordre pour les pays émergents et en développement,
05:38parce qu'en moyenne, l'énergie contribue à peu près à la même proportion
05:43de l'indice des prix à la consommation, que ce soit dans les pays en développement
05:47ou dans les économies matures.
05:49En revanche, ce qui change, ce sont sans doute les effets retardés qu'on observera
05:55à partir de la rentrée en ce qui concerne les prix de l'alimentation.
05:59Pourquoi ? Parce qu'il y a une forte partie du commerce mondial d'engrais
06:06qui transite par le détroit d'Hormuz, puisque beaucoup de pays du Moyen-Orient
06:10sont devenus ces dernières années producteurs d'engrais.
06:14Et donc ça, ça veut dire des effets de second tour très importants,
06:17notamment pour des pays asiatiques qui produisent des denrées agricoles.
06:22On pense notamment à l'Inde, mais pas que.
06:24La Thaïlande, le Pakistan, qui sont de grands producteurs de riz
06:27et qui ont déjà alerté sur les risques quant à la production de la prochaine saison
06:32qui sera commercialisée à la rentrée.
06:35Or, on sait que c'est la première denrée consommée dans beaucoup de pays en développement,
06:39notamment en Asie et en Afrique.
06:42Or, vous prenez en moyenne, c'est très variable,
06:45mais l'alimentaire, dans l'indice des prix à la consommation totale,
06:49c'est entre 20 à plus de 50 %.
06:51Donc c'est quelque chose de colossal dans le budget,
06:55dans le panier des consommateurs moyens de ces pays-là.
06:59Donc c'est très clairement le principal risque à surveiller.
07:02Ça devrait intervenir à partir de la rentrée,
07:05mais il faut se souvenir de ce qui s'était passé en 2022-2023.
07:09La majeure partie des pressions inflationnistes dans les pays émergents
07:13résultait non pas des pressions à la hausse sur les prix de l'énergie,
07:17mais plutôt de celles sur les prix alimentaires.
07:19Merci beaucoup, Julien Mercier, nous a accompagnés ce matin.
07:21Je rappelle que vous êtes chef économiste de Global Southwind Advisory,
07:24à suivre donc la Fed et la BCE, et également la Banque du Japon.
07:28J'avais oublié la Banque du Japon qui va se réunir demain.
07:31Sanaï Takachi qui sera également du côté des États-Unis.
07:35Rencontre avec le président Trump à la Maison-Blanche ce jeudi.
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