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  • il y a 7 heures
Vendredi 2 janvier 2026, retrouvez David Boccara (Chirurgien plasticien à l’hôpital Saint-Louis, AP-HP) et Pierre-Alain Mayeux (Médecin esthétique) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.

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Transcription
00:04David, Pierre-Alain, bonjour.
00:06Bonjour.
00:06Bienvenue, merci d'avoir répondu présent.
00:08Avec plaisir.
00:10Pierre-Alain, vous constatez cette explosion de la demande ?
00:14Alors, on a une explosion de la demande, oui, à travers les réseaux sociaux notamment.
00:19Et les réseaux sociaux ont apporté, certes, une perte de complexe de parler de la médecine esthétique en général,
00:27mais aussi des dérives importantes et notamment une communication très agressive de la part des fake injectors,
00:36dont des gens qui injectent sans même avoir la moindre formation de quoi que ce soit.
00:41Et est-ce qu'on le mesure ? Est-ce que vous avez des chiffres ?
00:44Alors, il suffit de se connecter sur les réseaux et vous avez une explosion de ces demandes,
00:51enfin de ces demandes, de ces propositions plus exactement, qui vont au-delà de toute commune mesure.
00:58Donc, en vous connectant en cinq minutes, vous allez avoir des centaines de sites qui apparaissent.
01:03Et dans quelle mesure le profil des patients a changé ces dernières années ?
01:06Alors, quand j'ai commencé, moi, il y a 23 ans à travailler, je traitais des patientes qui avaient entre
01:1150 et 75 ans.
01:13Maintenant, je travaille avec des patients qui ont des demandes et qui ont la petite trentaine, voire un peu avant.
01:21Donc, ce n'est pas qu'une question d'âge, il y a une question de complexe, il y a
01:24une question d'estime de soi, de confiance en soi.
01:28Donc, quand on peut répondre de façon raisonnable, on peut le faire.
01:31Il faut garder une grosse éthique derrière.
01:34David Boccarat, du côté du chirurgien, à votre échelle, vous constatez cette montée en puissance ?
01:39Oui, il y a une montée en puissance.
01:41Alors, je dirais la même chose que mon confrère, mais je pense que de manière générale, dans la société,
01:46l'approche du corps, du bien-être et de la santé ont changé de manière globalement très positive.
01:51Les gens font plus attention à eux, enfin, on fait plus de sport, les gens attachent plus d'importance à
01:56leur alimentation.
01:58Du coup, il y a une logique, si vous voulez, à ce que tout l'aspect esthétique ou morphologique,
02:03que les patients et que les gens dans la population française y soient plus sensibles.
02:08Après, le titre, je crois que c'était dérive.
02:10Je ne dirais pas dérive, mais peut-être qu'il y a des choses qui sont...
02:13Il y a eu beaucoup de progrès.
02:15Forcément, il y a plus de complications, mais il y a surtout beaucoup plus d'actes qu'avant.
02:19Et je pense qu'au contraire, les progrès récents qui ont été réalisés, d'un point de vue médical ou
02:23chirurgical,
02:24sont extraordinaires.
02:26Et on en parlait juste avant l'émission, les complications graves, il y en a quand même moins qu'avant.
02:32Alors, bien entendu, la problématique qui se pose aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens qui réalisent
02:36des gestes ou des actes
02:38de chirurgie ou de médecine esthétique et qui n'ont pas les compétences, l'habilitation,
02:43ou parfois qui ont les compétences, mais qui ne les font pas non plus dans des structures adaptées.
02:47Donc, il y a cette problématique-là.
02:49Et justement, pour éviter l'explosion des dérives, je pense qu'il est important aujourd'hui d'encadrer ces pratiques
02:56-là.
02:56Et on va y revenir justement sur ces complications et ces dérives.
02:59Néanmoins, pour rester sur ce thème introductif, certains patients cherchent à corriger des complexes,
03:05d'autres cherchent à ressembler à quelque chose, pour le dire trivialement.
03:10Comment est-ce que vous faites-vous pour évaluer si une demande est saine, raisonnable ou potentiellement problématique ?
03:17Évidemment, il y a déjà la consultation, le temps de la consultation qui est extrêmement important.
03:22Et il faut absolument cerner notre patient, connaître ses antécédents, bien évidemment,
03:26les contre-indications éventuelles à ses traitements, et surtout l'état psychologique de ce patient ou de cette patiente.
03:32Donc, effectivement, le fait de l'évaluer en consultation est fondamental.
03:38Et on a parfois des gens qui sont complètement dans des demandes irréalistes,
03:42ou parfois des dysmorphophobies, donc ils ont perdu complètement la réalité avec leur visage ou leur corps.
03:46Et ça, c'est un vrai problème, parce qu'on ne résoudra pas leurs soucis avec trois injections ou avec
03:51une prise en charge d'esthétique médicale.
03:53Mais qu'est-ce qui domine, justement ? Si vous voulez rétablir la vérité, c'est le moment.
03:56Qu'est-ce qui domine ? Ce sont des gens motivés.
04:01La plupart du temps, j'ai des gens tout à fait bien dans leur peau, qui veulent avoir un peu
04:06plus confiance en eux, etc.
04:08Et ça fonctionne très très bien.
04:09Donc, la plupart des demandes sont complètement raisonnables.
04:14Mais quand c'est trop tôt pour refaire des choses, ou quand ce n'est pas une bonne indication, il
04:19faut évidemment les mettre.
04:20Et je dis très souvent non, ce n'est pas possible, ou alors ce n'est pas encore le temps.
04:24Et c'est comparable sur le plan chirurgical ?
04:26Non, mais même d'un point de vue médical, je veux dire, le temps de la consultation, il est essentiel.
04:31Malheureusement, on voit toujours, on ne repère sur l'extérieur, que ce soit dans la rue, à la plage, que
04:36les patients, je dirais, un peu caricaturaux.
04:38Ceux qui en font trop, ou ceux qui veulent trop l'afficher.
04:41Mais dans la plupart des cas, les gens, c'est des gens comme vous et moi, qui ont envie d
04:46'une petite amélioration, qui ont envie d'une sensation de bien-être.
04:49Je ne crois pas que la quête de la jeunesse éternelle, etc.
04:55Mais je trouve qu'il n'y a rien de mal.
04:56Parce qu'il n'y a plus tellement le sujet.
04:57Je trouve que juste avoir envie d'être mieux dans son corps, mieux dans sa vie, c'est important.
05:02Et d'ailleurs, même sur la dysmorphophobie dont on parlait, on s'y est beaucoup intéressé.
05:06Moi, j'ai beaucoup travaillé dessus.
05:07Et on s'est rendu compte que même certains patients dysmorphophobes étaient quand même améliorés par la médecine ou par
05:12la chirurgie esthétique.
05:13Donc, il ne faut pas fermer la porte aux gens.
05:15Après, en effet, il y a deux volets.
05:17Il y a le volet médical où il faut s'assurer que les gens ne vont pas avoir de pathologie,
05:21je dirais, somatique suite à un geste chirurgical ou médical.
05:24Et après, il y a l'état psychologique du patient.
05:27Et en effet, c'est important.
05:28Et la consultation, elle se passe avec le médecin.
05:31Elle se passe aussi avec l'assistante.
05:33Et c'est en équipe qu'on arrive à identifier les gens qui potentiellement...
05:37Et puis, les demandes extravagantes, franchement, c'est quand même très marginal.
05:41Alors, peut-être parce qu'on n'est pas nous-mêmes marginaux.
05:44Mais voilà, on dit qu'on a un peu la patientèle qu'on attire ou qu'on mérite.
05:49Mais je pense que quand on est un praticien aguerri, l'expérience fait qu'on arrive...
05:53Voilà, c'est jamais du 100% parce que ça reste de la médecine.
05:56Et donc, qu'est-ce qu'il s'agit aussi quand même, quelque part, de résister à une forme de
05:59pression sur vos pratiques ?
06:02C'est un bon mot, résister, c'est le bon mot parce que c'est beaucoup plus difficile de dire
06:06non à quelqu'un en consultation que de dire oui.
06:08Donc, la facilité, c'est de faire ce pour quoi la patiente vient ou le patient vient.
06:12Parce qu'expliquer à quelqu'un que ce n'est pas possible ou que c'est contre-indiqué ou que
06:16ça ne va pas répondre à sa demande, ça nécessite et ça demande beaucoup plus de temps.
06:20Donc, tout l'enjeu, finalement, et savoir dire non, c'est comme dans tout, dans la vie, c'est parfois
06:25beaucoup plus difficile que dire oui.
06:26Sans compter qu'on le sait, le secteur est lucratif. Vous résistez, vous, Pierre-Alain ?
06:31Mais sans aucun problème. Je reste médecin avant tout.
06:35Donc, quand l'intérêt de mon patient ne nécessite pas le traitement, il est évident que je ne vais pas
06:41le faire.
06:42Donc, oui, ça va contre mes intérêts financiers.
06:44Qu'importe, l'important, je vis très bien, tout se passe bien.
06:47L'important, c'est de répondre à la demande du patient quand c'est possible et quand ce n'est
06:52pas possible.
06:53Effectivement, comme disait David Boccarat, c'est totalement...
06:57C'est très important de leur dire non.
06:59Ça prend un temps important, mais on dit non et on dit pourquoi.
07:03Évidemment.
07:05Il y a des dérives, en tout cas je lis dans les journaux, par exemple, que vos amis, nos amis
07:10d'ailleurs, je me mets dans le terme dermatologue,
07:12c'est plus facile d'avoir un rendez-vous dans trois jours pour se faire faire un petit geste esthétique,
07:18on va dire,
07:18plutôt que de faire un dépistage de des vues qui ne t'intéresse pas vraiment.
07:21Là, il faut plutôt trois mois.
07:22Et donc, le conseil de l'ordre des médecins, visiblement, est un petit peu braqué contre votre métier en général
07:29et la médecine esthétique en particulier.
07:31Donc, vous en avez conscience, j'imagine.
07:33Alors, moi, je peux répondre à ça.
07:34Effectivement, on a fait une étude très poussée sur le nombre de médecins esthétiques qui existent en France.
07:41On entend beaucoup des chiffres, 10 000, 9 000, 10 000 médecins esthétiques, c'est faux, archi faux.
07:47On a fait une étude, on était entre 1 000 et 1 500.
07:51Deux tiers ont un exercice mixte, c'est-à-dire la médecine générale et la médecine esthétique.
07:56Et là-dessus, on se base sur les, je peux vous redonner le document, sur les chiffres du conseil de
08:03l'ordre.
08:05On a une estimation aussi facile qui se fait par les assureurs.
08:09Et donc, on peut tout à fait contrôler ces chiffres.
08:12Donc, oui, il y a un attrait vers ce métier.
08:16Donc, oui, une régulation est inévitable et ça, on le sait parfaitement bien.
08:19On est en discussion constante avec les ministères, avec le conseil de l'ordre.
08:22C'est évident.
08:24Mais on n'est pas le nombre qu'on veut bien nous faire croire.
08:27Alors, oui, les dermatologues, ils sont, nous, on y va dire 1 500.
08:31Les dermatologues sont un peu plus de 3 000.
08:33Les médecins plasticiens sont à peine plus de 1 000 en France.
08:37Et donc, oui, il faut une régulation pour que seuls des gens bien formés
08:43et qui soient aguerris à ce métier puissent exercer.
08:48Ça, c'est évident.
08:49Moi, je trouve que, pour conclure, je trouve que c'est un faux procès qu'on fait aux dermatologues.
08:55Parce que, déjà, et c'est eux qui prennent en charge la quasi-totalité du dépistage des cancers de la
09:00peau.
09:01Alors, je vais défendre mes collègues.
09:02Mais oui, c'est parfois plus facile d'avoir un rendez-vous pour une injection ou autre.
09:07Après, la démographie médicale est en baisse.
09:10Donc, ce n'est pas uniquement lié à ça.
09:11Et après, je pense qu'on ne se pose pas les bonnes questions.
09:13Il faut peut-être se demander pourquoi les gens se tournent plutôt vers ces actes-là plutôt que vers d
09:18'autres.
09:19Peut-être que la prise en charge des cancers de la peau...
09:22Alors, nous, à l'hôpital, on n'est pas dans les mêmes conditions.
09:24Mais celui qui est en cabinet de ville, c'est une prise en charge qui est plus lourde,
09:27qui est plus difficile avec des patients plus lourds.
09:29Et puis, il y a une rémunération aujourd'hui qui n'est pas la même.
09:32Donc, forcément, vous ne pouvez pas empêcher les gens de se tourner vers ça.
09:35Néanmoins, c'est toujours la même chose sur l'accessibilité aux soins, etc.
09:40Le premier désert médical, ça reste la région parisienne.
09:43Il y a des hôpitaux partout.
09:44Il n'y a pas de dépassement d'honoraires.
09:46On prend les gens en charge quand ils en ont besoin.
09:49Donc, c'est toujours un procès qu'on fait aux médecins, quels qu'ils soient.
09:52Et je trouve que là-dessus, c'est un peu injuste.
09:54Par contre, comme je l'ai dit au début, qu'il y ait besoin d'une régulation.
09:57Oui, c'est important pour que, surtout, ça soit des gens compétents qui réalisent ces actes-là.
10:02Oui, justement, parlons un peu des risques et des complications.
10:05Quelles sont les complications les plus fréquentes que vous voyez, vous, Pierre-Alain,
10:09quand ces actes sont réalisés en dehors du cadre médical ?
10:13Alors, on a effectivement beaucoup de complications qui nous arrivent dans les cabinets.
10:18À un moment, je les prenais, on discutait tout à l'heure avec David,
10:21je les prenais en charge au cabinet, mais j'avais l'impression de favoriser le système.
10:26Si tu as un problème, tu vas voir le docteur Maillot, il va régler le problème.
10:30Ça a un vrai souci et j'avais l'impression d'encourager le système.
10:35Mais néanmoins, maintenant, je demande un certificat de constatation aux UMJ, aux unités médico-judiciaires,
10:42et une plainte, avant de les prendre en charge, parce que c'est moi qui serai responsable de ces patients.
10:47Et ça, ça pose un vrai problème de responsabilité médico-légale.
10:51Ce qu'on voit arriver, ce sont des gens qui ont des injections, notamment d'acide hyaluronique,
10:55qui sont des injections intra-artérielles et qui posent des problèmes.
10:58Donc, si on réagit, tout va bien se passer, on sait exactement comment faire.
11:02Et nous, en cabinet, alors moi, ça fait 23 ans que j'exerce, j'ai eu une complication de ce
11:06type dans une lèvre.
11:08Moins de cinq minutes après, la patiente avait eu le traitement adéquat,
11:11et quelques jours après, il n'y paraissait plus.
11:12On parle de nécrose, et nécrose arrive quand l'artère n'est pas débouchée.
11:17Et Dieu merci, Dieu merci, avec l'acide hyaluronique, on a une antidote qui fonctionne,
11:22et sur laquelle on a une autorisation de pratique pour pouvoir,
11:25et en fait, c'est récent, c'est depuis fin 2017.
11:29Avant, ça fonctionnait, les gens qui étaient responsables et conscients de ce qu'ils faisaient
11:34avaient ce produit au cabinet, mais pas de façon légale, ce qui est quand même un peu terrible.
11:38Donc, il est évident qu'on prend en charge des patients et des complications.
11:43Moi, je pouvais passer ma sainte journée à faire.
11:47Dieu merci, les choses évoluent, mais on a toutes ces complications
11:52qui arrivent à l'hôpital, qui arrivent en cabinet, chez les plasticiens,
11:56chez les dermatos, chez les médecins esthétiques.
11:58Et donc, c'est énorme.
12:00Vous n'imaginez pas, c'est un raz-de-marée.
12:02Oui, et à votre échelle, David, vous les voyez arriver, ces patients,
12:04pour réparer des dégâts ?
12:06Oui, nous, forcément, à l'hôpital Saint-Louis, en plus,
12:08nous, c'est un service de chirurgie, donc on récupère les dégâts qui sont graves.
12:11Alors, il y en a beaucoup, mais proportionnellement au nombre d'actes réalisés en France,
12:16c'est quand même très marginal, et heureusement, dans la plupart des cas,
12:18c'est des produits qui se résorbent au bout de six mois.
12:21Donc, bon, le nombre d'accidents graves est assez faible.
12:25Néanmoins, alors, des consultations pour complications minimes,
12:30on en a tous les jours, et des complications majeures,
12:32on en a en moyenne une par semaine,
12:33avec parfois des amputations complètes de nez, des amputations d'oreille.
12:38On a énuclé une patiente aussi l'année dernière.
12:42Ce qui est un peu triste dans tout ça,
12:44c'est qu'on arrive à identifier les gens qui font ça de manière illégale.
12:48Malheureusement, pour le coup, il y a assez peu de réactions,
12:50malgré les plaintes, malgré le fait que le syndicat des plasticiens
12:53ait déposé de nombreuses plaintes.
12:55Et en fait, malheureusement, avec la puissance d'Internet,
12:59il y a un site qui se ferme,
13:00le lendemain, il y en a un autre qui ouvre avec la même personne.
13:03Et après, voilà, alors c'est toujours pareil, comment on se place ?
13:06Est-ce qu'on se dit, comment les gens peuvent avoir été aussi naïfs
13:08pour se faire injecter, parfois dans une cave, dans un grenier,
13:12par des gens qui ressemblent à tout sauf des médecins,
13:14avec des produits achetés n'importe où en ligne ?
13:16Voilà, parce qu'il y a celui qui injecte,
13:18et il y a aussi qu'est-ce qu'il injecte, ou quel geste il réalise.
13:21Donc oui, il y a beaucoup plus de complications qu'avant,
13:24mais parce qu'il y a aussi énormément d'actes.
13:26Donc il faut rassurer les gens, dans la très grande majorité,
13:28ça se passe bien, et la plupart des cas,
13:31l'action des produits est réversible.
13:33Tout le problème est déjà, qui injecte quoi,
13:35et c'est quel produit injecter,
13:36parce qu'il y a des projets qui ne sont pas réversibles,
13:38ou qui génèrent des complications qui sont irréversibles.
13:40Et ça, généralement, ça n'arrive pas avec des gens qui sont qualifiés.
13:44On peut tous avoir une efficacité qui va être modérée,
13:48qui va peut-être parfois être insuffisante,
13:50mais une complication avec une nécrose complète de nez, d'oreille,
13:54sincèrement, ça dépend du produit qui est acheté.
13:56Et les gens qui n'ont pas les compétences et les habilitations
13:58ne peuvent pas acheter les produits autorisés,
14:01vu qu'ils n'ont pas accès à la vente.
14:02Et ça accentue la gravité du problème,
14:04puisque en plus de ne pas savoir réaliser le geste correctement,
14:07ils achètent des produits qui sont dangereux.
14:09Et au-delà des injections,
14:11il peut y avoir aussi des actes chirurgicaux de fait en dehors ?
14:16On est face à un vrai problème,
14:17et là, pour le coup, c'est exponentiel.
14:19Je trouve encore plus que les complications de médecine esthétique,
14:22qui, comme j'ai dit,
14:23heureusement, dans la plupart des cas, sont plus modestes,
14:25c'est les gens qui se font opérer à l'étranger.
14:27On est assaillis, comme a dit le docteur Mailleux,
14:31et franchement, il y a des jours où on en a marre d'être en consultation
14:34et de recevoir quatre ambulances,
14:36trois SAMU pour des gens qui ont des nécroses,
14:39des hématomes.
14:40En fait, ils se font opérer à l'étranger par des gens
14:41qui les consultent uniquement une fois par Internet.
14:45Ils reviennent en France,
14:46et après, on leur dit,
14:47bon, ben, allez à l'hôpital Saint-Louis,
14:48parce que nous, on est gentils
14:49et qu'on s'occupe des gens jusqu'au bout.
14:51Et ça, c'est un vrai sujet,
14:52avec des gens qui ont des nécroses complètes,
14:53qui font de la réanimation,
14:54qui décèdent parfois.
14:55Il y en a eu l'année dernière encore.
14:57Et ça, c'est un problème qui est encore plus grave.
14:59Malheureusement, c'est des praticiens qui sont à l'étranger,
15:01et on n'a aucun pouvoir d'action dessus.
15:04Donc, il y a un vrai enjeu de santé publique,
15:07mais face auquel on ne peut pas grand-chose.
15:08Et après, je suis toujours stupéfait des gens.
15:10Alors, se faire injecter,
15:11déjà juste par quelqu'un qu'on a rencontré par Internet,
15:13mais le faire en France, c'est un niveau.
15:15Mais elle est carrément, je ne sais pas,
15:17en Turquie, en Tunisie...
15:19Oui, c'est une affaire de prix.
15:21Oui, mais le prix, justement, ça reste mystérieux,
15:24parce que les écarts en plus de prix
15:25ne sont pas à la hauteur.
15:26C'est ça qui est fou.
15:27Mais on leur promet, au-delà du prix,
15:29une qualité qui est supérieure.
15:31Et c'est terrible,
15:31parce que nous, on a un grand centre de formation.
15:33On accueille des chirurgiens du monde entier.
15:35Et même là-dessus,
15:36on commence à se poser des questions
15:37parce que parfois, on a des chirurgiens
15:38qui viennent en observation
15:39pendant deux semaines ou trois semaines.
15:41Et après, je me rends compte sur Internet
15:43ou par le biais d'autres patients
15:44qu'ils s'installent dans leur pays
15:46et ils marquent qu'ils ont été formés chez nous.
15:47Donc, il y a aussi tout ce sujet-là
15:49parce qu'on se flagelle beaucoup en France,
15:52mais on ne réalise pas à quel point
15:53on a la chance d'avoir des praticiens
15:55qui sont bien formés,
15:56qui sont compétents
15:57et dans des structures de soins
15:59qui sont exceptionnelles.
16:00Et surtout, le coût social de l'histoire
16:02est monstrueux.
16:03Imaginez, une journée en réanimation,
16:05c'est 5 000 euros.
16:06Donc, quand vous avez des complications
16:08comme cette année,
16:09sur la toxine botulique,
16:10il y a eu huit patientes en réanimation.
16:12Elles ne sont pas restées trois jours en réanimation,
16:14elles sont restées plusieurs semaines
16:15à 5 000 euros la nuit.
16:16C'est monstrueux.
16:18Quand ils doivent réopérer à Saint-Louis,
16:21c'est des blocs,
16:21c'est des chirurgiens extrêmement compétents.
16:23C'est un coût social monstrueux, tout ça.
16:27Et ça, c'est vous et moi
16:28qui le prennent en charge
16:28par la sécurité sociale.
16:30Alors, il faut alerter quand même les gens,
16:32c'est qu'en théorie,
16:33les complications de chirurgie esthétique
16:36faites à l'étranger
16:37ne sont plus prises en charge
16:38par l'assurance maladie.
16:39En théorie.
16:40Il y a des patients qui peuvent,
16:41s'ils ont été hospitalisés,
16:42c'est assez simple.
16:43Le tarif d'une journée à l'hôpital,
16:45ça coûte 2 500 euros.
16:46En réanimation, ça coûte 4 500 euros.
16:48Faites le calcul pour les gens
16:49qui restent 10 à 15 jours.
16:51Ils vont économiser 500 ou 1 000 euros
16:53en se faisant opérer à l'étranger,
16:55mais ils peuvent se retrouver
16:55avec 20, 30 ou 40 000 euros
16:58de factures vis-à-vis du trésor public ici.
17:01Donc, je pense que les gens
17:02ne s'oupèsent vraiment pas.
17:03Il y a le danger physique, bien sûr,
17:05qui passe en premier,
17:06mais même le danger matériel, il existe
17:08et il y a des gens qui se retrouvent
17:08en situation difficile.
17:10Alors après, comme l'a dit mon collègue,
17:11ce n'est pas toujours évident
17:12que l'État puisse récupérer
17:14cet argent qui lui est dû,
17:15mais en tout cas,
17:16il y a ce sujet-là aussi
17:17qu'il faut que les patients aient en tête.
17:18Et pour parler du cadre légal,
17:20justement,
17:21parce qu'il ne nous reste plus
17:21beaucoup de temps avant
17:22la chronique d'Hervé,
17:24un futur décret devrait préciser
17:26une durée minimale d'exercice
17:27en médecine curative
17:28pour qu'un médecin puisse exercer
17:30des actes esthétiques.
17:32Est-ce que ce serait vraiment utile
17:34pour éviter les accidents ?
17:37Alors, je ne suis pas sûr
17:38que ça évite les accidents.
17:40L'important, effectivement,
17:41c'est que les médecins
17:43puissent pratiquer dans leur spécialité
17:45au moins au départ
17:46et de façon au moins partielle ensuite.
17:50La question, en fait,
17:51elle est sur les jeunes médecins
17:54qui veulent s'installer
17:55en médecine esthétique.
17:56Et il est évident
17:58qu'il faille une régulation
17:59à ce niveau-là.
18:00La régulation,
18:00elle passe par la reconnaissance.
18:02Donc, il est indispensable
18:03qu'on ait une vraie reconnaissance
18:04de ce métier,
18:04tout comme la chirurgie plastique
18:06a pas mal évolué au début
18:08et c'est devenu une spécialité ensuite.
18:11Donc, il n'est pas sûr
18:12que la médecine esthétique
18:13soit une spécialité un jour.
18:14Mais en tous les cas,
18:15il est évident
18:16qu'il faille sélectionner
18:18des praticiens
18:19qui est une bonne pratique,
18:21qui est une formation reconnue
18:23et de qualité.
18:25Et ça, c'est fondamental
18:26pour éviter ces accidents.
18:27Justement, pour être concret
18:28et pour les patients
18:29qui nous regardent,
18:31qu'est-ce qu'il faut absolument
18:33vérifier avant de se faire
18:34injecter ou opérer ?
18:36Déjà, il faut vérifier
18:36que ce soit un médecin.
18:37Donc, le Conseil de l'Ordre,
18:39on a un numéro
18:40et un numéro unique.
18:41Donc, vous allez se connecter
18:42sur le site du Conseil de l'Ordre
18:44et vous trouvez déjà
18:45s'il est médecin.
18:46Première chose.
18:47Deuxième chose,
18:49on a des formations
18:50et il y a des formations
18:50qui sont reconnues.
18:51Donc, moi, j'ai fait
18:52le Collège National
18:53de Médecine Esthétique
18:54qui était une formation,
18:54à l'époque,
18:55c'était la seule qui existait.
18:56C'était de très bonne qualité.
18:57Mais ensuite,
18:58j'ai refait deux ans
18:59de formation
19:01d'EU de médecine morphologique
19:02et anti-âge
19:03qui était reconnue par l'Ordre.
19:05Et ça, ça a été fait.
19:06Maintenant, il y a un nouveau
19:09DIU qui est
19:10le DIU de médecine esthétique
19:12et dont les premiers diplômés
19:14vont sortir là au mois de juin.
19:16Donc, tout ça, ça avance
19:17en concertation
19:18avec le Conseil de l'Ordre,
19:19avec le ministère.
19:20Et c'est important.
19:21Donc, une vraie reconnaissance,
19:22c'est indispensable
19:23pour pouvoir réguler ce métier.
19:26David, comment est-ce que
19:26vous imaginez le secteur
19:29si on se projette
19:30d'ici dix ans ?
19:32Alors, les progrès,
19:33ils sont quotidiens.
19:34Donc, je pense que
19:35la prise en charge des patients,
19:36elle va s'améliorer.
19:38Comme l'a dit le docteur Mailleux,
19:39là, on est en train
19:39de mettre en place
19:40tout un encadrement
19:41parce qu'il faut encadrer
19:43cette activité.
19:44Donc, il y a ce DIU.
19:46Donc, pour les patients,
19:46il suffira de voir
19:47pour les nouveaux médecins
19:49s'ils ont ce diplôme ou pas.
19:50Il va y avoir une commission
19:51pour qualifier,
19:53pour donner la qualification.
19:54Ce n'est pas une spécialité
19:55de la médecine esthétique,
19:56ce qui rend difficile
19:57la reconnaissance, du coup,
19:58pour ceux qui pratiquent ça
19:59depuis longtemps,
20:00mais qu'il faut que ça soit fait.
20:01Et puis, je pense
20:02qu'il y a un avenir
20:03qui est fabuleux,
20:04que ça soit en chirurgie,
20:05que ça soit en médecine.
20:06La France est un des pays
20:07les plus moteurs.
20:08Il ne faut pas oublier
20:08que la lipoaspiration,
20:09elle a été inventée en France.
20:11Les premières prothèses,
20:12elles ont été posées en France.
20:14Parmi les premiers liftings aussi,
20:15donc je suis toujours
20:16un peu cocorico,
20:17mais on a cette chance-là.
20:18C'est tout un secteur.
20:22Et justement,
20:23pour pouvoir bien prendre en charge,
20:25il ne faut pas que les patients
20:26aient l'impression
20:27que tout et n'importe quoi
20:28puisse se passer.
20:29Donc, il faut vraiment...
20:30Moi, je dirais qu'il faudrait
20:31presque un label
20:32pour les médecins esthétiques
20:34qui puissent être facilement identifiés.
20:36Et je pense que c'est important
20:37que le Conseil de l'Ordre
20:39puisse à terme fournir
20:40une liste de médecins
20:40qui soient agréés ou pas.
20:42Et au moins,
20:42ça sera clair pour les patients.
20:44Parce que mine de rien,
20:45il y a beaucoup de fake injectors,
20:46mais il y a aussi beaucoup de médecins
20:47qui pratiquent cette activité,
20:49qui pratiquent ces actes
20:50sans avoir l'expérience,
20:51sans avoir la formation
20:52et ça pose problème aujourd'hui.
20:53Donc, le simple fait
20:54d'être médecin
20:55ne suffit pas
20:57à pratiquer des actes
20:58de médecine esthétique.
20:59Il faut une formation
20:59comme l'a fait mon collègue.
21:01Et puis, il faut que ces formations,
21:02elles soient définissent clairement
21:04lesquelles sont reconnues ou pas.
21:05Il y a tout un travail
21:06qui est fait depuis un an
21:07avec sérieux
21:08par les doyens des universités,
21:10par le ministère,
21:10par le Conseil de l'Ordre.
21:12Et j'espère que 2026
21:14permettra d'avoir un horizon
21:15qui sera assaini
21:16et qui redorera un peu
21:18le blason de ces actes-là
21:20qui quand même
21:21donnent du bonheur
21:22au quotidien aux gens.
21:23Et il ne faut pas...
21:23Enfin, c'est important
21:24dans le quotidien
21:25de millions de personnes sur Terre.
21:28On a un métier extraordinaire.
21:29On rend les gens heureux.
21:30On rend les gens heureux.
21:31C'est formidable.
21:33Merci.
21:33Ce sera le moment de la fin.
21:34C'est parfait.
21:35Merci beaucoup, messieurs,
21:36pour ces éclairages.
21:37Restez avec nous.
21:37On passe au scan.
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