- il y a 7 heures
Vendredi 2 janvier 2026, retrouvez David Boccara (Chirurgien plasticien à l’hôpital Saint-Louis, AP-HP), Hervé Bonnaud (Président, Nex&Com;) et Pierre-Alain Mayeux (Médecin esthétique) dans SANTÉ FUTURE, une émission présentée par Alix Nguyen.
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00:08Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans Santé Futur, votre rendez-vous dédié à l'innovation et à
00:13l'avenir de la santé.
00:14Comme toujours, Hervé Bono est là, bien sûr. Salut Hervé.
00:17Salut Alix.
00:18Et aujourd'hui, un sujet qui fascine autant qu'il interroge, la médecine et la chirurgie esthétique.
00:23Un secteur en plein essor qui attire toujours plus de patients avec des avancées, qu'il s'agisse de médecine
00:29esthétique ou de chirurgie reconstructrice.
00:32Des avancées qui permettent d'améliorer le bien-être, de corriger des complexes et pour beaucoup de patients de retrouver
00:37une qualité de vie.
00:39Mais ce développement s'accompagne aussi de dérives de plus en plus visibles, des injections réalisées par des personnes non
00:45qualifiées, des complications parfois graves.
00:48Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir David Boccarat, professeur des universités, praticien hospitalier, chirurgien plasticien à l
00:56'hôpital Saint-Louis
00:57et chercheur associé à l'unité INSERM 976 et le médecin morphologue et anti-âge, Pierre-Alain Mailleux.
01:05Nous parlerons aussi du nouveau cadre. Si la chirurgie est déjà réglementée, la médecine esthétique l'est moins.
01:11Face à ce constat, le législateur encadre la profession, mais ces mesures suffisent-elles à protéger les patients ?
01:18Éléments de réponse dans cette émission.
01:20Et puis dans le scan, Hervé reviendra sur ce que dit ce phénomène de notre société, la peur de vieillir,
01:27la pression de l'image et l'influence des réseaux sociaux
01:30qui façonnent et parfois dictent nos corps et nos visages.
01:38David, Pierre-Alain, bonjour.
01:40Bonjour.
01:41Bienvenue, merci d'avoir répondu présent.
01:43Avec plaisir.
01:44Pierre-Alain, vous constatez cette explosion de la demande ?
01:49Alors, on a une explosion de la demande, oui, à travers les réseaux sociaux notamment.
01:54Et les réseaux sociaux ont apporté, certes, une perte de complexe de parler de la médecine esthétique en général,
02:01mais aussi des dérives importantes et notamment une communication très très agressive de la part des fake injectors,
02:11dont des gens qui injectent sans même avoir la moindre formation de quoi que ce soit.
02:15Et est-ce qu'on le mesure ? Est-ce que vous avez des chiffres ?
02:18Alors, il suffit de se connecter sur les réseaux et vous avez une explosion de ces demandes,
02:25enfin de ces demandes, de ces propositions plus exactement, qui vont au-delà de toute commune mesure.
02:32Donc, en vous connectant en cinq minutes, vous allez avoir des centaines de sites qui apparaissent.
02:37Et dans quelle mesure le profil des patients a changé ces dernières années ?
02:40Alors, quand j'ai commencé, moi, il y a 23 ans à travailler, je traitais des patientes qui avaient entre
02:4650 et 75 ans.
02:47Maintenant, je travaille avec des patients qui ont des demandes et qui ont la petite trentaine, voire un peu avant.
02:55Donc, ce n'est pas qu'une question d'âge, il y a une question de complexe, il y a
02:58une question d'estime de soi, de confiance en soi.
03:02Donc, quand on peut répondre de façon raisonnable, on peut le faire.
03:06Il faut garder une grosse éthique derrière.
03:08David Boccarat, du côté du chirurgien, à votre échelle, vous constatez cette montée en puissance ?
03:13Oui, il y a une montée en puissance.
03:15Alors, je dirais la même chose que mon confrère, mais je pense que de manière générale, dans la société,
03:20l'approche du corps, du bien-être et de la santé ont changé de manière globalement très positive.
03:26Les gens font plus attention à eux, on fait plus de sport, les gens attachent plus d'importance à leur
03:31alimentation.
03:32Du coup, il y a une logique, si vous voulez, à ce que tout l'aspect esthétique ou morphologique,
03:38que les patients et que les gens dans la population française y soient plus sensibles.
03:42Après, le titre, je crois que c'était dérive.
03:45Je ne dirais pas dérive, mais peut-être qu'il y a des choses qui sont...
03:48Il y a eu beaucoup de progrès.
03:49Forcément, il y a plus de complications, mais il y a surtout beaucoup plus d'actes qu'avant.
03:53Et je pense qu'au contraire, les progrès récents qui ont été réalisés, d'un point de vue médical ou
03:57chirurgical,
03:59sont extraordinaires.
04:00Et on en parlait juste avant l'émission, les complications graves, il y en a quand même moins qu'avant.
04:06Alors, bien entendu, la problématique qui se pose aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens qui réalisent
04:10des gestes ou des actes
04:12de chirurgie ou de médecine esthétique et qui n'ont pas les compétences, l'habilitation,
04:17parfois qui ont les compétences, mais qui ne les font pas non plus dans des structures adaptées.
04:21Donc, il y a cette problématique-là.
04:23Et justement, pour éviter l'explosion des dérives, je pense qu'il est important aujourd'hui d'encadrer ces pratiques
04:30-là.
04:30Et on va y revenir justement sur ces complications et ces dérives.
04:33Néanmoins, pour rester sur ce thème introductif, certains patients cherchent à corriger des complexes,
04:39d'autres cherchent à ressembler à quelque chose, pour le dire trivialement.
04:44Comment est-ce que vous faites-vous pour évaluer si une demande est saine, raisonnable ou potentiellement problématique ?
04:52Évidemment, il y a déjà la consultation, le temps de la consultation qui est extrêmement important.
04:56Et il faut absolument cerner notre patient, connaître ses antécédents bien évidemment,
05:00les contre-indications éventuelles à ses traitements, et surtout l'état psychologique de ce patient ou de cette patiente.
05:06Donc, effectivement, le fait de l'évaluer en consultation est fondamental.
05:12Et on a parfois des gens qui sont complètement dans des demandes irréalistes,
05:16ou parfois des dysmorphophobies, donc ils ont perdu complètement la réalité avec leur visage ou leur corps.
05:20Et ça, c'est un vrai problème, parce qu'on ne résoudra pas leurs soucis avec trois injections,
05:24ou avec une prise en charge d'esthétique médicale.
05:27Mais qu'est-ce qui domine, justement ? Si vous voulez rétablir la vérité, c'est le moment.
05:31Qu'est-ce qui domine ? Ce sont des gens motivés.
05:35La plupart du temps, j'ai des gens tout à fait bien dans leur peau,
05:38qui veulent avoir un peu plus confiance en eux, etc.
05:42Et ça fonctionne très très bien.
05:44Donc, la plupart des demandes sont complètement raisonnables.
05:48Mais quand c'est trop tôt pour refaire des choses,
05:51ou quand ce n'est pas une bonne indication, il faut évidemment les mettre.
05:54Et je dis très souvent non, ce n'est pas possible, ou alors ce n'est pas encore le temps.
05:58Et c'est comparable sur le plan chirurgical ?
06:01Non, mais même d'un point de vue médical, je veux dire, le temps de la consultation, il est essentiel.
06:05Malheureusement, on voit toujours, on ne repère sur l'extérieur, que ce soit dans la rue, à la plage,
06:10que les patients, je dirais un peu caricaturaux, ceux qui en font trop, ou ceux qui veulent trop l'afficher.
06:15Mais dans la plupart des cas, les gens, c'est des gens comme vous et moi,
06:19qui ont envie d'une petite amélioration, qui ont envie d'une sensation de bien-être.
06:23Je ne crois pas que la quête de la jeunesse éternelle, etc.
06:29Mais je trouve qu'il n'y a rien de mal.
06:31C'est d'ailleurs plus tellement le sujet.
06:31Je trouve que juste avoir envie d'être mieux dans son corps, mieux dans sa vie, c'est important.
06:36Et d'ailleurs, même sur la dysmorphophobie dont on parlait, on s'y est beaucoup intéressé.
06:40Moi, j'ai beaucoup travaillé dessus.
06:41Et on s'est rendu compte que même certains patients dysmorphophobes
06:44étaient quand même améliorés par la médecine ou par la chirurgie esthétique.
06:48Donc, il ne faut pas fermer la porte aux gens.
06:49Après, en effet, il y a deux volets.
06:51Il y a le volet médical où il faut s'assurer que les gens ne vont pas avoir de pathologie
06:55somatique
06:56suite à un geste chirurgical ou médical.
06:59Et après, il y a l'état psychologique du patient.
07:01Et en effet, c'est important.
07:02Et la consultation, elle se passe avec le médecin.
07:05Elle se passe aussi avec l'assistante.
07:07Et c'est en équipe qu'on arrive à identifier les gens qui potentiellement...
07:11Et puis, les demandes extravagantes, franchement, c'est quand même très marginal.
07:15Alors, peut-être parce qu'on n'est pas nous-mêmes marginaux.
07:18Mais voilà, on dit qu'on a un peu la patientèle qu'on attire ou qu'on mérite.
07:23Mais je pense que quand on est un praticien aguerri, l'expérience fait qu'on arrive...
07:27Voilà, c'est jamais du 100% parce que ça reste de la médecine.
07:30Mais la plupart des demandes...
07:31Et donc, qu'est-ce qu'il s'agit aussi quand même, quelque part, de résister à une forme de
07:33pression sur vos pratiques, vos choix éthiques ?
07:36C'est un bon mot, résister, c'est le bon mot, parce que c'est beaucoup plus difficile de dire
07:40non à quelqu'un en consultation que de dire oui.
07:42Donc, la facilité, c'est de faire ce pour quoi la patiente vient ou le patient vient.
07:46Parce qu'expliquer à quelqu'un que ce n'est pas possible ou que c'est contre-indiqué ou que
07:51ça ne va pas répondre à sa demande, ça nécessite et ça demande beaucoup plus de temps.
07:54Donc, tout l'enjeu, finalement, et savoir dire non, c'est comme dans tout dans la vie, c'est parfois
07:59beaucoup plus difficile que dire oui.
08:01Sans compter qu'on le sait, le secteur est lucratif.
08:04Vous résistez, vous, Pierre-Alain ?
08:05Mais sans aucun problème, je reste médecin avant tout.
08:09Donc, quand l'intérêt de mon patient ne nécessite pas le traitement, il est évident que je ne vais pas
08:15le faire.
08:16Donc, oui, ça va contre mes intérêts financiers, qu'importe, l'important, je vis très bien, tout se passe bien.
08:21L'important, c'est de répondre à la demande du patient quand c'est possible et quand ce n'est
08:26pas possible.
08:27Effectivement, comme disait David Boccarat, c'est totalement, c'est très important de leur dire non.
08:33Ça prend un temps important, mais on dit non et on dit pourquoi.
08:37Évidemment.
08:39Il y a des dérives, en tout cas, je lis dans les journaux, par exemple, que vos amis, nos amis,
08:45d'ailleurs, je me mets dans le tas de dermatologues,
08:47c'est plus facile d'avoir un rendez-vous dans trois jours pour se faire faire un petit geste esthétique,
08:52on va dire,
08:52plutôt que de faire un dépistage de névus qui ne t'intéresse pas vraiment.
08:55Là, il faut plutôt trois mois.
08:56Et donc, le Conseil de l'Ordre des médecins, visiblement, est un petit peu braqué contre votre métier en général
09:02et la médecine esthétique en particulier.
09:05Donc, vous en avez conscience, j'imagine.
09:07Alors, moi, je peux répondre à ça.
09:08Effectivement, on a fait une étude très poussée sur le nombre de médecins esthétiques qui existent en France.
09:15On entend beaucoup des chiffres.
09:1710 000, 9 000, 10 000 médecins esthétiques.
09:20C'est faux, archi faux.
09:22On a fait une étude, on est entre 1 000 et 1 500.
09:25Deux tiers ont un exercice mixte, c'est-à-dire font de la médecine générale et de la médecine esthétique.
09:30Et là-dessus, on se base sur les...
09:32Je peux vous redonner le document.
09:35Sur les chiffres du Conseil de l'Ordre,
09:39on a une estimation aussi facile qui se fait par les assureurs.
09:43Et donc, on peut tout à fait contrôler ces chiffres.
09:46Donc, oui, il y a un attrait vers ce métier.
09:50Donc, oui, une régulation est inévitable et ça, on le sait parfaitement bien.
09:53On est en discussion constante avec les ministères, avec le Conseil de l'Ordre.
09:57C'est évident, mais on n'est pas le nombre qu'on veut bien nous faire croire.
10:01Alors, oui, les dermatologues, ils sont...
10:03On y va dire 1 500.
10:05Les dermatologues sont un peu plus de 3 000.
10:07Les médecins plasticiens sont à peine plus de 1 000 en France.
10:11Et donc, oui, il faut une régulation pour que
10:15seuls des gens bien formés
10:17et qui soient aguerris à ce métier
10:21puissent exercer.
10:22Ça, c'est évident.
10:23Moi, je trouve que, pour conclure,
10:25je trouve que c'est un faux procès qu'on fait aux dermatologues.
10:29Parce que, déjà, c'est eux qui prennent en charge
10:32la quasi-totalité du dépistage des cancers de la peau.
10:35Alors, je vais défendre mes collègues,
10:36mais oui, c'est parfois plus facile d'avoir un rendez-vous pour une injection ou autre.
10:41Après, la démographie médicale est en baisse.
10:44Donc, ce n'est pas uniquement lié à ça.
10:45Et après, je pense qu'on ne se pose pas les bonnes questions.
10:48Il faut peut-être se demander pourquoi les gens se tournent
10:50plutôt vers ces actes-là plutôt que vers d'autres.
10:53Peut-être que la prise en charge des cancers de la peau...
10:56Alors, nous, à l'hôpital, on n'est pas dans les mêmes conditions.
10:58Et celui qui est en cabinet de ville,
10:59c'est une prise en charge qui est plus lourde,
11:01qui est plus difficile avec des patients plus lourds.
11:03Et puis, il y a une rémunération aujourd'hui qui n'est pas la même.
11:06Donc, forcément, vous ne pouvez pas empêcher les gens
11:08de se tourner vers ça.
11:09Néanmoins, c'est toujours la même chose
11:12sur l'accessibilité aux soins, etc.
11:14Le premier désert médical, ça reste la région parisienne.
11:17Il y a des hôpitaux partout.
11:19Il n'y a pas de dépassement d'honoraires.
11:20On prend les gens en charge quand ils en ont besoin.
11:23Donc, c'est toujours un procès qu'on fait aux médecins,
11:26quels qu'ils soient.
11:27Et je trouve que là-dessus, c'est un peu injuste.
11:28Par contre, comme je l'ai dit au début,
11:29qu'il y ait besoin d'une régulation,
11:32oui, c'est important pour que, surtout,
11:33ça soit des gens compétents qui réalisent ces actes-là.
11:36Oui, justement, parlons un peu des risques et des complications.
11:39Quelles sont les complications les plus fréquentes
11:41que vous voyez, vous, Pierre Allain,
11:43quand ces actes sont réalisés en dehors du cadre médical ?
11:47Alors, on a effectivement beaucoup de complications
11:49qui nous arrivent dans les cabinets.
11:52À un moment, je les prenais,
11:53on excusait tout à l'heure avec David,
11:55je les prenais en charge au cabinet,
11:57mais j'avais l'impression de favoriser le système.
12:01Si tu as un problème, tu vas voir le docteur Maillot,
12:03il va régler le problème.
12:05Ça a un vrai souci,
12:06et j'avais l'impression d'encourager le système.
12:10Mais néanmoins,
12:11maintenant, je demande un certificat de constatation
12:14aux UMJ, aux unités médico-judiciaires,
12:16et une plainte.
12:18Avant de les prendre en charge,
12:19parce que c'est moi qui serais responsable de ces patients.
12:21Et ça, ça pose un vrai problème
12:22de responsabilité médico-légale.
12:25Ce qu'on voit arriver,
12:26ce sont des gens qui ont des injections,
12:28notamment d'acide hyaluronique,
12:30qui sont des injections intra-artérielles,
12:31et qui posent des problèmes.
12:33Donc, si on réagit, tout va bien se passer,
12:35on sait exactement comment faire.
12:36Et nous, en cabinet,
12:37alors moi, ça fait 23 ans que j'exerce,
12:39j'ai eu une complication de ce type dans une lèvre.
12:42Moins de cinq minutes après,
12:43la patiente avait eu le traitement adéquat,
12:45et quelques jours après, il n'y paraissait plus.
12:47On parle de nécrose,
12:48et nécrose arrive quand l'artère n'est pas débouchée.
12:51Et Dieu merci, Dieu merci,
12:53avec l'acide hyaluronique,
12:54on a une antidote qui fonctionne,
12:56et sur laquelle on a une autorisation de pratique,
12:59pour pouvoir,
13:00et en fait, c'est récent,
13:01c'est depuis fin 2017.
13:03Avant, ça fonctionnait.
13:05Les gens qui étaient responsables
13:07et conscients de ce qu'ils faisaient
13:08avaient ce produit au cabinet,
13:10mais pas de façon légale,
13:11ce qui est quand même un peu terrible.
13:13Donc, il est évident
13:15qu'on prend en charge des patients
13:16et des complications.
13:17Moi, je pouvais passer ma sainte journée à faire.
13:21Dieu merci,
13:23les choses évoluent,
13:25mais on a toutes ces complications
13:26qui arrivent à l'hôpital,
13:28qui arrivent en cabinet,
13:29chez les plasticiens,
13:30chez les dermatos,
13:31chez les médecins esthétiques.
13:32Donc, c'est énorme.
13:34Vous n'imaginez pas,
13:35c'est un raz-de-marée.
13:36Oui, et à votre échelle, David,
13:37vous les voyez arriver,
13:38ces patients,
13:39pour réparer des dégâts ?
13:40Oui, nous, forcément,
13:40à l'hôpital Saint-Louis,
13:41en plus,
13:43c'est un service de chirurgie,
13:44donc on récupère les dégâts qui sont graves.
13:46Alors, il y en a beaucoup
13:47mais proportionnellement
13:48au nombre d'actes réalisés en France,
13:50c'est quand même très marginal
13:51et heureusement,
13:52dans la plupart des cas,
13:53c'est des produits qui se résorbent
13:54au bout de six mois.
13:56Donc, le nombre d'accidents graves
13:58est assez faible.
13:59Néanmoins,
14:00alors, des consultations
14:01pour complications minimes,
14:04on en a tous les jours
14:04et des complications majeures,
14:06on en a en moyenne une par semaine,
14:07avec parfois des amputations complètes de nez,
14:10des amputations d'oreille.
14:13On a eu une patiente
14:14et une patiente aussi l'année dernière.
14:16Ce qui est un peu triste dans tout ça,
14:18c'est qu'on arrive à identifier
14:19les gens qui font ça de manière illégale.
14:22Malheureusement, pour le coup,
14:23il y a assez peu de réactions,
14:24malgré les plaintes,
14:25malgré le fait que le syndicat
14:26des plasticiens
14:28ait déposé de nombreuses plaintes.
14:30Et en fait, malheureusement,
14:31avec la puissance d'Internet,
14:33il y a un site qui se ferme,
14:34le lendemain,
14:35il y en a un autre
14:35qui ouvre avec la même personne.
14:37Et après, voilà,
14:38alors c'est toujours pareil,
14:39comment on se place ?
14:40Est-ce qu'on se dit,
14:40bon, comment les gens
14:41peuvent avoir été aussi naïfs
14:42pour se faire injecter
14:43parfois dans une cave,
14:44dans un grenier,
14:46par des gens qui ressemblent à tout
14:47sauf des médecins
14:48avec des produits achetés
14:49n'importe où en ligne ?
14:50Voilà, parce qu'il y a celui
14:51qui injecte
14:52et il y a aussi
14:52qu'est-ce qu'il injecte
14:53ou quel geste il réalise.
14:55Donc oui,
14:56il y a beaucoup plus
14:57de complications qu'avant,
14:58mais parce qu'il y a aussi
14:59énormément d'actes.
15:00Donc il faut rassurer les gens.
15:01Dans la très grande majorité,
15:02ça se passe bien
15:03et la plupart des cas,
15:05l'action des produits
15:06est réversible.
15:07Tout le problème est déjà
15:08qui injecte quoi
15:09et c'est quel produit injecter.
15:10parce qu'il y a des projets
15:11qui ne sont pas réversibles
15:12ou qui génèrent des complications
15:13qui sont irréversibles
15:14et ça, généralement,
15:16ça n'arrive pas
15:16avec des gens
15:17qui sont qualifiés.
15:18On peut tous avoir
15:20une efficacité
15:21qui va être modérée,
15:22qui va peut-être
15:22parfois être insuffisante,
15:24mais une complication
15:25avec une nécrose complète
15:26de nez, d'oreille,
15:27sincèrement,
15:28ça dépend du produit
15:29qui est acheté.
15:30Et les gens
15:30qui n'ont pas les compétences
15:31et les habilitations
15:32ne peuvent pas acheter
15:34les produits autorisés
15:35vu qu'ils n'ont pas accès
15:35à la vente
15:36et ça accentue
15:37la gravité du problème
15:38puisque en plus
15:39de ne pas savoir réaliser
15:40le geste correctement,
15:41ils achètent des produits
15:42qui sont dangereux.
15:43Et au-delà des injections,
15:45il peut y avoir aussi
15:45des actes chirurgicaux
15:48de fait en dehors ?
15:50On est face
15:50à un vrai problème
15:51et là, pour le coup,
15:52c'est exponentiel.
15:53Je trouve encore plus
15:54que les complications
15:55de médecine esthétique
15:56qui, comme j'ai dit,
15:58heureusement,
15:58dans la plupart des cas
15:59sont plus modestes,
15:59c'est les gens
16:00qui se font opérer
16:00à l'étranger.
16:01On est assaillis,
16:04comme a dit Dr Maillot
16:05et franchement,
16:06il y a des jours
16:06où on en a marre
16:07d'être en consultation
16:08et de recevoir
16:10quatre ambulances,
16:10trois SAMU
16:11pour des gens
16:12qui ont des nécroses,
16:13des hématomes.
16:14En fait,
16:14ils se font opérer
16:14à l'étranger
16:15par des gens
16:15qui les consultent
16:17uniquement une fois
16:18par Internet.
16:19Ils reviennent en France
16:20et après,
16:20on leur dit
16:21bon,
16:21allez à l'hôpital Saint-Louis
16:22parce que nous,
16:22on est gentils
16:23et qu'on s'occupe
16:23des gens jusqu'au bout.
16:25Et ça,
16:25c'est un vrai sujet
16:26avec des gens
16:26qui ont des nécroses complètes,
16:27qui font de la réanimation,
16:28qui décèdent parfois.
16:30Il y en a eu
16:30l'année dernière encore.
16:32Et ça,
16:32c'est un problème
16:32qui est encore plus grave.
16:33Malheureusement,
16:34c'est des praticiens
16:34qui sont à l'étranger
16:35et on n'a aucun pouvoir
16:36d'action dessus.
16:38Donc,
16:39il y a un vrai enjeu
16:40de santé publique
16:41mais face auquel
16:42on ne peut pas grand-chose.
16:42Et après,
16:43je suis toujours stupéfait
16:44des gens.
16:44Alors,
16:44se faire injecter
16:45déjà juste par quelqu'un
16:46qu'on a rencontré
16:46par Internet,
16:47mais le faire en France,
16:48c'est un niveau.
16:49Mais aller carrément,
16:51je ne sais pas,
16:52en Turquie,
16:52en Tunisie...
16:53C'est une affaire de prix.
16:55Oui,
16:56mais le prix,
16:56justement,
16:57ça reste mystérieux
16:58parce que les écarts
16:58en plus de prix
16:59ne sont pas à la hauteur.
17:00C'est ça qui est fou.
17:01Mais on leur promet
17:02au-delà du prix
17:03une qualité qui est supérieure.
17:05Et c'est terrible
17:05parce que nous,
17:06on a un grand centre
17:06de formation.
17:07On accueille des chirurgiens
17:08du monde entier
17:09et même là-dessus,
17:10on commence à se poser
17:11des questions
17:11parce que parfois,
17:12on a des chirurgiens
17:12qui viennent en observation
17:13pendant deux semaines
17:14ou trois semaines.
17:15Après,
17:16je me rends compte
17:16sur Internet
17:17ou par le biais
17:17d'autres patients
17:18qu'ils s'installent
17:19dans leur pays
17:20et ils marquent
17:20qu'ils ont été formés
17:21chez nous.
17:21Donc,
17:22il y a aussi tout ce sujet-là
17:23parce qu'on se flagelle
17:25beaucoup en France
17:26mais on ne réalise pas
17:27à quel point
17:27on a la chance
17:28d'avoir des praticiens
17:29qui sont bien formés,
17:30qui sont compétents
17:31et dans des structures
17:32de soins
17:33qui sont exceptionnelles.
17:34Et surtout,
17:35le coût social de l'histoire
17:36est monstrueux.
17:37Imaginez,
17:38une journée en réanimation,
17:39c'est 5 000 euros.
17:41Donc,
17:41quand vous avez
17:42des complications
17:42comme cette année
17:43sur la toxine botulique,
17:45il y a eu 8 patientes
17:45en réanimation,
17:46elles ne sont pas restées
17:47trois jours en réanimation,
17:48elles sont restées
17:48plusieurs semaines
17:49à 5 000 euros la nuit.
17:50C'est monstrueux.
17:52Quand ils doivent réopérer
17:53à Saint-Louis,
17:55c'est des blocs,
17:56c'est des chirurgiens
17:56extrêmement compétents,
17:58c'est un coût social
18:00monstrueux tout ça.
18:01Et ça,
18:01c'est vous et moi
18:02qui le prennent en charge
18:03par la sécurité sociale.
18:04Alors,
18:05il faut alerter quand même
18:06les gens,
18:06c'est qu'en théorie,
18:07les complications
18:08de chirurgie esthétique
18:10faites à l'étranger
18:11ne sont plus
18:11prises en charge
18:12par l'assurance maladie.
18:13En théorie.
18:14Il y a des patients
18:14qui peuvent,
18:15s'ils ont été hospitalisés,
18:16c'est assez simple,
18:17le tarif d'une journée
18:18à l'hôpital,
18:19ça coûte 2 500 euros,
18:20en réanimation,
18:21ça coûte 4 500 euros.
18:22Faites le calcul
18:23pour les gens
18:24qui restent 10 à 15 jours,
18:26ils vont économiser
18:27500 ou 1 000 euros
18:27en se faisant opérer
18:28à l'étranger,
18:29mais ils peuvent se retrouver
18:30avec 20, 30 ou 40 000 euros
18:32de factures
18:33vis-à-vis du trésor public
18:34ici.
18:35Donc,
18:35je pense que les gens
18:36ne s'oupèsent vraiment pas.
18:37Il y a le danger physique,
18:39bien sûr,
18:39qui passe en premier,
18:40mais même le danger matériel,
18:41il existe et il y a des gens
18:42qui se retrouvent
18:43en situation difficile.
18:44Alors après,
18:44comme l'a dit mon collègue,
18:45ce n'est pas toujours évident
18:46que l'État puisse récupérer
18:48cet argent qui lui est dû,
18:49mais en tout cas,
18:50il y a ce sujet-là aussi
18:51qu'il faut que les patients
18:52aient en tête.
18:52Et pour parler du cadre légal,
18:54justement,
18:55parce qu'il ne nous reste
18:55plus beaucoup de temps
18:56avant la chronique d'Hervé,
18:58un futur décret devrait préciser
19:00une durée minimale
19:01d'exercice en médecine curative
19:02pour qu'un médecin
19:03puisse exercer
19:04des actes esthétiques.
19:06Est-ce que ce serait
19:07vraiment utile
19:08pour éviter les accidents ?
19:11Alors,
19:11je ne suis pas sûr
19:12que ça évite les accidents.
19:14L'important,
19:15effectivement,
19:15c'est que les médecins
19:17puissent pratiquer
19:18dans leur spécialité
19:19au moins au départ
19:20et de façon au moins partielle
19:22ensuite.
19:24La question,
19:25en fait,
19:25elle est sur
19:26les jeunes médecins
19:28qui veulent
19:29s'installer
19:30en médecine esthétique.
19:31Et il est évident
19:32qu'il faille une régulation
19:33à ce niveau-là.
19:34La régulation,
19:35elle passe par la reconnaissance.
19:36Donc,
19:36il est indispensable
19:37qu'on ait une vraie reconnaissance
19:38de ce métier,
19:38tout comme la chirurgie plastique
19:40a pas mal évolué
19:42au début
19:42et c'est devenu
19:43une spécialité ensuite.
19:44donc il n'est pas sûr
19:46que la médecine esthétique
19:47soit une spécialité un jour
19:48mais en tous les cas,
19:49il est évident
19:50qu'il faille
19:52sélectionner des praticiens
19:53qui est une bonne pratique,
19:56qui est une formation
19:57reconnue
19:57et de qualité
19:59et ça,
20:00c'est fondamental
20:01pour éviter ces accidents.
20:01Justement,
20:02pour être concret
20:02et pour les patients
20:03qui nous regardent,
20:05qu'est-ce qu'il faut
20:07absolument vérifier
20:07avant de se faire injecter
20:09ou opérer ?
20:10Déjà,
20:10il faut vérifier
20:11que ce soit un médecin.
20:12Donc,
20:12le Conseil de l'Ordre,
20:13on a un numéro
20:14et un numéro unique.
20:15Donc,
20:15vous allez se connecter
20:16sur le site
20:18du Conseil de l'Ordre
20:18et vous trouvez
20:19déjà s'il est médecin.
20:20Première chose.
20:21Deuxième chose,
20:23on a des formations
20:24et il y a des formations
20:24qui sont reconnues.
20:25Donc,
20:26moi,
20:26j'ai fait le Collège
20:27National de Médecine Esthétique
20:28qui était une formation
20:28à l'époque,
20:32mais ensuite,
20:32j'ai refait deux ans
20:33de formation
20:35de D.I.U.
20:36de Médecine Morphologique
20:36et Anti-Âge
20:37qui était reconnue
20:37par l'Ordre
20:39et ça,
20:40ça a été fait.
20:41Maintenant,
20:41il y a un nouveau
20:41D.I.U.
20:44qui est le D.I.U.
20:45de Médecine Esthétique
20:46et dont les premiers
20:48diplômés vont sortir
20:49là au mois de juin.
20:50Donc,
20:50tout ça,
20:50ça avance
20:51en concertation
20:52avec le Conseil de l'Ordre,
20:53avec le ministère
20:54et c'est important.
20:55Donc,
20:55une vraie reconnaissance,
20:56c'est indispensable
20:57pour pouvoir réguler
20:59ce métier.
21:00David,
21:00comment est-ce que
21:00vous imaginez
21:01le secteur
21:04si on se projette
21:05d'ici dix ans ?
21:07Les progrès,
21:07ils sont quotidiens.
21:09Donc,
21:09je pense que
21:09la prise en charge
21:10des patients,
21:10elle va s'améliorer.
21:12Comme l'a dit
21:12le Dr. Mailleu,
21:13là,
21:13on est en train
21:13de mettre en place
21:14tout un encadrement
21:15parce qu'il faut
21:16encadrer cette activité.
21:18Donc,
21:18il y a ce D.I.U.
21:20Pour les patients,
21:20il suffira de voir
21:21pour les nouveaux médecins
21:23s'ils ont ce diplôme
21:24ou pas.
21:24Il va y avoir
21:25une commission
21:25pour qualifier,
21:27pour donner
21:27la qualification.
21:28Ce n'est pas une spécialité
21:29de la médecine esthétique,
21:30ce qui rend difficile
21:32la reconnaissance,
21:32du coup,
21:33pour ceux qui pratiquent
21:33ça depuis longtemps,
21:34mais qu'il faut
21:34que ça soit fait.
21:35Et puis,
21:36je pense qu'il y a
21:36un avenir
21:37qui est fabuleux,
21:38que ce soit en chirurgie,
21:39que ce soit en médecine.
21:40La France,
21:40c'est un des pays
21:41les plus moteurs.
21:42Il ne faut pas oublier
21:42que la lipoaspiration,
21:43elle a été inventée
21:44en France.
21:45Les premières prothèses,
21:46elles ont été posées
21:47en France.
21:48Parmi les premiers
21:49liftings aussi,
21:49donc je suis toujours
21:50un peu cocorico,
21:51mais on a cette chance.
21:53Oui, on n'a pas évoqué
21:55c'est tout un secteur.
21:57Et justement,
21:58pour pouvoir bien
21:58prendre en charge,
21:59il ne faut pas
22:00que les patients
22:01aient l'impression
22:01que tout et n'importe quoi
22:02puisse se passer.
22:03Donc, il faut vraiment...
22:04Moi, je dirais
22:05qu'il faudrait presque
22:06un label pour les médecins
22:07esthétiques
22:08qui puissent être
22:09facilement identifiés.
22:10Et je pense que c'est important
22:11que le Conseil de l'Ordre
22:13puisse à terme
22:13fournir une liste
22:14de médecins
22:15qui soient agréés ou pas.
22:16Et au moins,
22:16ça sera clair pour les patients.
22:18Parce que mine de rien,
22:19il y a beaucoup
22:19de fake injectors,
22:20mais il y a aussi
22:21beaucoup de médecins
22:21qui pratiquent cette activité,
22:25à l'expérience,
22:25sans avoir la formation.
22:26Et ça pose problème aujourd'hui.
22:27Donc, le simple fait
22:28d'être médecin
22:29ne suffit pas
22:31à pratiquer
22:31des actes
22:32de médecine esthétique.
22:33Il faut une formation
22:34comme l'a fait mon collègue.
22:35Et puis, il faut que ces formations,
22:36elles soient...
22:37qu'elles définissent clairement
22:38lesquelles sont reconnues ou pas.
22:39Il y a tout un travail
22:40qui est fait depuis un an
22:41avec sérieux
22:42par les doyens des universités,
22:44par le ministère,
22:44par le Conseil de l'Ordre.
22:46Et j'espère que 2026
22:48permettra d'avoir un horizon
22:49qui sera assaini
22:50et qui redorera un peu
22:52le blason de ces actes-là
22:54qui, quand même,
22:55donnent du bonheur
22:56au quotidien aux gens.
22:57Et il ne faut pas...
22:58Enfin, c'est important
22:58dans le quotidien
22:59de millions de personnes sur Terre.
23:02On a un métier extraordinaire.
23:03On rend les gens heureux.
23:05On rend les gens heureux.
23:06C'est formidable.
23:07Merci.
23:07Ce sera le moment de la fin.
23:08C'est parfait.
23:09Merci beaucoup, messieurs,
23:10pour ces éclairages.
23:11Restez avec nous.
23:11On passe au scan.
23:16On place au scan avec Hervé.
23:18Hervé, on parle aujourd'hui
23:20de médecine esthétique,
23:21de chirurgie esthétique.
23:23Et pour toi,
23:24les dérives étaient inévitables.
23:27Inévitables,
23:27vu l'ampleur du phénomène,
23:29on l'a un peu abordé
23:29au niveau planétaire.
23:31Il suffit d'aller au Brésil,
23:32en Turquie ou en Tunisie,
23:34on se rend compte
23:35qu'il y a un sujet,
23:35il y a un marché colossal.
23:37Avec des gens qui font
23:37n'importe quoi,
23:38on l'a évoqué.
23:40Mais ceci dit,
23:40ça soulève quand même
23:41une vraie question,
23:42je vais dire existentielle,
23:43pour prendre un peu de distance.
23:44Pourquoi est-ce que je veux
23:45ainsi modifier l'image
23:46de mon corps ?
23:47Ce n'est pas tout à fait
23:47inintéressant comme question
23:48par rapport à la société
23:50dans laquelle on vit.
23:51Et je note,
23:52mais tout le monde l'a fait
23:53et vous l'avez évoqué,
23:53la coïncidence temporelle
23:55entre l'explosion
23:55des actes de chirurgie
23:57et médecine esthétique
23:58depuis 20 ans,
23:59mettons,
23:59et les réseaux sociaux.
24:01Vous l'avez évoqué,
24:02vous savez que Facebook
24:03a été créé en 2004,
24:05le premier iPhone
24:06est arrivé en 2007,
24:07et ce n'est pas une coïncidence
24:09si on a eu
24:10les réseaux sociaux
24:10dans sa poche
24:11et que l'année d'après,
24:13les iPhones,
24:13il y avait les Android,
24:15et puis Instagram,
24:15c'était en 2010.
24:17Et je vous rappelle
24:18que Facebook a passé
24:19le milliard,
24:20son premier milliard
24:21d'utilisateurs
24:22en 2012.
24:23C'est-à-dire qu'on poste
24:24un truc sur Facebook
24:25et sur Instagram
24:26et boum,
24:27on touche des milliards
24:28de personnes.
24:28C'est hallucinant.
24:30Donc évidemment,
24:31ça décuple le projet
24:32et ça a entraîné
24:34un étrange désir
24:35de standardisation.
24:37On veut,
24:37alors je dis on,
24:38je ne me mets pas forcément
24:39là-dedans,
24:39mais les mêmes lèvres,
24:40les mêmes pommettes,
24:41le même regard,
24:43la même silhouette,
24:44je ne sais pas,
24:44des choses comme ça.
24:45Donc c'est assez paradoxal
24:47de mon point de vue
24:48de se dire
24:48je veux être moi
24:49dans ma société,
24:50mais en même temps
24:50j'aimerais bien ressembler
24:51à tout le monde.
24:53Donc c'est une histoire
24:54de rester dans la norme
24:55pour être accepté
24:56par le clan,
24:57une histoire qui date
24:58de l'Antiquité.
24:59Et donc c'est vraiment ça,
25:00les réseaux sociaux
25:01qui ont par ailleurs
25:03radicalisé la question
25:04de l'image corporelle
25:05en diffusant massivement
25:07des images retouchées
25:08auxquelles on ne peut pas
25:09vraiment se coller.
25:12C'est complètement fake
25:13ce qui se passe,
25:14mais on y croit.
25:15Et comme on est
25:16dans une société
25:16qui a les mérites
25:17intellectuels
25:18qu'elle mérite,
25:20eh bien je vous donne
25:21quelques nombres
25:21de followers
25:22qui m'a amusé.
25:24Parce que ça,
25:25c'est le nombre,
25:26c'est la preuve indiscutable
25:27de votre influence
25:28sociétale et culturelle.
25:30Donc Cristiano Ronaldo,
25:32vous aimez le foot,
25:33j'imagine,
25:34668 millions
25:35de followers
25:36uniquement sur Instagram.
25:38Lionel Messi,
25:39510.
25:40Je vous les mets exprès,
25:41ils sont loin devant.
25:42Nabila,
25:438 millions,
25:44c'est déjà pas mal.
25:45Et j'ai regardé
25:46André Comte-Sponville
25:47qui m'intéresse
25:48personnellement,
25:498 000.
25:50C'est moins bien
25:50que 668 millions.
25:52Mais je pense
25:53d'ailleurs
25:53qu'André Comte-Sponville
25:54ne parle pas
25:55des mêmes sujets.
25:56Donc c'est assez étonnant.
25:58Et donc si ce phénomène
25:59est aussi important,
25:59c'est parce qu'il utilise
26:00des ressorts essentiels ?
26:02Oui,
26:02il y a des ressorts éternels.
26:03On l'a abordé,
26:04la peur de vieillir,
26:05c'est clair.
26:05Et on est dans une société
26:06qui accepte assez mal
26:08cette perte de désirabilité,
26:11d'employabilité.
26:12On voit bien que vieillir
26:13n'est plus un destin,
26:14c'est en train de devenir
26:14un handicap.
26:15Donc c'est un vrai sujet
26:17et on essaie de trouver
26:18des stratégies
26:19pour adapter son image corporelle.
26:21Mais derrière ça,
26:22évidemment,
26:22la peur de vieillir,
26:23c'est la peur de mourir
26:24qui est là.
26:25On est dans une société,
26:26là aussi,
26:27qui a perdu ses valeurs,
26:29qui a moins recours
26:31peut-être à la religion,
26:33je ne sais pas.
26:33Ce qui est clair,
26:34c'est qu'on refuse
26:35notre finitude,
26:36on cache nos vieux
26:36dans les EHPAD
26:37et on se dit
26:38qu'en transformant mon corps,
26:40je vais repousser
26:41l'inéluctable.
26:43Donc c'est assez existentiel
26:44comme démarche
26:45et en me modifiant,
26:47je me crée moi-même,
26:48je me crée un destin.
26:51Il y a des complications
26:53intellectuelles
26:53et face à cette souffrance,
26:54on va avoir des médecins
26:55qui se sont spécialisés
26:56et ça me paraît normal
26:58qu'ils existent
26:59parce qu'il y a une demande
26:59et qu'il y a une demande
27:01psychologique
27:01et de bien-être
27:03et ces médecins
27:04reprennent un vrai pouvoir
27:05parce qu'effectivement,
27:06vous l'avez dit,
27:07ils donnent du bonheur,
27:08du sens à la vie
27:09et tout ça,
27:10c'est formidable
27:11et éventuellement,
27:12je peux aussi comprendre
27:13qu'il y a un aspect lucratif
27:14et on ne va pas se voler
27:15à la face,
27:16ce n'est pas inintéressant
27:17non plus
27:17mais c'est du coup
27:18une belle médecine.
27:19D'ailleurs,
27:19je trouve que médecine esthétique,
27:20on devrait l'appeler
27:21la belle médecine.
27:22Donc pour toi,
27:22la médecine esthétique
27:23est thérapeutique ?
27:24Oui,
27:25il y a des patients
27:26qu'il faut aider,
27:27absolument
27:28et d'ailleurs,
27:29il faut réparer le corps
27:31mais pour moi,
27:32il faut réparer l'âme.
27:33Pour moi,
27:34un bon médecin esthétique,
27:35c'est celui qui répare l'âme.
27:37D'ailleurs,
27:38la question qu'on devrait se poser,
27:39ce n'est pas
27:40est-ce que je veux rester jeune
27:41mais je veux rester moi.
27:43Mais voilà,
27:44c'est pour décoller un peu
27:45le débat
27:46mais je pense qu'on est
27:46à peu près d'accord avec ça.
27:48D'où l'importance
27:49de la consultation avant.
27:50Quels sont vos objectifs
27:51et vos ressorts,
27:53etc.
27:53Et pour conclure,
27:54est-ce que tu as une proposition
27:55à faire à Hervé ?
27:56Ah oui,
27:56j'ai une proposition à faire
27:57aux médecins esthétiques
27:58et anti-âge
27:59qui ne m'ont rien demandé,
28:00je vous rassure.
28:01C'est juste,
28:01je travaille dans la communication
28:03par ailleurs,
28:03c'est ça mon vrai métier
28:04et je trouve que
28:05vous pourriez changer de nom
28:07pour changer peut-être d'image.
28:10Médecin esthétique,
28:11en fait,
28:11c'est réducteur.
28:12Moi,
28:12j'entends esthétique,
28:13esthéticien
28:14tant que ce n'est pas assez beau.
28:16Anti-âge,
28:17c'est négatif,
28:18c'est anti,
28:19c'est un peu dérisoire.
28:23Moi, je trouve qu'on devrait parler
28:24de la médecine du bien vieillir,
28:26ce qui en plus intégrerait
28:27la nutrition,
28:29le sport,
28:30la stimulation cognitive
28:31et tout ce que vous mettez derrière.
28:33C'est positif,
28:34c'est holistique
28:35et ça contiendrait
28:36une vraie promesse médicale
28:37et une belle éthique.
28:39Merci beaucoup Hervé.
28:41Malheureusement,
28:41c'est déjà la fin de cette émission.
28:44Le temps file.
28:45Merci à Pierre-Alain Mailleux,
28:47médecin, morphologue et anti-âge.
28:49Merci à David Bocara,
28:50professeur des universités,
28:52praticien hospitalier,
28:52chirurgien plasticien
28:54à l'hôpital Saint-Louis
28:55et chercheur associé
28:56à l'unité INSERM 976.
28:59Merci à toi Hervé
29:01et merci de nous avoir suivis
29:02sur Bismarck for Change.
29:03– Sous-titrage ST' 501 –
29:10– Sous-titrage ST' 501
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