00:00Juste avant, un petit focus sur la macro, avec ce matin Michel Martinez, le chef économiste Europe de Société Générale
00:06CIB.
00:07Bonjour Michel Martinez, merci de nous accorder quelques minutes ce matin.
00:11Dans un instant, nous allons parler de vos scénarios chez Société Générale CIB en ce qui concerne la BCE,
00:17puisqu'on voit depuis quelques semaines maintenant que le marché est un petit peu perdu en ce qui concerne les
00:23anticipations de hausse de taux.
00:25Juste avant, un petit mot quand même sur les États-Unis.
00:27Quelle est la leçon des derniers indicateurs qui ont été publiés hier, que ce soit sur la consommation,
00:32mais également sur la partie industrielle avec la publication de l'ISM ?
00:37Oui, et puis on a le marché du travail également.
00:40Alors, je pense qu'en ce qui concerne la demande interne, la consommation, on a la confirmation qu'elle se
00:47tient très bien au premier trimestre,
00:50qu'elle est sur le rythme de fin d'année.
00:53Donc on va avoir une bonne croissance de la consommation.
00:57Il y a plusieurs raisons à ça.
00:58En particulier, l'effet de la politique budgétaire.
01:04Il y a le contre-coup de la fermeture du gouvernement au quatrième trimestre,
01:10donc la réouverture au premier trimestre, et ça fait un peu plus d'argent pour les fonctionnaires.
01:14Et puis surtout, la big body food bill, on estime que les chèques envoyés aux ménages sont,
01:19qu'elles rentrent à 50% supérieurs à l'habitude.
01:21Donc ça, ça soutient la consommation.
01:23Ça, c'est le premier point.
01:24En ce qui concerne le secteur manufacturier, l'indice ISM était finalement assez correct.
01:36Il y a même un sentiment que la demande est en train de s'améliorer.
01:42Je pense que c'est assez pareil, conforme à ce que je viens de dire sur les éléments de soutien
01:46à l'activité en ce début d'année.
01:50Ce qu'on observe aussi, et ça c'est intéressant, c'est le début du mois, c'est le mois
01:55de mars.
01:55Donc c'est les premiers effets du choc pétrolier.
01:58C'est qu'il y a des pressions sur les prix qui commencent.
02:03On a les niveaux de prix anticipés ou d'inflation anticipée qui sont les plus élevés en mars 2026 depuis
02:102022.
02:12Et puis on a les premiers signes de contraintes sur le goulot d'étranglement.
02:20Et alors ça, c'est vraiment des signaux que les banques centrales vont garder avec beaucoup d'attention.
02:26On a observé à peu près la même chose aussi en Europe la semaine dernière et cette semaine.
02:32Dans les surveys, les premières pressions sur les prix, les premières contraintes sur l'approvisionnement.
02:38Donc attention, c'est plutôt des signaux haussiers du côté des banques centrales.
02:44Et puis dernier point sur le marché du travail.
02:47Le marché du travail se porte à l'air de réaccélérer.
02:52Alors ce n'est pas des chiffres de croissance d'emploi stratosphériques.
02:55Mais on va avoir demain les chiffres de nom de femme parole report.
03:03Nous, on s'attend à 75 000 créations d'emplois.
03:06Par rapport à il y a 2-3 ans, c'est beaucoup moins.
03:09Mais probablement que c'est suffisant maintenant, compte tenu de la démographie,
03:14pour faire baisser le tout ce qu'on a.
03:15Les enquêtes régionales n'ont jamais été aussi bonnes sur l'emploi, depuis le milieu 2024,
03:24donc des fêtes régionales.
03:27L'enquête ADP a confirmé ça, donc plutôt une amélioration du marché du travail.
03:33Encore une fois, des signaux qui ne sont pas de nature à ce que la fête,
03:37baissent les taux plutôt en continuant les pauses.
03:40Et puis les marchés peuvent vraiment commencer à anticiper des hausses de taux.
03:47Et pourtant, dans l'enquête ISM publiée hier, la partie emploi était sous les 50.
03:51Elle était en contraction.
03:52Ça montre quand même que dans l'industrie, il y a soit des suppressions de pauses,
03:55soit des gels d'embauche.
03:56Une situation qui est quand même en demi-teinte sur le front de l'emploi, Michel Martinez.
04:02Oui, mais il n'y a pas que le secteur manufacturier, il y a l'ensemble de l'économie.
04:08Et quand on regarde l'ensemble de l'économie, quand vous agrégez l'ensemble des enquêtes régionales,
04:17vous savez, il y a plein plein d'enquêtes régionales, la situation, l'emploi s'améliore.
04:25On verra demain, vous verrez demain, mais ça s'améliore.
04:28À confirmer donc demain avec les chiffres du ministère du Travail,
04:33des chiffres qui seront publiés demain comme chaque premier vendredi du mois,
04:36malgré donc l'absence de séance du côté de Wall Street.
04:40Du côté de la zone euro, quels sont vos scénarios chez Société Générale CIB en ce qui concerne la BCE
04:45?
04:45Parce qu'on voit désormais qu'avec cette guerre en Iran, il y aura sûrement plus d'inflation et moins
04:50de croissance.
04:51Oui, alors ça c'est vraiment le message, je pense, principal à avoir.
04:55C'est qu'à moins d'envisager des scénarios vraiment, vraiment extrêmes,
05:01la plupart des experts du marché du pétrole estiment qu'ils sont extrêmement peu probables,
05:07où les prix du pétrole restent du règlement très élevé,
05:11par exemple au-dessus de 130-150 dollars le baril pendant de très nombreux mois,
05:17à moins d'envisager ce type de scénario-là.
05:21Donc si on envisage une réouverture du détroit d'embout dans les prochaines semaines, les prochains mois,
05:27le message principal pour l'Europe, c'est qu'il y aura un impact sur l'inflation
05:32qui va être 2,5 à 3 fois supérieur sur la croissance.
05:37Pour faire simple, si la croissance du PIB,
05:42elle est révisée à la baisse de, en cumulé sur deux ans, de 0,5 points,
05:49c'est un petit choc en rien, qui n'empêchera pas l'Europe de continuer à croître,
05:54l'inflation elle est révisée de 1,5 voire plus de points.
05:59Donc pour la Banque centrale, ce choc-là, il est beaucoup plus inflationniste que récessionniste.
06:04Donc c'est un biais clairement haussier.
06:09Je crois qu'il faut vraiment ne pas craindre un scénario de stagflation,
06:14un scénario encore moins de récession pour la zone euro.
06:19Et dans ce contexte, que peut faire la BCE ?
06:21Parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, le marché, notamment sur la partie taux,
06:26anticipe 2 à 3 hausses de taux.
06:28Donc c'est quand même un scénario qui est assez violent
06:31pour notamment les taux directeurs de la BCE.
06:35Comment vous vous placez, vous, aujourd'hui, Michel Martinez ?
06:38Alors nous, on a deux hausses des taux.
06:42Vous dites violent, le taux d'intérêt, il est à 2% aujourd'hui.
06:46C'est dans le sens où il y a un mois et demi, on parlait de baisse de taux,
06:49et aujourd'hui, le marché se met à penser qu'il y aura trois hausses de taux.
06:52Donc on passe de moins 1 à moins 2 à plus 3.
06:54C'est assez violent quand même.
06:55Ah oui, le marché, il bouge beaucoup.
06:58Les anticipations de marché, on parlait de...
07:00Il y a eu un moment, effectivement, il y avait eu un peu moins d'une baisse des taux
07:05qui était pricée, mais là, il y a un changement quand même.
07:08Il y a un choc pétrolier.
07:11L'idée, c'est qu'aujourd'hui, on est proche de ce qu'on appelle le taux neutre,
07:14une politique monétaire qui est neutre, en tout cas avant le choc.
07:18Et les estimations, il y a un peu d'incertitude de ce que c'est
07:22qu'une neutralité de la politique monétaire.
07:24Mais on peut estimer que tant qu'on est en dessous de taux d'intérêt de 2,5,
07:30la politique monétaire n'est pas très restrictive.
07:33Et puis, là, avec l'inflation, les taux d'intérêt réels qui va venir,
07:38les taux d'intérêt réels, vont baisser.
07:42Donc il y a matière à la BCE de remonter les taux au moins de 50 points de base.
07:52Et la raison pour ça, encore une fois, c'est ce que je dis,
07:54c'est que le choc, il est beaucoup plus inflationniste que stagfationniste.
07:58Et donc, si on veut contrôler les effets de second tour potentiels,
08:03il faut remonter les taux.
08:06Merci beaucoup, Michel Martin.
08:09Chef économiste, Europe de Société Générale, CIB,
08:12pour décrypter à chaud les derniers indicateurs aux États-Unis
08:15et vos scénarios en ce qui concerne la BCE et la zone euro.
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