00:00C'est Berthi Bayard qui nous a rejoint, bonjour, avec Chris en chef au Figaro, on a donc ce pétrole
00:04qui tape ce matin, les 100 dollars.
00:07Et vous avez cette formule que je vous ai mais largement piquée Berthi cette semaine, de la stratégie des gros
00:12yeux, c'est comme ça, la politique des gros yeux.
00:14C'est comme ça que vous avez défini ce que fait le gouvernement pour faire baisser le prix à la
00:18pompe, c'est-à-dire que ça consiste à regarder les distributeurs très forts dans les yeux,
00:21et ça marche, on a Total ce matin qui annonce qu'ils vont retourner sur ce qu'ils avaient mis
00:25en place au moment du début de la guerre en Ukraine,
00:27sur les 1,90 à la pompe, 2,10 pour le gazole, 2,09 pour le gazole, donc ils plafonnent
00:34les prix, c'est exactement ce que voulait le gouvernement.
00:36Oui, tout à fait, cette politique effectivement, ça fait partie un peu d'abord, c'est notre folklore de crise,
00:41on a l'habitude, on a déjà vu ça dans tout ce genre d'épisode,
00:43même si celui-ci est tout à fait particulier, on y reviendra, mais voilà, de la mise en scène par
00:49l'exécutif, à la fois les réunions de crise à Bercy,
00:51où on réunit tout le monde, etc., qu'est-ce que vous pouvez faire, et on multiplie ce genre de
00:55réunions,
00:56et puis les contrôles, on envoie la DGCCRF faire énormément de contrôles, 500 contrôles, voilà, dont certains sont médiatisés,
01:04on fait suivre avec les caméras, etc., on connaît ça par cœur, c'est la mise en scène de l
01:09'action politique sur quelque chose sur lequel le politique a très peu de prise,
01:13voilà, le pétrole est un marché mondial, alors vous pouvez travailler à la marge, tenter d'ajuster à la marge
01:19les choses sur la répercussion immédiate à la pompe à essence,
01:23mais malgré tout, le fait est que, vous l'avez dit, le Brent est aujourd'hui à plus de 100
01:28dollars,
01:29et ça, ça se retrouve quasiment immédiatement à la pompe à essence, c'est comme ça que ça se passe.
01:34On voit ce matin que Total Energy a donc finalement réitéré sa promesse de plafonnement qu'il avait faite en
01:402023,
01:41et qu'il tenait depuis, mais dans un contexte de marché, évidemment, très très différent.
01:46Donc, ils ont mis quelques jours à la confirmer, ils confirment donc à 1,99 pour l'essence, 2,09
01:51pour le diesel,
01:52mais ils ne le confirment que jusqu'à la fin du mois de mars.
01:55Moi, c'est ce qui me frappe le plus dans ce communiqué de Total ce matin.
01:5915 jours, à peu près 15 jours, ça fait pas beaucoup.
02:01On arrive à avoir un horizon de certitude d'un peu plus de deux semaines seulement.
02:07Cela dit, ça me paraît assez naturel, c'est-à-dire que personne n'est capable aujourd'hui de prévoir
02:12ce qui va se passer à court, moyen et long terme,
02:16mais la possibilité que les choses reviennent à la normale dans un horizon de temps court
02:22me paraît quasiment nulle.
02:24C'est-à-dire que là, on s'embourbe quand même dans le détroit d'Hormuz ?
02:26Oui, clairement, on s'embourbe sur le détroit d'Hormuz.
02:29On a plusieurs bateaux, vous en avez parlé largement pendant toute votre matinale,
02:33les bateaux sont tapés, c'est une guerre qui touche les infrastructures énergétiques
02:38de façon assez systématique, c'est un but de guerre,
02:42à la fois, surtout pour l'Iran et, j'allais dire, dans le corps d'en face,
02:46pour les États-Unis, l'accès à la ressource in fine et la libération du pétrole iranien
02:52et de l'ensemble de la zone, surtout, est aussi un but de guerre.
02:55Donc l'énergie est au cœur de ce conflit, c'est pas nouveau, j'allais dire,
02:59on savait de tout temps que le détroit d'Hormuz,
03:01là, on avait un goulet d'étranglement de l'économie mondiale qui était fragile.
03:05Voilà, ce scénario extrême de crise qui devait rester théorique,
03:09qui était dans les livres, ça y est, il est là, il est là dans la vraie vie.
03:12Alors, on redécouvre à quel point on est dépendant du pétrole à chaque fois.
03:17Il y a eu une phrase quand même intéressante cette semaine d'Ursula von der Leyen
03:19qui a dit « on s'est planté sur le nucléaire, on a fait l'erreur ».
03:24Mardi, elle a prononcé ces mots-là, c'était une erreur historique
03:28de reculer sur le nucléaire en Europe et donc ça a été des mots très très forts.
03:33En général, même quand il y a aveu d'échec, on essaye en politique d'entourer l'aveu
03:39d'un peu de circonvolution, d'atténuation, etc.
03:42Là, les mots étaient particulièrement forts.
03:47Il aura fallu pour ça qu'on ait une guerre de la part de la Russie,
03:51qu'on ait un changement de coalition en Allemagne,
03:54qu'on ait maintenant un blocage du Nétroit d'Hormuz
03:57et qu'on ait un blackout en Espagne au milieu de tout ça.
03:59Donc voilà, on a eu quand même une série d'épisodes, d'événements assez considérables
04:03qui ont amené à reconnaître enfin la qualité du nucléaire
04:07en tant que source d'approvisionnement d'électricité stable.
04:12solide, à l'exception de l'épisode de 2021-2022 en France.
04:17Avec la corrosion sous contrainte, mais c'est exceptionnel, on l'espère.
04:20Mais bon, ça fait quand même quelques décennies que le nucléaire nous apporte
04:24une électricité assez fiable.
04:26Sauf que sur l'électrification, Berthie, on n'y est pas.
04:28Alors là, il y avait des pubs déclenchées il y a deux jours,
04:31tout de suite par Renault, passées à l'électrique.
04:33C'est le moment, vous voyez bien que vous ne pouvez pas rester dépendant du pétrole.
04:37Le modèle économique de façon générale de la décarbonation,
04:40de l'électrification vient de gagner énormément en compétitivité
04:43en quelques jours avec le prix du brut
04:46et la crainte sur la sécurité d'approvisionnement.
04:50Donc ces deux éléments-là font que, oui, il faut se reposer la question
04:53de façon beaucoup plus sérieuse, beaucoup plus systématique,
04:59au-delà des envolées sur la souveraineté, etc.
05:02Donc c'est vraiment un sujet de sécurité économique qu'on a là, devant nous.
05:07Et donc, voilà, de façon évidente, l'électricité est une voie d'avenir
05:13pour à la fois sortir de ses dépendances géopolitiques.
05:17Et voilà, tant que le pétrole sera à plus de 100 dollars le baril
05:22et il risque de l'être pour un bout de temps,
05:24et en espérant, en croisant les doigts, entre guillemets,
05:25pour que ça n'aille pas dramatiquement plus loin,
05:30le prix devient plus compétitif.
05:32Mais l'inflation globale, on y va quand même.
05:34Il y a le plastique qui a déjà pris 30% depuis lundi.
05:36On va avoir des conséquences, voilà.
05:38Souvenez-vous de ce qui s'est passé pendant le Covid,
05:40les premières conséquences, etc.
05:43On minorait les effets, etc.
05:45Là, on est sur un sujet où on va voir, au fur et à mesure,
05:48tomber les conséquences et s'ajuster les prévisions.
05:52Il n'y a rien à faire.
05:53Il manque 10 millions de barils de pétrole
05:54et à un moment, ça va détruire de la demande.
05:58On peut faire toutes les mathématiques qu'on veut,
06:00même si on relâche les barils des stocks stratégiques, etc.
06:03Il va manquer des barils de pétrole sur le marché
06:05et ça se traduit à la fois dans les prix
06:07et par une destruction de la demande.
06:09Et donc ça, c'est de l'activité économique en moins.
06:11Et donc, il faut espérer que cette destruction de la demande,
06:13effectivement, elle se transforme justement
06:15en transformation du modèle
06:17vers quelque chose de plus décarboné,
06:18c'est-à-dire de plus électrique.
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