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  • il y a 2 jours
Ce vendredi 20 février, le déficit commercial de 1 240 milliards de dollars l'an passé aux États-Unis, et l'impact des droits de douane sur les exportations européennes face celles de la Chine, ont été abordés par Olivier Sautel, chef économiste de Deloitte France, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Avec les équipes de Deloitte France, c'est Olivier Sautel qui est chef économiste.
00:05Bonjour Olivier. Merci d'être venu ce matin en plateau pour revenir à chaud sur ce chiffre.
00:101240 milliards de déficit commercial l'an passé aux Etats-Unis, c'est 2% de plus qu'en 2024.
00:15En dehors de ce chiffre record, ce qui est intéressant, c'est de voir un petit peu comment il se
00:19compose.
00:20Qu'est-ce que vous retenez, vous, de ce déficit commercial ?
00:22Tout à fait. La première chose que je retiens, c'est qu'il est très difficile de lire le déficit
00:26commercial américain
00:27sur l'ensemble de l'année 2025 parce qu'il a explosé avant la mise en œuvre des tarifs
00:32par des phénomènes d'anticipation, de stockage des importateurs.
00:35Puis il avait ensuite commencé à diminuer en septembre puis en octobre.
00:39Et donc là, ce qui est particulièrement marquant, c'est plus encore que le chiffre de l'année,
00:43c'est le fait que ce déficit remonte en décembre par rapport à novembre
00:47et donc interrompt une dynamique positive.
00:49Et l'autre chose, c'est qu'il remonte non pas à cause d'une baisse des exportations,
00:53mais d'une augmentation des importations.
00:56Et donc, effectivement, c'est ça qui est plus embarrassant pour l'administration Trump.
01:00Avec un déficit qui est toujours présent avec l'Europe,
01:04ça, on se souvient que l'an passé avec les droits de douane,
01:06c'était un reproche qui était fait par Donald Trump.
01:09Les droits de douane, justement, est-ce que ça a eu un impact ou pas sur ce déficit commercial ?
01:14Alors, les premières choses que l'on voit, c'est que l'impact, effectivement, est très faible par rapport à
01:19l'Europe.
01:20On est sur une poursuite des tendances d'exportation
01:23et, d'ailleurs, l'excédent commercial européen va être similaire,
01:27voire un petit peu en hausse par rapport aux États-Unis.
01:29On a vu, par contre, une diminution des exportations, quand même,
01:31de la Chine vers les États-Unis.
01:33Mais, en revanche, on a une augmentation des exportations des autres pays d'Asie du Sud-Est,
01:37notamment vers les États-Unis.
01:38Il faut aussi le comprendre comme une conséquence, aussi, du boom des investissements IA,
01:42qui tire beaucoup, aussi, les importations de biens d'équipement,
01:44de matières premières, en provenance de l'Asie, notamment.
01:47La Chine, justement, parlons-en, le pays trouve aujourd'hui de nouveaux débouchés face à cette guerre commerciale.
01:52Ça se voit, notamment, là, dans les données,
01:56avec, notamment, des exportations en forte hausse vers des pays de l'Asie,
01:59notamment des pays de l'Asie du Sud-Est, mais également vers l'Europe.
02:03Tout à fait. Alors, l'augmentation des exportations chinoises vers l'Europe,
02:07elle a peut-être un tout petit peu accéléré postérieurement aux tarifs,
02:10mais, en fait, c'est une tendance qui était déjà forte avant,
02:12qui n'est pas boostée de manière excessive par ce qu'on appelle le re-routing des exportations vers les
02:18États-Unis,
02:19parce qu'on avait, en fait, on a déjà, depuis 2-3 ans, maintenant,
02:24un dynamisme des exportations chinoises qui sont sur une croissance de 6-7% par an vers l'Europe,
02:29alors qu'on était plutôt à 2-3% par an pré-Covid.
02:32Et un autre point clé, et une menace, du coup, pour la France et l'Europe,
02:37c'est que, alors que cette croissance est de 6-7% en volume, elle est quasiment flat en valeur.
02:41Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'aujourd'hui, les exportations chinoises, elles déferlent en Europe,
02:44et elles déferlent avec des prix particulièrement agressifs.
02:46D'où les petits colis. On se souvient, l'année dernière, le combat politique.
02:50Bon, c'est une illustration, mais c'est peut-être là aussi où ça se retrouve dans les données.
02:55Exactement. Non, non, je pense que c'est une illustration qui est emblématique,
02:58c'est-à-dire que l'Europe doit réagir.
03:00On a eu, cette semaine, l'étude du Haut-Commissariat au Plan,
03:02qui estime que près d'un quart des exportations françaises
03:05et d'un tiers des exportations allemandes sont à risque d'être marginalisées.
03:09Et donc, effectivement, nous, on voit en 2026 que cette réaction à la Chine sera un point important.
03:13Il y a la taxe petits colis. Il y a eu les quotas sur l'acier en septembre.
03:17Et d'ailleurs, l'industrie métallurgique européenne annonce une meilleure année pour 26.
03:20Il y a le règlement européen sur le contenu local automobile.
03:23Ça va vraiment être un point clé de trouver le curseur en Europe et en France
03:28pour protéger, mais sans déclencher des rétorsions de la Chine
03:30qui pourraient affecter beaucoup des valeurs comme celle du luxe, de l'agroalimentaire,
03:34si la Chine fermait ses marchés.
03:35Le secteur automobile chinois qui a de grandes ambitions en Europe,
03:38on le voit notamment là en ce moment à l'occasion des résultats annuels.
03:41C'est vrai que les entreprises européennes se retrouvent un petit peu fragilisées
03:44car ça amène à une guerre des prix. Tout ça est déflationniste.
03:46Oui, alors très clairement sur l'automobile et autant on voit des signaux plus positifs
03:51sur l'industrie européenne et sur l'industrie française pour d'autres secteurs,
03:54autant l'automobile reste quand même extrêmement pénalisée,
03:57notamment allemande, par non seulement le comportement agressif en prix,
04:01mais aussi la montée en gamme. L'automobile c'est vraiment la conjonction d'une augmentation
04:06de la compétitivité coût et de la compétitivité hors-coût de l'économie chinoise.
04:09Dans ce contexte, quelle photographie vous faites aujourd'hui de la dynamique macro en Europe ?
04:13Comment se porte le continent ?
04:15Alors je dirais que le patient européen se remet mais il tousse encore un peu.
04:20On sait qu'on attend une croissance à l'échelle européenne
04:24qui finalement ne sera sans doute pas supérieure en 2026 à cette 2025.
04:28On devrait être entre un 2 et un 3 contre un 5 en 2025.
04:31Par contre, une croissance peut-être plus équilibrée, plus homogène,
04:34puisque la France résiste, l'Allemagne reprend, l'Italie aussi se redresse.
04:42Donc une croissance plus homogène alors que 2025 était très tirée par notamment l'Espagne et l'Irlande.
04:47Après, pour nous, il y a un vrai enjeu sur la portée du rebond allemand.
04:53Et donc là, on a des signaux ambivalents si on regarde ces dernières semaines.
04:57On a à la fois côté allemand la révision à la baisse de la prévision du gouvernement.
05:01On a le fait que le T4 dans l'industrie allemande a été finalement moins bon que le T3.
05:07Et en revanche, des très beaux indicateurs sur janvier-février sur les prises de commandes.
05:11Donc on a un petit peu cette ambivalence, des tendances qui sont plutôt encourageantes quand même à l'échelle européenne.
05:17Le moral des consommateurs remonte, les prises de commandes remontent, les indicateurs de PMI des directeurs d'achat.
05:25Et c'est retrouvé aussi en janvier, donc tout récemment, sur une moyenne supérieure à sa tendance de long terme.
05:30Donc on a plutôt des frémissements, mais sans qu'on ait vraiment d'une accélération de la dynamique de croissance.
05:37On dit souvent que les exportateurs européens sont pénalisés par la remontée de l'euro, notamment depuis le début de
05:43l'année 2025.
05:44Est-ce qu'en dehors de ces effets de devise, il n'y a pas aussi un problème avec la
05:48concurrence chinoise ?
05:51Oui, oui, tout à fait. Je pense qu'il faut quand même avoir en tête que si on dézoome un
05:57tout petit peu, y compris par rapport à la remontée de l'euro,
05:58entre 2019 et 2025, il y a un déficit de 35 points qui s'est creusé de compétitivité entre le
06:04prix des exportateurs européens et le prix des exportateurs chinois.
06:06Et là-dedans, il y a effectivement l'appréciation de l'euro, mais il y a aussi le choc des
06:09prix de l'énergie,
06:10et il y a l'agressivité tarifaire des exportateurs chinois qui sont confrontés à leur surcapacité domestique.
06:14Donc on a un vrai sujet de compétitivité des coûts.
06:17Ça s'améliore un tout petit peu avec l'amélioration des prix de l'énergie en Europe,
06:22mais on garde vraiment une menace et une pression très forte pour le coût des exportations chinoises.
06:27Un dernier mot sur la France. Au milieu de tout ça, comment se comporte le pays ?
06:30On voit qu'il n'y a pas de récession en vue, toujours pas. C'était l'une des craintes
06:33l'année dernière.
06:34Non, tout à fait.
06:34Cette récession n'est pas arrivée. Cette année, les différentes prévisions de croissance prévoient environ 1%.
06:39C'est peu au prou l'objectif. Vous vous placez dans ce curseur ?
06:43Oui, tout à fait. On peut peut-être même espérer un peu plus,
06:45parce que 2026 semble marquer la poursuite de l'opération résistance de l'économie française.
06:50On l'avait vu en 25, et on le voit aussi sur l'enquête conjoncture de la Banque de France,
06:55montre que janvier a été un bon mois partout pour les services et pour la construction,
07:00avec peut-être des perspectives février plus mitigées.
07:02Et pour l'industrie, où on a eu à la fois une performance sur janvier et des perspectives en février,
07:06qui sont supérieures à la moyenne de long terme.
07:08Donc, première projection de la Banque de France, ce n'est qu'une projection 0,3% au premier trimestre.
07:13Vous voyez que ce rythme, s'il se poursuivait, nous ferait atterrir un petit peu au-delà des 1.
07:17Et la consommation au milieu de tout ça ? Parce que c'est vrai qu'on parle beaucoup de l
07:20'épargne,
07:21l'épargne qui continue de s'accumuler, des signaux dans la conso qui sont un petit peu contradictoires.
07:25Alors, ça dépend des entreprises, mais vous, en tant que macroéconomiste,
07:28comment vous constatez la conso en France ?
07:30Alors, ce que l'on voit effectivement, c'est que cela reste effectivement laborieux.
07:34Ce sera un enjeu de 26, puisque justement, dans une prévision à 1 ou à 1 à 1,
07:38on double l'impact attendu de la consommation.
07:42Ce qu'on voit, c'est des indices de confiance qui se redressent très clairement.
07:46Les décisions attendues d'achat des consommateurs en janvier, de nouveau,
07:49sont au-delà de leur moyenne de long terme.
07:51Mais l'auto d'épargne reflue très lentement.
07:54Un éclairage intéressant de la Banque de France, c'est dû aussi au fait que les revenus aujourd'hui,
07:59et les hausses de revenus concernent plutôt notamment des revenus issus des capitaux
08:02ou des déménages aisés qui structurellement épargnent plus.
08:06Et donc là, on retrouve un peu le sujet que vous évoquiez avec Walmart aux Etats-Unis aussi,
08:10qui est cette dualité entre des consommateurs à plus faible revenu
08:14et sur lequel la dynamique reste quand même très insuffisante,
08:18d'où les difficultés du retail, du textile notamment.
08:20Merci beaucoup Olivier Sautel, nous aura accompagné ce matin,
08:22chef économiste de Deloitte France, pour revenir à chaud sur ce chiffre du déficit américain
08:26de plus de 2240 milliards de dollars.
08:28Et donc sur cette photographie macro plutôt optimiste quand même,
08:31sur la France.
08:34Paradoxalement optimiste, c'est vrai.
08:35A voir comment tout cela va se dérouler dans les prochaines semaines.
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