00:01Comme chaque mercredi à 9h30, un focus sur le marché obligataire avec ce matin en plateau Alain Kriève.
00:06Bonjour Alain, merci d'être avec nous ce matin.
00:08Vous êtes responsable de la gestion obligataire chez Edmond Rothschild Asset Management.
00:13C'est vrai que depuis une dizaine de jours maintenant, il y a beaucoup de volatilité sur les marchés actions,
00:17on en parle tous les jours dans cette émission, mais aussi sur le marché obligataire.
00:20Les taux longs qui s'étaient bien détendus en Europe, mais aussi aux Etats-Unis en février,
00:25avec les anticipations de baisse de taux.
00:26Et puis là, depuis le début du mois, on a quand même une remontée qui a été assez forte.
00:31Même très forte, et même très forte plus en Europe qu'aux Etats-Unis, étonnamment on va dire.
00:37Tout à fait, et ça veut dire quoi pour nous l'interprétation ?
00:40Et avant tout un message, une peur de l'inflation, plutôt qu'une peur de la récession.
00:46Parce qu'a priori, les taux souverains devraient protéger si jamais l'économie venait à aller un peu plus mal,
00:53notamment en termes de croissance.
00:54Là aujourd'hui, le principal problème, bien sûr, c'est l'inflation, et on le comprend avec les prix de
00:59l'énergie.
01:00Et c'était notamment le cas lundi, quand le baril de pétrole était au-delà des 100 dollars.
01:04Ensuite, il est redescendu d'une façon impressionnante.
01:06On a perdu 30% lundi entre les plus hauts et les plus bas niveaux de la séance.
01:10Donc le marché obligataire s'est à nouveau détendu.
01:13Ce qui est assez frappant, c'est qu'on a une réaction qui est très forte,
01:17que ce soit sur les taux longs, mais également sur les taux courts.
01:19Ça montre bien cette préoccupation de l'inflation.
01:22Tout à fait. C'est surtout d'ailleurs sur les taux courts.
01:24D'ailleurs, puisqu'on a un aplatissement, on va dire, de la courbe des taux.
01:27Donc les taux courts, par rapport aux anticipations, notamment de baisse des taux côté américain,
01:34sont revus, voire reportés en tout cas.
01:38Et côté Europe, où on n'attendait plus rien,
01:41le marché a commencé à pricer, à anticiper une à deux remontées des taux.
01:47Et aujourd'hui, on a eu quelques déclarations en disant que c'était important de lutter contre l'inflation, etc.
01:53Donc on a des messages encore qui font un peu peur pour l'inflation.
01:56Et donc on voit encore une fois ce matin, à l'ouverture, les taux courts européens remonter.
02:03Notamment Joachim Négel, qui est membre de la BCE,
02:05qui a estimé que la BCE devrait faire ce qu'il faut si demain il y a de l'inflation.
02:09On a un 10 ans français qui revient sur les 3,5%.
02:12L'écart de taux sur le 10 ans entre la France et l'Allemagne
02:15est toujours au-delà des 60 points de base.
02:17Assez impressionnant de voir que le marché obligataire, dans ce contexte,
02:20n'a pas joué son rôle de valeur refuge.
02:22Habituellement, c'est le cas quand il y a un petit peu de stress.
02:24On vend les actions, on retourne sur le marché obligataire.
02:27Là, au vu du contexte, ça n'a pas été le cas.
02:28Exactement. Dès qu'il y a de l'inflation, en fait, comme on l'a connu en 2022,
02:32c'est un vrai problème, ça ne fait pas du tout valeur refuge.
02:36J'allais dire, finalement, aujourd'hui, la valeur refuge, c'est plutôt sur le crédit.
02:40Quand on regarde les primes de risque crédit, elles sont relativement stables.
02:45On a eu quand même deux jours véritablement d'agitation sur les primes de risque crédit,
02:49qui sont vendredi et plutôt lundi.
02:51Et aujourd'hui, ça reste très calme, ça reste sur des niveaux tout à fait acceptables.
02:55Et on voit encore, lors des émissions, je crois que vous en avez parlé,
02:58l'émission Stellantis, qui s'est déroulée hier,
03:00avec un appétit très fort des investisseurs,
03:03pour aller chercher de la prime de risque crédit,
03:06plus que d'aller, j'allais dire, se mettre en face des taux européens.
03:11Donc, pour faire simple, une fois de plus,
03:13les investisseurs préfèrent prêter de l'argent à des entreprises qu'à des États.
03:17C'est un petit peu la tendance qui se confirme, là, sur cette dernière séance.
03:21Exactement. Alors, ça ne veut pas dire qu'on n'a pas d'agitation,
03:23ça ne veut pas dire qu'on n'a pas d'impact dans divers secteurs,
03:26forcément liés au pétrole, notamment la chimie,
03:29ou notamment les airlines, le transport aérien.
03:34Mais ça reste très, très ordonné, ça reste très calme,
03:38et d'autres secteurs sont quasiment inchangés.
03:42Comment réagit le HILD ?
03:43Le secteur à haut rendement, ce sont les entreprises
03:46qui n'ont pas les meilleurs bilans.
03:48On descend un petit peu en notation.
03:50C'est vrai qu'il y avait beaucoup d'appétit sur le HILD,
03:52parce que comme les taux ont été un petit peu comprimés,
03:54c'est une classe d'actifs sur laquelle il y a toujours du rendement.
03:57Et c'est aussi une classe d'actifs qui est plus sensible
04:00à une éventuelle remontée des taux, mais aussi à l'inflation.
04:03Alors, à l'inflation, surtout à la baisse de la croissance.
04:06Et c'est un peu ce qui est anticipé.
04:08Alors, comment ils réagissent ?
04:09Pour l'instant, on a une sorte de décompression.
04:11C'est-à-dire que plus vous descendez dans l'échelle de rating,
04:13plus vous allez bas en échelle de rating,
04:16plus les primes de risque de crédit augmentent.
04:18À titre d'exemple, on a aujourd'hui sur la partie investissement,
04:22ce qu'on appelle investment grade, des rendements de l'ordre de 3,5.
04:26Quand vous descendez d'un cran sur du WB, vous avez plutôt 4,5%.
04:31Et quand vous descendez encore d'un cran aujourd'hui,
04:33vous avez plus pratiquement du 6,8%.
04:35Sur quelle échéance, pour donner un peu un ordre d'idée ?
04:37En général, c'est du 5-7 ans.
04:39Donc, il ne faut pas aller chercher très loin.
04:41Donc, vous voyez que vous avez quand même une augmentation des rendements totaux,
04:45notamment grâce aux primes de risque de crédit,
04:47mais aussi grâce à la remontée des taux d'État,
04:49qui vous donne beaucoup de rendement, en fait, à court terme, court-moyen terme.
04:54Les marchés étaient dans l'incertitude la semaine dernière et ils le sont toujours.
04:58Néanmoins, vous avez souligné Stellantis.
04:59Il y a également HSBC qui a à nouveau émis de la dette.
05:03Ça reprend un petit peu.
05:05L'appétit est là.
05:06C'est vrai que sur Stellantis, il y avait presque quatre fois la demande.
05:10Est-ce qu'aujourd'hui, au vu du contexte, il y a des opportunités ?
05:13Est-ce qu'il y a des fenêtres de tir sur ce marché du crédit ?
05:16Alors, justement, sur les baréttings, on n'attend pas beaucoup de...
05:19En fait, étant donné que la croissance reste, pour l'instant, en tout cas, anticipée à des bons niveaux,
05:25on n'attend pas beaucoup de défauts.
05:26À partir de là, il nous semble particulièrement intéressant d'aller chercher, justement,
05:30cette opportunité d'acheter du high yield, vous en avez parlé, du haut rendement,
05:34sur des rendements de 6-7 %,
05:38alors que, finalement, quand on regarde le taux de distress,
05:41c'est-à-dire que le taux de compagnie en détresse, éventuellement,
05:46qui ferait l'objet éventuel d'un défaut, ça reste très très faible.
05:50On est en dessous des 4,8 %, donc bien dans...
05:53Pour l'instant, j'ai envie de vous le dire.
05:55Pour l'instant, bien sûr.
05:56Donc, ça veut dire que vous êtes quand même assez confiant sur le scénario macroéconomique,
06:00à moyen, à long terme.
06:01Tout à fait.
06:01Ça va dépendre, bien entendu, et je crois que vous l'avez souligné,
06:04de la durée, j'allais dire, du détroit d'Hormuz qui reste bloqué,
06:10donc de l'approvisionnement en pétrole,
06:12parce que c'est le principal impact économique pour l'instant.
06:15Donc, après, ça a beaucoup d'autres impacts,
06:18c'est-à-dire sur le secteur de la chimie, comme on l'a dit,
06:21sur les échanges de façon générale, sur plein de matières premières aussi,
06:24mais de façon générale, pour l'instant, on n'a que des anticipations.
06:28Si ça ne devait pas durer,
06:31on reviendrait très rapidement à la normale,
06:34et donc, en effet, il faut peut-être profiter de ces opportunités d'investissement
06:37sur des entreprises qui, quand même, génèrent des cash flows récurrents,
06:44donc, dans un marché, certes, plus volatile,
06:48mais avec une prévisibilité qui, quand même, reste très bonne.
06:51Et on oublie une chose aujourd'hui,
06:52puisqu'il y a une semaine, c'était plutôt un problème sur les softwares,
06:57le marché s'est complètement défocalisé, j'allais dire, du problème de l'IA aujourd'hui,
07:03pour ne parler plus que d'inflation et du problème de pétrole.
07:06Néanmoins, le problème est toujours là.
07:07Mais le problème est toujours là.
07:08Il est relégué au second plan, mais il y a toujours des interrogations.
07:11Et d'ailleurs, il faudra suivre demain la publication de Adobe,
07:14qui est perçue par la bourse aujourd'hui comme l'un des perdants de l'IA.
07:17Merci beaucoup Alain Kreev de nous avoir accompagnés ce matin.
07:19Je rappelle que vous êtes responsable de la gestion obligataire
07:21chez Edmond Rothschild Asset Management.
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