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  • il y a 5 heures
Ce mardi 31 mars, Benjamin Conquet, spécialiste produits, gestion obligataire, chez Edmond de Rothschild AM, s'est penché sur l'opportunité pour les investisseurs sur le crédit court, dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Des drames, bonjour. Bonjour Antoine, enchanté. Alors, enchanté également, vous êtes venu avec une punchline, cette punchline, laquelle est-elle
00:08?
00:09Alors, on va te parler d'obligation d'entreprise aujourd'hui, et moi j'ai envie de vous dire, dans
00:14un marché volatile tel qu'il est en ce moment,
00:17c'est difficile d'avoir ou un feu rouge ou un feu vert, donc il faut être un peu balancé,
00:21donc j'allais dire, notre punchline c'est vert à moitié vide ou à moitié plein,
00:25et résolument optimiste, je vais passer sur le à moitié plein, parce que vous voyez bien qu'il y a
00:31deux dynamiques qui s'opposent,
00:33d'une part il y a l'aspect macroéconomique, géopolitique, qu'est-ce qui va se passer ? On a
00:38quand même un paquet d'incertitudes qui peuvent remettre en cause
00:40une certaine dynamique de croissance mondiale et d'inflation, mais en même temps, on a également des valorisations qui ont
00:48quand même changé pas mal
00:50sur les 3-4 dernières semaines, et je vous prends un petit exemple sur le marché du haut rendement européen
00:54qui était à peine à 5% il y a 4 semaines,
00:57aujourd'hui on est à 6, entre 6 et 6,5 en fonction des maturités que vous pouvez choisir, en
01:03fonction des notations que vous pouvez choisir,
01:04donc pour nous, l'aspect valorisation va l'emporter si tant est que vous êtes capables de regarder au travers
01:10du cycle,
01:10et notre devoir fiduciaire c'est bien évidemment d'expliquer à nos clients, oui c'est tentant, mais attention aux
01:16risques, les risques sont prégnants.
01:17Parce que j'allais vous dire, il y a effectivement le risque qui augmente, il y a aussi parallèlement l
01:22'ensemble du marché obligataire
01:23qui a tendance à se tendre, donc là il y a un effet de sillage qui est important, il faut
01:27trier le bon grain de livret,
01:29mais là-dedans si on est sélectif, on peut aussi trouver des bonnes affaires et du rendement régulier.
01:34C'est le but, et en fait vous avez plusieurs façons de l'attraper ça, vous pouvez le faire de
01:39façon très opportuniste,
01:41sur des fonds courts, et aujourd'hui le fait que la courbe des taux, vous l'avez bien vu,
01:46la BCE qui s'est remise avec des perspectives d'inflation à repricer éventuellement des hausses des taux par un
01:51incrément de 25 points de base,
01:52vous avez des taux de 2 ans allemands qui sont passés pour ou prou de 2% fin février à
01:572,60, 2,65 aujourd'hui,
01:59vous avez entre 2 et 3 hausses des taux qui sont pricées aujourd'hui sur le cours.
02:03Vous rajoutez à ça des primes de crédit qui en moyenne, je regarde le gisement au rendement,
02:08sont passés à peu près de 250 points de base à 350 points de base,
02:12vous pouvez faire un portefeuille court avec des durations, des durées de vie moyenne de 2 ans, 2 ans et
02:16demi,
02:16qui vous payent 5% en mixant du BBB et du WB.
02:19Pour nous le point d'opportunité il est très important là,
02:22parce que cette fameuse durée de vie moyenne, celle qui amplifie les mouvements de marché,
02:27elle est très contrainte.
02:28Donc perte de l'argent sur ce portefeuille là, c'est compliqué.
02:31En revanche, vous avez toutes les chances du monde de faire aller entre 3 et 5% cette année.
02:35Ce qui est mieux que le livret A.
02:37Ce qui est mieux que le livret A et ce qui est mieux que pas mal de classes d'actifs
02:40risquées,
02:41compte tenu des incertitudes qui se passent à l'heure actuelle.
02:44Maintenant, comme je vous le disais, on a de notre point de vue 2, 3 semaines,
02:49allez maximum 1 mois pour régler ce qui se passe.
02:51Si on continue avec ce blocage important de flux de matières premières,
02:55de flux d'énergie dans le monde,
02:56il est fort probable que ce sera difficile d'échapper à une récession.
03:02Oui, tout à fait.
03:03Et vous le voyez en fait dans les attentes de banques centrales,
03:06on avait commencé l'année avec une zone euro qui était attendue à 1,3, 1,4.
03:10Aujourd'hui, on est plutôt 0,8,1.
03:12On voit bien que le mois de blocage nous coûte 0,4% de croissance.
03:17Donc quand vous prêtez, vous faites de l'obligataire que vous prêtez aux entreprises,
03:20vous voulez un scénario où finalement,
03:22les entreprises ont un peu de visibilité sur leur chiffre d'affaires.
03:25C'est ça.
03:25Et donc si ça s'écrase, c'est pas terrible.
03:28Donc notre devoir fiduciaire, c'est-à-dire oui, le point d'entrée est sympathique,
03:31regardez-on au travers du cycle.
03:33Mais attention, si vraiment récession il y a, ça peut secouer un peu.
03:36C'est pour ça qu'il faut pouvoir tenir la position.
03:38Alors on se souvient qu'il y a une année qui a été un peu maudite là-dessus, c'est
03:402022.
03:41Ah oui, absolument.
03:41Et est-ce qu'on s'achemine vers un risque similaire ?
03:48Écoutez, il n'y a jamais de garantie, on ne peut jamais dire jamais.
03:52Maintenant, il y a un point qui est extrêmement important,
03:55moi qui m'amène à vous répondre de façon, avec un gros degré de confiance,
03:59c'est de dire non, on ne va pas répéter 2022.
04:01La raison pour laquelle on ne va pas répéter 2022, c'est le point de départ,
04:05le fameux coupon que vous touchez.
04:07Quand vous rentrez dans l'obligataire, votre loyer d'argent,
04:10vous prêtez à une entreprise, alors cette entreprise,
04:12elle a le fameux taux sans risque qui s'applique à tout le monde,
04:14et puis, en fonction, si vous êtes Pierre-Paul-Jacques,
04:17on vous demande de rajouter 1%, 2%, 3%,
04:19parce que vous n'avez pas la même qualité de crédit,
04:22la même solidité financière.
04:24Et si je regarde en moyenne le gisement du haut rendement en Europe,
04:27aujourd'hui, ça paye 6% pour des sensibilités de l'ordre de 3.
04:31Donc il faudrait que les mouvements de marché soient suffisamment importants
04:35pour effacer ces 6% que vous allez toucher tous les ans.
04:38Oui, tout à fait, oui.
04:39Donc, voilà, si je reprends par exemple un scénario récessif extrême,
04:44aujourd'hui, les primes de crédit, ce fameux prime spécifique,
04:47c'est de l'ordre de 3,5% au-delà du taux sans risque.
04:50Vous avez grosso modo 2,5% de taux sans risque,
04:52plus 3,5% de primes de crédit, ce qui nous amène à peu près à 6.
04:57Si je vais sur des niveaux récessifs et que j'ai des primes de crédit
04:59à 500 points de base, à 5%, instantanément, je vais perdre à peu près 4%.
05:04Mais dans le même temps, j'engrange 6.
05:06Donc c'est en ça que je vous dis que 2022 est difficilement répétable,
05:09parce que pour aller dans un territoire négatif,
05:11aujourd'hui dans l'obligataire, ça nécessite quand même des scénarios
05:15très adverses.
05:17Et ce coupon, vous l'engrangez tous les ans, c'est votre coussin,
05:20c'est votre effet amortisseur, et aujourd'hui, il est là.
05:22C'est ça qui, à chaque fois, c'est les conseillers en gestion de patrimoine,
05:26je disais, n'oubliez pas, prenez date.
05:28Oui, mais là, ça vous protège.
05:30Exactement, et c'est ça la beauté des datés,
05:32c'est qu'en fait, les fonds datés, vous pouvez ou bien faire du cours,
05:35vous avez peu de sensibilité, et ça on aime bien pour les gens défensifs,
05:39et pour les gens qui ont 2, 3, 4 ans devant eux,
05:41finalement, le fonds daté, j'ai pas de boule de cristal,
05:44est-ce qu'on va aller taper 6,5, 7 de rendement ?
05:46C'est pas impossible, mais aujourd'hui, un fonds daté à 32,
05:48vous pouvez avoir entre 6 et 6,5 de rendement sur du haut rendement,
05:53sachant qu'un fonds daté, par nature, vous savez que c'est pas linéaire,
05:56un taux actuariel, tout le monde se dit,
05:58alors c'est 6% l'année, puis 6, puis 6, non, c'est pas linéaire.
06:01Le gros de la perf, il se fait sur les 2, 3 premières années,
06:04donc vous lancez un fonds à 100,
06:06vous n'êtes pas à l'abri de faire des naves, des valeurs liquidatives,
06:09à 115, 120, dans 2, 2 ans et demi,
06:11et là, prenez vos profits, prenez vos gains, c'est liquide,
06:14allez voir ailleurs les opportunités qui seront là à ce moment-là.
06:17Bon, quelles autres choses on peut mettre en avant comme argument sur ce type de gestion ?
06:22Alors, vous avez, sur l'obligation corporette,
06:26comme je vous le disais, vous faites la banque.
06:28Oui.
06:28Si vous faites la banque, il y a le contexte macroéconomique qui joue.
06:31C'est bien de dire ça comme ça.
06:32Oui, vous faites la banque, vous prêtez, vous prêtez.
06:34Donc, et intuitivement, si vous prêtez long,
06:37il y a plus d'incertitude que si vous prêtez court, c'est normal.
06:39Vous faites la banque.
06:41Donc moi, ce que j'aime, en tant que banquier de marché,
06:44puisque je prête aux entreprises via les obligations,
06:47j'aime avoir un scénario macro qui me permette d'avoir ni trop chaud ni trop froid.
06:51Moi, je n'aime pas la récession, donc c'est le point d'interrogation aujourd'hui.
06:53Mais je n'aime pas quand ça croît à 5 ou 6 %,
06:56parce que sinon, mes directeurs financiers,
06:58ils mettent beaucoup de dettes aux entreprises pour faire du cash flow.
07:00Moi, j'aime entre les deux.
07:02Ce qui est également très important,
07:03c'est la capacité des entreprises à se refinancer.
07:06Et ce qu'on a vu depuis deux ans,
07:07c'est que sur le gisement Investment Grate,
07:09c'est faramineux, mais sur le gisement haut rendement qui est le plus risqué,
07:12on a vu deux fois 100 milliards de primaires en 24 et 25.
07:15Donc, là encore, si je peux me refinancer,
07:19j'élimine, je repousse mon risque de refinancement et donc de défaut.
07:23Et la façon de le voir,
07:25quand vous regardez les 400 milliards de dettes au rendement en Europe,
07:27vous avez aujourd'hui 30 milliards en 27.
07:31Tout le reste est déjà refinancé.
07:32Donc 26, on est tranquille.
07:3327, il reste 30 milliards.
07:35À peine 10% du marché.
07:36Le reste, c'est du 29, 30, 31, 32.
07:40Donc, si vous avez peur des défauts,
07:42je peux comprendre que vous avez peur de l'aspect macro,
07:45mais les défauts aujourd'hui,
07:46parce que ça a été largement refinancé,
07:48vous avez des directeurs financiers
07:50qui ont le luxe de pouvoir en partie attendre.
07:53Bon.
07:54D'un point de vue plus conjoncturel, là,
07:56sur le marché obligataire,
07:57il y a aussi,
07:58bon, on a tendance à mettre tout ça un petit peu de côté,
08:00étant donné qu'on a d'autres affaires sur le feu,
08:03mais il y a un truc qui faisait un petit peu peur au marché
08:05ces dernières semaines,
08:06qui s'appelle vaguement crédit privé.
08:08Oui.
08:08Est-ce que c'est quelque chose qui rentre en ligne de compte
08:12quand il s'agit de calculer la prime de risque
08:14sur le financement d'entreprise en ce moment ?
08:16Alors, on en a beaucoup parlé.
08:19Le crédit privé, en fait, c'est, à l'origine,
08:22ça vient quand même plutôt d'un univers outre-Atlantique.
08:24Oui, des Etats-Unis.
08:25Puisque c'est du financement direct au tissu de PME,
08:28hors cadre bancaire.
08:30Oui.
08:30Et vous avez effectivement beaucoup d'assureurs américains
08:34ou de banques américaines qui ont pris des positions.
08:36Et nous, on a une très grosse expertise sur la dette financière.
08:40On gère un fonds de plus d'à peu près 3 milliards.
08:42Et c'est quelque chose qu'on regarde de très près.
08:44Et en fait, vous regardez que les assureurs américains,
08:46en moyenne, ont entre 15 et 20% de leur investissement
08:49sur de la dette privée.
08:50Si ça, ça se coûte, ils vont le sentir.
08:52En Europe, c'est l'ordre de 3-4%.
08:54Donc, vous voyez qu'effectivement,
08:56quand vous êtes sur le crédit européen,
08:58l'adage qui consiste à dire
08:59quand les administrations rhument l'Europe,
09:01c'est sûr, mais là, on n'est pas du tout
09:03sur les mêmes ordres de grandeur
09:04en termes de prise de risque.
09:07Et j'allais dire, par ailleurs,
09:09le niveau des banques,
09:10parce qu'on commence à entendre parler
09:11de similarité avec 2000 litres,
09:14ce n'est pas du tout le même niveau de capitalisation,
09:16le même niveau de coussin d'absorption des pertes disponible.
09:19Et puis, il n'y a pas la même capillarité
09:21entre les différents types d'actifs.
09:23Sur les primes de crédit, j'allais dire,
09:24on va être d'abord sensible
09:25sur le monde de l'entreprise,
09:27du corporate classique,
09:28on va être d'abord sensible à la croissance
09:31et effectivement, éventuellement,
09:33sur certains secteurs,
09:33on va faire spécifiquement attention
09:35au quel est le prix de l'énergie
09:37et ce qu'ils sont très énergivores.
09:38Et à ce moment-là,
09:39on va regarder que c'est...
09:41Ça va être le premier truc, oui.
09:42Ça va être le premier truc, absolument.
09:43Benjamin Conquet, Edmond Rochild,
09:45Asset Management.
09:46Merci d'avoir été avec nous.
09:47Un grand merci, très bonne journée.
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